Libr-critique

23 février 2020

[News] News du dimanche

En marche vers le printemps avec Christian Prigent en UNE ; et aussi Benoît Toqué, les Festivals (Les BRUISSONNANTES et festival des mots, des rimes et des lyres)…

UNE : RV avec Christian PRIGENT

► Dans le passionnant numéro que la Revue Europe consacre à « poésie et chanson » – qui paraît en date du mois de mars 2020 -, on lira avec grand intérêt la position de Christian Prigent, que résument ces deux courts paragraphes de son article, « La Lyre et la Flûte » : « Avoir recours à la chanson (motif impulseur d’égarement et modèle d’une forme arrangée) sert à ça. La chansonnette sauve la poésie. Lui délace son corset, la dénude. Jarry fait ça. Et Queneau. Prévert, bien sûr (rétif à l’emphase poétique — mais aussi bien à toute rétention surindiquée de l’immédiate émotion). Desnos : Chantefables5, Complainte de Fantômas. Et même Hölderlin, passant des grands hymnes « grecs » et des odes majestueuses, aux bluettes franciscaines flottantes signées Scardanelli.

Soigner façon bonne femme ou cultiver la blessure : ça se passe entre les deux. Quoi, ça ? : écrire dans la poésie une autre sorte de poésie, ennemie (ennemie du dedans). Entre le remède et le poison : pharmakon. Plutôt qu’opposer banalement poésie (savante, profonde, artiste : Hugo) et chanson (populaire, superficielle, artisanale : Béranger) : essayer de penser cet entre-deux que dessine Rimbaud, ce qui s’y articule, pourquoi, comment, poussé par quoi, allant vers où. »

► Christian Prigent à Clermont-Ferrand. Les 19, 20 et 21 mars 2020. Lectures et interventions diverses (librairies, écoles…) dans le cadre de la « Semaine de la poésie ». Programme détaillé sur le site.
Contact : 04 73 31 72 87.

► Christian Prigent à Etables-sur-Mer (22). Le 9 avril 2020, à 19 h. Lecture dans le cadre des « Escales gourmandes ». Au bar Le Tagarin, 15 rue Pasteur, 22680-Etables-sur-Mer. Tél. : 02 96 65 47 35.

► Christian Prigent à Mers-sur-Indre (36). Les 25 (à 19 h) et 26 avril 2020 (à 15 h). Dans le cadre du Festival « livres en fête ». Lectures (« Chino à travers les âges »), avec Vanda Benes. Contact : claire.poulain@ouvaton.org. Tél. : 02 54 31 13 23.

► Christian Prigent à Saint-Brieuc (22). Le 15 mai 2020, à 19 h. A la Maison Louis Guilloux, 13 rue Lavoisier, Saint-Brieuc. Lecture-débat : « Ecrire le peuple aujourd’hui ». Contact : www.louisguilloux.com Tél. : 02 96 61 57 54.

Libr-événements

â–º Jeudi 5 mars à 18H aux éditions Extensibles (44, rue Bouret 75019 Paris) : vernissage du volume 1 d’Entartête, de Benoît Toqué.

► Du 19 au 21 mars, Festival Les Bruissonnantes au Théâtre Le Hangar de Toulouse (11, rue des Cheminots) :

Les Bruissonnantes est un festival dédié aux écritures contemporaines mises en voix, en espace et en mouvement par leurs auteurs. Il vise à faire de la poésie contemporaine la plus exigeante une expérience sensible à partager. Organisé dans le cadre de la manifestation nationale le Printemps des Poètes, il se déroule au théâtre Le Hangar à Toulouse trois soirées durant et donne à entendre « le » poème dans une grande diversité de formes : performances, poésie sonore, lectures intimistes, écritures vocales et musicales. Par ce décloisonnement, il est question d’exposer les enjeux qui traversent les écritures contemporaines dans leur volonté d’inventer ou de révéler un sens concret, polyphonique et sensible.

Artistes invités : Patrick Quillier, Violaine Lochu, Lise Avignon, Sébastien Lespinasse, Eduard Escoffet, Anne Kawala, Les Parleurs, Helved Rüm, La Copule

Réservations vivement conseillées au 05 61 48 38 29

► Du 20 au 22 mars, Festival des mots, des rimes et des lyres :
VENDREDI 20 MARS

 19 h : INAUGURATION autour d’un verre et VERNISSAGE des expositions avec les performances poétiques de P. Cazelles et  C. Quarello. CONCERT Pop Jazz  avec le duo CHRIS ET FRANCK.

SAMEDI 21 MARS

 10 h : LECTURE DIALOGUE entre Valérie Rouzeau et les élèves du collège des Goussons.
11 h 30 : POEMES DE MAURICE CAREME MIS EN MUSIQUE PAR JULIEN JOUBERT chœur des enfants du Conservatoire de Palaiseau dirigé par C. Cavagnac.
14 h : POEMES A LOU d’Apollinaire lecture musicale avec C.Motchidlover et M. Moreno (flûte traversière).
15 h : ARGOTIES de P. Cazelles poésie orale, scandée et totale, jubilante comme un chant primitif.
16 h : Valérie ROUZEAU et Jean-Pascal DUBOST, aussi différentes soient leurs voix, n’en sont pas moins deux vieux complices en poésie. Illes (un « il », une « elle » !) nous donneront à entendre quelques morceaux de leur choix.
16 h : CONTES « Courage ! » avec Hooshang bibliothécaire et conteur à la Médiathèque de Gif.
17 h 30 : LE GRAND CYCLE DE LA VIE ou L’ODYSSEE HUMAINE spectacle de A. Marc – musique: L. Maza, images: Lawrence le poète convoque notre société moderne, ses mythes, ses tabous….
18 h : ATELIER D’ECRITURE thème « le Courage » avec P. Cazelles.
18 h 30 : UN POEME, C’EST UN MATIN QUI CHANTE spectacle déambulatoire avec M.L Cloarec (Cie A vue de nez). Philomina vous entraîne dans l’imaginaire, joue avec  les mots…
19 h 30 : REPAS CONVIVIAL menu Africain 14 € -acras-yasssa-dessert-boisson avec F. Sissoko (Asso ARAN).

21 h : DUKE ET BISON RAVI spectacle concert : l’Ecume des jours de B. Vian – musique de D. Ellington. Avec le sextet jazz KLOE : B. Magnet, F. Accart, P. Sulpice, C. Le Fisher, S. Dounda, R. Schiffmann et  C. Quarello.

DIMANCHE 22 MARS

10 h : BALADE CONTEE ET KAMISHIBAÏ avec S. Thonas et E. Chevaleyre. Découvrez la nature, ses secrets.
12 h : ESCAPADE GOURMANDE une assiette campagnarde (5 €) avec danses et chansons italiennes (AIDA).
14 h : LE PLOMBIER et L’OIE BLEUE nouvelles de B. Vian lecture à haute voix – collectif de Bouche à oreille.
15 h : SONATES Concert  musique baroque française avec  L. Schneider (théorbe) et J.M Canevet  (chant, traverso) et une récitante.
16 h : RENCONTRE avec J. Camus et C. Gonnet découvrez l’art du film d’animation et de la vidéo. Suivi d’un ATELIER LIGHTPAINTING création d’images – pour ados et adultes.
17 h : CAFE POESIE avec P. Cazelles, scène ouverte venez dire, chanter, jouer ! Thème libre ou « Le courage».
18 h 30 : SYBILLE DOUNDA BLUES BAND EN CONCERT suivi de l’Apéro clôture offert.

PASS JOUR : 8 € – PASS FESTIVAL : 20 € – Gratuit  – 12 ans. Ateliers sur inscription participation aux frais 5€.Réservation: contact@tapisvolant.org  – Tel : 06 74 79 96 25 – www.tapisvolant.org
Billetteries en ligne : Francebillet, Billet réduc.
Le Château de Belleville : rue de la ferme de Belleville 91190 Gif-sur-Yvette.

3 janvier 2019

[Entretien] MASSERA, guide de l’utilisateur (Entretien de Jean-Charles Massera avec Fabrice Thumerel, 2/2)

Impressionné depuis longtemps par le projet artistique de Jean-Charles Massera – des plus libr&critiques ! -, comme toujours dans ces cas-là, j’ai pris le temps de le laisser me hanter… Le moment est venu – et j’en suis ému – de m’entretenir directement avec son auteur… Entretien dont voici la seconde partie, centrée sur la posture critique. /FT/ [Première partie]
[Pour les amateurs de biographie : ici]
[Regarder « Tu sais j’crois que j’vais pas pouvoir ».]

FT. Quels que soient les sujets traités, les formes et les supports choisis, ce qui est frappant c’est ta posture critique, et souvent même politique – sans vouloir évidemment ici reparler d’ « art engagé »… En fait, l’évolution esthétique que tu viens de retracer n’a-t-elle pas quelque chose à voir avec la volonté de mieux saisir ton objet ?
Dans un monde postpolitique où les effets politiques sont annexés par la sphère spectaculaire, quelle marge de manœuvre reste-t-il au créateur ?
Quel regard portes-tu sur le retour progressif du politique dans le microcosme poétique, notamment au travers de la déconstruction du discours médiatique, des problématiques de la guerre, de la domination économique, des flux migratoires, etc. ? (Que l’on songe à des auteurs d’âge et de poétiques différents comme Patrick Bouvet, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Christophe Hanna, Emmanuèle Jawad, Sébastien Lespinasse, Juliette Mezenc, Marina Skalova, Frank Smith…).

JCM. Je me souviens d’une table ronde avec Paul Otchakovsky-Laurens, Jean-Jacques Viton, Marie Darrieussecq et Jean Rolin à Marseille organisée à l’occasion des vingt ans des éditions P.O.L. Pour présenter une des particularités de mon travail (je cite de mémoire, ce ne sont pas les termes exacts), il disait (en substance donc) que ce qui l’avait intéressé dans mes livres, c’était ma manière de saisir le politique avec une forme singulière, la relation entre la forme et le politique… En gros 🙂 Une fois la table ronde terminée, il m’avait demandé si ça m’avait ennuyé qu’il ait présenté mon travail sous cet angle en évoquant cette dimension politique (il savait que je commençais à être agacé par le fait qu’on m’invite souvent à la radio pour parler de cette seule dimension en gommant ce qui faisait l’essentiel du travail… Ce qui me fera dire des années après que pour We Are L’Europe, j’avais plus été invité pour l’Europe que pour « We Are »). Je lui avais répondu qu’à partir du moment où l’on soulignait ce qui constituait la dimension majeure du processus d’écriture, ça ne me dérangeait évidemment pas. Au début des années 2000, à ces questions tournant autour de mon supposé engagement politique, je répondais en insistant sur trois aspects : D’abord si les écrivain(e)s avaient encore quelque chose à dire et si elles et ils avaient (encore) les moyens d’être entendu(e)s comme ça pouvait être le cas dans la première partie du vingtième siècle, ça se saurait. J’avançais ensuite l’argument que grosso modo mes livres n’apprenaient rien à personne d’un point de vue politique, que tout lecteur, toute lectrice de gauche lambda ne pouvait qu’être d’accord avec ce qui était raconté dans France guide de l’utilisateur ou United Emmerdements of New Order, que le travail se situait ailleurs, dans le dispositif de mise à distance de l’objet raconté, dans la manière de faire – vivre – avec, de le remettre à sa place, de représenter les mécanismes et les logiques qui le produisent, etc. Je travaillais (enfin j’essayais) les processus, les logiques de production de ce sens visé, de ces instrumentalisations mises en Å“uvre par des logiques économiques, financières, politiques, idéologiques… un travail au cÅ“ur du langage donc, mais au sens large, pas au seul sens littéraire (le paradigme de celui-ci m’intéressant au fond assez peu dans le sens où le littéraire n’est qu’un outil pour Å“uvrer sur quelque chose qui l’excède). Enfin et surtout, je répondais en disant que si l’un des enjeux du travail consistait à représenter les conditions d’être ici et maintenant, à travailler ce qui nous anime et nous constitue, à représenter, à critiquer, à mettre à distance et en perspective le sens de nos existences, alors il fallait opérer avec les logiques, les conditions, les dimensions, etc. qui sont à l’œuvre dans ces mêmes existences, ces mêmes conditions… qu’on ne les choisissait pas, elles étaient là… c’est une donnée, point (et là d’utiliser la fameuse image du « miroir qui se promène sur une grande route » de Stendhal).

Mais il y a quand même d’autres raisons, plus lointaines, moins intellectuelles qui sont certainement à l’origine, non pas de l’importance que j’ai souvent accordée au politique dans mon travail, mais au moins à l’origine de certaines obsessions qui touchent à des questions politiques… Ces raisons sont familiales et elles remontent à mon enfance. Déjà, je passais presque tous mes mercredis après-midi et une grande partie de mes vacances d’été entre une grand-mère ultra-catho et une grande tante qui avait été proche des Croix-de-Feu et qui avait une idée assez particulière de l’éducation qu’il fallait dispenser aux enfants, comme celle qui consistait à me confisquer mes jouets pour me mettre en main des récits illustrés des exploits coloniaux de Lyautey afin que j’apprenne à lire tout en apprenant l’histoire de « la France » (le tout en ayant pris soin de me briefer quelques jours avant mon entrée au CE2 où les enseignants sont « tous cocos » que si plus tard j’étais comme elle ça serait bien, mais que si j’étais « coco », elle me « mettrai[t] en tôle »… Parfois, le samedi, mon père me ramenait à la réalité contemporaine en m’emmenant sur des chantiers de terrassement pour le voir tutoyer « ses » ouvriers nord-africains en bon paternaliste blanc occidental sûr de l’évidente supériorité de sa culture (alors que depuis que j’étais entré au collège du Val Fourré (Mantes-la-Jolie) mes potes étaient majoritairement les enfants de ceux à qui mon père parlait mal ou que ma grand-tante nostalgique de la France telle que la concevait Lyautey désignait par des termes immondes)… Dans ces mêmes années, j’ai également progressivement pris conscience que ma mère remplissait toutes les cases de la non-existence et du refus de toute conscience de soi et de ses désirs pour répondre à la seule loi de l’effacement, de la soumission et du sacrifice à (la carrière de) son mari et à (l’éducation de) ses enfants (mâles) voulue par l’Église. Dans la foulée, vous commencez à comprendre que l’absence de sentiments dans votre vie familiale tient uniquement à et par des codes, des choses qu’il faut faire et des choses qu’il ne faut pas faire, que tout ce qui occupe une journée est une succession de devoirs… que « c’est comme ça parce que c’est comme ça »… Et aussi, quand vous avez douze ans, en plus de voir ses ami(e)s du collège traité(e)s comme des moins que rien par votre grand-tante et grand-oncle d’extrême droite, c’est très dur d’observer chaque dimanche ses grands-parents maternels condamnés au silence et à des postures d’humilité en bout de table parce qu’ils viennent d’un milieu populaire où l’on quitte l’école à 14 ans pour aller travailler et que par conséquent ces deux grands-parents doivent être déjà contents d’être là et que de toute façon il et elle ne peuvent rien à avoir à raconter ou à dire qui puisse être digne d’intérêt pour des gens qui jusqu’à ce mariage problématique auraient au mieux pu être à leur service… Et que dire de ce jour où, jeune homme j’ai vu mon père parler « de » « sa femme » à un ami devant elle comme si elle n’était pas là et surtout n’était pas un sujet puisque la conversation tournait autour du fait que la femme de l’autre ami et « sa » femme à lui pourraient éventuellement se rendre visite… Au-delà de la honte et de la colère d’assister impuissant à ces scènes très représentatives d’un certain ordre du monde et de la connerie de la culture et des croyances qui ont failli vous former, cette accumulation d’expériences familiales vous forge très vite et sur un mode totalement épidermique une conscience politique de petit résistant certes, pas encore très équipé, mais fermement convaincu de l’urgence et de la nécessité d’en finir avec cet ordre et cette culture là…

Enfin, quand malgré certaines paroles et certains actes (commis par la faction d’extrême-droite de la famille) que vous jugez odieux à l’endroit de vos proches, de vos amis ou de vous-même alors que vous n’étiez encore qu’un enfant votre père vous demande de « respecter » la famille et faire profil bas parce que « la famille, c’est sacré », c’est clair que quand vous êtes en âge d’envoyer balader la famille et de vous barrer… vous vous barrez. Je me suis ainsi brouillé très jeune (avant le moment « normal » de la crise de l’adolescence on va dire) avec mes parents et une partie de ma famille pour des raisons essentiellement politiques, des raisons de forte opposition à leur idéologie catholique romaine, bourgeoise postcoloniale paternaliste que mon père incarnait terriblement et bêtement dans la transmission de la loi et ma mère dans son exécution sans la moindre conscience critique. Je les ai surtout vus comme pris dans des logiques, une culture qui les agissaient, les parlaient, écrivaient leur vie ; plus que comme des parents avec lesquels on entre en conflit sur des motifs intimes, familiaux, etc. En même temps, je peux être reconnaissant à cette famille de m’avoir évité quinze ans de psychanalyse… Et la lecture de Bourdieu…

FT. Mais tu viens là de parler en bourdieusien élémentaire, agi par sa langue… (rire)

JCM. Exact ! Disons que j’ai senti Bourdieu avant de le lire… 🙂 Bref, la nécessité d’intégrer dans mon travail la conscientisation de ces dimensions constitutives de l’aliénation ordinaire, de ce qu’elles produisent et ont produit sur nos imaginaires et nos pratiques de vie, vient certainement plus de ce que j’ai vécu enfant que de ma fréquentation des milieux militants d’extrême-gauche pendant mes années étudiantes.

Ensuite, pour revenir à l’évolution esthétique que j’ai retracée à grands (voire gros 🙂 traits, elle a effectivement à voir avec la volonté de mieux saisir mon objet, c’est même sa seule raison, son seul moteur. Je n’ai pas décidé de devenir artiste ou réalisateur ou je ne sais quoi… J’essaye toujours de trouver une forme juste, une forme nécessaire… C’est la visée qui justifie la forme, qui donne telle ou telle forme. C’est le rapport de nécessité qui fait art (ou « Å“uvre » pour reprendre un terme qui renvoie à une conception prémoderne de l’art, mot que je n’emploie évidemment pas, mais ça c’est une autre question). Une forme n’est jamais donnée, elle est toujours à trouver, non pas dans une logique qui consiste à trouver de l’inédit, de l’inconnu, de l’inouï ou je ne sais quel cliché de cette conception de l’écriture qui réduit une démarche artistique ou littéraire à une démarche formelle et décorative sans autre objet que sa propre apparition. Même lorsqu’au début des années 90 j’écris mon premier livre, en l’occurrence Gangue son, initialement publié par feu les éditions Méréal et récemment réédité par La Ville Brûle, alors que tout dans ce texte tend vers la volonté de faire des phrases inédites où le rythme et le son composent des fondamentaux, la visée consistait à trouver la forme la plus juste pour transmettre les sensations, les expériences et les idées formulées à propos de ce qui pouvait poser question dans certaines caractéristiques intimes, culturelles, sociales ou politiques de nos existences. Ce qui fera dire à Marcelin Pleynet à qui j’avais envoyé le manuscrit qu’il y avait trop de sociologie dans mon texte, que la littérature c’était des montagnes qui se parlaient, comme Heidegger et Céline [je cite de mémoire]… Si mon but n’a jamais été de dialoguer avec les géants (mâles) de l’histoire de la littérature (masculine) occidentale, j’avoue avoir cherché dans ce livre à travailler la langue, la sculpter… j’avoue avoir rêvé de phrases inédites taillées dans une gangue sonore… Sorte de naïveté certainement, mais qui me poursuit encore, surtout quand certains de mes proches ou ami(e)s découvrant ce texte des années après, me disent que c’était peut-être là un livre où j’inventais une langue… Je me demande toujours s’ils ou elles me disent ça par sympathie, provocation ou volonté de me dire que j’ai peut-être fait fausse route. En tout cas, Gangue son est un peu ma mauvaise conscience, mon Å“il de Caïn.

FT. Avec Gangue son, en quelque sorte, tu commences par où TXT finissait…

JCM. Je ne sais pas, je n’en avais pas la prétention en tout cas, même si Gangue son est alimenté ça et là d’extraits de textes ou d’idées de TXT – qu’il s’agisse de Christian Prigent ou de Jean-Pierre Verheggen. Ce qui reste certain pour moi, et j’ai toujours travaillé en ce sens : il n’y a pas de formes, de médiums ou de genres permanents, inscrits dans l’Histoire for ever. Pour reprendre Walter Benjamin que je cite souvent quand j’interviens dans des écoles d’art ou des universités, « À de grands intervalles dans l’histoire, se transforme en même temps que leur mode d’existence le mode de perception des sociétés humaines. La façon dont le mode de perception s’élabore (le médium dans lequel elle s’accomplit) n’est pas seulement déterminé par la nature humaine, mais par les circonstances historiques » [1]. De fait, une forme (de représentation, de questionnement ou une forme visant à la mise en Å“uvre d’un autrement) se construit – se cherche – dans une relation de nécessité avec le moment, la réalité qu’elle se donne pour objet (qu’elle travaille), le contexte, les conditions historiques dans lesquels elle s’inscrit. La première et seule question est donc de savoir ce qui peut constituer un enjeu sur le plan littéraire et esthétique aujourd’hui (qu’est-ce qui peut faire sens ici et maintenant en 2018 dans nos contrées et sociétés contemporaines ?). Après le travail commence.

Maintenant, pour répondre à la question « quelle marge de manœuvre reste-t-il au créateur ? », et même si comme je viens de le dire au sujet de mes travaux dans l’espace public, je rêve de questionnements critiques à visée émancipatrice que l’on emporte chez soi après avoir fait l’expérience de ces propositions… je crois en fait qu’il ne nous reste plus (beaucoup ?) de marge de manœuvre. Et je pense même que la plupart des passant(e)s sont passé(e)s… devant mes affiches sans les voir, sans vraiment « imprimer »… Pareil pour l’installation sonore à Auchan. Le principe de la masse d’informations noyant tout dans le bruit a gagné la partie contre l’art (critique) depuis longtemps. On peut toujours dire que l’on opère dans les interstices de la machine de l’ennemi, qu’on grippe un peu cette même machine le temps d’une intervention, mais bon… « dans tes rêves »:). D’abord ça n’a aucune efficace et ensuite, ça ne « touche » que celles et ceux qui sont déjà convaincu(e)s de la chose et vont chercher ce type de propositions critiques. Once again, si l’art pouvait changer le monde, ça se saurait.

Alors évidemment je continue à être particulièrement sensible au travail d’auteur(e)s que je suis depuis longtemps comme Espitallier, Bouvet, Pireyre, Brossard, Cadiot, Arlix, Lefebvre, Adely, Quintane, Jallon ou encore à ceux et celles que je découvre aujourd’hui, comme Skalova. Curieux aussi de ce que tentent, dans des registres auxquels je n’arrive pourtant plus à adhérer, mais qui me posent question quand même, des auteurs comme Desbrusses, Coupland, Bertina, DeLillo, Fiat, Ostende (d’autres encore, mais je ne cite là que ceux et celles dont je me sens proche dans certaines visées). Et je suis surtout heureux que ce type de travail existe et se poursuive encore (déjà parce que nous partageons souvent beaucoup de choses dans nos travaux respectifs… parfois à des années d’intervalle). Mais bon, ce que je vois c’est que nous sommes toujours peu nombreux et nombreuses en termes de lecteurs et de lectrices de nos travaux respectifs, que les « grands livres » français restent les livres des prix littéraires et vendus dans et par les médias (le nouveau P.A.F), que ce sont ces mêmes productions qui sont traduites et vendues à l’étranger comme « la littérature » française… Bref, que nous n’avons aucune force, aucune puissance… aucun respect surtout – et à terme aucun sens reconnu d’utilité publique 🙂 Nous sommes des clowns sympathiques et tristes (remplacés depuis longtemps par des « personnalités » qui parlent d’elles-mêmes entre elles et du monde au monde sans autres compétences que celle d’être connues) à qui l’on offre ici un coin pour exposer à l’ombre des regards qui pourraient être concernés, là un éditeur pour publier des livres qui se vendront à quelques lecteurs et lectrices assidu(e)s de nos pages Facebook ou des quelques rares pages critiques que les principaux journaux daignent encore accorder aux journalistes qui essayent de faire le job, mais qui doivent se battre pour placer un papier sur un travail pertinent au milieu du tout-venant commercial (spéciale dédicace aux très bon(ne)s essayistes, critiques, journalistes qui se reconnaîtront et que j’admire pour leur ténacité… Déjà parce qu’ils et elles liront peut-être cet entretien 😉
Reste que quand j’interviens dans une école ou une université et que je lis d’une traite sur le mode d’une quasi performance un passage d’un texte d’Emmanuel Adely ou la totalité d’un livre de Patrick Bouvet, que je donne à lire, à voir, quelques pages d’un livre de Nathalie Quintane ou d’Emanuelle Pireyre ou que je donne à voir une vidéo de Noémi Lefebvre dans le cadre d’un atelier d’écriture ou de théâtre et que je vois des regards soudain s’allumer, comme si quelque chose était passé (pour la suite de leur existence ?), ça me fait un bien fou… et ça me procure un plaisir bien plus fort que celui que j’essayais de repérer dans l’assistance quand je lisais mes propres textes à la fin des années 90 ou au tout début des années 2000.

FT. Le problème, c’est que dans le champ littéraire français l’étiquetage a la vie dure… Derechef, il est encore difficile pour un créateur de varier les formes, ça nuit à sa « visibilité »… Quelles que soient les formes choisies – livres, films, pièces sonores, performances, ou encore campagnes d’affichage -, je vois dans ton travail deux lignes de force, la première étant pour l’instant majoritaire : d’une part, la déconstruction des discours et représentations dominants ; d’autre part, la monstration de la parole des dominés à partir de prélèvements bruts, comme dans Under The Resultats. En tant que monteur/montreur, ton travail critique – souvent ironique – me semble plus proche des Modernes que des postmodernes, non ? (Cela dit, sans vouloir tomber dans des classifications et taxinomies rigides…).

JCM. Jusqu’à a cauchemar is born en 2007, la « déconstruction » des discours et représentations dominants est effectivement une tendance forte dans mon travail, mais ensuite – et on en revient à ce moment de rupture dont je parle plus haut – la question devient plutôt, « comment faire avec » ici et maintenant, dans les conditions qui nous sont données, imposées ou proposées (et non continuer à dire et redire que ça craint)… Il a donc fallu laisser de l’espace aux possibles, aux autres aussi… laisser de l’espace à l’usage… aux points de suspension… (ces questions à emporter dont je parle plus haut par exemple). Depuis We Are L’Europe (2009), cette déconstruction n’apparaît plus. Idem pour les prélèvements bruts (de paroles) que je rapporte effectivement dans une campagne d’affichage comme celle de la Biennale de Rennes en 2008, dans des documentaires fictions radio comme celui que nous réalisons en 1997 avec Vincent Labaume (La Vie qui va avec, France Inter 1997) et où nous mixons des paroles rapportées sur des expériences et pratiques de vie avec la maison individuelle, la voiture, l’alimentation, les animaux, les plantes vertes avec des paroles prélevées dans les représentations-projections publicitaires ou cinématographiques, les chansons, les reportages et bulletins d’informations, etc. J’ai retravaillé cette dimension une fois dans un film « documentaire de création », Call Me Dominik, film (qui je ne sais pas s’il sortira un jour en salles dans sa forme finalisée comme il en fut question à un moment donné) où je laisse parler de leur vie, de leurs rêves si elles en ont encore, les personnes travaillant dans des centres d’appel en France et au Maroc. Mais hormis ce film, là non plus je ne travaille plus cette dimension de la parole brute rapportée.

En fait, depuis la fin des années 2000, ce que j’essaye de travailler a plus à voir avec une esthétique du faire avec, une esthétique des possibles (ouvertures, appropriations, détournements à des fins d’émancipation, etc.). Comment on fait dans telle ou telle situation donnée pour vivre mieux la, les chose(s). Le tout, doublé – évidemment – de protocoles, de fictions (ou plutôt de reconstitution) de situations de mises à distance critiques des conditions et des logiques d’aliénation, des forces contraires de l’épanouissement possible on va dire. Par exemple, l’installation vidéo Ad Valorem Ratio (2015) – montrée pour la première fois au MAC VAL dans l’exposition « Chercher le garçon » – rejoue la manière dont les corps de cadres hommes et femmes se mouvant dans l’espace des bureaux, des couloirs d’entreprises et des salles de réunions, peuvent exercer, imposer, assouplir, jouer avec l’exercice du pouvoir. Cette double projection nous mettant face à une salle de travail ou de déplacement d’une entreprise où l’on voit évoluer un ou plusieurs cadres pendant qu’un autre écran sur le côté nous montre un hors champ, un « ce qui se passe ailleurs dans un autre endroit de l’entreprise pendant que… », tente par la manière dont elle dilate le temps de travail, d’insérer un temps de pause, ou plutôt de ralentissement du temps de production pour reprendre du temps à soi et pour soi (sur celui de l’entreprise). Le travail des quatre pistes sonores qui accompagnent la double projection amplifiant ou assourdissant certains bruits de bureaux, certaines rumeurs de paroles provenant des bureaux voisins, certains pas, certains rythmes de pas masculins ou féminins, des pas de décideurs ou décideuses, des pas d’exécutant(e)s, permet d’intérioriser cette appropriation, on va dire déformante, de l’expérience du temps de travail en entreprise. La possibilité de la sensualité et de la séduction entre deux temps de stress, de moments de production est également très présente dans cette installation. L’autre facette de cette proposition artistique étant l’usage de la métaphore des jouets « de petits garçons » (camions, tractopelles) et des attitudes de jeux de ces mêmes petits garçons transposés dans la vie professionnelle adulte où le rapport enfants maman vient troubler le rapport managers (hommes) N+1 femme… etc.


Ad Valorem Ratio, installation sonore et vidéo – 17 mn loop (Avec Emmanuelle Lafon, Emmanuelle Vérité et Pierric Plathier)

Si l’on prend l’exemple des dessins vectoriels (pensés pour la salle d’exposition ou l’affichage public), ceux-ci tentent de représenter des situations de vie, de travail où soudain, au milieu d’un moment où notre corps et notre concentration sont occupés par une occupation professionnelle ou une activité sociale, une phrase, un éclair de conscience viennent faire un trou dans la manière dont on vit habituellement ce moment en énonçant (conscientisant ?) une pensée philosophique critique (de base :), une pensée qui permettrait de vivre autrement ce moment, ou de le mettre à une place qui permette d’ouvrir d’autres places, d’autres rapports au monde auquel soit l’on n’avait jamais pensé, soit qu’on avait jamais osé envisager, etc. Ce travail qu’on pourrait appeler du trou critique dans un moment professionnel ou social (ou plus intime) est très présent dans ce que j’essaye de fabriquer actuellement.
Dans mes récentes séries de photographies (notamment Less Men is More – Le protocole de Pierric – 2016), la possibilité de se construire un corps moins projeté par les logiques et les besoins de l’entreprise, un corps plus « approprié » quand bien même il est en complet noir ou en veste de tailleur est également très présent. Ou encore ce mélange d’espoir et d’inquiétude d’une mère cadre voyant sa petite fille fascinée par les tours de verre de la Défense dans la série de photos Don’t tell me she… (the Child and the Towers), 2017 où l’espoir d’une émancipation (la petite fille plus intéressée par les tours de verre d’un quartier d’affaires que les tours d’un château de Princesse) laisse progressivement apparaître sur les traits du visage de la mère la peur d’une nouvelle forme de soumission à d’autres logiques.


Less Men is More (Le Protocole de Pierric) – MAC/VAL 2016

FT. Tu évoques parfaitement l’évolution concrète de tes pratiques, mais avec un certain refus du théorique… Moderne / antimoderne : ces concepts te paraissent-ils pertinents pour rendre compte de l’évolution de ton travail ?

JCM. Je crois surtout à la dimension d’historicité, c’est-à-dire à ce qui peut constituer un enjeu ici et maintenant. En fait, l’histoire et la succession, l’enchaînement logique ou non, des pratiques, des écoles, etc. je m’en fous totalement… dans la mesure où je suis fermement convaincu qu’une démarche artistique (littéraire, poétique or whatever) se mesure à sa pertinence au moment où elle essaye de s’énoncer et dans les conditions (historiques) de son énonciation, dans son rapport aux questions, aux objets (et à leur pertinence) et non par rapport à une histoire de l’art et de la littérature. Donc, le rapport anciens/modernes… I don’t know… ça ne me parle pas du tout. Tout comme la croyance dans un art intemporel et universel, relève me semble-t-il de la plus grande naïveté ou de la volonté gentiment réactionnaire de conserver le même ordre du monde, toujours, croire que les questions sont toujours les mêmes (au-delà des grandes questions de la mort et du sens de nos existences)… Ce rapport maladif au « grand art », aux « grands textes », c’est non seulement faire l’économie de la difficile question du qu’est-ce qui peut constituer un enjeu littéraire et esthétique aujourd’hui en rêvant de représentations de mondes et de manières d’être qui ne sont plus, qui n’existent plus que dans les mémoires (nostalgiques), mais c’est surtout manquer totalement l’époque, c’est refuser de voir que les conditions d’expérience du monde ne cessent de changer et qu’il faut à chaque fois chercher des formes et des outils ad hoc pour les appréhender… Pour prendre un exemple très simple ; m’intéresse plus ce que sont en train de produire dans ma conscience la modification de nos rapports aux animaux ou la prise en compte de ce que signifie être un homme cis blanc que ce que mon prochain opus pourrait apporter de plus par rapport à la poésie ou à la littéraire contemporaine. J’aime bien le bricolage et la technique, mais pour moi ce ne sont que des moyens pour… pas des fins.


Ad valorem Ratio

FT. Dans tes fictions, ton texte avait du corps – comme l’on dit d’un vin ! – grâce à la performance de l’écrivain. De tes performances et autres créations, quelle(s) fiction(s) se dégagent-elles ? Quelle pensée critique ?

JCM. Des performances, si on s’en tient à la définition, disons historique (celle du début des années 70 dans le champ des arts dits « visuels », avec les figures également historiques comme Marina Abramović, Chris Burden, Vito Acconci (cf. photo à gauche), Barbara Smith, Michel Journiac, etc.), il s’agit d’une forme basée sur la présence face ou avec un public qui ne se produit qu’une seule fois et qui se joue souvent sur le mode de l’improvisation… Donc, sauf à prendre l’aventure fictionnelle de Jean de La Ciotat dans l’espace réel (et l’imaginaire tout aussi réel) du cyclosport français et européen, je n’ai jamais fait de performances. En revanche, oui j’ai fait quelques solos ou duos écrits et joués avec ma propre voix préenregistrée ou exceptionnellement avec un partenaire (Pascal Sangla ou Yves Pagès)… Mais ces prestations scéniques sont rares et ce sont plutôt des minis spectacles où je chante aussi parfois… Bref, des plages de détente et d’émotion dans ma trajectoire, pas plus… Je ne mets donc pas cette partie de mon travail au même niveau que le reste. Seules les « performances » de mon corps de fiction, Jean de La Ciotat peuvent-être placées au niveau des propositions que je revendique comme faisant pleinement partie intégrante de mon travail. À l’origine, la reprise de la pratique cycliste de manière ludique et littéraire était une tentative de mise en crise de ce en quoi je croyais en tant qu’auteur dans les années 90 par une pratique critique en actes, physique et opérant dans un espace et une communauté non artistique, une communauté de pratique de loisir très éloignée des questionnements qui m’animaient en tant qu’écrivain. La première mise en crise était celle d’une croyance qui m’occupait beaucoup dans les années 90, celle qui considère qu’il n’y a plus d’expériences possibles en dehors des expériences de pensée, que le corps s’est déporté du côté de ses représentations spectaculaires… Mais quand vous êtes à la limite de la rupture avec une nuée de moucherons dans la gueule sur les derniers kilomètres du troisième col à plus de 2000 mètres d’altitude sur une pente à plus de 12 % de dénivelé dans une épreuve de 200 km avec la menace d’être repris par la voiture balais, c’est clair que le retour du corps dans votre vie, vous le prenez en pleine tronche. Plus sérieusement, toute cette aventure avait aussi à voir avec l’exploration d’une pratique et des imaginaires qui s’y agglomèrent dans un moment où la réalisation de soi et l’épanouissement dans le travail salarié sont désormais souvent perçus comme une fiction dans laquelle peu de personnes marchent, l’investissement se faisant alors ailleurs, notamment dans des pratiques de loisir.

Mais pour répondre plus précisément à ta question concernant la ou les fiction(s) qui se dégage(nt), il me semble qu’aujourd’hui l’un des enjeux d’un travail artistique, littéraire, cinématographique, whatever, est de travailler contre les fictions dont nous sommes saturés : fictions politiques, religieuses, idéologiques, collectives ou conçues à l’échelle de nos habitudes de vie ou de consommation, etc. Il s’agit donc surtout de ne pas produire une fiction de plus ou même de « contre-fiction » ! Dans le cours de notre entretien, je crois que j’ai trouvé, ou plutôt retrouvé le terme qui me convient le mieux… « retrouver » car je l’avais déjà employé quand j’avais réécrit une partie de La Société du Spectacle de Guy Debord dans La Leçon de Stains, le petit livre qui accompagnait l’exposition de l’installation The Third Memory de Pierre Huyghe en 2000 au Centre Georges Pompidou à Paris et à la Renaissance Society à Chicago, ce mot c’était « reconstitution », comme je parle plus haut de « reconstitution de situations ». Dire ici au passage que la fréquentation de Pierre Huyghe [2] et de son travail dans ces mêmes années est un moment très stimulant dans ma démarche et mon rapport à certains protocoles d’expérience du monde que lui travaille alors à merveille, avec une liberté que je ne me donne pas encore pleinement à l’époque. D’ailleurs dans The Third Memory, tout l’enjeu du travail proposé par Pierre à John Wojtowicz – l’auteur du premier casse médiatisé et suivi en direct à la télévision – dont s’était inspiré Sidney Lumet pour réaliser son Après-midi de chien, était de reconstituer une scène clé du film dans laquelle l’homme explique ses motivations que Sydney Lumet avait totalement occulté dans le film (John Wojtowicz avait fait ce casse pour que son compagnon d’alors puisse réaliser son rêve : se faire opérer pour changer de sexe). À l’époque du casse, des militants homosexuels étaient même venu soutenir John Wojtowicz, voyant en lui un porte-drapeau médiatique. En l’occurrence Pierre Huyghe lui offrait la possibilité de reconstituer la personne et une partie de son existence dont la fiction de Sydney Lumet (et le jeu de l’acteur jouant son rôle, Al Pacino) l’avait dépossédé. Donc là aussi, la fiction était plutôt la forme à combattre ! Aujourd’hui, la fiction – toutes les formes de fiction – sont des instruments d’aliénation auxquels il faut opposer des outils (d’émancipation) résolument autres.
Donc écrire, penser, imaginer, construire des formes, des moyens d’échapper à ce sempiternel besoin de fiction, de projection dans des croyances, des partitions, des projets, des trajectoires de vie qui nous dépossèdent de nos capacités à nous projeter ailleurs que dans des logiques servant des intérêts pensés à des échelles qui ne sont pas les nôtres et qui ne penchent en tout cas pas du côté de l’émancipation et de l’épanouissement, oui ! La fiction est certainement le pire ennemi de l’émancipation, de l’épanouissement, de la pensée de possibles autres que ce qui nous arrivent. On a besoin d’outils, pas de récits de sorties de soi (d’instruments de divertissement et de diversion), de fictions de prêt-à-vivre et penser sans passer par la case qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, ici… qu’est-ce qui peut nous modifier dans nos croyances, dans ce qui continue de nous arriver, ce qui continue de faire en sorte que ce qui (nous) arrive est cet état du monde que nous combattons (les logiques de guerre ou de haines ; l’inégalité des sexes, les fonctions et les manières d’être genrées, etc.) ou qui se révèle soudain problématique (exploiter, tuer, manger les animaux)… Ce ne sont là que quelques exemples, mais ce sont là des enjeux d’être autrement plus signifiants que le confort (de la conservation de ce qui est) des fictions. Les pensées de l’amélioration, de la modification, de la possibilité d’autrement passent par des opérations de prise de conscience, de changements de paradigmes, de mises en crise de ce qui arrive, pas par des plages d’occupation du temps (libre) pour ne plus y penser (l’aliénation).

FT. Que cherchais-tu en reprenant le vélo avec la plume pour un diptyque sur les aventures de ton double, Jean de La Ciotat ? De ton point de vue, quelles interactions dynamiques perçois-tu entre écriture et performance, corps et plume, théorie et pratique, Moi et Autre ?

JCM. Certainement une réconciliation. Déjà d’un point de vue personnel et peu intéressant pour les lecteurs et lectrices (d’ailleurs ce point de vue n’apparaît que sous la forme de quelques détails dans les deux livres), c’est peut-être une mini – et très relative – réconciliation avec, disons, la part « sauvable » de mon père après sa mort, père avec qui je n’ai rien partagé ou ne voulais rien partager depuis l’âge de onze ans pour les raisons évoquées précédemment. Enfant, il avait été passionné par le Tour de France, ses mythes, ses coureurs de légendes… Ce rapport au mythe du Tour de France, nous le partagions. Aussi, autant il ne m’a pas soutenu dans mes études et mes choix de vie privés et professionnels qu’il méprisait, autant, adolescent il m’a accompagné et encouragé à pratiquer le cyclisme au niveau où je cherchais à le pratiquer. Mais c’est surtout une réconciliation avec ma part « non intellectuelle » qui est en jeu dans ces « aventures » de Jean de La Ciotat, cette part que j’avais délaissée au sortir du lycée pour vivre exclusivement dans une sphère sociale et professionnelle qui, pour le dire simplement, dénigre souvent ou ne considère pas du tout les pratiques de vie, les pratiques culturelles qui constituent le cadre de ce que vit et raconte Jean de La Ciotat. Au premier degré, c’était une façon de passer du côté de ou plutôt dans les posters qui ont décoré nos chambres d’adolescents… Au second degré, il y avait la volonté, à la fois de participer à une fiction collective (la vivre plutôt que l’écrire) et ensuite de la penser, de penser ce que cette participation modifiait. J’aimais aussi les ponts qui pouvaient se construire entre des imaginaires, des projets de vie aussi différents que ceux qui peuvent se croiser sur les routes un dimanche matin. Faire entrer Guy Debord aux côtés d’Antoine Blondin, écrire des devenirs-autres sur les routes du Tour de France, travailler la question de l’être-ici-et-maintenant-pleinement sur l’asphalte et de l’en-commun dans un moment de perdition sur des pentes très raides d’un col italien pour cause de fringale, c’était déjà quelque chose, mais aussi et peut-être surtout, avant de devenir un puis deux livres, ça a commencé à s’écrire sur un mode d’échanges collectifs sur des forums de discussion dédiés au cyclosport et au cyclisme (certains de ces échanges constituent des passages entiers du livre). Ce que j’écris ensuite dans Jean de La Ciotat confirme et Jean de La Ciotat, la légende c’est un peu la consignation (par écrit) de ces quatre années vécues en milieu cyclosportif, de ce que ce temps vécu différemment (à faire des milliers de kilomètres d’entraînement par an pour être capable d’arriver dans les délais à défaut d’être compétitif, à avoir une certaine hygiène alimentaire, à traverser la France et une partie de l’Italie, de l’Espagne ou de la Suisse pour aller finir souvent dans les profondeurs du classement, à aménager sa vie en fonction de ces « objectifs » relativement dérisoires en regard de ce qui m’animait dans ma vie d’écrivain, puis par la suite d’artiste). Mais la grande différence entre cette fiction à échelle 1/1 dans l’espace-temps « réel » et celles représentées, projetées et condensées dans les pages de l’espace littéraire, c’est effectivement d’abord une expérience de corps, et une tentative d’écrire des états de corps dans l’effort, des sensations… autres que celles que peut généralement nous offrir la littérature, plus tournée vers ce que ses auteur(e)s connaissent… donc des états de corps liés au sexe, au travail, à l’usage des drogues, à la déambulation, à la vie pratique mondaine, etc. En clair : le vélo et ce qui se joue dans le corps sur un vélo, c’est pas un sujet en littérature.

FT. Le corps comme support de pensée critique, c’est plus limité, non ? J’aime l’expression « trou critique »… N’y avait-il aucune trouée critique dans tes agencements répétitifs ?

JCM. Le « corps » qui a beaucoup occupé les écrivains mâles français (de Bataille à Sollers ou à Prigent) ne m’a jamais paru véritablement critique de quoi que ce soit de majeur. C’est un « standard » au sens d’un standard de Jazz qui a donné lieu à de belles compositions, mais pour la dimension critique je préfère l’usage véritablement critique qu’en ont fait des artistes dans le champ de la performance au début des années 70, notamment le corps féminin objectivé et assigné à résidence par le « male gaze » pendant des siècles d’histoire de l’art et de la littérature non émancipés. Là, le corps devient un espace, une forme, un organisme potentiellement et politiquement support d’une critique des plus pertinentes. Mais pour mon modeste Jean de La Ciotat, non, évidemment. Le corps est juste un médium (entre le réel et la conscience écrivante) et une forme d’expérience : celle qui consiste à repousser les limites de ce même corps et surtout les limites mentales. Il s’agissait pour moi de transcrire des expériences de corps et de mental, de raconter ce qu’elles modifient en nous, des expériences de corps et de mental que seul le sport pratiqué à une certaine intensité peut procurer. Nulle visée ou prétention critique ici ; simplement un médium ou un support au sens artistique du terme… l’interface entre un contexte et une conscience qui me manquait pour raconter « ça ». C’était aussi une façon de vivre aux côtés d’am(i)es rencontré(e)s sur les routes pendant quatre années. J’ai vécu de formidables moments, parfois très intenses sur les épreuves. Évidemment, au départ, penser qu’on va éprouver un grand bonheur dans une Pasta Party d’après course, c’est sûr que c’est pas gagné quand on est plus habitué aux dîners d’après vernissages. 🙂

FT. Même si tu ne te sens pas concerné au premier chef, quel regard portes-tu sur l’espace contemporain de la performance ?

JCM. Encore une fois, ma fréquentation du champ de l’art dit contemporain et mes rencontres avec des artistes majeurs de la scène nord-américaine du début des années 70 font que je n’arrive pas à nommer « performance » ce que je vois nommé comme « performance » sur la scène littéraire contemporaine, mais disons que j’ai pu prendre et prends encore un immense plaisir à écouter Noémi Lefebvre, Anne-James Chaton, Louise Desbrusses, Antoine Boute, Jean-Pierre Ostende, Emmanuel Adely, Thibault Croisy, Yves Pagès ou tout dernièrement Yoann Thommerel – dont j’ai découvert le travail à Nantes dans le cadre du festival MidiMinuitPoésie #18 – lire à voix haute des textes adaptés ou conçus spécifiquement pour l’exercice… peut-être parce qu’elles et ils nous disent à voix haute quelque chose sur certaines caractéristiques, certains aspects de notre aujourd’hui de manière drôle, avec une pertinence et une distance critiques qui « me parlent » et que je ne sais pas ou plus porter moi-même de manière aussi forte.

FT. Jean-Charles, et maintenant ? Des projets, des intuitions sur le devenir de ton travail en relation avec le devenir de notre monde ?

JCM. Ouais, mon producteur et moi attendons que les hautes instances du cinéma français acceptent de déplacer légèrement leur regard et leurs attentes quant à ce que doit être un film d’auteur(e) et nous donnent enfin une chance pour que je puisse tourner mon projet de long métrage Le verre et le sable (une sorte de comédie d’anticipation portée – entre autres – par deux petites filles qui tentent de faire ce que leurs prédécesseurs mâles n’ont jamais voulu, pu ou su faire… En attendant, je travaille sur Les personnes renouvelables (un film plus court avec Emmanuelle Lafont) ; Transition attentionnelle – Volet 1 L’enfouissement de la puissance (une exposition monographique au centre de la photographie de Genève), une installation vidéo pour « 100 artistes dans la ville » organisée par Nicolas Bourriaud à Montpellier. L’année théâtrale 2019 verra également la reformation de notre team avec Benoît Lambert pour une collaboration sur l’écriture et la mise en scène de How Deep is Your Usage de l’Art ?… Et puisqu’on en est au stade des confidences, cher Fabrice, disons que mon éditeur va peut-être (ten years after) pouvoir ouvrir sa boîte de réception avec des sortes de phrases assez courtes, isolées et posées sur et entre beaucoup d’espaces blancs, à assembler dans un livre…


Ad Valorem Ratio (vue d’installation) – 2017. Casino Luxembourg / Forum d’art contemporain

[1] « L’Å“uvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée », in Écrits français, Bibliothèque des idées, Gallimard, p. 143.

[2] Jean-Charles Massera avec Pierre Huyghe sur le tournage de The Third Memory dans les studios de Stains en 2000. © Christine Van Assche (Alors commissaire de l’exposition au Centre Georges Pompidou).

4 octobre 2018

[News] Libr-News poétiques

La poésie est plus que jamais vivante en ce mois d’octobre : « Poésie et musique aujourd’hui sur Remue.net ; parution du n° 11 de la revue Catastrophes ; deux RV poétiques prochains à ne pas manquer en Sorbonne ; Poéticide de Hans Limon lu par Denis Lavant ; les RV de la ZIP (Zone d’Intérêt Poétique)…

â–º À découvrir sur le Net : le dossier que Laure Gauthier a lancé sur Remue.net, « Poésie et musique aujourd’hui »

â–º Ne manquez surtout pas le dernier numéro de la revue en ligne gratuite Catastrophes : n° 11, « Les Techniciens du sacré », avec notamment la collaboration de Jacques Demarcq, Marie de Quatrebarbes, Jean-Claude Pinson, Laurent Albarracin, Pierre Vinclair, Olivier Domerg, A.C. Hello… Télécharger

â–º Un colloque international »Valeurs de la poésie (XVIe – XXIe siècles) », du 11 au 13 octobre : télécharger le programme.

Avec notamment, sur la poésie aujourd’hui : Benoît Dufau, Pascal Durand, Caroline Fischer, Romuald Foukoua, Olivier Gallet, Laure Michel, Antonio Rodriguez, Gaëlle Théval, Fabrice Thumerel… À noter également le vendredi apm : lecture de Cyrille Martinez et Table ronde sur « poésie et action culturelle ».

La poésie a-t-elle (encore) de la valeur ?

Cette question émerge aujourd’hui dans le contexte d’une dépréciation sociale, de difficultés économiques, de critiques venues du roman, de polémiques chez les poètes eux-mêmes et de sortie hors du genre. Les reproches sont connus : autotélisme, élitisme, illisibilité, disparition du lectorat, sacerdoce illusoire, sacralisation désuète du livre et de l’écrit, etc. La contestation de la valeur de la poésie, dans le champ social comme dans le champ littéraire, est toutefois un phénomène ancien. De la méfiance du philosophe envers le poète chez Platon à la marginalisation du « poète lyrique à l’apogée du capitalisme » (W. Benjamin), puis à la quasi invisibilité contemporaine de la poésie, le destin social de celle-ci semble être celui de sa disparition. Parallèlement, de l’autoportrait satirique chez Stace, Régnier ou Saint-Amant à la « haine de la poésie » (G. Bataille), devenue « inadmissible » (D. Roche), il semble que la détestation de la poésie par les poètes eux-mêmes corrobore son effacement dans le champ.

Cette évolution est parfois imputée à une survalorisation première de la poésie entraînant par contrecoup déceptions et dépréciations. Investie de pouvoirs sacrés à la Renaissance, placée au sommet du système des genres (Hegel), la poésie, assignée aux plus hautes fonctions par les « mages romantiques » (P. Bénichou), se serait révélée incapable de prendre en charge pour la communauté les catastrophes du XXe siècle.

À l’opposé de ce type de récit téléologique et essentialiste, nous proposons de tenir compte des variations de ce qui est appelé poésie, de la Renaissance à nos jours, pour examiner non pas une irrémédiable dévalorisation de la poésie mais une diversité de valeurs, en considérant son histoire, non pas de manière linéaire, mais en fonction de phénomènes d’intermittences et de résurgences.

Les valeurs de la poésie sont fonction non seulement de l’organisation des genres et des sous-genres (épique, dramatique, satirique, pastoral), mais aussi des rapports entre art noble et art de cour, « grand art » (canon poétique) et « art populaire » (poésie éphémère, poésie privée). Ces valeurs dépendent encore de la place accordée aux supports (oral, écrit, visuel, numérique), des pratiques et des usages sociaux (poésie encomiastique, épistolaire, intime, engagée) et de leurs lieux (salons, cour, maisons d’édition, revues, festivals).

Les critères et les formes de la valeur en poésie pourront se décliner en fonction des axes suivants, qui rassembleront chacun des études sur des siècles différents.

► Sorbonne, le jeudi 18 octobre à 19h45, amphithéâtre Guizot, soirée PLS (revue Place de la Sorbonne), « Autour de mai 68 : lectures poétiques »

En cette année du cinquantenaire de mai 68, Place de la Sorbonne organise une soirée au cours de laquelle des poètes contemporains viendront dire des textes d’eux librement inspirés par cette insurrection à la fois politique, sociale et poétique. Il s’agira de textes composés dans le retentissement du fameux printemps mais aussi de poèmes écrits aujourd’hui faisant retour sur lui.

Amandine André, Francis Combes, Jean-Luc Despax, Florence Pazzottu, Christian Prigent en duo avec Vanda Benes, Milène Tournier. Les lectures seront ponctuées de morceaux de jazz joués à la guitare par Arnaud Delpoux.
Gratuit sur réservation obligatoire avant le jeudi 18 octobre.

â–º Jeudi 18 octobre au Théâtre du Nord-Ouest à Paris, à 19H, Denis Lavant lira en avant-première des extraits du livre à paraître de Hans Limon, Poéticide (Quidam éditeur, parution le 8 novembre) : Libr-critique reviendra sur ce livre important dès le 8 novembre…

â–º Les RV de la ZIP (Zone d’Intérêt Poétique) :

7 janvier 2018

[News] News du dimanche

Actualité dense pour cette reprise de janvier : les RV à venir de la Maison de la poésie Paris ; Anne Savelli chez Charybde ; "Du travail" à Marseille (avec notamment Giney Aymé) ; Jean-Charles Massera à Pantin ; soirée TRACE LABEL à Pantin.
Pour le reste, rien ne change en 2018 : "Nous en avons assez vu, malgré tout, pour conclure que c’est la bêtise qui prédomine[ra]" (Pessoa)… Raison de plus pour être libr&critique !
 

â–º Agenda de Lucien Suel :

ROUBAIX, 20 janvier, à la Médiathèque La Grand Plage, dans le cadre de la Nuit de la lecture, à 20h30, lecture d’extraits du roman « Angèle ou le syndrome de la wassingue » et de « Ni bruit ni fureur », signature avec la librairie Les Lisières

LILLE, 27 janvier, de 10h à 19h, salle du Gymnase de Lille, Place Sébastopol, Salon du livre Afficher le Nord (avec l’AMOPA). Présence sur le stand des éditions Cours toujours. Lectures à 16h30 en compagnie de Ludovic Degroote et Dominique Quélen (lecture : Mer du Nord, extrait de « Ni bruit ni fureur »)

LILLE, 2 février, de 10h à 12h, au Lycée Faidherbe, à l’invitation de Dominique Quélen et avec lui, lectures en compagnie de Charles Pennequin

NEUVILLE EN FERRAIN, 3 février, de 14h à 18h pour une signature de mes ouvrages au Centre Cultura

LA COUTURE, 17-18 février, présence au Salon du Livre

à confirmer : HOUDAIN, 14 ou 16 mars, avec ELEA, à la bibliothèque municipale, lecture extraite de D’azur et d’acier et projection du film de Jean-Philippe Jacquemin « Le Jardin et le poète »

à confirmer : ARRAS, mars, lecture à la médiathèque de l’abbaye Saint Vaast

à confirmer : SAINT-OMER, mars, lecture à la librairie Alpha B

COLLINE DE SION-VAUDEMONT (Meurthe et Moselle), 21 avril, dans le cadre du festival POEMA, avec La Cité des Paysages, déambulation poétique et musicale sur La Colline (précisions à suivre)

Ouvrages à paraître : aux éditions Henry : « Sur ma route » (poésie) ; au Dernier Télégramme : « Les Versets de la Terre » (journal 2012-2017).

â–º Les prochains RV à la Maison de la poésie Paris que LC vous recommande :

â–º Jeudi 11 janvier 2018 à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : rencontre avec Anne Savelli pour Décor Daguerre.

â–º Du travail, temps 2 au Cinéma Le Gyptis : dimanche 14 et vendredi 19 janvier 2018

En parallèle avec l’exposition Harun Farocki-Empathie qui se tient à La Friche jusqu’au 18 mars, exploration de la notion de travail au travers de fictions, documentaires, ou des deux à la fois, qui racontent les nouveaux modes d’organisation économiques et sociales, les crises personnelles qu’ils génèrent.

♦ Premier rendez-vous, le 14 janvier à 17h : textes de Constance Malva, Victor Serge, Marcel Martinet
♦ Second rendez-vous, le 19 janvier à 19h et à 21h : réflexion en mots et en images sur le travail et l’art. On y retrouvera Giney Ayme présentant une vidéo de ses performances réalisées depuis 2010 : Les gestes du travail.
Cinéma Le Gyptis : 136 rue Loubon 13003 Marseille / 04 95 04 95 95

â–º Mardi 16 janvier à 20H15, Ciné 104 (104, av. Jean Lolive à Pantin) : Ecran Libre #4 consacré aux créations vidéos de Jean-Charles Massera

PROGRAMME : 

• France guide de l’utilisateur (Remix) – 2008 – 6’10 / Pièce sonore – France Inter 

• Tunnel of Mondialisation (le clip) – 2010 – 6’32

• Tu sais j’crois que j’vais pas pouvoir (le clip) – 2011 – 5’22

• Les mecs qui réalisent qu’y a un truc qui va pas (extrait) – 2011 – 12’30 / Avec Emmanuel Vérité, Pascal Sangla et Pierric Plathier

• T’as mis où les oranges ? – 2012 – 6’59 / Pièce sonore – Coréalisation Arnaud Forest, Avec Christophe Brault

• La femme de la papeterie – 2012 – 1’21 / Avec Christophe Brault et Emmanuel Vérité

• La rameuse qui se demande si ça existe un parc avec un nom de grande femme – 2015 – 10’58 / Avec Marion Lubat

• La petite fille qui voit clairement qu’on n’entre pas dans la journée de la même manière – 2015 – 1’41 / Avec Albane Paupardin

• La femme qui avait un ministère de meuf – 2016 – 2’31 / Avec Élisabeth Hölzle et Emmanuelle Lafon

• Le jogger qui vient aborder les nanas dans leur voiturette de golf – 2015 – 15’02 / Avec Pierric Plathier

• L’homme qui pense que c’était en 2001 – 2001 – 2015 – 5’54 / Avec Emmanuel Vérité et Pablo Diserens

• C’était pas après la véranda ? 2016 – 5’28 / Avec Emmanuelle Lafon, Emmanuel Vérité, Leah Ladoux, Jonas Pirotte et Kéÿna Anton-Labonne

• La fille qui va y aller comme ça – 2016 – 2’29 / Avec Hanna Laoufir, Leah Ladoux, Jonas Pirotte, Anissa Pasques-Faraday et Kéÿna Anton-Labonne

â–º Jeudi 25 janvier à 20H30 aux Instants chavirés (7, rue Richard-Lenoir à Montreuil – 93) : soirée TRACE LABEL

17 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’été, et avant de présenter d’autres œuvres phares de ces dernières semaines (la tonitruante domestication de l’art signée Laurent CAUWET… d’Abrigeon, Bergen, Rongier, Sivan, Smith, Vargas…), RV avec Sandra MOUSSEMPÈS ; la soirée DADA à la Maison de la poésie Paris ; Daniel Cabanis à Ivry-sur-Seine ; Jérôme Game et les 25 ans des éditions de l’Attente…

â–º Agenda de Sandra MOUSSEMPÈS : avant de rendre compte de son curieux Colloque des télépathes, voici quelques dates :

– le 30 septembre : festival Actoral 17 à Marseille

– le 5 octobre, librairie Texture à Paris, lecture signature

– le 20 octobre : lecture croisée en compagnie d’Antoine Boute à la Maison de la Poésie, Paris

– le 26 octobre : lecture au centre Pompidou dans le cadre de la rétrospective Harmony Korine

â–º Jeudi 21 septembre à 20H : les Instants chavirés à Montreuil

â–º Samedi 23 septembre 2017 à 19H, Maison de la poésie Paris : soirée DADA !

O bouches l’homme est à la recherche d’un nouveau langage
Auquel le grammairien d’aucune langue n’aura rien à dire (Tzara)

On y entendra la voix profonde de Kurt Schwitters, une lecture pneumatique de manifestes DADA, des extraits d’une sonate de sons primitifs, un vidéofilm atypique sur un mode non narratif, des respirations et des ponctuations sonores, de la pensée dans la bouche, des problèmes d’élocution (mais pas plus que les oiseaux).

Avec Isabelle Ewig, Patrick Beurard-Valdoye, Sébastien Lespinasse, Jean-Baptiste Para & Isabelle Vorle.

5 euros / 0 euros (Adhérents)
Réservation conseillée : 01 44 54 53 00

â–º Samedi 23 et dimanche 24 septembre, de 14H à 20H : retrouvez Daniel CABANIS à la Manufacture des œillets (Ivry-sur-Seine) !

â–º Mardi 26 septembre à 19H, Maison de la poésie Paris : Jérôme Game, Salle d’embarquement

Lecture
Jérôme Game – Salle d’embarquement

C’est l’histoire d’un déroutage inopiné dans les interstices de la globalisation, smartphone en main. Pour son travail, Benjamin C. parcourt la planète en avion, chaînes d’hôtels et voitures de location. Témoin en immersion, il absorbe tout ce qu’il voit. Le regard qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui, saturé d’images, lui enseigne que le réel est affaire de recadrages comme de contrechamps. Répondre à cet appel, c’est commencer d’agir, ici et maintenant.
Jérôme Game est poète, auteur d’une quinzaine de livres, de plusieurs CD de poésie sonore et a réalisé des installations visuelles et sonores. Ses textes ont été traduits en plusieurs langues et font l’objet d’adaptations scéniques et plastiques. Il vit actuellement entre Paris et New York, où il enseigne le cinéma. Salle d’embarquement est son premier roman.

À lire – Jérôme Game, Salle d’embarquement, éd. de l’Attente, 2017.

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

â–º Mardi 26 septembre à 20H : les 25 ans des éditions de l’Attente !

Rencontre & lecture
« Les 25 ans des éditions de l’Attente »
Cycle Édition alternative #15
Avec les auteurs Anne Savelli, Philippe Annocque, Marie Borel & les éditeurs Franck Pruja, Françoise Valéry

Soirée animée par Jean-Luc D’Asciano

Créées en 1992 à Bordeaux par Franck Pruja et Françoise Valéry, artistes-éditeurs, les éditions de l’Attente publient une littérature poétique contemporaine (récits poétiques, critiques, philosophiques, œuvres oulipiennes, dessins accompagnés d’écrits d’artistes, etc.), des textes où l’écriture est irriguée de pratiques parallèles : musique, cinéma, arts plastiques ou numériques, architecture… Leurs publications sont souvent supports de performances scéniques par leurs auteurs. Le catalogue de l’Attente compte aujourd’hui près de 170 titres et représente une centaine d’auteurs.
Ce soir, après la lecture de Jérôme Game en préambule, ils invitent quelques auteurs pour des lectures et performances…

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

16 septembre 2017

[Livre – double chronique] Voies d’eau (à propos de Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade), par Fabrice Thumerel et Jean-Paul Gavard-Perret

Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade, éditions Plaine Page, coll. "Connexions", Barjols, été 2017, 98 pages, 10 €, ISBN : 979-10-96646-04-3. [Écouter la partition "essai de vagues" (à partir de la 14e minute) + Écouter un second extrait = "béton…"]

"Une page d’écriture n’est pas la mer" (exergue).

Entre partition et poème visuel, Esthétique de la noyade commence par définir l’état de l’homme contemporain : "Se noyer, c’est être complètement compris, intégralement dévoré par les gens, l’hydrogène des gens qui se massent, pas moyen d’avoir un lieu à soi, une ligne de repli, une fuite, un petit trou, pas moyen, aucun lieu" (p. 10). Un état (méta)physique : "Se noyer, c’est n’avoir plus de moi ou ne plus savoir distinguer aucune frontière entre le moi et le reste de l’océan" (15) ; "Se noyer, c’est sentir que le cosmos n’est rien et qu’on n’est rien dans le cosmos" (17)… L’état du poète également, pour qui, noyé dans le silence, dans la masse des phonèmes et des lexèmes, se noyer c’est "presser le vide à l’intérieur" (9) : "Se noyer, c’est être entièrement plongé dans ce qui arrive" ; "c’est être l’un et son contraire, être confus, devenir vague" (13) ; "C’est ne pas pouvoir commencer ni finir la phrase dans laquelle on s’appelle" (17).

De l’esthétique on passe insensiblement à l’éthique : dans une longue litanie, le texte évoque le sort des migrants, non pas des histoires individuelles, des êtres singuliers, mais des visages anonymes ("pas de visa pas de visage")… Le bégaiement à la Ghérasim Luca – transcrit dans la partition par un jeu de crochets (cf. ci-dessous) – fait bégayer l’actuel discours dominant : bétonbarbelés… Sébastien Lespinasse a l’art et la manière de faire résonner le tragique de notre époque : "(on a noyé (chaque jour (le réel dans la réalité) / le réel est toujours) imprévu)" (70). Cette phrase dans laquelle le jeu des parenthèses suggère le palais des glaces où nous sommes perdus met en évidence le fait actuel majeur : nous sommes noyés dans une réalité qui veut ignorer la catastrophe du réel, cette trouée dans les significations, cette ouverture vers l’innommable, l’impossible, l’imprévu.

Fabrice Thumerel

♦♦♦♦♦

Sébastien Lespinasse oscille dans les mots pour en noyer le poisson. C’est un geste de surface et de profondeur. Un certain non sens lézarde le silence et désunit le bleu de la mer : d’où les abysses d’un fleuve plongeant de chutes en "chut !" pour un appel sourd.

Avec une telle écriture les yeux s’écarquillent entre la naissance et la sénescence du chant. Il déraille volontairement par le jeu de l’écriture : celle-ci devient voix d’eau. C’est une sorte d’ordonnancement par les rythmes.

Chaque vocable se transforme en un point d’élan et d’ictus. La poésie n’est plus une langue apprise, ses vagues sont abyssales. C’est aussi la nage des mots perdus hantés autant de rythme que de sens. Les mots martèlent la surface de chaque poème par leurs répétitions.

Si bien que couler n’est pas l’art de l’oubli : c’est danser pour aller plus loin que soi-même. Existe là une poésie chorégraphique qui fracasse toutes les digues.  Qu’importe si la mer – du côté de Marseille où vit le poète – est limpide et bleue ou brune de traînées d’algue. Le poème vient soudain d’un lieu à part au milieu des coquillages et des vers des sables.

Jean-Paul Gavard-Perret

31 juillet 2017

[News/Livres] Libr-vacance (1)

Voici de quoi réussir votre mois d’août : deux festivals à ne pas manquer ; notre Libr-sélection (5 livres présentés) ; LC a reçu, lu et recommande 25 livres.

Libr-événements

â–º Du 1er au 5 août 2017, festival TOURNEZ LA PLAGE à La Ciotat. L’Art Hic&Hoc lance cet été son tout premier festival d’écritures contemporaines : l’événement se déroulera donc simultanément avec le festival de Jazz.
Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).

On pourra apprécier/découvrir les œuvres de nombreux artistes locaux :
Stéphane Nowak Papantoniou, Julien Blaine, André Robèr, Maxime Hortense Pascal, Claudie Lenzi, Eric Blanco, Nadine Agostini, Cédric Lerible, François Bladier, Patrick Sirot, Lili le Gouvello, Françoise Donadieu, Frédérique Guétat-Liviani, Laurence Denimal, Dominique Cerf, Olivia Rivet (exposition à la Boutique) ainsi que Cassandra Felgueiras, Caroline Derniaux et Zagros Mehrkian, étudiants à l’École Supèrieur d’Art de Toulon, et l’association "Lignes de Partage".

â–º Le Bruit de la Musique #5, Festival d’aventures sonores et artistiques, du 17 au 19 août 2017 à Saint-Silvain-sous-Toulx, Toulx-Sainte-Croix, Domeyrot et La Spouze (Creuse) : avec notamment Laurent Bigot, Lionel Marchetti, Arnaud Paquotte, Sébastien Lespinasse… Pour plus d’informations : ici.

Libr-sélection /FT/

â–º Bohumil Hrabal, La Grande vie, poèmes 1949-1952, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Pálenicek, éditions Fissile, Les Cabannes (09), printemps 2017, 136 pages, 24 €, ISBN : 978-2-37171-019-1.

Retour aux origines de l’œuvre, c’est-à-dire à la poésie : "Parce que la société moderne s’est accoutumée aux sensations et aux singularités, le poète mourant se fichera ses lunettes dans le cou et filtrera sa vie à travers le verre embué" (p. 43)… Des formes variées retenons "SUPERSEXDADAISME ?" : "Recherchons vacanciers bénévoles / Séjour payant à Founetainebleau / Entrée génitale amaigrissante" (63)… La belle vie, en somme !

â–º Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus, éditions Nous, Caen, hiver 2016-2017, 80 pages, 12 €.

Le lecteur est averti : "Il serait bien plus prudent de voir dans ce fatras graphique la manifestation de troubles réactionnels sévères, une forme de défense face aux exigences d’application et de lisibilité imposées par la norme, un poème-refus, allant à l’encontre du modèle attendu" (p. 33). De façon symptomatique, dans ce poème-refus, le corps refuse d’obéir… Un corps qui est lieu de vie, d’envie, d’ennui… lieu de tentation consumériste… et de poésie ! Une poésie litanique et visuelle.

â–º Alain Jugnon, Artaud in Amerika. La Place de la femme dans le plan américain, Dernier Télégramme, Limoges, mai 2017, 80 pages, 12 €.

Ce cinémArtaud met en scène quatre "personnages conceptuels" : "La dame de Shanghai ou Rita Hayworth, André Bazin, Orson Welles et Antonin Artaud". Ces voix se mêlent à celle de l’essayiste pour évoquer/analyser avec brio, entre autres éléments passionnants, telle image-cristal, la langue jaune du fascisme, le rôle de "la femme blanche chez Welles et Artaud" : "c’était la révolution permanente à l’écran et en direct" (p. 69)…

â–º Michel Deguy, Noir, impair et manque, dialogue avec Bénédicte Gorrillot, Argol, coll. "Les Singuliers", hiver 2016-2017, 292 pages, 29 €, ISBN : 978-2-37069-012-8.

Quel animal est donc Michel Deguy ? Détour par l’œuvre de ce poète et revuiste qui figure parmi les écrivains contemporains les plus importants, dans un dialogue dense et intense avec une spécialiste du genre. Une nouvelle pièce de choix dans cette superbe collection qui associe entretiens, inédits et documents divers. Clôturée de fort belle manière par un abécédaire signé par l’auteur lui-même.

â–º Carole Aurouet, Prévert et le cinéma, Les Nouvelles éditions, avril 2017, 128 pages, 10 €.

En quatre chapitres, la spécialiste de Prévert évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.

LC a reçu, a lu et recommande

♦ Christian PRIGENT : Chino aime le sport (P.O.L, juin 2017, 176 pages, 18 €) et Ça tourne, notes de régie (L’Ollave, coll. "Préoccupations", été 2017, 70 pages, 14 €) ; La Contre-Attaque, éditions Pontcerq (Rennes), printemps 2017 : dossier Prigent, p. 65-73 et 127-194. [On pourra découvrir leur présentation fin août sur le blog Autour de Christian Prigent]

 

♦ Pierre Bergounioux, Esthétique du machinisme agricole, suivi de Petit danseur par Pierre Michon, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), été 2016, 48 pages, 13 €.

♦ Eric Brognier, Tutti cadaveri, traduit de l’italien par Rio di Maria et Cristiana Panella, L’Arbre à paroles, Amay (45), juin 2017, 48 pages, 10 €.

♦ Hervé Brunaux, Homo presque sapiens, éditions PLAINE Page, Barjols (83), coll. "Connexions", 2015, 44 pages, 5 €.

♦ Rémi Checchetto, Le Gué, Dernier Télégramme, Limoges, printemps 2017, 64 pages, 10 €.

♦ David Christoffel, Argus du cannibalisme, Publie.net, printemps 2017, 104 pages, 12,50 €.

♦ Claro, Crash-test, Actes Sud, août 2015, 236 pages,19,50 €.

♦ Olivier Domerg, Rhônéo-Rodéo, poème-fleuve avec quinze photographies de Brigitte Palaggi, Un comptoir d’édition, Sainte-Eulalie en Royans (26), juin 2017, 144 pages, 15 €.

♦ Jacques Dupin, Discorde, P.O.L, édition établie par Jean Frémon, Nicolas Pesquès et Dominique Viart, juin 2017, 240 pages, 23 €.

♦ Frédéric Forte, Dire ouf, P.O.L, mai 2017, 96 pages, 11 €.

♦ Mihàlis Ganas, Marâtre patrie, traduit du grec par Michel Volkovitch, Publie.net, 2017, 80 pages, 13 €.

♦ Jean-Marie Gleize, La Grille, Contre-Pied (Martigues), coll. "Autres & Pareils", hiver 2016-2017, 32 pages, 4 €.

♦ Mary Heuze-Bern, Rendez-vous à Biarritz, éditions Louise Bottu (Mugron), coll. "Contraintes", juin 2016, 36 pages, 4,50 €.

♦ David Lespiau, Équilibre libellule niveau, P.O.L, mai 2017, 112 pages, 11 €.

♦ Patrick Louguet, Jean, Antoine, Mouchette et les autres… Sur quelques films d’enfance, Artois Presses Université, hiver 2015-2016, 268 pages, 20 €.

♦ Dominique Meens, Mes langues ocelles, P.O.L, novembre 2016, 384 pages, 21 €.

♦ Emmanuelle Pagano, Sauf riverains, Trilogie des rives II, P.O.L, janvier 2017, 400 pages, 19,50 €.

♦ Dominique Quélen, Avers, éditions Louise Bottu, Mugron (40), mai 2017, 116 pages, 14 €.

♦ Sébastien Rongier, Cinématière. Arts et Cinéma, Klincksieck, 2015, 252 pages, 23 €.

♦ Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples, P.O.L, mai 2016, 96 pages, 13 €.

♦ Robine-Langlois, […], éditions Nous, Caen, octobre 2016, 96 pages, 14 €.

♦ Ana Tot, Méca, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), juin 2016, 72 pages, 13 €.

♦ Antoine Wauters, Nos mères, Verdier, hiver 2013-2014, 154 pages, 14,60 €.

 Bientôt sur LC…

De fin août à fin septembre, vous découvrirez, entre autres :

♦ Créations : Daniel Cabanis, CUHEL, Olivier Matuszewski, Mathias Richard…

Entretiens : Véronique Pittolo, Bernard Desportes, Claude Favre…

Recensions/chroniques : des spéciales sur Véronique BERGEN et sur Philippe JAFFEUX (à propos de leurs trois derniers livres)…
Vous attendent encore : Dictionnaire de l’autobiographie (Champion) ; La Poésie motléculaire de Jacques Sivan (Al dante) ; Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel (L’Olivier) ; Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (tentative d’autobiographie), La Lettre volée ; Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade (PLAINE Page) ; Valère Novarina, Voix négative (P.O.L) ; Nadège Prugnard, MAMAE (Al dante) ; Sébastien Rongier, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou (Pauvert) ; Martin Winckler, Les Histoires de Franz (P.O.L)…

16 mars 2017

[News] Libr-news

Après un spécial Lucien SUEL, quelques Libr-brèves :Les Bruissonnantes, Delaume/Yargekov…

Pleins feux sur Lucien Suel

Les RV à ne pas manquer :

BAPAUME, le samedi 18 mars toute la journée, pour le Salon du Livre à l’espace culturel Isabelle de Hainaut

ABBEVILLE, le dimanche 19 mars de 10h à 18h, pour le Salon du Livre à l’espace culturel Saint-André, rue du Moulin Quignon

LILLE, le jeudi 23 mars, à 10 h dans les studios de France 3, l’invité de Christelle Massin, pour l’émission en direct « Les bonnes pages de Christelle »

PARIS, le dimanche 26 mars, au Salon du Livre, Porte de Versailles, sur le stand de la région Hauts-de-France, de 13h à 18 h, avec les éditions Cours toujours et les éditions de La Contre allée

PARIS, le jeudi 30 mars, de 19 h à 20 h, à La Maison Rouge, 10 Bd Bastille, pour une rencontre autour de mon activité d’éditeur des revues StarScrewer et Moue de veau, partie prenante de l’exposition « L’esprit français, Contre-cultures 1969-1989 »

GRAND LEMPS (Isère), le samedi 1er avril, à 15 h à la Médiathèque pour une lecture en compagnie de Rufo Quintavalle et Ian Monk (écrivain en résidence)

AMIENS, le vendredi 5 mai, pour deux rencontres-lectures-dédicaces en librairie, chez Pages d’encre en fin d’après-midi et au Labyrinthe en soirée, avec les éditions Cours toujours

HAZEBROUCK, les samedi et dimanche 13 et 14 mai, pour les Bouquinales, sur le stand du Marais du Livre

ECQUES (Pas-de-Calais), le dimanche 21 mai, de 10 à 18 h pour le 1er Salon du Livre

BETHUNE, le mardi 30 mai, toute la journée au lycée Blaringhem pour des rencontres avec les élèves

SOISSONS, le vendredi 9 juin, à 18h, à la librairie L’Arbre généreux pour une rencontre-dédicaces avec les éditions Cours Toujours

SAINT-JANS CAPPEL, le dimanche 25 juin, toute la journée à la Villa Yourcenar, un parmi les vingt auteurs invités pour le vingtième anniversaire de la Villa, avec l’après-midi une signature sur le stand de la librairie Le Marais du Livre

MERLIEUX, les samedi et dimanche 9 et 10 septembre pour La Fête du Livre

D’autres rencontres auront certainement lieu à Lille au Bateau-Livre, à Roubaix aux Lisières, et d’autres pourraient être programmées par Escales des Lettres, centre littéraire d’Arras. L’agenda sera mis à jour sur ces blogs Silo-Académie23 et Lucien Suel’s Desk

 

LES NOUVEAUX OUVRAGES :

Ni bruit ni fureur, aux éditions de La Table Ronde, second volume de l’anthologie de son œuvre poétique : http://www.editionslatableronde.fr/ouvrage.php?id_ouv=I23507 16

4ème de couverture : Après Je suis debout, paru en 2014, voici le second volume de la poésie de Lucien Suel. Les formes toujours variées (prose poétique, haïkus, tweets en cent-quarante signes, vers arithmogrammatiques…) se mêlent au cœur d’un triptyque planté sous le ciel changeant du Nord pour célébrer l’enfance, les jardins, les disparus.

Angèle ou le Syndrome de la wassingue, aux éditions Cours toujours dans la collection « La vie rêvée des choses », roman accompagné d’un carnet de curiosités en couleurs. 14 €

4ème de couverture : Angèle est une petite fille un peu étrange, qui s’imprègne de son quotidien, s’imbibe du bien et du mal et se noie dans ses rêves, sans parvenir à extraire, exprimer, essorer…

Roman sur l’enfance et l’innocence, ode à la vie et à la nature, Angèle ou Le Syndrome de la wassingue est aussi un récit d’apprentissage dont le chant monte crescendo, du murmure à l’envol lyrique, pour accompagner son merveilleux personnage sur un chemin onirique et libératoire.

Il n’y avait que Lucien Suel, poète minutieux et orfèvre de la langue, pour sublimer ainsi la prosaïque serpillière du Nord…

Autre livre récent disponible :

Après Les aventures de la limace à tête de chat, un autre livre aux éditions du Téètras Magic, A la recherche du taon perdu, superbe album en couleurs de mes dessins idiots, 17 €, à commander sur le site de l’éditeur http://www.teetrasmagic.com/edit37.html

 Libr-brèves

â–º Sur Tapin : Luc Benazet, "Incidents" – entre autres…

â–º Les Bruissonnantes // 6e édition, du 16 au 18 mars 2017 au théâtre Le Hangar

Les Bruissonnantes est un festival dédié aux écritures contemporaines mises en voix, en espace et en mouvement par leurs auteurs. Il vise à faire de la poésie contemporaine la plus exigeante une expérience sensible à partager.
Organisé dans le cadre de la manifestation nationale le Printemps des PoeÌ€tes, il se déroule au théaÌ‚tre Le Hangar aÌ€ Toulouse trois soirées durant et donne aÌ€ entendre « le » poeÌ€me dans une grande diversité de formes : performances, poésie sonore, lectures intimistes, écritures vocales et musicales.

SOIR 1 // jeudi 16 mars
21h :
• Catherine Froment poeÌ€te performeuse (Paris) | poésie d’action
Laura Vasquez poète (Strasbourg) | lectures
• Laurent Avizou guitariste (Toulouse) | guitare préparée

SOIR 2 // vendredi 17 mars
19h :
• Table ronde avec les artistes du festival et diffusée par la radio partenaire Canal Sud.
21h :
• Les Parleurs quintet poématique (Toulouse) | récital de poésie
• Julien d’Abrigeon écrivain poeÌ€te (Paris) | poésie sonore
• Claire Bergerault accordéoniste-vocaliste (Poitiers) | solo improvisé

SOIR 3 // samedi 18 mars
19h :
• Conférence performée par Yves Le Pestipon sur le theÌ€me France Afrique Poésie
21h :
• Sébastien Lespinasse poeÌ€te performeur (Paris) | poeÌ€me récif
• Vincent Barras & Jacques Demierre (Suisse) | poésie sonore
• Anne Choquet fluÌ‚tiste aÌ€ bec (Toulouse) | reprise de répertoire de J.-S. Bach


Tarifs de 5€ à 7€ • PASS 3 soirs 15€
Réservations par téléphone au 05 61 48 38 29 ou par mail à contact@lehangar.org

Pour plus d’informations sur les artistes programmés et le festival, c’est sur notre site : http://lehangar.org/lehangar/programmation/bruissonnantes.html

â–º Nina Yargekov 2-cHB-1 / Delaume © Hermance Triay c

Lectures et entretien avec Guénaël Boutouillet, vendredi 17 mars 2017, à la Maison de la poésie de Paris

Soirée proposée par remue.net (www.remue.net), en partenariat avec la Scène du Balcon — ne pas oublier de réserver, au (Tel) 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 15h à 18h ou bien, par mail : accueil@maisondelapoesieparis.com

â–º Aden Ellias sera présent sur le stand de la région Ile-de-France pour dédicacer Hyperrectangle et répondre aux questions des lecteurs.
Comme il l’écrit si bien au tout début de son roman (il s’agit même de la première phrase) "La veille au soir, je m’étais donné rendez-vous très tôt le lendemain matin pour écrire un très grand livre ou quelque chose comme ça." Ce "très grand livre", vous l’aurez entre les mains samedi 25 mars entre 15h30 et 16h30.

26 février 2017

[Album CD] COUAC, no[NOUS]us, par Fabrice Thumerel

COUAC (Duo Sébastien Lespinasse et Heddy Boubaker), no[NOUS]us, CD, Paris, Trace Label / 044, hiver 2016, 10 € [acheter le CD].

1. Train-train #1
2. Solitude (publicité)
3 . Questions rhétoriques
4 .Interlude
5. Solitude (écouter l’autre)
6. Esthétique de la noyade #1
7. Esthétique de la noyade #2
8. Interlude
9. Solitude (pelote)
10. Kyrie Eleison
11. Interlude
12. Esthétique de la noyade #3
13. no(nous)us
14. Train-train #2

Heddy Boubaker : Basse électrique
Sébastien Lespinasse : Voix, textes & souffles
Enregistré les 21 et 22 avril 2016 au studio DE LA PIERRE VIVE.
enregistrement/Mixage : Rodolphe Collange.
Mastering : Patrick Müller.
Remerciements : Marie Baltazar, A.C. Hello, André Rober, Théâtre le Hangar, collectif IPN, La Poutre.

Présentation éditoriale

Duo vibratif & performatoire : Sébastien Lespinasse défait les identités, marche sur la crise, bruisse le quotidien à pleine bouche, improvise des noms d’oiseaux au bout de la langue, pendant que Heddy Boubaker maltraite sa basse électrogène avec amour et philosophie.

 

Note de lecture

En ce temps de régression où "le présent presse", allons-nous assister à "l’épuisement du possible" ? à notre effacement ?

"Ça nous parle / à travers / en travers / nous"… Quoi ? L’absurdité… Ce n’est pourtant pas le ON qu’il faut écouter, mais l’Autre…

Dans notre univers régi par les flux marchands et médiatiques, Sébastien Lespinasse et Heddy boubaker veulent introduire un COUAC. Le mixage et le montage de sonorités dramatiques associées à un sociotexte recyclé (sonotexte) leur permettent de déconstruire le discours dominant, de passer à la moulinette critique les mots du pouvoir : "identité", "naturalisation", "Français d’origine musulmane", "immigration", "jeune immigré"…

Souffles, bruitages, bourdonnements/bégaiements ressortissant à une "esthétique de la noyade" traduisent l’engloutissement de la subjectivité dans la masse. Contre cette aliénation, les deux compères proposent une rare écriture du NOUS : « Nous disons "nous", non pour résoudre mais pour commencer la question qui nous fonde »… Et si l’on suit Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu, ce NOUS opère le passage au réel démocratique. Ce NOUS est donc à mettre en pratique : une écoute collective est possible sur le site de Trace label. À nous de partager cette expérience inouïe avec nos proches, nos amis, nos élèves, nos étudiants !

15 janvier 2017

[News] News du dimanche

En ce troisième dimanche de l’année, trois rubriques pour vos découvertes et RV : LC vous recommande ; Libr-brèves ; Libr-événements

Libr-critique a reçu et vous recommande… /FT/

â–º RIP, revue critique et clinique de poésie, 1.1 "Poésie va pas tous mourir", Paris, automne 2016, 15 €, ISBN : 978-2-9557237-0-8.

Antoine Dufeu et Frank Smith lancent cet objet littéraire bien conçu dont le support est mixte (parution annuelle en papier, puis sur le site), avec la volonté de riper poétique et politique. La fragmentation des textes – dans lesquels on navigue grâce à une architectonique subtile – est expliquée dans l’édito : "la littérature a valeur d’expérimentation, d’acte de création • pliage d’un texte sur l’autre"… Car "c’est à plusieurs que s’écrit le moindre poème"… En ces temps tragiques, voici une revue qui donne à penser – avec Deleuze en toile de fond, mais pas seulement.

â–º Corinne Lovera Vitali, Ce qu’il faut, Publie.net, novembre 2016, 184 pages, 17 €, ISBN : 978-2-37177-465-0.

Après les 39 fragments adressés au père dans 78 moins 39, avec Ce qu’il faut, nous entrons dans l’œil de ce cyclone ravageur qu’est la vie : de poésie lente, cet Agencement Répétitif Névralgique (ARN) se développe sans pathos autour de cette tache aveugle qu’est le deuil – celui d’un homme et d’un enfant aimés. On en sort bouleversé.

â–º Christophe Stolowicki, Rhizome, Passage d’encres, "Trait court", décembre 2016, 32 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-127-4.

Voici des "brèves sans humour, à l’encontre du genre" (p. 17). Autant de lignes de fuite dans le paysage littéraire et artistique moderne. Avec la volonté de dépasser l’alternative entre poésie et prose : "La poésie, le roman tombés en inégale désuétude. Contractant le prosimètre, un genre mixte qui les relève ?" (p. 17). On terminera cette courte présentation destinée à vous mettre l’eau à la bouche par une citation qui rend compte du titre : "Affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman" (p. 21).

Libr-brèves

â–º Pour bien commencer une année, il faut bien se justifier… On écoutera donc "De la justification", que nous propose Sylvain Courtoux en cette première quinzaine de janvier 2017.

â–º Un événement que la réédition de Nous d’Antoine DUFEU : à ne pas manquer !

â–º Avant de codiriger le Colloque international de Cerisy en août prochain ("Jacques Prévert, détonations poétiques"), Carole Aurouet nous présente une bio-bibliographie synthétique du braconnier des Lettres : un parcours très vivant tout en poésie ("La poésie parlée", "La poésie filmée", "La poésie écrite", "La poésie chantée", "La poésie imagée"). Dès vendredi prochain 20 janvier, les passionnés – qu’ils ressortissent à un public large ou spécialisé – pourront se faire plaisir : Jacques Prévert. Une vie, Les Nouvelles Éditions Jean-Michel Place, en librairie le 20 janvier 2017, 224 pages, 10 €.

Libr-événements

â–º Vendredi 20 janvier à partir de 18h30, soirée de lectures, performances, concerts pour fêter un double lancement :

• Le lancement du 1er numéro papier de la revue Frappa, créée par A.C. Hello
• La publication du nouveau livre d’Antoine Boute, Inspectant, reculer, publié aux éditions Onlit

Le Monte-en-l’air
71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris

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Lectures, performances, concerts de :
• Julien Blaine
• Laura Boullic
• Antoine Boute
• Virginie Grahovac
• A.c. Hello – accompagnée de Thierry Müller (basse/guitare/électrosonic), Laurent Saïet (basse/guitare), Quentin Rollet (saxophone)
• Manuel Joseph, accompagné par motif_r
• Sébastien Lespinasse
• Igor Myrtille
• Elodie Petit
• Chloé Schuiten

+ exposition d’originaux ou reproduction des textes/dessins/photographies des auteur.e.s : Amandine André, François Audemar, Nikola Akileus, Stéphane Batsal, Véronique Bergen, Jérôme Bertin, Julien Blaine, Baptiste Brunello, Laura Boullic, Antoine Boute, Jean-Philippe Cazier, Ivar Ch’Vavar, Christophe Claro, Valentine Crémier-Garce, Robert David Elwood, Cédric Demangeot, Billy Dranty, Jean-Michel Espitallier, Sarah Fisthole, Liliane Giraudon, Virginie Grahovac, Martin Gosset, Benoit Grimalt, Marion Guillet, A.C. Hello, Hugo Hengl, Manuel Joseph, Charlotte Jankowski, Manuel Joseph, Éléonore Lebidois, Élinora Léger, Sébastien Lespinasse, Fabienne Letang, Laurent Cauwet, Bryan Lewis Saunders, Igor Myrtille, Charles Pennequin, Emmanuelle Pidoux, Élodie Petit, Popier Popol (Nathalie), Konrad Schmitt, Chloé Schuiten, Thomas Sidoli, Lucien Suel, Fanny Torres, Cécile Wautelet.

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REVUE FRAPPA

"Frappa a été conçu – rédaction, graphisme, maquette – par A. C. Hello , dont le Clavier cannibale a, il y a un peu moins d’un an, exploré le précédent livre, Naissance de la gueule. Frappa existait déjà en ligne, la voici donc sur papier, riche de 246 pages, pensée mais non préconçue, nullement attifée d’un thème mais parcourue de mille motifs. Comme l’expliquait A.C. Hello dans un entretien, quelque chose de l’ordre de la "bascule", paradoxalement, tient et relie ces textes:
"Ce qui – et encore une fois, c’est quelque chose dont je me suis aperçue bien après – manifestement les rassemble tous, c’est leur travail, peut-être inconscient, sur le basculement. Le mot est instable, la phrase est instable, ou même la pensée est instable, et c’est toujours à deux doigts de se casser la gueule. C’est un équilibre ténu, qu’ils aiment mettre en danger. Et si certains le font sérieusement, je veux dire sur un ton sérieux, la majorité produit ce basculement dans un joyeux désordre branque, même si bien sûr on sent une fêlure qui ébrèche, parfois, cette douce ironie" (entretien donné à Diacritik).
Pensée instable, phrase instable: rien à voir avec une fragilité feinte, bien sûr. Et force est de constater que les textes publiés dans cet impressionnant Frappa (ce fracas frappé?) brillent par l’intelligence instinctive de leur violence. Qu’ils soient signés par A.C. Hello, Martin Gosset, Amandine André, Antoine Boute, Lucien Suel, Charles Pennequin, Baptiste Brunello, Manuel Joseph, pour n’en citer que quelques-uns sur la multitude de participants à cette revue, tous les textes de la revue montent à l’assaut, tranchent, déplacent, résistent. Poésie sonore, mais surtout prise de poésie, prise de heurts, tensions. Une centrale surchauffée. Un état des lieux des affres, de l’égarement, de la résistance." — Christophe Claro.

Liens vers les 2 premiers numéros numériques de Frappa :

http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.1/
http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.2/

Entretien sur Diacritik :
https://diacritik.com/2015/12/07/la-poesie-frappa-entretien-avec-a-c-hello/

Spot publicitaire :
https://www.youtube.com/watch?v=6vPPD4XjncM&index=9&list=UUoNuEUi7DZ3Dt8y6IVzALig

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INSPECTANT RECULER d’Antoine Boute (Éditions Onlit)

Synopsis : Au lendemain de son mariage avec l’inénarrable Valéria, Freddo se retrouve seul et désemparé. Ça lui pèse tellement qu’il décide d’aller chez les flics: « Bonjour pardon de vous déranger mais ma femme a disparu le jour de notre mariage. ». Avec l’aide de l’inspectrice Karolien, il tente de résoudre cette inquiétante disparition. Or L’enquête, plutôt que d’avancer ou même de piétiner, recule au contraire jusqu’à prendre des dimensions cosmiques.

"Boute est un magicien décomplexé qui préfère extraire des chapeaux du lapin. Avec lui, on est embarqué, cahoté, aucune intimidation, ça marche à cent à l’heure, c’est salutaire, le texte bat la campagne, défriche, et surtout on rit, le texte rit, la syntaxe se marre, c’est un rire cosmique, un rire chamanique et contagieux. (…) C’est ce qui manque à la littérature française." — Christophe Claro.

Présentation du sommaire d’Inspectant reculer par Antoine Boute :
https://www.youtube.com/watch?v=Y_QDgqI_Ic0

â–º Vendredi 20 janvier à 18H30, Librairie L’Échappée Belle à Sète, rencontre-lecture avec Juliette Mézenc pour son dernier livre Laissez-passer (éditions de l’Attente).

â–º Dimanche 22 janvier 2017 à partir de 14h, American Gallery, visite exceptionnelle de l’exposition F. comme faille et Chevrotines : Ayme/ Blaine/Pazzottu
 
Lecture avec ponctuation sonore et déclar’action à 15h
F. comme faille et Chevrotines, deux livres d’artistes aux éditions Rencontres parus en 2016 dans la collection Tête à texte. Exposition du 4 décembre 2016 au 19 février 2017.
œuvres originales de Julien Blaine, de Giney Ayme, et (œuvres à quatre mains) de Florence Pazzottu et Giney Ayme.
AMERICAN GALLERY
54 RUE DES FLOTS-BLEUS 13007 MARSEILLE
bus 83 arrêt anse de la Fausse Monnaie
visites sur rendez-vous : 06 27 28 28 60

 

â–º Mardi 24 janvier 2017 à 19h30 Ivy Writers vous invite à une soirée de LECTURES BILINGUES avec les poètes :

MANUEL DAULL (France)
KATE NOAKES (UK)
et LAURENT GRISEL (France)

24th JANUARY from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poets Manuel Daull and Laurent Grisel alongside Welsh poet Kate Noakes with translations in French and English by Mary Reilly among others—let us know you are coming!

MARDI 24 janvier 2017 à 19h30
Au bar / 1er étage :
Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

 

â–º La cie Stelisto de Tempo présente le vendredi 27 janvier à 20h au Théâtre Massenet (rue Massenet à Lille) // SANS FRONTIERES FIXES //

Réserver : https://goo.gl/forms/FIwAIninSSvba0cj1
Tarifs : 9/6/3 €
Mangez ou buvez un verre en bonne compagnie dès 19h30 !

“Sans Frontières Fixes” est un spectacle à plusieurs voix où nos colères et nos incompréhensions sonnent, où nos peines résonnent, où la poésie et la musique se mêlent et nous lavent, nous enlacent et nous livrent une lueur d’espoir et de Beauté. Les comédiennes Coline Marescaux et Céline Hilbich portent une furieuse envie de refuser les limites absurdes, ses frontières qui nous séparent et nous éloignent de l’autre. Accompagnées du multi-instrumentiste Dorian Baste, elles vous invitent à un concert poétique à la frontière du théâtre inspiré du recueil de Siméon.

"Parce que justement ça sert à ça la poésie, à mettre les pieds du poème dans le plat de l’existence." J-P. Siméon

20 novembre 2016

[News] News du dimanche

Plus que jamais, Libr-critique joue l’ouvert contre la fermeture raciste/identitariste/isolationniste/nationaliste/machiste… Ouvrons-nous, avec ces Libr-événements : AC Hello et COUAC à Montreuil ; Thomas Déjeammes à Bordeaux ; Christophe Manon à la Maison de la poésie Paris ; Déjeammes et Lespinasse + soirée Publie.net à Paris ; Quintane à Marseille…

â–º Mercredi 23 novembre 2016, 20H30-23H30, Instants chavirés (7, rue Richard Lenoir 93100 Montreuil) :

AC HELLO
COUAC – no[nous]us
tarif :
8€ tarif unique
– – – –

AC HELLO
Accompagnée ce soir par Jac Berrocal, Jean-Noël Cognard, Guillaume Loizillon, Patrick et Thierry Müller, Quentin Rollet, Laurent Saïet.
A.C. Hello est une poète sonore, écrivain et artiste française. Elle pratique la performance et/ou la lecture sur scène. Crée des situations. Dessine, peint et écrit.
Nombreuses publications en revues et fanzines (papier ou internet, dont Overwriting, Chimères, Armée noire, Pli, La Vie Manifeste, Bruit…). Expose également. Un passage (rapide mais efficace) dans le collectif L’Armée noire. Son écriture poétique se développe en collaboration avec des musiciens de scènes différentes : elle travaille avec Patrick Müller, Guillaume Loizillon, Laurent Saïet, Lambert Castellani, Gautier Loizeau, Aurélien Paul, Black Sifichi… Un premier CD sort en 2014, accompagnant son livre Paradis remis à neuf. Un deuxième verra le jour sur trAce label en 2017. Elle crée la revue Frappa en 2014, revue multimédia visible sur le net, et dont le 1er numéro sur papier est sorti en septembre 2016.
Publications :
Paradis remis à neuf (Livre + CD, éditions Fissiles, 2014)
Naissance de la gueule (Al Dante, 2015)



COUAC – no[nous]us
Heddy Boubaker : basse / Sébastien Lespinasse : Poésie pneumatique

Duo vibratif & performatoire : Sébastien Lespinasse défait les identités, marche sur la crise, bruisse le quotidien à pleine bouche, improvise des noms d’oiseaux au bout de la langue, pendant que Heddy Boubaker maltraite sa basse électrogène avec amour et philosophie.
Né en 1963, Heddy Boubaker a commencé par jouer du rock à la guitare électrique, puis est progressivement passé au saxophone et à la basse électrique, son instrument actuel. L’essentiel de son activité musicale est centrée sur la pratique improvisée de la musique, la recherche sonore et l’élargissement des possibilités vibratoires de son instrument. Son travail se nourrit de très nombreuses rencontres avec d’autres musiciens, des poètes, des acteurs et des danseurs venant d’horizons variés.
Poète pneumatique, Sébastien Lespinasse, vit, dort, rêve et travaille autour, tout autour de Montreuil, cherche un peu d’air & d’errance dans les mots, des manières de respirer ensemble, tisse des textes suffisamment troués pour s’en évader, rapproche des mises à distance, voudrait toucher avec la langue. Nombreuses perfs et rencontres dans tous les sens, quelques publications.
CD à paraitre sur trAce label.

 

â–º Jeudi 24 novembre, 18H-19H, Bibliothèque de Bordeaux : la rencontre avec Thomas Déjeammes sera l’occasion d’échanger sur les images de l’exposition, son travail photographique et la photo en général.

Jusqu’au 1er décembre prochain, la Bibliothèque de Bordeaux accueille l’exposition photo « Lumière-oubli-mouvement » de Thomas Déjeammes.
Une série débutée en 2005, résultat de déambulations entre Bordeaux, Bilbao, Bruxelles, Liège, Paris… où résonne le poème de Mihaly Babits « pays noir » (Fekete Orszag en hongrois) : «[…] l’ossature de la terre est noire à l’intérieur, ce n’est pas la lumière qui peint la couleur noire, non, noire est l’âme cachée de la matière […] ».

 

â–º Jeudi 24, 20H-22H, Maison de la poésie Paris :

Lecture musicale

Christophe Manon sonde à voix basse la fin des utopies, la fraternité, le désir. Sa poésie, expérimentale et populaire, pensante et charnelle, est un stéthoscope, un flacon d’alcool et un chant. Eloïse Decazes et Sing Sing forment le duo Arlt et chantent à voix siamoises d’étranges ritournelles à propos de la chute, du trouble, des météos déréglées. Tous trois partagent un goût pour la grâce fragile et capricieuse, un sens de la joie tragique, une espèce de lyrisme sec, aussi. Ensemble, au fil patient de lectures, de chansons, d’échanges, ils confronteront leurs poétiques, écouteront la voix des morts, en espérant quelques épiphanies.

tarif : 10 € / adhérent : 5 €

 

â–º Vendredi 25 novembre à 18h30 à la librairie/galerie le Monte en l’air https://montenlair.wordpress.com/ (Paris 20e) lectures et performances de deux poètes sonores Thomas Déjeammes et Sébastien Lespinasse

Thomas Déjeammes lira son livre/partition "et faire à partir de l’explosion" récemment publié aux éditions Plaine page (http://www.plainepage.com/) et Sébastien Lespinasse lira quelques poèmes sonores extraits des disques Pneuma-R et Couac chez Trace Label ( http://tracelab.com/ ) ainsi que des extraits de l’Esthétique de la noyade, livre à venir aux éditions Plaine Page.

 

â–º Mardi 29 novembre : soirée de lectures et de découvertes organisée par Publie.net. Au programme : écritures fortes, état du monde présent, poésie contemporaine, le tout sous le signe du voyage et de l’éclatement des frontières (toutes les frontières).

AVEC

Laurent Grisel pour son "Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d’avant et d’après" (le volume deux est à paraître pour la fin du mois)
Anne Savelli, qui lira des passages de Ce qu’il faut de Corinne Lovera Vitali
Florence Jou pour une lecture multimédia de "Kalces"
& Guillaume Vissac, qui lira des extraits du "Big Bang City" de Mahigan Lepage

Où ?

Le 100 ECS
100, rue de Charenton
75012 Paris

Métro : Gare de Lyon ou Ledru-Rollin
RER : Gare de Lyon – Bus : 57 et 29
Vélib : Hector Malot n°12008 –
Charenton n°12101
Rez-de-chaussée accessible
aux personnes handicapées

Entrée libre et gratuite

(La photo de couverture est de Margaux Meurisse, tirée de "Kalces")

 

â–º Mardi 29 novembre à 20H, vivez le Grand Soir avec Mathieu Larnaudie à l’abbaye d’Ardenne (Calvados) : pour en savoir plus. Rencontre animée par Yoann Thommerel.

â–º Jeudi 1er décembre à 18h30 à la Friche Belle de Mai dans le cadre de Faits divers

Rencontre critique #3 : Nathalie QUINTANE

Astérides, Alphabetville et la librairie la Salle des machines

 

« Et si les classes moyennes étaient le seul véritable ennemi de la démocratie ?… »

 

Présentation et entretien à propos de Que faire des classes moyennes ? sur le site des éditions P.O.L : http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-4100-0

 

Des livres en forme de question, des questions sous forme de critique, et pas seulement littéraire. Que peut la littérature ? en serait d’ailleurs peut-être l’une d’elle. Ou encore : en quoi la poésie est-elle politique ? Ou : de quoi la poésie est-elle le nom ?

Et encore : que faire, comment (se) manifester ?

Cette nouvelle rencontre critique sera en présence, et absence, des vivants et des fantômes qui peuplent la vie et l’œuvre de Nathalie Quintane.

Pour tenter de répondre à ces questions.

Et que la lutte continue.

 

 

Discutants : Abraham Poincheval, artiste (sous réserve), Noël Ravaud, artiste, Colette Tron, auteur et critique.

 

Entrée libre

Adresse : Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin 13003 Marseille 04 95 04 95 95

 

3 décembre 2015

[Création] Vagues [lieu, vagues], par Thomas Déjeammes et Sébastien Lespinasse [Dreamdrum-20]

 Avec cette livraison du projet fécond initié par Thomas Déjeammes, voici notre devenir-naufrageur/é, et ce texte magnifique est signé Sébastien Lespinasse. [Lire/voir Dreamdrum 19]

 

Une page d’écriture n’est pas la mer.

 

Écrire qu’une page d’écriture n’est pas la mer coule de source.

Cela fait une musique de couler. Un air de tomber en cascade de très loin et de très profond. Un air de début du monde quand il n’y avait que la mer et le ciel. Un rythme de chute, une multiplication de gouttes, de gouttelettes et de cordes, une façon de glisser, de se séparer en glissant, de se jeter dedans, d’inventer le dedans à force d’y tomber. De creuser la terre qui tient bon.

 

Une page d’écriture n’est pas la mer qui creuse la terre, n’est pas la main qui retient de couler. Une page n’est pas parages, une épave, une vague, une révolution de vagues qui bruissent sauvages dans un coin du grand cosmos trou.

 

Au loin, apparu ainsi en dehors de toute page, un bruissement sourd qui crève les yeux. Au proche : tout autre, un toucher qui fait paroi de l’écoute. Un coquillage d’entendre si l’on veut mais ce n’est pas tout à fait exact.

Ce qui est exact ne coule pas de source, résiste contre le vague, l’indéfini, le partout, dessine la lande, la presqu’île de terre qui sépare, refuse de glisser.

Ce qui est exact n’est pas la mer qui continue de creuser dans les réserves que la page ignore.

Ce qui est exact n’est pas la mer, le ciel tournoyant, les vagues, la révolution : vagues au creux de la terre.

 

Non seulement « vagues » mais encore : lieu d’infinie dissipation de toutes formes qui s’y ébauchent.

 

La page d’écriture glisse dedans, nécessairement, se remplit de glisser dedans, c’est comme ça qu’elle se creuse, qu’elle se fait terre, terrain vague, puis presqu’île qui refuse toute glissade, tient ferme, tient la terre ferme, tient fermement à son sable, à ses galets, à ses chemins. C’est à un certain moment de glisser que la page se forme, s’est formée, existe : résultat du mouvement incessant d’écrire, de désécrire le blanc du fond des mots, épaisseur déjà bien saturée d’intentions, de tout un monde, tous les mots faisant goutte et système vagues dans la mer langue, obsessionnellement, de quoi s’y noyer, oui, noyer sa vie dedans,- la page s’écrit, s’est écrite de résister aussi, de résister au mouvement, de rendre solide le passage en faisant masse, poids, solidité, en se travaillant par tous les bouts, structure faisant en pleine mer, la page résiste en s’inventant à côté de la langue, une vie, la vie, une vie de vivre comme souffler fort, sa respiration écrasée après une course sous la pluie, une vie de vivre comme d’entendre son propre cœur battre, une vie de vivre comme d’apprendre à marcher, à parler et à sentir, la page se résiste, sort d’elle même, elle existe comme le dehors se fait de partout avec le dedans. La page s’écrit, s’est écrite, coule et résiste un temps. Vagues tout contre.

 

En réserve, en dessous, dans un lieu profond du blanc de la page : les sources.

Sourdes au milieu de la mer à boire, s’écoulent secrètes, viennent irriguer, chants souterrains de la carpe, retenues parfois depuis des temps sans mémoires, inconnues bien souvent même à celui qui se tient en bouche juste en dessous : les sources surgissent un jour, évidences des choses à être ce qu’elles sont.

Simplicité des sources : elles sont.

Ce qui permet d’être.

Ce qui a un nom.

Une légende.

Un jour.

 

Un jour.

 

Un jour, le milieu de la mer à boire entre le ciel tournoyant et la terre qui tient ferme.

Un jour, le milieu du corps immergé au centre des sources. Infusions à macération lente : le lieu milieu des mers à boire, son corps gourde qui flotte, tangue et tourne. Entre ciel et terre, l’opération de se séparer qu’est le corps(,)éponge opaque à boire. Son corps engourdi, non-lieu au milieu des formes, des formules, des formes nulles, des gouffres.
Un phare une phrase une phase pour continuer l’embarcation, poursuivre les routes.
Le vide offert au milieu de la phrase, phare qui flotte au lieu milliers de vagues, la mer en face, s’ouvrir les sources vives, phase qui nous plonge, tangue et tourne. Entre ciel et terre, presqu’île disjointe, -il- en train de boire la mer, de séparer formules de l’informe, d’écouter l’appel des vents et marées. Tente plonge tête première en éclaireur : apprendre les phrasés, le milieu immergé des phrases dans les formes, les formules, les gouffres, le vide qui appelle, plonge, tangue et nous tourne. Au loin, apparu le milieu vague. Le proche à vitesse obscure. Nous s’embarque une route, un tour tout engourdi de vide, une phrase où plonger au milieu, les sources à boire, la page d’écriture qui coule sous les signes.

 

Une page d’écriture n’est pas la mer coule de source à boire.

Une page d’écriture n’est pas la mer entre terre et ciel.

Une page d’écriture retenue au creux de la main.

Ouverte bientôt (en signe de reconnaissance).

 

Nous, nageurs sommes naufragés noyés à temps partiel sirènes poissons volants substantifs hippocampes débris d’embarcadères planctons bouées bues à petites goulées glissements d’algues microscopiques.

 

Se noyer, c’est se mêler mélanger aux choses, dans les choses, les gens, dans les choses les gens, mélanger coincer les gens dans les choses, à l’étouffée, au creux de la main contre la bouche, silence à plus soif.

Se noyer, c’est coller se coller sans espace dans l’espace qui fait peau étanche collée dans la situation d’être là dans l’espace sans espace replié sur soi en soi presser le vide à l’intérieur, exténuation.

Se noyer, c’est être complètement compris, intégralement dévoré par les gens, l’hydrogène des gens qui se massent, pas moyen d’avoir un lieu à soi, une ligne de repli, une fuite, un petit trou, pas moyen, aucun lieu.

Se noyer, c’est prendre conscience que toutes les directions sont bonnes et ne pas être capable d’un seul mouvement.

Se noyer, c’est ne pas voir au delà de son nez, ne pas voir son nez même, ne rien voir, ne pas voir qu’on ne voit rien, croire qu’on voit tout ce qu’il faut voir.

Se noyer, c’est faire bloc, c’est être fait bloc bloqué de partout.

Se noyer, c’est se rendre compte trop tard qu’on ne sait pas nager, qu’on ne sait pas se tenir dans la mer, c’est perdre la possibilité de remuer ses mains, ses pieds, ses jambes, sa tête, c’est oublier qu’on savait se maintenir au bord de l’eau, c’est n’avoir plus aucun souvenir de la terre ferme, c’est ne plus croire à la fermeté d’aucune terre, c’est se laisser dériver dans le vague, l’informe, le mou, c’est devenir mou, couler à l’intérieur de soi, ne plus savoir grimper à quoi que ce soit, se saisir de quoi que ce soit, ne plus être quoi que ce soit, ne plus pouvoir prendre appui, glisser continuellement, devenir l’homme qui dort au fond des mers, qui a oublié qu’il dort, qui est devenu le poids mort, oublié, de sa masse de sommeils sans rêves, homme enseveli dans son propre gouffre de fatigue et d’ennui.

Se noyer, c’est mettre la terre au dessus de sa tête et pédaler dans un vide épais qui agrippe et tire vers le bas.

Se noyer, c’est sentir que le cosmos n’est rien et qu’on est rien dans le cosmos.

C’est ne pas pouvoir commencer ni finir la phrase dans laquelle on s’appelle. C’est prendre la légèreté du morceau de bois emporté par le fleuve, morceau de bois sans attaches. C’est perdre toute orientation devant la liberté trop grande qui nous est donnée, qui a toujours été donnée, offerte en secret au moment de notre venue au monde. C’est la joie de l’angoisse. L’angoisse de la joie. Le fou rire des larmes.

Se noyer, c’est l’invention nécessaire d’une autre manière de nager.

 

Nous, nageurs, sommes la mer, la mer multipliée, recommencée par chacun de ses bouts, sommes les éponges qui boivent, le résultat à moitié solide des averses, des pluies et des rituels d’évaporation. Nous, nageurs, apprenons à aimer en découpant dans l’immensité du mot « mer », en le réduisant en pièces, en visages, personnes, objets fétiches.

Nous, nageurs, sommes la noyade même, la jouissance de nous perdre les uns dans les autres, glissés entre les genoux anguleux, coincés dans le lieu milliers de gens noyés tout contre, le corps les idées les esprits aspirés en entonnoir.

Nous, nageurs, avons beaucoup de noms dans beaucoup de langues au milieu de beaucoup de territoires dans beaucoup d’époques. Nous avons beaucoup.

Nous nous appelons Edith, Charles, Frédérique, Maxime Hortense, André, Serge ou Lili.

Nous nous appelions aussi Ghérasim, Bernard, Gertrude ou Unica.

Nous avons encore bien d’autres noms. Nous avons beaucoup.

Nos chants s’entendent au fond des pages pour ceux qui veulent bien encore se mouiller. Nos chants entremêlés et discordants.

 

Nous coulons de sources, nous sommes les nageurs, sommes l’existence de la nage, sommes le mot « nage » qui se noie en quatre lettres dans l’ensemble vertigineux du vague de la mer langue au milieu du cosmos trou.

 

Nous coulons nous écoulons sommes écoulés, la page la page toujours recommencée.

Vagues dans les vagues, mouvement depuis profond et loin, se forme et referme et forme à nouveau l’étendue toute entière qui reste informulée.

 

Une page d’écriture n’est pas la mer,

16 mars 2014

[News] News du dimanche

Avec le printemps qui arrive cette semaine, c’est le moment de tapiner et de foutre le BoXon avec Julien d’Abrigeon – surtout si comme lui vous pensez que la littérature a existé avant et existera après le livre. Après notre Libr-Net, place aux deux Libr-événements majeurs : le RV Electrochocs et le festival Poema.

 

Libr-Net : le nouveau tapin est arrivé !

Julien d’Abrigeon nous fait savoir qu’il "ne sera pas au salon du livre. Sera dehors. Au salon hors du livre. En extérieur. Ou du moins, pas dans le salon. Dans le couloir du livre, à la cuisine du livre, ou, plus vraisemblablement, aux chiottes. Aux chiottes du livre. Ou dans le jardin du livre. Ou sur la route du livre. Bref. Pas dans le salon en tout cas, j’ai pas de patins. Juste un tapin deux, hors du livre. Sur les autoroutes de l’information du livre. Une voie rapide du livre. Ou un truc dans le genre du livre"…

Et le lancement de ce tapin2 est un véritable événement : Totalementotale Action Poésiepoetrypoesia Internationalementinadmissible et Nouvellenappe v.2.0

Pensez donc, vous y retrouverez – mais plus vraisemblablement compléterez votre collection – la totale de la déjà mémorable revue BoXon (28 numéros et deux CD compris)… Déjà 71 auteurs en ligne qui poétapinent : de D’Abrigeon à Weiter, en passant par Agostini, Blaine, Bobillot, Boute, Braichet, Bret, Cabut, Chaton, Courtoux, Espitallier, Fontana, Hassomeris, Heidsieck, Justamante, Limongi, Manon, Pennequin, Prigent, Quintane, Rabu, Richard (Mathias), Tarkos, Tholomé, Torlini, Vassiliou, Vazquez…

 

Libr-événements

â–º Electrochocs / concert acousmatique / performance sonore : mardi 18 mars 2014 à 19H, Cité de la musique à Marseille (4, rue Bernard du Bois).

* Pauline Parneix
Mirage – 3′ (extrait)
Entre l’illusion et la réalité, il y a un mirage.

* Adeline Debatisse
Monophonisme en E – 3’00
Contrainte de l’OULIPO, un monovocalisme est un lipogramme d’où sont bannies toutes les voyelles, sauf une. Et si on s’intéressait aux sons qui font E ?
EUH ?!? ( …)

* Delphine Fouquou
COSMOS – Etoiles Mortes – 3’00
Si elles ne s’effondrent pas sur elles-mêmes, c’est parce qu’elles sont chaudes.

* Nicolas Lebar
Étude aux mouvements – 3’00
L’auditeur est entouré de choses variées qui passent autour de lui.

* Jérémie Bourgeois
Tromploreï – 3’33
Et c’est demi-rage son or, il eut Zionzo’ dit Yves Fata Morgana…

* Jérémie dessertine
Duvaldor – 6’30
"L’immersion dans le sommeil, c’est le moment où le sur-moi, le douanier dort. C’est ce douanier qui fait le tri dans la zone subconsciente entre ce qui peut affleurer à la conscience et ce qui, trop chargé d’affect, trop douloureux, trop immoral, ne peut franchir ces filets. Le sommeil est la meilleure hypnose, tous les souvenirs émergent tels des chevaux sauvages, jusqu’aux souvenirs archaïques de la petite enfance.
Je trouve que les sons se prêtent bien à ce sentiment de "conscience libre". Voici la cartographie d’une conscience, libre à vous d’y cheminer à votre gré.
J’assume et ajoute que toute œuvre porte le poids de sa propre psychanalyse, on n’y échappe pas !"

* François Wong
En attendant la guerre – 6′
J’attends. Une guitare à la main.
Autour du poème "La grande guerre" de Nicolas Bouvier.

* Pauline Gervais
À quoi tu joues ? – 3′
Le dé dans la main droite, les cartes dans la main gauche… et la mécanique du jeu se met en place.

* Laura Vazquez
Minute – 2’00
Autour du silence.

* Sand, Terra incognita (vidéo sonore) – 4’16
"Qu’est-ce que le temps? Un mystère! Sans réalité propre, il est tout puissant. Il est une condition du monde phénoménal, un mouvement mêlé et lié à l’existence des corps dans l’espace , et à leur mouvement. Mais n’y aurait-il point de temps s’il n’y avait pas de mouvement? Point de mouvement s’il n’y avait pas de temps? (…) Le temps est-il fonction de l’espace? Ou est-ce le contraire? Ou sont-ils identiques l’un à l’autre? (…) Le temps est actif, il produit. Que produit-il? Le changement. "A présent" n’est pas "autrefois", "ici" n’est pas "là-bas", car entre les deux il y a mouvement. Mais comme le mouvement par lequel on mesure le temps est circulaire, refermé sur lui-même, c’est un mouvement et un changement qui l’on pourrait aussi bien qualifier de repos et d’immobilité; car l’"alors" se répète sans cesse dans l’"à présent", le "là-bas" dans l’ "ici"." (Extrait tiré du roman La montagne magique de Thomas Mann).

* Laurence Grobet
Chimes – 7′
Inspirée par le bazar des sons estampillés Nature et Découverte, j’ai choisi d’entrer dans la danse en jouant avec les résonances hypnotiques d’un carillon pour ouvrir dans un deuxième temps un espace méditatif d’un genre nouveau qui pourrait s’intituler Fake Fengshui Music.

* Jean-Henry Ferrasse
Extrait la porte close – 2’05
Si vous entrez, n’abandonnez pas toute espérance.

* Laure Latronche
De l’eau sous les ponts – 4’30
Avec la participation de Laurence Grobet, in et out.
Depuis la nuit des temps l’Homme n’a cessé de s’interroger sur son devenir.
La parole des Femmes aujourd’hui forme une matière intense.
L’eau n’a pas finit de couler sous les ponts.
Je travaille depuis quelques années sur la manière dont la voix, les mots, le langage humain peuvent faire alliance avec des sons fabriqués par la magie de l’abstraction électroacoustique.
Dans le langage humain, je m’intéresse à ce qui se loge en creux, dans les suspends, les tics de langage et la manière dont l’esprit, la pensée joue au prestidigitateur entre deux jaillissements de mots. En amputant le discours de son contenu sémantique, subsiste le résidu de langage qui devient la matière même de cette composition sonore. Je provoque ainsi des déviations auditives vers les non-lieux du discours, que je télescope avec des montages hybrides, des chimères sonores et quelques nappes en circonvolution qui sont autant de chemins se perdant dans la nature infinie de la pensée humaine. La voix des femmes est à mes yeux aujourd’hui essentielle dans le jaillissement d’une liberté de parole acquise depuis peu. Les profondes amputations que je fais subir à cette voix de femme, m’évertuant vainement à la rendre anecdotique, n’en révèlent que la force profonde posée sur le chaos du monde.
Laurence Grobet, comédienne et personnage principal de cette pièce, intervient parfois en direct et au milieu du public lors de la diffusion.

* Clara de Asís
Pêche de nuit – 4’00
Introduction.
En cours de composition.

* Gérard Ninauve
À la manière de "François Bayle: Jeîta" – 2’48

* Jeîta, ou murmure des eaux
L’oeuvre originale de François Bayle est inspirée des grottes de Jeîta, près de Beyrouth (Liban). Lors du concert inaugural pour l’ouverture des grottes au public, le 11 janvier 1969, fut joué Nadir, première version de Jeîta, pour ensemble et bandes.
Jeîta, ou murmure des eaux, est une suite concrète composée pour le disque, à partir de sons naturels de la grotte.
A la manière de "F. Bayle: Jeita" est un essai didactique de reproduire l’œuvre à partir de son étude, un peu comme font les peintres en recopiant les tableaux des grands maîtres.

* Laure Latronche
Marge – 03’00
Cette pièce est une extension vocale sur partition graphique de la pièce électroacoustique "De l’eau sous les ponts".

* Clara de Asís et Laura Vazquez
Maintenant le chevalier (Guitare préparée et voix) – 7’00
Maintenant le chevalier est une lecture performée avec guitare préparée, qui naît de la volonté d’exploration du processus d’écriture compositionnelle de deux champs connexes : la création textuelle et la création sonore. À partir de l’idée de variation de la langue dans l’acte de performation poétique en interaction avec les sonorités plurielles de la guitare préparée, nous interpréterons cette pièce dans la totale interdépendance des supports acoustiques et phoniques. Considérant les substrats de la langue poétique sonore : le souffle, l’intensité du son de la voix, les rythmiques phonatoires, etc., comme autant d’éléments sémantiques intégrables et nécessaires à la création sonore.

 

â–º POEMA-festival réunit comme partenaires : le CCAM – Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, l’Université de Lorraine et la librairie L’Autre Rive à Nancy.

Jeudi 27 mars :
Librairie L’Autre Rive, Nancy
18h30 / Lecture de Dominique Maurizi et de Marie Huot
à l’invitation des éditions Isolato

Vendredi 28 mars :
Faculté de lettres de Nancy
14h30 / Table ronde "Existe-t-il une poésie de plateau ?", organisée en partenariat avec l’Université de Lorraine.
Il semble acquis, pour le monde du théâtre contemporain et de la presse culturelle, qu’il existe une catégorie de spectacles que l’on peut qualifier de « poétiques ». Qu’est-ce au juste que ce « poétique » ? Un raccourci commode ? Une véritable catégorie esthétique ? La manifestation d’un usage particulier des signes scéniques, que l’on pourrait nommer « poésie de plateau » ?

Animée par : Yannick Hoffert et Florence Fix
Intervenants : Marie-Noëlle Brun – metteur en scène…, Estelle Charles – metteur en scène, Aurore Gruel – danseuse et chorégraphe, Fred Parison – plasticien et scénographe, Valérie Suss et, journaliste

CCAM – sc ène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy
19h / Lecture de Charles Pennequin
20h30 / Fo Biné de Jean Dubuffet
compagnie Le Théâtre 27

Samedi 29 mars :

11h / Lecture de Sébastien Lespinasse suivie d’un apéro
14h – 16h / Table ronde "Poésie en questions"
Cette rencontre vise à déchiffrer le paysage de la poésie contemporaine, à ouvrir des pistes et tracer des lignes d’horizons propres à témoigner de l’éclectisme des pratiques et des formes poétiques actuelles.

Animée par : Frank Smith, écrivain et producteur d’émissions radiophoniques

Intervenants :
Claude Ber, poète et dramaturge
Jean-Pierre Bobillot, poète et maître de conférences à l’Université de Grenoble
Christian Prigent, poète, romancier et critique littéraire

16h30 / Lecture de Anne Kawala
suivie de la commande POEMA à Aurore Gruel, Amandine Truffy et Emilie Weber
18h30 / Lecture de Frank Smith
20h30 / Lecture à deux voix de Christian Prigent et Vanda Benes suivie de la commande POEMA à Loris Binot et Denis Jousselin
22h30 / Lecture-performance de Sebastian Dicenaire

Dimanche 30 mars :

11h / Lecture performée de Lucien Suel et lecture de Bernard Noël, suivies d’un apéro
14h – 16h / Table ronde "Diffuser la poésie aujourd’hui"
De l’édition traditionnelle à la publication en revue, de la médiation à l’événement culturel, de la poésie écrite à la poésie performée, quelles sont aujourd’hui les voies offertes à la poésie pour exister, accéder à la visibilité et aller à la rencontre du public ?

Animée par : Anne Cousseau, maître de conférences à l’Université de Lorraine

Intervenants :
Magali Brazil, directrice de la Maison de la Poésie de Nantes
Yves di Manno, poète et directeur de la collection Poésie/Flammarion
Frédéric Jaffrennou, éditeur (éditions Isolato) et libraire
Jean-François mani er, éditeur (Cheyne éditeur), ainsi qu’un représentant du C.N.L. (Centre National du Livre)
17h / Lecture de Cécile Mainardi
suivie de la commande POEMA à Jean-Philippe Gross , Romain Henry et Lætitia Pitz
Entrée libre pour la librairie L’Autre Rive

Du 28 au 30 mars au CCAM : pass week-end 3 jours : 30€ tarif plein / 20€ tarif réduit ou, chaque jour, entrée payante à partir de 16h30 / de 4 à 13€.

3 novembre 2013

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de novembre, vous attendent nos livres reçus (livre de la semaine à venir : Apaisement de Charles Juliet / réédition : Dictionnaire Sartre) et nos libr-événements marquants : Ritournelles #14 à Bordeaux, Festival Paris en toutes lettres, lancement du n° 11 de la revue À verse (Paris), 11e salon des éditeurs indépendants (Paris), rencontre avec Jean-Marc Flahaut à Toulouse, Christian Prigent à la Maison de la Poésie de Paris.
 

Livres reçus (FT)

â–º Charles Juliet, Apaisement. Journal VII : 1997-2003, P.O.L, en librairie le 8 novembre 2013, 357 pages, 19 €, ISBN : 978-2-8180-1800-2.

"Quand on n’a plus son ego pour piédestal, il est difficile de faire bonne figure en société" (p. 54).

Certes, le Journal de Charles Juliet n’échappe pas aux travers propres au genre : conception essentialiste du Moi et spiritualiste du langage, autocomplaisance, naïvetés, passages en politiquement-correct (très peu ici), topos, clichés et banalités…

Mais on ne peut qu’être sensible à l’acuité d’un regard qui conjugue sensibilité et intelligibilité, à l’authenticité et à la radicalité d’une expérience intérieure régie par la "nécessité d’être vrai", au refus de céder à la facilité et à l’exhibition – au "tout dire"…

Tout l’intérêt de ce 7e tome du Journal réside dans les réflexions de Juliet sur l’œuvre (retour sur L’Année de l’éveil et Lambeaux), l’écriture comme la lecture, la peinture, ou encore l’autofiction ; dans cette ouverture au monde ambiant qui fait parfois songer aux ethnotextes d’Annie Ernaux (d’où les nombreux commentaires de l’actualité et les micro-récits de vie qui attestent une véritable attention à l’Autre). Pour terminer, laissons la parole à l’auteur, à propos d’un fait de société des plus actuels : "À une époque où l’on communique de plus en plus par téléphone, fax et internet, parler d’écriture manuelle, du souci qu’on peut avoir de s’appliquer à bien écrire, peut paraître incongru. Pourtant, la manière qu’on a de calligraphier lettres et mots, n’est pas une affaire négligeable. L’écriture est en effet une projection de notre personnalité et comme telle, elle donne à voir ce que nous sommes à des regards avertis" (p. 249).

â–º Dictionnaire Sartre, sous la direction de François Noudelmann et Gilles Philippe, Honoré Champion (2004), rééd. coll. "Classiques", octobre 2013, 544 pages, 18 €, ISBN : 978-2-7453-2687-4.

Présentation éditoriale. On croit souvent Jean-Paul Sartre fâché avec l’ordre alphabétique, celui par lequel l’Autodidacte de La Nausée prétendait faire le tour des connaissances. À l’âge de vingt ans, pourtant, Sartre avait entrepris de noter ses pensées selon l’ordre imposé par un carnet alphabétique ramassé dans le métro, simple article publicitaire pour les Suppositoires Midy. Le Dictionnaire Sartre présente l’immense complexité de son parcours, en décloisonnant les domaines (littérature, philosophie, politique), en écrasant les oppositions chronologiques (écrits de jeunesse, concepts de maturité, engagements militants), en précipitant les rapprochements a priori les plus incongrus (Hugo et Huis clos ; Janet et Japon ; Le Havre et Leibniz ; Manuscrits et Maoïsme ; Morale et Moravia ; Névrose et New York ; "Parterre de capucines" et Parti Communiste…).
On trouvera ici, pêle-mêle, tous les concepts de la pensée sartrienne (des mieux connus aux plus pointus), tous les textes importants (même s’ils sont peu accessibles ou restent inédits), toutes les influences (en amont ou en aval), tous les combats, tous les secrétaires et plusieurs des maîtresses, beaucoup d’amis et presque autant d’ennemis, quelques villes et pays, quelques formules célèbres, bien d’autres choses encore.
Les quelque huit cents notices qui composent ce Dictionnaire ont été rédigées par une soixantaine des meilleurs spécialistes de la pensée et de l’œuvre de Sartre.

Entrées de Fabrice Thumerel : La Nausée comme roman réflexif et œuvre ouverte, "Salaud", Les Temps Modernes, Situations, Sartre par lui-même (film), "Je-Tu-Il" (sur L’Inachevé de Puig) ; Franz Kafka, Gabriel Marcel, Guy de Maupassant, François Mauriac, Brice Parain…

Libr-événements

 â–º Ritournelles #14, littérature/arts contemporains, du 5 au 9 novembre 2013 à Bordeaux. [Lire le programme]

Centré sur la rencontre entre l’écriture et l’art, toutes pratiques confondues, le festival Ritournelles programmé chaque automne depuis 2000 s’adresse à un public large pour une découverte de la création française actuelle. Pionnier dans le champ de la transversalité, Ritournelles crée des synergies entre les auteurs et artistes contemporains autour d’un thème central

Pour cette quatorzième édition, Ritournelles met à nouveau en scène le monde de l’art contemporain face au monde des lettres. Par le dialogue ou par l’imprégnation, écrivains et artistes de ce programme participent au renouvellement des dispositifs scéniques et réactivent notre regard sur la création.

Soucieux de proposer des rendez-vous de qualité avec le public, le festival Ritournelles accueille cette année encore des écrivains et artistes de renom : Emmanuel Adely, Olivier Cadiot, Pascal Convert, Georges Didi-Huberman, Philippe Djian, Jacques Henric, Charles Juliet, Hubert Lucot, Eugène Nicole, Charles Pennequin, Nigel Saint, Véronique Vassiliou…

Comme chaque année, le festival Ritournelles produit deux créations inédites commandées dans le cadre d’une résidence le temps du festival et diffusées à l’occasion d’une sortie publique. Nous invitons le public à découvrir également l’univers d’artistes singuliers via des expositions, des performances et des lectures de textes inédits.

â–º Festival PARIS EN TOUTES LETTRES du 9 au 17 novembre

A l’occasion de sa 4ème édition Paris en toutes lettres se transforme pour devenir le festival de la Maison de la Poésie et de son quartier. Un festival qui s’inscrit naturellement dans cette Maison « scène littéraire » qui revendique l’éclectisme et la liberté, l’hybridation et la fusion entre les genres.

Un festival littéraire fondé sur les échappées : entre les genres littéraires et les formes artistiques, entre les lieux et la géographie parisienne.

Un festival qui s’adresse aussi bien à ceux qui ont toujours un livre en poche, qu’à ceux qui découvriront le texte porté autrement par la scène, la voix, la musique, l’image…

Au programme de cette quatrième édition de Paris en toutes lettres :

Ecrivains en rencontres, lectures, performances : Philippe Djian, Emmanuelle Pagano, Sébastien Lespinasse, Vincent Tholomé, Gaëlle Obiégly, Philippe Vasset, François Beaune, Marie Darrieussecq, Thomas Clerc, Violaine Schwartz, Céline Minard, Michal Govrin, Jean-Philippe Toussaint, Valérie Mréjen, Hélène Frappat, Marcel Cohen, Chantal Thomas, Marie Richeux, Alban Lefranc…

Concerts littéraires : Christophe Tarkos par Bertrand Belin, Piaf-Cocteau par Camélia Jordana, Aimé Césaire par Tété, la bibliothèque de Jeanne Cherhal, Veence Hanao, Jacques Higelin et les écrivains, Kacem Wapalek, Babx…

Nuit acoustique : Bastien Lallemant, Laure Brisa, Pascal Colomb, Seb Martel, Vic Moan, JP Nataf, Brigitte Giraud, Sophie Maurer, Marie Modiano, Véronique Ovaldé

Lecture dessinée : Charles Berberian, Claire Braud, Emmanuel Guibert, Rupert & Mulot…

Lectures créations : Journal de H.D. Thoreau par Jacques Bonnaffé, Que font les rennes après Noël (Olivia Rosenthal) par trois comédiennes et un taxidermiste, Vous m’avez fait former des fantômes d’après Hervé Guibert, Dans l’autobus, le Musée vivant…

Et en ouverture samedi 9 novembre, le bal littéraire à la Gaîté Lyrique.
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En savoir plus et résa : www.maisondelapoesieparis.com

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CALENDRIER

SAM. 9 nov. – 17H
Love Song – Philippe Djian
Rencontre

SAM . 9 NOV . – 15H
Lecture de scénario
Gaîté Lyrique

SAM . 9 NOV. – 19H
Emmanuelle Pagano
Lecture – rencontre

SAM . 9 NOV . – 19H
Est-ce une bête, qui t’anime,
au centre ? – Sébastien
Lespinasse, Vincent Tholomé,
Maja Jantar
Bibliothèque. M. Audoux

SAM . 9 NOV . – 21H
Bal littéraire
Gaîté Lyrique

DIM . 10 NOV . – 13H
Brunch littéraire – Slam et poésie
Gaîté Lyrique

DIM . 10 NOV . – 15H
Lecture de roman
Gaîté Lyrique

DIM . 10 NOV . – 17H
Gaëlle Obiégly
Lecture – performance

DIM . 10 NOV . – 19H
Christophe Tarkos
par Bertrand Belin
Concert littéraire

DIM . 10 NOV . – 21H
Piaf / Cocteau – Camélia
Jordana, Clément Hervieu-Léger
& Donia Berriri
Lecture musicale

DIM . 10 NOV . – 21H
Philippe Vasset & Pierre-Yves Macé
Lecture – exploration sonore

LUN. 11 NOV . – 16H
Le Cabaret des histoires vraies
François Beaune & invités

LUN. 11 NOV . – 19H
Aimé Césaire par Tété
Concert littéraire

MAR . 12 NOV . – 18H
Lionel Duroy
Master class d’écriture

MAR . 12 NOV . – 19H
Il faut beaucoup aimer les
hommes, Marie Darrieusecq,
Dania Elzein & Jean-Baptiste
Lhermelin

MAR . 12 NOV . – 20H
Veence Hanao
Concert littéraire
Centre Wallonie-Bruxelles

MAR . 12 NOV . – 21H
La bibliothèque
de Jeanne Cherhal
Concert littéraire

MER . 13 NOV . – 19H
Vous m’avez fait former
des fantômes, Hervé Guibert
Par Guillaume Poix, Boris Terral,
Jean-Baptiste del Amo
& Joseph d’Anvers

MER . 13 NOV . – 19H
Thomas Clerc
Lecture – rencontre

MER . 13 NOV . – 21H
Jacques Higelin et les écrivains
Lecture musicale

MER . 13 NOV . – 21H
Le vent dans la bouche
Violaine Schwartz
& Hélène Labarrière
Lecture musicale

JEU. 14 NOV . – 18H
Faillir être flingué – Scomparo
Exposition – performance

JEU. 14 NOV . – 19H
Faillir être flingué – Céline Minard
Lecture

JEU. 14 NOV . – 19H30
L’amour sur le rivage
Michal Govrin – Rencontre
Mahj

JEU. 14 NOV . – 21H
Kacem Wapalek
Concert littéraire

VEN . 15 NOV . – 19H
Autour de Marie
Jean-Philippe Toussaint
Lecture – vidéo

VEN . 15 ET SAM . 16 NOV . – 20H
Ceinte, Henri Bauchau
Cie Théâtre de l’Estrade
Centre Wallonie-Bruxelles

VEN. 15 NOV. – 21H
Monsieur Rivière – Valérie Mréjen
& Clémence Poésy
Lecture

VEN . 15 ET SAM . 16 NOV . – 21H30
Lady Hunt – Hélène Frappat, Yann
Gonzalez & Kate Moran
Lecture

SAM . 16 NOV .
Le Musée Vivant – Robert
Cantarella & 7 comédiens
Musée de la Chasse

SAM . 16 NOV . – 17H
Marcel Cohen – Rencontre animée
par Arnaud Laporte

SAM . 16 NOV . – 19H
Chantal Thomas
Lecture – rencontre

SAM . 16 NOV .
22H ET 00H
Bastien Lallemant, Seb Martel,
JP Nataf & invités
Nuit acoustique

DIM . 17 NOV .
11H/15H/18H
Dans l’autobus
Sandrine Brunner, Kristina
Chaumont & Simon le Pape
Lecture – promenade

DIM . 17 NOV . – 12H
Brunch poétique et musical
Les Parvis Poétiques

DIM . 17 NOV . – 14H
Journal – Henry David Thoreau
Par Jacques Bonnaffé
Galerie agnès b.

DIM . 17 NOV . – 15H
Babx – Concert littéraire

DIM . 17 NOV . – 15H
Que font les rennes après Noël?
Olivia Rosenthal
Anne Théron et comédiens
Lecture – performance
Musée de la Chasse

DIM . 17 NOV . – 17H
Polaroïds – Marie Richeux
Lecture musicale

DIM . 17 NOV . – 19H
La BD à voix haute
Charles Berberian, Claire Braud,
Emmanuel Guibert, Rupert
& Mulot…

DIM . 17 NOV . – 19H
Les corps magiques
Sport et littérature
Point Éphémère

â–º Mercredi 13 novembre 2013 à 19H, lancement du numéro d’automne de la revue A verse (n° 11) à la librairie Matière à Lire. Lecture par les poètes de la revue, notamment : Irène Gayraud, Stephane Korvin, Lysiane Rakotoson, Benoit Sudreau, Clément Charnier, Maria Raluca Hanea, Fanny Didelon, Laura Fredducci, Anne-Emmanuelle Fournier, Anouch Paré (par procuration), Claire Nazikian.
20 rue Chaligny, Paris 12e. Métro Reuilly-Diderot.

â–º Rencontre et lecture à Toulouse avec Jean-Marc Flahaut, le vendredi 15 novembre à 18h00 au grand auditorium de la médiathèque José Cabanis (1 allée Chaban-Delmas, 31506 Toulouse).

â–º 11e salon international des éditeurs indépendants. L’Association L’Autre Livre vous offre, du 15 au 17 novembre 2013, la possibilité de découvrir plus de 2000 livres, qui font rarement les têtes de gondole, quelques 400 auteurs de 150 maisons d’édition dont de nombreux éditeurs de province, mais aussi belges, suisses ou canadiens.
Le salon de l’Autre Livre, devenu depuis quelques années « le salon international de l’édition indépendante », est aussi l’un des rendez-vous incontournables d’échanges entre les éditeurs indépendants : sur leur situation, celle du livre, de la lecture et de la marchandisation des biens culturels. Vous y retrouverez, entre autres : les éditions de l’Attente (C 40-42), la revue Cassandre/Horschamp

Édition 2013

Vendredi 15 : de 14h à 21h

Samedi 16 : de 11h à 21h

Dimanche 17 : de 11h à 19h 

Entrée libre

ESPACE des BLANCS MANTEAUX : 48, rue Vieille du Temple 75004 PARIS

â–º Trois jours avec Christian Prigent à la Maison de la Poésie de Paris, du 28 au 30 novembre 2013 : voir le programme.

30 octobre 2013

[Agenda] Est-ce une bête qui t’anime, au centre ? (Bibliothèque Marguerite Audoux)

Dans le cadre de Paris en toutes lettres 2013, un spectacle proposé par la Maison de la Poésie et la Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris) : Est-ce une bête qui t’anime, au centre ?, samedi 9 novembre 2013 à 19H.

 

Et si le poète était forcément soufflé par l’animal, en lui, par désirs projetés ? Et si la langue humaine ou sa recherche, et si la pensée n’était qu’air brassé, comme dans toutes les gueules ? Et si les sciences voyaient par cécité ? Et si rien n’avait séparé l’homme de la bête, jamais. Et s’il fallait préférer chanter ? Et si rien n’avait jamais séparé l’homme de sa tête ? Et si le devenir-animal n’était pas un devenir-autre mais un devenir-soi.

Quand on pense à l’être ou au devenir, on cherche qui parle… Et plus précisément qui parle qui. Dans qui. Ou dans quoi. Cela pour éviter les fantômes, l’image des spectres qui repousse la spontanéité du sauvage.

Et si les gueules animales sont faites de viandes, les poèmes pneumatiques de Sébastien Lespinasse, de Vincent Tholomé (avec Maja Jantar) respirent au grand air, VUAZ, et répondent au deuil et au vide par la tête charnelle, celle qui n’a qu’un temps. Le corps de chair du poète devient instrument, instrument conjurateur, crâne animal, animal central. Animal sensible. Car la sensibilité n’a qu’un temps.

Poètes sonores, poètes performeurs, Sébastien Lespinasse et Vincent Tholomé viendront dire quelques uns de leurs textes autour d’un thème fondateur, celui de l’animalité. De celle qui nous parle.

♦ VINCENT THOLOMÉ

Poète, lecteur-performeur, belge, né dans les années 60, ayant commis une quinzaine d’ouvrages où les genres (fiction, poésie, BD, harangue, etc.) croisent le fer, où la langue pulse avec joie

Des livres : CAVALCADE (2012), paru chez 2 éditeurs, dans 2 versions un peu différentes et VUAZ (2013)

En tant que lecteur-performeur, a fait partie et fait partie de divers groupes et groupuscules, dont le Trio WYRD, la Troupe Poétique Nomade, et bon nombre de duos, notamment avec Xavier Dubois (guitare) et Maja Jantar (voix) + + +

Travaux en cours : suite de VUAZ + + + co-adaptation en ciné-poème de CAVALCADE, avec Maja Jantar et Gaëtan Saint-Remy + + + CD et perfs autour de VUAZ et de sa suite, avec Xavier Dubois + + + bande-son et CD de CAVALCADE

♦ MAJA JANTAR

est une artiste vocale pratiquant la polypoésie. Polypoésie = poésie + souffles + arts visuels + bruits de bouche + arts sonores + land art + rituels + arts de la scène + (…) + (…) + (…) = une pratique poétique sans limite.

♦ SEBASTIEN LESPINASSE : né le 8 décembre 1975 à Marseille ; vit, dort, rêve et travaille entre Toulouse & Montreuil.

Entrepreneur d’expériences, laboureur de langues, activiste polyglotte, redécouvre et interprète les pionniers de la poésie sonore (futuristes, dada, lettristes… ), tisse étroitement les sons et les sens dans des improvisations poétiques, prend les mots à la gorge et les jette par dessus page, perfore les métaphores lors de performances souvent ludiques, bute, cogne, frotte les oreilles, tympans, peau, yeux, œsophage, estomac, tripes, etc…

« On gonfle les mots ils gonflent leur peau de mots autour de nos souffles ils me regonflent quand j’expire on ne se dégonfle pas je continue la pression mes doigts crissent le long de la peau plastique ils sont gonflés à bloc parfois les mots me gonflent parfois les mots nous crèvent parfois les mots éclatent. »

Des livres : Tendresses Animales, avec Sabine Petit, éd. Le Chant des Muses, Béziers, 2010.

&, avec Maëlle Chastanet, éd. Book Machine Press, Beaubourg Paris, 2013.

Fougax et Barrineuf vont en bâteau, éd. Gros Textes, Châteauroux-les-Alpes, 2013.

Des disques : "Pneuma-R", mars 2012 (éd. Trace Label)

"Pneuma-Récital, live in Barjols", avril 2008 (éd. Z.I.P / Plaine Page).

Des créations pour la scène : Animaux du Sensible, dispositif de lecture, création au Théâtre Le Hangar (Toulouse) en mars 2011 pour le festival Les Perforeilles puis nombreuses reprises dans d’autres lieux et festivals.

Une voie vers les Bouches-Poubelles, conférence-action avec Yves Le Pestipon, création en mai 2012 au Théâtre Garonne (Toulouse).

20 octobre 2013

[News] News du dimanche

Pour donner du chien/du relief/de la profondeur à vos longues soirées automnales, deux livres reçus (Véronique Vassiliou, Échantillons ; Hubert Lucot, Je vais, je vis) et trois Libr-événements remarquables (parution du numéro 6 des Cahiers de M@gm@ ; rencontre poétique à la Bibliothèque Marguerite Audoux ; le spectacle C’est la faute à Rabelais (Durif/Compagnie de l’Envers du décor). /FT/

Livres reçus (Fabrice Thumerel)

â–º Véronique Vassiliou, Échantillons, Le Bleu du ciel, Coutras (33), octobre 2013, 72 pages, 12 €, ISBN : 978-2-915232-89-9.

"D’abord la couleur, puis la matière puis la forme. Exercice de style" (p. 43).

Memento vestibus

Celle qui "se demande ce que serait un mot-robe, un mot-soutien-gorge, un mot-short, un mot-jupe", préfère les cache-cœurs aux cache-nez et cache-sexe… se pose des tas de questions : "Une robe, comme mythe, ça mène où ?" ; "Une histoire de fil en aiguille ou un écheveau maëlstrom touffu de fibres et de couleurs ? Les deux ?" ; "Qu’est-ce que le contraire de l’uniforme ? L’hybride, le multicolore, l’informe, le déformé ?"… Rien d’étonnant à cela : "Poesia visiva – les vêtements vêtent, se voient, posent des points d’interrogation, suscitent des questions, des réponses, engagent la conversation. Ce sont des histoires. Et ses histoires sont ses vêtements." Car la poésie ne vient pas forcément du dedans : "ça vient aussi du dehors"… D’où ce clin d’œil à Proust : "Le second souvenir est stimulé par l’encolure. Un manteau à col châle dans un magnifique cachemire, jeté pour cause de mitage. A chacun, ses madeleines." Poesia visiva : "La langue maternelle, la langue des vêtements, silencieuse et visible. Une langue concrète."

À coup sûr, Véronique "a dû trop lire de contes ou s’est fait trop de films"…

Curieuse "histoire en écheveau" que celle inventée par Véronique Vassiliou, qui n’hésite pas à se mettre en scène via un avatar particulier (une figurine/un idéogramme). C’est dire qu’il faut vous attendre à perdre le fil, à en voir de toutes les couleurs…

Exercice de style loufoque, cette autofringographie jongle avec les mots et les couleurs, joue avec les expressions toutes faites comme avec les normes littéraires, agence avec virtuosité listes, collages, éléments autobiographiques et interrogations sur les mythologies contemporaines… mais aussi ce genre de réflexion esthétique : "Une belle composition s’épuise visuellement. C’est la différence avec un Cézanne ou un Caravage. D’eux, on ne se lasse pas. La composition n’est pas un paysage."

â–º Hubert Lucot, Je vais, je vis, préface de Martin Winckler, éditions P.O.L, octobre 2013, 672 pages, 25 €, ISBN : 978-2-8180-1945-0.

"[…] mon corps est-il tout ce qui me reste ? La conscience d’être est mon plus grand bonheur"…

Au moment même où les éditions P.O.L rééditent en format poche Autobiogre d’A.M. 75 (1980), paraît une impressionnante somme qui constitue en partie le journal de la maladie et de la mort d’A.M. (Anne-Marie, son épouse, décédée le 9 août 2012) – AMour… Amour et Maladie/Mort… Celui qui n’éprouve "nul désemparoi" à la perte d’une compagne avec laquelle il a construit un "nous" pendant plus d’un demi-siècle est aussi celui qui, au milieu du sang et de la merde, ne baisse pas les bras, embrassant au contraire celle en qui il continue de voir une Vénus – laquelle pose les lèvres sur le "pénis enfantin" de celui qui fait tout rentrer dans l’ordre… (Scène d’un sublime aussi rare que sobre).

Comme Liliane Giraudon après avoir terminé Le Noyau de toute chose, on "comprend et apprécie mieux la vie après cette lecture"… D’autant que Je vais, je vis combine journal existentiel et journal intellectuel : le moment étant venu pour le septuagénaire de contempler le monde dans sa tête, sans nulle nostalgie du reste, s’enchaînent de subtiles réflexions politiques et esthétiques. On en restera momentanément sur celle-ci : "Tous les peuples de la planète font le procès du capitalisme, les équipes ayant pour loi la déréglementation capitaliste l’imposent à tous."

Libr-événements

â–º Parution annoncée pour le 31 octobre 2013 : "Le magma constitutif de l’imaginaire social contemporain", Les Cahiers de M@gm@, vol.6, Aracne Editrice, Roma – (dir.) Georges Bertin, Orazio Maria Valastro, Alberto Abruzzese, Jean-Michel Barreau, Massimo Canevacci, Panagiotis Christias, Augusto Debernardi, Cecilia Edelstein, Mabel Franzone, Philippe Joron, Maria Immacolata Macioti, Michel Maffesoli.

Introduction

Le magma constitutif de notre être ensemble ou le jeu du solide et du fluide
Georges Bertin p. 11

Le magma constitutif de l’imaginaire social contemporain

Magmas réactionnaires Est-Ouest/Nord-Sud: invariants de civilisation
Jean-Michel Barreau p. 17

Le magma castoriadien et l’intelligence des situations de crise, de François Rabelais à Michel Maffesoli, la crise comme révélation
Georges Bertin p. 31

Dionysus redivivus
Michel Maffesoli p. 45

Damanhur: una federazione di comunità
Maria Immacolata Macioti p. 53

Disabilità
Alberto Abruzzese p. 67

Le magma poétique du kaïros et le métissage de l’écriture de soi
Orazio Maria Valastro p. 75

Magma énergétique et dépense anthropologique
Philippe Joron p. 95

Le sens commun à l’ère de la mondialisation
Panagiotis Christias p. 111

Il senso comune nell’era della mondializzazione
Panagiotis Christias p. 119

Sur le dos d’un âne
Mabel Franzone p. 125

Sul dorso di un asino
Mabel Franzone p. 131

Libero accesso
Cecilia Edelstein p. 137

Epigrammi di sociologia qualitativa: per un possibile istituente
Augusto Debernardi p. 149

Gramsci e Keats: il poetico e il politico discutono in un cimitero romanticamente antropologico
Massimo Canevacci p. 159

â–º Dans le cadre de Paris en toutes lettres 2013, un spectacle proposé par la Maison de la Poésie et la Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris) : Est-ce une bête qui t’anime, au centre ?, samedi 9 novembre 2013 à 19H.

Et si le poète était forcément soufflé par l’animal, en lui, par désirs projetés ? Et si la langue humaine ou sa recherche, et si la pensée n’était qu’air brassé, comme dans toutes les gueules ? Et si les sciences voyaient par cécité ? Et si rien n’avait séparé l’homme de la bête, jamais. Et s’il fallait préférer chanter ? Et si rien n’avait jamais séparé l’homme de sa tête ? Et si le devenir-animal n’était pas un devenir-autre mais un devenir-soi.

Quand on pense à l’être ou au devenir, on cherche qui parle… Et plus précisément qui parle qui. Dans qui. Ou dans quoi. Cela pour éviter les fantômes, l’image des spectres qui repousse la spontanéité du sauvage.

Et si les gueules animales sont faites de viandes, les poèmes pneumatiques de Sébastien Lespinasse, de Vincent Tholomé (avec Maja Jantar) respirent au grand air, VUAZ, et répondent au deuil et au vide par la tête charnelle, celle qui n’a qu’un temps. Le corps de chair du poète devient instrument, instrument conjurateur, crâne animal, animal central. Animal sensible. Car la sensibilité n’a qu’un temps.

Poètes sonores, poètes performeurs, Sébastien Lespinasse et Vincent Tholomé viendront dire quelques uns de leurs textes autour d’un thème fondateur, celui de l’animalité. De celle qui nous parle.

♦ VINCENT THOLOMÉ

Poète, lecteur-performeur, belge, né dans les années 60, ayant commis une quinzaine d’ouvrages où les genres (fiction, poésie, BD, harangue, etc.) croisent le fer, où la langue pulse avec joie

Des livres : CAVALCADE (2012), paru chez 2 éditeurs, dans 2 versions un peu différentes et VUAZ (2013)

En tant que lecteur-performeur, a fait partie et fait partie de divers groupes et groupuscules, dont le Trio WYRD, la Troupe Poétique Nomade, et bon nombre de duos, notamment avec Xavier Dubois (guitare) et Maja Jantar (voix) + + +

Travaux en cours : suite de VUAZ + + + co-adaptation en ciné-poème de CAVALCADE, avec Maja Jantar et Gaëtan Saint-Remy + + + CD et perfs autour de VUAZ et de sa suite, avec Xavier Dubois + + + bande-son et CD de CAVALCADE

♦ MAJA JANTAR

est une artiste vocale pratiquant la polypoésie. Polypoésie = poésie + souffles + arts visuels + bruits de bouche + arts sonores + land art + rituels + arts de la scène + (…) + (…) + (…) = une pratique poétique sans limite.

♦ SEBASTIEN LESPINASSE : né le 8 décembre 1975 à Marseille ; vit, dort, rêve et travaille entre Toulouse & Montreuil.

Entrepreneur d’expériences, laboureur de langues, activiste polyglotte, redécouvre et interprète les pionniers de la poésie sonore (futuristes, dada, lettristes… ), tisse étroitement les sons et les sens dans des improvisations poétiques, prend les mots à la gorge et les jette par dessus page, perfore les métaphores lors de performances souvent ludiques, bute, cogne, frotte les oreilles, tympans, peau, yeux, œsophage, estomac, tripes, etc…

« On gonfle les mots ils gonflent leur peau de mots autour de nos souffles ils me regonflent quand j’expire on ne se dégonfle pas je continue la pression mes doigts crissent le long de la peau plastique ils sont gonflés à bloc parfois les mots me gonflent parfois les mots nous crèvent parfois les mots éclatent. »

Des livres : Tendresses Animales, avec Sabine Petit, éd. Le Chant des Muses, Béziers, 2010.

&, avec Maëlle Chastanet, éd. Book Machine Press, Beaubourg Paris, 2013.

Fougax et Barrineuf vont en bâteau, éd. Gros Textes, Châteauroux-les-Alpes, 2013.

Des disques : "Pneuma-R", mars 2012 (éd. Trace Label)

"Pneuma-Récital, live in Barjols", avril 2008 (éd. Z.I.P / Plaine Page).

Des créations pour la scène : Animaux du Sensible, dispositif de lecture, création au Théâtre Le Hangar (Toulouse) en mars 2011 pour le festival Les Perforeilles puis nombreuses reprises dans d’autres lieux et festivals.

Une voie vers les Bouches-Poubelles, conférence-action avec Yves Le Pestipon, création en mai 2012 au Théâtre Garonne (Toulouse).

â–º Du jeudi 14 au samedi 30 novembre 2013 à 20H, Théâtre de l’Athénée à Paris, Eugène Durif et la Cie l’envers du décor présentent : « C’est la faute à Rabelais »
– Théâtre musical et burlesque –
D’Eugène Durif. Chef de troupe : Jean-Louis Hourdin. Musique : Pierre-Jules Billon
Avec Eugène Durif et Pierre-Jules Billon.

Contact compagnie / Invitations pros :
Cie l’Envers du décor
06 83 35 27 77
cie_enversdudecor@yahoo.fr
www.cie-enversdudecor.com

> DU 14 AU 30 NOVEMBRE <
Théâtre de l’Athénée – Louis Jouvet
Paris

Deux saltimbanques s’arrêtent dans un lieu qu’ils vont habiter un instant. Ils vont faire naître du théâtre avec trois fois rien…. Sans rime ni raison, mais en musique, chansons et calembours, contrepèteries, recettes de cuisine et blagues, mots-valises et coqs à l’âne, onomatopées, et autres…

« L’accueil à la Durif, c’est une dégelée de mots bazardée à la face des « gueux emmitouflés ». Dans son théâtre de troubadour, fait d’un petit chapiteau-coulisse et d’accessoires saltimbantesques – des instruments, une caisse et la dive bouteille car « propos de bien ivre sont propos de bien vivre » –, il exhume moult fatrasies délicieuses et chansonnettes tristes, même un blason de Clément Marot sur le téton. Non content d’être l’une des plumes de théâtre les plus riches, élégantes, et imagées, M. Eugène est aussi l’un des plus aimables lettrés. Son sourire et sa douceur ravissent. Air bonhomme émerveillé, pour qui la bonne chair n’est pas triste, notre troubadour est de ces humoristes noirs tendance pince-sans-rire, à penser que « ceux qui ont un pied dans la tombe ont toujours l’autre pour s’en sortir ». Spectacle sans une once de vulgarité, mais émaillé de joyeusetés d’amour et de mort, sans queue ni tête. »
Cédric Enjalbert – Les Trois Coups
(21 juillet 2011)

 

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