Pour toutout le monde, les vacances s’achèvent, c’est la rentrée des bambins comme des écrivains : branlebas de combat ! Et on se lance dans la déferlante littéraire… et on est submergé par le raz-de-marée !
Et si, contre la saturation, on tentait la raréfaction : après tout, peu de parutions font date… Bref, tentons de nous maintenir en Libr-vacance : faisons le tri par/pour le vide… et concentrons-nous sur un essentiel que chacun doit construire… À partir, on l’espère, de ces six livres remarquables : L’Ecclésiaste de F. Schiffter, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, Magdaléniennement, Les Nuits et les Jours, Alma a adoré…
â–º L’Ecclésiaste, préface de Frédéric Schiffter, traduction de Lemaistre de Sacy revue et corrigée par le préfacier, éditions
Louise Bottu, été 2020, 56 pages, 8€.
La première, voire les premières ligne(s) font partie du patrimoine mondial : « Vanité, vanité, tout n’est que vanité. / Que retirent les hommes de toutes les activités qui les occupent sous le soleil ? / Une génération passe, une autre lui succède, mais l’humanité ne change pas »… Ajoutons : À force de toujours-plus, elle n’a jamais été plus près de son autodestruction…
Mais peu savent qu’il s’agit d’autant plus d’un pseudépigraphe que c’est une supercherie littéraire. Comme le souligne Frédéric Schiffter, ce texte est « théologiquement hétérodoxe » : « Hédoniste revenu des plaisirs les plus vifs comme des plus recherchés, l’Ecclésiaste nous exhorte à profiter du « boire », du « manger », des « ébats de la chair » et du « repos », maigres mais concrètes réjouissances que Dieu, économe de Sa bonté à notre égard, daigne nous accorder en compensation de nos souffrances »… Qui plus est, cette leçon de sagesse dont on a oublié la dimension subversive est anthropoclaste, rappelant aux faibles créatures qu’elles ne sont pas à leur place dans ce monde, que leur existence est aussi contingente que celle des autres espèces et que leur péché « est celui de naître »…
â–º Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, dessins de Jean-François Demeure, éditions Au coin de la rue de l’Enfer, Saint-Etienne-les-Orgues (04), été 2020, 68 pages, 13 €. [Lire le texte paru dans la revue Catastrophes, d’où provient la photo de l’auteur devant l’emblématique maison d’Aran]
« c’est insupportable P. B.-V. voyons
quel petit vélo avez-vous dans la tête
c’est moins un livre qu’un bâton que
vous avez pris sur le coccyx » (p. 50).
Voici un poème surgi des profondeurs obscures, celles des souvenirs comme des visions, des rêves comme des légendes, des fantômes comme des fantasmes.
Voici une nouvelle étape sur le chemin des Exils, que Patrick Beurard-Valdoye emprunte depuis 1985 : il emboîte le pas à Antonin Artaud (« Mômô le hiatus entre môme et momie ») jusque dans les îles irlandaises d’Aran, proches du Conemara, qu’en 1937 l’auteur du Théâtre de la cruauté quitta en perdant la raison comme sa canne de saint Patrick – inchose qui hante « la psychose de l’espace » (16)… Pour le déraisonnable Patrick, il s’agit de franchir le seuil de la maison où a séjourné le poète maudit, habitée par des chats – ceux-là mêmes, sans doute, qui peuplent ses cauchemars à son retour… Réinvestir « la maison du poème » de celui « qui veut faire un livre en / guise de porte ouverte » (14), c’est Å“uvrer à la réappropriation de son nom, à lui Artaud qui ne voulait plus signer de son patronyme…
Reste à franchir le seuil de cette épopée/prosopopée, de cet opuscule vibrionnant et à se laisser emporter par l’écriture en dédale de Beurard-Valdoye, tout en évocations, déviations et dérivations.
► Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, printemps 2020, 248 pages, 18,90 €.
Des nombreux documents qui constituent les matériaux de départ, Anne-James Chaton a tiré un scénario haletant au présent,
une polyphonie dramatique, une enquête sociopsychologique passionnante.
Qu’est-ce qui a poussé Lee Harvey Oswald à assassiner le président John F. Kennedy ? Une partie de la réponse se trouve-t-elle dans la première section qui remonte à l’enfance de cet orphelin de père : « Le médecin diagnostique une anxiété intense, des sentiments de malaise et d’insécurité comme les principales raisons de ses tendances au retrait et à ses habitudes solitaires. Il a en face de lui le produit d’une maison brisée, son père est mort avant sa naissance, ses deux frères aînés ne manifestent aucun intérêt  pour lui, sa mère, empêtrée dans des difficultés matérielles, ne peut lui consacrer toute l’attention qu’un enfant de son âge est en droit d’attendre » ?
La multiplication des points de vue et la minutieuse reconstitution des faits nous permettent, sinon de cerner une personnalité complexe et contradictoire, du moins d’appréhender un homme instable qui, lecteur d’Orwell comme de Hitler, semble fasciné par l’URSS et Cuba.
► Dominique FOURCADE, Magdaléniennement, P.O.L, printemps 2020, 192 pages, 21 €.
Qu’il vous prenne l’envie de vagabonder par monts et par vaux ou que vous soyez en panne d’inspiration, selon la méthode gidienne, plongez-vous dans ce monologue issu d’un véritable « multilogue » : vous attendent des réflexions diverses sur la littérature et la peinture, et même un événement comme l’attentat contre Charlie Hebdo, des notations exquises, des trouvailles stylistiques…
Dominique Fourcade étant poète et non anthropologue, comment expliquer ce titre qui nous ramène à la dernière phase du paléolithique supérieur (entre – 17 000 et – 12 000 avant J.-C.), à savoir à peu près à l’époque des grottes de Lascaux ? C’est qu’il s’agit d’une traversée transhistorique qui s’interroge sur la genèse des formes et relativise l’antinomie ancien/moderne : « le moderne […] l’est seulement dans le meilleur de l’ancien comme il l’est uniquement dans le meilleur de l’actuel » (p. 126). Assurément, Dominique Fourcade est un moderne.
► Déborah HEISSLER, Les Nuits et les Jours, dessins de Joanna Kaiser, préface de Cole Swensen traduite par Virginie
Poitrasson, Æncrages & CO (25), coll. « Ecri(peind)re », juillet 2020, 48 pages, 21 €.
Non pas Les Plaisirs et les Jours, mais le nocturne d’abord : que la lumière du jour décroisse pour qu’advienne celle de la cella, de la camera obscura – celle des blanches visions dans toute leur immédiateté. De tableaux évocateurs d’après-guerre.
Soit quelques figures essentielles (Karol, Blanche…) ; quelques lieux cruciaux en Pologne : Cracovie, Zakopane, Wieliczka, Podgorze… (Zakopane, carrefour entre Pologne, République tchèque et Slovaquie… Zakopane, dont le nom claque, est du reste le titre d’un recueil de Christian Prigent). Se tissent alors des micro-récits elliptiques et d’autant plus suggestifs.
Une esthétique : « Retrouver comme / la langue nous habite / (et aller au travers / l’un l’autre), dénudant la structure » (p. 36).
► Sébastien RONGIER, Alma a adoré. Psychose en héritage, Marest éditeur, hiver 2019-2020, 176 pages, 19 €.
Alma a adoré… ça sonne bien ! Mais ce n’est pas qu’une recherche phonique : « Alma a adoré » : Hitchcock himself trouve que c’est un bon présage que son épouse apprécie le scénario que le jeune Joseph Stefano a tiré du roman de Robert Bloch, Psycho (1959). Et vu le succès planétaire, le maestro a eu raison de le financer et de l’imposer à Hollywood.
De façon très vivante, comme à son habitude, Sébastien Rongier analyse finement la stratégie hitchcockienne dans la sphère de la culture de masse – de la production à la médiatisation –, « l’effet Psycho » (de sidération !) et les nombreuses réécritures de la fameuse scène de la douche. Avant d’en revenir à ce qu’il appelle « cinématière » : « Psycho ne produit pas seulement un effet cinéma dans le monde du cinéma. […] La cinématière comme mode de relation esthétique et critique à l’image cinématographique est un véritable enjeu de travail, une matière d’image, un corps à la fois générique et inachevé produisant d’autres formes à partir d’un impensé de l’image » (p. 137).
















animée par Laure Gauthier & Sébastien Rongier.

Écrivain, poète, traducteur, performeur, critique d’art, Christophe Marchand-Kiss a dirigé la collection « L’Œil du poète » aux Éditions Textuel, et y a traduit et publié de nombreux poètes contemporains. Il est l’auteur de Regard fatigué (Aleph, 1998), Traduire en poésie (collectif, Farrago, 2001), Léo Ferré, la musique avant tout (Textuel, 2004), Gainsbourg, le génie sinon rien (Textuel 2006), Aléas, éditons bleu du ciel, Normal, (Éditions Marie Delabre), CRS, de Charonne à Charlie-Hebdo, (Flammarion), 2018.
Ludovic Degroote et Dominique Quélen (lecture : Mer du Nord, extrait de « Ni bruit ni fureur »)






Port-Bou… Vous connaissez ? Port-Bou… du bout du monde ? Du monde de Walter Benjamin, assurément… "Port-Bou n’est pas une ville, ni un lieu de mémoire, mais une figuration de l’absence" (p. 79)… "Port-Bou n’est pas une ville, c’est le nom d’une expérience" (182)… Celle des désordres d’un monde. Il y a de ces lieux qui, à un moment donné de l’Histoire, cristallisent tout un monde.
À lire cet essai narrativisé qui se présente sous la forme d’un triptyque (VILLE / PASSAGE / MÉMOIRE), très vite vous en venez à tomber dans une méditation mélancolique, abîmé dans le miroitement entre le monde de Walter Benjamin et le nôtre : xénophobie et antisémitisme, politiques migratoires infâmes, déchéance de nationalité… dissolution du réel (par le simulacre nazi / capitaliste)… La figure de l’ange, tout droit sortie d’un tableau de Paul Klee, ressurgit : vous considérez comme profondément juste la vision dramatique de l’Histoire propre à Walter Benjamin, selon laquelle le Progrès n’est qu’une tempête…
Ce qui sert de tasse de thé à Sébastien Rongier : un voyage automnal en famille à Port-Bou. De là surgit tout un monde : l’arrivée d’Hitler au pouvoir – qui déclenche chez Walter Benjamin la décision de quitter Berlin -, l’emballement de la machine totalitaire, l’évolution de la répression des immigrés en France de 1933 à 1940, la France cette Patrie-des Droits-de-l’Homme qui, entre 1939 et 1945, n’en a pas moins installé 225 camps d’internement… L’image dialectique qui guide l’écrivain est celle de l’exilé : peut-on imaginer meilleure fulgurance qui conserve le passé dans le présent ! Juif déchu de sa nationalité allemande en février 1939 mais sujet ennemi dans une France qui l’interne au stade de Colombes, Walter Benjamin est la figure de l’Exilé par excellence. Et l’auteur d’insister sur
son destin tragique : Walter Benjamin se heurte au "mur de l’Histoire" (p. 19), cette Histoire tempétueuse qu’il a si bien théorisée mais contre laquelle il ne peut rien. Pensez donc, il s’en est fallu d’une seule journée pour que l’intellectuel, passé de Paris à Marseille, devienne interdit de séjour dans l’Espagne de Franco, qui se montre désormais hostile aux immigrés sans visa par complaisance envers l’allié nazi… Pas sage, l’auteur de Paris, capitale du XIXe siècle a même préféré poursuivre ses recherches en bibliothèque parisienne plutôt que de chercher à optimiser son possible passage vers le Nouveau Monde… Tout simplement impensable – mais emblématique. Ironie de l’Histoire, en 1940 Walter Benjamin est muni d’une carte de bibliothèque mais pas d’une carte d’identité française. En somme, il est venu rencontrer le diable en France : "le
diable de la négligence, de l’inadvertance, du manque de générosité, du conformisme, de l’esprit de routine, c’est-à-dire ce diable que les Français appellent le je-m’en-foutisme". Dans Le Diable en France, précisément, pris au piège comme tant d’autres (au camp des Milles – près d’Aix-en-Provence -, pour ce qui le concerne), l’écrivain allemand Léon Feuchtwanger (1884-1958) met en lumière l’absurde machinerie bourreaucratique à la française : "L’internement de tant de gens qui avaient fait la preuve irréfutable de leur opposition opiniâtre aux nazis n’était qu’une comédie aussi stupide que navrante" (Livre de Poche, 2010, p. 62 et 64)…
Adorno que se concentre ce livre qui constitue avant tout un portrait du personnage en "flâneur baudelairien, héritier des passages et de la complexe fragilité de l’écriture et de la pensée" (130). Déambuler dans un dédale citadin, fût-il celui du cimetière comme lieu à part entière, c’est laisser sa place au hasard, trouer le visible, le possible – en un mot, le réel – en orientant son regard vers l’invisible, l’impossible, l’Ailleurs. Contre la positivité moderniste, Walter Benjamin fait sienne la démarche de Baudelaire, dont on trouvera ici une relecture passionnée de "À une passante" et du "Mauvais vitrier" : "un art de la marche à contretemps", "une esthétique lyrique du monde urbain, une modernité contre une idéologie du progrès" (43). Pour Baudelaire/Benjamin/Rongier, l’intellectuel moderne est celui qui fait de son demi-pas de retard un avantage tactique/critique.



Se défendre. Une philosophie de la violence est un livre publié chez 
transformer le monde, alors, loin d’être seulement en rapport d’interaction, d’interdépendance ou de ressemblance, l’art, la foi et le politique sont une même dynamique, une unique réalité vivante.

Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).







Laurent CAUWET : « Beaucoup m’ont demandé des détails sur les raisons de nos soucis actuels. Je ne m’étendrai pas, mais, en résumé, voici une sorte de vision synthétique de l’édition poétique aujourd’hui : De plus en plus de livres en librairie, mais de moins en moins de ventes. Des intermédiaires (diffuseurs et distributeurs) qui, pour supporter "la crise", augmentent leurs marges tout en réduisant leurs prestations. Des libraires acculés qui, pour s’en sortir, font de la cavalerie : réduire voire stopper toute politique de fonds, et réduire le temps de vie d’un livre dans leurs rayons, en les retournant au plus vite. Et une presse de plus en plus silencieuse quant à nos productions. Plus nous nous battons pour que la poésie sorte de la marge, plus la logique capitalistique du marché de l’édition se durcit et nous y renvoie.



Le 24, paraît le poème Climats ; auparavant, le 18, réédition de Un Hymne à la paix (16 fois). 
Le cinéma s’est nourri et se nourrit des autres formes artistiques. En s’imposant à la fois comme valeur culturelle et comme patrimoine, le cinéma devient lui-même une source d’inspiration et d’interrogation pour les autres formes artistiques.
Avec : Anne-James Chaton, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Game, Michèle Métail, Black Sifichi, Frédérique Soumagne, Laura Vazquez.
Dehors : trois chevaux, "chevalos-cadavres" qui "se chevalopent" (26-27)… Dedans : la Nausée… On sait l’autre est un agencement répétitif qui s’interroge sur le processus d’identification dans un monde aliénant, sur notre rapport à L’AUTRE… En ce temps de Nausée hypermoderne, l’Autre ce n’est pas l’Enfer, mais l’éboulement, l’effacement, le guêpier…
au Jardin de la Maison de la Poésie / Péniche spectacle, et dimanche 25 mai à 15H celle de Dominique Quélen… Et aussi : Laure Limongi et Olivier Mellano, Pascal Commère…
laquelle résonne le rire. Ils feront résonner texte et musique dans une énergie performative, sonique et galopante.
Exposition et performances, galerie et mur rue Dénoyez, 30 mai au 8 juin
musiciens, vidéastes, comédiens…
créer la figure d’un sujet de l’écriture, « fbon », à ne pas confondre avec François Bon.