Libr-critique

17 octobre 2016

[Chronique] Pris par le Nobel… Chanson et poésie dans l’espace littéraire actuel (Fabrice Thumerel)

Suite à la charge satirique de CUHEL dans les NEWS d’hier, laquelle se faisait l’écho déformé de multiples réactions dans les médias et les réseaux sociaux suite à l’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan, essayons de prendre un peu de cette distance propice à la réflexion libre et critique – ce qui ne revient pas à prendre aveuglément parti pour ou contre Dylan, à traiter de "réacs" les contempteurs et à délivrer un brevet de vertu hypermoderne aux thurifaires, mais à mettre ce fait littéraire en perspective.

 

Comme toutes les grandes institutions, l’insigne Assemblée suédoise détient le pouvoir symbolique, et par là même le monopole de la circulation des discours légitimes. Autrement dit, elle possède l’insigne privilège de nous faire gloser. Dès lors, on peut comme Christophe Claro sur son blog Le Clavier cannibale  tourner en dérision la comédie socioculturelle que constituent tous les prix littéraires – dont la raison d’être est avant tout d’ordre économique. Ou, comme Pierre Le Pillouër sur Sitaudis, marteler un cinglant rappel à l’ordre : la poésie est un art majeur, la chanson un art mineur. Le plus étonnant est la réaction de bon nombre d’auteurs se revendiquant du pôle autonome : sus aux digues sclérosantes, à bas les frontières transdisciplinaires… et vive le songwriter Bob Dylan ! Si l’icône du rock est plutôt un allié de la poésie qu’un "saligaud" (Le Pillouër, via Baudelaire) – pour emboîter le pas à Julien d’Abrigeon -, appartient-il pour autant au champ littéraire ? Avait-il besoin d’une reconnaissance spécifique, lui qui en son domaine jouit d’une aura populaire et de bénéfices économiques énormes ?

Au reste, la noble institution n’en est pas à son premier coup d’éclat : en 1997, elle a récompensé un auteur qui était sorti du livre avec son théâtre à brûler... Mais quelle différence opérer entre Dario Fö et Bob Dylan ? Le premier se situe aux marges du champ littéraire, tandis que la star made in USA est hors champ. Ou, pour le moins, ce dernier fait partie de l’espace de la chanson, et non de l’espace poétique.

Les pratiques avant-gardistes ayant finalement eu raison de la stricte délimitation hiérarchisée entre chanson et «vraie poésie», que rappelait encore une vedette comme Serge Gainsbourg, les échanges entre ces deux univers et, plus généralement, entre espace poétique et espace musical, se sont développés mais surtout diversifiés. De nombreuses manifestations en témoignent, comme les Poétiques de France Culture au Théâtre du Rond-Point : « Les Poétiques de France Culture se veulent — avec poèmes, chants, musiques et sons — des créations originales » (André Velter, Orphée Studio. Poésie d’aujourd’hui à voix haute, Poésie/Gallimard, 1999, p. 8). Citons encore les collaborations de Michel Bulteau avec Elliott Murphy (Hero Poet), Michel Houellebecq avec Bertrand Burgalat (Tricatel Beach Machine)… Olivier Cadiot avec Alain Bashung (Le Cantique des cantiques, Dernière Bande, 2002) ou Rodolphe Burger pour Cheval-mouvement (Dernière Bande, 1993), extrait de Futur, ancien, fugitif, qui, pour le poète, « est plein de petites boîtes à son, comme dans une installation électroacoustique imaginaire» (Entretien paru dans Galeries Magazine, n° 58, 1994, p. 110). Voici comment il évoque son travail avec Rodolphe Burger : « Pour les chansons, nous prélevions des extraits chantables des livres, mais cette méthode finissant par devenir ennuyeuse, nous en sommes, après nos deux disques où les paroles de chanson sont remplacées par des samples de voix, à essayer de construire une chanson en direct : une lecture de texte d’écrivain se transforme progressivement en "drame radiophonique", puis en quasi-chant pour se finir comme il se doit en chanson, les musiciens prenant le relais ».

Si les chanteurs gagnent en bénéfices symboliques à être intégrés dans la sphère poétique, les musiciens, eux, cherchent à renouveler leurs pratiques : Pierre Boulez trouve dans l’architecture de A la recherche du temps perdu comme dans les mosaïques de René Char matière à innovations formelles (cf. Autrement, n° 203 : « Zigzag Poésie », avril 2001, pp. 156-160) ; depuis plus de trente ans, Jean-Yves Bosseur s’interroge sur « le sonore et le visuel », « le mot dans la partition », « processus musical et texte »… Quant aux poètes expérimentaux, ils puisent dans la musique et la chanson de nouveaux modes d’écriture, échappant à la tradition lyrique par l’invention de processus de tympanisation (conjonction voix / écriture) et de sonorisation (conjonction matière sonore / écriture). Sans compter que sortir la poésie de son huis clos permet de gagner en visibilité et par la même de conquérir une certaine autonomie matérielle. Telle est la situation d’Olivier Cadiot, que commente ainsi Anna Boschetti : « Sa collaboration avec des plasticiens, des musiciens et des metteurs en scène l’a aidé à accéder à une notoriété tout à fait exceptionnelle pour une œuvre exigeante comme la sienne, et lui permet de gagner sa vie sans renoncer à la plus totale indépendance dans son métier d’écrivain » (« Le "Formalisme réaliste" d’Olivier Cadiot », dans Eveline Pinto dir., L’Écrivain, le Savant et le Philosophe, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 239).

Dans l’état actuel du champ poétique, seul le label « performeur » est doté d’un fort capital symbolique (celui d’« auteur-compositeur-interprète » est bel et bien daté), et certains auteurs se méfient des doubles labels. Si Maurice Roche refuse l’étiquette d’« écrivain-musicien » car elle a justifié le rangement de ses textes dans la catégorie des « partitions » (cf. Java, n° 25-26), Sapho, quant à elle, tient à distinguer rigoureusement ses activités de chanteuse et de poète : « La chanson est un exercice de style très précis […]. Il y a tout de même cette contrainte d’une structure, avec cette présence du refrain, cette nécessité d’être urbain, quotidien, immédiatement compréhensible […]. Or la poésie est pour moi tout le contraire de l’exercice de style, c’est l’aventure même du langage […]. Pourquoi ne pas penser que la chanson puisse être un genre poétique ? Pour moi, pour une raison simple : comme texte, elle serait orpheline de sa musique » (Zigzag Poésie, pp. 152-153). Et, dans sa Caisse à outils (Agora, 2014), Jean-Michel Espitallier de préciser : « La chanson, par sa durée, ses modes d’écriture, sa destination, répond à des exigences et des processus qui ne sont pas ceux de l’écriture d’un poème. Qu’il y ait des similitudes, des convergences et des contiguïtés, bien entendu. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Il faut redire ici que c’est un contresens (ou un jugement mal intentionné) que d’associer l’une et l’autre » (p. 98).

22 novembre 2015

[Chronique] Écrire après…, par Pierre Le Pillouër et Fabrice Thumerel

Face à des innocents lâchement assassinés par d’infâmes fanatiques, la poésie peut peu, pour le dire à la façon de Christian Prigent. Ça, le moderne ? Quoi, la modernité ? Cois, les Modernes… Face à l’innommable, seul le silence fait le poids ; comme à chaque hic de la contemporaine mécanique hystérique, ironie de l’histoire, l’écrivain devient de facto celui qui n’a rien à dire. Réduit au silence, anéanti par son impuissance, son illégitimité. Son être-là devient illico être-avec les victimes et leurs familles. Nous tous qui écrivons ne pouvons ainsi qu’être révoltés par l’injustifiable et nous joindre humblement à tous ceux qui condamnent les attentats du 13 novembre. Et tous de nous poser beaucoup de questions.

Surtout à l’écoute des discours extrémistes, qu’ils soient bellicistes, sécuritaires, islamophobes ou antisémites sous des apparences antisionistes.  C’est ici que ceux dont l’activité – et non pas la vocation – est de mettre en crise la langue comme la pensée, de passer les préjugés et les idéologies au crible de la raison critique, se ressaisissent : le peu poétique ne vaut-il pas d’être entendu autant que le popolitique ? Plutôt que de subir le bruit médiatico-politique, le spectacle pseudo-démocratique, les mises en scène scandaculaires – si l’on peut dire -, ne faut-il pas approfondir la brèche qu’a ouverte dans le Réel cet innommable, ne faut-il pas appréhender dans le symbolique cette atteinte à l’entendement, ce chaos qui nous laisse KO ? Allons-nous nous en laisser conter, en rester aux réactions immédiates, aux faux-semblants ?

Une seule chose est sûre, nous continuerons tous à faire ce que nous croyons devoir faire. Sans cesser de nous poser des questions. [Ci-dessous, "pense-bête idiot" signé Daniel Cabanis]

 

Ce communiqué, signé de Pierre Le Pillouër et Fabrice Thumerel, est publié simultanément sur les sites

Libr-critique

Littérature de partout

Sitaudis

 

 

21 janvier 2015

[Chronique] Pierre Le Pillouër, Je suis un autre

En publiant ce texte de Pierre Le Pillouër, ancien de TXT et actuel directeur de Sitaudis, qui a souhaité intervenir dans le débat, Libr-critique confirme sa volonté d’apporter des éclairages différents sur les événements récents.

 

Je suis un autre

Depuis quelques jours, des voix, trop nombreuses autour de nous, affirment qu’il faut passer de l’émotion à la réflexion mais, s’il est fructueux de débattre et d’analyser, ces mêmes voix déversent plutôt que de la pensée, un flot de haine et de rancœurs, doublé de révoltantes tentatives de nous culpabiliser et de manipuler nos cœurs en écrivant que « les assassins sont nos enfants » ! Systématiquement, ce grand chœur qui conspue la bande à Charlie et notre bêtise de foule sentimentale, s’agite sur son plancher scientiste comme si des juifs n’avaient pas à nouveau été assassinés dans ce pays simplement parce qu’ils sont juifs.

Cela me sort de mes gonds, émotion, oui.

Je considère comme un devoir peu ragoûtant de m’arracher au confus magma ambiant, pour me démarquer de ceux qui se démarquent de façon bien inquiétante.

Il faut être aveuglé, et pas que par l’amour de la révolution prolétarienne, pour nier que le peuple de France se soit levé le 11 janvier comme rarement au cours de son histoire.

Nous avons majoritairement affirmé que nous ne voulons plus voir des dessinateurs mourir parce qu’ils ont dessiné.

Nous ne voulons plus que des juifs meurent parce qu’ils sont juifs.

Les millions de gens qui achètent Charlie Hebdo sans rire continuent de dire :
Plus jamais ça !

Certes, nous avons défilé derrière des dirigeants politiques dont nous savons bien qu’ils ont bafoué, bafouent et bafoueront encore les libertés et les droits, certes, nous ne nous sommes pas tous reconnus dans le slogan Je suis Charlie et maintenant nous ne voulons pas que des musulmans soient persécutés parce qu’ils seraient dans le même camp que les assassins, parce que leur religion serait d’essence non républicaine.

Il y a toujours un fil qui nous relie à ce qu’un autre homme peut faire de pire, on peut éprouver de la compassion pour un tueur d’enfants, on peut tenter d’expliquer son geste sociologiquement, psychologiquement ; on peut repérer que les terroristes ne se recrutent pas à Neuilly ni parmi les Coréens. On peut aussi rêver en croyant que si tout le monde pouvait s’acheter des Nike sans oublier nos excellents livres et nos poèmes, si nos humoristes allaient faire rire les prisonniers, si tous les Kevin se prénommaient Pacôme, la barbarie disparaîtrait à jamais de la surface du globe.

Mais comme l’a écrit Christian Prigent, la poésie peut peu, l’action politique peut peu, l’école peut peu et je crois qu’il faut aussi cesser de charger les profs de tout ce qu’on n’arrive pas à réaliser ailleurs.

Je remarque enfin que les voix qui s’élèvent pour nous donner des leçons de recul stratégique semblent oublier qu’une bonne partie des S.A. de Himmler est venue des rangs du lumpen proletariat ; et ceux qui font preuve de compassion pour les islamistes fanatisés, ne voient pas avec la même intelligence ceux qui s’enrôlent au FN et chez les nervis de Soral.

Contrairement aux apparences, nous ne sommes pas non plus derrière Manuel Valls, en tête aujourd’hui de l’union sacrée pour la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, lui qui déclara en mars 2013 que les Roms n’avaient pas vocation à s’intégrer en France.

La pancarte sous laquelle j’aurais dû défiler le 11 janvier est peut-être
Je est un autre
car c’est l’altérité qui est menacée dans ce pays, trop de groupes ayant en point de mire le groupe ennemi qui, une fois expulsé, exilé ou exterminé, lui permettrait de mieux persévérer dans son être. Son être propre ?

26 octobre 2014

[News] News du dimanche

Cette fin d’octobre est marquée par la polémique qui clive le champ artistique : art/argent, art/pouvoirs, création/fondations (Vuitton, Cartier, Ricard, etc.), liberté créatrice/sponsoring… Après un billet en UNE qui pose quelques questions et analyses, nos Libr-événements : exposition "Présents" à Bordeaux ; RV Asile 404 à Marseille ; HP process à La Rochelle ; Thomas Déjeammes à Bordeaux ; 4e édition de la Zone d’Autonomie Littéraire à Montpellier.

 

UNE : L’art n’est-il qu’un produit de luxe ? [voir la pétition]

Suite à la pétition initialement parue sur Mediapart et relayée par Sitaudis – pétition qu’ont signée plusieurs auteurs liés, entre autres, à Libr-critique -, la polémique enfle sur les réseaux sociaux, bon nombre d’artistes et de poètes se sentant visés… Et de contre-attaquer : en un temps de cynisme et d’opportunisme, à bas les moralistes ! d’ailleurs, n’y a-t-il pas des brebis galeuses parmi les signataires ? des sans-gêne qui profitent des subsides de l’état ! vive l’autonomie sacrée de ces sans-grade que sont les artistes ! vive leur mission sacrée de combat, quel que soit le lieu… Cette polémique qui rappelle celle qui avait opposé Christian Prigent aux poètes de la nouvelle génération groupés autour de Java est vive pour des raisons éclatantes : elle touche aux nouvelles pratiques du milieu, aux rapports à l’argent, aux pouvoirs…

Le débat porte en fait sur les actuelles contradictions du champ artistique tout entier comme du sous-champ poétique en particulier.

L’inauguration en grande pompe de la fondation Louis Vuitton ne fait que mettre en évidence le rôle que joue désormais le mécénat privé dans un champ qui, subissant par ailleurs l’emprise des médias, est en voie d’hétéronomisation – comme le soulignait Pierre Bourdieu dès les années 90. En cette période de crise où, pour les artistes et les poètes qui ne peuvent bénéficier d’un emploi sécurisé et d’un salaire suffisant, les subventions et les sources de revenus se font plus rares, assurément la seule planche de salut semble être celle que lui tendent des fondations comme Vuitton, Cartier ou Ricard. There is no alternative – paraît-il…

Toutefois, cette option n’est pas sans poser problème : non seulement un tel soutien influe indirectement sur la production artistique, mais surtout il obéit à une stratégie visant à subordonner l’art au champ du pouvoir économique. (Dépendre des institutions n’a plus le même impact aujourd’hui : le propre de la démocratie n’est-il pas de favoriser la pluralité artistique ?). Si la contradiction a toujours caractérisé la position des artistes, écrivains et intellectuels, il en est une qui n’est pas tenable aujourd’hui : peut-on se prétendre subversif quand on est recyclé/digéré par le Marché ? peut-on se prétendre d’extrême-gauche/révolté/rebelle quand on est de fait au service des dominants ? À cet égard, sont emblématiques les prises de position de Christophe Fiat, qui oppose l’écrivain libéral à l’écrivain subventionné, valorisant le premier selon une logique révolutionnaire-conservatrice reniant les conquêtes de la modernité. Mais faisons fi des certitudes pour nous poser une question essentielle, à laquelle il y a sans doute de multiples réponses : quel artiste/poète réussit vraiment à subvertir les canaux "offerts" par les puissances d’argent ?

Fabrice Thumerel

 Libr-événements

â–º L’exposition "Présents" a lieu à Rezdechaussée jusqu’au 23 novembre (Bordeaux) : elle accueille les pièces d’une vingtaine d’artistes. Réflexion sur l’œuvre et ses filiations, les interférences en art. Cette proposition fait écho à un quartier historique de Bordeaux ouvert sur les échanges et de tradition antiquaire, aujourd’hui en pleine mutation.
Le temps de quelques semaines, l’espace de Rezdechaussée organise une pluralité de pièces hétérogènes, en privilégiant l’éclectisme, l’accumulation et l’équivoque. De la « mise en réserve » à la « libération » des pièces, de petits arrangements témoigneront des relations poétiques, narratives, fétichistes, quelquefois humoristiques que nous entretenons avec les objets.
 
Avec les pièces de William Acin /Emmanuel Aragon / Bruno Baratier / Lucie Bayens / Cécile Bobinnec / Thomas Déjeammes / Virginie Delannoy / Patrice de Santa Coloma / Patrick Hospital / Judit Kurtág / Véronique Lamare /Emmanuelle Leblanc / Christophe Massé / Bruce Milpied / Franck Noël / Krunoslav Ptičar / Nathalie Ranson / Michèle Rossignol/ Stéphanie Tréma / Vincent Vallade.
Avec la participation des antiquaires de la rue Notre-Dame à Bordeaux, Pol Hervé Guirriec, Le Village Notre-Dame, Antiquités Pipat, et de la Librairie La Machine à Lire, place du Parlement à Bordeaux.

Installation sonore de Kraums Notho : samedi 15 novembre à 17h30 et 18h 30
Ouvert du mercredi au dimanche, de 13 à 19 h
Nocturnes tous les jeudis , vendredi 14 et samedi 15 jusqu’à 21 h
Rezdechaussée,
Lieu d’intention artistique, 66 rue Notre-Dame Bordeaux
en savoir plus : ici 

â–º Mardi 28 octobre à 20h30, Asile 404 (135, rue d’Aubagne à Marseille – 13006) : MAKHNO (rock psyké éléctique) et Mathias Richard.

â–º Du 4 au 15 novembre 2014 à La Rochelle (10 bis rue Amelot) : TRANSLATION. À travers une installation interactive et des photographies numériques, HP Process développe un projet intermédia sur la vitesse, l’espace-temps et les effets de la mobilité sur la perception.

Des dizaines de travellings de paysages filmés lors de voyages sont agencés dans une scénographie immersive, telle une spirale aux dimensions mouvantes, où la géographie est éclatée en de multiples calques. C’est par sa dérive, ses mouvements et son immobilité de l’espace que le spectateur va générer aussi bien le son que les mouvements des vidéos. Celles-ci se transforment et se dégradent selon des logiques de dilatation, d’expansion, de compression des couleurs et des pixels, de fourmillements de lignes et de points. Le spectateur interagit aussi avec des données liées aux transports (horaires, distances, gares, aéroports…) et recompose une poésie mobile des flux contemporains. L’installation est ainsi une plongée dans les vibrations de la vitesse et dans les diffractions temporelles et spatiales produites par les déplacements, les connexions, les translations. Elle invite à inventer de nouvelles trajectoires et met en relief les paradoxes de l’hyper-mobilité contemporaine.

Les photographies sont des images capturées dans le flux numérique de la vidéo générative. Les paysages ainsi saisis déploient leur épaisseur, donnant à voir la matière spatiale et temporelle de l’instant diffracté et compacté par la mémoire. Chaque photographie est unique car produite par les variations infinies du programme.

TRANSLATION, projet de "live cinema" infini, tente de traduire l’empreinte visuelle et sonore que laissent les voyages dans la rétine et la mémoire, en explorant la matérialité du numérique. A travers un jeu sur la lumière, les pixels et les couleurs, l’œuvre tend vers une déconstruction et une abstraction de la géographie, selon une esthétique hallucinatoire et hypnotique. C’est une expérience cinétique et sensible du paysage, qui devient un espace mental où territoires, mémoire et données s’agencent pour ouvrir à de nouvelles perceptions.

Ce projet a bénéficié d’une bourse de création de la DRAC Poitou-Charentes et du soutien de AADN (Lyon), dans le cadre des résidences VIDEOPHONIC.

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HP PROCESS est un duo composé de Philippe Boisnard & Hortense Gauthier. Depuis 2006, ils développent des créations intermédias, performances poétiques numériques, installations interactives, vidéos, photos, créations sonores. La poésie, dans ses dimensions textuelles et numériques, mais aussi visuelles et sonores, est au coeur de leur démarche. Entre déconstruction du langage, jeux typographiques et récupération de données, ils inventent des dispositifs d’écriture interactifs, participatifs ou performatifs, qui mettent en jeu réseau, technologies mobiles et territoires. Ils définissent leur démarche par le concept PAN (POÉSIE ACTION NUMÉRIQUE), à travers lequel ils interrogent le rapport entre corps, langage, espaces et technologie.

Présents pendant la durée de l’exposition, des visites de groupes, enrichies de rencontres/conférences seront mises en place avec eux.

http://www.carre-amelot.net/expositions/index.php?fract=translation

 â–º Vendredi 7 novembre à 11H : Thomas Déjeammes expose sous la tente (lieu indépendant pour l’art : 28, rue Bouquière à Bordeaux).

Introduction à l’exposition de Thomas Déjeammes.

Un jour j’ai aperçu quelques morceaux de photographies déchirées. Ici à Bordeaux nous sommes dans un petit monde et chacun possède son petit monde aussi. Les choses qui s’amoncèlent et celles qui se volatilisent. Un jour j’ai trouvé dans un tiroir des bouts de moi par dizaines, coupés des autres bouts du monde. Je me suis pensé qu’un jour il devrait se trouver un temps pour rassembler ce temps: celui qui était perdu, ma vie, et celui qui devait faire greffe pour qu’elle se passe avec d’autres vies. Le temps a passé. J’ai rassemblé toutes autres choses que des photographies. Il devait y avoir de la chair, de la passion, des rêves et quelques autres fragments de cellules poreuses à accompagner vers l’exit ou le révélateur.

Et puis un jour j’ai aperçu des photographies de Thomas Déjeammes et je me suis pensé tout de suite qu’elles ressemblaient forcément à mes rêves. Pas aux beaux que je ne fais pas, mais à ceux qui sont la Tentative. Alors j’ai aimé ce travail violemment, comme si je me mettais à nu. Dans ce que nous pouvons tous lire pour comprendre nos vies d’un coup, il y a des bouts des uns et des autres. Je crois que c’était cela. La Vie. La mienne.
Je vais aller plus loin si je peux dans cette déchirure apercevoir la découpe sur sa tranche et vous parler plus tard de ce Travail.
Christophe Massé.

â–º 22 novembre 2014, salle Pétrarque à Montpellier, de 14H30 à 23H, 4e édition Zone d’Activité Littéraire ; contact : 06 61 11 05 05 (R. Vischi) / asso.squeeze@gmail.com

INTERVENTIONS SCÉNIQUES :                                   IMPLANTATION LITTÉRAIRE :



TEXTE EN COURS – Retour sur soi                                       Librairie SCRUPULE

LA RAFFINERIE – Lecture échographique                             Éditions AL DANTE

JORDI CARDONER – Contes déjantés                                   Éditions LUNATIQUE

JÉRÔME BERTIN – Lecture                                                    Éditions CAMERAS ANIMALES

SYLVAIN COURTOUX – Lecture sonore                               Éditions L’ARACHNOÏDE

PAUL SUNDERLAND – Lecture undercroûte                        Revue NAWAK

MICHEL CLOUP – Concert solo                                             Série Z existentielle – C. SIÉBERT

MATHIAS RICHARD – Poésie performance                          Galerie LE MAT

BLEU SILEX – Blues urbain

OLIVIER BKZ – Automne amoureux à Pandémonium

RITTA BADDOURA – Poésie performance

ORION SCOHY – Contre-performance littéraire

ZISSIS THE BEAST – Punkab névro-poésie

12 juin 2011

[News] News du dimanche

Avant même que nous ne lancions l’opération LIBR-VACANCE  (votre programme de lectures et autres découvertes à envoyer à cette adresse : libr.critik@yahoo.fr), en ce week-end de Pentecôte – toujours sur fond de polémique sociale –, dans nos Libr-brèves comme nos Livres reçus, nous avons retenu des projets et publications dignes d’attirer votre estivale attention : le contre-festival Avignon 2011, le recensement du dernier livre de Dominique Quélen par Bruno Fern, le lancement du blog de L’École des lettres et l’Exposition de Pierre Tilman ; le 2e volume des Œuvres de Bernard Noël, L’Outrage aux mots (POL), Paysage parlé (éditions de la Transparence) de Valère Novarina en collaboration avec Olivier Dubouclez, et INTER, projet collectif autour de Pascal Quignard (Argol). /FT/

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23 janvier 2011

[News] News du dimanche

Avant que ne se poursuive le work in progress sur la subversion, que nous ne terminions la série LIBR-KALÉIDOSCOPE 2010-2011, ne lancions un dossier sur la situation et la littérature au Maghreb et ne rendions hommage à Pierre COURTAUD : le clin d’œil du caricaturiste Joël Heirman sur les artistes-engagés/subversifs… le RV avec AVOIR LIEU de Marc Perrin ; quelques libr-événements (le Maghreb des Livres, les RV d’Alphabetville, DATABAZ) ; deux libr-liens

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7 octobre 2009

[Chronique] D’une critique de l’autre (à propos d’un article de Samuel Lequette)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 7:29

  Vient d’avoir lieu, sur le site sitaudis de Pierre Lepillouer, une intéressante confrontation, entre Nathalie Quintane et Samuel Lequette. Intéressante, car à mon sens, ce que met en lumière Nathalie Quintane par rapport à Samuel Lequette, me paraît témoigner d’une certaine forme de retour à une poéticité classique dans le champ de la poésie contemporaine. Retour que l’on peut apercevoir éditorialement aussi bien sur le web, qu’au niveau des publications papiers.

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1 juillet 2009

[Livre] rup&rud, l’intégrale, par Bruno Fern

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 8:10

rup&rud, l’intégrale : 1999-2004, éditions de l’Attente, Bordeaux, 2009, 10,50 €, ISBN : 978-2-914688-89-5.

La première lecture que nous offre Bruno Fern, poète et critique de 49 ans que les fidèles de Remue.net connaissent bien et dont on découvrira sur Publie.net le Cheval porteur, porte sur une intégrale que les connaisseurs attendaient.

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6 février 2008

[Pétition] L’emblématique Spiral Jetty en danger !

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — rédaction @ 10:49

  [Prévenu par Sitaudis sur cette affaire, nous relayons cet appel, car il nous semble important, de plus en plus, de marquer une certaine forme de résistance, par le biais de Libr-critique]

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13 octobre 2007

[Discussion] Jacques-Henri Michot, TROP (à propos de « l’affaire » Charles Pennequin)

band-mesrine.jpg [Nous présentons ici un texte de Jacques-Henri Michot, car nous pensons, que loin de devoir clore le débat, les questions qui se sont posées à propos des articles de sitaudis, ouvrent véritablement des questions sur la poésie, sa constitution et son rapport au monde, qu’il soit social ou politique. Or, l’un des lieux vivant de la réflexion nous paraît être le web, qui loin de n’être qu’un lieu précaire et de passage, est pour nous de plus en plus le lieu où une vitalité intellectuelle peut s’exprimer, où un débat d’idée peut avoir lieu. Nous remercions Jacques-Henri Michot de nous avoir autorisé à publier son texte.]

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(Le texte qui suit est – à l’exception d’une note ajoutée après coup, et à quelques infimes modifications près – celui qui a été envoyé à Sitaudis, où il avait sa place, au soir du 11 octobre 2007. Il a été refusé par Pierre Le Pillouër, pour le motif que voici : “J’ai clos le débat public pour le moment de façon à laisser un peu retomber ces affects et à ne pas nous diviser davantage.” Sans commentaire. jhm)

TROP
(À propos de l’“affaire” Charles Pennequin)

Convient-il vraiment d’intervenir dans la rubrique “Excitations” ?
Pas de réelle sympathie pour ce terme, qui rappelle par trop les “coups de gueule” et les “coups de coeur” – “spontanéité” de pacotille – chers aux journalistes de tout poil.
Les “débats d’opinion”, en règle générale, me donnent plutôt envie de les fuir.
Mais, malgré tout, il arrive un moment où je me persuade que “trop, c’est trop”.
Plusieurs “trop” sont ici en cause.

TROP I (Sitaudis 2/10)
“OUI on a vieilli et on s’est sans doute ramollis dans le compromis et l’abus des raviolis.”
Qu’on me permette d’écrire que cette phrase est proprement lamentable.
Qu’est-ce que cette petite et rance sagesse des nations qui donne comme une évidence le fait que vieillir calme, amène doucement à céder sur le tranchant et la radicalité (ah ! les “compromis” !) mais qu’au fond du fond, ce n’est pas si grave, et peut-être même pas si mal ? Qu’est-ce donc que ce “on” qui implique la notion généralisante et molle de “génération” ? Cliché répulsif. Et on enrobe cela de rimes censées faire passer le tout dans une sorte de laborieuse drôlerie déculpabilisante.
(( Pierre Le Pillouër m’a reproché de n’avoir pas saisi – ce qui était pourtant clair – que cette phrase était “au second degré”, qu’il s’agissait des vieillissants “vus par…”. Le problème est que ce “second degré”-là fait vaciller un “premier degré” qui n’est guère éloigné de lui. Car, depuis TXT, n’y a-t-il pas eu, de fait, ramollissement et compromis ? Note du 12/10/07))
Allons-y, donnons allègrement des verges pour nous faire battre : Il en est que le fait de vieillir n’a pas ramollis le moins du monde, n’a pas conduits à céder. Pour ne citer que trois noms (qui ne sont pas des “poètes contemporains”) : Alain Badiou, Jacques Rancière, Eric Hazan. Au moins le premier d’entre eux, je n’en doute pas un instant, fera hurler les “démocrates”. Quoi, ce maoïste attardé, ce suspect d’antisémitisme (selon Eric Marty, récemment invité à dîner par Sarkozy), celui que, dans son dernier livre, BHL assimile à un fasciste, etc. ? Celui dont j’avais, au moment de la révolte des banlieues de novembre 2005, fait circuler un texte qui m’avait attiré, à l’époque, les foudres de PLP… Glissez, mortels, n’appuyez pas…
Dans le sillage du vieillissement, le retour sur le passé, du temps qu’on était jeunes. Et voilà qu’on est fier. De quoi ? Pas de ce qu’on a fait, mais de ce qu’on n’a pas fait. Bien étrange, cette fierté en négatif… : “On n’a jamais embarqué personne dans la justification du meurtre”. À entendre comme : on est fier de n’avoir jamais été aussi “irresponsables” que l’est aujourd’hui Charles Pennequin qui justifie, lui, le meurtre. Il faudra y revenir. Bien. LE meurtre. En réalité, le meurtre commis par des terroristes. L’état “démocratique” ne tue pas, lui. L’état “démocratique” n’est pas terroriste. Pour ne rien dire du massacre du 17 octobre 1961, une hallucinante et sinistre série de meurtres (dits “bavures”) perpétrés contre les “immigrés” depuis des décennies par la police de l’Etat français – pour ne s’en tenir qu’à lui, et que ce soit dans sa période de “gauche” comme dans sa période de droite -n’a pas nécessairement laissé de très nets souvenirs dans les esprits. Mais les meurtres perpétrés par Action Directe, la Fraction Armée Rouge, les Brigades rouges font encore frémir dans les chaumières qu’embaume le parfum des raviolis.
Serais-je donc un défenseur d’Action Directe ? Non. Mais je voudrais savoir si on ne peut pas juger plus révoltant que les meurtres commis le fait que ceux qui les ont commis soient
encore en prison, dans des conditions effroyables – alors que le serial killer Papon a pu finir paisiblement ses jours dans son lit. J’aimerais savoir aussi s’il est beaucoup de “poètes contemporains” et de leurs lecteurs qui s’émeuvent de cette abjection étatique. Je suis sûr que Charles Pennequin – au moins lui – est de ceux-là.

TROP II (Sitaudis 27/09)
(Où l’on ne parle toujours pas de Littérature)
“ton mépris de la démocratie et de ceux qui votent est répugnant, j’y vois les très poussiéreux mépris des gosses de la bourgeoisie.”. Charles Pennequin en “gosse de la bourgeoisie”, il fallait y penser. Passons. Par “de la démocratie et de ceux qui votent”, il convient d’entendre à l’évidence “de la démocratie, c’est-à-dire de ceux qui votent”. L’assimilation va de soi, n’est-ce pas ? Être démocrate, c’est voter, “accomplir son devoir de citoyen”, pénétrer d’un pas ferme dans l’isoloir, “déposer son bulletin dans l’urne” (plutôt funéraire, l’urne, ces temps, non ?), etc. Après quoi : vogue la galère. (C’est le cas de le dire, les galériens sont de plus en plus nombreux…) Ceux qui ne votent pas sont donc contre la démocratie, c’est clair. Il convient, pour être démocrate (de gauche), de voter Chirac contre Le Pen ou Ségolène Royal contre Sarkozy – et si Strauss-Kahn (qui est maintenant, avec la bénédiction de Sarkozy, président du FMI, c’est-à-dire d’une des pires institutions destructrices de la planète) avait été candidat, il aurait convenu, à n’en pas douter, de voter Strauss-Kahn. Car ceux qui ne votent pas font le jeu du pire. J’en sais quelque chose : pour avoir déclaré à un ami que je n’allais pas voter (je ne vote plus depuis 30 ans), je me suis entendu dire que “je ne savais pas la chance que j’avais de vivre dans une démocratie” (il faudrait demander aux sans-papiers, par exemple, ce qu’ils en pensent, de cette “démocratie”-là qui n’a pas attendu la droite pour accomplir son abject travail inégalitaire) , m e suis vu traité de “salaud” et de “dégueulasse”, et, pour faire bonne mesure, de nostalgique du totalitarisme maoïste, etc. Or, je peux, au prix d’un petit effort, “comprendre” ceux qui estiment “en leur âme et conscience” qu’il faut voter pour le “moins pire”, je ne les méprise nullement, j’ai, parmi eux, des amis… En revanche, les insultes fusent volontiers dans le sens de ceux qui vont voter “sans état d’âme” (CONTRE Le Pen, CONTRE Sarkozy…) en direction de ceux qui estiment devoir refuser ce rituel de plus en plus dérisoire. Les donneurs de leçons démocratiques sont toujours les mêmes. Et, d’une élection à l’autre, à quelques exceptions près, ils ne bougent pas d’un pouce. Tel, le vieillissement du même.
Tout cela est consternant.
Il n’y pas lieu de jouer au “maître explicateur”, comme dit Rancière, d’essayer de “prouver”que la “démocratie” électoraliste est devenue une caricature grotesque de démocratie, que la politique, et la démocratie même, se situent précisément au plus loin de l’acte de voter, etc. Y réfléchira qui voudra. Mais, de grâce, pas d’insultes ! Pas d’”excitations”, par pitié !

(TROP III, TROP IV, TROP V… Sur la “pègre”, sur Debord comme dandy, etc.)

DE CHARLES PENNEQUIN ET DE MESRINE
Autant le dire d’emblée : je tiens Charles Pennequin pour un des hommes les plus intègres que je connaisse – que j’aie appris à connaître. C’est pourquoi je trouve d’une vulgarité révoltante qu’à la date du 28/09, on ait pu lire sur Sitaudis : “Mais comme il lui faut gagner sa croûte et (se) produire à tout prix, il arrive à Pennequin de suivre le troupeau des performeurs.” “Gagner sa croûte”, “suivre le troupeau”… De quel côté est donc le mépris ?
J’ai toujours estimé que C.P. avait écrit de bons ou très bons textes, et de moins bons, voire, parfois, de pas bons du tout (selon moi) ; qu’il avait fait de bonnes ou très bonnes performances, et d’autres moins bonnes. C’est une banalité.
C.P. a écrit un livre, La ville est un trou, qui est peut-être, à mes yeux, son meilleur, son plus inventif, son plus tranchant. D’aucuns s’en sont rendu compte.
Après quoi, Mesrine. Et là, holà et halte-là ! Rien ne va plus. La critique des belles âmes révoltées est d’abord politique (voir plus haut) – et morale, pour faire bonne mesure. Citation (Sitaudis 28/09) : “Principe du chansonniérisme : tirer à vue sur n’importe quoi, faire des bons et mauvais mots sans la moindre réflexion, traiter la société par l’absurde et ridiculiser toutes les valeurs d’ordre éthique ou esthétique (je souligne – jhm).” Mais dites-moi, belle âme, quelle société, au juste ? Et ne serait-il pas plus juste de dire que C.P. ne s’en prend pas à ces Valeurs qui planeraient, à vous en croire, dans le ciel pur des Idées, mais qu’il s’en prend, bien plutôt, aux pseudo- “valeurs” d’une certaine société qui le révulse et lui hérisse le poil ? “Ta rage t’aveugle, Charles” (27/09). Charles a, de fait, quelque chose d’un enragé. (2/10) : “On a le droit d’être en rage et la rage seule peut nous faire tenir face à cette atonie qu’on nous donne à vivre.”) Mais je vois mal, si j’ose dire, en quoi il est aveugle. “Excessif” ? Et alors ?
Bref, on n’a pas idée d’une chose pareille : écrire (sur commande) un tombeau, choisir un tombeau de Mesrine, et, donc, essayer de comprendre Mesrine et les motivations de Mesrine. C.P. ne justifie en rien les forfaits de Mesrine, il tente d’en expliquer le surgissement en les intégrant dans une réflexion (je dis bien : réflexion – C.P. n’éructe pas (Sitaudis 7/10 : “Il y a peu de différences entre un concierge qui éructe – NB – Merci pour la corporation des concierges – et un artiste énervé”), il s’efforce de penser, je pense même qu’il pense de plus en plus- étonnant, non ?) qui porte à la fois sur l’époque de Mesrine et sur la nôtre. Pour donner une analogie contemporaine : justifie-t-on les funestes attentats-suicides palestiniens lorsqu’on essaie de s’interroger sur les raisons désespérées (fussent-elles jugées, par les “Occidentaux”, propres au “fanatisme islamique”) qui ont poussé à les accomplir ?
“Le chansonnier hait la pensée ; en quoi il apporte de l’essence aux bûchers où l’on brûle livres et tableaux” (Sitaudis 28/09). Écrire cela de C.P. est pure infamie.
Reste : le texte. Eh oui, on y arrive. “Le texte de Pennequin (…) s’appuie-t-il sur un travail suffisant d’élaboration ?” Ah ! la note professorale dans la marge ! Travail insuffisant. Doit mieux faire. Des progrès à accomplir. Mais, cher correcteur, n’oubliez pas que le texte de C.P. est, pour l’heure, un work in progress. Mon intention n’est pas de porter aux nues chaque phrase de son Mesrine. On verra plus tard. J’attends. Avec confiance.

Jacques-Henri Michot

9 octobre 2007

[Polémique] Réponse de Sylvain Courtoux à Pierre Le Pillouër

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 8:37

band-courtoux.jpg [Suite à l’attaque, virulente et injustifiée de Pierre Le Pillouër sur son blog, Sylvain Courtoux nous a transmis une réponse, faite avec beaucoup d’humour. Sa réponse est un visuel. Pour bien le lire, cliquez sur l’image, elle s’agrandira automatiquement.
De plus, on se reportera — comme on me l’a rappelé — pour comprendre aussi, en quel sens Pierre Le Pillouër défend l’obscurité poétique, l’illisibilité, une certaine forme de folie, aux raisons qui l’ont poussé à justifier la non-aide du CNL au livre de Ivar Ch’vavar Cadavre Grand m’a raconté, que beaucoup de lecteurs, dont je fais partie, ont par ailleurs trouvé remarquable. Pièces du dossier et conversation sur le site Pleut-il : ici. On lira alors pour se nettoyer de la bêtise argumentative littéraire qui a conduit à cette non-subvention, l’article de Ronald Klapka sur remue.net qui éclaire ce travail de Pierre Ivart ou bien celui de Nathalie Quintane ou encore cette présentation de Dominique Dussidour présentant l’auteur et ses hétéronymes.]

cliquez sur l'image

7 octobre 2007

[HUMEUR] SITAUDIS devient-il un taudis réac ?

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 10:16

band-sitaudis.jpg Depuis sa création en 2001, Sitaudis, plutôt que de privilégier l’analyse objective des livres et des oeuvres, ou bien de réfléchir à l’ensemble d’un champ littéraire, entre autres le champ contemporain et la diversité de ses démarches, a préféré, et ceci avec une certaine forme de pertinence — me semble-t-il — s’attacher à des notules plutôt affectives, trempées dans l’acide parfois, et défendre seulement une partie des écritures contemporaines, bien souvent reliées à la descendance de TXT, que cela soit pour l’ancienne ou la nouvelle génération d’écrivains ou poètes. Si j’ai toujours respecté les choix de Pierre Le Pillouër, il me semble pourtant, que depuis quelques temps, une forme de dérive réactionnaire apparaît dans ses notes et celles de certains de ses compères. Être réactionnaire, il n’y a là rien de grave en soi, car telle est la mode actuellement en France, toutefois, j’ai décidé de réagir à quelques uns de ses traits.

Une stratégie web fondée sur l’affect :
Sitaudis tient tout d’abord sa réputation d’une stratégie web, fondée sur une logique machiavelique intéressante. Plutôt que de parier sur un travail objectif d’analyse, approfondi, voire parfois sans doute rébarbatif comme cela peut l’être sur libr-critique.com, il lance un site reposant sur une logique schmittienne [division des amis et des ennemis], sachant parfaitement que pour une grande partie des lecteurs potentiels une telle distinction titillera le système affectif, appellera réaction passionnée, permettra dès lors la diffusion rapide de son acte de naissance. Ce qui fut le cas, étant moi-même averti à l’époque par Charles Pennequin de l’existence de ce site, du fait de la mise au ban de Christophe Tarkos. Stratégie intelligente pour celui qui vise à obtenir une large audience, non pour celui qui souhaiterait s’adresser à la raison plutôt qu’au sang et aux nerfs. L’audience, il l’a conquise sans aucun doute, devenant depuis 2001, l’un des sites principaux pour la poésie contemporaine. Principaux, non pas au sens de sa qualité éditoriale, mais en terme de rumeurs, de disputes, de curiosité mêlée de plaisir vis-à-vis des piques fréquentes.
Cependant quand on analyse la manière dont se stratifient les textes, les références, si on ne peut accuser Pierre Le Pillouër d’éclectisme, quoi que, il a créé surtout un front de défense issu des anciennes avant-gardes TXT.
Chose étonnante de même, alors qu’il se targue de lutter contre une certaine forme de complaisance néo-libérale et populaire, cette stratégie de l’affect est la même que celle qui structure les lois médiatiques de l’audience.

Une stratégie de l’autorité :
Sitaudis pourtant est paradoxale. N’ayant que peu d’articles de recherche, ou bien de notes de lecture approfondies, hormis celles de nouveaux participants, comme j’ai pu en faire partie à une époque, se constituant sur des notes plutôt d’opinion, sitaudis revendique une vérité, voire même la vérité quant à la littérature contemporaine. Début septembre, par exemple, dans la fenêtre de présentation du site, il marque que le seul livre qui vaille la peine en cette rentrée n’est autre que Holocauste de Charles Reznikoff. Je ne nierai pas la qualité de ce titre, toutefois, comme à son habitude, par un trait aussi opiniâtre que prétentieux (toujours prompt à user des superlatifs), Pierre Le Pillouër jette aux oubliettes tout autre livre. Cette stratégie, facilement compréhensible en ses mécanismes, est celle avant tout du partisan. Il se dit non éclectique, mais en fait il confond défendre un territoire littéraire relatif et affectif et réfléchir à l’hétérogénéité constitutive d’un champ littéraire comme Fabrice Thumerel et moi-même tentons de le faire depuis pratiquement deux ans. L’autorité qu’il pose, est celle de la conquête et de l’élimination, est celle qui refuse l’intrus, au motif que cela ne correspond pas à ses goûts. Quand dans sa présentation actuelle : il écrit qu’il défend « ce qui est complexe, difficile, obscur, tranchant, dur, pénible, négatif, noir, étranger, irrégulier, rejeté et refoulé, théorisé, indicible, fragile, illisible » — se référant implicitement à Christian Prigent — cette définition n’enveloppe pas objectivement un champ littéraire, mais englobe seulement ce que lui affectivement appelle comme tel. Reçoit-il vraiment tout ce qui se fait ? S’intéresse-t-il par exemple, entre autres, à François Richard, qui a une langue vraiment obscure, intrigante et poétique ? Non… Car telle n’est pas sa démarche.
Une stratégie du rejet :
J’en viens alors aux dernières notes : sur Ouste n°15, sur Charles Pennequin visant conjointement Sylvain Courtoux, et celle de Jacques Demarcq portant sur la performance. Avec ces trois notes, seulement ces trois notes, très peu argumentées, on ne compte plus les auteurs récriminés, attaqués, rejetés.
Par rapport à Ouste : il écrit : « on se demande à quoi bon publier un énième texte de Jean-Luc Parant, Cadiot, Blaine et Veinstein ». Mais alors posons la question : pourquoi encore publier tous les auteurs qui ont déjà tant publié (Chopin, Prigent, Demarcq, Verheggen, et tant d’autres). Pourquoi d’ailleurs ne font-il pas tous comme Denis Roche : passer à autre chose ???? Cette réflexion de Le Pillouër tend à la bêtise, tellement elle ne signifie rien, tellement elle ne fonde qu’un jugement affectif. Puis vient ensuite, sa véritable attaque, car cette première pique n’était que le hors d’oeuvre, la préparation : il dit (et non pas explique) qu’avec le Festival expoésie : « la poésie expée confinée dans son espace pour espèce menacée ». On voit là deux critiques à faire par rapport à ce qu’il énonce : 1/ croit-il que ce qui fait la vie de la poésie ce ne sont que les grands festivals, visibles au niveau national ? Croit-il que les petits festivals, les lectures régionales ou locales, la multiplicité des initiatives invisibles, ne sont pas importantes pour la vie de la poésie en France ? 2/ L’attaque typiquement réactionnaire, que l’on va retrouver chez Demarcq, de la poésie expérimentale, et de la performance. Croit-il qu’elle est autiste ? Croit-il qu’elle a en a fini ? Est-ce que toute poésie n’est pas ex-peras, en-dehors des limites que l’on voudrait bien lui assigner ? Jugement à l’emporte pièce. Par moment, il devrait davantage réfléchir aux présupposés de ses assertions.
Par rapport à Pennequin et Sylvain Courtoux : note beaucoup plus inquiétante, je crois. Pourquoi ? Parce qu’elle montre une incompréhension de ce qu’est la littérature, une conscience dangereuse de censeur. Le grief qui est reproché aux deux auteurs, c’est la nature ambiguë politiquement, de leur texte. Pour Pennequin, Pierre Le Pillouër prend quand même des pincettes, même s’il dit que son texte est « calamiteux, stupide et dangereux ». Ceci du fait qu’écrivant sur Mesrine, Pennequin, fait varier la notion de comme si de la vérité politique. Ce qui somme toute est compréhensible, au sens où, comme je l’ai analysé à de nombreuses reprises, en liaison à Derrida, la littérature doit faire varier le comme si, à savoir déplacer les principes de vérité fixés totalitairement par la société et l’Etat, pour en montrer la relativité. Cette attaque, il la redouble avec celle de Sylvain Courtoux et ceci d’une manière grossière et totalement inexacte. Tout d’abord, Cancer n’a jamais été une revue néo-nazie, c’était une revue de la droite anarchiste, où on publiait aussi bien Marc-Edouard Nabe, Jean-Louis Costes, Mehdi Belhaj Kacem, et tant d’autres. Si je l’ai toujours attaquée, Sylvain Courtoux le sait, cependant il faut savoir de quoi on parle. Pierre Le Pillouër en a-t-il au moins un exemplaire ? Ensuite, connaît-il vraiment le texte de Sylvain Courtoux. Si j’ai pu pour ma part être critique sur Action Writing, malgré la très grande force de son écriture, toutefois, connaissant Nihil inc, qui va être publié par New Al Dante, il est certain que ce texte est d’une bien plus grande envergure, qu’il a une qualité non seulement littéraire rare, mais qu’en plus politiquement, au contraire de Action Writing, il s’agit d’un texte qui pose une position des plus démocrates et ceci par grâce à une dissolution des postures totalitaires.
À force de ne poser sa propre pensée que sur des affects Le Pillouër, en oublie toute forme de probité et de justesse. Il n’écrit, et je reprends ses attaques contre Pennequin, qu’avec la rage, et cela l’aveugle.
La note de Jacques Demarcq à propos de la performance : elle est tellement ridicule que c’est lui faire beaucoup d’honneur que d’en parler. Nathalie Quintane exprimant parfaitement ce que je ressens en le traitant de trolleur. Mais publiant cette remarcq, Le Pillouër marque d’une certaine façon sa propre pensée. Car sur sitaudis, les articles publiés doivent aller dans son sens, à moins qu’il ne puisse les refuser du fait de la notoriété affective qu’il projette sur son interlocuteur. Note réac de Demarcq sur la performance, seulement provocatrice, mais sans grande qualité, sans réelle emphase, sans style. Lui, le roucouleur, le gazouilleur post-XIXème siècle, attaquant les performers en tant qu’ils seraient des chansonniers. Là aussi, forme d’inculture. Il faudrait, qu’il fréquente davantage le milieu de la performance liée à la poésie pour percevoir la complexité réelle de ce que l’on appelle une performance et de la multiplicité des horizons qui sont en jeu.

Un taudis, est un lieu laissé à l’abandon, où plus aucun effort n’est fait de la part du taulier et des habitants, c’est un lieu où on laisse s’accumuler les ordures.

31 octobre 2006

[chronique] News de la blogosphère#2 : itinéraire(s)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 19:03

Xavier Leton nous donne à suivre son itinéraire sur les revues numériques [ici]. A partir de vidéopodcasts et d’audios, il nous permet d’entendre aussi bien Julien Blaine à Marseille, revenant sur la création de DOC(K)S que Philippe Bootz à Villeneuve d’Asq pour la revue Alire. Cet itinéraire est monté un peu comme une enquête/reportage, ce qui nous plonge dans l’atmosphère des lieux traversés. Ce début de parcours, qui le mènera sur les rives d’Ajaccio début décembre, permet de mieux comprendre, notamment avec Bootz, les enjeux de la création de revues numériques, ayant la nécessité de ce support pour le fonctionnement des oeuvres présentées.

Itinéraire(s) sur la poésie, tel semblerait être le cas, avec ce qui s’ouvre comme débat à partir du dernier numéro de DOC(K)S, au sens où suite à ma tentative d’éclaircir, ou plutôt de poser explicitement le débat entre Frontier et Hanna, Pierre Lepillouër sur sitaudis, vient de rendre visible sa recension. Assez rapidement, il prend doublement position, à la fois poétiquement, reliant sa pensée immédiatement à un passage de Frontier, et quant à la pertinence des recherches qui sont ouvertes aussi bien par Hanna que par moi-même.
Il est ainsi amusant de lire que : « le récurrent engouement des jeunes gens pour les gadgets et croyances scientistes de l’époque » conduit à des positionnements illusoires : comme le fait de réfléchir aux porosités entre sciences et poésies, etc… Amusant au sens où beaucoup d’avant-gardes du XXème siècle se sont en quelque sorte appuyées sur certaines angularités scientifiques pour se constituer et fonder théoriquement leur(s) approche(s). Ainsi, je rappelais dans mon article, que les surréalistes — et il faudrait relire Breton et son insistance théorique — se réfèrent à la théorie de l’inconscient, et conçoivent comme médiation-technique à la dimension de l’inconscient certains types d’exercice, telle l’écriture automatique. De même, il faudrait questionner la liaison entre la psychanalyse lacanienne et les avant-gardes des années 60-70. Tout simplement, c’est une forme de leurre que de croire que les théories qui constituent une époque sont excluent, séparées, déliées et n’interviennent d’aucune manière dans un geste d’écriture. Elles peuvent intervenir aussi bien par l’imprégnation technique qui y est liée, que par un écho ou un savoir théorique ou encore dans certaine forme de reprise paradigmatique [Burroughs reprenant explicitement les théories virales de son époque pour expliquer la nature du langage] ou bien thématique [la mise en représentation des conséquences techno-scientifique dans un appareil fictionnel]. Dès lors réfléchir 1/ aux liaisons épistémologiques entre théorie scientifique et connaissance de l’objet poétique; 2/ aux relations internes qui sont jouées dans la formation d’un objet poétique, semble nécessaire si on s’intéresse à la constitution de ces objets et aux faits de comprendre comment ils fonctionnent. Les théories scientifiques, et certaines limites qu’elles peuvent contenir, ne sont pas des gadgets, mais font aussi partie des prismes constitutifs de notre rapport au monde.
Le débat reste encore à poursuivre…

Itinéraire qui prend fin, peut-être provisoirement fin ou bien définitivement : François Bon présente sur remue.net la fin de la Revue Lignes, en citant longuement la préface de Michel Surya :
« Cette cessation constitue-t-elle une fin définitive ou une fin provisoire ? Impossible de le dire au moment où nous mettons la dernière main à ce numéro, le cinquante-neuvième d’une série qui aurait eu vingt ans en 2007. Qui les aura, peut-être, par le jeu de qui sait quelle chance qui l’a sauvée les deux fois qu’elle a déjà failli disparaître. Qui ne les aura peut-être pas : à quoi il faudra chercher des raisons qui dépassent de beaucoup le seul sort de Lignes, et son destin intellectuel. »

15 juin 2006

[chronique] À propos de la lettre ouverte de P. Beurard-Valdoye à JM. Maulpoix par P. Boisnard

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 4:03

Nous pouvons lire sur sitaudis une lettre ouverte de Patrick Beurard-Valdoye à Jean-Michel Maulpoix, à propos de son troisième tome de « Modernités XIXème-XXème siècle » paru aux éditions PUF. Patrick Beurard-Valdoye souligne, suivant en cela Jean-Pierre Bobillot qui a été le premier dans Action Poétique a mettre en lumière ce que dit Maulpoix, que le directeur de la Maison des Écrivains écrit que la lignée des « diversités formelles », qui a engendrée la poésie sonore « ne semble pas d’ailleurs jamais donné lieu à des oeuvres de premier ordre ».

Etrange jugement ? Au sens où la poésie sonore, si elle n’est certes pas spécifiquement connue du grand public, au même titre que bon nombre de poètes du XXème siècle appartenant selon cette logique de classification à la poésie traditionnelle (non formelle = lyrique donc, se nourrissant du sentiment et non du formalisme), a su définir des horizons de recherche qui débordent largement son petit cercle et qui a maintenant une visibilité large, traversant aussi bien le milieu de la poésie que la musique expérimentale ou bien même des arts plastiques (faut-il rappeler aussi que Bernard Heidsieck a eu un prix au festival de musique électroacoustique de Bourges, et qu’il vient d’être invité entre autres à l’exposition Villepin La Force de l’art). Etrange jugement, que dénonce parfaitement Patrick Beurard-Valdoye, mais qui repose sur une logique qui est pourtant simple, et que la poésie contemporaine peut elle-même transporter : la méconnaissance et la désaffection en tant que critère de vérité au niveau de l’énoncé qui se prétend objectif.

En effet, ce que cache beaucoup de discours universitaires et critiques (et le nôtre y compris si nous n’y prenons pas garde) c’est qu’il repose sur des fondations affectives qui se sont déterminées à partir des impacts esthétiques et cognitifs permis par la donation poétique (qu’elle soit lyrique, moderne ou post-moderne). Le jugement s’il est bien évidemment lié à ce ressenti affectif, il est aussi constitué par des conditions affectuelles qui structurent la réception (conditions qui sont à la fois propres au sujet et qui sont conditionnées aussi par le milieu social et ses institutions symboliques plus ou moins définies et imaginaires).
Il n’y a pas en ce sens de jugement qui porte en soi d’objectivité dès lors que l’on tente de classifier ou hiérarchiser comme le fait Maulpoix ou tant de critiques qui utilisent les superlatifs (ce sont des jugements réfléchissants qui élaborent la réflexivité sur le goût, qui se constituent anté-prédicativement en tant que sentiment qui dépend d’une situation affective). La seule objectivité possible tient à la mise en évidence (comme le fit Alain Frontier avec son livre La poésie) des mécanismes linguistiques qui régissent une poésie, ou bien des conditions sociogénétiques (recherche initiée en France par Fabrice Thumerel). L’objectivité est oeuvre de mécaniciens, de structures, et non de jugements affectifs, de classements, de hiérarchisations, de taxinomies tendant à donner de mauvais points ou de bons points.

Ici, il est nécessaire de le souligner, cet impensé du jugement est à l’oeuvre dans de nombreux énoncés et de nombreuses déclarations. Et ce qu’il faut prendre en vue ce sont les fondations des conditions affectives du jugement : si ainsi pour Maulpoix cela tient tout à la fois à son travail poétique (qui est loin d’appartenir à la modernité ou aux avant-gardes) et à son statut institutionnel, pour un programmateur cela dépendra par exemple de la reconnaissance institutionnelle de ses choix, des modes éditoriales ou de programmation (cf. analogiquement ce que met en lumière Yves Michaud dans La crise de l’art contemporain), et parfois en effet de son propre ressenti (mais il n’y a qu’à voir la banalité de la plupart des programmations institutionnelles pour comprendre que les programmateurs s’arrêtent surtout sur ce qu’il faut (quelle est la légitimité de ce falloir) programmer, et non pas sur ce qqu’il serait possible de programmer). C’est pour cela, par conséquent, que le milieu de la critique comme des lectures obéit à des modes, à la duplication de modes qui ne correspondent souvent qu’à des conditions extérieures à la poésie elle-même. Consécutivement c’est en ce sens que l’on peut voir des auteurs, assez moyens textuellement, occuper stratégiquement un grand nombre de lectures (je devine que vous attendez des noms : vous n’avez qu’à regarder les programmes de lecture de cette année).

Dès lors ce que dénonce Patrick Beurard-Valdoye, si cela vaut pour Maulpoix de sorte que cela implique la question de sa légitimité à être président de la Maison des Ecrivains, cela nous concerne tous quant aux fondations de nos jugements, quant à ce que nous favorisons comme pratique de la poésie, ce que nous occultons, ce que nous jouons comme rôle, lorsque nous construisons nos jugements.

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