Jean-Michel ESPITALLIER, De la célébrité. Théorie & pratique, 10/18, 2012, 188 pages, 7 €, ISBN : 978-2-264-05615-3.
"La célébrité se fonde sur un savant dosage de simplicité (identification) et d’exception(distanciation). De proximité (consolation) et d’inaccessibilité (dévotion).
Toute célébrité doit être à la fois unique (comme figure héroïque) et reproductible (comme objet de consommation)" (p. 11).
On ne s’y trompera pas, malgré son titre qui fleure bon les temps humaniste et classique – et même ses définitions inaugurales –, De la célébrité n’est pas plus un académique traité philosophique que les récentes 148 propositions sur la vie et sur la mort. C’est un drôle d’objet pop qui met à nu les ressorts de l’ethos dominant : pas de culture de la célébrité sans économie de la célébrité – et donc sans aliénation ! Jean-Michel Espitallier nous invite à méditer sur notre ubuesque époque, dans laquelle le meilleur moteur de promotion sociale est un mirage : qu’est-ce qu’une "civilisation" qui nous dope à l’imagogologie ? (Célérité/célébrité/décérébrité…).
Pour ce dernier volet du triptyque consacré à Patrick Varetz, retour sur son fascinant premier roman : Jusqu’au bonheur, P.O.L, 2010, 250 pages, 14,90 euros, ISBN : 978-2-84682-355-5. [Lire le deuxième volet, un
dominant, aux modèles convenus d’hédonisme ou d’eudémonisme ! Malheur à tous ceux qui ne sont pas "cools", qui ne se résignent à aucune béatitude – fût-elle hypermoderne ! Malheur aux asociaux, aux marginaux et aux anticonformistes qui ne remettent pas leur destin entre les mains des spécialistes patentés du bonheur, des "chantres de l’hygiène" ou des "zélateurs de l’orthodoxie scientifique" (214) ! Car il faut être bien coupable pour ne pas être heureux…