Il y a un an aujourd’hui, disparaissait Paul Otchakovsky-Laurens (1944-2017), l’éditeur unanimement salué qui avait fondé sa maison P.O.L en 1983 : celui-là même qui a publié d’emblée Novarina, mais a répondu à Prigent qu’il ne serait jamais son éditeur, avant du reste de le publier en 1989… Qui a publié Novarina et Prigent, mais aussi des auteurs considérés comme beaucoup plus commerciaux…Celui-là même qui entretenait une relation tellement singulière à « ses » auteurs qu’il a participé à de nombreuses manifestations en leur présence – voire, financièrement, aux colloques internationaux de Cerisy sur les oeuvres de Prigent et de Novarina – et que sa mort a laissé un vide dont ont pu témoigner bon nombre d’entre eux (Christian Prigent, Dominique Fourcade, Patrick Varetz, entre beaucoup d’autres)…

Paul Otchakovsky-Laurens avec Christian Prigent en juin 2013
La kyrielle d’hommages a eu pour inévitable corollaire un certain nombre de réductions et simplifications. De sorte qu’il a été, est encore nécessaire d’établir quelques mises au point. Ci-dessous, quelques courts extraits d’un chapitre paru en 2002 dans Le Champ littéraire français au XXe siècle. Éléments pour une sociologie de la littérature (Armand Colin) : « La Dualité d’un éditeur de littérature générale singulier (P.O.L) » – étude
pour laquelle j’avais réalisé deux entretiens semi-directifs (septembre et novembre 2001). Peu de temps auparavant, Paul Otchakovsky-Laurens n’avait pas trouvé de meilleure réponse à Pierre Bourdieu et son équipe, qui, à la suite d’une étude sur « la révolution conservatrice dans l’édition », l’avaient classé dans le « ventre mou » de l’édition, que de leur envoyer deux caisses de livres pour qu’ils se fassent une opinion de première main. Et l’éminent sociologue de le remercier dans une lettre quelque peu embarrassée…
*****
La diversité des choix éditoriaux correspond à une conception très souple, très éclectique de la littérature : l’éditeur partagé entre textes lisibles et textes illisibles les plus divers était un lecteur qui, après s’être nourri des classiques, a découvert différentes formes de « modernité ».
Les prises de position de Paul Otchakovsky-Laurens sont en harmonie avec sa position : loin de tout cynisme, ses options stratégiques sont plus ou moins confusément orientées en fonction de l’intérêt de sa maison comme de ses goûts. (Et ces choix subjectifs, au cours de notre entretien de septembre, il les a défendus avec conviction). […]
En fait, dès le début, P.O.L est structurellement
ambivalent : « fou » de littérature sans pour autant, comme le confie Jean-Paul Hirsch, méconnaître « le principe de réalité », il fait appel aux Flammarion pour se donner les moyens de devenir un véritable éditeur de littérature générale — et d’éviter ainsi de se cantonner, comme de nombreux petits éditeurs, dans une « niche éditoriale » qui vise tout au plus la viabilité. Avec le soutien financier des Flammarion, puis d’Antoine Gallimard et de J.-J. Augier, il se consacre totalement à sa passion. Autrement dit, il investit dans son entreprise et son argent et son énergie. C’est ce qui le rapproche du petit éditeur. Autres points communs : l’absence de moyen de diffusion propre, sa façon de se définir comme « un chasseur solitaire », ses pratiques éditoriales. Et aussi les caractéristiques de sa production, et en particulier la place qu’il réserve à la poésie, placement très risqué. Pour le reste, P.O.L se situe dans un entre-deux : entre petites maisons et plus grandes.
Le plus frappant est que, tout en défendant les valeurs les plus nobles du métier, il se pose en commerçant contre tout discours éthéré (cf. entretien de septembre 2001). […] Rien d’étonnant, donc, à ce que Paul Otchakovsky-Laurens souscrive à la définition que Pierre Bourdieu donne de l’éditeur, personnage double qui, possédant une compétence à la fois artistique et commerciale, « doit savoir concilier l’art et l’argent, l’amour de la littérature et la recherche du profit, dans des stratégies qui se situent quelque part entre les deux extrêmes, la soumission réaliste ou cynique aux considérations commerciales et l’indifférence héroïque ou insensée aux nécessités de l’économie ». D’autant que, sans aucun cynisme, mais par nécessité — question de survie ! — autant que par inclination personnelle, il a toujours dû jouer double jeu.
[Ces analyses s’appuyaient sur une base de données (20 000 signes environ) et la reconstitution d’une trajectoire (12 000 signes environ).]

ces temps d’anomie, telle est la question que doit se poser avec Micheline B. Servin tout lecteur qui s’interroge encore sur la notion de "valeur esthétique", et donc a fortiori celui qui s’adonne à cette activité à propos de laquelle Tzvetan Todorov affirmait d’emblée dans Critique de la critique qu’elle " n’est pas un appendice superficiel de la littérature, mais son double nécessaire (le texte ne peut jamais dire toute sa vérité) " (Seuil, 1984). En ces temps hypermodernes qui voient le règne des "graphomanes entoilés" (Antoine Compagnon) et d’un fantasme de communication directe des œuvres avec le public, et où triomphe une publicité diablement efficace – fournissant "un conditionnement attrayant, un service commercial combatif, […] une politique de prix agressive et une mise en rayon de grande envergure" (William Marx, "Critique littéraire et critique yaourtière") -, à quoi bon la critique, en effet ? Les critiques vont-ils céder le pas aux animateurs ? De fait, le plus inquiétant est le brouillage des frontières : ""Qu’il y ait une fiction de divertissement et une fiction littéraire, cela ne pose pas de problème. Mais qu’on désigne comme littéraire ce qui est du pur divertissement et qu’on passe sous silence ce qui est littéraire, c’est au mieux de la paresse, au pire une forme de collaboration avec la domination capitaliste" (Thierry Guichard).
pas tant une apologie totalement explicite du crime, mais, dans la plus pure tradition de l’extrême-droite, un pamphlet xénophobe contre la décadence de l’Europe. L’indignation suscitée dans le champ littéraire comme dans le champ du pouvoir, notamment parmi les autres auteurs de la vénérable maison d’édition – dont le prix Nobel