Libr-critique

20 octobre 2019

[News] News du dimanche

Avant vos Lib-événements de fin octobre/début novembre (Cécile Portier, Charles Pennequin, Michel Deguy, Éric Chevillard…), une recette particulière avec le duo satirique Cuhel/Heirman… Puis votre Libr-8 suivi de la rubrique « En lisant, en zigzaguant »…

UNE satirique :
La recette de la semaine : une blanquer-de-veau (CUHEL/HEIRMAN)

N’en déplaise aux blanquer-dévots, voici la recette de la blanquer-de-veau…

Dans un saladier de technopicrate, verser

  • une pincée d’épices
  • une cuillerée de malice
  • une poignée d’injustice
  • une louche d’économie(s)
  • une charretée d’avanies
  • une volée de n’importe quoi
  • une overdose de mauvaise foi
  • un mix / une mixture de neuronique et de numérique…

Et le (vilain) tour est joué !

Libr-événements

► Cécile Portier, dont on connaît l’admirable site Petite Racine, sera en résidence à Marseille du 21 au 25 octobre 2019 dans le cadre des micro-résidences d’Alphabetville.

« Mais je ne parlerai pas de politique. Non. Non. Non. Je parlerai de ce qui nous échappe. De ce qui fait que nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, et que nous glissons inexorablement le long de la réalité. C’est une réalité qu’on ne peut appréhender avec les méthodes ordinaires » (extrait de « Faux plat, cartographie par la fiction de nos espaces politiques », AOC, 2018).

♦ Le jeudi 24 octobre à 18h30, Faits divers avec Cécile Portier, café-librairie la Salle des machines, Friche la Belle de Mai (41 rue Jobin 13003 Marseille).

Dans le cadre de sa résidence, Cécile Portier présentera « Plusieurs », un texte inédit, publié spécialement dans la revue La première chose que je peux vous dire aux éditions de La Marelle, en partenariat avec Alphabetville. Lecture et échange autour du texte. Entrée libre. Revue : 2 €.

► Jusqu’au 30 octobre

► Vendredi 25 octobre à 20H, Poètes en Résonances (75018) :

► À la Maison de la poésie Paris :

Libr-8 (septembre-octobre 2019)

► Jean-Michel CORNU DE LENCLOS, L’Abysinienne de Rimbaud, Caen, éditions Lurlure, 296 pages, 22 €.

► Sylvain COURTOUX, L’Avant-garde, Tête brûlée, Pavillon noir, Les Presses du réel / Al dante, livre de 362 pages + CD, 27 €.

► Alexandre DESRAMEAUX, Saut fixe, Atelier de l’Agneau (33), coll. « Architectes », 78 pages, 16 €.

► Ariane JOUSSE, La Fabrique du rouge, éditions de l’Ogre, 128 pages, 14 €.

► Julien LADEGAILLERIE, Lacrymogenèse, Les Presses du réel, coll. « PLI », 72 pages, 10 €.

► Daniel POZNER, Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française, ibid.

► Sébastien RONGIER, Alma a adoré. Psychose en héritage, Marest éditeur, à paraître le 22 novembre, 176 pages, 19 €.

► Jean-Philippe TOUSSAINT, La Clé USB, Les Éditions de Minuit, 192 pages, 17 €.

En lisant, en zigzaguant…

► « Il faudrait pour connaître la vie et se connaître soi-même être toujours en train d’écrire un récit parallèle (pour disloquer l’ordonnance & et arracher cette pseudo-transparence, la dépouiller – cette opacité qui sonne et trébuche dans le fin fond du moindre mot / chaque mot est une tour pleine de combattants) • de ratures qui laissent lire ce qui peut les oblitérer (un texte qui est à la fois très ressemblant, un texte qui est à la fois tout autre (pratique + événement du ré-agencement – ce jeu qui introduit du possible dans l’impossible) • et tout ceci renvoie, répercute, cite, propage son rythme sans mesure » (Sylvain Courtoux, L’Avant-garde, Tête brûlée, Pavillon noir).

► « Psycho ne produit pas seulement un effet cinéma dans le monde du cinéma. Les bouleversements sont profonds pour de nombreux artistes contemporains qui réfléchissent à la production des images à partir de leur expérience de spectateur. L’enjeu de la notion de « cinématière », développée dans un précédent essai, est de penser le cinématographique comme un matériau qui serait passage et déplacement, une tension qui déborde le champ cinématographique » (Sébastien Rongier, Alma a adoré, en librairie le 22 novembre, p. 137).

► « Des génies, au portail ? Derrière, sérail toi ! La faim, bander. La mort : gargantuesque. Hé oh ! Marcello ! stronzo ! bello !, braguette, ta plaie, pédale, tais, sexe !, mais mort, moteur, marrant, devant ? Démarre ! Démarre ! En tigre, blanchi de glace, rugis, bondis : pile mort, et face : tes non ; et vit, de neige, de nuit, d’été,
Ne plus, baiseras, jamais, tu plus ! » (Alexandre Desrameaux, Saut fixe, p. 15).

1 septembre 2019

[News] News du dimanche

« ABOLITION DE LA RENTRÉE LITTÉRAIRE », proclame d’emblée le dernier numéro de TXT… Donc, intéressons-nous à l’autre face de ce mois de septembre, moins visible mais plus inventive : l’agenda de Christian Prigent ; le tonitruant programme des prochaines parutions Al dante/Presses du réel ; les RV du mardi à Marseille ; « En lisant, en zigzaguant » ; et notre sélection Libr-10

Agenda de Christian Prigent

♦ Christian Prigent à Paris. Lecture dans le cadre de l’exposition « De proche en proche » du photographe Marc Pataut. Le mardi 10 septembre 2019, à 18 h 30. Au Musée du Jeu de Paume, 1, Place de la Concorde, Paris 8ème. Contact : martaponsa@jeudepaume.org. T. : 06 75 91 34 41.

♦ Christian Prigent à Paris. Lecture pour le BACON BOOK CLUB, dans le cadre de l’exposition Bacon en toutes lettres au Centre Georges Pompidou. Le jeudi 12 septembre 2019, à 19 h, dans l’exposition Francis Bacon. Contact : dorothee.mireux@centrepompidou.fr. T. : 01 44 78 46 60.

Al Dante aux Presses du réel, parutions à venir :

Septembre :
– Sylvain Courtoux : L’AVANT-GARDE, TÊTE BRÛLÉE, PAVILLON NOIR («c’est à vous de décider de votre niveau d’engagement»), Livre + CD, 21x30cm, 360 pages, 27 euros.
– Jacques Sivan : NOTRE MISSION («Vous aller accomplir ici avec moi la mission la plus important de ma vie»), 14x19cm, 408 pages, 27 euros.
– Louis Roquin : JOURNAUX DE SONS («Image et partition se métamorphosent en un lieu d’entente»), 14x21cm, 544 pages, 30 euros.

Octobre :
– Julien Ladegaillerie : LACRYMOGENÈSE («Nous subissons le sens des coups sans comprendre»), collection « PLI », 12x17cm, 72 pages, 10 euros.
– Daniel Pozner : DÉFENSE, ILLUSTRATION, IMPATIENCE ET ÉPLUCHURE DE LA LANGUE FRANÇAISE («Avis de tempête / Condition humaine / Cheese-cake»), collection « PLI », 12x17cm, 72 pages, 10 euros.

Dits du Mardi (Marseille) : programme

Les dits du Mardi (19H), coorganisé par Philippe Allio et Julien Blaine au café littéraire (25 de la rue de la République à Marseille)

Les principaux auteurs et poètes du 13 et des départements limitrophe + quelques invités plus lointains… présentent leur dernier livre ou le dernier numéro de leur revue ou toute autre manifest’a©tion de leur choix (2 poètes à partir de 19 heures).

03.IX : Mathieu Farizier & Adriano Spatola présenté par Bianca Maria Bonazzi & Julien Blaine.
10.IX : Antoine Simon & Patrick Sirot
17.IX : Véronique Vassiliou & Florence Pazzottu
24.IX : André Robèr & Hélène Sanguinetti
01.X : Nathalie Quintane & Jean-Marie Gleize
08.X : Colette Tron & Pierre Tilman
15.X : Cédric Lerible & Dominique Cerf
22.X : Christian Tarting & Danielle Robert
29.X : Claude Ber & Frédérique Wolf-Michaux
05.XI : Claudie Lenzi & Julien Blaine
12.XI : Adrien Bardi & Marius Loris
19.XI : Nadine Agostini & François Bladier
26.XI : Liliane Giraudon, Frédérique Guétat-Liviani
03.XII : Laura Vazquez & Maxime H. Pascal
10.XII : Stéphane Nowak Papantoniou & Michaël Batalla
17.XII : Carmen Diez Salvatierra et Vaninnna Maestri.

En lisant, en zigzaguant…

♦ « On peut tout répéter, sauf la naissance. […] c’est ce qui fait la valeur des « premières fois » : elles sont comme des naissances, impossible à répéter » (Didier ARNAUDET, Les Jambes sans sommeil, Le Bleu du ciel, Libourne, printemps 2019, p. 52).

♦ Perdons-nous dans ce tourniquet qui, orchestré par divers procédés redoutables (anadiplose, symploque = anaphore + épiphore…), dévoile l’infernale mécanique qui régit notre monde :
« les algorithmes suivent les règles
les règles des algorithmes suivent une séquence d’opérations
les opérations suivent des instructions sommaires
les instructions sommaires suivent les règles
les employés du Ministère ne doivent pas enfreindre les règles
les employés de tous les Ministères ne contrarient pas les règles
les colonies de fourmis n’échappent pas aux règles
le calcul des chemins des colonies de fourmis entre dans la catégorie des algorithmes « 

(Maxime Hortense Pascal, L’Usage de l’imparfait,
Plaine page,  Barjols, été 2019, p. 62).

Libr-10

♦ Collectifs aux Classiques Garnier : Andrea Del Lungo et Pierre Glaudes dir., Balzac, l’invention de la sociologie, 2019, 352 pages, 39 €.
– Aurélie Adler et Anne Coudreuse dir., Romanesques, n° 11 : « Romanesques et écrits personnels : attraction, hybridation, résistance (XVIIe-XXIe siècles) », été 2019, 292 pages, 42 € pour deux numéros annuels.

♦ Théo CASCIANI, Rétine, P.O.L, août 2019, 284 pages, 19,90 €.

♦ Christian DÉSAGLIER, Leçon d’algèbre dans la bergerie, éditions Terracol, coll. « Toute la lire », Mézidon (14), printemps 2019, 848 pages, 25 €.

♦ Le MINOT TIERS, L’Oncle de Vanessa, La Ligne d’erre, Orthez, août 2019, 208 pages, 13 €.

♦ Florian PENNANECH, Poétique de la critique littéraire, Seuil, coll. « Poétique », 620 pages, 34 €.

♦ Emmanuel PINGET, Tulipe blues, Louise Bottu, Mugron (40), 194 pages, 14 €.

♦ Nicolas TARDY, Monde de seconde main, éditions de l’Attente, 112 pages, 13 €.

TXT, éditions Nous, Caen, n° 33, août 2019, 144 pages, 15 €.

♦ Daniel ZIV, Ce n’est rien, Z4 éditions, 200 pages, 14 €.

6 août 2019

[Livres – News] Libr-vacance (3)

Redisons-le pour tous ceux qui nous ont rejoints depuis peu : Libr-vacance ne propose nullement une sélection « cool » de livres-de-vacances : c’est une invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique… En ce début août, dans nos Libr-brèves, une spéciale BEURARD-VALDOYE et un retour en vidéos sur « Les Écrits numériques #4 » ; après avoir lu en zigzaguant, des Libr-lectures les plus diverses (livres intéressants dont nous n’avons pu rendre compte jusqu’à présent, parus entre le printemps 2018 et l’été 2019)… [Libr-vacance 2]

Libr-brèves

► Patrick Beurard-Valdoye, À travers Le Cycle des exils : Lectures / Rencontres le vendredi 13 septembre à 20h30, au Vélo Théâtre, à Apt / tarif : 5 €
Les cris poétiques (hors série) de Patrick Beurard-Valdoye
Une invitation de Alt(r)a Voce / Florence Pazzottu

Le samedi 14 septembre à 17h, au cipm : Le Cycle des exils : qu’est-ce que c’est que cette histoire ? [tarif : 3€ | soutien : 5 €]

Autour de Patrick Beurard-Valdoye : Jaqueline Merville(écrivain et dramaturge) et Jean de Breyne (écrivain et fondateur des Cris poétiques) qui introduiront la soirée ainsi que Florence Pazzottu (poète et cinéaste) et Michaël Batalla (poète et directeur du Cipm) qui liront quelques extraits des premiers volumes du Cycle. Patrick Beurard-Valdoye donnera ensuite une performance intitulée Artaud chez les Irlandais (extrait du huitième livre, en chantier).

Patrick Beurard-Valdoye donne forme depuis les années 1980 à l’une des œuvres majeures de la poésie contemporaine, que Libr-critique suit depuis sa création (entretien avec Philippe Boisnard). Vaste épopée de la construction européenne, Le Cycle des exils compte aujourd’hui 7 volumes publiés. Le dernier en date, Flache d’Europe aimants garde-fous, a paru en mars 2019 aux éditions Flammarion.

♦ Dans l’attente des projections en festivals, voici le teaser d’un magnifique portrait du poète Patrick Beurard-Valdoye, film d’Isabelle Vorle projeté à la Maison de la poésie le 23 mars dernier : Vibes & Scribes

â–º En ligne, les communications des Écrits du numérique #4 (21 mars 2019), parmi lesquelles : « Arts, littératures et formes numériques du livre » par Lucile Haute, artiste et enseignante-chercheuse.

En lisant, en zigzaguant

â–º « Je cherche au long de mes plages la différence entre l’écrit et le lisible, entre le lisible et le visible. »
« La différence entre le poème et le reste n’est pas une différence linguistique. De prétendus poèmes ne sont pas des poèmes. […] De bons, voire d’excellents poèmes n’ont ni l’allure ni la facture de ce que l’on appelle, faute d’avoir accepté mille réflexions passées et présentes, ou d’avoir opté passionnément pour l’ignorance, un poème » (Dominique Meens, L’ÃŽle lisible, P.O.L, hiver 2018, p. 76).

â–º « Nous voulons du chaud. Que l’on crève de chaud. Qu’il n’y ait plus que ça. La chaleur. […] Plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira de toute part. C’est nous qui le voulons. Nous et nous seuls. Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. […] Nous voulons cuire. Nous voulons la cuisson des corps. Que ça nous brûle au-dehors et aussi en dedans. […] Que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées » (Charles Pennequin, Gabineau-les-bobines, pp. 200-201 : cf. ci-dessous).

Libr-lectures

► Marianne Simon-Oikawa, Les Poètes spatialistes et le cinéma, Nouvelles éditions Place, printemps 2019, 112 pages, 10 €, ISBN : 978-2-376280460.

Pour le couple renommé Ilse (née en 1927) et Pierre Garnier (1928-2014), le cinéma constitue « un des possibles de la poésie » (p. 12), dans la mesure où « les mots doivent être vus » (Å’uvres poétiques, éditions des Vanneaux, t. 1, 2008, p. 78) ; d’autre part, ces chefs de file du spatialisme conçoivent la poésie comme une pratique cinétique. D’où l’incursion de Pierre dans les domaines de la vidéo et du dessin animé, et les deux « ciné-poèmes » créés par Ilse en 1996, Voyage cosmique et Poème cinématographique.

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Dans ses Déplacements, recueil d’énoncés dénonciateurs, Claude Favre rappelle  « l’expérience d’Énée, rêve d’une ville ouverte à tous les étrangers » (p. 35)… Hélas, nous sommes bien loin de l’hospitalité inconditionnelle que préconisait Derrida : nous assistons bien au contraire à l' »accélération des déplacements » (37)… Les chiffres dépassent l’entendement : « fin 2015, on compte 65,3 millions de déracinés » (39) , « déplacés de force ou migrants, 48 millions d’enfants, dans le monde »… La mondialisation produit en séries des millions d’exclus, qu’ils soient « réfugiés, migrants, exilés, demandeurs d’asile » (38)… D’où cette litanie de la misère que propose Claude Favre en 1672 assertions/respirations.

Le monde de la mondialisation est un monde ouvert, disent-ils. Or, peu de temps après la Chute-du-Mur (Berlin, 1989), c’est l’Occident qui fait dans le mur, qui s’emmure : « on finance la sécurisation de la frontière » (Carnets de murs, p. 51).

Que veut-on protéger ? Les Intérêts des dominants.
Que veut-on sécuriser ? Les Propriétés – toutes sortes de propriétés.
Logique : les ex-colonisateurs ne veulent pas être colonisés ; l’impérialisme n’est pas un humanisme.

Quel horizon s’en dégage-t-il ? Aucun autre horizon que celui de l’ostracisme et du différentialisme : « Une frontière, c’est ce qui permet de séparer une chose d’une autre chose, il faut séparer pour pouvoir faire une différence, pour pouvoir dire que l’un est l’un et que l’autre est l’autre », peut-on lire dans Exploration du flux de Marina Skalova, apologue critique qui traite la crise migratoire en télescopant les isotopies pour faire déraper les significations. Voici un exemple de la façon dont elle expose l’implacable logique d’exclusion immondialisée : « Il y a les migrations provoquées par les guerres, on appelle ça des exodes. Et il y a les migrations des barbares, on appelle ça des invasions. Les exodes, c’est quand beaucoup de gens partent en exil, et l’exil, c’est quand on peut demander l’asile. Pour demander l’asile, il faut un papier, une carte de vÅ“ux, une invitation. Sans invitation, on appelle ça une invasion » (16)…
« Bienvenue au Mirador, dernier-né d’une idée d’avenir », tel pourrait être le message délivré aux indésirables – emprunté à la toute récente dystopie de François Bizet, Dans les miradors, parue aux bien nommées Presses du réel.

♦ Claude FAVRE, Crever les toits, etc., suivi de Déplacements, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-034-6.
♦ Emmanuèle JAWAD, [carnets de murs], Lanskine, automne 2018, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-70-0. [Sur cette poésie qui fait le mur : ici]
♦ Marina SKALOVA, Exploration du flux, Seuil, printemps 2018, 70 pages, 12 €, ISBN : 978-2-02-139401-6. [Extrait LC]
♦ François BIZET, Dans le mirador, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-033-9.

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► Attaques, #2, Les Presses du réel/al dante, printemps 2019, 544 pages, 27 €, ISBN : 978-2-37896-089-6.

« La poésie est-elle une forme de résistance ? » (p.  127).

« C’est quand on va au tribunal
qu’on sait dans quel pays on vit »
(Jérémy Gravayat, p. 232).

À l’âge de la post- (histoire, vérité, politique, littérature, critique) qui croît sur un compost d’imposture, cette deuxième salve d’Attaques est la bienvenue parce que rare. Tous azimuts, bien entendu : de l’Europe à l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Mexique, Vénézuela), en passant par l’Algérie, le Mozambique, la Palestine ou l’Iran… Et de convoquer tous moyens et tous domaines : textes théoriques/manifestaires, satiriques, polémiques, didactiques ou lyriques, entretiens, photographies et photomontages ; sphères poétique, politique, philosophique, socioculturelle, artistique…

Entre autres et brièvement, sont interrogés / analysés / dénoncés :
– la violence de l’État, au service des dominants ;
– le concept de « nation », dont Rada Ivekovic nous invite à nous méfier (chimérique, elle « fonctionne à coups d’identifications et d’imaginaires commu-nautaires naturalisés ») ;
– le français comme langue de la domination : « Cette langue hautaine, arrogante, aveugle et coloniale qui fabrique une littérature subalterne autochtone au service des instituts français locaux » (Jalal El Haknaoui, p. 16) ;
– l’art de la rue, pas forcément subversif (Clemente Padin) ;
– la situation du Brésil : « nous sommes sortis du cycle du populisme de gauche rien que pour nous installer dans celui, dit « nouveau », du populisme de droite » (Horácio Costa, p. 111) ; au Brésil, « les institutions fonctionnent bien et mieux »Â â€“ mais le texte sérié par André Valias est contaminé par un processus viral…
– l’art de perruquer, c’est-à-dire, en milieu professionnel, de détourner les moyens de production à des fins personnelles (Jan Middelbos)…

Au plan politique, saluons l’article de Laurent Cauwet sur le phénomène des Gilets jaunes, fustigeant la violence étatique comme le mépris de classe, y compris dans les milieux artistique et intellectuel – où, du reste, peu se sont exprimés sur le sujet. On regrettera seulement l’amalgame, courant à gauche, entre totalitarisme et fascisme – lequel correspond à une idéologie et des pratiques bien définies. Sans compter qu’il faut être vigilant et rigoureux dans l’usage d’une certaine terminologie : pour se faire l’auxiliaire d’un totalitarisme ultra-libéral ou propre au capitalisme financier, au plan des institutions politiques l’état français ne saurait encore être taxé de « totalitaire »Â â€“ autoritaire, policier, voire illibéral plutôt. Au plan poétique, signalons le lyrique agencement répétitif de Claude Favre : sa « Caravane » est un chant universel en faveur des exilés et des exclus. Quant à Sylvain Courtoux, c’est le seul poète français à inventer des formes originales à partir de la sociologie critique : nourri des théories de Pierre Bourdieu, Bernard Lahire et de Howard Becker, en suivant les modèles du Jeu de l’oie et du Monopoly, il met à jour de façon ludique et subtile les fondements du Jeu littéraire.

► Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, éditions ONLIT, Bruxelles, automne 2018, 272 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87560-102-5.

Toujours différente et toujours la même, avec la verve et l’inventivité verbale qui la caractérisent, cette fois Véronique Bergen nous fait vivre la folle histoire – dite « moderne » – de l’humanité à travers le regard lucidement halluciné de chiens célèbres, de la Révolution Française à l’austérité capitaliste en Grèce, en passant par l’extermination des Indiens, la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la conquête spatiale (mémorable Laïka !)… Dans cet univers où l’on s’exprime en canidien standard, le regard porté sur les humains – dont s’avère consternante « la pauvreté spinocortico-connective » (116) – ne peut être que distancié (drôle, ironique, sarcastique, satirique) : « Quelle aberration de sacrifier deux pattes pour bipéder comme des autruches… De toutes les lubies, de toutes les tocades des humains, regarder des heures durant des images qui défilent sur un écran, se tartiner le visage de confit de bananes, courir sur place sur un tapis volant qui ne décolle jamais, manger avec des ustensiles qui blessent les aliments sont celles qui me darwinent à l’envers » (p. 9). Les translations concourent à l’effet d’étrangeté : à « bipéder » et « darwiner », ajoutons que le chien statistique, waf waf, etc. Homoncules, prenons en pour notre grade : « J’ai honte de votre manie narcissique, immature des autoportraits, de vos défécations de selfies » (10) ; « Ce n’est qu’au prix de la mort de l’homme que la planète aura chance de survivre ; la sélection naturelle cosmique exige son éradication » (35)…

â–º Grégoire CABANNE, Michel, Leïla (Lui, Elle, Toi), éditions MF, coll. « Inventions », printemps 2019, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37804-013-0.

Dans sa préface qui multiplie les références au discours savant, l’auteur présente ainsi son projet : « Le pari de Michel, Leïla est de raconter une histoire sans aucune narration, uniquement thématisée par le titre […], et la détermination quasi-arbitraire de deux pronoms » – le pronom étant du reste « la marque de l’homme dans le langage ». Ainsi : Lui, Elle, Toi, qui font parfois Eux : « Et ils se marièrent / et n’eurent qu’autant /   d’enfants » (139). C’est dire qu’il s’agit ici de parodier et détourner les clichés romanesques, de redonner vie aux lieux communs au moyen de dérapages plus ou moins contrôlés : « Il est / capitaine / de désindustrialisation » ; « Il voit la vie / par le bout d’une / sornette » ; « Il a les poings suspensifs »… Et parfois, au passage, des clins d’Å“il appuyés à ce que l’on appelle des références littéraires : « Il a six trous bleus / au côté gauche / de l’arme droite » (Rimbaud) ; « Elle écrit / ton nom / sur des murs de nuages » (Éluard)… Et, bien entendu, les diverses variations de ces micropoèmes demandent à être prolongées ad libitum.

â–º Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €, ISBN : 979-10-96415-13-7.

Une bien belle invitation, même s’il est moins question ici de cul que de culot : l’écrivain invisible qui moud l’essence-ciel – par ailleurs homme-surnuméraire – s’attaque à notre monde lisse : « Comme vous avez besoin de vous rassurer ! Vous vous jetez sur vos rasoirs et votre savon à peine sorti du lit. Ça en dit long… Vous ne supportez pas votre propre odeur. Une femme ne se déshabille jamais devant qui que ce soit sans avoir préalablement gommé sa pilosité » (p. 29). Monde du simulacre et du Tout-à-l’Ego : « Savonne ton ego avec tes propres vomissures » (11)… L’écrivain contemporain n’est pas épargné, vu les actuelles « règles du Je » : « Le Moi s’éparpille s’immisce dégouline sur la tartine de sa création littéraire » (71)… Qu’à cela ne tienne, optimisons notre pouvoir de séduction et prenons soin de notre névrose (fiches pratiques offertes !).

De culot et d’humour, celui qui n’aurait « pas voulu être un écrivain raté ordinaire » (chap. VIII) n’en manque pas. Il en faut pour nous donner à mordre l’essentiel de ses publications les plus diverses en revues entre 2004 et 2018 : ce « livre résolument post-Dada » (4e de couverture) va jusqu’à nous livrer des « quatrièmes d’imposture » et des couvertures fantaisistes (Naître et autres domaines dans lesquels j’aurais dû m’abstenir ; Respirer c’est déjà cautionner un système ; Démantèlement de la structure paradisiaque en vue de satisfaire les actionnaires…).

Mais que cela ne vous empêche pas de répondre à cette question cruciale : « L’homme libre dont personne ne peut prouver scientifiquement l’existence, est-il lui aussi répertorié dans des bases de données informatiques ? » (310).

â–º Alain MARC, Actes d’une recherche. Carnet 1986-2019, Z4 éditions, coll. « La Diagonale de l’écrivain », juin 2019, 306 pages, 14,50 €, ISBN : 978-2-490595-47-1. [Écouter un extrait]

Au fil des décennies, le poète du cri cherche sa voie/voix, la renforce, l’améliore, portant son attention à « l’organisation de la voix intérieure » (p. 139), au rythme, au « jeu phonique et sonique » (149), à la posture… Un exemple : « Lire la tête en bas, ou renversée à l’arrière, gosier écrasé. Et voir comment le corps réagit, comment le geste influe sur la voix, sur la lecture » (179). L’auteur/le noteur s’interroge sur l’articulation entre poétique et politique, développe une poésie existentielle qui doit beaucoup à la poésie spatiale et concrète, et s’oppose au formalisme : « C’est une poésie du dit et non du dire, une poésie du sens et non de la forme. C’est le sens, des mots même, qui fait rythme, et non les syllabes voyelles et consonnes… » (131). L’ensemble est stimulant ; on lui pardonnera juste l’aspect disparate ou redondant de certains passages, tout comme son rapport traditionnel à la langue : « La langue de Christian Prigent est une sorte d’argot anglophonisé » (225).

► Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines, P.O.L, novembre 2018, 208 pages, 18 €, ISBN : 978-2-8180-4631-9. [Un extrait]

« l’écrit est  un bruit prolétaire. un bruit prolétaire
est un son qui ne cherche pas à reprendre les discours  »
(Les Exozomes, P.O.L, 2016, p. 71).

Si, à la fin surtout, on retrouve celui qui fait merdRer la langue avec son oralité syncopée et ses Agencements Répétitifs Névralgiques (ARN), toutefois le dépaysement est  grand pour les lecteurs de Charles Pennequin : exit l’emmerdReur que l’on connaît, celui qui fulmine contre les grands-écrivains, les foulosophes et zinzintellectuels, les graveurs de marbre et penseurs à majuscules… Cette fois le discursif a cédé le pas au narratif : la retrempe aux origines permet à celui qui merdRe de laisser émerger avec une certaine tendresse tout un monde populaire, celui des années 70 et 80 − et par là même affleurer un « nous » possible, celui d’une communauté authentique.

Comme un lointain écho à Jésus la Caille de Carco, Gabineau-les-bobines fait ainsi revivre des personnages hauts en couleur aux savoureux sobriquets (Momo, Lulu, Gégène, Peigne-Cul, le Grand- et le Petit-séquin, Nono, la Tchitchette, Avec-plaisir, etc.), avec le parler et les habitudes sociales de ce microcosme du Cambraisis : le « maroilles arrosé de grands Picon » (30), les jardins ouvriers et leurs pigeons, les blagues de Cafougnette, les virées en 4L, le « toubaque à Gégène » (198)…

2 décembre 2018

[Chronique] Sylvain Courtoux, L’Argent est une écriture (à propos de Christophe Hanna, Argent)

Christophe Hanna, Argent, éditions Amsterdam, septembre 2018, 264 pages, 20 €, ISBN : 978-2-35480-177-9.
[Dernier entretien de Sylvain Courtoux sur LC]

â–º Culpa bene…[sic]

Je suis le travail de Christophe Hanna depuis de nombreuses années déjà, je sais que c’est le théoricien/poéticien (avec, aussi, ses amis dans Questions Théoriques, notamment Olivier Quintyn) qui a le plus d’influence aujourd’hui sur moi. Je me sens tout à fait proche de lui et de son travail (je le connais personnellement et il se trouve que j’ai fait partie des personnes interrogées dans le présent livre). Je peux aisément dire que je suis un fan d’Hanna (« de a-ha à Hanna », on pourrait dire, dans mon cas). C’est une première chose. Deuxièmement, dans notre milieu (comme dans d’autres), il y a d’innombrables chroniques qu’on peut dire de complaisance (x écrit un texte sur y, parce que y est le meilleur ami de x, ce genre). Je trouve ça normal (humain trop humain, pour ainsi dire), dans un milieu aussi numériquement petit et fracturé, que les gens se côtoient assez pour devenir proches et/ou amis (ou pas) et, entre amis, on se rend des services (qui sont explicites ou, le plus souvent, pas). Ce sont des pratiques inévitables que parfois moi-même je mets en branle.
Si je puis me permettre, dans cette note : je mets simplement en cause le fait de le dire ou de ne pas le dire.
Comme le thème du « conflit d’intérêt » (conflit, mais aussi népotisme, favoritisme, délit d’initié, corruption, etc.) est devenu plus que prégnant dans les agendas de toutes sortes ces dernières années, il est nécessaire, à mon humble avis, pour la plus grande intelligibilité de tout ce qui s’écrit et se publie, de le communiquer de manière éthique quand c’est le cas. Que ça se sache plutôt que ça reste caché (même si je ne me fais aucun souci sur le fait que ces pratiques, ces « entraides », restent toujours très courantes). C’est donc mon cas ici. Il y a un conflit d’intérêt manifeste entre moi et l’objet de cette chronique — car j’ai intérêt (parce que je suis fan, parce que c’est mon camarade, parce qu’un jour j’ai envie de publier un livre chez Questions Théoriques) à faire progresser le public de Christophe Hanna. Je trouve cela plus sain mais aussi plus démocratique de le dire.

Si on regarde les estampilles, Argent ne serait que le deuxième livre poétique de Christophe Hanna, vingt ans après les Petits poèmes en prose chez Al Dante. Ce qui fait un sacré come back !
Evidemment, c’est une boutade.
Des livres poétiques, il en a sorti trois autres sous l’estampille de La Rédaction. Et il y a deux essais à son nom (dont l’important Nos dispositifs poétiques, Questions Théoriques, 2010). Plaisanterie mise à part, s’il y a bien une chose qui relie l’Argent aux Petits poèmes en prose : c’est le rapport entre le discours, l’action et le réel.

Certes, le discours des autres est un matériau important pour Christophe Hanna et on retrouve cette question dans chacun de ses livres (notablement dans Valérie par Valérie, Al Dante, 2007). L’action, c’est-à-dire le rapport d’une forme de vie à un réel, n’est certes pas l’apanage non plus de l’Argent (notablement dans Les Berthiers, Questions Théoriques, 2012), mais il me semble que depuis les Petits poèmes en prose, la question de l’articulation entre énonciation (discours) et sujet de l’énonciation, et/ou entre vision du monde et forme de vie, n’a jamais été aussi bien traitée que dans Argent. Et puis il faut rajouter quelque chose, c’est un livre très agréable à lire, le plus « pop » de Hanna à ce jour.
Par contre il y a une chose cruciale qui sépare les deux livres : Argent est un « vrai » livre autobiographique, pleinement assumé comme tel. Sans doute le seul de tous les livres de Christophe Hanna à pouvoir revendiquer complètement, totalement ce qualificatif (ses autres livres le revendiqueraient plutôt localement).

Seulement rien n’est simple quand il s’agit d’un livre de Christophe Hanna.
Et c’est pour cela que je l’aime tant.

I.

Argent est le résultat d’une quasi quête (sans jeu de mots) de plusieurs années où Hanna a essayé d’interroger (par courriel ou Skype, mais essentiellement par rencontres en chair et en os [1]) des dizaines de personnes (autour de 200) sur leur rapport ordinaire, quotidien à l’argent (« L’ordinaire du capital » [2] étant le nom de la collection chez Amsterdam où le livre est publié) : ce que les gens gagnent et comment, ce qu’ils dépensent et comment, s’ils se sentent pauvres ou riches, etc., que des questions un peu « touchy », entre problèmes publics et vies privées, et dont la difficulté de mise en œuvre irrigue les récits (avec, par ex, des gens qui ne donnent tout simplement pas suite ou qui ne disent pas grand-chose).

Ce texte peut donc, de prime abord, se lire comme un récit-enquête socio-journalistique à visée statistique (ce que disent bien, par exemple, les noms ou les alias des personnes interrogées, toujours accolées à leur salaire ou revenus, comme, dans mon cas, « sylvain720 » ou le graphique du sommaire qui indique la répartition des différents niveaux de revenus dans le livre). Quand je dis « statistique », c’est surtout pour faire le lien avec les autres livres de Christophe Hanna (les « portraits statistiques » des Berthiers), car le livre a un rapport tout à fait détendu et décontracté, pourrais-je dire, à la méthodologie « scientifique » de l’enquête sociologique ou statistique. Tant mieux pour nous car c’était ça ou un livre beaucoup plus chiant à lire, et, chiant, ce livre ne l’est pas d’un poil (de ma Sukie bien sûr g).

Le texte commence par le récit des rencontres avec les gens aux plus bas revenus (200-400 euros) et se finit avec les personnes qui affirment gagner plus de 4 mille euros par mois. D’ailleurs exactement comme Nos dispositifs poétiques, l’Argent commence avec le récit d’une rencontre avec Christophe Tarkos (Hanna est fan) — et parce qu’il n’a pas pu interroger Christophe Tarkos spécifiquement pour ce livre, Hanna fait acte d’autobiographe. Et l’on chemine, comme ça, de récits en récits (plusieurs récits dans un même chapitre), de revenus en revenus, chaque rencontre ou chaque entretien étant en quelque sorte l’objet d’une « nouvelle » plus ou moins longue, plus ou moins lisible indépendamment des autres, le tout en suivant Christophe Hanna dans le récit de ces aventures, de ces « avenquêtes » (et ce sont véritablement des aventures, car parfois rien n’est simple dans ces conversations).
Chaque texte ou nouvelle s’écrit ainsi : d’abord Hanna nous fait un court portrait de la personne qu’il va interroger, tout en nous racontant le contexte de la rencontre, souvent liée à son activité littéraire : comment elle a été organisée, s’il connait la personne, où l’a-t-il rencontrée, etc. – où l’on apprend aussi dans ce livre qu’Hanna a pu et su parfois donner de sa personne [3]). Puis il y a ensuite le cÅ“ur de la « nouvelle » (cette forme « récitale » et nouvelliste m’a un peu fait penser aux Microfictions de Régis Jauffret) où Christophe Hanna retranscrit, parfois avec guillemets, parfois sans (souvent sans), ce qu’il a gardé des paroles de la personne interrogée. Ou du personnage. Car après tout, les personnes interrogées peuvent mentir, ou ne dire que ce qui les arrange, et que, de toute façon, tout passe par le prisme d’un auteur auquel on fait confiance (c’est le « pacte autobiographique »). C’est en cela d’ailleurs que c’est un livre de littérature et non un ouvrage de journaliste qui irait traquer les non-dits, les mensonges, etc. D’ailleurs, parfois, on ne sait pas très bien qui parle et/ou qui dit quoi (ceci dit on s’y retrouve quand même, ne désespérez pas ! Et je vous l’ai dit, c’est son livre le plus pop !). Un critique (sur Sitaudis il me semble) avait déjà parlé, à son égard, de cette technique de « piratage énonciatif », pour parler de cette façon (c’est ce qui fonde son « style ») qu’avait Christophe Hanna, et qu’on retrouve bien sûr ici, de faire perdre au lecteur le nord du sujet de l’énonciation. Et qui vient sans cesse brouiller la frontière entre ce que dit l’auteur et ce que « disent » ses « personnages », ce qui est certes classique en romanesque mais qui l’est beaucoup moins quand on parle de « non-fiction » à haute valeur référentialiste.

Au tout début de ma lecture, je me suis demandé pourquoi Hanna n’essayait pas de tirer les enseignements globaux de toutes ces paroles, principalement sur un plan politique, et puis en lisant, je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout ce qu’il désirait faire ; car pour reprendre une formule de son acolyte Florent Coste, la littérature de Christophe Hanna est un « objet processuel », quasi « collectif », qui s’inscrit dans des faisceaux d’intentionnalités institutionnelles diverses qu’il retravaille de l’intérieur comme le ferait un anthropologue, mais un anthropologue de la littérature.

Il y a tellement de choses qui ressortent de ces portraits qu’il serait difficile de les résumer ou d’en mettre un ou plusieurs en valeur. L’analyse globale politico-sociale que j’appelais naïvement de mes vœux au commencement de ma lecture se retrouve bien souvent, en fait, dans les paroles reprises des personnes (sur l’inégalité des revenus, la « plus-value » par exemple ou sur la vision du monde [4] — on peut noter qu’il n’y a, d’ailleurs, pas que des paroles de « gauche » dans ce livre, notablement chez les gens aux revenus confortables).

Ce qui se lit, en trame, dans ce livre marxien (Marx tendance pragmatiste), c’est que chacun a, en réalité, sa propre écriture de l’argent. Et que cette écriture, ce discours a comme condition de possibilité ce que fait l’argent à une vie (ce que fait l’argent d’une vie) et donc d’un discours. L’argent a cette incroyable pouvoir de produire, de créer un réel (du réel). D’être, en fait, toujours son propre postulat et théorème (comme le capital qui va invariablement à davantage de capital) en y entraînant les discours et en en façonnant les vies, étant une forme de relation sociale (un rapport social). C’est ce que nous a enseigné Marx, il produit des attitudes, des représentations, des imaginaires, des valeurs qui, à leur tour, produisent des formes, des sujets, des vies, des discours qui produisent des positions, des positionnements, des positions de pouvoir — un univers sociolectal. L’argent est une forme de boucle récursive — c’est un ruban de Möbius (sans extérieur, sans intérieur).

II.

Le deuxième aspect de ma lecture est le niveau « autobiographique » (j’en ai déjà rapidement parlé).
Comment le poète Christophe Hanna négocie-t-il (socialement, matériellement) le devenir forme de son livre. Comment l’argent devient, ici, un générateur d’échanges pour l’écriture de ce livre (toujours l’argent comme écriture).
On suit littéralement l’auteur dans sa lutte pour faire exister les rencontres, et après les rencontres, les entretiens, et faire face au quotidien, tout en enchainant les interventions publiques pour rendre visible son travail.

Bien sûr les récits de ce livre se constituent presque entièrement autour des rencontres-entretiens, et de ce qu’elles impliquent dans/pour la vie de l’auteur (voyager, trouver de l’argent et payer ses factures), mais il y a, au moins, deux passages dans le livre, où le récit purement autobiographique prend le pas sur les considérations contextuelles des enquêtes et des dits des enquêtés.

A la fin du livre, Christophe Hanna nous plonge dans les suites judicaires de deux affaires dans lesquelles il se trouve malheureusement impliqué : 1. une agression physique et un vol glaçant à Lyon de la part de deux jeunes en janvier 2014 (l’agression, la plainte qui a suivi et le passage au tribunal occupe, et ceci de manière véritablement poignante, quasiment toute la fin du livre). Et, 2, moins grave judiciairement mais bien plus kafkaïen, les problèmes qu’il a avec une Université qui ne l’a pas payé pour un travail de jury et qui, malgré ses nombreuses sollicitations, refuse toujours de le faire. Comme souvent chez lui (il le fait avec plusieurs intervenants aussi), il nous raconte ces mésaventures documents à l’appui (photographies, courriels, courriers administratifs – il y a notamment quasi l’entièreté du procès-verbal qu’Hanna a déposé lors de son affaire d’agression de 2014 (p.214-222).
Un écrivain non-autobiographe n’aurait pas le souci de la preuve comme il l’a lui.
Cet aspect autobiographique est à la fois poétique et méta-poétique.
Formellement (enquête, récit de l’enquête, mais sans « poétismes » et avec une forte teneur en littéralisme [5]), mais aussi par son contenu (concret, ordinaire, référentiel), ce livre est un guide : je veux dire que pour moi il représente tout à fait ce que peut être une poésie expérimentaliste du réel en ce début de siècle.

III.

« Le problème n’est pas d’où vient l’argent. Il est de savoir ce qu’implique, pour l’artiste, d’accepter cet argent : non seulement les comptes qu’il doit rendre à ceux qui le financent mais aussi le contexte dans lequel l’œuvre se trouve dès lors insérée – les financements et les partenaires donnent une couleur aux Å“uvres et aux gestes » (p. 51)

L’argent est donc constamment au cœur de ce livre, que ce soit le problème de l’auteur ou de l’un de ses interlocuteurs. Mais il y a un monde qui est un peu plus touché, raconté que les autres, c’est le monde littéraire.

Page 148 : « […] selon lui, ce qui constitue le cœur véritable du livre, qu’il définit devant moi comme la manière dont le champ littéraire s’institue avec les médiations de l’argent. »

Et ce sera pour moi mon appréhension favorite de ce livre (celle qui m’intéresse le plus, aussi en ma qualité de poète moi-même). C’est le niveau « institutionnel ».
Car chacun devrait le savoir : la littérature est un sport (de combat) collectif (où tout le monde est en relation avec tout le monde et où chacun peut être le « personnel de renfort », selon l’expression d’Howard Becker, de quelqu’un).

Petit aparté. J’écris ces lignes alors qu’hier et avant-hier, il y a eu le premier week-end de mobilisation des « Gilets Jaunes ». Je comprends ce mouvement car moi-même je vis chichement, frugalement, avec des fins de mois difficiles (qui commencent de plus en plus tôt) et un sacré manque de considération (que j’essaie d’enrayer par l’écriture). Cette « France Périphérique », qui ne se sent pas vraiment représentée, ni écoutée, qui se sent surtout déclassée, j’en viens et je dirai que même j’en suis toujours (malgré mes grandes espérances — Charles Peguy dans les premières phrases de L’argent n’écrit-il pas : « tout est joué avant que nous ayons douze ans »). Et même si on pourra toujours arguer que c’est un mouvement « poujadiste », « réac’ », « arriéré », etc. (les grands médias s’en donnent à cœur joie avec ces éléments de langage), parce que je crois, moi, à un « populisme de gauche », il me semblait important de faire le lien.

En lisant Argent, puisque je le lis comme un livre sur « l’argent dans l’écriture » (p.204), sur la façon dont des créateurs (des écrivains pour une grande part, des poètes – Hanna, lui-même) négocient leur travail, l’envisagent, le produisent, via l’argent qu’ils gagnent ou qu’ils peuvent gagner, on ne trouve pas beaucoup de potentiels « gilets jaunes » dans ce milieu (surtout dans le versant « contemporain »). Mais Christophe Hanna le sait bien : il y a beaucoup de pauvres dans notre milieu poétique. Hanna le sait très bien puisqu’il a dédié 21 % du livre (si on prend le nombre de pages) aux gens qui ont des revenus inférieurs à 1000 euros (je rappelle que le « seuil de pauvreté relative » en France, chiffre de 2014, est de 1008 euros et qu’il concerne 14,1 % de la population). Ce différentiel pourrait être la preuve que dans les (nos) professions « intellectuelles », il y a beaucoup de précarité et de pauvreté, sans doute proportionnellement plus que dans la population française globale.

Si l’argent est une écriture alors l’écriture est de l’argent. Elle est de l’argent quand Hanna essaie de négocier le paiement d’une intervention ou quand il discute de son contrat avec son futur éditeur ou bien encore quand il discute a posteriori d’une intervention publique avec ses proches. Le travail de l’écrivain, et de l’écrivain Hanna, ses activités de renfort, sont partout dans le livre.

Il n’est alors, dans ma lecture, plus seulement question d’argent mais de « cartographie ».
Ce livre, je le lis aussi comme une cartographie de l’influence de Christophe Hanna. D’abord parce que nous avons à peu près, dans ce livre, tous les auteurs proches de Hanna (à tous les sens du mot « proches », personnellement et/ou intellectuellement). Les gens qui s’occupent des éditions Questions Théoriques (qu’Hanna a co-fondées) comme de ceux qui y publient. Y compris votre serviteur (qui n’y publie malheureusement pas). Les informations (qui émanent de Hanna ou d’un de ses interlocuteurs écrivains) circonscrivent, en quelque sorte, le périmètre « artistique » et « symbolique » de Christophe Hanna (encore une preuve de son autobiographisme). Elles donnent un aperçu de son « capital symbolique » (sa renommée, sa réputation) et, singulièrement, de son « capital social » (son carnet d’adresses, ses relations). Une cartographie des dispositions de Christophe Hanna en somme, dispositions autant esthétiques que sociales, qui se traduit par les gens qu’il côtoie. Ces capitaux (social + symbolique) sont fortement liés et reliés dans un milieu aussi numériquement petit que le nôtre. Même si la présence de ses interlocuteurs n’a pour but que de servir au récit de l’argent, elle dit aussi, par ricochet, l’importance « auratique » de Hanna dans ce monde-là.
A un moment donné, Hanna raconte comment il s’est retrouvé à dîner avec l’éminent philosophe Axel Honneth (un philosophe que j’aime bien). Je me suis dit : ce n’est pas à moi que ça arriverait ça. Du coup, il y a quelque chose de déprimant, quand on est comme moi wannabe-poète, de voir qu’on n’arrivera sans doute jamais à dîner avec Axel Honneth (ça pourrait devenir le titre d’une chanson). Déprimant aussi de voir qu’il y a tant de poètes qui s’en sortent bien mieux que moi (je n’ai pas pu m’empêcher de constamment me comparer en lisant ce livre – et pas seulement parce que je suis présent dans le livre…).

Ces informations émanant du Hanna autobiographe ou de certaines personnes interrogées (je parle des écrivains que je connais – il n’y a certes pas que des écrivains dans le livre et il y a, en outre, des écrivains que je ne connais pas) sont, avant tout, pour moi, et dans le prolongement de la « cartographie », des informations stratégiques.
« Stratégiques » au sens où les informations qui touchent les différents écrivains du livre (ceux qui ont un alias sont, quand on les connait, tout à fait reconnaissables – c’est un problème que n’auront pas les lecteurs non-impliqués dans ce monde) disent beaucoup d’une trajectoire et donc d’un positionnement (esthétique comme artistique) ; au sens où elles disent beaucoup de la personne même de l’écrivain, de son milieu social, de son niveau et style de vie et donc de ses dispositions et donc de son esthétique et de ses textes (toujours l’argent comme écriture). Je ne dis pas qu’un style de vie renseigne toujours sur la forme d’un texte, mais en bon marxien que je suis qui ne craint pas le « biographisme », cela donne souvent des infos pertinentes pour comprendre l’œuvre ou pour l’appréhender dans une trajectoire. Ce qu’on voit, ce sont des formes de vie plus ou moins attachantes, plus ou moins attrayantes, plus ou moins raccord avec l’œuvre, et ce que l’on est nous-mêmes.

Et ces informations, elles peuvent bien sûr nous servir. D’abord parce qu’elles nous donnent parfois du grain à moudre quand on aime (personnellement et/ou artistiquement) un écrivain ou, à l’inverse, quand on le déteste — et ces renseignements, il faut quand même avoir en tête que les gens peuvent donner des infos qui les avantagent, peuvent nous aider, nous, à former (in-former) notre propre trajectoire d’écrivain – Comment ? D’abord parce que ce livre nous fait discuter entre-nous – plusieurs fois j’ai parlé de certaines informations du livre avec mes amis Emmanuel Reymond, Emmanuel Rabu et Jérôme Bertin, pour les commenter et, bien sûr, se comparer. Parce que, dans un monde médiatique comme le nôtre, où le public et le privé ne cessent de s’entremêler, y compris dans le monde littéraire (les affects qui fondent nos jugements et vice-versa), l’information (qu’elle soit de l’ordre du « gossip » façon Gala ou d’un vrai dévoilement) est un capital dont on pourra se nourrir et se servir, dans un texte, dans une conversation, en exemple, en contre-exemple, voire devenir une aide dans une future négociation, si l’on a en face de nous l’une des personnes du livre, que ce soit un éditeur pour négocier un a-valoir, un « curateur » pour se faire inviter, un directeur de revue pour qu’il puisse nous publier, un membre du CNL pour qu’il puisse nous aider etc. Ces informations sont fortement nécessaires (comme dans la vie en général), et passablement dans un écosystème artistique où le jeu diplomatico-politique est basé sur la « fama », la réputation, le « capital symbolique », car elles nous donnent des armes pour la « diffamation », c’est-à-dire, au sens littéral, l’attaque de la réputation, que l’on jugerait selon nos critères et nos valeurs injustifiée, d’un auteur.

Voici un petit florilège des choses qui m’ont marqué ou m’ont fait sourire ou m’ont attristé chez les écrivains que je connais (et qui disent ce dont je parle, quoique pas toujours au même niveau et que je prends comme du grain à moudre…) :
– Anne-James Chaton se fait faire, depuis le début, des costumes par Agnès B.
– Nathalie Quintane paye un loyer de 600 euros à son ex-compagnon Stéphane Bérard.
– Christophe Hanna est un vrai bourreau des cÅ“urs (j’aimerais bien avoir son mojo).
– Frank Leibovici est quasiment l’exécuteur testamentaire de Henri Michaux.
– Stéphanie Eligert a un très gros trac, limite incapacitant, avant une intervention (et je comprends très bien cela moi qui ai besoin d’adjuvant chimique avant chaque « lecture »).
– Je ne savais pas qu’Eric Loret n’officiait plus à Libération mais au Monde (il faudra donc changer l’adresse quand on enverra un livre).
– Cyrille Martinez s’est vu refuser une Bourse de création du CNL (ce qui est assez dingue).
– Manuel Joseph a une vie qui ressemble beaucoup à la mienne (mais il a une plus belle trajectoire que la mienne).
– On peut être à la commission poésie du CNL et juger non sur dossier mais purement sur affects.
– Je ne savais pas que Vannina Maestri s’appelait en fait Michelle et que c’est elle qui loue les bureaux aux éditions Questions Théoriques.
– Je ne savais pas que Pierre Alféri avait besoin d’un bureau pour écrire, un bureau qu’il loue hors de chez lui.
Et il y en a beaucoup d’autres (et certaines que je ne garde que pour moi).

Page 208, Alexandra3200 donne (peut-être alias « piratage » par Hanna) cette phrase sans guillemets qui résume bien ma lecture du livre et le fonctionnement de ce foutu monde :
« L’impression un peu cynique que tout est déjà biaisé et foutu ».

*****

[1] Page 204-205 : « La seule nécessité était d’avoir un salaire, des revenus et d’accepter d’en parler librement avec moi ».

[2] Page 147 : « Allan [le directeur de collection] cherche des ouvrages qui décrivent la vie familière du capital, la manière dont il façonne les sociétés, s’immisce dans les corps privés et dans le corps social ». Ce résumé pourrait tout aussi bien être le résumé du livre.

[3] Page 130 : « La discussion d’argent peut servir au démarrage d’un amour, encore que bref (Astrid860), d’une relation de séduction qui s’interrompt d’elle-même quand s’achève l’écriture (Alexandra3200). »

[4] Page 117 : « Le problème du travail, c’est celui de la vie en entreprise, dit Amélie1850 : l’entreprise vous oblige à manifester de l’intérêt pour des choses qui ne peuvent en aucun cas être centrales dans une existence. La vie s’en trouve comme totalement fictionnalisée ».
Dans cet extrait, on a un exemple de cette énonciation flottante dont je parle. On imagine que c’est « Amélie1850 » qui la dit, mais sans guillemets, je ne peux pas être certain qu’Hanna n’ai pu mettre son grain de sel.

[5] Ce qui n’est d’ailleurs pas l’apanage de Christophe Hanna. Nathalie Quintane représente aussi très bien pour moi cette volonté de produire une écriture pour TOUS, lisible, compréhensible et qui nous parle du monde réel et de notre quotidien.

1 mars 2018

[Chronique] Laurent Cauwet, ou le pavé dans la mare artistique, par Fabrice Thumerel

Laurent Cauwet, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions, automne 2017, 162 pages, 12 €, ISBN : 978-2-35872-156-1.

â–º Rencontres avec Laurent Cauwet pour son livre La Domestication de l’art. Politique et mécénat : jeudi 1er mars à 19H, Librairie Texture (94, Avenue Jean Jaurès 75019 Paris), avec Véronique Pittolo ; le vendredi 2 mars à 19H, Librairie Transit (45 boulevard de la Libération, 13001 Marseille) ; samedi 3 mars, 19H, à La Boutique de La Ciotat (8, rue des Frères Blanchard).

Le point de départ de Laurent Cauwet, qui se situe en droite ligne de la pensée debordienne, est le constat que la société du spectacle a phagocyté la sphère artistique, dont l’autonomie est par conséquent en voie de disparition. Le champ artistique est annexé par ce que l’éditeur/auteur nomme l’"entreprise culture" : les institutions publiques comme privées n’ont de cesse de domestiquer en le divertissant un public le plus large possible et une foule de créateurs de tous poils en obtenant leur servitude volontaire. Cette dernière formule nous fait songer à Pierre Bourdieu, dont l’un des derniers travaux portait sur la révolution conservatrice dans l’édition : à la bipolarisation du champ littéraire (espace autonome versus espace commercial) succède la domination d’une vaste zone interlope où se recyclent les formes et les thèmes propres à la modernité ; d’où l’avènement de bricoleurs géniaux devenus experts dans l’art de récupérer, voire de subvertir des valeurs consacrées de l’art moderne comme la notion même de "subversion", la "liberté créatrice"… La "bohème" : "Portée par l’entreprise culture, la bohème affichée est une catégorie des classes moyennes, de celle qui jouit avec arrogance de ses privilèges, de ceux qu’on octroie en contrepartie d’une employabilité à toute épreuve" (p. 53). Le gain de l’opération est de taille : le rejet de tous ceux qui doutent de cette bohème sponsorisée/subventionnée dans la catégorie pestiférée de "réactionnaires" ; et bien entendu sont antimodernes tous ceux qui s’opposent à cette néo-modernité qui est un ersatz de la Modernité (CQFD). Désormais triomphe le simulacre : "Ce qui est demandé à l’artiste n’est plus de produire des gestes critiques, mais d’obéir à l’injonction de produire des gestes critiques" (45).

L’auteur énumère les conséquences pernicieuses de cet état de fait : prolétarisation des artistes et des poètes (transformation des noms en labels) ; prédominance du festif et de l’événementiel ; totalitarisme culturel, c’est-à-dire hégémonie de la culture-pour-tous comme forme élaborée du bien-vivre-ensemble ; patrimonalisation des formes artistiques socioculturellement admissibles et marginalisation de tout ce qui n’est pas intégrable ; mise à mort de l’esprit critique au profit d’une logique consensuelle… Et le polémiste de soulever les paradoxes les plus brûlants : à la lutte des classes a succédé la lutte des places, mais à quoi bon se battre si l’enjeu est d’être larbinisé par l’entreprise-culture ? Pourquoi prétendre écrire pour tous, alors que la réception de la poésie est par essence limitée ?

Il faut dire que la définition de la poésie que défend Laurent Cauwet est conforme à des décennies d’engagement (oui, engagement, et non pas ce nouveau terme à la mode, "implication", qui n’implique que les moins impliqués) : "La constellation poétique est le non-lieu où se réinventent les mots pour dire le monde qui nous entoure ; où est remise en question la langue de la domination" (23). Son panthéon, ce sont quelques revues des années 60-80 qui l’incarnent : "Les Lettres (des Garnier), Ou (d’Henri Chopin), Doc(k)s (de Julien Blaine), Robbo (du même), Émeute (de Serge Pey), CÉÉ (de F. J. Ossang), L’Humidité (de Jean-François Bory)… puis TXT (de Christian Prigent), Banana split (de Jean-Jacques Viton et Liliane Giraudon), Nioques (de Jean-Marie Gleize)…" (20). Avec un tel lignage, il ne peut que s’inscrire dans la radicalité : ou l’artiste cède aux sirènes de l’entreprise-culture, ou il poursuit son combat solitaire et exigeant, sans la moindre subvention – et avec tous les -SANS. Cette position rappelle un peu celle du théoricien Olivier Quintyn dans Valences de l’avant-garde. Essai sur l’avant-garde, l’art contemporain et l’institution (Questions théoriques, 2015) : après avoir décrié l’actuel "jeu de faire-semblant qui se persuade que l’art s’identifie intégralement à un pôle de résistance actif aux logiques de la domination sociale", il opte pour un "activisme souterrain", "une guérilla de la marge, de la minorité, de l’invisibilité" (p. 99 et 101).

L’ancien éditeur d’Olivier Quintyn, proche également d’auteurs Al dante comme Sylvain Courtoux et Christophe Hanna pour leur refus de toute compromission, dénonce « l’inépuisable maxime collaborationniste du "si c’est pas moi, c’est un autre. Alors à quoi bon…" » (40) et va jusqu’à mettre les artistes devant leurs responsabilités : "Le problème n’est pas d’où vient l’argent. Il est de savoir ce qu’implique, pour l’artiste, d’accepter cet argent : non seulement les comptes qu’il doit rendre à ceux qui le financent mais aussi le contexte dans lequel l’œuvre se trouve dès lors insérée – les financements et les partenaires donnent une couleur aux œuvres et aux gestes" (51). Pour lui, accepter quelque fonds que ce soit, c’est tolérer une atteinte à la liberté créatrice et s’exposer à la censure – comme Larissa Sansour par Lacoste et Frank Smith par Cartier. Et de fustiger les collusions entre monde de l’art et monde de l’argent, institutions publiques et institutions privées (exemple : Grand Palais / Louis Vuitton). Et de dévoiler la stratégie politique du Tout-culturel (mécénat public) : "les grandes messes festives prescrites par l’entreprise culture (fêtes de la musique, gay pride, Banlieues bleues, Printemps des poètes, Nuit des musées, Paris-plage et autres festivals, biennales, triennales…) ont pour fonction principale d’occulter la guerre sociale" (35). Mais aussi la stratégie commerciale du mécénat privé, dont il explicite ainsi le discours, insistant sur l’alibi que constitue l’humanisme new look : « "Oui nous sommes riches, oui nous gagnons beaucoup d’argent. Mais nous sommes des gens de cœur, et aimons l’humanité. Et cet argent que nous gagnons honnêtement, nous n’hésitons pas à en reverser une partie pour le bien-être de tous et pour participer à la grandeur de notre civilisation" » (91). La face cachée de cette propagande : les pratiques anti-humanistes de ces entreprises (nuisances, malversations, exploitation !) ; leur passé trouble (collaboration de Vuitton durant la Seconde Guerre mondiale ; l’argent de Cartier provient de l’apartheid)… Et pourtant les expositions organisées par les principales fondations fonctionnent bien : alors, que demande le peuple ? La réponse de Laurent Cauwet est des plus cinglantes : par exemple, Cartier participe au "travail de lissage de toute pensée critique, en substituant l’exaltation de la bonne conscience et de la morale à la réflexion politique" (117).

Pour incisif et stimulant que soit cet essai qui se compose de 17 chapitres plus ou moins longs suivis de 6 annexes, il n’en comporte pas moins deux limites. La première est d’ordre méthodologique : non seulement il manque une mise en perspective de ces nouvelles pratiques par rapport à l’histoire du mécénat en France et en Europe, mais en outre on peut regretter une certaine hésitation entre perspective sociologique et analyse politique. La seconde est d’ordre contextuel : une bonne partie des écrivains que Laurent Cauwet a publiés chez Al dante, adeptes d’une écriture exigeante, se sont précipités à l’appel des fondations (Vuitton, Ricard, etc.)… Comment (s’)explique-t-il ce phénomène, nous n’en savons rien à la fin de notre lecture. À ces réserves s’ajoutent ces questions fondamentales : doit-on forcément vivre dans la précarité pour être un véritable créateur ? Où commence et où s’arrête la compromission : quand un artiste, un poète, un dramaturge, ou encore un comédien bénéficie d’une subvention publique ou d’une résidence dans un lieu plus ou moins prestigieux, quel est l’impact véritable sur le processus créateur ? Un éditeur doit-il refuser toute subvention, y compris du CNL ? N’est-ce pas suicidaire ? N’y a-t-il aucune différence entre mécénat privé et mécénat public ?

17 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’été, et avant de présenter d’autres œuvres phares de ces dernières semaines (la tonitruante domestication de l’art signée Laurent CAUWET… d’Abrigeon, Bergen, Rongier, Sivan, Smith, Vargas…), RV avec Sandra MOUSSEMPÈS ; la soirée DADA à la Maison de la poésie Paris ; Daniel Cabanis à Ivry-sur-Seine ; Jérôme Game et les 25 ans des éditions de l’Attente…

â–º Agenda de Sandra MOUSSEMPÈS : avant de rendre compte de son curieux Colloque des télépathes, voici quelques dates :

– le 30 septembre : festival Actoral 17 à Marseille

– le 5 octobre, librairie Texture à Paris, lecture signature

– le 20 octobre : lecture croisée en compagnie d’Antoine Boute à la Maison de la Poésie, Paris

– le 26 octobre : lecture au centre Pompidou dans le cadre de la rétrospective Harmony Korine

â–º Jeudi 21 septembre à 20H : les Instants chavirés à Montreuil

â–º Samedi 23 septembre 2017 à 19H, Maison de la poésie Paris : soirée DADA !

O bouches l’homme est à la recherche d’un nouveau langage
Auquel le grammairien d’aucune langue n’aura rien à dire (Tzara)

On y entendra la voix profonde de Kurt Schwitters, une lecture pneumatique de manifestes DADA, des extraits d’une sonate de sons primitifs, un vidéofilm atypique sur un mode non narratif, des respirations et des ponctuations sonores, de la pensée dans la bouche, des problèmes d’élocution (mais pas plus que les oiseaux).

Avec Isabelle Ewig, Patrick Beurard-Valdoye, Sébastien Lespinasse, Jean-Baptiste Para & Isabelle Vorle.

5 euros / 0 euros (Adhérents)
Réservation conseillée : 01 44 54 53 00

â–º Samedi 23 et dimanche 24 septembre, de 14H à 20H : retrouvez Daniel CABANIS à la Manufacture des œillets (Ivry-sur-Seine) !

â–º Mardi 26 septembre à 19H, Maison de la poésie Paris : Jérôme Game, Salle d’embarquement

Lecture
Jérôme Game – Salle d’embarquement

C’est l’histoire d’un déroutage inopiné dans les interstices de la globalisation, smartphone en main. Pour son travail, Benjamin C. parcourt la planète en avion, chaînes d’hôtels et voitures de location. Témoin en immersion, il absorbe tout ce qu’il voit. Le regard qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui, saturé d’images, lui enseigne que le réel est affaire de recadrages comme de contrechamps. Répondre à cet appel, c’est commencer d’agir, ici et maintenant.
Jérôme Game est poète, auteur d’une quinzaine de livres, de plusieurs CD de poésie sonore et a réalisé des installations visuelles et sonores. Ses textes ont été traduits en plusieurs langues et font l’objet d’adaptations scéniques et plastiques. Il vit actuellement entre Paris et New York, où il enseigne le cinéma. Salle d’embarquement est son premier roman.

À lire – Jérôme Game, Salle d’embarquement, éd. de l’Attente, 2017.

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

â–º Mardi 26 septembre à 20H : les 25 ans des éditions de l’Attente !

Rencontre & lecture
« Les 25 ans des éditions de l’Attente »
Cycle Édition alternative #15
Avec les auteurs Anne Savelli, Philippe Annocque, Marie Borel & les éditeurs Franck Pruja, Françoise Valéry

Soirée animée par Jean-Luc D’Asciano

Créées en 1992 à Bordeaux par Franck Pruja et Françoise Valéry, artistes-éditeurs, les éditions de l’Attente publient une littérature poétique contemporaine (récits poétiques, critiques, philosophiques, œuvres oulipiennes, dessins accompagnés d’écrits d’artistes, etc.), des textes où l’écriture est irriguée de pratiques parallèles : musique, cinéma, arts plastiques ou numériques, architecture… Leurs publications sont souvent supports de performances scéniques par leurs auteurs. Le catalogue de l’Attente compte aujourd’hui près de 170 titres et représente une centaine d’auteurs.
Ce soir, après la lecture de Jérôme Game en préambule, ils invitent quelques auteurs pour des lectures et performances…

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

19 février 2017

[News] News du dimanche

Ce soir, commençons par méditer en souriant avec une nouvelle page du Libr-carnet critique ; suivent nos riches Libr-brèves (Courtoux, revue RIP, soirées Messe’ grise et revue Muscle, Festival Théâtre des images à Bordeaux).

 

Libr-Carnet critique /Fabrice THUMEREL ; dessin de Joël HEIRMAN/

Il n’y a pas d’"affaire Fillon" : juste une saynète d’ « une pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » – pour le dire à la façon d’Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu. Une fois encore, le moralisme n’est évidemment pas un humanisme, mais une posture de dominant qui a tout de même failli fillonner nombre de Belles-Âmes de tous poils.

SYSTÈME.
Il fut un temps – pas si lointain – où il en fallait un à tout prix. Aujourd’hui, il faut être CONTRE-LE-SYSTÈME – et bien entendu le claironner pour se faire attribuer à bon compte le label de "subversif". CONTRE-LE-SYSTÈME au nom de l’Art, la Politique, etc. – bref, à coups de capitales… Ce capitalisme est un moralisme.

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Sur Facebook – dont la tartufferie est sans égale, le suppôt libéral-puritain n’hésitant pas à excommunier tout membre FBAïe pour la moindre poitrine affichée, fût-elle empruntée à une œuvre d’art -, j’ai reçu une demande d’ami de la part d’une "vraie fille", pas d’une "putain" – rien qu’une "sexy girl" en somme… Comme quoi l’éducation des filles n’est plus ce qu’elle était : elles ont oublié la plus élémentaire des prudences…
Ne sait-elle pas que je suis vieux, sale et méchant ? gras, sadique et pervers ?
Mais de toute façon, le commerce de la Maison étant prospère, l’affaire est close.

J’en dirai même plus…
Sans vouloir dévoiler des faits classés Secret-Défonce, ni sans vouloir vous rendre jaloux, j’avoue qu’en cette nouvelle année qui fait de moi ce qu’on appelle un homme-bien-mûr, huit jours ont suffi pour au moins égaler un quart de siècle de vie sexuelle : 22 propositions indécentes… On n’arrête pas le progrès : Facebook le Grand-méchant-Look !

 

Libr-brèves

â–º À découvrir : l’album de Sylvain COURTOUX, "À notre tour d’en sortir" !

â–º À découvrir : le n° 1 de la revue RIP – Revue critique et clinique de poésie (chronique complète de FT).

â–º MESSE³ GRISE – CELLULES DE DÉGRISEMENTS : collectif chôSe + invité.es / le samedi 25 février 2017 19H, au BUKTAPAKTOP, rue Simonis_Simonisstraat 20, 1050 BRUSSEL_BRUXELLES
Lectures, performances, vidéos

Avec :

Simon Allonneau
Oriane Amghar
Jeanne Bathilde
Mona Convert
Anne Destival
Mathilde Garcia-Sanz
Carole Louis
Benoît Toqué
Mélanie Yvon

+ vidéos
Clara Thomine
Laura Vazquez
Annabelle Verhaeghe

â–º Mercredi 1er mars 2017 : 20h00 : Soirée autour de la Revue Muscle à l’occasion de la sortie du numéro 14 qui réunit un auteur islandais : Eiríkur Örn Norðdahl et une auteure chinoise : Xiao Hanqiu.

Au programme, comme toujours avec Muscle, plusieurs formes courtes :
– Une lecture de Frédérique Soumagne – "autres avions"
– Une lecture vidéo de Eiríkur Örn Norðdahl
– Lecture de la traduction du texte par Arno Calleja et Laura Vazquez
– Une lecture vidéo de Xiao Hanqiu
– Lecture de la traduction du texte par la traductrice du texte : Yuhang Li
– Des lectures vidéo de Ben Lerner, Jason Héroux, Oscar Garcia Serra, et Tao Lin
– Lecture des traductions par Laura Vazquez et Arno Calleja

En présence de la Librairie Histoire de l’oeil

INFOS PRATIQUES
Tarif 3€ + adhésion
Ouverture du bar de 19:30 à minuit et restauration sur place de 19:30 à 23:00.
www.montevideo-marseille.com

â–º Du 7 au 9 mars 2017, Festival Théâtre des images à Bordeaux :

15 janvier 2017

[News] News du dimanche

En ce troisième dimanche de l’année, trois rubriques pour vos découvertes et RV : LC vous recommande ; Libr-brèves ; Libr-événements

Libr-critique a reçu et vous recommande… /FT/

â–º RIP, revue critique et clinique de poésie, 1.1 "Poésie va pas tous mourir", Paris, automne 2016, 15 €, ISBN : 978-2-9557237-0-8.

Antoine Dufeu et Frank Smith lancent cet objet littéraire bien conçu dont le support est mixte (parution annuelle en papier, puis sur le site), avec la volonté de riper poétique et politique. La fragmentation des textes – dans lesquels on navigue grâce à une architectonique subtile – est expliquée dans l’édito : "la littérature a valeur d’expérimentation, d’acte de création • pliage d’un texte sur l’autre"… Car "c’est à plusieurs que s’écrit le moindre poème"… En ces temps tragiques, voici une revue qui donne à penser – avec Deleuze en toile de fond, mais pas seulement.

â–º Corinne Lovera Vitali, Ce qu’il faut, Publie.net, novembre 2016, 184 pages, 17 €, ISBN : 978-2-37177-465-0.

Après les 39 fragments adressés au père dans 78 moins 39, avec Ce qu’il faut, nous entrons dans l’œil de ce cyclone ravageur qu’est la vie : de poésie lente, cet Agencement Répétitif Névralgique (ARN) se développe sans pathos autour de cette tache aveugle qu’est le deuil – celui d’un homme et d’un enfant aimés. On en sort bouleversé.

â–º Christophe Stolowicki, Rhizome, Passage d’encres, "Trait court", décembre 2016, 32 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-127-4.

Voici des "brèves sans humour, à l’encontre du genre" (p. 17). Autant de lignes de fuite dans le paysage littéraire et artistique moderne. Avec la volonté de dépasser l’alternative entre poésie et prose : "La poésie, le roman tombés en inégale désuétude. Contractant le prosimètre, un genre mixte qui les relève ?" (p. 17). On terminera cette courte présentation destinée à vous mettre l’eau à la bouche par une citation qui rend compte du titre : "Affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman" (p. 21).

Libr-brèves

â–º Pour bien commencer une année, il faut bien se justifier… On écoutera donc "De la justification", que nous propose Sylvain Courtoux en cette première quinzaine de janvier 2017.

â–º Un événement que la réédition de Nous d’Antoine DUFEU : à ne pas manquer !

â–º Avant de codiriger le Colloque international de Cerisy en août prochain ("Jacques Prévert, détonations poétiques"), Carole Aurouet nous présente une bio-bibliographie synthétique du braconnier des Lettres : un parcours très vivant tout en poésie ("La poésie parlée", "La poésie filmée", "La poésie écrite", "La poésie chantée", "La poésie imagée"). Dès vendredi prochain 20 janvier, les passionnés – qu’ils ressortissent à un public large ou spécialisé – pourront se faire plaisir : Jacques Prévert. Une vie, Les Nouvelles Éditions Jean-Michel Place, en librairie le 20 janvier 2017, 224 pages, 10 €.

Libr-événements

â–º Vendredi 20 janvier à partir de 18h30, soirée de lectures, performances, concerts pour fêter un double lancement :

• Le lancement du 1er numéro papier de la revue Frappa, créée par A.C. Hello
• La publication du nouveau livre d’Antoine Boute, Inspectant, reculer, publié aux éditions Onlit

Le Monte-en-l’air
71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris

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Lectures, performances, concerts de :
• Julien Blaine
• Laura Boullic
• Antoine Boute
• Virginie Grahovac
• A.c. Hello – accompagnée de Thierry Müller (basse/guitare/électrosonic), Laurent Saïet (basse/guitare), Quentin Rollet (saxophone)
• Manuel Joseph, accompagné par motif_r
• Sébastien Lespinasse
• Igor Myrtille
• Elodie Petit
• Chloé Schuiten

+ exposition d’originaux ou reproduction des textes/dessins/photographies des auteur.e.s : Amandine André, François Audemar, Nikola Akileus, Stéphane Batsal, Véronique Bergen, Jérôme Bertin, Julien Blaine, Baptiste Brunello, Laura Boullic, Antoine Boute, Jean-Philippe Cazier, Ivar Ch’Vavar, Christophe Claro, Valentine Crémier-Garce, Robert David Elwood, Cédric Demangeot, Billy Dranty, Jean-Michel Espitallier, Sarah Fisthole, Liliane Giraudon, Virginie Grahovac, Martin Gosset, Benoit Grimalt, Marion Guillet, A.C. Hello, Hugo Hengl, Manuel Joseph, Charlotte Jankowski, Manuel Joseph, Éléonore Lebidois, Élinora Léger, Sébastien Lespinasse, Fabienne Letang, Laurent Cauwet, Bryan Lewis Saunders, Igor Myrtille, Charles Pennequin, Emmanuelle Pidoux, Élodie Petit, Popier Popol (Nathalie), Konrad Schmitt, Chloé Schuiten, Thomas Sidoli, Lucien Suel, Fanny Torres, Cécile Wautelet.

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REVUE FRAPPA

"Frappa a été conçu – rédaction, graphisme, maquette – par A. C. Hello , dont le Clavier cannibale a, il y a un peu moins d’un an, exploré le précédent livre, Naissance de la gueule. Frappa existait déjà en ligne, la voici donc sur papier, riche de 246 pages, pensée mais non préconçue, nullement attifée d’un thème mais parcourue de mille motifs. Comme l’expliquait A.C. Hello dans un entretien, quelque chose de l’ordre de la "bascule", paradoxalement, tient et relie ces textes:
"Ce qui – et encore une fois, c’est quelque chose dont je me suis aperçue bien après – manifestement les rassemble tous, c’est leur travail, peut-être inconscient, sur le basculement. Le mot est instable, la phrase est instable, ou même la pensée est instable, et c’est toujours à deux doigts de se casser la gueule. C’est un équilibre ténu, qu’ils aiment mettre en danger. Et si certains le font sérieusement, je veux dire sur un ton sérieux, la majorité produit ce basculement dans un joyeux désordre branque, même si bien sûr on sent une fêlure qui ébrèche, parfois, cette douce ironie" (entretien donné à Diacritik).
Pensée instable, phrase instable: rien à voir avec une fragilité feinte, bien sûr. Et force est de constater que les textes publiés dans cet impressionnant Frappa (ce fracas frappé?) brillent par l’intelligence instinctive de leur violence. Qu’ils soient signés par A.C. Hello, Martin Gosset, Amandine André, Antoine Boute, Lucien Suel, Charles Pennequin, Baptiste Brunello, Manuel Joseph, pour n’en citer que quelques-uns sur la multitude de participants à cette revue, tous les textes de la revue montent à l’assaut, tranchent, déplacent, résistent. Poésie sonore, mais surtout prise de poésie, prise de heurts, tensions. Une centrale surchauffée. Un état des lieux des affres, de l’égarement, de la résistance." — Christophe Claro.

Liens vers les 2 premiers numéros numériques de Frappa :

http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.1/
http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.2/

Entretien sur Diacritik :
https://diacritik.com/2015/12/07/la-poesie-frappa-entretien-avec-a-c-hello/

Spot publicitaire :
https://www.youtube.com/watch?v=6vPPD4XjncM&index=9&list=UUoNuEUi7DZ3Dt8y6IVzALig

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INSPECTANT RECULER d’Antoine Boute (Éditions Onlit)

Synopsis : Au lendemain de son mariage avec l’inénarrable Valéria, Freddo se retrouve seul et désemparé. Ça lui pèse tellement qu’il décide d’aller chez les flics: « Bonjour pardon de vous déranger mais ma femme a disparu le jour de notre mariage. ». Avec l’aide de l’inspectrice Karolien, il tente de résoudre cette inquiétante disparition. Or L’enquête, plutôt que d’avancer ou même de piétiner, recule au contraire jusqu’à prendre des dimensions cosmiques.

"Boute est un magicien décomplexé qui préfère extraire des chapeaux du lapin. Avec lui, on est embarqué, cahoté, aucune intimidation, ça marche à cent à l’heure, c’est salutaire, le texte bat la campagne, défriche, et surtout on rit, le texte rit, la syntaxe se marre, c’est un rire cosmique, un rire chamanique et contagieux. (…) C’est ce qui manque à la littérature française." — Christophe Claro.

Présentation du sommaire d’Inspectant reculer par Antoine Boute :
https://www.youtube.com/watch?v=Y_QDgqI_Ic0

â–º Vendredi 20 janvier à 18H30, Librairie L’Échappée Belle à Sète, rencontre-lecture avec Juliette Mézenc pour son dernier livre Laissez-passer (éditions de l’Attente).

â–º Dimanche 22 janvier 2017 à partir de 14h, American Gallery, visite exceptionnelle de l’exposition F. comme faille et Chevrotines : Ayme/ Blaine/Pazzottu
 
Lecture avec ponctuation sonore et déclar’action à 15h
F. comme faille et Chevrotines, deux livres d’artistes aux éditions Rencontres parus en 2016 dans la collection Tête à texte. Exposition du 4 décembre 2016 au 19 février 2017.
œuvres originales de Julien Blaine, de Giney Ayme, et (œuvres à quatre mains) de Florence Pazzottu et Giney Ayme.
AMERICAN GALLERY
54 RUE DES FLOTS-BLEUS 13007 MARSEILLE
bus 83 arrêt anse de la Fausse Monnaie
visites sur rendez-vous : 06 27 28 28 60

 

â–º Mardi 24 janvier 2017 à 19h30 Ivy Writers vous invite à une soirée de LECTURES BILINGUES avec les poètes :

MANUEL DAULL (France)
KATE NOAKES (UK)
et LAURENT GRISEL (France)

24th JANUARY from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poets Manuel Daull and Laurent Grisel alongside Welsh poet Kate Noakes with translations in French and English by Mary Reilly among others—let us know you are coming!

MARDI 24 janvier 2017 à 19h30
Au bar / 1er étage :
Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

 

â–º La cie Stelisto de Tempo présente le vendredi 27 janvier à 20h au Théâtre Massenet (rue Massenet à Lille) // SANS FRONTIERES FIXES //

Réserver : https://goo.gl/forms/FIwAIninSSvba0cj1
Tarifs : 9/6/3 €
Mangez ou buvez un verre en bonne compagnie dès 19h30 !

“Sans Frontières Fixes” est un spectacle à plusieurs voix où nos colères et nos incompréhensions sonnent, où nos peines résonnent, où la poésie et la musique se mêlent et nous lavent, nous enlacent et nous livrent une lueur d’espoir et de Beauté. Les comédiennes Coline Marescaux et Céline Hilbich portent une furieuse envie de refuser les limites absurdes, ses frontières qui nous séparent et nous éloignent de l’autre. Accompagnées du multi-instrumentiste Dorian Baste, elles vous invitent à un concert poétique à la frontière du théâtre inspiré du recueil de Siméon.

"Parce que justement ça sert à ça la poésie, à mettre les pieds du poème dans le plat de l’existence." J-P. Siméon

29 mai 2016

[News] News du dimanche

Pour passer le cap de juin, RV sur la radio de Sylvain Courtoux ; à Paris (Librairie Texture), Clermont-Ferrand (2e Salon des Voix mortes), Nice (expo Supports/Surfaces)…

 

â–º À écouter, par Sylvain Courtoux : La poésie/Vestiaires #3 – Les filles de la poésie : https://soundcloud.com/sylvain-courtoux/les-poetesvestiaires-3-les-filles-de-la-poesie-emission-du-13-mai-2016

â–º Jeudi 2 juin à 19h30, lecture à Texture (Librairie Texture, 94 boulevard Jean Jaurès Paris 19e), avec notamment Pierre Drogi (Anémomachia, ed.Lanskine) et Emmanuèle Jawad (Faire le mur, ed.Lanskine).

â–º 2e Salon des Voix mortes à Clermont-Ferrand (Raymond Bar : 1, rue du Pré la Reine), 3 et 4 juin 2016.

La littérature FNAC-Cultura-Télérama vous emmerde ? Nous aussi !
Venez découvrir de vrais auteurs qui écrivent de vrais bouquins, publiés par de vrais éditeurs.
Stands, Lectures, Concerts, Bouffe & Picole sur place.


AU PROGRAMME :

VENDREDI 3 JUIN

21h15 – Luna Baruta, Louise Pothier et Astrid Toulon du collectif Dans la bouche d’une fille
22h – Henri Clerc & Luna Baruta
22h45 – Marlene Tissot
23h30 – Baptiste Brunello
00h15 – Cougar Discipline

SAMEDI 4 JUIN

21h15 – Christophe Siébert + Horse Gives Birth to Fly
22h – Sylvain Courtoux
22h45 – Bibi Konspire (alias Charles Pennequin et son big band)
23h45 – Boris-Crack
00h30 – Mathias Richard + Antoine Herran

+ Vidéos, rencontres, etc.

EDITEURS PRESENTS :

Gros Textes
Caméras Animales
Al Dante
Trash
Lunatique
La Belle Epoque

EXPOSANTS :

MARC BRUNIER MESTAS
http://print-temps.over-blog.com/
ANNE VAN DER LINDEN
http://www.annevanderlinden.net/
TOM DE PEKIN
http://tomdepekin.tumblr.com/
CLOTHILDE SOURDEVAL
http://clothilde-sourdeval.tumblr.com/
SUPER DETERGENT
http://superdetergent.tumblr.com/
LILAS
http://lalilas.over-blog.com/
THIERRY TOTH
http://thierry-toth.tumblr.com/
JOEL HUBAUT
http://joelhubaut.jujuart.com/
MAVADO CHARON
http://mavadocharon.blogspot.fr/
FANNY HO
https://deuxrien.wordpress.com/
TOM RECK

â–º S U P P O R T S / S U R F A C E S / Exposition dans le cadre de la Carte Blanche à Ben. Vernissage le vendredi 10 juin 2016 à partir de 18h.
André Pierre Arnal  – Vincent Bioulès – Louis Cane – Marc Devade – Daniel Dezeuze  – Noël Dolla –Toni Grand – Bernard Pagès – Jean-Pierre Pincemin – Patrick Saytour – André Valensi – Claude Viallat

Pincemin
Jean-Pierre Pincemin, « Sans titre », 1969, 250 X 206 cm, Technique mixte

Le mouvement Supports / Surfaces, fondé officiellement en France en 1971, met en avant l’idée que ce n’est plus seulement le sujet mais également les éléments constitutifs de la peinture (supports, méthodes et techniques de réalisation) qui ont une importance dans la réalisation artistique. Le but est ainsi de tenter de faire de la peinture autrement en utilisant de nouveaux moyens picturaux.
La Galerie Eva Vautier souhaite, à travers cette exposition, rendre hommage à ce groupe d’artistes qui a contribué à de nouvelles approches artistiques que les générations suivantes continuent d’explorer.

L’exposition présentera plusieurs oeuvres de l’époque ainsi que des documents historiques.

Galerie Eva vautier
2 rue vernier
06000 Nice
France
Du mardi au samedi de 14h à 19h
 et sur rendez-vous
contact: galerie@eva-vautier.com
tel: 09.80.84.96.73
www.eva-vautier.com

26 mai 2016

[Entretien] Valeur du politique, politique des valeurs. Entretien avec Sylvain Courtoux (Critique et création 3, par Emmanuèle Jawad)

C’est avec un immense plaisir que nous publions ce troisième entretien avec Sylvain COURTOUX, qui vient enrichir les précédents grâce à la problématique retenue par Emmanuèle Jawad. [Lire le dernier]

La seule chose dont on est sûr,
c’est que l’on perd toujours à la fin.

Jérôme Bertin

Emmanuèle Jawad : Le travail sur le sample qui prélève des énoncés dans le flux des textes contemporains et les agence dans un montage à la fois serré et fluide semble contenir dans les choix opérés et le montage de ces échantillonnages une dimension critique. La technique des samples ne participe-t-elle pas ainsi au sein du travail de création d’une recherche critique ? Les pratiques d’écritures « inventives » ne se développent-elles pas dans et par le geste critique ?

 

Sylvain Courtoux : Est-ce que l’échantillonnage à lui seul, comme sampler une liste de noms de rues dans un plan, suffit-il à lui seul pour placer un point de vue critique sur le monde ? Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre positivement à cette question… Cela dépend de deux choses : ce que l’on échantillonne et comment on le « monte ». Pour moi « sampler », plagier, ne se dépare pas d’un travail de montage… C’est la totalité du geste qui en fait un instrument critique. Plus votre visée discursive. Cela peut sembler paradoxal mais le sample m’intéresse moins pour sa visée plasticienne que pour ce qu’il « m’aide » à (pouvoir) dire… J’ai l’habitude de me dire, d’après Frédéric Lordon, qu’un texte, c’est d’un côté les « structures », et, de l’autre, les « affects » : les structures – ce qu’est ontologiquement un sample (l’Autre qui nous structure, fait de nous ce que l’on est…), les affects – ce qui me pousse à utiliser ce sample-là. Le sample, l’échantillon ne me sert que pour autant qu’il dit mieux mon « je » que "je" ne pourrai jamais le faire… Les pratiques d’aujourd’hui qui m’intéressent le plus ont toutes à faire et à voir avec la théorie ou/et la critique. Je ne peux même pas concevoir, pour n’importe quel type d’écrivain, que l’on puisse ne pas s’intéresser au politique, au social, à la théorie littéraire, etc. L’« art pour l’art », qui, soit dit en passant, est toujours défendu par tout un pan des poésies plutôt lyriques (mais aussi par des « modernes » et des « contemporains »), est, en ce sens, une ineptie… Non seulement une défaite de la pensée, mais une méconnaissance, une in-connaissance sciemment revendiquée des enjeux (culturels, sociaux, politiques, économiques, symboliques) de la pratique scripturale. Les avant-gardes comme Dada, ou plus tard les Lettristes, ou la triade Tel Quel-Change-TXT avaient bien compris cela. La présence de discours « spéculatif » ne vient pas asseoir l’activité créatrice mais en est la concomitance même. Je sais qu’une œuvre « intéressante », de mon point de vue, ne peut se passer de théorie, ne peut pas se passer de réfléchir à la fois sur sa propre pratique, sur celle des autres, et sur le « pourquoi » et le « comment » de ce que nous faisons face au réel. Le « sample » est un marchepied parfait pour le méta-littéraire et la théorie littéraire ou philosophique. C’est parce que je sample que la théorie ne peut que me sauter constamment à la figure (si le sample est du côté de la « structure », qu’est-ce cela qui nous structure, et si nous sommes bien dans un « monde toujours-déjà légendé » comme dit Prigent, et si nous sommes bien façonnés par les multiples discours qui nous entourent, comment on fait pour s’en extirper, qu’est-ce que la « novation », qu’est-ce qu’un « sujet », … Vous voyez ! Les questions théoriques, philosophiques, ne peuvent que s’enchaîner à la vitesse du clavier…). Par ailleurs, il y a une forme de « responsabilité » de l’écrivain à laquelle je crois ; à ajouter au reste. La justesse de l’adresse.

 

EJ : La dimension critique au sein de votre travail de création semble se référer conjointement à la technique donc même du sample (le travail de montage élaboré sur la réappropriation de références) et à un regard politique (porté sur le milieu poétique lui même et dans une position d’avant-garde). La critique prend-elle en charge des affinités ou des liens qui pourraient être à la fois d’ordre individuel, intellectuel et littéraire, ou doit-elle s’en écarter dans une visée descriptive ? La dimension politique de votre travail n’est-elle pas ce qui fait le lien entre critique, théorie et pratique ?

 

SC : Il ne peut jamais y avoir d’analytique pur, tout est axiologique, tout discours, même s’il se veut le plus « neutre » possible, descriptif comme vous dites, est toujours chargé d’affects et de jugements de valeurs. On n’y échappe pas. Il y a toujours du « normatif » quelque part, même quand c’est, dans un livre de sociologie, sous des couches de précautions oratoires ou sur une tentative de désamorçage des problèmes liée au « normatif ». Quand je lis un livre de philosophie ou de sociologie, je préfère toujours quand l’auteur est en accord (même précaire + dissonant) avec ses arrière-pensées. C’est le B.A.ba de la sincérité pour moi. Après, c’est une question de positionnement. Car si la question est la lutte des points de vue et donc des valeurs liées à ces points de vue (comme il y a lutte des classes), c’est le positionnement de votre travail, au sein du champ poétique, positionnement autant artistique qu’esthétique, qui importe. Et ce positionnement est autant choisi que subi, pourrait-on dire. « Subi », car on est tous le jeu d’influences et de ce que notre socialisation a fait de nous (par le biais des capitaux : économiques, culturels, sociaux) ; « choisi » car c’est à partir de cette « donne » de départ que nous mettons en œuvre les valeurs artistiques, esthétiques, philosophiques, que nous mettons en jeu dans nos œuvres. Valeurs et « influences », affects et structures, est ce qui fait le lien entre l’individuel, le littéraire, le socio-politique. Et nous revenons au « tout axiologique » du début… Question de valeurs et donc de positionnement sur un échiquier de luttes. Les valeurs que je défends ne me sont aucunement personnelles : l’autobiographie et la question du champ littéraire, le montage, le travail de sample, l’expérimentation visuelle – c’est sans doute par ce mélange, qu’on pourra dire énergumène, ou en tout cas peu usité dans le champ littéraire (quelques-uns m’ont précédé, d’une façon ou d’une autre, appuyant sur un point ou sur un autre, Michel Leiris, le Michel Vachey de Toil, Manuel Joseph, Jean-Marie Gleize, Kathy Acker, Raymond Federman, le Michel Deguy du Comité, Chloé Delaume) que la dimension politique affleure ou déborde… Ou plutôt disons qu’elle est présente deux fois, l’une à cause de ce mix, l’autre grâce à mon "habitus" de rebelle… Car, certes, le positionnement implique des valeurs (certaines plutôt que d’autres), mais on ne joue ces valeurs au maximum que si on est prêt à se battre contre celles que nous trouvons dangereuses et putassières…

 

EJ : L’émission radio POETES/VESTIAIRES dresse un panorama de la Nouvelle Poésie Française que vous situez entre 1989 et 2004-2008. Vous en formulez ainsi les caractéristiques : travail sur la frontière poésie/ non poésie, réappropriation de la Pop culture (BD, musique, cinéma), plasticité des textes (dimension visuelle/conceptuelle avec rôle des logiciels informatiques dans le travail de création), ancrage performatif, influence de la musique (notamment électronique), filiation avec le cut-up. Si certains travaux poétiques semblent relever transversalement de plusieurs de ces caractéristiques (ainsi votre propre travail, ou celui encore de Sandra Moussempès associant références au cinéma et ancrage performatif notamment, ou le travail de Jérôme Game), comment inscrivez-vous au regard de ces marquages caractéristiques de la Nouvelle Poésie Française les travaux poétiques des années plus récentes (2008-2016) ? Quels axes actuellement privilégiés (performatif, plastique, etc.) dans votre propre travail et dans ce que vous percevez des travaux poétiques d’aujourd’hui ?

 

SC : Nous sommes dans un « trou » qui a dû ressembler pour pas mal d’auteurs expérimentaux des années 70 au « trou » des années 80. C’est ce que je ressens en tout cas. La révolution symbolique de la NPF est passé… Certes, institutionnellement (éditorialement), nous en sentons encore les à-coups, et il y a une grande partie du public qui en est encore à découvrir ses auteurs, mais artistiquement, je trouve qu’il n’y a pas encore de relève, aussi importante symboliquement et démographiquement (puisque c’est aussi bêtement une question démographique)… Nous sommes bien peu en 2016 … Même s’il y a des « jeunes » dont j’aime et dont j’ai envie de suivre le travail futur, comme Marie de Quatrebarbes, Amandine André, Emmanuel Reymond, Caroline Zekri (dans le Nioques 15), Elodie Petit, Justin Delareux, Noémie Lothe (dans le Nioques 15), le travail sonore/musical de Thomas Dejeammes, par exemple. Ce que je vois tout de même, c’est l’arrivée d’un certain paradigme « contemporain » dans les poésies expérimentales. Je dois cette sorte d’« analyse » (un peu sauvage) à Nathalie Heinich (dans Le paradigme de l’art contemporain, Gallimard, 2014) qui, elle, parle d’un paradigme « contemporain » dans le champ des arts plastiques, mais je pense que maintenant il commence à pointer son nez dans les pratiques d’écritures… Paradigme né certes à la faveur de la NPF mais qui re-questionne plus radicalement peut-être le rapport clé de la tradition avant-gardiste : la question art/non-art, dans un jeu constant de subversion de l’acte d’écriture au nom d’une dé-définition de cette acte d’écriture… C’est le sens du travail récent d’un Christophe Hanna, par exemple, qui m’influence beaucoup (même si je reste plus « moderne » que lui)… Mais on trouvait déjà des prémices de ce questionnement chez Vanina Maestri, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Nathalie Quintane, ou Jean-Michel Espitallier – tous ceux qui déjà travaillaient sur l’échantillon et dans une certaine envie de dépersonnaliser le sujet de l’écriture… On voit aussi ça dans le renouveau de la thématique du « ready-made » chez Gaëlle Théval, l’arrivée de ce concept de « factographies » créée par Marie-Jeanne Zenetti, comme dans le domaine du roman, la reconnaissance importante dont commence à jouir, chez le grand-public, l’œuvre de Annie Ernaux, ou dans le domaine poétique, l’œuvre de quelqu’un comme Jean-Marie Gleize, le fait (enfin) que le Pragmatisme philosophique (à travers les notions de « document » et d’« enquête ») se fasse de plus en plus commun dans les milieux expérimentaux (remplaçant peu ou prou le « deleuzisme » qui était à la mode à la fin des années 90)… Tout cela est le signe que ça théorise encore, même si par ailleurs nous sommes dans un « trou » qui a des allures de champ de mines … Même si, l’ultime limite (paradoxale) de l’incursion de ce paradigme « contemporain » dans le champ poétique reste le mur de l’« objet-livre » (dans l’art « contemporain », l’œuvre ne réside quasiment plus dans l’objet, alors que dans le cas de l’écriture, impossible de se départir du texte) et reste aussi le mur du « nom de l’auteur »… Tout cela mériterait sans doute d’être détaillé ou d’être, plus avant, analysé, je ne fais ici qu’un rapide état des lieux…

 

EJ : La question du politique présente ou non au sein des pratiques d’écritures, des ouvrages théoriques (vous évoquez J.-M. Gleize …), des lieux également où la poésie se rend visible, la question de l’engagement plus ou moins prégnante selon les périodes, pourrait-elle contribuer d’une façon ou d’une autre à combler cet écart (« trou ») que vous notez présent depuis la Nouvelle Poésie Française des années 1989-2004/2008 ?

 

SC : Vous avez raison de parler de la question de l’engagement… Puisque c’est bien de cela dont il s’agit. Je trouve que le « créer, c’est résister » de Deleuze a fait beaucoup de mal à l’engagement critique explicite. Car si toute œuvre est une résistance, alors pourquoi ne pas bénir directement le plus putassier des romans ou des positionnements artistiques, puisque à ce régime-là, on sera toujours (dans le) politique !? 90% de ce qui se publie sous le nom de poésie aujourd’hui n’a rien à voir avec une critique du monde explicite. Et, à cause de ce « trou », on ne peut plus se permettre de louvoyer avec le système. Il faut explicitement revendiquer nos valeurs. Prenons un poète comme Anne-James Chaton qui appartient de plein fouet au paradigme « contemporain » dont je parlais ci-dessus1 : effacement de la notion d’auteur, renoncement à l’expressivité, écriture qui n’aurait pu exister sans les logiciels de traitement de texte, prédominance du « conceptuel », eh bien je peux dire que c’est parce que son travail a fini par nier toute expression, qu’il peut aujourd’hui frayer, sans que ça lui pose de problèmes de conscience, avec le pire du capitalisme le plus outrancier représenté par LVMH, le « leader mondial des produits de luxe », faisant ainsi (je reprends la critique de Pierre Alféri) de la « poésie contemporaine » un produit de luxe pour dominants. L’assomption de sa « critique » des signes du capitalisme (dans les Evénements) dans un dispositif formel plastique a, avec le temps et la notoriété aidant, tout simplement produit un désengagement face à la question du réel : à force de critique « effacée » ou au « second degré », ne reste évidemment plus qu’un simulacre de critique. Je n’attaque évidemment pas le paradigme « contemporain » en tant que tel puisque je fais partie, par mes « outils », de ce paradigme-là, et qu’à l’inverse des poètes très « contemporains » comme Christophe Hanna, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Olivier Quintyn, Emmanuel Rabu, Stéphanie Eligert, Nathalie Quintane, Pierre Alféri, Stéphane Bérard, eux, sont explicitement politiques et n’ont pas peur de dire quelles sont leurs options. Disons que c’est le « formalisme », allié à la dissolution de toute expression et donc de toute sincérité, du paradigme « contemporain », qui est ici le problème : certains auteurs en viennent simplement à oublier qu’ils sont dans un « réel » qui demande in fine de prendre position, surtout si on vient des « marges » de ce réel comme Chaton. Quand je revendique la notion de « post-poésie » dans Consume Rouge, je revendique un expérimentalisme qui n’oublie pas l’expression et la mimesis (c’est ma différence avec la critériologie gleizienne, même si chez moi ça se joue avec les phrases, les propositions, les énoncés plagiés dans le texte des autres). Au moins, le paradigme « contemporain » a eu quelque chose de bon dans sa "volonté" de « dé-subjectivisation » : déplacer le regard des gens non plus seulement sur l’œuvre, mais sur la personne même de l’auteur, dans un genre de paradoxe dont est friand l’histoire de l’art, c’est maintenant l’attitude entière, complète, de l’artiste qui fait œuvre, et non plus uniquement et/ou intrinsèquement l’œuvre en elle-même. Dans un même geste, ça donne, au pire, le triomphe du « nom » de l’artiste sur son œuvre, et tout ce que le show-business médiatique peut impliquer : autour du « nom de l’auteur » comme « marque », mais, au mieux, ça nous permet de nous interroger sur une trajectoire et le positionnement conséquent ou non, « éthique » ou non, cohérent au regard de ce que nous dit l’œuvre ou non, de l’artiste…

 

EJ : Dans un texte intitulé « Actions politiques/actions littéraires »2, Christophe Hanna (se référant au livre de Jacques Sivan Le bazar de l’hôtel de ville, ed. Al Dante, 2006) affirme « Quand j’essaie d’imaginer un autre espace littéraire, qui ne serait plus un lieu replié sur ses valeurs esthétiques, capable d’assujettir toute forme de fonctionnalités qui lui seraient étrangères, me vient l’image d’un BHV textuel-politique, un endroit où de nouveaux objets verbaux seraient proposés à expérimenter pour changer nos façons d’être exposés ou disposés au pouvoir. » Dans quelle mesure vous rapprochez-vous de cette conception d’« un autre espace littéraire » ?

 

SC : 1. La « prophétie » de Christophe Hanna a bien eu lieu ou plutôt on est en plein dedans, du moins dans le versant « expérimentaliste » des poésies. Ça s’appelle le paradigme « contemporain ». Le « contemporain » a tellement joué avec les frontières (entre les différents genres de l’écrit et entre les différents arts) et les cadres d’appréhension & d’appréciation qui leur sont liés, dans une mixité et une dilution, dont, du reste, je me réclame, que je ne suis pas totalement d’accord pour abandonner in fine toute « valeur esthétique » comme le dit Hanna. Je vois bien ce qu’il met "dedans" : les valeurs esthétiques traditionnelles (« classiques » ou « modernes »). Si on prend aujourd’hui la globalité de ce qui se publie sous le nom de « poésie », ce qui est donc symboliquement dominant, il a absolument raison et il faut continuer à subvertir les cadres dominants (l’histoire de l’avant-garde est aussi l’histoire de cette dilution des catégories esthétiques, artistiques). Mon commentaire de cette citation, je ne l’oublie pas, est le commentaire de quelqu’un qui essaie de penser son travail comme en connexion constante avec tout ce qui n’est pas « poésie », ou tout ce qui n’est pas « littéraire », donc, d’entrée de jeu « hannaienne » si l’on veut… Je l’ai dit plus haut, une œuvre, une trajectoire, un positionnement, c’est, de toute façon, quoi qu’on y fasse, des « valeurs ». Esthétiques, artistiques, politiques, même quand on feint de s’en écarter ou de les mettre à distance. Et même un auteur qui se voudrait hors des valeurs les plus communément admises par tel ou tel groupe serait quand même un auteur qui, de fait, défend des valeurs minoritaires. Donc autant revendiquer à plein ce que sont les valeurs à défendre (je les récapitule) : l’autobiographie, le sample, le montage, le mix entre pratique et théorie, la visée mimétique, la sincérité, l’autonomie éthique via l’hétéronomie formelle, etc. C’est pour ça que je me bats. Une grande partie de ces valeurs sont tout à fait communes et même traditionnelles, mais c’est leur métissage qui rend problématique leur ancrage générique/génétique.

 

2. Dans la seconde partie de la citation on reconnait bien le tropisme « pragmatiste » de Hanna. Que je ne peux que faire mien (rires). Ce qui m’intéresse le plus dans la philosophie de l’art pragmatique, c’est l’« intégration du contexte » de production. En cela, ça rejoint mes recherches actuelles sociobiographiques sur le champ littéraire, la façon dont « se fabrique » un poète (en l’occurrence, puisque je suis autobiographe, moi-même)… Un poète, c’est certes un texte mais c’est également tout un ensemble de médiations matérielles (capital économique) comme symboliques (capital social, capital culturel) qui permette au texte non seulement d’être « écrit », mais d’être publié, puis d’être reconnu et enfin d’être reçu – cette réception engendrant une nouvelle façon d’écrire, etc. Il ne faut pas se mentir, le projet d’un auteur, comme de n’importe quel être humain, c’est d’abord de se faire « reconnaître », et « reconnaître » par le/les groupe/s auquel/s il veut appartenir : ici, dans mon cas, les autres poètes. Ensuite, dans un second temps (premier et second temps sont certainement enchâssés) de produire des objets « intéressants » en fonction de notre complexion, de nos valeurs, de nos possibilités (cognitives, matérielles, institutionnelles). En sachant tout de même qu’il y a autant de publics différents, en fonction de l’origine sociale et du diplôme, que de manières de trouver un texte « intéressant ». Et, même si j’en reste à ma seule expérience, qui est évidemment partiale et partielle, « intégrer le contexte » veut dire parler, du moins autant que faire se peut, de ce qui se passe derrière le rideau de la couverture d’un livre. Evidemment, le sujet est tellement complexe, que chez moi ça se fait de manière tout à fait hétérodoxe et pas très « sociologiquement correct ». C’est une sorte de justice : nous n’écrivons que ce qu’on est capable d’écrire, non ? Et faire un texte « intéressant » de mon point de vue, c’est se rebeller contre les normes communes, les catégories dominantes dans le champ littéraire en général. Se rebeller contre les valeurs dominantes, c’est « subvertir », tout en faisant en sorte que je sois conséquent avec ce que j’écris, que le texte dise, montre, la même chose que ce que je fais, que ce que je suis (le principe de sincérité est un principe d’identité, au double sens du terme). Ça nécessite une bonne dose d’indestructibilité contre l’implémentation de toutes ces logiques (hétéronomes) économiques et marchandes qu’on retrouve dans le champ littéraire comme dans le champ de la vie ordinaire. Ça nécessite une lutte constante, ça nécessite des principes et une position. Et je ne pose pas des questions de lecture, mais des questions de vie ou de mort sociale…

 

EJ : L’hétérogénéité dans la construction des textes et le montage restent des préoccupations centrales et structurantes dans votre travail. Comment situez-vous les écritures aujourd’hui au regard de cet axe ainsi défini ?

 

SC : Quelque chose qui n’en finit pas de m’étonner : c’est la minorité (voire la défection), dans le champ poétique "versant" expérimentaliste, et d’un point de vue institutionnel, des « écritures de montage » se revendiquant comme telles. Cette question du « montage » est revenue à la mode dans les années 90 ― avec non seulement la Revue de Littérature Générale (L’Art poétic’ de Cadiot est l’un des premiers livres de montage de la Nouvelle Poésie Française) mais aussi les travaux de M. Joseph, J-H Michot, C. Hanna, R. Federman, Thibaud Baldacci, C.Fiat, E. Sadin (qui avait théorisé brillamment tout cela dans Poésie_atomique, éc/artS, 2004), Olivier Quintyn, Jacques Sivan ― et j’ai appris à écrire, à « sampler » et à « monter » en lisant ces auteurs comme certains autres, Joseph Guglielmi et son génial La préparation des titres, Rolf Dieter Brinkmann avec son Rome, regards, Kathy Acker, Hubert Lucot, Terminal de Jean-Jacques Viton, les deux Roche (Denis et Maurice), Alain Jouffroy, le Biographies de Mathieu Bénézet, Liliane Giraudon, tous plus ou moins en connexion avec une pratique de montage et/ou de cadrage. C’était aussi le développement grand public de l’informatique, du traitement de texte, la question de l’hypertexte, l’étendue virtuelle et interactive du web, j’ai eu mon premier ordinateur personnel en 1999 et ça a eu un fort impact sur ma pratique (Action-Writing est né comme ça)… Ce qui ne cesse de m’étonner (donc) c’est pourquoi, malgré le développement domestique des logiciels de montage (son, vidéo, image) et leur utilisation de plus en plus facile, n’y a-t-il pas plus de poètes-monteurs – y compris dans la « jeune génération » ? Alors même que le roman a déjà une sorte de tradition avec le « roman postmoderne » américain apparu dans les années 1960 (c’est Malraux qui "inventa" l’expression « Littérature de Montage » dans les années 30, soit juste après qu‘ont paru les romans « montés » de Alfred Döblin ou de John Dos Passos). Aujourd’hui, en 2016, je serai bien embêté de vous dire quels sont les poètes qui travaillent sur cet axe, à part Emmanuel Rabu, Manuel Joseph, Patrick Beurard-Valdoye, Anne Kawala, Frédéric Léal, Frank Leibovici avec Portraits Chinois (qui date de 2007), un peu Nathalie Quintane avec Grand ensemble, un peu Frank Smith dans Surplis et quelques autres (la liste, à ma grande déconvenue, n’excèderait pas une dizaine/quinzaine d’auteurs). Quand je parle de « montage », ce n’est pas seulement la juxtaposition d’énoncés hétérogènes qui m’intéresse, car ça, c’est relativement "courant" dans nos esthétiques à la croisée du « moderne » et du « contemporain » (juxtaposition et énumération comme le montrait déjà Gertrude Stein sont les deux mamelles de l’esthétique « moderne »), c’est plutôt « l’impression », en regardant un texte, que le poète n’aurait pas pu se passer des logiciels informatiques pour produire son texte (ici le Part & de Kawala ou la deuxième partie de Dire ouf de Frédéric Forte serait un très bon exemple) ― évidemment, ça ne suffit pas à faire un « bon » texte, mais ça a au moins l’intérêt d’aguicher mon regard + de titiller mon intérêt ―, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé trouver dans un livre : cet aspect visuel, qui aime faire exploser la page, pour autant qu’il ne soit pas un « formalisme » et que le contenu soit aussi intéressant que sa forme… Si ma question d’ensemble, celle qui est à l’œuvre depuis Still nox puis dans Consume Rouge puis (surtout) dans mon livre actuel3, est la capacité du texte à produire un discours le plus réaliste et mimétique possible (sincère, donc, et qui produit des « effets de vérité »), et que le « réel » reste bien un « impossible » à figurer (car trop « complexe » – et c’est à cause de cette « complexité »-là que je ne crois pas à la possibilité de la « fiction » pour le faire), c’est la multiplicité des formes qu’on peut « synthétiser » par « montage » amplifiée par la technique du « sample » qui structure "mon" « autre », qui peut le mieux, je le crois, parvenir à ce réalisme mimétique expressif. Quand on travaille comme moi sur un sujet aussi ambitieux que le « champ littéraire », comment se construit une trajectoire, pourquoi x est plus reconnu que y alors qu’ils sont de la même génération et chez le même éditeur, quels types de socialisation peuvent affecter une trajectoire, pourquoi et comment peut-on dire que certaines valeurs artistiques (littéraires) sont dominantes et d’autres pas, quelles sont les résistances qui s’opposent institutionnellement à ma (ou à certaines) pratique(s), etc., et qu’on essaie de lier toutes ces questions à des problèmes politiques, sociaux (autobiographiques et concrets) et littéraires/poétiques, pour communiquer une expérience, faire expérience (faire réel, être comme un moyen de connaissance), face aux lignes de puissances du champ social & dans le bruit incertain du réel, je n’ai pour ma part, trouvé que le montage pour combiner, assembler ensemble tout cela (questions, réponses / valeurs, positions). Il y a cette phrase de Bernard Heidsieck que je donnerai en temporaire conclusion : « nous sommes tous dans le même bain, quant à moi, voici ma thérapeutique, puisse-t-elle vous être de quelque usage » …

1 Paradigme « contemporain » dont on pourrait tout à fait aligner les critères, pour l’écriture, sur la définition que donne Jean-Marie Gleize de la « post-poésie » dans Sorties, p. 59-60.

2 in « Toi aussi, tu as des armes » poésie &politique, éditions La Fabrique, 2012.

3 Dont le titre sera : L’avant-garde, tête brûlée, pavillon noir… Que j’espère donner à Al Dante pour la fin de l’été 2016…

22 mai 2016

[News] News du dimanche

Avant que de poursuivre la série des Grands Entretiens avec Sylvain Courtoux et de clore celle proposée par Daniel Cabanis, mais également de rendre compte des derniers livres de Jean-Michel Espitallier, Charles Pennequin ou encore Annie Ernaux, sans oublier de vous inviter à faire moult provisions pour les vacances (Libr-retour / Libr-kaléidoscope / Libr-vacance), voici quelques RV de fin de printemps : les Eauditives, RV acousmatique de Chevigny, Publie.net au Marché de la poésie…

â–º Les 28 & 29 Mai 2016, les éditions PLAINE Page et la ZIP (zone d’intérêt poétique) présentent
Les Eauditives, un festival d’art et de poésie en Provence verte

en partenariat avec
l’École Supérieure d’Art et Design Toulon Provence Méditerranée

Pour sa 8ème édition, Le Festival Les Eauditives, organisé par les Editions Plaine Page & la ZIP (Zone d’intérêt poétique) de Barjols, nage vaillamment pour continuer à propager les voix, les sons et les textes des créations actuelles.

Les Eauditives 2016, c’est 2 jours et 2 lieux de diffusion culturelle en Provence Verte.

• Samedi 28 mai, au village de La Celle
• Dimanche 29 mai au Musée des Gueules Rouges à Tourves.

La poésie est partout, la musique aussi !

Editions, lectures, récitals, rencontres d’auteurs, performances et atelier voix, sur la place publique et le parvis, au musée, dans la mine, sur le carré ou dans le patio.

Poètes émergents et auteur(e)s au long cours viennent en Provence
Verte mêler leurs voix et leurs souffles, leurs sons et leurs textes.
De B comme Hervé Brunaux, poéticien d’haiku-tualité, à V comme Laura Vazquez, éveilleuse de ritournelles musclées, en passant par Thomas Déjeammes, improvisateur préparé sur papier déployé, Vanda Mikšić (Croatie), poète et traductrice de langue source et déliée, Maxime Hortense Pascal, homérienne ethno-connectée, Charles Pennequin, rocailleur de mots érodés et enfin Brigitte Baumié et Marie Lamothe, neigeuses du silence en langue des signes. La plupart de ces auteur(e)s sont inédit(e)s et inouï(e)s dans cette 8ème édition.

Maryvonne Colombani et Gérard Meudal, journalistes littéraires,
accompagnent les auteur(e)s et leurs livres, publiés dans le cadre du Festival, et partagent leurs impressions de lectures.

Dans cette édition, les musiques s’entremêlent aux voix des poètes.
Roula Safar (Liban) mezzo-soprano et Yassir Bousselam (Maroc) violoncelliste eauditivent pour ce festival.
Roula Safar anime, cette année, un atelier voix avec l’EIMAD du Comté de Provence (Ecole intercommunale de Musique, Arts et Danse).

Les étudiants de l’ESADTPM (Ecole Supérieure d’Art et Design de Toulon Provence Méditerranée) expérimentent en public leurs performances
avec la complicité de leur enseignant, poète et performeur, Patrick Sirot.

â–º Art Sonore & Musique Acousmatique face à la tenture de Pythagore

Vendredi 3 juin à 20h – Château de Chevigny 21140
Diffusions acousmatiques
Christian ELOY, Yuko KATORI, Guillaume LOIZILLON, Frédéric MATHEVET, Émmanuel MIEVILLE, Benjamin MINIMUM, Alexandre del TORCHIO

Vendredi 3 juin à 24h – Mont Télégraphe (départ @ CRANE lab)
Paysage nocturne en écoute
DESARTSONNANTS

Samedi 4 juin à 16h – Musée & Parc Buffon – Montbard 21500
« Canopée » parcours-installation in situ
Gilles MALATRAY & Sterenn MARCHAND PLANTEC

Samedi 4 juin à 20h – Château de Chevigny 21140
Diffusions acousmatiques
Hubert MICHEL, Isabelle de MULLENHEIM, Célio PAILLARD, Duncan PINHAS, Fabien SAILLARD, Jean VOGUET, wal°ich

â–º Du 8 au 12 juin, Marché de la poésie (Paris, place St Sulpice).

Pour la première fois, les éditions Publie.net auront un stand au Marché de la Poésie ! L’occasion de venir à la rencontre de nos auteurs, de découvrir nos textes, d’en écouter certaines lectures…
Seront présents : Julien Boutonnier, François Rannou, Jacques Ancet, Sabine Huynh, Virginie Gautier, Laurent Grisel, Michaël Glück, Guillaume Vissac, Philippe Aigrain
[…]
Planning en cours d’élaboration, d’autres auteurs seront très certainement présents !

Programme des signatures, rencontres et lectures à venir très vite !
Vous pourrez vous procurer des livres de la collection L’Inadvertance (poésie) mais également des collections Temps réel (littérature contemporaine), Machine Ronde (voyages & paysages), Horizons (photographies & textes).

L’INADVERTANCE
http://www.publie.net/le-catalogue-numerique/litterature-francaise/linadvertance/

TEMPS RÉEL
http://www.publie.net/le-catalogue-numerique/litterature-francaise/temps-reel/

LA MACHINE RONDE
http://www.publie.net/le-catalogue-numerique/monde/la-machine-ronde/

HORIZONS
http://www.publie.net/le-catalogue-numerique/art/horizons/

PLUS D’INFOS
http://poesie.evous.fr/34e-Marche-de-la-Poesie-sa-Peripherie-tout-le-programme.html

6 mai 2016

[Dossier] Création et critique, un cycle d’entretiens, par Emmanuèle Jawad

Avant de publier de très riches entretiens avec Jean-Philippe Cazier, Sylvain Courtoux, Jean-Marie Gleize et David Lespiau, Emmanuèle Jawad présente ci-dessous la problématique qui les sous-tend.

Pour le poète, l’espace de création serait-il un lieu permettant d’ouvrir des espaces de réflexion critique ou ces différents espaces s’apparentent-ils à des champs distincts les uns des autres ? Les pratiques d’écriture au sein de la création sont-elles conduites, en prise avec des gestes critiques, à produire des formes réflexives ? Ou encore le travail de création est-il porté dans ses pratiques par un regard et une démarche politiques vers des formes innovantes ? Quels liens entre pratiques d’écriture, théorie et critique ? Quelles filiations (notamment de la sphère critique vers la création) s’établissent entre le champ de la critique et le champ de la création1, interrogeant le poète et le critique, la création du poète au regard de son travail critique ? Pour Nathalie Quintane, « le spécialement poétique ne se niche pas uniquement dans l’affectueux de l’anecdote, mais dans le démarrage critique qu’elle peut provoquer » (« Astronomiques assertions », « Toi aussi, tu as des armes »… Poésie & politique, La Fabrique, 2011). Pour ce qui fait lien entre critique littéraire et politique au regard de la création, Nathalie Quintane, dans un article intitulé « Critique des nous », affirme ainsi : « On ne risque pas trop de se perdre, à tenter de dégager ce qu’il peut bien y avoir aujourd’hui sous le & de Critique (littéraire) & Politique : il n’y a pas grand monde au portillon. Mon propre travail fait que je suis plutôt pour une critique intégrée – à la Antin » (Cahier critique de poésie, n°22 : dossier sur la « Critique de la poésie », 2011). Posant précisément la question du « double régime », poète et critique, Jérôme Game dans un entretien avec Christian Prigent interroge ainsi : « Comment gères-tu ces deux régimes ? Comment passes-tu de l’un à l’autre sans que le normatif déteigne sur le créatif ? Peut-être l’oublies-tu ? Comment te libères-tu de Christian Prigent essayiste quand tu écris de la littérature ? ». Interroger les rapports entre création et critique ne peut se faire sans se référer aux travaux de Jean-Marie Gleize (essais et textes de création) et aux enjeux théoriques traversant les livres de création.

1 Cf. Fabrice Thumerel, La Critique littéraire, Armand Colin, 2002, p. 29-39. Sur Libr-critique, voir le dossier « Critique et poésie » : articles de Lionel Destremau et d’Emmanuel Ponsart, en plus de l’entretien avec Christian Prigent, "De TXT à Fusées".

28 avril 2016

[News] Libr-brèves

Avis aux curieux : après notre Libr-carte blanche à Antoine Dufeu (nouvelle rubrique), présentation de Leur patient préféré de Violaine de Montclos, puis RV avec la dernière émission de radio de Sylvain Courtoux, le dernier chantier poétique de Bourges et la soirée marseillaise de Jean-Michel Espitallier et Véronique Vassiliou…

Libr-carte blanche à Antoine Dufeu

La récente parution des Chroniques bretton-woodsiennes chez Mix, qui vient de se relancer cette année avec la parution de six livres, a été l’occasion d’interroger Antoine Dufeu le 14 avril dernier à Paris – écrivain bien connu de nos Libr-lecteurs qui codirige désormais la collection "gris" de Mix avec Fabien Vallos.

Entretien avec Fabrice Thumerel : https://soundcloud.com/fabrice-thumerel/libr-carte-blanche-a-antoine-dufeu

â–º Antoine Dufeu, Chroniques bretton-woodsiennes, Mix, 2016, 136 pages, 14 €, ISBN : 979-10-90951-08-2.

Présentation éditoriale. Oui, nous avons décidément besoin de penser à nouveau la politique sinon toute rébellion sera destinée à se transformer tôt ou tard, plus vite que l’ombre qu’elle aura projetée sur les premières heures de ses manifestations, en jetons échangeables dans la première caisse du casino du coin dont la monnaie alors sonnante et trébuchante sera destinée à la couverture des frais de gestion des bonnes œuvres du club resort des anciens présidents de la cinquième république française, lequel n’existe pas à ma connaissance.

Extrait. « Arthur s’imagine seul là haut hurler d’une envie intraitable.
"Bonjour les prix. Bonjour l’argent ! Bonjour la finance ! Bonjour les tulipes ! À quoi sert tout l’argent du monde !" Et encore de crier : "bonjour le fer, le cuivre, le souffre, les diamants. Bonjour les chambres de compensation. Bonjour la spéculation et bonjour l’excitation boursière. Bonjour le paroxysme de la vitesse de circulation de l’argent et de son accumulation en bourse. Bonjour exubérance irrationnelle, irrégularité intrinsèque de l’économie réelle" » (p. 19).

â–º Fabien Vallos, Chrématistique & poièsis, Mix, 2016, 302 pages, 20 €, ISBN : 979-10-90951-05-1.

Ce livre commence avec un problème de nomination de ce que l’on appelle économie et avec la disparition du terme chrématistique. Il pose l’hypothèse qu’il s’agit d’un problème métaphysique d’interprétation du réel et du monde. Le livre continue avec l’hypothèse étrange qui consiste à dire que la disparition du terme chrématistique est en lien avec la transformation substantielle et radicale du terme poièsis. Il pose alors la thèse qu’il y a une source fondamentale pour penser le problème de l’agir et de l’opérativité et pour interpréter ce que l’on nomme une économie de l’œuvre. Enfin ce livre indique des manières de lire l’œuvre moderne et contemporaine en supposant qu’il y a eu, à cet endroit, un irrémédiable tournant : c’est ce que nous appelons critique de la poièsis.
Ce livre pourra être lu de trois manières différentes et conjointes : comme un traité métaphysique de l’opérativité et de la disqualification des agir, comme un traité esthétique pour la lecture moderne du concept de poièsis (autrement dit de l’œuvre et de ses crises) et enfin comme un traité de philosophie politique en vue de faire face à ce qui tient de notre extrême et scandaleux contemporain.

Libr-brèves diverses

â–º Violaine de Montclos, Leur patient préféré, Stock, février 2016, 176 p., 17 €. [17 récits de psychanalystes, parmi lesquels Pierre Streliski, Gérard Bonnet, Michael Larivière, Jean-Pierre Winter.]

À un ogre de livres, antihéros-limite trébuchant à fleur de mots, sur la durée d’une ou l’autre vie épargné l’hôpital. Un assassin en vingt ans de prudente ménagerie extrait de sa cage. Surdoué funambule, qu’un bizutage a tué. Ou « silence contre silence », le circonspect dénouant le taiseux de la fosse à purin où est mort un enfant. Un livre de journaliste, d’écriture inégale, au titre détestablement vendeur. Où cependant dès le premier récit affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman. Alerte centenaire, la psychanalyse investit ses servants chacun d’un « patient-princeps » comme d’un hapax qui le fait roi mendiant. /Christophe Stolowicki/

 

â–º On écoutera avec grand intérêt la deuxième émission radio de Sylvain Courtoux sur Soundcloud : https://soundcloud.com/sylvain-courtoux/les-poetes-vestiaires-poesie-sonore-sarl-emission-du-22-avril-2016

 

â–º Jeudi 28 avril, 18H30, 4e rendez-vous Chantiers poétiques de Bourges : soirée de clôture avec Amandine André, Justin Delareux, A.C. Hello, Yannick Torlini et Laura Vazquez Médiathèque Les Rives d’Auron bd Lamarck BP 18 18001 BOURGES cedex.

â–º Vendredi 29 avril à 19H, RV à Marseille avec Jean-Michel Espitallier et Véronique Vassiliou.

21 avril 2016

[News] Libr-brèves

Libr-brèves très variées avant même ce week-end : S. Courtoux à la radio ; le site d’E. Msika ; des nouvelles des Vents d’ailleurs ; rencontres à lire de Dax ; soirée "Ici poésie" à Caen ; soirée Gruppen

 

â–º On écoutera la première émission radio de Sylvain Courtoux sur Soundcloud : "Les Poètes-vestiaires"

â–º On découvrira avec beaucoup d’intérêt le site d’Edith Msika.

â–º Des nouvelles des Vents d’ailleurs

♦ On découvrira bientôt le deuxième roman de Khaled Osman, La colombe et le moineau (à paraître le 26 avril), le recueil de poésie Mon nom est aube d’Abdourahman Waberi (10 mai) et les nouvelles Un passe-temps pour l’été de Martin MacIntyre, traduites du gaëlique et de l’anglais par Scadi Kaiser (26 mai).
♦ RV avec Bernardo Kucinski aux dates suivantes :
– Mercredi 27 avril à 20 h chez Tschann Libraire en présence de Jean-Pierre Orban (directeur de collection « Pulsations »), Antoine Chareyre (traducteur) et Leonardo Tonus (université Paris-Sorbonne) : 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (métro Raspail ou Notre-Dame-des-Champs).

– Dimanche 1er mai au Festival du Premier Roman organisé par Lecture en tête et parrainé par Yahia Belaskri : place de la Tremoille, 53000 Laval.
– Lundi 2 mai à 19 h à l’université Paris-Sorbonne, rencontre animée par Leonardo Tonus en présence de Antoine Chareyre et Jean-Pierre Orban.
En raison du plan Vigipirate et de l’état d’urgence, l’accès à la rencontre est uniquement autorisé aux personnes inscrites. Merci de bien vouloir vous inscrire en cliquant ici info@ventsdailleurs.com
amphithéâtre Chauchy, escalier F, 3e étage, 17 rue de la Sorbonne 75005 Paris
– Mardi 3 mai à 20 h Kathleen Evin reçoit Bernardo Kucinski dans son émission L’humeur vagabonde sur France Inter.

 

â–º Rencontres à lire, Dax : samedi 23 avril au Théâtre de l’Atrium, à 20H30 Jean-Michel Espitallier (poète et batteur) et Claude Barthélémy (guitariste) ; à 21H30, Marc-Alexandre Oho Bambé (poète slameur) et Jésus Aured (accordéoniste). Dimanche 24 à 15H : Frank Smith et Claude Barthélémy (hôtel de ville, salle René Dassé).

 

â–º Samedi 30 avril, à 17 h, à L’Artothèque – Espaces d’art contemporain, Palais Ducal, à Caen, l’association « ici poésie » proposera une lecture-rencontre avec Michaël Batalla, Charles Pennequin et Pascale Petit.

â–º Jeudi 5 mai, soirée organisée par la revue GRUPPEN à Paris.

13 novembre 2014

[Chronique – news] Autour de DOC(K)S/Al dante

C’est ce soir que débute "Poésie action en Avignon", une série de rencontres autour de l’anthologie DOC(K)S que Al dante vient de publier : les dates des RV précèdent la présentation du gros volume.

 

Rencontres autour de l’anthologie Al dante

POÉSIE ACTION EN AVIGNON (autour de Doc(k)s morceaux choisis, 1976-1989) : novembre 13 @ 18 h décembre 20 @ 19 h

9782847617726Expositions / rencontres / performances /lectures

Jeudi 13 novembre
• 18h > La poésie à outrance
une introduction à la poésie élémentaire de Julien Blaine avec Jean-Charles Agboton-Jumeau
• 19h > L’ambiguïté est belle
Exposition de Julien Blaine
vernissage + Déclara©tion de Julien Blaine
• 20h > Interventions performatives de
Laura Vazquez
A.c. Hello
+ performance sonore de Sylvain Courtoux
• de 18h à minuit > « Temps/travail »
performance de Fabienne Letang

Vendredi 14 novembre
• 19h > Lectures de
Yannick Torlini
Liliane Giraudon 
Amandine André

Jeudi 20 novembre :
• 19h > Avava-ovava*
Rencontre avec le collectif La Voix des Rroms
sur le thème Violences contre les Rroms : résistances d’hier et d’aujourd’hui,
autour du livre Avava-ovava, (Al Dante 2014) en présence des auteurs Saïmir MileAnina CiuciuPierre Chopinaud, Lise Foisneau et Valentin Merlin.
+ Débat suivi d’un apéro festif au son
de DJ Rrom & Roll.

Jeudi 4 décembre
• 19h > Plan de situation #7 : Consolat-Mirabeau
Un conte documentaire de Till Roeskens.
« Nous mettrons quelques chaises en cercle, et je vous raconterai ce que j’ai vu et entendu là-bas, dans ce petit coin du grand nord de Marseille. Je prendrai un bout de craie et tracerai sur le sol une carte des espaces fragmentés que j’ai parcourus deux années durant, du port jusqu’au sommet de la colline. Je vous dirai les êtres que j’ai croisés là et ce qu’ils m’ont confié de leurs vies mouvementées ».
+ Présentation de son livre À propos de quelques points dans l’espace (Al Dante, 2014)

Vendredi 5 décembre
• 19h > La peau sur la table, lecture de Jérôme Bertin
suivi de lectures performées de
Stéphane Nowak Papantoniou
Anne Kawala

Détails

Début :
13 novembre 2014 18 h 00 min
Fin :
20 décembre 2014 19 h 00 min

Lieu

Centre européen de poésie
Téléphone :
04 90 82 90 66
4-6 rue Figuière, Avignon, 84000 France

Site Web :
http://www.poesieavignon.eu/

L’anthologie Al dante

 

DOC(K)S, morceaux choisis (1976-1989) : vers un langage de l’action, choix de Laurent Cauwet, préambule de Julien Blaine, postface de Stéphanie Éligert, Al dante, été 2014, 1008 pages, 30 €, ISBN : 978-2-84761-776-2. [Lire l’entretien avec Philippe Castellin en 2011]

 

"Chaque numéro de Doc(k(s est un recueil de poèmes,
  est un reportage
est un roman" (Julien Blaine, p. 432).

 

DOC(K)S est la quatrième revue de Julien Blaine, celle-là même qui, selon les propos de son fondateur dans son paradoxal préambule (placé en fin de volume !), lui sert de planche de salut après l’échec de 68. Fondé en 1976 et orchestré depuis 1990 par AKENATON (Philippe Castellin et Jean Torregrosa), DOC(K)S est, selon un autre créateur fondamental dans son histoire, un lieu de transit et de stockage de matières premières, de choses poétiques à l’état brut, « un chantier permanent et collectif », un « objet-sans-queue-ni-tête, qui impose recto-verso la richesse du stock inventorié, exprime par sa pléthore la hâte infinie à combler le retard pris et, par sa brutalité brouillonne, sa vandale rage face à la "culture" des métropoles nanties sur la table desquelles il déverse, muettement, ses "preuves", ses "documents" ». Ce qui fait dire à Philippe Castellin que DOC(K)S « n’invente pas mais inventorie » (cf. DOC(K)S : mode d’emploi, Al dante, 2002, pp. 449, 155 et 326). Se profile ici une suite d’antinomies sociologiquement intéressante : inventaire versus invention, entreprise collective vs mythe du créateur, culture provinciale vs culture métropolitaine, culture underground vs culture dominante, art populaire vs art élitiste, littérature périphérique vs littérature officielle, objet vulgaire (pauvre) vs objet sophistiqué (riche)… Si l’on suit Philippe Castellin dans son DOC(K)S : mode d’emploi, DOC(K)S se distingue dans l’espace des revues contemporaines par ses innovations conceptuelle, fonctionnelle, formelle et matérique. Sa structure rhizomatique – sa dimension fédérative et internationale – favorise la transgression des frontières artistiques ; s’inscrivant dans la mouvance de la postpoésie et de la sortie du livre, DOC(K)S est une revue multimédia qui défend les poésies expérimentales (poésie visuelle et sonore, poésie concrète, mail art, performance comme poésie action, écritures multimédia) et veille à l’autonomie de l’objet. Dans sa postface qui s’appuie sur le contenu de la revue pour filer la métaphore de la balistique, S. Éligert se réfère d’ailleurs à cet ouvrage clé afin de mieux cerner ce drôle d’objet : « la poétique de Doc(k)s consiste à "désécrire", puis à "icôniciser" » ; "la couverture (…) est déjà un poème"… Comme autres caractéristiques, elle ajoute le débordement, l’obscénité, l’explosivité

Cette anthologie qui offre des "morceaux choisis" extraits des deux premières séries (I. 1976-1986 ; II. 1986-1989) permet de retrouver ces principales lignes de force : prédominance de la poésie visuelle (montages divers, poésie spatiale, post cards), art de la performance… Parmi les curiosités : "poème signalistico-visuel", "poème laser", "art ouvert", "poésie signalétique", "poèmes à convictions"… L’avant-garde doc(k)sienne est avant tout poésie action, comme le souligne Bernard Heidsieck dès le début : "La poésie s’anémiait… Nous lui avons fait du bouche-à-bouche. Elle se confidentialisait… Nous l’avons restituée au cœur de la place publique" (p. 764). L’avant-garde doc(k)sienne est avant tout subversion, donc. Éclatante dans le "sans titre" (1979) de Sarmiento, qui affiche le slogan "ARgenT" ; dans le "poème-tueur" de Miccini et Sarenco ("La poésie tue le poète") ; dans l’anti-manifeste de Blaine, "Manifeste pour l’occupation des stèles et socles abandonnés" ; dans ces vers du Chinois Ma Desheng : "Toutes les prostituées du monde entier / s’unissent en s’embrassant / la république est née / la Constitution de la République ne comporte qu’un seul article / liberté du va et vient" (833)…

♦♦♦♦♦

Sur le projet Al dante autour de Doc(k)s, Laurent Cauwet a bien voulu nous donner précisions.

« Pour moi la lecture des anciens numéros de Doc(k)s provoque toujours une sorte de joie furieuse. Ce remuement, ce bruit à la fois typographique et visuel est riche de son nombre, mais surtout des singularités qui forme le nombre. Cela forme une langue "doc(k)s", unique, inégalée, qui n’efface pas ces singularités, celles-ci au contraire s’amplifiant au contact les unes des autres. Lorsque j’ai découvert "doc(k)s" (début des années 80), je ne savais pas grand chose de la poésie contemporaine, rien de la performance, rien de l’art contemporain… Ces espaces, je les ressentais comme réservés, voire interdits. De là où j’étais alors, je pensais que se tricotait "là-bas" des aventures qui se vivaient ailleurs, en dehors d’une population écartée dont je faisais partie – dont je fais toujours partie, sauf que ce sentiment d’illégitimité, s’il ne m’a jamais quitté, loin d’être un frein, un blocage, est devenu au contraire un moteur pour intervenir quand je veux là où je veux… Je m’étais plongé dans Doc(k)s, sans presque jamais chercher le nom des auteurs (à quoi bon). J’étais fasciné par cette émeute de papier aux voix multiples, toutes différentes, toutes riches différemment. Fasciné par cette colère grouillante qui exprimait aussi la joie d’être dans une énergie de vivant. Fasciné par cette façon, toute nouvelle pour moi, d’affirmer, de manifester son être au monde, et de lire qu’à chaque page se réinventaient les paroles de cette manifestation. Dans cet univers hors des slogans, des directives, des cloisonnements idéologiques j’apprenais d’autres possibles subversifs, d’autres formes de radicalité qui tenaient de la poésie mais aussi de la rue, de la philosophie mais aussi du rock… je découvrais des gestes poétiques où l’on sentait la puissance des corps, qui prétendaient être de la pensée en action, qui raccourcissaient l’espace entre l’hypothèse d’un futur et la crudité vive d’un présent. C’était il y a 30/35 ans.

Aujourd’hui encore, même si je comprends mieux comment fonctionnent ces dispositifs poétiques, je ressens toujours cette même joie insurrectionnelle. Ma conviction est que Doc(k)s dégage toujours cette énergie créative, cette puissance vitale qui s’affirme du côté de la vie ; je dirais même qu’à l’épreuve des expérimentations qui ont suivi, Doc(k)s n’a cessé de prouver dans sa modernité. Doc(k)s reste d’actualité quant à sa pertinence politique et sa propension à produire les outils pour mieux penser notre présent – d’autant plus aujourd’hui, où l’espace poétique s’est muté en "milieu" poétique, qui de plus en plus développe des règles et des réflexes de docilité fonctionnariale. C’est ce qui m’a décidé à me lancer dans cette aventure éditoriale : le but n’était pas de faire une anthologie de type "archive", qui renverrait Doc(k)s au passé, ni un outil analytique (qui existe déjà, brillamment réalisé par Philippe Castellin), mais plutôt un nouveau Doc(k)s fabriqué avec les anciens, en recueillant au fil de la lecture les gestes qui me paraissaient encore riches de cette pertinence citée plus haut, en jouant de nouvelles confrontations, en réinterprétant parfois typographiquement certains gestes (essayant ainsi d’imaginer quels codes visuels aujourd’hui seraient les plus proches, les plus justes en regard de ce que le poète a voulu signifier en utilisant les codes en vigueur à son époque – "jeu", manipulation que souvent les doc(k)ers espèrent chez les lecteurs, raccourcissant au maximum l’espace entre poète et récepteur), en prélevant parfois une page, une citation d’un ensemble, etc. Ce "Doc(k)s morceaux choisis" est en fait et "avant tout" l’aventure d’un lecteur de Doc(k)s, et d’un lecteur qui avait le recul nécessaire pour faire ce travail (2014 – 1989 = 25 ans !). Le lien avec Julien a été minimal : après acceptation – et joie semble-t-il – de ce projet, il n’a voulu participer ni au choix des interventions, ni aux réflexions qui ont donné naissance à l’objet. Fidèle en cela à son fonctionnement habituel : "Fais ce que tu veux, mais ensuite nous parlerons, car lecteur tu es autant responsable de ta lecture que moi poète de ce que j’ai donné à lire". Sa seule intervention a été d’écrire, en guise de postface… un préambule – ce dérèglement spatial déjà est une jolie façon de se situer : ni derrière, ni devant… mais en compagnonnage attentif, fidèle mais insubordonné. Le lien avec Stéphanie Éligert a été singulier : si elle connaissait bien entendu cette revue, elle n’en était pas une "spécialiste", ne l’ayant abordée jusqu’ici que par fragments, au hasard des rencontres et des lectures. Ma proposition était simple : je lui ai envoyé un jeu d’épreuves, en lui demandant si elle pensait que l’édition d’un tel ouvrage pouvait être opportun aujourd’hui, si en regard de notre actualité ce "Doc(k)s morceaux choisis" gardait sa pertinence… et son impertinence. Et, si tel était le cas, je lui demandais d’écrire sur ce qui, pour elle, rendait ce livre toujours "opérant" – ce qu’elle a fait, à ma plus grande joie, avec une approche de la lecture de Doc(k)s par le biais des sciences de la balistique. Le lien avec l’actuel Doc(k)s n’a pas existé. Car ce n’était pas le sujet. Si Philippe Castellin et Jean Torregrossa, doc(k)ers de la première heure, sont présents dans l’ouvrage ; si l’existence de la troisième série de Doc(k)s dirigée par eux, est bien entendu citée (par Julien Blaine, par Stéphanie Éligert et par moi-même) ; et si le travail théorique mené par Philippe Castellin a certainement participé à enrichir ma lecture de Doc(k)s (et par la même, incidemment, influer sur mon choix), Doc(k)s troisième vie, tout en s’inscrivant dans une continuation, signe aussi une positive rupture (positive en ce que Doc(k)s changeant de main, n’essaie pas de répéter mais propose autre chose) avec de nouvelles stratégies, de nouvelles collaborations, la prospection de nouveaux espaces, etc. Et ce n’était pas mon propos de parler de cela. De plus, comment intégrer ici une histoire qui est en train de s’écrire? Pour finir, et non sans avoir longuement hésité, j’ai préféré ne pas faire appel à aucun Doc(k)er de la première heure pour commenter l’aventure doc(k)sienne, de peur qu’ils ne pèsent et n’atténuent la vivacité des gestes poétiques, et pensant que ce n’était pas le lieu…

9 novembre 2014

[News] News du dimanche

Avant que de revenir en début de semaine sur l’événement autour de DOC(K)S, ce soir nos Libr-brèves : Poésie action en Avignon, l’Autre Salon, NEXT Festival, Citéphilo, RV avec les éditions Contre-mur…

 

 â–º Véronique Bergen est nominée pour le prix Rossel 2014, suite à la publication de sa biofiction Marilyn, naissance année zéro (Al dante) – que nous venons de saluer cette semaine.

â–º Jusqu’au 26 novembre à Lille et environs, Citéphilo : "De quel droit ?" (programme : ici).

â–º Du 14 au 29 novembre 2014, sur la métropole lilloise : Next Festival.

â–º POÉSIE ACTION EN AVIGNON avec Al dante (autour de Doc(k)s morceaux choisis, 1976-1989)

novembre 13 @ 18 h 00 mindécembre 20 @ 19 h 00 min

Navigation de l’événement

  •  

9782847617726Expositions / rencontres / performances /lectures

— Jeudi 13 novembre
• 18h > La poésie à outrance
une introduction à la poésie élémentaire de Julien Blaine avec Jean-Charles Agboton-Jumeau
• 19h > L’ambiguïté est belle
Exposition de Julien Blaine
vernissage + Déclara©tion de Julien Blaine
• 20h > Interventions performatives de
Laura Vazquez
A.c. Hello
+ performance sonore de Sylvain Courtoux
• de 18h à minuit > « Temps/travail »
performance de Fabienne Letang

— Vendredi 14 novembre
• 19h > Lectures de
Yannick Torlini
Liliane Giraudon 
Amandine André

— Jeudi 20 novembre :
• 19h > Avava-ovava*
Rencontre avec le collectif La Voix des Rroms
sur le thème Violences contre les Rroms : résistances d’hier et d’aujourd’hui,
autour du livre Avava-ovava, (Al Dante 2014) en présence des auteurs Saïmir MileAnina CiuciuPierre Chopinaud, Lise Foisneau et Valentin Merlin.
+ Débat suivi d’un apéro festif au son
de DJ Rrom & Roll.

— Jeudi 4 décembre
• 19h > Plan de situation #7 : Consolat-Mirabeau
Un conte documentaire de Till Roeskens.
« Nous mettrons quelques chaises en cercle, et je vous raconterai ce que j’ai vu et entendu là-bas, dans ce petit coin du grand nord de Marseille. Je prendrai un bout de craie et tracerai sur le sol une carte des espaces fragmentés que j’ai parcourus deux années durant, du port jusqu’au sommet de la colline. Je vous dirai les êtres que j’ai croisés là et ce qu’ils m’ont confié de leurs vies mouvementées ».
+ Présentation de son livre À propos de quelques points dans l’espace (Al Dante, 2014)

— Vendredi 5 décembre
• 19h > La peau sur la table, lecture de Jérôme Bertin
suivi de lectures performées de
Stéphane Nowak Papantoniou
Anne Kawala

Détails

Début :
13 novembre 2014 18 h 00 min
Fin :
20 décembre 2014 19 h 00 min

Lieu

Centre européen de poésie
Téléphone :
04 90 82 90 66
4-6 rue Figuière, Avignon, 84000 France
Site Web : http://www.poesieavignon.eu/

 

â–º L’Association L’Autre Livre vous offre, du 14 au 16 novembre 2014 à l’Espace Blancs Manteaux (48, rue Vieille du Temple 75014), la possibilité de découvrir plus de 2000 livres, qui font rarement les têtes de gondole, quelque 400 auteurs de 160 maisons d’édition dont de nombreux éditeurs de province, mais aussi belges, suisses ou canadiens (entre autres, vous y retrouverez les éditions Al dante).

 

â–º Samedi 15 novembre 2014, 19H-21H, soirée proposée par les éditions Contre-mur, Librairie Le Lièvre de mars (21, rue des trois mages à Marseille) : lancement des inventifs posters signés Alain Cressan, Du jeu dans la lecture (version cartographiée) et Pierre Ménard, Les Accolades.

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