Libr-critique

28 mars 2021

[News] News du dimanche

On se plongera d’emblée dans un objet poétique inventif : Éclectiques Cités de Laure Gauthier… On découvrira ensuite une sélection de 8 livres essentiellement parus en mars… avant de goûter un épisode loufoque comme on les aime des « nouvelles aventures d’Ovaine »…

UNE : Laure Gauthier, Éclectiques cités

► Laure Gauthier, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander), ISBN : 978-2-492760-00-6.

« Les textes que j’écris articulent les attaques menées par la société capitaliste tardive
contre l’individu, son corps, sa langue, sa pensée,  donc sa singularité
et sa capacité à déjouer les assignations » (p. 17).

Entre la performance, le document et la poésie sonore, voici un objet poétique singulier, Éclectiques Cités. Sur Libr-critique, on lira/écoutera/regardera : Transpoèmes 1/2 ; Transpoèmes 2/2 ; « Rodez blues, 1/2 : De la relativité du silence » ; « Rodez blues, 2/2 : Ceci n’est pas un voyage autour de ma chambre ».

Éclectiques cités : Porto, Naples, Paris, Pompéi. Lieux : paysages naturels divers ; musées ; maisons… On reviendra bientôt sur l’architecture subtile du livre ainsi que sur l’invention d’un tel objet multipolaire.

26.03.21 Transpoèmes sur Radio Canut

Baptiste Caruana programme plusieurs transpoèmes sortis de l’album transpoétique Eclectiques Cités (Acédie58, 2021) dans l’émission POEZZ E CHRONIK sur Radio Canut. Ecouter : https://radiocanut.org/emissions/poezz-e-chronik/

♦ Rencontre radiophonique avec Laure Gauthier et l’équipe éditoriale d’Acédie 58 présentée par La Bibliothèque des Grands Moulins de l’Université de Paris en direct sur DUUU Radio de 17h à 18h30 le vendredi 2 avril entre les lignes / les mots / les signes / chaque matière…

Comment l’écriture devient-elle un vecteur de de métamorphoses, où chaque lieu traversé donne lieu à un glissement de sens ? Comment lire et interpréter ces transformations ? Quelle entaille creuse l’environnement dans le poème et que nous dit cet écart entre la voix de la situation et celle du texte. Quelles questions nouvelles émergent alors ?

Avec Laure Gauthier, poète et artiste transdisciplinaire, qui écrivait déjà « entre les mots de villon » (je neige (entre les mots de villon), LansKine, 2018), seront abordées ces questions à travers sa pratique de poète et ses recherches universitaires en se concentrant particulièrement sur son nouveau recueil et album transpoétiques Eclectiques Cités qui vient de paraître chez Acédie 58.

Comme Gauthier souligne dans la préface de Eclectiques Cités, « J’appelle transpoèmes des poèmes transgenres qui mutent et migrent. Passent d’une rive poétique à l’autre. Ce sont des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio ou de mon smartphone dans différentes situations et différents lieux.
Parler de transpoésie est bien sûr un clin d’œil en sympathie adressé aux travaux sur le genre. Les nouvelles avancées scientifiques et militantes sur le genre nous montrent la plasticité de celui-ci. Les transpoèmes entendent plaider pour la plasticité du genre poétique. Ni poésie sonore ni poésie écrite ni même poésie mixte mais une poésie dont le genre se modifie en fonction des situations. Hors sol, hors livre, ils prennent alors un autre sens…La voix est le carrefour béant entre le sens du texte et le corps du poète qui a fait l’épreuve secrète de ce texte en l’écrivant…Le transpoème est un carrefour naturel : l’écart entre la voix sous le texte et la voix sonore y est vivant et imprévisible. »

Lire entre l’auteur·trice et son texte, entre son corps et ses mots, entre le sens, le son et ses trajectoires…

Libr-8 (reçus et quasiment tous parus en mars 2021)

â–º Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne – 3 : Hubert Haddad, Line Amselem, Christian Prigent, Mona Ozouf, Laure Murat, éditions de la Sorbonne, automne 2020, 196 pages, 5 €.

► Élisabeth ROUDINESCO, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Seuil, coll. « La Couleur des idées », mars 2021, 288 pages, 17,90 €.

♠♠♠

► Aurélia DECLERCQ, RIKIKI, préface de Pierre Alferi, éditions de l’Attente, mars 2021, 92 pages, 12 €.

► Lionel FONDEVILLE, La Péremption, éditions Tinbad, mars 2021, 162 pages, 18 €.

► Typhaine GARNIER, Configures, éditions Lurlure, mars 2021, 96 pages, 15 €.

► Laure GAUTHIER, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander).

► Ryoko SEKIGUCHI, 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent), P.O.L, avril 2021, 256 pages, 19 €.

► Florence TROCMÉ, P’tit Bonhomme de chemin, Lanskine éditions, mars 2021, 56 pages, 14 €.

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

Alertée par la présence énigmatique de son loup, Ovaine, depuis très peu, s’est affectée au comptage des absents.

Les disparus, 37%, les pas là, 14%, les pas là non plus, 29 %, les invisibles, 17%, les morts, 6%, les décédés, 10%, les exfiltrés, 22%, les enlevés, 32%, les ôtés 11%, les suicidés, 13%, les morts-nés, 9%, les en voie d’extinction, 0,1%, les exclus du comptage, – 0,1%, les non voyants, +0%…

… Ce qui fait tout de même 200 absents sur 100 personnes non présentes au compteur.

Il urge de retrouver les 100 manquant à l’appel.

Après enquête sur une île déserte auprès des suspects, Ovaine remet son rapport : « Une population inquiétante d’absents prolifère en toute impunité. »

Décision est prise à l’unanimité de sonner l’heure de la dispersion.

6 décembre 2020

[Livres] Libr-kaléidoscope (1), par Fabrice Thumerel

Annus horribilis / annus libris… Si la lecture ne sauve rien ni personne (sic !), du moins elle maintient l’esprit en éveil : en cette fin d’année, LIBR-CRITIQUE vous propose un RV hebdomadaire, non pas sur les Beaux-Livres, mais sur les vrais livres – ceux qui rendent libr&critiques… Afin de franchir au mieux le passage de 2020 à 2021, on pourra découvrir les publications reçues très récemment ou une sélection de celles qu’on n’a pas encore pu évoquer…

 

► TXT, n° 34 : « Travelangue », éditions Lurlure, Caen, 27/11/2020, 200 pages, 19 €, ISBN : 979-10-95997-30-6. [n° 32 ; n° 33]
[N° 32, par Fabrice Thumerel dans La Revue des revues]

Présentation éditoriale. Avec ce numéro « Travelangue », TXT propose un périple à travers langues donnant une large place aux auteurs étrangers.
On y rencontre un jeune poète russe, Egor Zaïtsev, le brésilien Ricardo Domeneck, accompagné d’Augusto dos Anjos (1884-1914), ainsi que des pièces inédites en français de Raymond Federman.
On croisera aussi quelques « anciens » de TXT comme Christian Prigent, Philippe Boutibonnes ou le très rare Onuma Nemon.
On y découvrira des auteurs plus jeunes d’horizons divers, mais que rassemble une même exigence formelle, comme Stéphane Batsal, Jean-Paul Honoré ou Marine Forestier.
Le thème du voyage structure l’ensemble du numéro, ponctué de rubriques farcesques écrites à plusieurs mains : proverbes et dictons, circuits touristiques, stages poétiques, coutumes locales,  « craductions » utiles, etc.
Le voyage, aussi, comme métaphore d’une écriture exploratrice qui ne se contente pas du prêt-à-parler ambiant…

Les auteurs
Augusto do Anjos, Stéphane Batsal, Antoine Boute, Philippe Boutibonnes, Sonia Chiambretto, Ricardo Domeneck, Raymond Federman, Bruno Fern, Marine Forestier, Typhaine Garnier, Jean-Paul Honoré, Christian Jalma, Philippe Labaune, Ettore Labbate, Adrien Lafille, Pierre Le Pillouër, Jean-Claude Mattrat, Paul Morris, Onuma Nemon, Patrick Quérillacq, Christian Prigent, Yoann Thommerel, Thierry Weyd, Egor Zaytsev.

En bref. Ce qui ressort de cette livraison stimulante et jouissive, c’est une traversée des langues en droite ligne du « langagement » des années 70-80 – à commencer par celles de la domination.
La bonne nouvelle, donc, TXT renouvelle son engagement, il-faut-vivre-avec-son-temps, n’est-ce pas, se mettant au diapason du discours écolo en vogue – mais pas sûr que les Bellez’âmes apprécient : « Interroger, ausculter, diagnostiquer, comprendre les mutations climatiques, TXT s’y emploie en publiant des poèmes labellisés « Ã‰co ». Résolument pédagogos, ils permettent à un lectorat élargi de s’immerger jusqu’au cou dans les grands enjeux poétiques et climatiques d’aujourd’hui : glouglou. »
Vous en reprendrez bien un p’tit dernier pour la route :

« STAGE POÉSIE, NATURE & TRADITIONS

Partez à la découverte de vous-même
explorez votre rapport intime à la Nature

volcans enneigés, lacs turquoises, steppes à perte de vue, laissez-vous envoûter par la richesse de cette terre grandiose et repartez avec votre poème laqué en papier mâché (A4 ou miniature selon taille bagage) dans la pure tradition locale. »

 

► Michèle MÉTAIL, Mono-multi-logues, hors-textes & publications orales (1973-2019), Les Presses du réel/Al dante, novembre 2020, 312 pages, ISBN : 978-2-37896-163-3.

Présentation éditoriale. Ce livre rassemble les textes (inédits ou aujourd’hui introuvables) conçus comme partitions des publications orales de Michèle Métail depuis 1973.

Michèle Métail (née en 1950 à Paris) est poètesse, figure essentielle de la poésie expérimentale et sonore. Elle diffuse, depuis 1973, ses textes au cours de « publications orales », la projection du mot dans l’espace représentant le « stade ultime de l’écriture », son travail étant avant tout celui d’une « présence dans la langue ». Diapositives et bande-son accompagnent parfois ses lectures (plus de 500, en France et à l’étranger), entre oralité et visuel, où elle travaille l’allitération et l’assonance comme un parasitage, un brouillage du sens.
Auteure d’une thèse de doctorat sur les formes poétiques de la Chine ancienne, elle traduit des poètes chinois et allemands contemporains (Ursula Krechel, Christiane Schulz, Thomas Kling, Walter Thümler…), ainsi que de nombreux poètes chinois anciens.
Entrée à l’OuLiPo en 1975, Michèle Métail a pris ses distances vis-à-vis du groupe. Elle a notamment fondé en 1979 l’association « Dixit » avec Bernard Heidsieck, puis, en 1995, avec le compositeur Louis Roquin, l’association « Les arts contigus », qui a organisé plusieurs manifestations inter-disciplinaires.
Michèle Métail a reçu le Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou (prix d’honneur) en 2018.

En bref. Désormais, nous pouvons disposer des textes-partitions de Michèle Métail (pièces microphoniques, listes, ready-made, etc.), inédits ou introuvables. Dont le gigantexte n° 3 que, dans la somme qu’elle a dirigée en 2019 – La Poésie en trois dimensions -, Anne-Christine Royère décrit ainsi : « Matière d’images (1996) active quant à lui […] l’histoire des supports de l’écrit, en s’inscrivant dans la lignée du travail typographique des avant-gardes futuristes et dadaïstes. […] Ces feuilles sont autant d’affiches réalisées à l’aide d’un « pochoir industriel » […]. Le texte, consacré à la typographie, utilise celle-ci de manière expressive, joue sur la taille et la couleur de la police comme sur la linéarisation/délinéarisation des mots » (p. 170).

 

► Stéphane VIGNY, PLAIRE, entretien de Stéphane Vigny avec Éva Prouteau, textes de Jean-Michel Espitallier et de Charles Pennequin [français / anglais], Les Presses du réel, novembre 2020, 160 pages, 25 €, ISBN : 978-2-9535809-5-2.

Présentation éditoriale. Première édition monographique de Stéphane Vigny, pensée comme un objet à plusieurs entrées de lecture (la musique, l’architecture, le design, le cinéma ou encore l’érotisme), tout comme le sont les sculptures de l’artiste.
L’ouvrage réunit d’une part un ensemble représentatif de reproductions d’Å“uvres, d’images de références comme outils de travail de l’artiste. Ce vaste ensemble documente vingt années de pratique permettant de parcourir son évolution à travers différents contextes de présentation. Mais cette monographie est aussi pensée comme un espace à investir telle une exposition où des pièces, encore inédites, viennent s’immiscer discrètement. Le lecteur est invité à une promenade indisciplinée à travers un parcours oscillant entre des Å“uvres passées, des Å“uvres inédites, des vues d’expositons, des images d’archive ponctuées de textes de Jean-Michel Espitallier, Charles Pennequin et d’un entretien entre Éva Prouteau et Stéphane Vigny.
À travers un usage répété du prélèvement et du réemploi, Stéphane Vigny (né en 1977, vit et travaille à Paris) développe une pratique sculpturale de l’assemblage. Par association de formes préexistantes, cette manière de faire de la sculpture se fonde sur l’idée que toute matière préformée, quel que soit son lieu d’extraction, est potentiellement utilisable. Jouant tantôt de la surdimension tantôt de la sousdimension, il associe des gestes, des techniques, des matériaux et des savoir-faire en mettant l’accent sur l’usage fertile mais aussi dissonant de la collision hétéroclite des motifs et des formes ainsi que sur l’assimilation d’objets issus d’autres champs que celui de l’art. La curiosité de Stéphane Vigny pour l’hétérogénéité lui offre un champ d’expérimentations et de découvertes infinies qu’il aime explorer sans cesse.

En bref. Ce volume, enrichi de nombreuses illustrations (on en trouvera 151 sur le site de l’artiste), arrive à point nommé pour présenter une œuvre singulière : « L’art de Stéphane Vigny renouvelle en permanence ses rapports à l’objet, et aux actions de réemploi, d’appropriation et de mixage directement rattachées à la pratique de l’assemblage » (E. Prouteau). Stéphane Vigny, drôle de zigue s’il en est, si l’on en croit Charles Pennequin : « Il voulait rester en bons termes avec lui-même, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il avait décidé d’être deux »… Ce patronyme de Vigny, Jean-Michel Espitallier le fait parler en propre : « le rythme, c’est la transe, hypnose et ivresse »…

 

► Séverine DAUCOURT, Noire substance, éditions Lanskine, automne 2020, 36 pages, 13 €, ISBN : 978-2-35963-035-0.

Présentation éditoriale. La maladie de Parkinson est caractérisée par la disparition de neurones dans une zone particulière du cerveau appelée « substance noire » ou « Locus Niger » . Noire substance est un texte, le résidu d’une expérience intime : la mort programmée du père de l’autrice, touché par cette pathologie. Il tente de relater cet étrange voyage au cours duquel le moi se délite et où le corps seul finit par compter et imposer sa façon de parler.
Même s’il intègre à la narration les détails des conséquences de la dégénérescence, ce récit n’est que la vérité de celle qui l’a écrit en cherchant, comme dans ses précédents livres, à ne jamais mentir, à saisir l’abrupt de la vie pour y débusquer aussi l’improbable douceur.

En bref. Ce huis clos dramatique est scandé par un compte à rebours tragique : de « Onze » (« Il se croit mort depuis trois ans ») jusque « Un » (« Au funérarium, le défunt n’appartient plus aux siens »)… Entre ces deux bornes, un récit distancié qui n’omet rien de ce qu’endurent des figures génériques : « le vieux », « l’épouse », « la fille »…

2 février 2020

[Texte] Typhaine Garnier, Gwerz garnie

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 21:17

Avec « Gwerz garnie », Typhaine Garnier renoue avec le carnavalesque façon Prigent et TXT, dont elle a repris le flambeau avec Bruno Fern et Yoann Thommerel.

 

À matein dame ! au bas du lit
une mini boule eud poils sangui
nolente avec bouts d’os collés
merci matou m’a rapoplé

les mochtés neires qu’on m’a contées
entre l’casse-croûte et la ventrée
en quantité pour concocter
cette petite gwerz entrelardée :

« pas d’bouche-tripe avant la mangerie
ce soir c’est light because régi
me la mère Lise tu sais cette co
naissance folle è quête des colo

cataires c’est d’puis qu’elle a bouté
mes madleines è zont pas doré
bon tant pis son bonhomme d’une droite
aux soins palliatifs que des tarte

lettes pommé boudin en tapas
et basta mais chôme pas dans l’sas
t’as l’droit de tirer l’affubla
tote seule dans c’manoir a peut pas

l’aute fois sa fille avec un verre
tu m’fais des ronds et son éner
gumène d’mari y sont passés
mais sieute teu don et tu les mets

au fond du jardin un intrus
dans l’moule silicone disparu
illico une cuillère petite
d’pommé sur chaque gare ça cuit vite !

Pour ceusses fine bouche qui raffolraient
pas du boudin ils lui ont fait
des makis frais d’à matein : « vends ! »
petits rouleaux eud riz collant

mais la baraque est pas vendable
un bout cru eud saumon une algue
neire autour des pièces en tous sens
faudrait casser bonjour dépenses

manque de bol Nicole son aute fille
c’est qu’une soupe après mes lentilles
j’les pèse un jour son homme y lave
la carotte merci le gnard bave

comme savonnette et splach la pulpe
sur le carrlage  le juge inculpe
la babysitteuse (entre amis)
l’gluant handéquipé à vie

sauf rebelote le lait d’coco
dans l’escayer ciré l’cerveau
tout en teurgoule qui dégouline
et mon curry d’épicerie fine

il est où ? zont r’pondu fissa
trois d’un coup la cata plus qu’à
plucher l’oignon et tout mixer
m’étonnrait que ça va rentrer

faut croire que l’chin teu trop taiseux
qu’les cris manquaient sors-moi les que
nelles de brochet beurre lait m’dis pas
qu’t’as jamais fait eud sauce nantua ?

D’abord on préchauffe comme Blandine
la concierge en pluie la farine
qui s’est ruinée pour des implants
et un benêt de vingt-cinq ans

pis tu délaies toujours en thèse
sans cesser d’remuer les prothèses
ont pas tenu l’gars y s’en fout
que ça épaississe à feux doux

y quitte pas l’pieu tandis que l’aute
l’italo sel poivre et biscot
tos macho s’languit à la porte
gominé fond de teint feuille morte

tout à la fin le cognac même
qu’y dort dis dans son Audi crème
fraîche mais un soir bisque de homard
gros cafard basta au rasoir

chte raconte pas trois jours après
l’santimant d’pont-l’évêque fermier
le vrai emballé dans l’ouesteu
France page obsèques que d’mander d’mieux

pour finir fais bouillir le lait
sur cette pauv madame qui s’croyait
bout des ennuis un jour sa fille
avec la gousse dedans d’vanille

tombe nez à nez avec la chienne
fendue en deux pendue vilaine
cravate de son mari au cou
et lui tout raide pendu itou

détail sordide avec la laisse
chfouette jaunes et suc s’il monte tu baisses
personne pige il teu avocat
pas un mot zéro maïzena

femme et gamins tous en HP
comme l’père Yvon qu’j’ai invité
cht’avais pas dit ? lui qu’est-ce qui boit !
la galette j’ai pris qu’une pour trois

lui faut ses deux lites (ou quinze verres)
infect il est pas nécessaire
de réchauffer y d’vient gaga
paraît qu’ça donne un goût de gras

mais ça l’sort un peu du sordide
tête à tête avec fauteuil vide
j’ai r’monté les stocks de mouchoirs
quilles au cas où dans mon placard

les nuits y s’cogne à ses fantômes
une vraie madeleine à hématomes
à côté l’est craquant l’Ankou
et si on s’buvait un petit coup ? »

3 novembre 2019

[News] News du dimanche

En cette première quinzaine de novembre, vos Libr-événements à Nantes (Le Lieu Unique) et Paris (avec notamment le Salon de l’Autre Livre)… Mais auparavant, tous vos RV du séminaire sur « les pratiques d’évaluation dans l’art et par l’art »…

DÉSINVISIBILISER LES PRATIQUES D’ÉVALUATION DANS L’ART ET PAR L’ART », NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019

Séminaire ouvert au public (Nancy Murzilli)

Master ArTec (également ouvert au Master 2 PCAI, Master 2 Création littéraire et Masters associés)

Séances du 5 novembre au 10 décembre 2019. Le séminaire sera clôturé par une journée d’études le 19 décembre au Centre Pompidou.

ARGUMENTAIRE

Ce séminaire/atelier de recherche-création s’inscrit dans le cadre du projet de recherche-création soutenu par l’EUR ArTeC « Évaluation générale. L’Agence de notation comme dispositif artistique » (https://evalge.hypotheses.org).

Sous l’effet du néolibéralisme et de la révolution numérique, les activités d’évaluation s’emballent, se généralisent deviennent frénétiques et paradoxales. Ce séminaire a pour but d’explorer et de comprendre les problèmes publics spécifiques que soulève la généralisation de l’évaluation. Son objectif n’est pas de faire simplement communiquer les produits de la recherche théorique et de la pratique artistique, mais de faire en sorte que leurs processus s’interpénètrent dans une pratique expérimentale qui les met en acte. Pour ce faire, seront analysés et mis en place des dispositifs artistiques et d’enquête appelés à intervenir en situations institutionnelles réelles afin de désinvisibiliser non seulement ce qu’est l’activité d’évaluation-notation mais aussi ses effets concrets immédiats.

Il s’agira, avec l’intervention de poètes et d’artistes  (Christophe Hanna, Franck Leibovici, Eva Barto, Antoine Dufeu et Natacha Guiller), de se munir d’outils d’évaluation alternatifs à ceux que nous offrent les modèles institutionnels et économiques dominants.

Des activités d’évaluation non orthodoxes seront proposées à toutes les étapes du séminaire.

Le séminaire se conclura par une journée d’études au Centre Pompidou intitulée « Évaluer l’art : commissions, subventionnements, mécénats », qui mettra en perspective les réflexions menées dans les ateliers, où artistes, chercheurs et acteurs du domaine s’interrogeront sur la façon dont sont évalués les œuvres et les projets artistiques dans le cadre des politiques de financement de l’art, sur la pertinence des méthodes de sélection, et sur les alternatives à une évaluation de l’art soumise aux logiques du marché.

PROGRAMME

Séance 1 – mardi 5 novembre, 14h-18h

« Agence de notation »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Christophe Hanna

Contenu : « Tous évalués ! », c’est à cette injonction, qui nous vise (presque) tous aujourd’hui, que se propose de répondre Agence de notation. Cette agence de notation alternative conçue par Christophe Hanna, se déploie dans le projet de recherche-création « Évaluation générale » dirigé par Nancy Murzilli. Son action consiste à investir des espaces protégés de l’évaluation où n’existe encore aucune forme d’expertise instituée, et de les soumettre à une évaluation d’un autre genre, de façon spectaculaire, sous la forme de performances en public, avec des évaluateurs libres de toute influence et jouant cartes sur table. Durant cet atelier introductif, seront explorées les relations entre écriture et institution à travers l’exemple de l’Agence de notation, dont Christophe Hanna racontera l’histoire. On réfléchira aussi en direct sur ce que peut signifier la notion d’écriture évaluative.

Christophe Hanna est enseignant de littérature et écrivain. Au sein du groupe informel « La Rédaction », il rédige des « rapports » informatifs en inventant des formes procédurielles. Il les publie dans diverses revues (Nioques, Musica falsa, Axolotl, Éc/arts…) ou sous la forme de livres (Valérie par Valérie, Al Dante, 2008 ; Les Berthier. Portraits statistiques, Questions Théoriques, 2012). Christophe Hanna dirige par ailleurs la collection de théorie littéraire « Forbidden Beach » aux éditions Questions théoriques.

Séance 2 – mardi 12 novembre, 14h-18h

« L’addition, s’il vous plaît? »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Antoine Dufeu

Contenu : Derrière une question aussi triviale, l’entité économique qui émet l’addition est légalement tenue de rendre des comptes, essentiellement un compte de résultat et un bilan. En s’intéressant aux grandes masses qui les déterminent, on se demandera comment il serait possible de les faire évoluer.

Ancien contrôleur de gestion et journaliste auto, Antoine Dufeu est poète, écrivain et dramaturge, professeur, éditeur et revuiste. Depuis 2009, il collabore régulièrement avec Valentina Traïanova sous l’entité Lubovda. Il a fondé la plateforme de recherche Lic en 2012. Il a fondé en 2015 et dirige avec Frank Smith la revue RIP. Il est membre du comité rédactionnel de la revue Multitudes depuis 2015. Il a co-fondé et co-dirigé IKKO (2002-2009) et la revue MIR (deux numéros en 2007 et en 2009). Il est responsable du pôle « écrit » et de l’édition de l’école de design Strate. Avec Fabien Vallos, il a co-dirigé les éditions Mix de 2015 à 2018.

Séance 3 – mardi 19 novembre, 14h-18h

« Art without property,(un)valued art? »

Rendez-vous : au DOC ! dans l’atelier d’Eva Barto (26/26bis rue du docteur Potain 75019 Paris), 14h-18h.

Intervenant : Eva Barto

Contenu : “(…) avoiding description, our character deals with ambivalences stemming from property issues, such as broad definitions of what owning could mean (a legal loophole mastery, a misleading language apparatus, an ambiguous philanthropist posture), on what authorship could reclaim (see plagiarism studies), on how power can leak and decrease (unmanaged time, undisplayed images, unexpected downturns) (…)”

Langue de l’intervention : français

Eva Barto remet en cause les enjeux qu’impliquent la propriété en déstabilisant le statut de l’auteur ainsi que l’économie de production et de diffusion des œuvres. Elle constitue des environnements ambigus, des contextes de négociations apparemment dénués de particularités dans lesquels il est difficile de saisir ce qu’il faut considérer ou laisser pour compte. Les objets qu’elle conçoit sont des emprunts au réel qu’elle copie ou modifie pour leur donner une valeur d’imposture. Le pouvoir revient ici aux parieurs, aux falsificateurs et aux coupables de plagiat. Son travail à fait l’objet de plusieurs expositions personnelles à l’IFAL (Mexico,2013), à La BF15 (Lyon,2014), à Primo Piano (Paris, 2015) et plus récemment à la galerie gb agency (Paris, 2016), au Centre d’Art de la Villa Arson (Nice 2016), au Kunstverein Freiburg (2019) et prochainement au Kunstverein Nuremberg, au LVH Pavillion (Berlin) ainsi qu’à la Galerie Max Mayer (Düsseldorf). Depuis 2018 elle mène une série de réflexions et actions sur le milieu de l’art en tant que monde du travail au sein du groupe La Buse ainsi qu’avec Estelle Nabeyrat sous le format de l’émission ForTune, diffusée par la radio Duuu*.

Séance 4 – mardi 26 novembre, 14h-18h

« « J’ai été sous-diagnostiquée ». Révision chronique des protocoles d’examen clinique »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Natacha Guiller

Contenu :  Il sera proposé aux participant-es de revisiter et de détourner des formes de récit et de notation, ainsi que des dispositifs d’évaluation procédant du monde de la santé, dans un souci de recyclage, de réappropriation et d’exploitation poétique, publique et immodérée de données personnelles et intimes, sur l’exemple de multiples formes de hacking exercées sur mon propre dossier patient.

Artiste, poète, performeuse, Natacha Guiller (SNG) explore le monde et l’existence à travers des dispositifs artistiques et de communication protéiformes, autobiographiques et parallèles qui génèrent la rencontre, la transmission et une création-témoignage arborescente basée sur le recyclage, la collecte d’archives, le détournement et la transformation des matériaux, l’hybridation d’univers a priori incompatibles ou paradoxaux et la culture du mélange des genres.

Séance 5 – mardi 3 décembre, 14h-18h

« un dessin pour mieux voir »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Franck Leibovici

Contenu : l’évaluation ne peut être réduite à un effet du néo-libéralisme, de la révolution digitale, ou du contrôle institutionnel. elle est une activité partagée, et routinisée dans nos activités quotidiennes. ainsi, face à une œuvre d’art, pour rendre compte et partager l’œuvre en question avec des amis, nous produisons bien souvent une évaluation en lieu et place d’une description littérale : “j’aime / je n’aime pas”, “cela m’intéresse, cela m’ennuie”. ces moments comptent alors parmi les propriétés de l’œuvre, et sont constitutifs de sa présence au monde, au même titre que ses dimensions, son medium, ou son année de création. rendre visible cette propriété, c’est alors non plus partir des intentions de l’artiste, ni du “projet artistique”, mais des usages réels des œuvres. mais comment la rendre visible ?

franck leibovici est poète et artiste. il a tenté de rendre compte des conflits dits «de basse intensité», sous la forme d’expositions, de performances et de publications, à l’aide de partitions graphiques et de systèmes de notation issus de la musique expérimentale, de la danse, de la linguistique – un mini-opéra pour non musiciens (mf, 2018). il a également publié des correspondances de spams et des discours de 70 heures (lettres de jérusalem, 2012 ; filibuster, jeu de paume, 2013). son travail sur les écologies de l’œuvre d’art a pu prendre la forme d’albums panini, de transcriptions de conversations ordinaires comme de dessins de visualisation – des récits ordinaires (les presses du réel / villa arson, 2014, avec grégory castéra et yaël kreplak) – ou d’installations – the training, an artwork for later and after, biennale de venise, 2017. depuis 2014, franck leibovici travaille avec julien seroussi, à un cycle d’expositions intitulé «law intensity conflicts» et de publications (bogoro, questions théoriques, 2016) autour de l’invention de la justice internationale contemporaine et du premier procès de la cour pénale internationale (cpi) de la haye.

Séance 6 – lundi 9 décembre 17h

« De la finance algorithmique aux circuits opaques de la finance offshore »

séance commune avec le séminaire ARTS & CRISE. L’ÉCONOMIE À L’ŒUVRE. Production, représentation et réception de l’économie dans les arts, PCAI, animé par Martial Poirson.

Rendez-vous : INHA, salle Walter Benjamin, à partir de 17h

Intervenants : Collectif RYBN, rencontre animée par Marie Lecher (Gaîté Lyrique)

Séance 7 – mardi 10 décembre, 14h-18h

« Rendu public des ateliers »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h

Séance consacrée au rendu public des ateliers au moyen d’une création personnelle ou de groupe  (performance, lecture, présentation d’une création plastique, d’une mini-exposition, etc) qui sera filmée et mise en ligne sur le site (https://evalge.hypotheses.org)

Journée d’études – jeudi 19 décembre, 13h30-19h

« Évaluer l’art : commissions, subventionnements, mécénats »

Rendez-vous : Centre Pompidou Petite salle (13h30-19h00)

Présentation : https://evalge.hypotheses.org/1546

Responsable  :  Nancy MURZILLI, Université Paris 8 : nancy.murzilli@univ-paris8.fr

Libr-événements

► Agenda de Jean-Michel Espitallier : 

• Jeudi 7/11 – 21 h. Iris Purple (tribute to John Giorno). Anne-James Chaton : électronique + texte. Jean-Michel Espitallier : batterie. Avec la voix de Thurston Moore. La MECA, Bordeaux.

• Mardi 19/11, 19h. Le Grand R – scène nationale. Medley Spit (lecture-performance), La Roche-sur-Yon.

• Samedi 23/11, 14h30. World Is A Blues. Avec Kristoff K.Roll. Halle des Douves, Bordeaux.

• Mercredi 27/11, 18h30. À propos de Tourner en rond: de l’art d’aborder les ronds-points (PUF, 2016). ENSCI, 48, rue Saint-Sabin – 75011.

Vendredi 29/11, 20h. World Is A Blues. Avec Kristoff K.Roll. Festival « Et + si affinités ». Le Vent des Signes, Toulouse.

► Du 8 au 11 novembre, Salon de l’Autre livre à Paris :

Avec notamment les éditions Lanskine :

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â–º Le dimanche 17 novembre, 16H à L’Anachronique (42, rue du Mont Cenis 75018 Paris), Laure Gauthier invitera la poète Séverine Daucourt à présenter Transparaître (LansKine, 2019) et à dialoguer avec elle et le public.

► Le mercredi 20 novembre à 19H30, Le Lieu Unique (2, Quai Ferdinand Favre à Nantes), Lecture-concert de Christophe Manon & Frédéric D. Oberland (guitare), suivi d’un entretien animé par Guénaël Boutouillet.

5 juillet 2019

[Chronique] Typhaine Garnier, Massacres, par Bruno Fern

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Typhaine Garnier, Massacres, postface de Christian Prigent, éditions Lurlure, Caen, en librairie à partir de ce 5 juillet 2019, 112 pages, 15 €, ISBN : 979-10-95997-21-4.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour son premier livre en solo (1) Typhaine Garnier n’y est pas allée de main morte, comme le titre l’indique, même si elle manie plutôt le scalpel que la tronçonneuse en opérant à la syllabe près. En effet, ayant sélectionné trente poèmes qui appartiennent pour la majorité au patrimoine littéraire (ici présentés en regard de leur version « massacrée »), elle tire de chacun d’eux un autre texte en conservant la métrique et, dans la mesure du possible, les sonorités. Bien entendu, cette procédure exige autant de rigueur que d’inventivité car le modèle résiste à la moulinette où il finit malgré tout par passer. Cela dit, loin de ne constituer qu’un simple exercice de virtuosité, cet ouvrage offre de multiples intérêts.

Tout d’abord, d’une « intro d’envergure » à une « coda à s’pendre » (tirée de l’Ode à Cassandre de Ronsard), la massacreuse en chef s’attaque vigoureusement aux poncifs des gendelettres pour lesquels certains auteurs semblent n’avoir écrit que pour fournir en matière première les épreuves du bac de français. À ce désossage radical contribue notamment la partie du livre parodiant les notes et consignes scolaires – on appréciera d’y lire, entre autres perles lagardémichardesques : « la Poésie, qui est le chant de l’âme », « commentez cette belle image », « Loin des servitudes urbaines funestes à la rêverie, les âmes blessées par la vie trouveront dans la Nature un refuge apaisant pour le cÅ“ur et favorable à la poésie » ou « Ce poème, d’une poésie délicate et pleine de rêve, contient un hymne à la Femme qui compte parmi les plus justes et les plus émouvants », de tels propos n’étant guère éloignés, hélas, de ceux tenus dans le cadre du poétiquement correct ayant toujours pignon sur rue ici ou là . (2) Par ailleurs, l’opération que nécessite chacun des nouveaux textes implique des éléments heureusement étrangers à ces clichés, ce dont témoigne le lexique employé, du savant à l’argot avec, en sus, archaïsmes, franglais branché, sigles, néologismes, etc. – bref, tous les mots de la tribu et non pas le résultat d’une prétendue purification. De plus, les contraintes rythmiques et sonores obligent souvent l’auteur à adopter une syntaxe pour le moins atypique ainsi qu’à recourir fréquemment à l’élision et à des coupes acrobatiques : « écor- / Ces, dents… » ; « moi je / Dépliais » ; « Où s’ / met » ; « de su- / Ite ». Un travail aussi minutieux permet de conserver en arrière-plan la soufflerie du poème originel et correspond à une véritable pratique du vers et non au découpage de grammaire fonctionnelle à quoi se réduit pour beaucoup le vers dit libre. Ce déboulonnage en règle des classiques ne s’arrête pas là puisque les thèmes abordés en six parties (« L’amour de l’art », « Les délices de la vie », « La fraîcheur rustique » , « L’ardeur de la passion », « Le transitoire », « Les revers du sort ») le sont effectivement mais sous un angle qui a tendance à virer au grotesque : « J’essuie la très nerveuse meuf au con salé, / La pince (le Captain a l’amour en phobie), / Sa sale étole est moche, et son tutu zélé / Me sort par les naseaux , d’où la belle embolie ! » (3) Quant aux nombreuses références diversement explicites, elles illustrent elles aussi le parti pris d’une hétérogénéité tous azimuts : elles vont d’Homère à Astérix en passant par Villon, Bataille, Sade, Jarry, Cervantès et Prigent – liste non exhaustive. Il ne s’agit donc pas de faire table rase de l’histoire littéraire mais de dénoncer le risque toujours actuel de sa momification, la plupart des textes du corpus massacré faisant indéniablement partie de ceux que Typhaine Garnier admire car pour elle, comme l’affirme Christian Prigent dans sa postface, il y a « derrière ses impiétés : sacre et massacre, indissolublement ».

Enfin, il faut souligner le fait que les poèmes issus de cette entreprise – qui n’est pas que de démolition – ne veulent pas rien dire. Ainsi on y trouve de fréquentes allusions à l’écriture en cours : « Rature, benne le chant des mots, fais ta loi ! », « La viande idiote, décale sons, qu’on s’marre ! », « – Ici, mon bic s’effondr’, jeux de mots broient l’esprit ! / Ovipare lexique, c’est nul : j’élimine. », « Vers défrisants ponds, toqué de bons mots », des allusions similaires étant également présentes dans certains textes de départ comme celui de Jacques Peletier du Mans (« Qui d’un Poëte entend suivre la trace / En traduisant, et proprement rimer »), celui, vrai guide méthodologique, de Tristan Corbière, 1 Sonnet, avec la manière de s’en servir, ou bien encore le titre de celui de Théophile Gautier, Adieux à la poésie. En outre, chaque poème garniérien, malgré les torsions drastiques imposées par la contrainte, parvient à atteindre une cohérence interne : scènes érotiques, évocations du monde littéraire, problèmes de poids, recettes de cuisine, soucis de santé, conseils de jardinage, démarches immobilières, péripéties informatiques, etc., se succèdent et finalement la profusion hétéroclite dont est faite une vie passe à travers ce tamis sophistiqué. Le ton sarcastique qui domine le livre n’exclut pas cette dimension existentielle où affleure parfois une certaine gravité, même si Typhaine Garnier excelle dans l’art de la pirouette : « J’émanais là, le groin dans les moches corvées ; / Mon palotin autiste aviné tudait mal ; / J’ai les sous, le fiel m’use et j’éteins tout vénal / Sot blabla ! Dans ma cour, cent Didon j’ai crevées ! » (4)

(1) Elle a publié en 2015, aux côtés de Christian Prigent et Bibi, un ouvrage constitué de « craductions » du latin, Pages rosses.

(2) Un exemple récent avec le Prix Goncourt de la poésie remis à Yvon Le Men que nous devrions remercier, selon Tahar Ben Jelloun, « d’avoir traduit pour nous le bruit de l’eau et la poésie du vent quand il traverse les branches de l’arbre de vie ».

(3) En écho au début d’ »El Desdichado », de Gérard de Nerval.

(4) Vers tirés du premier quatrain de « Ma Bohème », de Rimbaud – de ce dernier signalons au passage, chez le même éditeur, la parution récente de Vers nouveaux, dans une présentation d’Ivar Ch’Vavar qui vaut d’être lue.

23 juin 2019

[News] News du dimanche

Passons en été avec un Libr-10 à déguster au cours de savoureuses soirées… Et aussi nos Libr-événements, du Nord au Sud…

Libr-10 (printemps 2019) /FT/

► Jacques PRÉVERT, détonations poétiques, sous la direction de Carole Aurouet et de Marianne Simon-Oikawa, Actes du colloque international de Cerisy, Garnier, 356 pages, 35 €.

► ARNAUDET Didier, Les Jambes sans sommeil, Le Bleu du ciel, 120 pages, 15 €.

► BERLOTTIER Sereine et LIRON Jérémy, Habiter, traces & trajets, Les Inaperçus, 136 pages, 17 €.

â–º DÉSAGULIER Christian, Leçon d’algèbre dans la bergerie, éditions Terracol, 846 pages, 25 €.

► GARNIER Typhaine, Massacres, éditions Lurlure, 112 pages, 15 €.

► MÉNÉCÉE, Le Voluptueux inquiet (réponse à Épicure), présentation et traduction de Frédéric Schiffter, Louise Bottu, 50 pages, 8 €.

â–º PASCAL Maxime Hortense, L’Usage de l’imparfait, Plaine page, 170 pages, 15 €.

► RAMIER Louise, Partition, Louise Bottu, 130 pages, 14 €.

► ROLAND Alice, Portulan, P.O.L, 256 pages, 18,50 €.

â–º TARDY Nicolas, Monde de seconde main, éditions de l’Attente, 112 pages, 13 €.

Libr-événements

► Mardi 25 juin à 18H30, Silencio (142, rue Montmartre 75002 Paris) :

â–º Du 25 au 30 juin 2019, au Monte-en-l’air (71, rue de Ménilmontant 75020 Paris) : Festival Tremble Parlure

Chaque jour des lectures, des discussions avec des romanciers, des poètes, grands bégayeurs ou remuants causeurs, de France, de Belgique ou du Québec, de la musique aussi… Chaque rencontre s’articulera sur le dos de thèmes dûment choisis, le parler fou par exemple, le parler cru, cuit ou mi-cuit, ce qui se trame dans l’enfance quand elle se parle, l’enfance considérée comme un outil de connaissance d’un réel plus vif, à la fois plus rouge et plus vert, les bestiaires les fantômes la ville et les forêts tout ce qui tremble dans la langue et, partant la fait trembler, tremble parlure. Chaque soir les auteurs seront invités à lire des extraits de leur choix, à se rencontrer, à dialoguer.

Mardi 25 juin, 19h30, Eugène Savitzkaya, discussion, lecture.
Mercredi 26 juin 19h30, Hervé Bouchard, Gaëlle Obiégly et Arno Calleja, discussion, lectures.
Jeudi 27 juin 19h30, Eric Chevillard et Boris Wolowiec, discussion ; Jean-Daniel Botta & Léonore Boulanger, performance.
Vendredi 28 juin 19h30 (à Pan Piper) : Hervé Bouchard donnera une lecture en ouverture de soirée ; puis, concert
de Loup Uberto & Lucas Ravinale (France), membres du trio Bégayer brutalisent à deux voix tout un répertoire de chansons rurales italiennes couchées sur percussions abrasives et instruments tournoyants.
Samedi 29 juin 17h00, conférence performée de Catherine Lalonde.
Samedi 29 juin 19h30, Christophe Manon et Dorothée Volut, discussion, lectures.
Dimanche 30 juin 16h00, carte blanche à la revue La Mer gelée (France-Allemagne), avec Bernard Banoun, Antoine Brea, Noémi Lefebvre, Laurent Grappe, Alban Lefranc, Aurélie Maurin, Benoît Toqué (liste non exhaustive).

â–º Du 27 au 30 juin, Numéro R – Salon des revues de création poétique en région Sud.
Avec les revues :
Arapesh, Art Matin / GPS, Attaques, Babel Heureuse, Bébé, Fondcommun, GPU, K.O.S.H.K.O.N.O.N.G, La revue des revues, Legovil, Pavillon critique, Phoenix, Mettray, Muscle, Nioques, Teste – véhicule poétique, Toute la lire.

En coproduction avec les Périphéries du 37e Marché de la poésie de Paris et Ent’revues. Entrée libre et gratuite, de 11h à 18h.

ORGANISATEUR : CIPM – CENTRE INTERNATIONAL DE POÉSIE MARSEILLE = Centre de la Vieille Charité – 2 rue de la Charité 13236 MARSEILLE
04.91.91.26.45

► Vendredi 28 juin à 20H, Poètes en Résonances : 8, rue Camille Flammarion (75018 Paris) :

17 février 2019

[News] News du dimanche

On commencera par (re)découvrir un brûlot de Bernanos qui ne peut que nous concerner aujourd’hui ; ensuite, deux Libr-événements à la UNE (Novarina/Orain et le groupe TXT) et l’agenda de Lucien Suel.

UNE : À (re)lire absolument, La France contre les robots de Bernanos /Fabrice Thumerel/

Georges Bernanos, La France contre les robots (1947), rééd. Louise Bottu, coll. « Inactuel / Intempestifs », février 2019,
132 pages, 10 €, ISBN : 979-10-92723-20-5.

Riche idée, en ce début de siècle assez catastrophique, que de republier cette réflexion à la fois intempestive et inactuelle dans une édition soignée !

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le constat est implacable : « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie » (p. 103). En cause, la « civilisation des Machines », à propos de laquelle l’écrivain pamphlétaire pose une question cruciale : nous fait-elle gagner en humanité ?

L’auteur des Grands Cimetières sous la lune a parfaitement saisi les ressorts de nos démocraties technocratiques : « La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité » (107) ; elle n’est pas tant le fruit des savants que le dispositif mis en place de façon pragmatique par des hommes d’argent, cupides et cyniques… Et comme la masse éprouve plus le besoin de confort que de vertu, son triomphe est assuré ! D’autant que les « machines à bourrer le crâne » sont redoutablement efficaces et que cette société de masse est gangrenée par les spéculateurs…

Si la dictature qui venait de sombrer n’était que « la Masse incarnée » (108), la société capitaliste qui l’emporte désormais sous le nom de « Démocratie » n’est qu’un monde ignoble régi par les désirs préfabriqués de cette Masse. Y prédominent les Imbéciles au détriment des « inconformistes » (savants, artistes, écrivains ou originaux divers). Imbéciles : y compris et surtout ceux qui exercent des professions intellectuelles – car ils brilleront au service de la Technique ! Les perspectives ouvertes en fin de volume ne peuvent que nous glacer : « Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? » (114) ; « La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre » (11)…

Libr-événements à la UNE

â–º Jusqu’au 2 mars au Théâtre de la Cité internationale (75014) : Cédric Orain, Notre parole, textes de Valère Novarina.

Tout commence par un article, sobrement intitulé « Notre Parole », publié en 1988 dans Libération. L’auteur ? Un poète inclassable à la langue vive et pointue, Valère Novarina. Avec ce style qui n’appartient qu’à lui, il y dénonce le traitement de la parole par les médias et la façon dont ils s’acharnent à lui ôter sa profondeur et son étrangeté. Dans un dispositif proche du plateau de télévision, les corps enfermés dans un langage médiatique sont poussés à éprouver leurs propres limites, avant que l’amplitude poétique de la parole ne vienne enfin les délivrer.

Théâtre de la Cité internationale : 17 bd. Jourdan 75014 Paris / 01 43 13 50 50 – accueil@theatredelacite.com.

► Samedi 23 février 2019, de 15h à 17h au Reid Hall (4, rue de Chevreuse 75006 Paris) : soirée TXT, avec Jacques Demarcq, Bruno Fern, Typhaine Garnier Christian Prigent et Yoann Thommerel. Et les voix de : Eric Clémens, Alain Frontier, Valère Novarina, Charles Pennequin et Jean-Pierre Verheggen.

En mai 2019 paraîtra TXT n° 33, entremêlant une littérature qui cherche à produire un bruit neuf, des œuvres de plasticiens et des rubriques almanachiques : solutionnages miraculeux, célébrages farcesques, craductages trilingues, délectages littéraires et force décervelages pour chaque mois !
La Mél et la librairie Tschann s’associent au groupe TXT pour fêter ce retour à l’occasion d’une rencontre au Reid Hall. Entrée libre, dans la limite des places disponibles. Directrice de la Mel : Sylvie Gouttebaron = s.gouttebaron@maison-des-ecrivains.asso.fr / Contact Presse : Lisette Bouvier (l.bouvier@maison-des-ecrivains.asso.fr).

Agenda de Lucien SUEL

► PARIS, le 8 mars 2019, à partir de 19h30, à l’Hôtel Marignan, lecture-performance dans le cadre des vidéo-poèmes réalisés par Pierre Lamassoure. Entrée libre.

► SENLIS, le 9 mars 2019, à 15h30, à la Librairie « Le Verbe et l’objet », lecture-rencontre signature autour des ouvrages récemment parus.

► AUXI-LE-CHÂTEAU, 15 mars 2019, à 19h, Médiathèque de l’Auxilois, rue Roger Salengro, projection du documentaire réalisé par Jean-Michel Jacquemin « Le jardin et le poète », suivi d’un entretien avec Lucien Suel. En partenariat avec Elea.

► PARIS, présence au Salon du Livre le 18 mars 2019 après-midi, sur le stand des éditions Cours toujours.

► CHÂTEAU-THIERRY, le 19 mars 2019, dans l’après-midi, au lycée Jean de La Fontaine, lecture-rencontre.

► AMIENS, le 22 mars entre 16h et 19h, dans la librairie du Labyrinthe, présentation, lecture et signature de « D’ù qui sont chés viaux ? », ouvrage bilingue picard-français édité par cette même librairie.

► AMIENS, le 23 mars 2019, à la bibliothèque Louis Aragon, présence au Salon du Livre de poésie avec les éditions Cours-toujours et la Librairie du Labyrinthe. Lecture publique (15 mn), horaires indéterminés.

► BONDUES, le 24 mars 2019, l’après-midi présence au Salon du Livre sur le stand des éditions Henry pour la signature de Sur ma route (octobre 2018).

30 octobre 2018

[Chronique – News] Bruno Fern, Suites de Suites… (Fabrice Thumerel)

Parmi les suites au livre de Bruno Fern, deux tout prochainement… RV vous est donc donné à Paris et à Caen. Et comme on a de la suite dans les idées, on revient sur ce drôle de roman fleuve bipartite.

â–º Le vendredi 2 novembre à 19h30, Librairie Texture, les éditions Louise Bottu seront à l’honneur. Auteurs invités : Guillaume Contré pour Discernement, Bruno Fern pour Suites, Alain Frontier pour Érudition et Pierre Barrault pour Clonck et ses dysfonctionnements. [Texture – 94, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris – 01 42 01 25 12]

► Samedi 10 novembre, à 15 h, à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville à Caen, Bruno Fern, aux côtés du tromboniste Thierry Lhiver, lira des extraits de son dernier livre, Suites, paru aux éditions Louise Bottu.

Bruno Fern, Suites. Roman fleuve. (Avec un dessin de Philippe Boutibonnes en couverture). Louise Bottu (Larribère, 40), mai 2018, 162 pages, 14 €, ISBN : 979-10-92723-23-6.

Une écriture « dans les formes » : un assemblage dynamique /Fabrice Thumerel/

La quatrième de couverture, certes, remet de la suite dans les idées. Mais le critique n’a pas forcément envie de procéder en bonne et due forme…

Malgré notre étonnement, le ludisme formel de Bruno Fern, que Typhaine Garnier définit comme « la contrainte faite style », pouvait l’air de rin déboucher sur de telles suites : un texte excentré et excentrique, un capharnaüm polyphonique et polymorphique. Le texte lui-même nous offre une mise dans l’abîme : une plongée « dans les formes » avec « embranchements », un assemblage dynamique (cf. p. 158)…

Suites… Au sens de « saillies », il y en a peu, mais aux sens mathématique, linguistique et musical de « successions d’éléments » il y en a à foison : ce patchwork est une succession, plus chaotique dans la seconde partie, de fragments narratifs, listes, documents divers, chants, infos, chiffres, données biographiques, historiques, techniques, didactiques, érudites… et même de ratures (dans la série lis tes ratures). D’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, du poilu au « chevalier high tech » (92) nous virevoltons… Et de Verdun à aujourd’hui, « ON NE PASSE PAS / en territoire français » (140). Non sans dérision, Bruno Fern dresse un parallèle entre la Première Guerre mondiale et les phénomènes migratoires dans un monde mondialisé : « C’est en voulant à tout prix (entre 500 et 6 000 €) rallier ce patrimoine culturel mondialement renommé (un séjour sur ses terres équivaut à la visite d’un gigantesque musée à ciel ouvert) que 67 ont disparu dont 13 f. et 8 e., l’embarcation ayant chaviré après 4 jours de mer avec des rafales force 7. Si environ 5 000 ont connu un sort similaire depuis janvier dernier […] » (139).

Ces suites de virtuose s’avèrent bien entendu parfaitement mélanludiques, comme en témoignent les quelques relevés qui suivent. Un trait d’humour, entre autres : « pour le débourrage de crâne, aucune cellule psychologique n’a été mise en place dans un rayon d’au moins 50 km autour de la bâtisse, même à vol d’oiseau » (44). Un zeugme : « ils ne prennent pas que l’air et l’apéro » (155). Deux paronomases, dont une avec détournement : « Ã  la guêtre comme à la grêle » (14) ; « s’agite du bocal et du buccal » (40)… Des calembours : « un silence trop matique ? » (62), « Alex en drains » (67), « Impasses et père » (76), « glory hole » (114)… Et offrent un jeu implicite d’échos intertextuels : si par moments le phrasé sonne comme du Prigent, le texte va jusqu’à cligner du côté des zozios de Jacques Demarcq (107), autre membre de TXT… Mais auparavant, sont convoqués deux phares de la modernité, Rimbaud et Apollinaire (86) : « en qualité d’enchanteur plutôt pourrissant […] comme un trou dans les nuages ou deux rouges au côté droit »…

Et alors maintenant, quelles suites ?

22 juin 2018

[Chronique] TXT n° 32 : le retour, par Christophe Stolowicki

TXT, n° 32: "Le retour", éditions Nous, Caen, juin 2018, 96 pages, 15 €, ISBN : 978-2-370840-57-8.

Occasion ou jamais où jauger une performance à l’aune de la lecture reposée. Pour ce numéro du retour après vingt-cinq ans sous les mers d’une revue rivalisant jadis avec Tel quel et Change (créée en 1969 dans le sillage

de mai, par un groupe d’amis estimant à l’instar de Denis Roche que la poésie est inadmissible – d’autres ne comprenant pas qu’on puisse encore être poète – elle poursuit le combat sur le long cours d’un quart de siècle jusqu’à se tauper en 1993), les mêmes blanchis sous le harnais, passibles de la hart nés, de la camarde au moins, thème récurrent tout en gaîté sans qu’explicitement ils se soient donné le mot. Ce soir (8 juin) à la librairie parisienne À Balzac à Rodin, revue en poche juste feuilletée, j’assiste à plusieurs exploits de trapézistes de hauts fonds, le plus performant en sautes de timbres et de registres et de noms de capricante définition Jean-Pierre Bobillot, de chanteur après poète réaffirmant dans ses chutes Tzara. Le grand absent Jean-François Bory, appelé héroïque sous le drap ô de la guerre d’Algérie avouant « On m’a cru brave parce que j’avais peur de me sauver ». De prestation de pur fond à fond l’accès sans effet cabotin, à étiage de foison d’or, d’ « intégrAal » à tenir les promesses de l’oral, Pierre Le Pillouër.

 

À l’écrit, huit jours après, la faucheuse revient en force, bravement niée (La mort existe pas, d’Éric Clémens, grimacier dru, celle qui est dans la vie (Jean-Pierre Bobillot), celle sur qui Le Père Lachaise s’assied (Jean-Pierre Verheggen), en lettres de la fin (Jacques Barbaut), celle qui gesticulait tout en tessons se défaussant à présent en ricanements. À l’exception de Typhaine Garnier cooptée pour ce numéro, rien que des hommes – non que je veuille me faire le chantre de la parité, de l’anima peut-être. La pornographie quintessenciée de Christian Prigent dont l’écholalie hale tout l’internet, que le jubilatoire bile en « bye/Bye : it’s time to die ! » Valère Novarina en son théâtre du pieux mensonge renouvelé, ici la cathédrale Notre-Dame le 18 mars 2018 dans une conférence de Carême, apologétique de la Croix (« In hoc signo vinces, Par ce signe tu vaincras »), celle offerte à Constantin dans un rêve auquel je préfère celui d’Alexandre rapporté par Freud d’un satyre dansant sur un bouclier (σαΤυρος, Tyr est à toi). Roboratif dans la foulée Éric Clemens (« sortir des ombres haut la caverne []génuflexion pose à couillons »). Fermant le numéro les variations logiques dé-mentes de Charles Pennequin, ontologie de la poussière d’être, du poussier d’être été, syllogismes en quête d’auteur, vanité des vanités que vent coulisse d’étire lyre. Creusés plus avant dans la glèbe, « gale de Galerie et venin de mygale », ressortent l’onirique brut net de tout onirisme de Pierre Le Pillouër, son heurté du poème vertical (« st / / AJT // St / Agité ») alternant avec « l’allonge » tant de la boxe que du divan, dans une écriture où coexistent et se dépistent la superficialité rase de la paronomase et le travail en profondeur sur la langue de la faux-lie où « tout est bille, tout s’habille », de poésie guérisseuse.

 

18 septembre 2016

[News] News du dimanche

Ce soir, allons rendre visite à la revue en ligne Le Lampadaire ; suivent nos Libr-événements : Batho à Caen (avec aussi David Mus, Bruno Fern, Typhaine Garnier…), Relectures 17 à KHIASMA, l’Apocalypse dans le Nors-Pas-de-Calais…

UNE : RV sur Le Lampadaire

Les gestes du futur, les gestes du passé, la mécanique des gestes, arrêt sur gestes. Le numéro de septembre est le troisième volet d’une série de DÉPLACEMENTS : RV sur Le Lampadaire..

. des gestes qui s’apprennent et se désapprennent, des gestes qui dérivent de ne pas être à leur place, des gestes qui s’observent et dont on cherche la cause, des mots qui miment les gestes, des gestes qui traversent le temps et l’univers.

Gestes du futur. Julien Prévieux nous a prêté les photos de la troisième séquence de sa performance What Shall We Do Next III ? , éléments d’une « archive des gestes à ve nir ». Quels gestes ferons-nous, ou plutôt quels gestes nous feront faire les objets qui n’ont pas encore été inventés ? Nous remercions l’artiste de se préoccuper de notre avenir et de nous avoir confié ses images avec tant de simplicité.

Gestes du passé. Nager marcher courir, les gestes appris par Marcel Mauss sont obsolètes, il s’en désole et en rit pour mieux prouver que tout geste est une technique du corps qui s’apprend et se désapprend.

Gestes glissés? Un texte anonyme, prétendument du Moyen Âge, dérive ses gestes dans un monde de flux et de reflux, arrêté et en mouvement, vertical et horizontal. La mort ?

De la mer à la terre, quels gestes ? Alice Azzarelli croise la danse macabre d’un marin et pleure.

Gest es à faire ou à ne pas faire. Balzac prétend avoir été le seul à tenter une Théorie de la démarche. Il observe les passants et développe 12 aphorismes sur la démarche. Où vous apprendrez que marcher en penchant la tête légèrement à gauche, c’est la classe.

Schéma de gestes. Dans sa Théorie de la démarche, Balzac encense puis maudit Borelli et son De motu animalium. Car si l’italien met bien les gestes en sch éma, il n’en dit pas la cause ce que regrette le français. ( D’où l’on conclut que la mécanique n’est pas une théorie.) La Tabula quarta nous permet tout de même d’admirer les Sisyphes-compas à moitié écorchés de l’italien.

Mots-gestes. Est-ce un hasard, mais Françoise Gérard donne l’impression de mimer avec des mots cette mécanique des gestes Borelliènne. Si les membres s’articulent les uns les autres et créent les mouvements, il en va de même des mots de Trame d’opéra qui avancent l’un l’autre, l’un après l’autre dans une sorte de mouvement bien huilé.

Pied cassé. On ne sait dans le poème d’Olivier Le Lohé, Urgences, ce que fait le temps à la réparation (ou non) du corps.

Gestes exagérés. Tout geste est hyperbolique dans La tasse de thé de Rafael Sperling, et les conséquences sont, comme il se doit, littéraires.

Un beau geste. Pour nourrir notre rubrique « Quand les auteurs sont des personnages », Julien Lezare nous a confié Breaking news III. Vous y rencontrerez Kant et Nietzsche dans une sorte de zapping-pot-pourri de déluge informationnel délirant. C’est un extrait d’un roman de 46 891 mots, soit 265 236 caractères formant 3 parties et 24 chapitres, qui tente de répondre au « besoin de rendre un peu plus intelligible le monde » (nous a dit l’auteur).

Dernier geste. Dans la même rubrique, Hubert Lambert nous présente sa dernière biographie, celle de Fred Lucas. Ne voulant pas être en reste sur les gestes, il n’a pu s’empêcher de voler à Marcel Mauss quelques remarques, vous les trouverez à la fin de sa Biographie lambertienne de Fred Lucas.

 

Libr-événements

â–º Au Musée de Normandie, à Caen, le dimanche 25 septembre, à 15 h 30, VISITE-LECTURES en présence du photographe John Batho.
En 2014, des photographies de John Batho ont figuré dans le deuxième numéro de la revue astérisque qui accueille des contributions à la fois d’écrivains et de plasticiens. C’est dans cette perspective qu’est proposée cette visite inédite de l’exposition. En effet, elle sera ponctuée de lectures assurées par quatre auteurs ayant eux aussi participé à cette revue : David Mus, Ettore Labbate, Typhaine Garnier et Bruno Fern. Chacun d’eux tentera à sa façon d’engager un dialogue avec le travail du photographe.

â–º Festival Relectures 17 à l’espace KHIASMA, du 29 septembre au 8 octobre 2017 : programme. [Visuel en arrière-plan]

â–º Du 1er au 21 octobre, sur Lille Métropole, Arras et le LIttoral, l’Apocalypse vous attend avec Littérature, etc. [Libr-critique sera un peu de la partie]

Apocalypse signifie à la fois la fin d’un monde et le début d’un autre.
Sur le mystérieux fil du chamboulant vivant donc : des lectures + +, des rencontres (parfois en russe ou en anglais), des ateliers d’écriture, un concert dessiné, la lecture-révélation des textes finalistes de notre concours d’écriture « C’est la fin » et des courts-métrages qui écrivent les naufrages, la fabrication d’une guerre civile, l’oubli procuré par la musique électro et la drogue, celui construit autour de l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, puis plus loin, les mondes qui poursuivent la fin et désarçonnent, depuis le futur, la propagande qui corsète le présent.
Vive le début et/ou Vive la fin !
Vive le lancement pendant le festival de Littérature en route !
Tournée littéraire régionale qui se terminera fin novembre sur la Côte d’Opale…
Entrée libre / Toute la programmation détaillée sur : www.litterature-etc.com

26 avril 2015

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’avril, après un Pleins feux sur Christian Prigent, nos riches Libr-événements : Annocque à Paris, exposition Doppelt (Paris), 9e édition du fiEstival (Belgique), Ernaux au CNL et Varetz à Lille. [LC sera présent sur plusieurs fronts…]

 

Pleins feux sur Christian PRIGENT

â–º Vendredi 22 mai à 20H, Maison de la Poésie, "Le désir de littérature, en somme" (157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Christian Prigent avec Bruno Fern, Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel. Dix mois après le colloque international de Cerisy, "Christian Prigent : trou(v)er sa langue" – et trois livres publiés de l’auteur (dont un avec B. Fern et T. Garnier) -, à l’invitation de nos amis de Remue.net, cette rencontre autour de l’écrivain vise à débattre/échanger sur quelques questions essentielles, à esquisser quelques mises au point et perspectives.

Entre autres questions, devant les pratiques actuelles de lire et d’écrire, les invités poseront, ensemble et séparément, des questions à « l’illisibilité en questions » à l’intérieur de « la langue trou(v)ée » de Christian Prigent, qui a publié en 2014 La Langue et ses monstres, recueil de vingt essais portant sur des écrivains de la « modernité » (de Sade à Christophe Tarkos, en passant par Gertrude Stein, Burroughs, Bernard Noël, etc…).

â–º Autour de Christian Prigent : sur le blog, chroniques sur La Langue et ses monstres (P.O.L, nov. 2014), Berlin sera peut-être un jour (La Ville brûle, mars 2015) et Pages rosses : craductions (avec B. Fern et T. Garnier, avril 2015).

â–º Mise en ligne de la revue d’avant-garde TXT : grâce au travail de José Lesueur, qui a lancé un blog dédié à cette revue désormais historique, nous en sommes au supplément au n° 12.

 

Libr-événements

 

â–º Mercredi 29 avril 2015 à 19H30, Librairie La Belle Lurette (26, rue Saint-Antoine 75004 Paris) : rencontre avec Philippe Annocque pour sa Vie des hauts plateaux (Louise Bottu).

 

â–º Suzanne Doppelt, Amusements mécaniques VERNISSAGE LE JEUDI 7 MAI À 19H

/ Exposition du 7 mai au 6 juin 2015. Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 19h. [LC assistera au vernissage]

LOCO / L’ATELIER D’ÉDITION: 6, rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris, France. T. 01 40 27 90 68

ÉDITION : ANNE ZWEIBAUM (anne.z@latelierdedition.com) / ÉRIC CEZ (eric.c@latelierdedition.com)

 

â–º "neuF. Qu’est-ce qui est neuf ? Qu’est-ce que le neuf ? Et quel est son rapport à l’ancien ? Interroger la racine et la cime. Se nourrir du minéral et du fruit. Voir comment l’horizon se dessine déjà dans les pas que nous plantons sur la terre à chaque instant…"
(Dante Bertoni)

La 9e édition du fiEstival se déroulera :
INdoor : du 7 au 10 mai 2015 à l’Espace Senghor & à la Boutique maelstrÖm 4 1 4
OUTdoor : à partir du 3 mai à la Boutique maelstrÖm 4 1 4 et en ville ! (infos ci-dessous)…

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LES INVITÉS D’HONNEUR de cette 9e édition seront :
Serge Pey (FR) . Chiara Mulas (IT) . Laurence Vielle (BE) . Antoine Wauters (BE) . Charles Ducal (BE) . Jean-Marc Desgent (CA) . Troy Von Balthazar (USA) . Petr Váša (CZ) . Félix Jousserand (FR) . Daniel De Bruycker (BE) . Ivan Tirtiaux (BE) . Détachement International du Muerto Coco (FR) . Rimbaud Mobile (FR) . Les éditions du Dernier Télégramme (FR) & le Belgium Bordelio (WA-BXL-VL)
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INFOS PRATIQUES :
P.a.f. : 7€ prix plein / jour – 5€ tarif réduit – PASS 4 jours : 25€ (prévente 20€)
Contact : info@fiestival.net – www.fiestival.net – Tél : 02 230 40 07 – Gsm: +32(0)498 60 72 53
Réservations : Espace Senghor – 362, chaussée de Wavre, 1040 Etterbeek – info@senghor.be – Tél : 02 230 31 40
et à la Boutique maelstrÖm 4 1 4 – 364 chaussée de Wavre, 1040 Etterbeek – ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h

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PROGRAMME :

DAY #-1
DIMANCHE 3 MAI 2015 – 16h
"Thé des écrivains, 1"
Boutique maelstrÖm 4 1 4

Lectures et sorties de nouveautés dans le piétionnier de la Place Jourdan : le Dimanche 3 mai c’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection “Bruxelles se conte” et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Milady Renoir, Karen Guillorel, Kenny Ozier-Lafontaine, Christophe Lombardi…)

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DAY #0
MERCREDI 6 MAI 2015 – 20h
PIANOFABRIEK – 35 rue du Fort – St Gilles

En pré-ouverture du fiEstival, poésie et musique avec : Pierre Guéry (FR), Fabrice Caravaca (FR), Frédérique Soumagne (FR), Olivier Orus (FR), Aliette Griz (FR) Marc Guillerot (FR), et Célestin De Meeûs (BE)

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DAY #1
JEUDI 7 MAI 2015 > 18h
"la Preuve par (le) neuF, I"
Espace Senghor

Lectures, performances poétiques et multimédias – Salle 1900

18h00 > Inauguration et apéritif musical dinatoire (piétonnier)
Au cours de l’inauguration : lancement du nouveau livre/CD de Laurence Vielle (BE) “Ouf”

20h00 > "Poésie soufie. Le rituel des renversements ou la montagne secrète du soleil". Performance inédite de poésie-action et danse sufi par Serge Pey (FR), Chiara Mulas (IT) et Abdeslam Michel Raji (FR).

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

21h00 > "Spinoza in China". Marc Perrin (FR) nous livre la sortie de son tout nouveau livre avec cette performance accompagné en musique (contrebasse et objets) par Benoît Cancoin (FR).

21h20 > "Jin". le poète Tom Nisse (LU) rend hommage à la volonté d’émancipation, d’égalité et au courage des femmes kurdes. Accompagné par Nicolas Ankoudinoff (BE) au saxophone.

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

22h00 > "Aporie.org". Antoine Wauters (BE) nous livre pour la première fois le texte et performance « Aporie.org », une exploration du rapport à internet, les réseaux dits sociaux et les nouvelles technologies.

22h20 > "Fuen", création multimédia de Luvan (FR) et de Thomas Giry (BE) aux synthés.

Innovation : dans les interludes, dans le bar du Senghor, l’artiste et chanteur Marco Parente (IT) réalisera un Poetry set avec de multiples voix de poètes du passé et du présent…

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DAY #2
VENDREDI 8 MAI 2015 > 18h
"la Preuve par (le) neuF, II"
Espace Senghor

Lectures, performances poétiques et multimédias – Salle 1900

18h00 > Apéritif musical dinatoire (piétonnier)

20h00 > "Je suis toujours neuf Book Performance". Une performance-livre et performance d’une vie, en plusieurs langues (turc, anglais, français) de ÇiÄŸdem y Mirol (TU) et Nestor (BE).

20h20> "Rise Up ! Femmes poètes de la Beat Generation". Performance poétique et musicale de Ruby-Théâtre (FR) de et avec Mirabelle Wassef (FR) et Séverine Morfin (FR) au Violon Alto et pédales d’effets. Textes inédits en français.

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

21h00 > "Le nouveau monde amoureux de Newton". Performance de Boris Crack (FR) avec des poèmes qui tentent de se réapproprier de manière iconoclaste la révolution scientifique que constituent les découvertes de Newton ainsi que son destin solitaire sur un mode décalé. Accompagné à la contrebasse par Ghislain Gabrelle (FR)

21h20 > "Tempête". Lectures de textes inédits du poète québécois Jean-Marc Desgent (CA) accompagné à la guitare et à la basse par Gauthier Keyaerts (BE).

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

22h00 > "New". Troy Von Balthazar. En finale de la soirée, chansons et poèmes inédits du chanteur Troy Von Balthazar (USA), chanteur du groupe Chokebore. Il présentera également son premier bookleg, avec pour la première fois des textes traduits en français !

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DAY #3
SAMEDI 9 MAI > 11h
"Belgium Bordelio"
Espace Senghor

Big FiEsta et Rassemblement ! dans tout l’Espace Senghor
Le samedi est LE jour du rassemblement annuel rituel… Où toutes les activités deviennent moins formelles, où les publics se croisent et où les artistes et le public partagent tout : le temps, la poésie, la nourriture, et une Slam-Jam finale…

11h00 > 14h00 Ateliers d’écriture Kalame Pour adultes et enfants à partir de 7 ans.

15h00 > 16h00 Les Habits neufs de l’Empereur (jeune public et adultes). Création originale pour le fiEstival.
Laurence Vielle il y a un an a réécrit à sa façon Les cygnes sauvages. Une version poétique, musicale, avec la musique de Bertrand Binet (guitares, voix) et Vincent Granger (clarinettes, voix). Pour le fiEstival «NEUF», ils nous racontent à trois les habits neufs de l’empereur. Le spectacle est composé des deux contes réenchantés, revisités par leur univers où les mots et la musique nous emmènent dans une scansion, une envolée, un lyrisme mêlé d’actualité. L’empereur demande des habits neufs, les plus beaux du royaume. L’empereur exige. On l’appelle aussi «le roi nu». Nous vous racontons cela. Pour tous les âges et toutes les âmes.
Accompagnement artistique: Hélène Ninerola
une coproduction de stoc ! asbl, la cie carcara et le fiestival 9

16h00 > La Roue des Poètes “Belgium Bordelio” Sur le thème de la “Babel des langues” plus de 30 poètes (dont certains néerlandophones et francophones ayant participé à l’anthologie “Belgium Bordelio”) se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de “stations”. Un itinéraire poétique pour le public circulant d’un emplacement à l’autre… Certains de ces emplacements seront de véritables installations artistiques et performances qui durent tout le long de cette Roue, avec notamment “Glossolalie” de Frédéric Dumond (FR) et “Butho An Neuf” de BramP (BE) et Eugenio Sanna (IT).

18h00 > Petr Váša – performance de l’artiste tchèque Petr Váša, artiste de poésie visuelle et sonore, ayant inventé tout un langage propre… Dans les jardins du Senghor.

18h30 > Banquet poÉthique… Buffet préparé par l’équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités, buffet qui bénéficie également d’une participation grandissante des commerçants (restos, snacks, etc.) du quartier Jourdan. Un grand classique et un moment de convivialité.

20h30 > 0h00 Méga Slam-Jam Finale…
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (BE) et Andy Fierens (BE), sera lancée par le slameur français Félix Jousserand et par quatre des meilleurs slameurs belges : Joy, Youness Mernissi, L’Ami Terrien et Volauvent. La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade. Dans le courant de la Jam, nous découvrirons aussi le Prix Paroles Urbaines 2015 section Slam !

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DAY #4
DIMANCHE 10 MAI > 10h15
"Thé des écrivains, 2"
Espace Senghor

10h15 > 11h45 Petits matins de la poésie – pour enfants. La Bellone.
Première collaboration avec les Midis de la poésie pour ce détachement matinal à la Maison du Spectacle La Bellone. “LES MORTS RIGOLOS”, par Victor, Lucas et Antoine Boute (BE) : Lucas (5 ans) et Victor (7 ans) n’arrêtent plus de questionner leur papa (Antoine) à propos de la mort.

13h30 > 17h00 Masterclass-e avec Hubert Haddad et Christine Van Acker. Maison d’Erasme.
Le Réseau Kalame & la Maison d’Érasme invitent Hubert Haddad et Christine Van Acker à animer une masterclass-e Et un atelier d’écritureS dans un détachement du fiEstival à la Maison d’Érasme (Bruxelles). Inscriptions obligatoires et limitées à 20 personnes.

… et à l’Espace Senghor…

15h00 > 18h00 La Hutte des petits musiciens. Piétonnier – Espace Senghor.
Installation avec des matériaux de récupération et animation pour enfants (0 à 6 ans) par Dadadoum avec Laetitia Lowie (BE) et Akram Haissoufi (MA).

16h00 > Thé des écrivains #2…
Présentations et lectures d’extraits de nouveaux livres publiés par maelstrÖm et l’Arbre à paroles : Neuvaines de Daniel De Bruycker (BE), Le Chevalier rouge de Luvan (BE), Delia on my mind de Kenan Görgün (BE), Le Livre de Wod & Snobble de Martin Wable (FR), Mille gouttes rebondissent sur une vitre de Otto Ganz (BE) et S’éclipser de Aliette Griz (BE)…

19h > Concert de clôture…
Avec grande joie nous accueillerons le chanteur belge Ivan Tirtiaux autour de la sortie de son nouvel album L’ENVOL (OCTAVE de la Musique pour la Chanson Française 2015).
http://www.ivantirtiaux.com/

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FiEstival OUTdoor : du 3 au 10 mai

…when poetry comes to town!

Le fiestival s’exporte dans la ville.
Les moments phares 2015 pour l’OUTdoor :
Programme détaillé : www.fiestival.net

1. Dimanche 3 mai dans le piétonnier de la Place Jourdan Lectures et sorties de nouveautés. C’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection Bruxelles se conte et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Milady Renoir, Karen Guillorel,
Kenny Ozier-Lafontaine …).

2. Mercredi 6 mai à 20h au Bar Le Viaduc
En pré-ouverture du fiEstival : poésie et musique. Pierre Guéry (Fr), Fabrice Caravaca (Fr), Frédérique Soumagne (Fr), Olivier Orus (Fr), Marc Guillerot (Fr), Aliette Griz (Fr) et Célestin De Meeûs (Be).

3. Jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 mai à partir de 13h
– Le Détachement International du Muerto Coco. Une caravane se déplacera dans la ville de Bruxelles (Marolles, Flagey, St Gilles) et s’installera pour accueillir le public qui assistera à des lectures [z] électroniques. Une expérience vivifiante de la poésie !
– D’autres toi.
Poèmes et dessins à emporter à prix libre par le MEDEX muséum, le musée éphémère de l’exil.

4. Samedi 9 mai de 11h à 16h
La Rimbaud Mobile.
Une vieille mais tenace voiture emporte avec son conducteur 4 poètes (Laurence Vielle, Pierre Guéry, Tom Nisse, Jean-Marc Desgent) et 1 musicien (Gauthier Keyaerts) qui parcourent la ville de Bruxelles jusqu’au piétonnier de la Place Jourdan (Senghor) pour y essaimer la poésie !

5. Dimanche 3 mai, jeudi 7 mai et vendredi 8 mai de 16h à 19h : Novellus. Dispositif 9.0.
Aliette Griz (Fr) et Anne Versailles (Be), depuis le Centre-Ville, vont écrire des histoires qui progressent à des rythmes différents autour de la question du Neuf. Ces histoires, le public les entendra et les lira sur un écran disposé dans la Boutique-Librairie maelstrÖm 414.

6.
Jeudi 7 mai et vendredi 8 mai à 18h dans le piétonnier Jourdan : Participe Présent.
Performance de Vincent Matyn-Wallecan (Be). Action socio-poétique où l’artiste va dessiner les contours de plusieurs personnes (poètes, artistes et public) sur un même support et en garder une image unique composée par les traces de la multitude…

 

â–º Lundi 11 mai 2015, 19H au CNL (53 rue de Verneuil, 75007 PARIS) : présentation de l’ouvrage issu du colloque Annie Ernaux, le temps et la mémoire (éditions Stock), animée par Francine Best et Francine Dugast, avec la participation d’Annie Ernaux, des interventions de Christian Baudelot, Pierre-Louis Fort, Raphaëlle Leyris, Capucine Ruat, et des lectures de Dominique Blanc. [Cerisy ERNAUX sur LC]

Réservation obligatoire
auprès de edith.heurgon@ccic-cerisy.asso.fr

 

â–º Le , Librairie Le Bateau Livre : rencontre avec Patrick Varetz pour son dernier livre, Petite vie (parution le jour même chez P.O.L), qui constitue la suite de Bas monde.

Patrick Varetz est né en 1958 à Marles-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, où il a passé sa première nuit dans un carton à chaussures (pointure quarante-et-un). Il vit et travaille à Lille, dans le Nord, à quelque cinquante kilomètres de là.

La rencontre sera animée par Fabrice Thumerel (Université Artois / Libr-critique).

 

29 mars 2015

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de mars, en UNE, "Quid novi sub sole ?" : une réflexion de circonstance qui cligne aussi du côté de l’actualité poétique et philosophique. Et vos Libr-brèves : RV à Marseille autour du n° 41 de la revue IF ; à l’espace KHIASMA avec Jacques-Henri Michot ; à Paris avec Christian Prigent / B. Fern et T. Garnier ; Cécile Wajsbrot.

 

UNE : Quid novi sub sole ? /FT/

Dimanche 29 mars 2015, date anhistorique, pas même hystérique : morne résignation après énièmes désillusions, nihil novi sub sole – en ce temps où l’on annihile le nouveau, ni île ni vie sous le soleil (pour le dire à la façon des craductions de Le Pillouër, Prigent et bonus circulus)…

Sans recours disent les fanfarons médiamondyalisés : sans maestria, on joue un nouvel acte de cette « pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » (Alain Badiou, À la recherche du réel perdu, Fayard, 2015)… Bien jouée : bien joués ! Le réel perdu, on phagocyte la litanie dominante : … faut-être-réaliste… la-crise… Toujours-Plus : d’économies, de coupes budgétaires, de rendements, de marges arrière, d’optimisations fiscales, de stock options, de dividendes et de prébendes… Toujours moins : d’économie, d’autonomie, de services, de Liberté-Égalité-Fraternité… Toujours-Plus : jusqu’où ? Jusqu’à l’Humoins !

Notre histoire est désormais pleine de trous : trou d’ozone, trou de la sécu, trou dans les Phynances, trou dans les recettes fiscales… C’est ici que résonne ce passage extrait du dernier essai de Christian Prigent : "le trou est aussi un trou dans les têtes, vidées de grands programmes politiques, décapées du dedans de toute assurance idéologique. Et les têtes vidées, on le sait, veulent du plein, du plomb. Reste à espérer que ce plomb ne soit pas celui de toutes les crispations meurtrières, de toutes les violences désespérées de rester sans langue dans l’effondrement des croyances, de toutes les rancœurs des laissés-pour-compte de l’euphorie consumériste" (Berlin sera peut-être un jour, La Ville brûle, 2015)… Ce plomb, hélas, renforce encore la dépendance des pseudo-citoyens en attisant leurs peurs irrationnelles : le danger viendrait des "immigrés clandestins" venant "envahir" le territoire… lequel est menacé, certes, mais par les puissances du Marché globalisé.

Trop peu voient la nouvelle "bête immonde", cette pieuvre-caméléon qui conditionne et recycle nos vies mêmes : elle vit de votre travail, de votre chômage, de votre consommation, de votre santé comme de vos maladies, de la famine, de vos dettes… Tel est le nouveau nom de la domination : dette. Celle que les états néolibéraux fabriquent pour nous ligoter et nous culpabiliser (cf. M. Lazzarato, La Fabrique de la dette, éd. Amsterdam, 2011), tout en enrichissant toujours plus les nouvelles idoles, les Marchés, et par là même assurant le triomphe de la cupidité (Joseph E. Stiglitz).

Comme en 1914 et dans les années trente, les puissances financière et économique ont opté pour des pouvoirs forts afin de maintenir en respiration artificielle un capitalisme dont il faut bien décréter l’état de mort systémique. Et ce qui est l’une des rares certitudes : pas plus que l’UMPS les Effrontés nationalistes ne résoudront la-crise. Ce qu’ils apporteront en plus : le triomphe terrorisque !

Ainsi, avec Sartre, et n’en déplaise aux Belles-Âmes chrétiennes/socio-démocrates, est-il temps de tonner à nouveau : "Élections, pièges à cons !" La sérialisation favorisant les régressives pratiques du bouc-émissaire, ce n’est ni par le vote, ni par les voies politiques orthodoxes qu’adviendra le moindre changement, mais par l’invention de nouvelles formes d’action, que devront mener à bien des groupes en fusion d’un nouveau genre. Sous peine de mort cérébro-démocratique.

 

Libr-brèves

â–º Mercredi 1er avril 2015, de 19H30 à minuit, Les Mercredis Montévidéo : Lectures – Focus sur les écritures de montage – en écho à la parution du n°41 de la revue IF

PROGRAMME DE LA SOIRÉE :

TOUT AU LONG DE LA SOIRÉE – DÉCOUVERTE DU DERNIER NUMÉRO DE LA REVUE IF
Au sommaire du numéro 41 : Sylvain Courtoux, Ludovic Debeurme, John Deneuve, Rodrigo Garcia, Virginie Lalucq, Olivier Metzger, Pedro Morais, Emmanuel Rabu, Frank Smith.

20:00 – LECTURES DE SYLVAIN COURTOUX, VIRGINIE LALUCQ & EMMANUEL RABU

21:00 – DÉGUSTATION D’ANIS CRISTAL (partenaire de la revue) & AMBIANCE MUSICALE

INFOS PRATIQUES

Entrée Libre (+ adhésion) : Montévidéo, 3 impasse Montévidéo à Marseille.
Renseignements au +33 (0)4 91 37 97 35
Ouverture du bar et cuisine bistro à partir de 19:30.

â–º Jeudi 9 avril à 20H30, le festival Hors limites s’associe à l’Espace Khiasma et aux Archives nationales (France) pour accueillir l’une des cartes blanches ponctuant la résidence d’écriture de Frank Smith. Marqué, comme beaucoup d’autres, par la parution d’Un ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot, celui-ci a donc convié son auteur à en proposer une lecture, à l’occasion de la réédition de l’ouvrage aux éditions Editions Al Dante.
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Cartographie des lieux communs émaillant le langage journalistique, miscellanées rassemblant les paroles de ceux qui, artistes et écrivains, rechargent au contraire la langue en capacités à dire le monde, récit d’une écriture et des tribulations d’un manuscrit s’inscrivant dans la grande tradition romanesque du Quichotte ; la richesse et la portée critique de ce texte en ont fait outil essentiel pour qui veut résister à l’impact propagandiste des médias sur notre façon de nous formuler le réel.

En écho manifeste avec cette idée d’une « langue démocratique » développée par Frank Smith dans "Chœurs politiques, poème dramatique pour voix", l’échange qui suivra s’annonce donc nourri d’aperçus passionnants sur le « bon usage » (politique) de la faculté de parole !

Entrée libre à KHIASMA (15, rue Chassagnolle 93260 Les Lilas).

â–º Lundi 13 Avril 2015 à 19H, Maison de la Poésie Paris : PAGES ROSSES : craductions
Rencontre avec Bruno Fern, Typhaine Garnier & Christian Prigent pour leurs irrésistibles craductions (néologisme de Pierre Le Pillouër) : n’en déplaise au Cercle des Universitaires Latinistes (C.U.L.), il s’agit rien moins que de subvertir les trop sages citations des pages roses du Larousse en faisant déraper la langue ; s’ouvrent alors de jouissifs abîmes – dans le même temps que les arcanes de la fiction… Quelques exemples : "Si vales valeo / Si tu avales, moi aussi" ; "Persona non grata / Plus personne à gratter" ; "Coram populo / Coran pour les nuls" ; "Cepi maxima imperia / L’empereur porte très bien le képi"…
Avec la participation de Jean-Pierre Verheggen & de la comédienne Vanda Benes.

PAGES ROSSES : craductions, Les Impressions Nouvelles, à paraitre en avril 2015, 96 pages, 9 €, 978-2-87449-246-4.

 

â–º Jeudi 16 avril à 20H, voyez Berlin de toutes les couleurs avec Christian Prigent et Cécile Wajsbrot ! Et saluons le lancement de la collection "Rue des lignes" aux éditions La Ville brûle.

 

 

8 mars 2015

[News] News du dimanche

Le programme jusque début avril étant des plus chargés, voici de nouvelles Libr-brèves : Prigent, Moussempès, Th. Rat, rencontres autour de larevue* et Place de la Sorbonne, Castanet sur Genet…

 

â–º Brèves sur Christian Prigent :

Commencement (1989), réimprimé par POL, est à nouveau disponible.
Sade au naturel (essai, 2014) et Une hérédité ravigotée (entretien, 2014) sont désormais consultables en ligne sur SILO c/° pol-editeur.

— Parution récente : réédition revue et augmentée de Berlin deux temps trois mouvements, Zulma, 1999.

 

â–º Brèves sur Sandra Moussempès :

– Le vendredi 20 mars 2015, lecture-rencontre à 19H30, librairie Texture (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris).

– Le jeudi 26 mars à 18H30, RV Librairie Ptyx (39, rue Lesbroussart à Ixelles – Belgique).

– Le dimanche 5 avril à 20H, RV sur France Culture, dans l’émission de S. Nalleau "Ça rime à quoi".

 

â–º Thierry Rat, "Décalage vers le rouge" / "L’ŒIL ENCLIN" / VERNISSAGE – EXPOSITION : vendredi 13 mars à 19H au Grand Bouillon (2ter rue du Moutier à Aubervilliers).

« Le décalage vers le rouge est un phénomène astronomique dans lequel on observe qu’un corps céleste, s’éloignant d’un champ gravitationnel, par exemple celui de la terre, voit la longueur d’onde de son spectre lumineux se « décaler » vers le rouge. Cela permet de calculer la distance qui nous sépare de cet objet.

En peinture, la surface travaillée cherche à se donner telle qu’elle est, tout autant dans son ensemble que dans ses variations ; là où l’écart des tons est décalage vers le rouge, différ(a)nt d’un rouge constant.

On ne parlera donc pas de « monochromie », mais de tentative d’approche d’un « presque rouge ».

Un décalé autant qu’un différé.

Il manque au rouge le rouge, un entre-rouges ; éléments colorés d’un tout à peine unifié, marqué par la touche du pinceau. C’est une touche simple faite de deux traits croisés, répétés linéairement de droite à gauche et de haut en bas, ligne après ligne.

Trame d’un fond où s’étale la peinture, traces juxtaposées de rouges et d’orangés mélangées directement à même la toile. »

 â–º Samedi 14 mars, 17H, rencontre autour de larevue* à l’Arthotèque de Caen : avec Bruno Fern, Typhaine Garnier et Ettore Labbate.

â–º Soirée de Place de la Sorbonne, à l’occasion de la sortie du n° 5 de la revue.

Ce sera le lundi 16 mars prochain à 19h, dans ce très beau lieu qu’est le Réfectoire des Cordeliers (15 rue de l’Ecole de Médecine, métro Odéon).
 
Beau "plateau" : 

Gabrielle Althen, Jean-Pierre Bobillot, Gale Burns, Emmanuel Moses, Valérie Rouzeau, Jean-Luc Steinmetz, Krizstina Toth.

 

Les œuvres du peintre Claude Thomasset, qui figurent dans cette livraison, seront projetées pendant les lectures.

 

â–º Pour la parution du dernier livre d’Hervé Castanet, Comprendre Genet, aux Éditions Max Milo, la Section Clinique et l’ACF-MAP s’associent au Théâtre du Petit Matin pour organiser une rencontre avec l’auteur, psychanalyste à Marseille, membre de l’Ecole de la Cause freudienne.

À cette occasion Nicole Yanni et Franck Dimech, tous deux acteurs et metteurs en scène, vous feront découvrir, par la lecture de morceaux choisis, un Genet comme vous ne l’avez peut-être jamais entendu: celui de « cette solitude [qui] à la fois sépare et ne sépare pas ». (p. 59)
La discussion sera animée par Elisabeth Pontier, psychanalyste à Marseille et membre de l’Ecole de la Cause freudienne.

La soirée se déroulera le samedi 21 mars à 20 h 30 au Théâtre du Petit Matin (67 A rue Ferrari à Marseille).
Vous pouvez dès à présent réserver vos places en envoyant un mail à section.genet.autpm@gmail.com

Renseignements : 06 75 19 80 26

12 mars 2014

[Chronique] La contrainte faite style (à propos de Bruno Fern, Reverbs), par Typhaine Garnier

Suite à la première présentation de ce livre stimulant dans Libr-kaléidoscope 1/2, et tandis que l’auteur vous donne rendez-vous demain jeudi 13 mars à 19H30 (Textures Librairie, 94, avenue Jean Jaurès 75019 Paris), voici l’analyse fouillée de Typhaine Garnier.

Bruno Fern, Reverbs phrases simples, éditions Nous, février 2014, 144 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-913549-93-7.

 

 Comment faire trou dans l’ordure verbeuse sans tomber dans la pure dérision ? Bruno Fern est un poète qui sait se tenir à la règle qu’il s’est donnée.[1] D’ailleurs, il n’écrit le plus souvent que sous la contrainte. Dans reverbs, elle est affichée à l’entrée : « Ce livre est uniquement composé de phrases simples » (p. 7). Le poète se coupe ici les ailes, mais la contrainte est inventive : autour de et contre cette automutilation exhibée se trament de multiples complexités (sémantiques, thématiques, rythmiques). Leurs lignes de force, brisées, s’entremêlent.

 

Quel est donc cet objet ? Ce pourrait être la question centrale de ce livre qui s’écrit et se décrit « en temps réel » (p. 11) ou presque (« Le décalage est la seconde mamelle », p. 34). L’écrit est sa propre représentation, c’est-à-dire qu’il croît au fil des définitions successives qu’il se donne : c’est l’homme-même.[2] Nulle prétention à l’exhaustivité, dans cette autoréflexion, ce ne sont que des éclats dispersés et disparates : « Certains considèrent ça comme un vrai bordel » (p. 59), « C’est une litanie de disjonctions » (p. 124), « Une série de lancers, voilà ce que c’est. » (p. 93). Parfois ce sont d’ailleurs plutôt des intentions que des définitions : « Le but est de donner de l’amplitude et pas qu’au son » (p. 93).

Au vertige du rien (à raconter, à déclarer) répond la sensation de toucher la langue, dans une sorte de délectation qui rappelle la « langue poétique » de Christophe Tarkos[3] : « Une recherche de fluidité la phrase est malléable, poreuse et pas qu’aux extrémités en dépit des résistances » (p. 126). Par ce retour sur soi, le discours échappe à la fatalité du flux verbal : il résiste à la disparition instantanée des phrases lues. Des « remarques » pince-sans-rire viennent commenter ce qui précède[4],  le lecteur est invité à reculer (« Cet adjectif devrait faire reculer de  8 phrases », p. 27), la lecture patine.

« Mine de rien », Bruno Fern repose ici les questions essentielles qui travaillent la (ou du moins une certaine) modernité poétique : forme / informe, continu / discontinu, prose / vers[5], phrase / phrasé[6] . Parmi les questions récurrentes, celle de l’implication de « l’auteur »[7]. Evidé, « pas évident »[8], le « je » emprunte les mots d’un autre (Corbière) pour récuser le régime lyrique centralisé : « Je parle sous moi. / Ou à côté c’est une variante reliée souterrainement au phénomène à la petite cuillère multipliant les évasions »[9] (p. 78). Car en réalité, ce centre est partout, et non simplement dans les quelques tracés biographiques repérables : « [il] y est même sans y être apparemment toujours. / Avec un air de ne pas y toucher le masque. / Le contient dans chacune de ses fibres » (p. 21). À la fin, « la question du qui »[10] reste ouverte. De celui qui parle, on saura seulement qu’il est « définitivement inadapté à la situation » (p. 135).

 

Pour autant, reverbs n’est pas un livre imperméable, clos sur lui-même. Loin d’être sourd aux choses du monde qui, « pendant ce temps », suivent leur cours immonde, il en organise la réverbération[11]. Sans rupture formelle, le propos métapoétique ne cesse de dériver vers le terrain de la « réalité ». On y trouve des lambeaux de scènes, on y rencontre de l’humain : angoisse existentielle (« Le tout est d’échapper. / À quoi est la question. », p. 18), « tragédie ordinaire » du rapport impossible (« Nos rapports sont parfaitement dissymétriques », p. 42), joies et scandales quotidiens. Mais c’est toujours avec humour et auto-ironie que le poète considère le « drame de la vie » : « Un matin, on peut tomber sur un os. / S’il est long, le percer pour en faire une flûte. / On en tirera donc tout de même quelque chose. » (p. 128).

Comme chacun, il parle la bouche pleine des maux de l’époque : celle d’un individualisme décomplexé, où le « sujet capitaliste tardif » est principalement soucieux « d’aménager son intérieur au moindre coût » (p. 61) en profitant des « promos d’enfer » (p. 111), celle des prothèses médicalisées pour tous[12] et du « nettoyage » généralisé des corps, âmes, territoires et lexiques. Bruno Fern est de ceux pour qui l’origine de l’opération poétique se situe dans le dégoût de cette langue à « zéro déchet » qui nous cerne sans parvenir à nous faire avaler sa fable idyllique. Il s’agit donc toujours de « parler contre les paroles »[13] : « Les contraintes s’exercent sur les paroles. / Celle-là ou une autre ça chamboule tout » (p. 125-126). Si le poète ne dispose que de cette langue impersonnelle, pétrie de bêtise et raidie d’automatismes, il a aussi le pouvoir de la soumettre à sa loi. Celle de reverbs est parfaitement ironique puisqu’elle est issue du discours même contre lequel elle se retourne.  En manipulateur distant et caustique, Bruno Fern scande et « roul[e] dans la farine »  la prose des médias. Il détisse et retisse[14] autrement le réseau des expressions consacrées, plaçant le lecteur face à ses automatismes.[15] On a ainsi affaire – c’est la particularité saisissante du cut-up – à une langue impersonnelle dans ses éléments et personnelle dans son mouvement, dans son enchaînement singulier de gambades « hors de la grammaire ». La ponctuation devient une affaire de respiration : syntaxiquement, elle « compte pour des prunes » (p. 24), « la ligne continue se prolonge » au-delà du point (p. 56). La disjonction phrase / syntaxe produit ainsi d’heureux événements sémantiques[16] : « L’origine des mots est loin. / D’être indifférente […]. » (p. 15).

Ici, la contrainte engendre donc véritablement un style, qui est un acte d’insoumission au monde communiquant dans son idiome impeccable. D’où l’insistance tout au long du livre sur la nécessité du « ratage »[17]. Ce monologue haché, difficultueux, au phrasé elliptique et heurté, progresse par « succession de déséquilibres compensés » (p. 18), de maladresses et d’à-peu-près[18]. C’est bien sûr une gaucherie calculée, une programmation de vices plus ou moins cachés[19]. La forme ne cède pas devant l’informe : elle le contient.

 

Plutôt que de chercher à le recouvrir sous une couche de « poétique » convenu, Bruno Fern fait ainsi résonner autrement le bavardage du monde dont nos ouïes sont gavées (« C’est une lutte engagée contre la surdité », p. 117). Le dispositif est bien un appareil amplificateur : chaque fragment, décontextualisé, reste suspendu au-dessus d’un blanc qui le fait ressortir violemment. Pour autant, l’opération n’évince pas d’autres procédures verbales : des jeux de mots, des effets de polysémie et des gerbes d’inanité sonore[20] animent joyeusement le texte de l’intérieur, faisant de reverbs un livre singulièrement vivant.

 



[1] Voir par exemple Des Figures, éditions de l’Attente, 2011, ou « 4 lignes », revue Grumeaux, n°2, Nous, 2010.

[2] « Un livre est-il mort ou vivant ? », p. 32.

[3] Christophe Tarkos, Ma langue est poétique in Écrits poétiques, P.O.L., 2008.

[4] Par exemple : « Le verbe est au commencement. / Remarque 10 : c’est un air connu. », p. 49.

[5] « Ex. : ici les vers sont desserrés mais pas tant que ça. / À vue de nez il n’y en a pas. / Remarque 12 : l’inverse est fréquent. », p. 55.

[6] « Un phrasé simple, c’est plus compliqué à définir. », p. 59.

[7] « Ce n’est pas si facile d’identifier l’auteur. », p.17.

[8] « C’est un portrait en creux. / De qui n’est pas évident. / S’évide en évitant de trop se croiser. / Par conséquent, il est primordial d’apprécier les intervalles. »

[9] Bruno Fern multiplie aussi les invasions : dans sa voix résonnent de nombreux échos de lectures diverses (philosophie et poésie). Voir la liste des présents p. 135.

[10] Citation extraite du Beau Monde de Philippe Boutibonnes, Nous, 2010.

[11] « Phénomène de persistance du son lorsque sa source a cessé d’émettre, dû à une réflexion des ondes sonores qui reviennent aux oreilles de l’auditeur avec un certain retard. » (Trésor de la langue française).

[12] « Chacun a droit à une assistance auditive à domicile à des conseils pratiques », p. 66.

[13] Francis Ponge, «Des raisons d’écrire», in Proêmes, Gallimard, 1977, p. 163.

[14] « Tissage est l’une des mamelles. / La structure doit être semi-flexible. / C’est plus pratique à enfiler » (p. 27).

[15] Par exemple : « le bourreau s’en lave les dents », « Dort sur ses deux », p. 69.

[16] L’opération relève bien de l’expérimentation (donc du pari) : imprévisibles, les effets de la contrainte ne sont pas toujours surexcitants : « Certains sont éventuellement indésirables. / Ils ne suscitent pas la moindre excitation » (p. 28).

[17]  « La souplesse entre également en ligne. / De compte des mots ratent. / Leur cible se tirent. / Des balles partent en l’air ou dans les pieds » (p. 34).

[18] « Cela étant, ils noircissent à l’œil nu » (p. 23).

[19] « Les dissonances sont prévues dans le programme » (p. 93). Parmi les exceptions (les phrases complexes) que contient le livre, une seule est signalée au lecteur, les autres passent généralement inaperçues.

[20] « Engloutit la déglutition de l’agglutiné », p. 124.

15 janvier 2014

[Chronique] Vincent Broqua, même = same, par Bruno Fern

Bruno Fern nous livre ses savoureuses réflexions sur un nouveau pan de la création poétique.

Vincent Broqua, même = same  (sui generis), éditions contrat maint, décembre 2013.

En matière de traductions délibérément faussées, je connaissais déjà au moins celles d’Alexander Dickow (par lui et en lui, si je puis dire), d’Isabelle Sbrissa, appliquées à toutes sortes de textes, et les fameuses craductions de Raymond Federman par Pierre Le Pillouër. En voici donc quelques-unes proposées par Vincent Broqua, par ailleurs incontestable spécialiste de la vraie chose. À son tour, il fait ici feu de tout sème entre le français et l’anglais en jouant sur de multiples tableaux (homophonie, paronymie, polysémie, voire décomposition calembouresque, etc.). Bien entendu, ce faisant il touche à l’un des ressorts majeurs de l’écriture en général (et non pas : de l’écriture générale, soi-disant transparente pour mieux « communiquer », mon enfant), à savoir qu’un mot peut toujours en cacher un autre – ce qui, formulé plus savamment par Michel Leiris, donne ceci : « En disséquant les mots que nous aimons, sans nous soucier de suivre ni l’étymologie, ni la signification admise, nous découvrons leurs vertus les plus cachées et les ramifications secrètes qui se propagent à travers tout le langage, canalisées par les associations de sons, de formes et d’idées. » (Mots sans mémoire, 1969). Finalement, de fil en aiguille quelque peu tordue, cette méthode de déformation fait apparaître d’autres images dans le miroir, non sans humour :

un sceau = a seal = un phoque = folk =

gens = people = peuple = poplar = peuplier

= pas céder = possession = possédant = notice teeth =

remarque l’accroc = remakes a crook =

Trop vite arrivé au bout (laissé grand ouvert, ainsi que l’on peut le constater ci-dessus) de cet opuscule (qui ne compte que 8 pages, comme tous ceux édités par les éditions contrat maint :  « Contrat maint est une économie. La forme des ouvrages – A4 plié en quatre agrafé dans une couverture de couleur – est née en 1998, lors d’un séjour au Brésil. »), on aimerait que ce descellement du sens entre deux langues se poursuive, bref en lire plus long – ce qui est forcément bon signe.

19 mai 2013

[News] News du dimanche

Après deux éditions des "News de mai", voici les premières NEWS du dimanche pour ce mois de mai très riche : LC vous propose de découvrir Philippe JAFFEUX, N, et le numéro 15 de la revue en ligne Paysages écrits ; et après nos Libr-événements (3e Lettres nomades dans le Pas-de-Calais, GUITAR POETRY TOUR et soirée sonore à Databaz) le coup d’œil satirique de Joël Heirman.

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