Libr-critique

12 novembre 2007

[News-Joyeux Jarryversaire 6] CUHEL, Nous sommes morts depuis cent et quelques…

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Dans "Le Carnet du Monde" daté de vendredi dernier, voici c’qu’on peut lire et dé-lire : "Nous, Alfred JARRY, sommes morts voilà cent ans et quelques jours, le 1er novembre 1907"…

Voilà pour le côté mondânité et commémonation !<!–more–>

Et nous, Môssieur ? Nous sommes morts voilà cent et quelques jours, le 1er août 2007, depuis que le SARKUBU, le bougre, a coupé le robinet-à-phynances pour les huluberlittéraires… Zont assez grands pour se démerdRer tout seuls, qu’il dit l’R’BU aux Zannis pervers cités, Zont libres d’chercher d’la phynance où ils veulent, Zont l’droit d’avoir des oneilles pour obéir ! Bougre de merdre et merdre de bougre, à la trappe les ZinZintell’ZoZos ! Eh oui, Môssieur, l’Uni-versité nakaZaller s’faire voir chez les CACApitRalistes ! Eh oui, Môssieur, si t’as-pas-ta-physique, si tu rappliques pas ta physique appliquée, t’as plus KA faire des SUE-DU-CUL dans les enFIFI, garçon-de-ma-merdRe ! Eh oui, Môssieur, au jour d’aujourd’hui, faut-Z-être CONCONcret, faut-Z-être réaCACApitRaliste, YA pas-de-phynances pour les sagouins bonZàRIEN, pour les nique-ta-merdRe ! Eh oui, Môssieur, au jour d’aujourd’hui, YA qu’l’Grand Marchié qui marche, jambedieu ! Et tout l’reste c’est qu’d’la littéramerdRe !

Hourra, cornes-au-cul, l’Père R’bu nous a bien eus !

29 octobre 2007

[Texte-Joyeux Jarryversaire 4] Christian Prigent, UBU CREATOR

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band-pringent.jpg [suite de l’anniversaire Jarry, avec ce texte inédit de Christian Prigent]
UBU CREATOR
(genèse aux Promenades) (*)

« Prologue au Ciel »

Adoncques le Père Ubu
Souffla son mirliton.
Zim ! Boum ! Crac canon !
Et hop : la vie fut !

« Première Station »

Un être parut, son nom fut VILLIERS.
Le voici ici, en pierre du pays.
Il délie l’Adam, puis, sans chipoter,
Il pond l’Ève future, en coiffe de granit.

« Deuxième Station »

Pour pas laisser seuls l’homme et sa fumelle,
Les formes se démêlent
De la bouse de terre
Qu’on nomme matière.
Ou bien (c’est tout comme)
L’Père Ub’ touille le bouillon
D’la soupe des protons.
Et voici que « L’HOMME
À LA MOTTE DE BEURRE »
Se dégadouille de la torpeur.

« Troisième Station »

Mais très peu ensuite
(voire sans transition)
On râle, on s’excite,
On se fout des gnons.
Hop ! : on s’extermine,
On crève les bouzines.
Pas de temps à perdre :
Ubu crée l’armerdRe,
C’est la guerre, on fauche :

Salut, MARÉCHAL FOCH !

(*) Texte dit en Choeur, le vendredi 2 novembre 2007, au Parc des Promenades, à St
Brieuc, par le public des Journées Jarry. Aux Promenades, on peut voir, successivement : 1, un buste de Villiers de l’Isle-Adam ; 2, une Ève bretonne en pied, en granit et en costume local ; 3, l’allégorie du sculpteur Le Goff : « La Forme se dégageant de la matière » (dite, plus populairement : « L’Homme à la Motte de Beurre ») ; 4, juste à côté : la maison où le Maréchal Foch fit de nombreux séjours.

21 octobre 2007

[Texte-Joyeux Jarryversaire 3] CUHEL, Chanson des cervelles sans âge

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band-cuhel1.jpg les vieux Z’bus
n’parlent plus
i’ comptent
i’ r’comptent
i’ Z’escomptent

i’ comptent sur nous
les grigous les grippe-sous les gris-mous
les pleins-de-sous les pleins-de-soupe
les pleins-de-bouse les barbouzes
qui crottent en Bourse
boursicoteurs sans biscotos
bouffReurs-de-biscocottes
bijouteurs escrotteurs entubeurs

i’ veulent nous en boucher un coin
bouches en CUL & tout-en-anus
Toutentrop
avec ces sagouins
i’ n’est pas loin
l’Grand Trou Noir d’ous qu’on n’revient jamais
i’ veulent nous basCULer à r’CULons
dans l’omnUBU mondialisé
les homobus les hommes-repus les homo rebuts

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Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez les cervell’ chauffer,
Voyez, voyez les Rentiers baver ;
Hourra, cornes-au-cul, vive les vieux Z’bus !

✄

les vieux Z’bus
nous barbent plus
i’ racontent
rats
jaunissent
radotent
capotent
crapotent
vivotent
vovotent
zozotent

les vieus Z’bus
z’ont bu
les vieux zombis
sont plus nantis
sont plus zentils
i’ canulent
i’ crapulent
i’ spatulent
i’ spéculent
la bouche en cul

nous on aime les ors
pas les ordres
pas les désordres
nous on aime les CRS
pas le CNRS
nous les Moumous
on aime les Nounous
on n’aime pas les r’mous
toutes les citrouilles
elles zont la trouille
dès qu’ i’ a du grabuge
vite les refuges !
un p’tit coin d’paradis
pour-ceux-qui-ont des-radis
(car au jour d’aujourd’hui
si t’as pas d’radis
si t’as pas d’pécule
t’es un gros NUL)
qui disent la bouche en CUL
nous on n’en fait qu’à notre tête
nous on chante à tue-tête

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Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez les cervell’ chauffer,
Voyez, voyez les Rentiers baver ;
Hourra, cornes-au-cul, vive les vieux Z’bus !

✄

faut les voir
les vieux BOBOs
mégots-banco-dodo
faut les voir
pour z’y croire
i’ vont nous avoir
les cabots d’bon teint
les saints potins
qui sans potin
se s’couent l’popotin
faut les voir
pour z’y croire
i’ vont nous avoir
les cabots d’bon ton
les Tontons bourlingueurs
vieux flambeurs
vieux frimeurs
vieux taciturnes
qui ronronnent aux Salons
à coups d’urnes
i’ vont nous en foutre
plein les burnes !

les vieux Z’bus
les vieux hurluberlus
i’ sont légions
& i’ marchent
& i’ crèvent plus
i’ rêvent :
voir Honolulu
et ne pas mourir
sarkophage doré
s’faire adorer
s’faire dorer la pilule
agiter les mandibules
s’faire sucer l’pendule
de faux-cul

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Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez les cervell’ chauffer,
Voyez, voyez les Rentiers baver ;
Hourra, cornes-au-cul, vive les vieux Z’bus !

✄

les vieux Z’bus
faut les voir
après leur pèl’rinage
au Mont Viagra
pousser des hourras
des À-ça-ira
faut les voir
les mâche-purin
tirer le voiturin
les rois d’la phynance
plein d’démence
les Père-la-Chance
faut les voir
comme i’ dansent
sur les fonds d’pognon
les vieux trognons
les vieux grognons

faut les voir les échaudés
les échauffés
les réchauffés
échafauder des plans
de tire-au-flanc
de rantanplan
qui nous laissent en plan
comme le monde il est trop grand
i’ n’ont plus l’temps
durs comme fers
i’ nous promettent l’enfer
faut les voir
les ramasse-merdre
chanter à tue-merdre

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Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez les cervell’ chauffer,
Voyez, voyez les Rentiers baver ;
Hourra, cornes-au-cul, vive les vieux Z’bus !

✄

faut les voir
quand vient l’soir
débiter leur p’tit’ ziziqu’
leurs pâtr’nôtres cyniques
leur FIFI
LOLO
ZOZO
FI
« Ã€près-MOI le déluge ! »
vieux NOÉ
vieux noués
vieux noueux
faut les voir
quand vient l’soir
eux qu’ont peur du noir
débiter leurs CONseils
aux KarmapitRalistes
& aux perd-les-couilles :

pour vous la couler douce
pour rester dans la course
faut s’agiter d’la Bourse
allez les gratte-CUL
fi d’la misère
faut miser l’péCUL
faut pas cacher l’magot
de d’ssous les fagots
ça c’est dingo
allez en avant la zizique
vive les cyniques
tous les jours on nique
tous azimuts
allez droit aux putes !

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Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez les cervell’ chauffer,
Voyez, voyez les Rentiers baver ;
Hourra, cornes-au-cul, vive les vieus Z’bus !

✄

faut voir ces chères trognes
ces chères charognes
ces picrocholes dopés à l’alcool
ces Rentiers sans dentier
faire tourner la machin’
la machin’-à-décerveler
la machin’-à-débiter
les caca
les cacapitaux
et de baver
Hourra cornes-au-cul vive les vieux Z’bus !

faut voir ces obèses
pleins de pèze
de l’oseille plein les oneilles
ces drôles de zigues
qui n’voient pas plus loin qu’bout d’leur bouzigue
faut les voir
chaque soir
fermer leurs armoires
comme autant d’ostensoirs
et dans un noir d’enfer
faire leurs prières :

À la Ste Gudule
que je spécule !
À la St Hercule
à nous l’pécule !
À la Ste Fortune
on n’en rate pas une !
À la Ste Crapule
que je t’encule !
À la Ste Copule
que je t’encule !
À la Ste Nitouche
surtout pas touche !
À la Ste Génuflexion
quelle érection !
À la Ste Putréfaction
beaucoup d’actions !
À la St Ruth
ah quel rut !
À la Ste Bique
que je te nique !
À la Ste Malice
c’est la chaude pisse
À la Ste Réglisse
vive les caprices !
À la St Venceslas
vive les dégueulasses !
À la Ste Mélasse
on fait des crasses !
À la Ste Tignasse
que j’aille à la chiasse !
À la St Marchié
vive les Nuls-à-chier !
À la St Purin
une partouze
et tous purin !
À la St Potin
vive les popotins !
À la St Mesquin
ah quel entrain !
À la St Saturnin
le butin aux gredins !
À la St Bordure
vive les ordures !
À la St Poltron
vive les cons !
À la St Pelochon
à nous les p’tits petons !
À la St Cornichon
à nous les gros nichons !
À la St Folichon
on fait les baluchons !
À la Ste Gargouille
on casse les couilles !
À la St Couillon
à nous les fions !
À la St Anal
on tombe dans l’canal
À la Ste Bertille
pas d’pécadille !
À la Ste Marmelade
pas de reCULade !
À la Ste Soupe
à nous les croupes !
À la Ste Viole
qu’est-ce qu’on rigole !
À la Ste Chandelle
des sous à la pelle !
À la St Orteil
on ramasse l’oseille !
À la Ste Bouteille
attention les oneilles !
À la Ste Tirelire
c’est le délire !
À la St Bigoudi
on blanchit les délits
des très vieux débris
À la St Pissenlit
plus de pipi au lit !
À la Ste Pine
vive les rapines !
À la Ste Vermine
on a bonne mine !
À la Ste Bouzine
on se débine !
À la St Morveux
vive les baveux !
À la St Médard
suce-moi le dard !
À la Ste Turne
suce-moi les burnes !
À la Ste Fesse
c’est l’allégresse !
À la St Branleur
vive les tripoteurs !
À la Ste Chandeleur
vive les tripatouilleurs !
À la St Masturbateur
vive les boursicoteurs !
À la St Lucifer
vive les hommes d’enfer !
À la St Nigaud
vive les gogos !
À la St Nabot
vive les bobos !
À la St Chenapan
vive les charlatans !
À la St Argent
faut être dans l’vent !
À la St Antoine
beaucoup d’avoine !
À la Ste Pâte
on fait de l’épate !
À la Ste Dame-des-Choux
on fête tous les ripoux !
À la St Marchandage
vive les tripatouillages !
À la St Dévergondage
on est sans âge
À la Ste Gidouille
on mange de l’andouille
Hourra cornes-au-cul vive les vieux Z’bus !

18 octobre 2007

[Texte-Joyeux Jarryversaire 2] Christian Prigent, Les z’Ubs à la fontaine

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:03

band-prigent-jarry.jpg Les z’Ubs à la fontaine (air : À la claire fontaine) de Christian Prigent

jarry.jpgÀ la claire fontaine
Bordur’ (le Capitaine),
Qu’est un vrai malotru,
Drague la Mère Ubu :
« Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai !

Quitte le Père Ubou,
Ce coquin, ce grigou,
Il est moche, il est gros,
Moi je suis bien plus beau ! :
Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai ! »

Mais v’là qu’ le Père Ubu
Supplie la Mère Ubette.
(Car ça n’est pas la fête
Quand on vous fait cocu) :
« Il y a longtemps que je t’aime
Jamais je ne t’oublierai ! »

La mère Ub’, elle envoie
Le Père Ub’ aux pelotes
Car Bordur’, c’est un gars
Qu’en a dans la culotte ! :
« Il y a longtemps que je l’aime
Jamais je ne l’oublierai ! »

Ubu est en pétard :
I’ prend l’ sabre à phynances !
I’ va lui trouer l’ lard :
Et bing ! zou ! – dans la panse !

♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬

« Il y a longtemps que tu l’aimais ?
– Va voir en Enfer s’il y est ! »

Puis pan su’ l’ Capitaine :
I’ lui crève la bouzine

(Ça n’en fait eun’ cuisine,
Quand ça vid’ la bedaine !) :
« Il y a longtemps que tu l’aimais ?
-Va voir en Enfer s’elle y est ! »

♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬♬

Variante décente pour la strophe 4 :

La mère Ub’, elle envoie
Le Père Ubu z’aux pommes
Car Bordur’ c’est son homme,
C’est d’lui qu’elle est gaga ! :
« Il y a longtemps que je l’aime
Jamais je ne l’oublierai ! »

[News et chronique] Joyeux Jarryversaire !

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 7:23

band-thumerel.jpg   « Alfred Jarry aimait à rappeler qu’il était venu au monde le jour de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre 1873 ; il est mort le jour de la Toussaint, avec une grande précision, dirait-il lui-même. C’est une des plus singulières figures de la jeune génération, et l’être le plus contradictoire qui soit. Très intelligent et d’une inclairvoyance rare ; original assurément, et assimilateur jusqu’à la singerie ; nul plus que ce chercheur d’absolu ne fut à la merci du contingent ; extraordinairement compréhensif, il ignora la vie comme personne ; délicat souvent, discret, plein de tact en mainte circonstance, il aimait à prendre des attitudes cyniques.

Il était doué d’ingéniosité plus que d’imagination, et de son esprit géométrique et à déclenchements automatiques surgissait dix fois la même idée sous différents aspects. Volontaire, tenace, hâbleur un peu, il s’illusionnait facilement et toujours dans le sens de l’optimisme – d’où quelques bonnes sottises qui lui furent préjudiciables. Ses désirs furent des impulsions d’enfant : un livre en caractères alors rares en France, un canot, une cabane au bord de la Seine : il les réalisa immédiatement – incontinent eût-il dit – sans souci des possibilités, envers lui-même et contre tous. Il fut charmant, insupportable et sympathique ».

Ainsi commençait l’Hommage que l’autre Alfred, Vallette celui-là, rendit à son jeune poulain échappé – enfant Énormément TERRIBLE s’il en fut – dans le Mercure de France du 16 novembre 1907.
Peu de temps auparavant, dans son Journal (18 janvier 1906), Jules Renard nous donne une image tonitruante de cette figure parmi les plus excentriques des Zutistes :

jarry-sur-la-butte.jpg« On passe, et on entend : pan ! pan ! pan ! C’est Jarry qui, à coups de revolver, tue les araignées ; mais il garde les toiles : ça orne.
Il installe ses cabinets au-dessus de la sonnette de la porte. On tire la corde. La cuvette se vide. Ce mouvement qui était perdu est utilisé.
Ca tombe bien sur le visiteur, mais les cabinets sont toujours propres ».

Et l’on se souvient du double portrait que moins de vingt ans plus tard nous offrent Les Faux-Monnayeurs (3e partie, chap. VIII), le premier par l’écrivain à succès Passavant et le second par le narrateur :

« – C’est Alfred Jarry, l’auteur d’Ubu roi. Les Argonautes lui confèrent du génie, parce que le public vient de siffler sa pièce. C’est tout de même ce qu’on a donné de plus curieux au théâtre depuis longtemps ».
« Vêtu en traditionnel Gugusse d’hippodrome, tout, en Jarry, sentait l’apprêt ; sa façon de parler surtout, qu’imitaient à l’envi plusieurs Argonautes, martelant les syllabes, inventant de bizarres mots, en estropiant bizarrement certains autres ; mais il n’y avait vraiment que Jarry lui-même pour obtenir cette voix sans timbre, sans chaleur, sans intonation, sans relief ».

La crainte de Passavant se confirmant, le Gugusse provoque le scandale :

« Jarry s’était éloigné déjà.Il attendit d’avoir tourné la table et répéta d’une voix de fausset :
« Et maintenant, nous allons tuder le petit Bercail » ; puis, sortit de sa poche un gros pistolet avec lequel les Argonautes l’avaient vu jouer souvent ; et mit en joue.
Jarry s’était fait une réputation de tireur. Des protestations s’élevèrent. On ne savait trop si, dans l’état d’ivresse où il était, il saurait s’en tenir au simulacre ».

Contre l’esprit de sérieux des milieux littéraires, le revolver ; contre l’intellectualisme, le vélo, qui est « un prolongement minéral de notre système osseux ».
jarry_bicyclette_1898.jpg Rien d’étonnant à ce que ce soit celui-là, celui qui pédale dur et celui qui revolver, qui réussît à TOUT RÉVOLVER
, pour reprendre une formule de Novarina dans sa Lettre aux acteurs (1974) : en une fin-de-siècle désillusionnée, l’anarchisant Jarry fit voler en éclats tous les -ismes, tous les discours usés, littéraires et idéologiques.

Comme il ne s’agit pas de tomber dans la commémomanie, Libr-critique
entend fêter cela à sa manière : joyeux Jarryversaire, donc !
Avant d’en arriver au coeur du Dossier (poèmes carnavalesques de Prigent et de Cuhel, mon article sur la révolution grotesque de Jarry et le recensement du dernier
ouvrage critique, sous la direction de P. Besnier, Jarry, monstres et merveilles), faisons le point sur les manifestations organisées pour le centenaire-de-la-mort-de-Jarry – dont on lira le détail sur http://www.
alfredjarry2007.fr.

On passera outre la gadgetomania pour signaler, tout d’abord, deux expositions : à Reims, Le centenaire de la mort d’Alfred
Jarry
, où l’on découvrira, en octobre-novembre, divers livres d’artistes autour de Jarry, les revues de l’infernal écrivain, ou encore les publications du Collège de pataphysique ; à Rennes, La Passion Jarry nous fera revivre, notamment grâce à Patrick Besnier, la vie et l’oeuvre tumultueuses de celui qui reste avant tout le Père d’UBU.

Du côté des spectacles, on retiendra :
– le 31 octobre, au Théâtre de Laval, Monsieuye Jarry met en cage un peu d’éternité (création du Théâtre de l’Échappée) ;
– à Reims, le 9 novembre, à l’Auditorium de la Médiathèque Jean Falala (19h), Ubu sur la table (compagnie de marionnettes québecoise) ;
– à Pontoise, au Dôme place de l’Hôtel de ville, les 9 et 13 novembre, Ubu sur la butte (compagnie le Ricochet Solaire) ;
– le 2 novembre à Saint-Brieuc (à 18h, dans le foyer Louis Guilloux de La Passerelle, scène nationale) et le 9 à Rennes (18h 30, Médiathèque des Champs Libres), Une heure impertinente avec Jarry (Théâtre de Folle Pensée).

Parmi les rencontres et conférences, mentionnons :
– le 24 octobre, à la Bibliothèque Carnégie de Reims (18h 30), Isabelle Krzywkowski (Maître de conférences à l’Université de Reims et secrétaire de la Société des Amis d’Alfred Jarry), « L’Autre Jarry » ;
– le 1er novembre, à Cracovie (Pologne), le Ve séminaire pataphysique de Jan Gondowicz ;
– les 7 et 14 novembre, à 18h 30, les rencontres de la bibliothèque de Rennes, avec P. Besnier et la projection du film de Jean-Christophe Averty sur Jarry dans la collection « Un siècle d’écrivains » (Médiathèque des Champs Libres) ;
– le 9 novembre, à l’Université d’Artois (14h), F. Thumerel, « Ubu roi ou la révolution carnavalesque ».
On n’oubliera pas l’enregistrement public de l’émission Les Papous dans la tête, qui aura lieu le samedi 17 novembre au Théâtre de Laval (diffusion sur France Culture le dimanche, de 12h 45 à 14h).

Insistons enfin sur les manifestations de Saint-Brieuc, organisées les 2 et 3 novembre par l’association « 22 : Jarry 2007 » (02 96 61 57 54), dont le président n’est autre que Christian Prigent : à La Passerelle, à la Maison Louis Guilloux et à la Bibliothèque municipale, on assistera à des lectures de Pennequin, Verheggen, Jouet et Prigent ; à une Table ronde sur « Jarry et le monde celtique », qui réunira Henri Béhar, Patrick Besnier, Jean-Luc Steinmetz et Christian Prigent ; on s’étonnera devant les étranges « machines jarryques » fabriquées par les étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts de St Brieuc…

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