Libr-critique

7 mai 2019

[News] Libr-News

Des RV de mai à ne pas manquer, après une UNE consacrée à Annie ERNAUX… Maison de la poésie Paris, FiEstival… Rencontres avec Marie de Quatrebarbes, Patrice Robin… Journée d’études sur l’évaluation générale…

UNE : Annie ERNAUX /FT/

â–º Tous les Libr-lecteurs passionnés d’Annie ERNAUX découvriront avec plaisir le site tout en sobriété qu’ont lancé deux spécialistes, Élise Hugueny-Leger et Lyn Thomas : l’essentiel vous y attend en français et en anglais, Bio- et Bibliographie, une liste de publications avec liens qui permettent de (re)lire quelques textes – y compris politiques -, les références d’un bon nombre d’entretiens, quelques textes, les Actualités… Et même une rubrique originale : « Lieux ».

Annie ERNAUX vient du reste de recevoir pour l’ensemble de son oeuvre le prestigieux Prix international Formentor, créé en 1960 et restauré en 2011, qui a déjà récompensé Borges, Beckett, Gadda, Sarraute, Fuentès, Goytisolo, Vila-Matas… Ce prix doté de 50 000 € lui sera officiellement remis à Majorque tout bientôt.
Le 21 mai prochain, elle sera à Londres, en lice pour l’attribution du Man Booker international Prize (traduction anglaise des Années : The Years).

Libr-événements

► À la Maison de la Poésie Paris :

► Jeudi 9 mai à 20H30, Librairie Equipages (61, rue de Bagnolet 75020 Paris) : Rencontre-lecture avec Tristan Felix pour sa Ovaine La Saga.

â–º Du 9 au 12 mai, FiEstival *13 ReEvolution, Le Senghor (Belgique): programme.

► Vendredi 10 mai, 19H, Librarie Les Mots à le Bouche (6, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 75004 Paris) : Rencontre avec Marie de Quatrebarbes pour son fascinant Voguer (P.O.L).

â–º Vendredi 10 mai, 19H, La Chouette Librairie (72, rue de l’Hôpital Militaire à Lille) : rencontre avec Patrice Robin pour Mon histoire avec Robert (P.O.L).

► Vendredi 10 et samedi 11 mai : LA FABRIQUE DU POSSIBLE. Sur une proposition de Jean-Charles Massera, dans le cadre de sa résidence d’auteur financée par la Région Île-de-France.
Collectif 12 : 174, Bd du Maréchal Juin à Mantes-la-Jolie. Entrée libre. Tout public. Infos et réservations au 01.30.33.22.65 ou à contact@collectif12.org

Dans le cadre de sa résidence d’écriture au Collectif 12, Jean-Charles Massera présente un ensemble de propositions littéraires et artistiques contemporaines dans lesquelles un processus d’écriture interrogeant notre aujourd’hui et les conditions autour desquelles nos imaginaires et nos projections s’organisent est à l’oeuvre. Des propositions critiques en phase avec notre monde !

PROGRAMME

Films (ven. 10 mai à 20h) : « Münster » de Martin Le Chevallier, « Déshabillé » et « Capri » de Valérie Mréjen, « Rituel 2 : Le vote » de Louise Hémon et Emilie Rousset, « Poétique de l’emploi », « Cogito », « Calme ? » et « L’engagement des intellectuels » de Noémi Lefebvre et Laurent Grappe.
Lectures et performances (sam. 11 mai à 18h) : « L’affaire La Pérouse » d’Anne-James Chaton, « L’aveu de Nantes » de Jean-Charles Massera, « Les noms salis et autres trucs » de Jean-Michel Espitallier, « Poétique de l’emploi » de Noémi Lefebvre, et « Monsieur Rivière » de Valérie Mréjen.
Exposition (ven. 10 et sam. 11 mai) : « Les films du monde / 50 cinétracts +1 » de Frank Smith, « Manufrance » de Valérie Mréjen, « L’année passée » de Valérie Mréjen et Bernard Schefer, « Image Text Works » et « Jean de la Ciotat » de Jean-Charles Massera.

â–º Programme de la journée d’études « Ã‰valuation générale. Effets de l’évaluation # 2 »
Lundi 13 mai, 9h30-18h Université Paris 8, Salle des thèses
(Espace Deleuze Bât. A 1er étage).

Lors de cette deuxième journée d’études autour du projet « Ã‰valuation générale. L’Agence de notation comme dispositif artistique », réflexion sur les effets de l’évaluation à partir de 3 axes :
– les effets de la production de l’évaluation (pathologie ou érotique de la notation)
– les effets de la réception de l’évaluation (souffrance, toxicité, émulation)
– les effets du fonctionnement de l’évaluation (modalités de circulation de la note ou des préconisations, performativité de l’évaluation).

Le projet de recherche « Evaluation générale : l’Agence de Notation comme dispositif artistique » réunit un groupe d’artistes, éditeurs, théoriciens des arts, critiques littéraires, philosophes, sociologues, politologues et gestionnaires, en vue d’explorer et de comprendre les problèmes publics spécifiques que soulève la généralisation de l’évaluation. Il se constitue autour de l’Agence de Notation, dispositif artistique et d’enquête appelé à intervenir en situations institutionnelles réelles afin de désinvisibiliser non seulement ce qu’est l’activité d’évaluation-notation mais aussi ses effets concrets immédiats.

PROGRAMME
Matinée
– 9h30-9h45
Accueil des participants
– 9h45-10h
« Projet « Évaluation générale » : point sur les activités et prochains événements »
Nancy Murzilli, Bérengère Voisin (Université Paris 8 et LHE), Christophe Hanna (Ed. Questions Théoriques, LHE)
– 10h-10h30
« Le SWOT d’« Évaluation générale. L’Agence de Notation comme dispositif artistique #1 »
Magali Nachtergael (Littérature et arts contemporains, Université Paris 13, Pléiade)
– 10h30-11h30
« Agences de notation : problématiques juridiques »
Akram El Mejri (Droit, Université Paris 8, CRDPDS)

– 11h30-12h30
« Statactivisme »Emmanuel Didier (Sociologie, CNRS, Centre Maurice Halbwachs)

Après-midi
– 14h-15h
« Agent double : du recours au récit dans l’administration de l’anticipation »
Frédéric Claisse (Sciences politiques et sociales, IWEPS)
-15h-16h
« « J’ai fait fermer U Express ». Réinjecter de l’évaluation dans la manutention ordinaire »
Natacha Guiller (Poète et artiste)
-16h-17h
« Testeur : écrire ce que valent les marchandises d’Amazon »
Christophe Hanna (Théorie littéraire, Ed. Questions théoriques, LHE)
-17h-18h
Discussion prospective sur les lignes directrices de la suite du projet « Évaluation générale »

Contact : Nancy Murzilli (nancy.murzilli@univ-paris8.fr)

7 janvier 2017

[Livre – chronique] Valérie Mréjen, Troisième personne, par Jean-Paul Gavard-Perret

Valérie Mréjen, Troisième personne, éditions P.O.L, en librairie depuis le 3 janvier, 144 pages, 10 €, ISBN : 978-2-8180-4158-1.

Présentation éditoriale

On était deux, on devient trois, ce n’est pas rien… Valérie Mréjen décrit et essaie de comprendre ce bouleversement dans la vie quotidienne, mais aussi dans la perception que l’on a du monde. C’est un regard surpris, perplexe qu’elle porte sur l’enfant qui survient et, du coup, sur ce qui l’entoure : les gens comme les choses, les comportements. Tout en s’autorisant des décrochages et des digressions le texte, comme d’habitude écrit dans la plus grande simplicité et la plus belle plasticité, suit les premières années de l’enfant et ce dès la sortie de la clinique, avec immédiatement, alors que le taxi ramène chez eux la mère, le père et l’enfant, un regard très étonnant parce que très étonné sur les rues, les immeubles, les passants, les gens, les mêmes et pourtant si différents d’avant. Il est plein d’anecdotes et de moments révélateurs, de réflexions. Il est écrit dans la plus grande sidération puis une curiosité qui ne se dément jamais à l’égard de cette énigme, un enfant.
Valérie Mréjen a publié Forêt noire en 2012. Elle est aussi artiste et cinéaste.

 

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

La littérature peut parfois non repartir de l’enfance mais de l’enfant. Celui qui pourra faire dire à Valérie Mréjen « C’est là que j’ai vécu » – comme écrivait Duras. Dès lors la littérature devient un « roman » particulier sans dialogue de cire mais de circonstances. Et pas n’importe lesquelles, et l’écriture en offre des sortes de réponses "militantes".

L’enfant réapprend à ouvrir les yeux, à cesser de se taire. Par sa présence il ne s’agit plus de se contenter de jouir dans l’inconfort, la rareté ou la solitude mais dans la traversée lorsque le "je" devient à la fois l’autre et le même qui oblige à prendre des allers sans retours.

L’œuvre n’est plus coupée du monde. Certes, celle de Valérie Mréjen ne l’a jamais été, mais elle trouve soudain une autre profondeur ; car il ne s’agit plus de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans un temps "pur". Tout petit Moïse doit être sauvé des eaux. C’est le « luxe » à lui offrir d’autant que sa présence décale la loi des prêtres, des rabbins, des mâles, des re-pères. Le corps parle soudain  une langue étrangère qui est pourtant la plus proche : celle de  la langue "maternelle".

Valérie Mréjen devient la dupe consentante du non-dupe. Ça a un nom. C’est l’existence. Mais cela mérite une écriture aussi convaincante que celle d’un tel livre dépouillé et dont les éléments créent une sorte de spirale. Il devient l’histoire de la vraie "folie" : celle de la sagesse qui contrarie le vide par celui qui fait bien plus que le combler. L’enfant imprime à la littérature une sorte de lucidité que peut-être seule une femme est capable d’exprimer et qui justifierait l’existence d’une littérature féminine.

L’auteure y refuse l’anecdotique, elle le remplace par une succession d’images de l’indicible. L’enfant devient  la source de la résistance à toute instrumentalisation du logos. Valérie Mréjen sait qu’une telle présence crée une légitimité particulière à la littérature : celle de la  profondeur, et de l’ouverture.

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