Libr-critique

13 septembre 2020

[News] News du dimanche

En route vers un automne que l’on veut résolument créatif : agenda Prigent, agenda Moussempès, RV à la Librairie Texture…

 

â–º Agenda de Christian Prigent : Avant que de rendre compte des deux derniers livres de l’écrivain désormais reconnu (sa correspondance avec Ponge et ses écrits sur l’art), ces deux RV à ne pas manquer…

« Les hommes   s’approprient le monde par quelques tracés articulés qui l’organisent en langage. Mais, du même coup, ils s’en séparent et le disposent dans la distance du symbolique. L’Å“uvre peinte traduit cette distance dans l’écart optique que jauge le regard. Alors la sensation d’une coupure et d’une perte envahit cette distance.
Mais une peinture est aussi un objet ouvré dont la matérialité suggère la réduction de la distance » (La Peinture me regarde, L’Atelier contemporain, août 2020, p. 26).

Christian Prigent à Saran (Orléans), Théâtre de la Tête Noire.
Le mardi 15 septembre à 19 h. Peep-Show, spectacle de Vanda Benes, d’après le roman en vers de Christian Prigent. Compagnie « La belle Inutile ». Conception et interprétation Vanda Benes. Création sonore Paul Gasnier. Lien : http://www.theatre-tete-noire.com/spectacle/presentation-de-la-saison-peep-show/92
Le vendredi 4 décembre 2020, à 20 h 30. Tra la la !, Spectacle de Vanda Benes sur des textes et poèmes de Christian Prigent. Musique Jean-Christophe Marti. Avec Vanda Benes (voix) et Emmanuel Olivier (piano). Lien : http://www.theatre-tete-noire.com/spectacle/fabienne-pralon-et-tra-la-la-/101
Théâtre de la Tête Noire, 219 rue de la Fontaine 45770-Saran. Tél. : 02 38 73 14 14. Contact : contact@theatre-tete-noire.com.

 

► Vendredi 25 septembre à 19H30, Texture Librairie (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris), rencontre avec Laure Gauthier et Pedro Garcia-Velasquez.

 

► Agenda de Sandra Moussempès :

- Lecture au Centre Pompidou dans le cadre du festival Extra !, de sa « lettre à une jeune poétesse » (en compagnie de Liliane Giraudon, Nathalie Quintane, Chloé Delaume, Ryoko Sekiguchi etc..) le 26 septembre à 18 heures forum -1 Infos ICI
– Workshops à l’ESAM de Caen  Cinéma/Poésie/Son (écriture et travail en studio autour de la performance) sessions 2020/2021
- Lecture au Centre Pompidou, de Cinéma de l’affect et d’extraits de son prochain livre (à paraître chez Poésie/Flammarion en janvier 2021), le 3 décembre dans le cadre des Enjeux contemporains de la littérature, petite salle, suivie d’une conférence de Jean-Luc Nancy.

 

En lisant, en zigzaguant dans trois livres à paraître…

 

► Tristan Felix, Tangor, PhB éditions, seconde quinzaine de septembre 2020 :
« La veuve Tango danse avec Chevreuille Ecarlate, cette autre échappée de l’espace du leurre, fiancée sur la scène au conte de la lune qui n’avait qu’un œil pour briller.
Qui l’embrasse soudain se noie dans la houle au miroir où chaque bouche de poisson accroche un tesson de verre impénétrable » (p. 32).

 

â–º Jean-Michel Espitallier, Centre épique, éditions de l’Attente, à paraître le 9 octobre 2020 : 

 

« … Mai 68, nouvel épisode de la tradition française de l’émeute, éternel geste romantique de la barricade, envol de pavés, assauts de la troupe. Feux de camp dans la rue. La France de 68 ne peut se résumer aux émeutes du Quartier latin, même si c’est là que s’est forgée la mythologie soixante-huitarde construite sur l’invention de la jeunesse, centrifugeuse pour tous les désirs d’émancipations à venir, carnaval pop où tout sembla soudain possible parce qu’on mit ses désirs dans la réalité » (p. 72).

 

► Véronique Bergen, Belgiques, Ker éditions, à paraître le 21 octobre :
« Dans mon Monopoly mental, une case sur deux est une maison abandonnée, les autres des terrains vagues. Lolita, tu ne vas pas gauchir le parcours gnostique par tes prurits œdipiens, vomir sur le XVIIIe siècle des glaviota punkoïdes, revival post-hippie ? Décode les signaux éparpillés sur cette place, arrête de rémusromuluser auprès de ta Louve. Lève la tête, Lol. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse déposeront leurs derniers messages lors de l’Ommegang et du Tapis de fleurs » (p. 60).

8 mars 2020

[Chronique] Néo-féminismes et néo-puritanismes : la révolution conservatrice… (Fabrice Thumerel)

Une journée des droits-de-la-femme : plus symbolique que politique, à l’évidence.
Tout de même, depuis le 1er mars dernier, notons l’obligation pour les entreprises d’au moins 50 salariés de communiquer l’Index  de l’égalité femmes-hommes. Sans compter l’actuel renforcement de la lutte contre le harcèlement sexuel, les violences et les comportements sexistes.
On ne peut que s’en réjouir.

Quant au jouir… En cette époque qui préfère les draineurs aux dragueurs, fuyant les malsaines moiteurs pour privilégier le lisse, l’inodore et l’insipide ; en cette époque de guerre des sexes où tout homme est un porc qui s’ignore, où la nouvelle Préciosité entreprend une purification de la langue et où le néo-féminisme prône un retour au lansonisme en rejetant l’homme dans l’Å“uvre… La bien-pensance n’ayant pas de frontières, sauve qui peut !

C’est le moment de (re)lire le tonique numéro de Lignes, intitulé « Puritanismes : Le néo-féminisme et la domination » (n° 57, automne 2018).
Tonitruer contre la domination 
masculine permet-il « de penser la question de la domination », demande Véronique Bergen, qui associe néo-libéralisme et néo-puritanisme ? Selon elle, le mouvement #BalanceTonPorc, « fallacieusement présenté comme une défense du droit des femmes, des droits des minorités, comme un vecteur d’émancipation », n’est en fait qu’un « mouvement dogmatique de néo-puritanisation ».

Dans « Cochonnerie d’écriture », Christian Prigent, celui qui incarne haut et fort la modernité avant-gardiste, ne peut que fustiger une névrose puritaine qui n’est que la face moralisatrice de l’immoral capitalisme.
Tout d’abord, en guise de préliminaire, cet irrésistible avertissement ironique :
« Prudence, petit homme : tu es coupable, forcément coupable. Pas violeur, certes. Harceleur ? Non plus. Mais à l’occasion séducteur sur fond d’autorité professorale ou de prestige littéraire. Suborneur, alors ? sans doute (retenu, mais foncier). Aimant du sexe l’inavouable, l’excessif, le complice avec l’abjection. Mesurant au jour le jour la différence entre l’expansion inextinguible du fantasme et la petite misère sexuelle courante. Emberlificoté par conséquent dans les fils de névrose noués par cette mesure. Pervers à proportion de cette névrose. Balançable, donc, pour peu que tu mettes un bout de nez ou de sexe dehors. »
Cependant, grand amateur des aspérités et impuretés en tous genres propres à toute véritable expérience – fût-elle scripturale -, ce « petit homme » ne fait pas dans la prudente retenue : contre l’hygiénisation de notre relation au corps comme au sexe, contre la naturalisation homogénéisante de la langue comme de son usage poétique, l’horrible trouvailleur (Le Pillouër) en appelle à l’ordure et… à Artaud ! Que sont ces néo-puritains ? « Des chiens, qui pensent immédiatement avec la terre ».
Quant à la grotesque régression nommée « écriture inclusive » – qui en fait occulte les causes sociopolitiques des différences sexuées -, elle fait l’objet d’un traitement comique dans « Zoorthographe d’usage », cette « sotie pour deux voix » que l’on retrouve dans Poésie sur place.

Pour être régressif et excessif, le néo-féminisme puritain n’est assurément l’avenir ni de la femme ni de l’humanité.

6 août 2019

[Livres – News] Libr-vacance (3)

Redisons-le pour tous ceux qui nous ont rejoints depuis peu : Libr-vacance ne propose nullement une sélection « cool » de livres-de-vacances : c’est une invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique… En ce début août, dans nos Libr-brèves, une spéciale BEURARD-VALDOYE et un retour en vidéos sur « Les Écrits numériques #4 » ; après avoir lu en zigzaguant, des Libr-lectures les plus diverses (livres intéressants dont nous n’avons pu rendre compte jusqu’à présent, parus entre le printemps 2018 et l’été 2019)… [Libr-vacance 2]

Libr-brèves

► Patrick Beurard-Valdoye, À travers Le Cycle des exils : Lectures / Rencontres le vendredi 13 septembre à 20h30, au Vélo Théâtre, à Apt / tarif : 5 €
Les cris poétiques (hors série) de Patrick Beurard-Valdoye
Une invitation de Alt(r)a Voce / Florence Pazzottu

Le samedi 14 septembre à 17h, au cipm : Le Cycle des exils : qu’est-ce que c’est que cette histoire ? [tarif : 3€ | soutien : 5 €]

Autour de Patrick Beurard-Valdoye : Jaqueline Merville(écrivain et dramaturge) et Jean de Breyne (écrivain et fondateur des Cris poétiques) qui introduiront la soirée ainsi que Florence Pazzottu (poète et cinéaste) et Michaël Batalla (poète et directeur du Cipm) qui liront quelques extraits des premiers volumes du Cycle. Patrick Beurard-Valdoye donnera ensuite une performance intitulée Artaud chez les Irlandais (extrait du huitième livre, en chantier).

Patrick Beurard-Valdoye donne forme depuis les années 1980 à l’une des œuvres majeures de la poésie contemporaine, que Libr-critique suit depuis sa création (entretien avec Philippe Boisnard). Vaste épopée de la construction européenne, Le Cycle des exils compte aujourd’hui 7 volumes publiés. Le dernier en date, Flache d’Europe aimants garde-fous, a paru en mars 2019 aux éditions Flammarion.

♦ Dans l’attente des projections en festivals, voici le teaser d’un magnifique portrait du poète Patrick Beurard-Valdoye, film d’Isabelle Vorle projeté à la Maison de la poésie le 23 mars dernier : Vibes & Scribes

â–º En ligne, les communications des Écrits du numérique #4 (21 mars 2019), parmi lesquelles : « Arts, littératures et formes numériques du livre » par Lucile Haute, artiste et enseignante-chercheuse.

En lisant, en zigzaguant

â–º « Je cherche au long de mes plages la différence entre l’écrit et le lisible, entre le lisible et le visible. »
« La différence entre le poème et le reste n’est pas une différence linguistique. De prétendus poèmes ne sont pas des poèmes. […] De bons, voire d’excellents poèmes n’ont ni l’allure ni la facture de ce que l’on appelle, faute d’avoir accepté mille réflexions passées et présentes, ou d’avoir opté passionnément pour l’ignorance, un poème » (Dominique Meens, L’ÃŽle lisible, P.O.L, hiver 2018, p. 76).

â–º « Nous voulons du chaud. Que l’on crève de chaud. Qu’il n’y ait plus que ça. La chaleur. […] Plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira de toute part. C’est nous qui le voulons. Nous et nous seuls. Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. […] Nous voulons cuire. Nous voulons la cuisson des corps. Que ça nous brûle au-dehors et aussi en dedans. […] Que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées » (Charles Pennequin, Gabineau-les-bobines, pp. 200-201 : cf. ci-dessous).

Libr-lectures

► Marianne Simon-Oikawa, Les Poètes spatialistes et le cinéma, Nouvelles éditions Place, printemps 2019, 112 pages, 10 €, ISBN : 978-2-376280460.

Pour le couple renommé Ilse (née en 1927) et Pierre Garnier (1928-2014), le cinéma constitue « un des possibles de la poésie » (p. 12), dans la mesure où « les mots doivent être vus » (Å’uvres poétiques, éditions des Vanneaux, t. 1, 2008, p. 78) ; d’autre part, ces chefs de file du spatialisme conçoivent la poésie comme une pratique cinétique. D’où l’incursion de Pierre dans les domaines de la vidéo et du dessin animé, et les deux « ciné-poèmes » créés par Ilse en 1996, Voyage cosmique et Poème cinématographique.

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Dans ses Déplacements, recueil d’énoncés dénonciateurs, Claude Favre rappelle  « l’expérience d’Énée, rêve d’une ville ouverte à tous les étrangers » (p. 35)… Hélas, nous sommes bien loin de l’hospitalité inconditionnelle que préconisait Derrida : nous assistons bien au contraire à l' »accélération des déplacements » (37)… Les chiffres dépassent l’entendement : « fin 2015, on compte 65,3 millions de déracinés » (39) , « déplacés de force ou migrants, 48 millions d’enfants, dans le monde »… La mondialisation produit en séries des millions d’exclus, qu’ils soient « réfugiés, migrants, exilés, demandeurs d’asile » (38)… D’où cette litanie de la misère que propose Claude Favre en 1672 assertions/respirations.

Le monde de la mondialisation est un monde ouvert, disent-ils. Or, peu de temps après la Chute-du-Mur (Berlin, 1989), c’est l’Occident qui fait dans le mur, qui s’emmure : « on finance la sécurisation de la frontière » (Carnets de murs, p. 51).

Que veut-on protéger ? Les Intérêts des dominants.
Que veut-on sécuriser ? Les Propriétés – toutes sortes de propriétés.
Logique : les ex-colonisateurs ne veulent pas être colonisés ; l’impérialisme n’est pas un humanisme.

Quel horizon s’en dégage-t-il ? Aucun autre horizon que celui de l’ostracisme et du différentialisme : « Une frontière, c’est ce qui permet de séparer une chose d’une autre chose, il faut séparer pour pouvoir faire une différence, pour pouvoir dire que l’un est l’un et que l’autre est l’autre », peut-on lire dans Exploration du flux de Marina Skalova, apologue critique qui traite la crise migratoire en télescopant les isotopies pour faire déraper les significations. Voici un exemple de la façon dont elle expose l’implacable logique d’exclusion immondialisée : « Il y a les migrations provoquées par les guerres, on appelle ça des exodes. Et il y a les migrations des barbares, on appelle ça des invasions. Les exodes, c’est quand beaucoup de gens partent en exil, et l’exil, c’est quand on peut demander l’asile. Pour demander l’asile, il faut un papier, une carte de vÅ“ux, une invitation. Sans invitation, on appelle ça une invasion » (16)…
« Bienvenue au Mirador, dernier-né d’une idée d’avenir », tel pourrait être le message délivré aux indésirables – emprunté à la toute récente dystopie de François Bizet, Dans les miradors, parue aux bien nommées Presses du réel.

♦ Claude FAVRE, Crever les toits, etc., suivi de Déplacements, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-034-6.
♦ Emmanuèle JAWAD, [carnets de murs], Lanskine, automne 2018, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-70-0. [Sur cette poésie qui fait le mur : ici]
♦ Marina SKALOVA, Exploration du flux, Seuil, printemps 2018, 70 pages, 12 €, ISBN : 978-2-02-139401-6. [Extrait LC]
♦ François BIZET, Dans le mirador, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-033-9.

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► Attaques, #2, Les Presses du réel/al dante, printemps 2019, 544 pages, 27 €, ISBN : 978-2-37896-089-6.

« La poésie est-elle une forme de résistance ? » (p.  127).

« C’est quand on va au tribunal
qu’on sait dans quel pays on vit »
(Jérémy Gravayat, p. 232).

À l’âge de la post- (histoire, vérité, politique, littérature, critique) qui croît sur un compost d’imposture, cette deuxième salve d’Attaques est la bienvenue parce que rare. Tous azimuts, bien entendu : de l’Europe à l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Mexique, Vénézuela), en passant par l’Algérie, le Mozambique, la Palestine ou l’Iran… Et de convoquer tous moyens et tous domaines : textes théoriques/manifestaires, satiriques, polémiques, didactiques ou lyriques, entretiens, photographies et photomontages ; sphères poétique, politique, philosophique, socioculturelle, artistique…

Entre autres et brièvement, sont interrogés / analysés / dénoncés :
– la violence de l’État, au service des dominants ;
– le concept de « nation », dont Rada Ivekovic nous invite à nous méfier (chimérique, elle « fonctionne à coups d’identifications et d’imaginaires commu-nautaires naturalisés ») ;
– le français comme langue de la domination : « Cette langue hautaine, arrogante, aveugle et coloniale qui fabrique une littérature subalterne autochtone au service des instituts français locaux » (Jalal El Haknaoui, p. 16) ;
– l’art de la rue, pas forcément subversif (Clemente Padin) ;
– la situation du Brésil : « nous sommes sortis du cycle du populisme de gauche rien que pour nous installer dans celui, dit « nouveau », du populisme de droite » (Horácio Costa, p. 111) ; au Brésil, « les institutions fonctionnent bien et mieux »Â â€“ mais le texte sérié par André Valias est contaminé par un processus viral…
– l’art de perruquer, c’est-à-dire, en milieu professionnel, de détourner les moyens de production à des fins personnelles (Jan Middelbos)…

Au plan politique, saluons l’article de Laurent Cauwet sur le phénomène des Gilets jaunes, fustigeant la violence étatique comme le mépris de classe, y compris dans les milieux artistique et intellectuel – où, du reste, peu se sont exprimés sur le sujet. On regrettera seulement l’amalgame, courant à gauche, entre totalitarisme et fascisme – lequel correspond à une idéologie et des pratiques bien définies. Sans compter qu’il faut être vigilant et rigoureux dans l’usage d’une certaine terminologie : pour se faire l’auxiliaire d’un totalitarisme ultra-libéral ou propre au capitalisme financier, au plan des institutions politiques l’état français ne saurait encore être taxé de « totalitaire »Â â€“ autoritaire, policier, voire illibéral plutôt. Au plan poétique, signalons le lyrique agencement répétitif de Claude Favre : sa « Caravane » est un chant universel en faveur des exilés et des exclus. Quant à Sylvain Courtoux, c’est le seul poète français à inventer des formes originales à partir de la sociologie critique : nourri des théories de Pierre Bourdieu, Bernard Lahire et de Howard Becker, en suivant les modèles du Jeu de l’oie et du Monopoly, il met à jour de façon ludique et subtile les fondements du Jeu littéraire.

► Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, éditions ONLIT, Bruxelles, automne 2018, 272 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87560-102-5.

Toujours différente et toujours la même, avec la verve et l’inventivité verbale qui la caractérisent, cette fois Véronique Bergen nous fait vivre la folle histoire – dite « moderne » – de l’humanité à travers le regard lucidement halluciné de chiens célèbres, de la Révolution Française à l’austérité capitaliste en Grèce, en passant par l’extermination des Indiens, la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la conquête spatiale (mémorable Laïka !)… Dans cet univers où l’on s’exprime en canidien standard, le regard porté sur les humains – dont s’avère consternante « la pauvreté spinocortico-connective » (116) – ne peut être que distancié (drôle, ironique, sarcastique, satirique) : « Quelle aberration de sacrifier deux pattes pour bipéder comme des autruches… De toutes les lubies, de toutes les tocades des humains, regarder des heures durant des images qui défilent sur un écran, se tartiner le visage de confit de bananes, courir sur place sur un tapis volant qui ne décolle jamais, manger avec des ustensiles qui blessent les aliments sont celles qui me darwinent à l’envers » (p. 9). Les translations concourent à l’effet d’étrangeté : à « bipéder » et « darwiner », ajoutons que le chien statistique, waf waf, etc. Homoncules, prenons en pour notre grade : « J’ai honte de votre manie narcissique, immature des autoportraits, de vos défécations de selfies » (10) ; « Ce n’est qu’au prix de la mort de l’homme que la planète aura chance de survivre ; la sélection naturelle cosmique exige son éradication » (35)…

â–º Grégoire CABANNE, Michel, Leïla (Lui, Elle, Toi), éditions MF, coll. « Inventions », printemps 2019, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37804-013-0.

Dans sa préface qui multiplie les références au discours savant, l’auteur présente ainsi son projet : « Le pari de Michel, Leïla est de raconter une histoire sans aucune narration, uniquement thématisée par le titre […], et la détermination quasi-arbitraire de deux pronoms » – le pronom étant du reste « la marque de l’homme dans le langage ». Ainsi : Lui, Elle, Toi, qui font parfois Eux : « Et ils se marièrent / et n’eurent qu’autant /   d’enfants » (139). C’est dire qu’il s’agit ici de parodier et détourner les clichés romanesques, de redonner vie aux lieux communs au moyen de dérapages plus ou moins contrôlés : « Il est / capitaine / de désindustrialisation » ; « Il voit la vie / par le bout d’une / sornette » ; « Il a les poings suspensifs »… Et parfois, au passage, des clins d’Å“il appuyés à ce que l’on appelle des références littéraires : « Il a six trous bleus / au côté gauche / de l’arme droite » (Rimbaud) ; « Elle écrit / ton nom / sur des murs de nuages » (Éluard)… Et, bien entendu, les diverses variations de ces micropoèmes demandent à être prolongées ad libitum.

â–º Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €, ISBN : 979-10-96415-13-7.

Une bien belle invitation, même s’il est moins question ici de cul que de culot : l’écrivain invisible qui moud l’essence-ciel – par ailleurs homme-surnuméraire – s’attaque à notre monde lisse : « Comme vous avez besoin de vous rassurer ! Vous vous jetez sur vos rasoirs et votre savon à peine sorti du lit. Ça en dit long… Vous ne supportez pas votre propre odeur. Une femme ne se déshabille jamais devant qui que ce soit sans avoir préalablement gommé sa pilosité » (p. 29). Monde du simulacre et du Tout-à-l’Ego : « Savonne ton ego avec tes propres vomissures » (11)… L’écrivain contemporain n’est pas épargné, vu les actuelles « règles du Je » : « Le Moi s’éparpille s’immisce dégouline sur la tartine de sa création littéraire » (71)… Qu’à cela ne tienne, optimisons notre pouvoir de séduction et prenons soin de notre névrose (fiches pratiques offertes !).

De culot et d’humour, celui qui n’aurait « pas voulu être un écrivain raté ordinaire » (chap. VIII) n’en manque pas. Il en faut pour nous donner à mordre l’essentiel de ses publications les plus diverses en revues entre 2004 et 2018 : ce « livre résolument post-Dada » (4e de couverture) va jusqu’à nous livrer des « quatrièmes d’imposture » et des couvertures fantaisistes (Naître et autres domaines dans lesquels j’aurais dû m’abstenir ; Respirer c’est déjà cautionner un système ; Démantèlement de la structure paradisiaque en vue de satisfaire les actionnaires…).

Mais que cela ne vous empêche pas de répondre à cette question cruciale : « L’homme libre dont personne ne peut prouver scientifiquement l’existence, est-il lui aussi répertorié dans des bases de données informatiques ? » (310).

â–º Alain MARC, Actes d’une recherche. Carnet 1986-2019, Z4 éditions, coll. « La Diagonale de l’écrivain », juin 2019, 306 pages, 14,50 €, ISBN : 978-2-490595-47-1. [Écouter un extrait]

Au fil des décennies, le poète du cri cherche sa voie/voix, la renforce, l’améliore, portant son attention à « l’organisation de la voix intérieure » (p. 139), au rythme, au « jeu phonique et sonique » (149), à la posture… Un exemple : « Lire la tête en bas, ou renversée à l’arrière, gosier écrasé. Et voir comment le corps réagit, comment le geste influe sur la voix, sur la lecture » (179). L’auteur/le noteur s’interroge sur l’articulation entre poétique et politique, développe une poésie existentielle qui doit beaucoup à la poésie spatiale et concrète, et s’oppose au formalisme : « C’est une poésie du dit et non du dire, une poésie du sens et non de la forme. C’est le sens, des mots même, qui fait rythme, et non les syllabes voyelles et consonnes… » (131). L’ensemble est stimulant ; on lui pardonnera juste l’aspect disparate ou redondant de certains passages, tout comme son rapport traditionnel à la langue : « La langue de Christian Prigent est une sorte d’argot anglophonisé » (225).

► Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines, P.O.L, novembre 2018, 208 pages, 18 €, ISBN : 978-2-8180-4631-9. [Un extrait]

« l’écrit est  un bruit prolétaire. un bruit prolétaire
est un son qui ne cherche pas à reprendre les discours  »
(Les Exozomes, P.O.L, 2016, p. 71).

Si, à la fin surtout, on retrouve celui qui fait merdRer la langue avec son oralité syncopée et ses Agencements Répétitifs Névralgiques (ARN), toutefois le dépaysement est  grand pour les lecteurs de Charles Pennequin : exit l’emmerdReur que l’on connaît, celui qui fulmine contre les grands-écrivains, les foulosophes et zinzintellectuels, les graveurs de marbre et penseurs à majuscules… Cette fois le discursif a cédé le pas au narratif : la retrempe aux origines permet à celui qui merdRe de laisser émerger avec une certaine tendresse tout un monde populaire, celui des années 70 et 80 − et par là même affleurer un « nous » possible, celui d’une communauté authentique.

Comme un lointain écho à Jésus la Caille de Carco, Gabineau-les-bobines fait ainsi revivre des personnages hauts en couleur aux savoureux sobriquets (Momo, Lulu, Gégène, Peigne-Cul, le Grand- et le Petit-séquin, Nono, la Tchitchette, Avec-plaisir, etc.), avec le parler et les habitudes sociales de ce microcosme du Cambraisis : le « maroilles arrosé de grands Picon » (30), les jardins ouvriers et leurs pigeons, les blagues de Cafougnette, les virées en 4L, le « toubaque à Gégène » (198)…

9 décembre 2018

[News] News du dimanche

Les Libr-lecteurs continuant à offrir des livres contre vents et déments, on pourra trouver des suggestions de lecture dans toutes nos NEWS… Tout de même, une nouvelle sélection Libr-7. On pourra même découvrir des extraits des livres reçus « en lisant, en zigzaguant »… Et ne manquez pas non plus nos Libr-événements (Prigent, revue Catastrophes…).

Libr-événements

â–º Christian PRIGENT vient de recevoir son grand Prix de la poésie remis par l’Académie Française : le poète seul face aux habits verts…

â–º RAPPELS : l’Exposition Novarina à Thonon s’achève ce samedi 15 décembre ; celle sur la poésie numérique à Paris reprend le 12 janvier.

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Libr-7 : LC a reçu et recommande…

â–º Béatrice BRÉROT, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon, Plaine page, coll. « Calepins », 98 pages, 12 €.

â–º Viviane CIAMPI, Du bleu autour, Plaine page, « Connexions », 68 pages, 10 €.

► Guillaume CONTRÉ, Discernement, éditions Louise Bottu, 120 pages, 14 €.

â–º Tarik HAMDAN, Rire et gémissement, Plaine page, « Connexions », 80 pages, 10 €.

â–º Claudie LENZI, Les Possibles, Plaine page, « Calepins », s. p., 10 €.

► Bruno NORMAND, Les Extrémités, Lanskine, 88 pages, 14 €.

â–º Nicole PEYRAFITTE, LandscOpe, Plaine page, « Calepins », 42 pages, 10 €.

En lisant, en zigzaguant…

► Véronique Bergen, Tous doivent être sauvés ou aucun (éditions ONLIT, automne 2018) :
« Ce n’est qu’au prix de la mort de l’homme que la planète aura chance de survivre ; la sélection naturelle cosmique exige son éradication »…

► Béatrice Brérot, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon :

► Tarik Hamdan, Rire et gémissement :
« La peur
Fabrique des esclaves

L’argent
Fabrique des esclaves

L’espoir
Fabrique des esclaves

L’amour
Fabrique des esclaves

Toutes les religions
Fabrique des esclaves

Les idées
Fabrique des esclaves

Le pouvoir
Fabrique des esclaves

â–º Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines (P.O.L, novembre 2018) :
« Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. C’est notre volonté. Personne ne peut contredire cela. C’est une volonté commune de bouillonner. Que tout le monde ait tout le temps chaud. Chaud à en crever même ».

â–º Boualem SANSAL, Le Train d’Erlingen ou La Métamorphose de Dieu (Gallimard, août 2018) :
« Dis-moi comment, partant d’une situation normale, nous sommes arrivés à ça, marcher sur la tête comme des poireaux ? » (p. 27).
« La seule digne et grandiose réponse à la fin du monde est de se taire, de relever le menton et de vivre l’air de rien » (34).

30 septembre 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de septembre, nos Libr-12 ; mais auparavant, Hommage à Pascale Casanova dans nos Libr-brèves

Libr-brèves

â–º Nous venons d’apprendre avec une grande tristesse – par Jean-Pierre Salgas – la mort de Pascale Casanova (1959-2018), qui avait participé à notre premier volume Manières de critiquer, quelques années avant le lancement de Libr-critique.com : elle représentait un âge d’or de France Culture ; c’était une critique exigeante qui s’inscrivait dans la perspective de la sociologie critique de Pierre Bourdieu.

â–º À découvrir sur le Net : le dossier que Laure Gauthier a lancé sur Remue.net, « Poésie et musique aujourd’hui »

â–º À ne pas manquer le 11 octobre : une ciné-séance Belle Époque, comme si vous y étiez…

Libr-12

En cette période pénible de palmarès et listes de nominés aux prix de novembre, LC vous propose 12 livres qui comptent et que nous vous recommandons vivement.

► Éric ARLIX, Terreur, saison 1, Les Presses du Réel/Al dante, été 2018, 96 pages, 10 €.

► Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, éditions ONLIT, septembre 2018, 272 pages, 18 €.

â–º Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, été 2018, 86 pages, 10 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, La Première Année, été 2018, 192 pages, 17,90 €.

► Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, mai 2018, 162 pages, 14 €.

► Pierre GUYOTAT, Idiotie, Grasset, août 2018, 256 pages, 19 €.

► Christophe HANNA, Argent, éditions Amsterdam, septembre 2018, 264 pages, 20 €.

► Hans LIMON, Poéticide, Quidam éditeur, paraît en ce début octobre 2018, 96 pages, 13 €.

â–º Michèle MÉTAIL, Le Cours du Danube en 2888 kms/vers… l’infini, Les Presses du réel/Al dante, été 2018, s. p., 17 €.

â–º Valère NOVARINA, L’Homme hors de lui, P.O.L, septembre 2018, 160 pages, 14 €.

► Jean-Claude PINSON, Là (L.-A., Loire-Atlantique), Joca séria, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

► Jacques SICARD, Suites chromatiques, éditions Tinbad, septembre 2018, 152 pages, 16 €.

16 septembre 2018

[News] News du dimanche

« Reprise », dites-vous ? Mais quelle prise avez-vous sur le « Réel » ?
« Rentrée », dites-vous ? Parce que vous étiez partis ? Où cela ? – « Je reviens vers vous », dites-vous…
Ah ces Français, toujours à l’école… De grands enfants, non ?
Et cette « rentrée », vous la voulez « littéraire »… C’est-à-dire conforme aux canons de ce qui est estampillé « littérature », aux modes de ce qui s’appelle « la vie littéraire » – celle qui se ressent sur les plateaux de TV, dans les studios de la radio, en lisant les gros titres rescapés de la presse… Drôle, non ?
Et quel est mon « ressenti littéraire » en cette « rentrée littéraire » : un effet d’étrangeté… ça existe, ça ? /FT/

Agenda de Christian PRIGENT

► Radio Ritournelles a enregistré quelques « TXT » (anciens et nouveaux) invités en juin 2018 au Marché de la poésie de Paris.

â–º Où l’on retrouve le duo de choc Vanda Benes / Christian Prigent le 28 septembre à La Passerelle, scène nationale de St Brieuc

► Écho au n°32 de TXT, RV le 13 octobre à Caen

Libr-événements

â–º Mardi 18 septembre à 19H, L’Arbre à Lettres Bastille (75012) : rencontre avec Jean-Michel Espitallier pour son poignant récit de deuil, La Première Année (Inculte). On y reviendra tout bientôt…

â–º Jeudi 20 septembre à 19h, Galerie Elizabeth Couturier (25 rue Burdeau 69001 Lyon), Exposition – Rencontre avec Nadège Druzkowski et Béatrice Brérot autour de leur livre :
dix mille êtres dedans est un poème, un long poème à lire. C’est aussi un poème symphonique à écouter (sonorisé par l’auteur), un texte radicalement vivant, auto-généré, arborescent, lâché sur les chemins de la pensée et ceux de la Terre.

► Vendredi 21 septembre à 19H, Librairie Michèle Ignazi (17, rue de Jouy 75004) : lancement de De toutes pièces (Quidam éditeur), signé Cécile Portier. On y reviendra bientôt également.

► À partir de ce dimanche 23 septembre, exposition Albert Aymé

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► Mardi 25 septembre à 19H, Tropismes Librairie à Bruxelles : rencontre avec Véronique Bergen pour son dernier roman, qui ne manque pas de chien, Tous doivent être sauvés ou aucun (ONLIT éditions).

21 janvier 2018

[Livres] Libr-kaléidoscope (2), par Fabrice Thumerel

Le principe du Libr-kaléidoscope : revenir de façon essentielle sur des livres importants parus dans les quinze derniers mois mais qu’on n’a pu présenter jusqu’ici… Ce soir, on appréciera les écritures critiques de Véronique Bergen, Béatrice Brérot, Laure Gauthier, Emmanuèle Jawad ; Vincent Tholomé / Xavier Dubois… [Libr-kaléisdoscope 1]

â–º Véronique BERGEN, Jamais, éditions Tinbad, automne 2017, 124 pages, 16 €.

Jamais est constitué d’une heure de logorrhée qui s’achève ainsi : « Le seul vocable que je tiendrai en réserve et calerai entre mes joues, c’est "jamais" »… Jamais ne s’arrête la narratrice, qui, d’emblée, s’inscrit dans le sillage de Beckett : dépeupleuse, cette polyglotte dont le prénom est révélateur (« "Sarah" et "ça rate" sont logés à la même enseigne ») laisse débonder un discours marqué par les déraillements isotopiques et les télescopages. Entre cette folle de mère enfermée entre les murs de l’hôpital et une fille maniaque du Verbe vogue la galère d’un babil solipsiste qui nous emporte sans que jamais l’on puisse résister.

â–º Béatrice BRÉROT, splAtch !, Color Gang, Saint-Génis-des-Fontaines, été 2017, 48 pages, 20 €.

Voici, dans un superbe livre grand format aux couleurs vives, un agencement répétitif critique (ARC) qui explore avec fracas (splAtch !) et tout en glissements phonétiques et sémantiques les chutes et bévues de notre monde immondialisé. Tandis que nous tripaliumons, d’autres gèrent les flux et pratiquent "le terrorisme du flouze"… Ainsi sommes-nous emportés par la tempête TINA : "tina c’est l’argent roi pour les puissants de ce monde / tina c’est la production de richesses par les pauvres pour les riches /tina c’est un programme où la misère le chômage sont nécessaires"…

â–º Laure GAUTHIER, Kaspar de pierre, éditions La Lettre volée, 52 pages, 14 €.

Kaspar Hauser (vers 1812 – 1833), "l’enfant placard", enfant trouvé / "enfant troué", ne peut qu’intéresser la poésie : "Muré = sans expérience = cœur pur = verbe premier = poésie !"…
Kaspar Hauser, "l’enfant sans source et sans delta" : "Combien d’autopsies poétiquement menées, peau douce et œil pur ?"

Pour Kaspar Hauser, cette ballade musicale, cette magnifique "incantation sans liturgie" par un je/il (jl) "sans mots"… Un agencement répétitif névralgique (ARN) troué d’"abnormités de langage" lexicales et syntaxiques. Pour notre plus grande sidération !

â–º Emmanuèle JAWAD, En vigilance extérieure, Lanskine, automne 2016, 84 pages, 12 €.

Selon Emmanuèle Jawad, la poésie doit faire le mur… pour mieux voir – dans la mesure et la démesure… Depuis Faire le mur, précisément, et aussi Plans d’ensemble, volumes parus en 2015, elle allie poétique et politique : montages et télescopages dénoncent une société de flux qui n’est libérale que pour les capitaux ; pour les dominés et déclassés, ce ne sont que murs, barrières et frontières… Son écriture insidieusement objective est un dispositif poétique érigé contre un dispositif politique : "dispositif de filtre restrictif permis / de circulations reconduites de biens et / de personnes barrière sécuritaire barrière / électronique mur-béton barrière de sable / fossés d’eau sel obstacle barrière mur" (p. 36)…

â–º Vincent THOLOMÉ (textes et voix), Xavier DUBOIS (guitare) et Klervi BOURSEUL (guitare), KAAPSHLJMURSLIS, éditions Tétras Lyre, Liège, livre de 56 pages + CD, 14 €.

"+ + +  nous vivotons hallucinotons petites loupiotes petits fanaux dans le jour hallucinant jour et nuit perdus perdus dans nos rêves"…
Écriture sismographique, étrangeté électro-acoustique, bégaiements et babil enfantinesque se conjuguent dans cette descente en deça du bon-sens. Infantivité et animalité caractérisent ces "fictions déglinguées mi-tragiques et mi-comiques" dont le titre, censé être emprunté à la langue lettonne, est imprononçable : "KAAPSHLJMURSLIS signifie la sensation d’enfermement que l’on peut parfois ressentir dans les transports en commun bondés. Mot parfaitement approprié, à nos yeux, pour désigner notre travail en hôpital psychiatrique" (p. 6).

17 janvier 2018

[News] Libr-news

En ces Libr-événements vous attendent : agenda de Laurent Cauwet ; rencontre autour de la revue Lignes ; hommage à Jean-Paul Curnier ; pause déjeuner avec Véronique Bergen et Hedwige Jeanmart ; soirée avec Mathieu Brosseau pour la sortie de son 2e roman…

â–º Rencontres avec Laurent Cauwet pour son essai des plus stimulants, La Domestication de l’art (La Fabrique) :
– le 17 janvier à Bordeaux, 20h, librairie du Muguet
(7 rue du Muguet).
– le 18 janvier à Toulouse, 19h, librairie Terra Nova,
(18 rue Léon Gambetta).
– le 19 janvier à Toulon, 18h30, librairie Contrebandes
(37 rue Paul Lendrin – suivi d’un événement musical au Metaxu, Place du Globe).

â–º Jeudi 18 janvier à 19H30, La Friche Librairie (36, rue Léon Frot 75011 Paris) : RENCONTRE-DÉBAT à l’occasion de la sortie du n° 54 de la revue Lignes et de son trentième anniversaire.

â–º A Jean-Paul Curnier !

Hommage à Jean-Paul Curnier (1951 – 2017) : lundi 22 janvier 2018 à partir de 18h30

à Montevideo, 3 impasse Montevideo, 13006 Marseille

ouverture à 18h00, réservation conseillée

 

Philosophe, écrivain, dramaturge, musicien, vidéaste, chasseur à l’arc, complice de nombreux artistes… Ainsi, autour de son œuvre, il en ira d’une soirée de lectures, performances, musique, vidéo, audio, objets, stickers littéraires et politiques, livres, et encore cuisine.

 

 

  

 

 

Site web : http://jeanpaulcurnier.com/

Derniers ouvrages parus :

La piraterie dans l’âme, essai sur la démocratie, éditions Lignes, 2017

Philosopher à l’arc, éditions Lignes, 2016

Prospérités du désastre, éditions Lignes, 2014

À paraître :

Par-dessus tête, éditions Lignes, sortie en librairie le 9 mars 2018

 

Avec la participation de : Roland Alberto, Melanie Bellue, Julien Blaine, Jean-Michel Bruyère, Hubert Colas, Jacques Durand, Hélène Force, Alexis Forestier, Yves Fravega, Nicolas Frize, Pascal Gobin, Suzanne Joubert, Guy-André Lagesse, Emmanuel Loi, Aline Maclet, Emmanuel Moreira, Jean-François Neplaz, Jean-Pierre Ostende, Yolande Padilla, Catherine Peillon, Nathalie Quintane, Rudy Ricciotti, Yves Robert, Reeve Schumacher, Colette Tron…

 

En présence de la librairie Histoire de l’œil

 

Radio Grenouille (88.8 FM, www.radiogrenouille.com) s’associe à cette soirée d’hommage à Jean Paul Curnier en rediffusant lundi 22 janvier à 23h40 deux émissions :    

 Cher Jean-Paul, une correspondance entre Nicolas Frize et Jean Paul Curnier réalisé à Radio Grenouille au printemps 2006.     

 L’ingouvernable Beauté, un entretien avec Jean Paul Curnier par Emmanuel Moreira, réalisé au festival ActOral.14, à propos de Philosopher à l’arc et Prospérité du désastre.

 

â–º Mardi 30 janvier entre 12H30 et 14H au Bistrot littéraire (46, rue de Quincampoix 75004 Paris) : rien de tel qu’une pause déjeuner en compagnie de Véronique Bergen et Hedwige Jeanmart autour de leurs romans récemment parus.

Véronique Bergen, "Jamais" (Editions Tinbad)
"Jamais" est le monologue d’une femme âgée, Sarah, en
proie à une débandade psychique. De nombreux reproches
sont adressés à sa fille, qui n’est pas nommée. Une confession.
Elle dure une heure, de 18h à 18h59.

Hedwige Jeanmart, "Les Oiseaux sans tête" (Gallimard)
Des années après avoir côtoyé Daniel Deur, un meurtrier
récidiviste ; Blanche, la narratrice, encore troublée par
cette rencontre, se rend sur les lieux où il a vécu. Elle tente
de reconstituer son parcours…

 

En savoir plus ? http://www.cwb.fr/programme/bistrot-litteraire-v-bergen-et-h-jeanmart

 

â–º Découvrez le chaos avec la parution du 2e roman de Mathieu Brosseau, dont la sortie est saluée par une rencontre à la Librairie La Manœuvre le jeudi 1er février à 19H (58, rue de la Roquette 75011 Paris).
— La démesure à la David Lynch d’un délire mental et métaphysique.
— Une allégorie polyphonique entre harmonie et disharmonie.

Une jeune femme est enfermée pour des raisons obscures dans un asile d’aliénés, au centre d’une ville sans nom. C’est La Folle. Nuit et jour, elle voit une masse chaotique en plein ciel, sorte de Big Bang qui met à mal les lois admises de l’espace et du temps. Aidée par un interne en médecine, elle s’évade et part à la rencontre de sa sœur jumelle, qu’elle n’a pas vue depuis des années.
Quête abracadabrante, délire gorgé de sens aussi construit qu’éruptif, roman politique autant que métaphysique, Chaos fuse débridé vers l’inconnu et le rêve fulgurant d’une femme hors-sol.

« C’est un livre assez sidérant, beau, troublant, qui ne ressemble à rien de connu »
Susan Doppelt, poète et photographe

« Ces pages [sont] vraiment magnifiques, les visions rivalisent, littéraires, à mes yeux avec celles de Saint-Jean ou de Black Elk. » Emmanuelle Guattari, écrivaine

 


12 janvier 2018

[Chronique] Véronique Bergen, Hélène Cixous, la langue-plus-que-vive, par Matthieu Gosztola

Véronique Bergen, Hélène Cixous, la langue plus-que-vive, Honoré Champion, « Littérature et genre », Paris, automne 2017, 136 pages, 35 euros, ISBN : 978-2-745334-55-8.

À lire Cixous, avance Véronique Bergen dans Hélène Cixous, la langue plus-que-vive, on est secoué par « les puissances tactiles, gustatives de sa langue. Il ne s’agit pas à proprement parler d’effets synesthésiques qui, par la virtuosité des correspondances entre les sens, par l’art des métaphores, écholalisent le visuel par l’auditif ou l’olfactif, mais des propriétés, des puissances d’une écriture dont les mots agissent comme des choses, dans la traversée de la séparation immémoriale du verbe et du réel. » 

À sa manière, Cixous ne fait pas mentir Proust qui, dans Contre Sainte-Beuve (Paris, Gallimard, 1968), déclarait : « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu’on fait sont beaux. » Porteurs d’une charge de réinvention, « faisant fond sur les espèces sémantiques, syntaxiques existantes pour bouturer des variétés improbables, des hapax », les vocables, chez Cixous, « font se lever les choses, comparaître un monde palpable à même le défilé des petits corps noirs sur la page blanche. Nous ne sentons pas le réel comme un effet en extériorité du verbe cixousien, une conséquence des images verbales mais comme lové, contenu dans l’humus langagier. »

En cela, Cixous s’attache à faire du monde un monde habitable, obéissant, tout comme Jean-Claude Pinson, à l’injonction de Paul Ricoeur. « La fiction narrative, écrit Ricœur dans Du texte à l’action, Essais d’herméneutique, 2 (Paris, Le Seuil, « Collection Esprit », 1986), s’exerce de préférence dans le champ de l’action et de ses valeurs temporelles, tandis que la re-description métaphorique règne plutôt dans celui des valeurs sensorielles, pathiques, esthétiques et axiologiques qui font du monde un monde habitable ». Jean-Claude Pinson, prenant appui sur le philosophe, affirme dans Habiter en poète, essai sur la poésie contemporaine (Seyssel, Champ Vallon, « Recueil », 1995) : « […] on est aujourd’hui attentif, peut-être plus qu’hier, à nouer le vivre et l’écrire pour faire que la vie soit vraiment "habitante". Car habiter (exister) n’est pas simplement vivre. Il nous faut des livres et des lettres pour nous arracher à l’enfermement dans le cycle répétitif des processus vitaux, pour inscrire notre habitation dans un monde commun plus durable que la simple vie. Mais pas n’importe quels livres : des livres qui fassent signe à la vie et non des livres morts-nés ». Les livres de Cixous sont, pleinement, des livres qui font signe à la vie.

« Écrire […] avec son corps, depuis son corps, à même son corps » – ce que fait Cixous – exige de ne pas « faire l’impasse sur ce qui borde le langage, sur ce qui se tient avant lui, hors de lui. Car si, en un sens, tout est texte, si le textuel traverse toutes les dimensions du réel, c’est au prix d’accueillir en lui les bruissements du liminal, les énergies préverbales, les vibrations de l’être, de l’animal, du végétal, de l’inorganique. Le hors-mot n’est pas relevé par le textuel, ne se voit pas racheté, converti au verbe mais conserve son altérité à même son dire. » En témoigne le bestiaire peuplant l’œuvre de Cixous, qui n’est pas l’objet de son écriture mais sa force motrice.

Ainsi en est-il de l’écureuil trouvé en octobre 1964, à la frontière de la mort, dans le Washington Square, qui va précipiter le déclenchement de Tombe. á¼€γχιϐασá½·ην : « marche pour s’approcher » (fragment DK B121 de Héraclite, cité et traduit par Simone Weil, in La Source grecque, Paris, Gallimard, 1953). Cixous se place dans une posture d’écoute qui rappelle autant Duras (face à la mouche d’Écrire) que Hölderlin, qui écrira, ayant, intensément désolé, cueilli par le regard la mort d’un écureuil : « Es tut dem Herzen so weh, wenn etwas in der Natur untergeht ! ».

« L’écureuil curieux "cure-œil" attise la lancée de l’écriture, commente Véronique Bergen. Figure du revenant, du "déjoueur des verdicts", il revient courir dans les livres de Cixous ». Ainsi,Ciguë ordonne sa tombe : « [L]a figure de L’Écureuil […] vit partout dans mes livres et cela depuis L’Écureuil Premier, le demi-écureuil, celui dont l’esprit hante Tombe (où je le déposai) ou bien sur lequel Tombe, le livre, veille c’est selon, depuis des dizaines d’années […] » (Ciguë, vieilles femmes en fleurs, Paris, Galilée, « Lignes fictives », 2008).

Écrire, pour Cixous, c’est un mouvement sans cesse recommencé qui cherche à saisir ou à entourer, dans son avancée, dans son détour (nostos) sans cesse reconduit, cela même (celui-là même) qui s’est évanoui, qui s’est enfui, qui s’est enfoui, et qui, de facto, ne peut (plus) être saisi. C’est un mouvement de vie, de vivant, – un mouvement emporté par l’amour ; un mouvement que l’amour rend possible et même nécessaire.

« Toujours déjà là, écrit avec justesse Véronique Bergen, les mots nous précèdent, nous hantent, nous terrassent, choisissant leurs hôtes, élisant ceux qui les abriteront, leur donneront de nouvelles naissances. Jamais vraiment là, les mots se défilent, viennent à la place d’un autre, creusent une absence que rien ne résorbe, tournent autour d’un vide, comblent la perte qu’ils perdent à nouveau. Qui touche à la langue touche à l’infini ». Qui s’engage à « vivrécrire », qui fait de récrire un vivre est voué à un phraser qui ne finira jamais, dès lors que, comme le professe Cixous, « il n’y a pas de dernier mot ».

« Peindre », écrit Béatrice Bonhomme dans « Bonnefoy et Assar ou le geste d’une offrande » (in Mémoire et chemins vers le monde, Colomars, Éditions Mélis, « Collection Littératures », 2008) – et l’on peut dire la même chose de l’écriture telle que la conçoit Cixous –, « c’est apprendre à aimer et à vivre. C’est la compassion qui accède à une vérité fondamentale, ontologique. L’œuvre est une question, une réponse, une vie. »

24 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche automnal, retour sur les livres reçus en été que recommande LC (et pas encore recensés), puis nos premiers Libr-événements d’octobre : Novarina ; F. Smith, L. Giraudon & J. Game ; S. Moussempès & A. Boute.

Libr-critique a reçu cet été, a lu et vous recommande (20 titres)

♦ Julien d’ABRIGEON, P.Articule, Plaine page

♦ Véronique BERGEN, Gang blues ecchymoses, Al dante ; Luscino Visconti. Les Promesses du crépuscule, Les Impressions Nouvelles ; Hélène Cixous. La Langue plus-que-vive, Honoré Champion

♦ Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Vocaluscrit, Lanskine

♦ Jean-François BORY, Terminal Language, Plaine page

♦ Béatrice BRÉROT, SplAtch !, Color Gang

♦ Fabrice CARAVACA, Mon nom, Plaine page

♦ Laurent CAUWET, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions

♦ Jacques DEMARCQ, Suite Apollinaire, Plaine page

♦ Kadhem KHANJAR, Marchand de sang, Plaine page

♦ Sandra MOUSSEMPÈS, Colloque des télépathes, éditions de l’Attente

♦ Nadège PRUGNARD, M.A.M.A.E & autres textes, Al dante

♦ Sophie SAULNIER, Le Massicot, éditions Le Lampadaire

♦ Sébastien RONGIER, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou, Pauvert

La Poésie motléculaire de Jacques Sivan, Al dante

♦ Frank SMITH, Le Film de l’impossible, Plaine page

♦ Nicolas VARGAS, A-vanzar, Plaine page ; V.H.S (Very Human Simplement), Lanskine

♦ Martin WINCKLER, Les Histoires de Franz, P.O.L

Libr-événements

â–º Samedi 7 octobre, Collège des Bernardins (20, rue de Poissy 75005 Paris) : Une poétique du devenir / Valère Novarina. Réservations : frederique.herbinger@collegedesbernardins.fr

Si l’art n’est pas d’abord considéré en tant que création d’œuvres d’art mais comme manière d’être au monde, intéressant tout homme et toute société, si la foi n’est pas seulement considérée en tant que doctrine mais comme vérité vécue, capable d’illuminer et de transformer le monde, alors, loin d’être seulement en rapport d’interaction, d’interdépendance ou de ressemblance, l’art, la foi et le politique sont une même dynamique, une unique réalité vivante.

La présence de jeunes artistes réunis autour du thème du devenir, et celle de l’écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur, Valère Novarina, donneront un tour concret à la réflexion de ce colloque qui vient conclure deux années de recherche du séminaire Esthétique et théologie.

PROGRAMME

Matin – Centre Sèvres

  • 10h30 – 11h15 La théologie, l’art, le politique : quelle question ? Quelle recherche ?
    Alain Cugno
    , philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 11h15 – 12h Le sens tactile de la théologie
    Patrick Goujon
    , professeur en théologie spirituelle et dogmatique au Centre Sèvres
  • 12h – 13h Présentation de l’exposition Devenir au Collège des Bernardins en mars 2018
    Sophie Monjaret
    , artiste
  • 13h – 14h30 Pause déjeuner

Après-midi – Collège des Bernardins

Comment l’œuvre littéraire de Novarina, parce qu’il sait être un "inactuel", parvient à se dégager des sujets brûlants de l’actualité pour les inscrire dans un mouvement plus vaste, et ainsi à faire le pari d’un renouvellement des images de l’homme. Laure Née

  • 14h30 – 15h15 L’unité dynamique de la théologie, de l’art, du politique : ce que créer veut dire
    Jérôme Alexandre
    , docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 15h15 – 16h Valère Novarina : le pari du devenir
    Laure Née
    , agrégée de Lettres et docteur en littérature
  • 16h – 16h15 Pause
  • 16h15 – 17h15 Projection, « Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire  ». Film de Raphaël O’Byrne sur Valère Novarina
  • 17h15 – 17h45 La parole ouvre la pensée
    Table ronde autour de Valère Novarina
      Avec :

    Jérôme Alexandre, docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Dominique de Courcelles, directrice de recherche au CNRS au sein du centre Jean Pépin-École normale supérieure Ulm
    Alain Cugno, philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Laure Née, agrégée de Lettres et docteur en littérature
    Valère Novarina, écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur

â–º Vendredi 13 octobre à 20H, RV à la Maison de la poésie Paris :

â–º Maison de la poésie Paris, Lecture-performance vendredi 20 octobre – 20h : Sandra Moussempès & Antoine Boute, « Paranormal & Biohardcore »

Dans Colloque des télépathes Sandra Moussempès nous plonge dans une ère victorienne aux accents gothiques avec les sœurs Fox qui communiquent avec les esprits. En parallèle, l’auteure convoque un autre ère, tout aussi étrange, celle des années 69-71 à Hollywood, temple des sectes hippies et des starlettes en devenir.
Dans Opérations biohardcore, Antoine Boute décrit une galerie de personnages hétéroclites sur le point de faire la révolution “biohardcore”. Ces personnages créent des utopies loufoques temporaires, et tentent tous de réveiller le chaman qui sommeille en eux.
Ce soir, ces deux poètes et écrivains proposent une lecture croisée mêlant chants, performances et audio-poèmes autour des liens étranges entre états modifiés de conscience, communication avec les esprits et nécessité de tendre vers le noyau dur du vivant, “le hardcore de la vie”.
À lire – Sandra Moussempès, Colloque des télépathes & CD Post-Gradiva, éd. de l’Attente, 2017 – Antoine Boute, Opérations biohardcore, éd. des Petits Matins, 2017.
tarif : 5 € / adhérent : 0 €

18 janvier 2017

[Entretien] À propos de Janis Joplin, entretien de Véronique Bergen avec Emmanuèle Jawad (2/2)

Suite à la chronique de Fabrice Thumerel sur Janis Joplin, voix noire sur fond blanc, voici l’entretien passionnant que Véronique Bergen a bien voulu accorder à Emmanuèle Jawad pour Libr-critique – et nous la remercions chaleureusement.

Emmanuèle Jawad : Janis Joplin est ton quatrième livre publié aux Editions Al Dante après Edie. La danse d’Icare (2013), Marilyn. Naissance année 0 (2014) et Le Cri de la poupée (2015). Un autre livre Gang blues ecchymoses sur des photographies de Sadie von Paris est prévu. Le choix thématique s’est opéré sur un personnage féminin comme dans les précédents livres, d’une icône également. Comment précisément ce choix d’un livre sur Janis Joplin s’est-il effectué et s’insère-t-il dans ton parcours d’écriture ?

Véronique Bergen : Mon élection d’un personnage vient de très loin. Certains personnages me fascinent, m’accompagnent depuis l’adolescence, d’autres surgissent au fil des années. Choc en miroir, phénomène d’échos entre eux et moi, appel, envoûtement. Ils frappent à ma porte comme si leur existence appelait leur mise en mots, en voix. Le mouvement de genèse est composite. La présence du personnage me taraude selon des coordonnées qui lui sont propres (Edie Sedgwick, Marilyn, Unica Zürn, Janis Joplin en ce qui concerne mes fictions publiées par Laurent Cauwet chez Al Dante, mais aussi Kaspar Hauser, Ulrike Meinhof, Louis II de Bavière…), je lui donne un abri langagier, je plonge dans un travail d’archivage. À partir de cette collecte de documents déjà orientée par la mise en forme que je vois se dessiner, je greffe ma création, mes inventions, j’opère une ventriloquie de l’époque à laquelle appartient le personnage, j’injecte des questions métaphysiques, des blocs de sensations, des rugissements poétiques, la sève d’une langue qui cherche de nouveaux espaces. Le personnage que je choisis est souvent féminin, mais pas exclusivement, parfois une icône, une anti-icône, mais ce n’est guère un parti pris. Je ne choisis pas ceux et celles qui me raptent. Un souci de leur rendre justice me poursuit, me guide. Dans mon parcours d’écriture, je pense que je vais bifurquer vers d’autres modalités de création fictionnelle. Ne plus faire fond sur un personnage donnant lieu à ce qu’on appelle la biofiction (même si je ne me reconnais pas dans cette dénomination ; toute création faisant éclater les catégories, subvertissant les genres, les codes de l’écrire). Dans mes deux dernières fictions inédites, une autre forme s’est imposée, qui ne congédie pas entièrement l’appui sur des êtres ayant existé mais le porte à ébullition sous d’autres guises. Cela se fera viscéralement, sans passer par une réflexion théorique dictant la modalité de l’écriture, laquelle réflexion édulcorerait le sentiment d’urgence, le largage des amarres.

Emmanuèle Jawad : La contre-culture est très présente dans tes livres. Dans Janis Joplin : « Et si je n’avais pas envie de quitter les sixties, de vivre dans une décennie qui enterra tout ce que les années soixante ont expérimenté ? La contre-culture commence à rentrer dans le rang (…) ». Peut-on dire que ton livre s’apparente autant à un texte sur une période historique – les années 60 – que sur un personnage, Janis Joplin ? Certains énoncés semblent relever quasi du documentaire, bien qu’il s’agisse d’une fiction. Quelle documentation est-elle nécessaire en amont de l’écriture ? Quels rapports fiction/ document ?

Véronique Bergen : Le questionnement de l’époque, ici en l’occurrence les Sixties, m’importe autant que la focalisation sur Janis. Comme Deleuze parle, en art, d’une conversion des perceptions (vécues, intimes) en percepts (impersonnels, non humains), des affections en affects, le personnage de Janis Joplin que je construis excède le référent « Janis » résumé par un ensemble de paramètres identitaires. La construction du personnage implique son devenir impersonnel au sens d’extra-personnel, l’érosion de la division entre agencement privé et agencement public, entre flux de désirs individuels et flux de désirs collectifs. Chez Proust, les personnages sont pris dans des paysages, dans une nébuleuse nominale, un fond géographique dont ils se décollent peu, bien qu’ils soient sondés dans les plis d’une psychologie aiguisée. C’est ce que Julien Gracq relève magnifiquement dans Proust considéré comme terminus en parlant de l’art proustien du bas-relief : « frappé que je suis, que j’ai toujours été, de l’écart minimum de densité et de relief qui sépare les personnages de son livre de la masse foisonnante vivante dont le livre est fait, et dont ils émergent tout juste. Ils sont comme des bas-reliefs de faible saillie, pris dans l’épaisseur, et qui se détacheraient à peine, non d’une paroi lisse, mais d’un grouillement déjà animé, comme celui des murs des temples hindous ». Merveille de la phrase gracquienne et de ses visions inouïes qui percent les couches cachées, captent le souffle de la création littéraire…

Exhumer Janis Joplin, sa formidable soif de vie, c’est exhumer les mouvements de contestation des Sixties, de libération sexuelle, socio-politique, esthétique, l’aventure du Flower Power, la sécession par rapport au système, le refus du consumérisme, le grand élan d’optimisme, le pari pour un autre vivre ensemble lancé par les hippies. S’est imposée à moi la nécessité d’établir, de réfléchir à un jeu de contrastes entre les promesses de liberté des Sixties et les nouvelles formes du biopouvoir mondial actuel, les nouveaux dispositifs répressifs qui, sous le signe de TINA (« There Is No Alternative », « il n’y a pas d’alternative » au capitalisme déchaîné, dévastateur des corps, des puissances de pensées, des écosystèmes, de la planète) signent la mort des utopies hippies et tendent de mettre à quia les mouvements alternatifs, les luttes, les propositions d’autres formes de société. Comme je le mentionne ci-dessus, le nouage entre documentation et fiction est placé sous le signe de la liberté : à partir d’une fidélité à la matière historique, aux faits, aux données biographiques, politiques, je lance mon imaginaire qui a peut-être besoin, pour ne pas s’hyperboliser, de se resserrer sur un ancrage précis, de se donner un périmètre. Le choix de partir d’Edie Sedgwick, Marilyn, Unica Zürn, Janis Joplin… me permet aussi un jeu quasi-borgésien de masques, de mixer, au sens musical du terme, des pans de mes sensations, de mes obsessions, de mes fêlures aux voix des personnages, de brouiller les frontières entre autofiction, biofiction, exofiction. D’illimiter le « je » (celui de Janis Joplin, de l’auteure…) par son évanouissement dans une matière langagière où il n’y a plus de propre.

Emmanuèle Jawad : Des sections intitulées « interludes », graphiquement marquées (en italique), s’insèrent dans le récit proposant une approche plus précise du contexte social, politique, historique dans lequel a vécu Janis Joplin. Quel est le statut précisément de ces différents interludes entrant dans la composition ? Comment la construction du livre s’est-elle effectuée ?

Véronique Bergen : La partition du livre s’est imposée d’emblée au niveau de sa construction : alterner les voix de Janis Joplin, la mise en fiction de sa vie, de ses rencontres, de ses espoirs, de ses dévastations, de son manque abyssal, de sa voix noire, de sa faim d’intensités vitales, de ses pulsions destructrices avec des interludes rompant la fiction, où montent les voix de la guerre du Vietnam, de l’héroïne, de Jim Morrison, des guitares électriques, des écrivains de la Beat Generation, des punks, des personnages des romans qui fascinaient Janis… Non pas à proprement parler un opéra rock, non pas une cathédrale psychédélique mais un agencement vocal qui soit comme la lanterne magique de La Recherche : proposant les facettes du cristal des Sixties, de la contre-culture, disposant une descente dans le monde des sensations, des lignes de faille (privées, publiques, cosmiques), une exploration de tous les funambulismes, des régions des excès où, l’air se raréfiant, la griserie déferle. Au niveau du contenu comme de la forme, je ne puis expérimenter que ce qui se déterritorialise, ce qui danse sur les crêtes, ce qui sort des rails, ce qui trace des lignes de fuite qui font fuir l’ordre aliénant, qui dynamitent le conformisme.

Emmanuèle Jawad : La voix de Janis Joplin est qualifiée de « militante, politique, aphrodisiaque, chamanique » (p. 87). Aussi dans l’avancement du livre « j’ai ouvert dans un monde d’hommes une place pour les femmes, une autre manière de chanter ». Pour faire lien avec notre précédent entretien (cycle « création et politique »), ce livre Janis Joplin couvre-t-il des enjeux politiques ? D’autre part, quels sont tes projets d’écriture ?

Véronique Bergen : L’acte d’écriture tel que je le pose et le vis est porteur d’un enjeu politique. Un enjeu de résistance, d’insistance des luttes comme le dit Dork Zabunyan, de contre-pouvoir, de sécrétion de lignes d’indiscipline, de transversalité, de lignes de fuite minant, à leur très modeste échelle, le Léviathan, le système broyant nos puissances de vie. Le geste est politique dans son désir d’opposer un contre-feu. Parmi mes projets d’écriture, un essai sur Horses de Patti Smith qui sortira dans la collection Discogonie des Éditions Densités. Au printemps 2017, je sors un essai sur Hélène Cixous, Hélène Cixous. La langue plus-que-vive aux Éd. Honoré Champion et un essai sur Visconti, Luchino Visconti. Les promesses du crépuscule aux Éditions Impressions nouvelles. J’espère que le livre Gang blues ecchymoses, composé de mes textes poétiques et des sidérantes photos de Sadie von Paris verra le jour également au printemps, je lance ici un appel à tous les amis, donateurs, aficionados de l’art de Sadie von Paris, de mes textes afin que le livre voie le jour…

Je suis plongée dans une fiction romanesque dont je préfère ne rien dire, viens de terminer un roman autour de la Renaissance italienne et j’entame un recueil poétique. Je vais peut-être peaufiner, revoir quelques romans inédits qui montent la garde dans mes tiroirs. Laisser aussi à jamais inédits bon nombre de fictions, de recueils de poèmes, de textes divers achevés. Ne pas les faire circuler dans un monde où l’excroissance des informations, leur médiatisation, leur publicité les égalise dans un « inférieur clapotis quelconque ». L’opération de soustraction par rapport à une époque dopée à la multiplication métastasique et frappée d’idiotie me requiert de plus en plus. Il est devenu de plus en plus difficile de croire en l’espace littéraire au sens d’accorder une valeur au geste de publier. Il y a une schize entre l’urgence de créer, d’écrire qui m’habite, qui ne fait qu’un avec mon existence, et le monde du dehors, l’espace public, l’échiquier de la production-consommation des biens (livres, etc.). Le geste de publier me paraît de plus en plus problématique. Au niveau de sa place. De ses puissances dans un monde régi par le non-esprit d’une centrifugeuse-broyeuse. Écume de surface, clapotis médiocre d’egos bouffis, miroirs de vanités, jeu de dupes, abdication et règne de la littérature-marketing, de la non-littérature produite par les histrions de service composent le visage dominant du présent. Mais je conserve aussi la confiance en une « littérature mineure », séditieuse, inventive, en des passeurs de créations sauvages, en des communautés de lecteurs, en des archipels d’écritures, d’éditeurs exploratoires, de pensées, de musiques, d’événements qui font barrage à la ruine. Je rêve de livres qui déferlent comme des forêts en marche. Au clan des capitaines de navires prenant un aquarium pour un océan, à côté des écrivains-Ulysse qui, se bouchant les oreilles de cire afin de ne pas entendre le chant des sirènes, ne prennent aucun risque esthétique, existentiel, il y a le clan frère de Boutès comme l’a écrit Pascal Quignard (dans Boutès), ceux qui plongent, sautent au milieu de flots, pour rejoindre les sirènes, sans jamais les domestiquer, laissant les filles-fleurs à leurs danses échevelées.

11 janvier 2017

[Chronique] Véronique Bergen, Janis Joplin, par Fabrice Thumerel (1/2)

Commencez par aller sur le site officiel de Janis Joplin, ou sur Youtube, et (re)découvrez un peu le personnage… Summertime, qui provoque "un schisme sexuel, un séisme musical" (p. 109)… Cette voix qui "dansait comme un lasso, griffait, roucoulait, pas moyen de la contenir, elle explosait transcontinentale, transsexuelle, transethnique, transpsychotropique" (p. 104)…

Après Edie. La Danse d’Icare, épopée trash consacrée à Edie Sedgwick, l’actrice et mannequin qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture", celle dont l’"état naturel, c’est le manque", suivie de celles portant sur MM (Marylin, naissance, année zéro) et Unica Zürn (Le Cri de la poupée, 2015), voici une autre biofiction de la prolifique Véronique Bergen pour constituer un quadriptyque. (Rappelons l’enjeu de ce type de texte : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre"). Edie Sedgwick (1943-1971) / Marilyn Monroe (1926-1962) / Unica Zürn (1916-1970) / Janis Joplin (1943-1970), ombre et lumière, Eros et Thanatos… Edie/Marylin/Janis, ces trois déesses qui ont pour Sainte Trinité la baise, la cam et l’alcool…

Véronique Bergen, Janis Joplin, voix noire sur fond blanc, Al dante, 2016, 176 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84761-720-7.

"Et si parler, langage au garde-à-vous, lexique châtié,
syntaxe docile, me faisait chier ? Et si je refuse d’enfiler les mots
en suivant la Bible de la grammaire ? Si j’ai faim d’un autre régime du verbe ?" (104).

D’emblée, le critique peut se sentir frustré… S’il s’enorgueillit de sa perspicacité en doublant Janis de Janus, puis en relevant la symbolique du nombre 27 et en l’associant aux 27 chapitres du livre, il se heurte aussitôt à la maîtresse du jeu : l’auteure énumère des "victimes du démon astrologico-numérologique" (p. 166-67 : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrisson… Jules Laforgue, Alain-Fournier, Georg Trakl, Jean-Michel Basquiat…), développe la dimension symbolique… et coupe court : "Paix aux nombres. Aucune inférence ne doit être tirée de la scansion de ce livre en vingt-sept chapitres" (168).

La dualité frappe donc, comme Edie et Marylin, cette "hybride thanato-biotique dégradable" (17), cette "enfant du Manque" (60), cette âme fêlée qui fait de son corps "une torche vocale" (16), "une arme érotique" (56), cette "pocharde nympho", cette "camée à la voix nasillarde" (25) et au "coït vocal" (87)… Janis/Janus, celle dont l’outre-voix (113) ouvre son outre-moi ; celle qui, lorsqu’elle va mal, "dresse des listes pendant des heures" (91) – liste des manques plutôt que des envies -, abolit les frontières entre Eros et Thanatos, vide et plein, noir et blanc, homme et femme, humain et animal, liberté et destin… Un destin tragique : "J’étais pas destinée à arriver au monde cette année-là, à cet endroit, ni descendre de ces géniteurs. Tu te rends compte que ma trajectoire de vie doit se libérer de ces trois ratages ? Surmonter ces trois tares ?" (20)…

L’ouverture extatique est le propre d’une époque dont Janis Joplin est l’une des figures de proue : les années 60 sont celles de tous les possibles, de l’éclosion/explosion des contre-cultures… Contre le Money Power, le mouvement Flower Power auquel appartient cette figure de révolte et de subversion. Après, c’est Terminus : muséification, récupération "muselière et camisole dans la boîte de Pandore du show-business" (141). NO FUTURE. Pour cet emblème de l’underground, l’évolution est dégradation (des hippies aux yupies puis aux punks, c’est de mal en pis) : "Là où les années soixante dansaient,hurlaient, extases cosmiques, anarchie solaire et pacifique, temples des sexes bouddhiques, les année septante rampent, bâillonnées, se traînant à genous, inféodées à l’ordre, aux normes du capital avant d’être percutées par l’explosion punk" (137).

À cette passion du mouvement correspond une écriture du flux, du passage, qui s’appuie essentiellement sur la translation : "fantômer" (35), "m’orgasme" (73), "golémise" (74), "légumifier" (95), "duodénumer" (103), "staracadémysent" (118), "parthénogénèsera" (141), "chaotiser" (146)… L’écriture électrique de Véronique Bergen court-circuite les rythmes, associations et significations convenus. Goûtons ce type de télescopages : "Je convulse tristesse" (74), "ça me ciguë le moral" (76)… Ce chiasme révélateur : mort de la voix / voix de la mort… Ces jeux expressifs sur les signifiants : "ré mineur" / "rémouleur des douleurs" (110 : paronomase et écho sonore), "Fée électrivité" (85 : à-peu-près, et même mot-valise possible – condensation de "électricité" et de "négativité")…

Une chose est sûre en refermant cette biofiction polyphonique qui convoque fantômes et fantasmes pour nous transporter au-delà des limites admises : l’ensorceleuse Véronique Bergen a inventé un genre – qui explore les contre-vies de ses créatures – et un style – une écriture-crachat (les deux formules en italiques sont extraites du Cri de la poupée – p. 19 et 5).

 

30 octobre 2016

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, tout d’abord, notre Libr-agenda (Philippe Boisnard et Jean-Michel Espitallier), puis nos Libr-événements : RV avec AnnaO / Jacques Jouet & Mia You (Ivy writers) à Paris, à la fondation Vasarely d’Aix pour de drôles de drones… On terminera par un aperçu de ce qui vous attend sur LC en cette riche fin d’année…

Libr-agenda

â–º Philippe BOISNARD :

_ 2 novembre : performance de poésie numérique à l’école des Beaux arts de Montpellier : nouveau projet solo : poetry grows (ENSBAMA).
_ 3 novembre : conférence Université de Montpellier dans le cadre des Rencontres sur la poésie numérique : 4ème manifeste de la PAN (Poésie Action Numérique).
_ 9 novembre : vernissage du nouveau phAUTOmaton @ L’Espace Mendes France (Lieu Multiple) de Poitiers et l’EESI. (nouveau dispositif), en partenariat avec le festival acces)s(#16.
_ 14 novembre : vernissage de Paysage de la Catastrophe (After Fukushima) (création avec Jacques Urbanska et Philippe Franck) @ Ars Numérica (Bruxelles-Belgique)

â–º Jean-Michel ESPITALLIER :

•• 3 novembre (Festival Ritournelles, Bordeaux)
• 14h30. Archives Bordeaux Métropole. Table ronde « archives et création », avec Emmanuelle Pagano, Emmanuelle Pireyre, Philippe Artières, Didier Arnaudet, François Bon, Jean-Michel Espitallier.
• 20h30. Oara Scène Aquitaine. Création de « France romans » (Argol Éditions) par Cécile Delacherie (jeu, voix), Sébastien Sampietro (jeu, voix) et Franck Tallon (création image et son).
•• 4 novembre, 19h. CIPM, Marseille. Rencontre et lecture autour de Tanger (avec Eric Audinet et Pierre Parlant).
•• 8-10 novembre, Mac/Val, Vitry/Seine. Résidence de création, projet Has Been, avec Valeria Giuga et Roméo Agid (compagnie Labkine). Autour de l’expo de Jean-Luc Verna.
•• 17 novembre 14h. « Sur la poésie action ». Début d’un séminaire-atelier au lycée autogéré de Paris.
•• 27 novembre, Neuchâtel (CH), fondation Durenmatt. Rencontre et discussion autour de l’exposition de Jean-christophe Norman.

Libr-événements

â–º Le lundi 7 novembre 2016 à 18H, La Passerelle.2 vous invite à venir célébrer l’accrochage de l’œuvre peint « She was a Princess »*, qui sera accompagné d’un concert live de L’IMPOSSIBLE (guest : AnnaO)
+ ambiance musicale et tubes fluorescents – Eric Michel.

* Anne-Olivia Belzidsky, « She was a Princess », Peinture sur toile 160cm / 160cm – encre de chine, céramique à froid, feuille d’or et d’argent au bord du visible,
rose fluo, pigment pur en poudre – bleu de cobalt véritable, technique mixte
+ présentation de 4 bébés-toiles 9,5×15, technique mixte


She was a Princess / Painting remix
La Passerelle.2
52 rue Popincourt
75011 Paris

â–º Du 11 au 13 novembre, à la fondation VASARELY d’Aix-en-Provence : Drones – Images à risques ?
Coproduit par Colette Tron : http://www.alphabetville.org/, Benoît Labourdette: http://www.benoitlabourdette.com/, et l’office http://loffice.coop/

Les drones, machines de "vision embarquée", sont en train de se répandre de façon massive et modifient insidieusement nos représentations du monde.
Pour essayer de comprendre ensemble de quoi ils sont faits, voici des « rencontres apprenantes » sous forme d’ateliers, échanges, pratiques, questions et théories. Jeu de guerre ? Pilote automatique ? Réalité virtuelle ?
Les 11, 12 et 13 novembre, seront expérimentés les enjeux des ces machines-images, avec pour objectif la production de formes conceptuelles et pratiques pour en faire usage dans nos quotidiens, nos activités, nos métiers.
Un programme ouvert sous l’angle de la déconstruction, dans tous les sens du terme, afin de dépasser les idées reçues et comprendre ces fonctionnements algorithmiques : décortiquer, manipuler, raconter, monter et démonter réellement un drone, le désautomatiser, l’écouter… partager des points de vue et des images du et sur le monde.
Pour participer, ces rencontres sont à prix libre et conscient. Pré-inscription à youpi@loffice.coop.
Pour l’office cette "rencontre apprenante" est la première forme publique de "l’école flottante".
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Qu’est-ce que cette école flottante ? Un projet de l’office, né du besoin de résister à l’accélération, et en même temps, du désir de vivre intensément avec nos contemporains. Nous imaginons cette école comme une bulle, une parenthèse, un milieu propice à apprendre, à se construire un regard critique. Comment faire partie de ce monde liquide ? Être capable de surfer sur la vague avec élégance, de s’organiser collectivement pour hisser la voile ou bien de regarder la mer s’agiter de loin, bien ancrés à l’intérieur de nous-même ? C’est une question d’agilité…
L’école flottante de l’office est un dispositif ouvert auquel tous sont invités à contribuer. Toute les prochaines saisons sont encore à construire et un petit document d’invitation est en cours de rédaction.

â–º Mardi 15 novembre 2016 à 19h30, Ivy Writers vous invite à une soirée de lectures bilingues avec les Poètes :
JACQUES JOUET (France)
et MIA YOU (USA)

15th Nov from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poet Jacques Jouet alongside American poet Mia You—let us know you are coming!

MARDI le 15 novembre 2016 à 19h30
Au bar / 1er étage : Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

Bientôt sur LC…

L’inventive biofiction de Véronique Bergen (Janis Joplin), la poésie utopographique de Christophe Manon (Vers le nord du futur), le combatif Film des visages signé Frank Smith, le symptomatique ready-made de Emmanuel Adely (Je paie), la bouleversante autopoéfiction de Corinne Lovera Vitali (Ce qu’il faut)… Blaine, Ernaux, Lucot, Mézenc, Pozner…

4 septembre 2016

[News] News du dimanche

Pour ces NEWS de reprise, nos Libr-brèves : Le Grand Os à Cahors ; la Poésie dans les chais à Lacommande (pré-ouverture au festival accès)s( #16. Nous terminerons par notre soutien aux éditions Al dante.

 

Libr-brèves

â–º Du 3 au 28 septembre 2016, Exposition LE GRAND OS à la Médiathèque du Grand Cahors

éditions et livres d’artistes
+ Peintures de León Diaz Ronda
+ Photographies de Alain Moïse Arbib

Vernissage le samedi 3 septembre à 11h30

samedi 24 septembre 2016 :
– 14 h – 17 h : Atelier d’écriture autour des éditions Le Grand os, proposé par l’Humus des mots
– 17h30 : Rencontre et lecture bilingue français-espagnol par Aurelio Diaz Ronda et Huilo Ruales Hualca

Médiathèque du Grand Cahors
185, avenue Jean Jaurès
46000 Cahors
05 65 20 38 50
mediatheque@grandcahors.fr
http://www.mediatheque.grandcahors.fr/node/tag/tid/1676

â–º Jeudi 15 septembre, 19H-22H, à la Commanderie de Lacommande (64320) : Poésie dans les chais, en pré-ouverture du festival accès)s( # 16 – Frontières et projections
– en partenariat avec la Route des Vins du Jurançon. [Programme]

â–º 19h : vin blanc offert
+ Inauguration de l’exposition "Contours variables" – (poésie / vidéo / photographie) commissariat François Loustau / La Maison
L’idée d’un monde immuable, figé dans une cartographie rigide, est illusoire. Tout bouge, se déplace, entre
en translation. (..) Et pourtant l’Histoire s’évertue à compartimenter, à cloisonner, à définir des zones, à filtrer. (..)
L’exposition distille des relations aux paysages, à l’histoire, à la société pour une douce reconsidération des
rapports que l’on peut engager dans ce monde sous tension. Ainsi peut survenir l’évocation de territoires
intermédiaires, de zones transitoires, de migrations, de fractionnement de l’espace.!
Mais au delà des séparations imposées, les artistes de l’exposition proposent une ouverture possible vers
l’émotion, comme une évidence.!
artistes : HALIDA BOUGHRIET / DAVID DUCHON-DORIS / MICKAEL VIVIER

â–º 20h15 : concert de Stéphane Garin
Stéphane Garin est musicien multi-instrumentiste. Il est diplômé et a reçu de nombreux prix pour sa discipline de prédilection, la percussion. Il mène également un travail de composition et de phonographie sonore.
Actuellement membre de l’Orchestre Pau Pays de Béarn, de l’ensemble de musique contemporaine Dedalus et du collectif de phonographes en Pays Basque Soinumapa, Stéphane Garin s’est produit au sein de l’Ensemble Intercontemporain, de l’Orchestre Les Siècles, de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen, du Brussels Philharmonic, des Dissonances, sous la direction de chefs comme Pierre Boulez, Péter Eötvös, Léon Fleisher, Philippe Jordan, David Robertson, Pascal Rophé ou encore François-Xavier Roth.
Il a également collaboré avec de nombreux musiciens, danseurs, performeurs et metteurs en scène dont Olivier Bernet avec qui il enregistre la musique du film Persepolis et Ryoji Ikeda. Stéphane Garin se produit régulièrement en Europe, en Asie, en Europe et aux États-Unis.
Membre fondateur du collectif 0 (prononcez zéro), il enseigne la percussion depuis près de dix ans au sein des écoles de musique et des conservatoires des Pyrénées-Atlantiques et des Landes. Il organise également des séances d’écoutes régulières au sein des médiathèques du terrioire.

â–º 20h45 : Buvette tapas (ferme Hondet – Lasseube)

â–º 21h15 : lecture de Jean-Michel Espitallier
Poète inclassable, Jean-Michel Espitallier (né en 1957) joue sur plusieurs claviers et selon des modes opératoires constamment renouvelés. Listes, détournements, boucles rythmiques, répétitif, proses désaxées, faux théorèmes, propositions logico-absurdes, sophismes tordent le cou à la notion si galvaudée de poésie en inventant des formes neuves pour continuer de faire jouer tout le bizarre de la langue et d’en éprouver les limites. Entre rire jaune, tension comique, syllogismes vides et dérision, la poésie de Jean-Michel Espitallier, proche en cela de l’art contemporain, use de la plus radicale fantaisie pour faire voler en éclat et problématiser encore davantage, la notion de genre et de frontières esthétiques (donc éthiques…).
Jean-Michel Espitallier est l’auteur en 2016 de France Roman, un recueil de plusieurs milliers de noms de communes françaises sélectionnés en fonction de leur coefficient poétique et « illustrés » par un fait divers, une légende locale, un extrait de manuel scolaire,une recette de cuisine, des statistiques, des petites annonces, etc.; une rêverie toponymique qui laisse toute la place à l’imaginaire.

 

Soutien à Al dante /Fabrice Thumerel/

Al dante, c’est un peu comme la poésie selon Prigent : toujours en crise, et toujours renaissant de ses cendres comme le phénix… Espérons que ce soit encore une fois le cas, dans un contexte de crise sans précédent ! Afin de sauver Al dante, plus que quelques jours pour faire d’une pierre deux coups : apporter son obole en achetant des titres du catalogue, et se faire plus que plaisir… Merci de cliquer ici.


On ne peut que saluer la ténacité de Laurent Cauwet (entretien avec Fabrice Thumerel) et rappeler que c’est le plus riche catalogue français actuel !

Libr-critique a toujours soutenu cette aventure extraordinaire. Voici donc quelques idées de choix inouïs…

â–º Véronique BERGEN, Le Cri de la poupée, Al dante, Marseille, été 2015, 248 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-742-9.

Après Edie. La Danse d’Icare, épopée trash de 2013 consacrée à Edie Sedgwick (1943-1971) – l’actrice et mannequin qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture", celle dont l’"état naturel, c’est le manque" – et la biofiction portant justement sur MM (Marylin. Naissance, année zéro, 2014), toutes deux parues chez Al dante, voici une tout aussi sidérante anti-narration, au centre de laquelle gît la femme-marionnette Unica Zürn, artiste et écrivaine allemande (1916-1970) qui s’est défenestrée après un destin tragique fait de "résidus de fragmentations atomiques".

Rappelons l’enjeu de ce type de texte : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre" (Edie). C’est ici à travers le regard d’entomologiste de sa rivale Christa (anagramme de "Trichas"), qui fut également la maîtresse de Hans Bellmer, que, à coups de mots-torpilles et de bégaiements syntaxiques – caractéristiques de l’écriture-crachat -, prennent vie les schizogrammes de celle qui n’a pu "ni vivre ni mourir sans bourreau".

Après ce troisième volume de la série, nul doute que Véronique Bergen fait déjà partie des voix actuelles les plus singulières.

â–º Quelques liens sur LC : Amandine André, De la destruction ; Jérôme Bertin, Retour de Bâtard ; Jean-Philippe Cazier, Ce texte & autres textes ; Sylvain Courtoux, Consume rouge ; Bernard Desportes, L’Éternité ; Jean-Michel Espitallier, L’Invention de la course à pied ; Anne-Claire Hello, Naissance de la gueule ; Jacques-Henri Michot, Un ABC de la barbarie 


24 juillet 2016

[News] Libr-vacance (3)

On profitera de la pause pour remonter la UNE (LC, c’est environ un post tous les deux jours – plus de 2 000 depuis 2006 !)… En attendant la reprise 2e quinzaine d’août, au sommaire de ce troisième LIBR-VACANCE : Jean-Charles Massera et Emmanuèle Jawad dans Libr-brèves ; F. RANNOU, A. DICKOW et M. RICHARD dans Libr-parcours d’auteurs.

 

Libr-brèves

â–º On découvrira le site de l’inventif Jean-Charles Massera, avec lequel nous préparons un Grand entretien afin de mieux faire connaître une œuvre multiforme : ici.

â–º Lecture passionnante sur Diacritik : le cycle d’entretiens lancé par Emmanuèle Jawad sur "création et politique", qui fait pendant à celui déjà publié sur Libr-critique.

 Libr-parcours d’auteurs

â–º Alexander DICKOW (écrivain et chercheur)

https://vimeo.com/157737960

plusieurs autres clips de la même soirée l’année dernière à la Maison de la Poésie de Rennes en compagnie d’Henri Droguet et de François Rannou, soirée d’ailleurs annoncée pour les dernières “Libr-vacance”: https://www.youtube.com/results?search_query=%22alexander+dickow%22$`

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), une oeuvre hybride, est à paraître chez Louise Bottu.

Un nouveau recueil, Appétits, est achevé et à la recherche d’un éditeur.

La traduction de la Horde du contrevent est en cours, avec bien d’autres projets.

♦ Passage d’un roman en cours: "Au passage de la Brume l’érosion délayait les rebords, étalait son fard suspect en brouillant la netteté, ôtait aux pas l’illusion d’un sol loyal ; elle flouait les sens, amuïssait les couleurs. Ses progrès imprévisibles exténuaient tantôt par la disparition subite, tantôt par touches à peine sensibles, par une imprécision d’abord introuvable de regard. Ici un monument avéré, un repère se voit en un jour biffé, ailleurs s’éternise l’effacement d’une fragilité déjà presque rendue au néant. Les corps exposés à la Brume souffraient de même, des corps de plus en plus ombrés, visibles à travers une cataracte de plus en plus opaque, un éloignement de moins en moins guérissable. Mais qu’untel soit fugitivement entouré de Brume, et il arrivait que cela suffise à le soustraire."

 

â–º Mathias RICHARD (écrivain, très présent sur Libr-critique)

En vrac :

La "reprise" de Muerto coco d’un de mes textes : https://soundcloud.com/muerto-coco/rien-ne-nous-empechera-detre-malheureux-page-volante

Cette "prenssée" récente : http://mutantisme.blogspot.com/2016/07/prenssee-k-ici-cest-loin.html

Une errance sur la corniche : https://www.youtube.com/watch?v=8V76T8nqXw0

Un bout de "concert" de "Sexport" : https://youtu.be/rEH2hLBMgPI

Ma lecture d’1h à France Culture : http://www.franceculture.fr/emissions/creation-air/mathias-richard-la-vie-n-attend-pas

 

â–º François RANNOU (poète ; directeur de revue et de collection)

Prépare une longue prose critique ("Le Nom est un geste"), le prochain numéro de la revue L’Étrangère (42), un entretien pour Le Français d’aujourd’hui

14 février 2016

[News] News du dimanche

Après la disparition de Pierre Bourdieu en 2002, Annie Ernaux a écrit un magnifique texte, "Le Chagrin" : c’est ce que ressentent tous ceux qui ont connu Jacques SIVAN, autour de Libr-critique et ailleurs… Aussi commencera-t-on ces NEWS par un Hommage au poète de l’espace motléculaire (1955-2016). Suivront des Libr-brèves diverses : "St ValentinTM" de CUHEL ; abécédaires sur Diacritik ; festival Poés’arts ; RV avec la revue M U S C L E et avec Anne-James Chaton.

 

Hommage à Jacques SIVAN (1955-2016)

Portrait de Jacques SIVAN par Philippe Boisnard ("Time of poetry", 2012)

Côté revues, après avoir participé à TXT, Jacques Sivan a fondé Java avec Jean-Michel Espitallier.

Côté éditeurs, de l’Atelier de l’Agneau au Dernier Télégramme, en passant par Cadex, Trame Ouest, Derrière la salle de bains, Voix, ou encore Les Presses du réel. Mais surtout : Al dante.

Libr-critique a publié et chroniqué bon nombre de ses créations, parmi lesquelles : Mar / cel Duchamp en 2 temps 1 mouvement (Les Presses du réel, 2006) ; Le Bazar de l’Hôtel de ville (Al dante, 2006) ; écoutons "JAVA is not dead" (2007) ; Dernier télégramme d’Al Jack (2008) ; Similijake (Al dante, 2008) ; Pendant Smara suivi de Pissarro & C° (Al dante, 2015)…

L’entretien qu’il a donné courageusement à Emmanuèle Jawad en novembre dernier est à relire comme l’ultime retour sur une œuvre marquante : "L’espace motléculaire".

NON, Jacques SIVAN is not dead.

Libr-brèves

â–º  Dans ce TPP (Texte de Poésie Pratique) que constitue "St ValentinTM",  CUHEL et son Service World Image Nihil Gate (SWING) fêtent à leur façon la fête-des-amoureux / fête-à-neuneux.

â–º Sur Diacritik, on ne manquera ni l’Abécédaire de Liliane GIRAUDON ni ceux de Véronique BERGEN et de Patrick VARETZ.

â–º Poés’arts, festival de poésie et d’art contemporains, du 4 au 6 mars 2016 à l’abbaye de Baume-les-Dames.

La table-ronde, les lectures et les entretiens se dérouleront dans l’Abbaye de Baume-les-Dames.
Durée de chaque lecture : 30 à 40 minutes.
Les ateliers créatifs réunissant artistes et poètes se tiendront au sein même de l’atelier d’Æncrages & Co.
Entrée libre et gratuite à l’ensemble de la manifestation.

VENDREDI 4 mars

☞ 18h Lecture de Philippe Claudel

SAMEDI 5 MARS

☞ 10h30 Table Ronde : Les voix de la poésie. Avec la participation de Roland Chopard (éditeur), Claude-Louis Combet (poète), Jacques Moulin et Elodie Bouygues (animateurs des Poètes du Jeudi), Geneviève Peigné & Jean-François Seron (organisateurs de Samedi poésies dimanche aussi), Françoise Ascal (poète), Sabine Huynh (poète, traductrice), Manuel Daull (libraire, poète).

☞ 14h Entretien avec Michel Butor par Roland Chopard et Elodie Bouygues.

☞ 15h Signature du livre d’artiste de Michel Butor et Martine Jacquemet.

☞ 16h Lecture de Françoise Ascal

☞ 17h Lecture croisée de Déborah Heissler et Sabine Huynh (accompagnées au violon d’Agathe Lorcat)

☞ 18h Vernissage des expositions des artistes Jean-Michel Marchetti, Jean-Claude. Terrier, Aaron Clarke et Philippe Agostini

DIMANCHE 6 MARS

☞ 10h30 Ateliers de création avec les artistes présents dans l’atelier

☞ 14h Performance Michel Butor / Jean-Michel Marchetti / Olivier Toulemonde

☞ 16h Lecture de Jacques Moulin.

â–º Dimanche 21 février 2016, 17H-20H, à l’occasion de la parution du n° 8, présentation de la revue M U S C L E, par Arno Calleja et Laura Vazquez.

Lectures de Christophe Manon, Yuhang Li & Mathieu Brosseau.

M U S C L E est une feuille de papier pliée 4 fois qui fait 42 centimètres de long et 16 centimètres de haut. Tous les 2 mois, sur la feuille qui est la revue M U S C L E, il y a 2 textes, il y a 2 auteurs.

M U S C L E est une couleur qui change à chaque numéro, avec de l’écriture posée dessus à chaque fois. M U S C L E est composée, pliée et éditée par Laura Vazquez et Arno Calleja. 

â–º Mardi 23 février 2016 à 19H, Le Monte-en-l’air, rencontre avec Anne-James Chaton pour son dernier livre, Elle regarde passer les gens (Verticales).

« Elle reproche aux habitants de l’immeuble de l’espionner. Elle révèle des matières. Elle fait surgir des formes. Elle façonne des idées. Elle se fait tout voler. […] Elle doit fuir. Elle retournera à Paris. Elle y a des amis. Elle part pour la Suisse. Elle est arrêtée à la frontière. Elle n’a pas de papiers. […] Elle est de retour à New York. Elle danse. Elle parle. Elle choque. Elle a dû écourter son programme. Elle fait le bilan. Elle a perdu beaucoup d’argent. […] Elle soupçonne quelque chose. Elle ne lui fait pas confiance. Elle se méfie de cette Mary. Elle tourne autour de John. Elle lui plaît. Elle n’est pas la seule. »

Derrière ce «Elle» à identités multiples se cachent treize destins de femmes ayant marqué l’imaginaire du XXe siècle. Les vies de ces célébrités anonymes, saisies au plus près de leur quotidien, se chevauchent en une biographie sans temps mort qui réinvente l’épopée de notre modernité.

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