Libr-critique

18 novembre 2007

[Livre + chronique] Zone de combat, Hugues Jallon


Hugues Jallon, Zone de combat, éditions Verticales, 139 p.
ISBN : 978-2-07-078462-2 // Prix : 13 € 90.
[site des éditions] (more…)

10 septembre 2007

[Lettre ouverte] Pas de deux = 1, Pierre Parlant

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pierre-parlant.jpg [Lettre ouverte de Pierre Parlant, transmise par Jean-Marc Baillieu qui nous a demandé de la communiquer.]
Pas de deux = 1
Les tables des libraires débordent déjà de nouveaux livres contingentés sous la bannière de la “rentrée littéraire”. Dans quelques semaines, il en est un à paraître qu’il m’importe de signaler. Je ne sais rien de lui ni du talent de son auteur. Mon intervention ne relève donc pas d’une appréciation critique.
Je n’ai pas lu ce livre. Sans doute, ne le lirai-je pas.
Je souhaite évoquer son existence pour l’unique raison qu’il portera un titre qui est celui d’un de mes livres, Pas de deux.

Mon livre a été publié en 2005 par les Éditions MF. L’autre sera publié prochainement par les Éditions Verticales. Le mien est une fiction. Il semble bien que l’autre aussi.
Fin juillet, une simple carte postale adressée par les Éditions Verticales m’a fait savoir la chose. Je ne dirai rien ici de la désinvolture du procédé. Le contenu du courrier, quant à lui, se contentait de dire un certain embarras et formulait des regrets. Il n’y avait eu en l’espèce aucune malveillance, m’assurait-on (ce qui est bien le moins!), mais un concours de circonstances incontestablement fâcheux. On ne savait pas. On n’avait pas bien compris qu’il s’agissait aussi d’un ouvrage appartenant au même genre. On était désolé.
Je pris acte mais remarquai tout de même qu’à aucun moment l’hypothèse d’un changement de titre pour le nouveau-venu n’avait été évoquée, peut-être pas même envisagée. Il y aurait un second Pas de deux, l’affaire était entendue. Elle a évidemment occupé un peu de mon temps estival. L’idée d’éventuelles poursuites m’a entrouvert l’arrière-cuisine de l’officine éditoriale. J’y ai perçu d’étonnants remugles. Je me suis écarté. Je me suis interrogé. Les choses auraient-elles connu le même cours si mon livre avait été publié chez un éditeur ayant p(i/o)gnon sur rue ? Se serait-on contenté d’une missive aussi peu formelle si mon infortune, adossée à une éventuelle notoriété, avait pu immédiatement émouvoir le Landerneau littéraire (l’ensemble flou de ceux que JLG appelle les “professionnels de la profession”) ?
Cette histoire n’ayant rien dit que nous ne saurions déjà, j’ai laissé là ces questions. J’en ai tiré malgré moi quelques motifs de réflexion. Je les évoque ici, sans plus. Ils intéressent la question du titre. Je la crois décisive.
«Qui connaît les noms connaît aussi les choses». On se souvient que c’est par cette formule que Cratyle défend, dans le dialogue éponyme de Platon, l’idée d’une imitation de la chose par le mot, révoquant du même coup le conventionnalisme de son interlocuteur Hermogène. L’institution du langage ne relèverait donc ni du hasard ni de l’arbitraire ; la condition des mots renverrait principiellement à celle des choses. Dans une telle perspective, qui ne vaut probablement pas pour l’opinion, intituler un livre n’est certainement pas une décision sans portée. Pour s’en faire une idée, sans doute faudrait-il prendre le temps de se poser une première question : à quel moment (et, j’allais dire, “à quel titre”) le titre vient-il à l’idée ? Procure-t-il confusément un horizon à l’écriture en s’instituant d’entrée de jeu ? S’impose-t-il, métonymiquement, une fois la chose achevée ? En somme, comment faut-il penser la nature du rapport entre son énoncé et l’objet qu’il va relever ? Je me garde de répondre ici. Je pressens néanmoins que Cratyle se tient souvent derrière l’épaule de qui écrit. Le titre est en effet, et dans son ordre, au livre ce que le mot est à cette portion du réel que notre perception se plaît à découper ou à désirer (ce qui revient souvent au même), un des modes les plus essentiels de notre expérience, ledit réel n’acquérant pour nous une quelconque consistance qu’à condition d’avoir été nommé (c’est-à-dire fictionné). Ignorerait-il encore les attendus précis et la teneur de sa propre légitimité, c’est toujours contre l’arbitraire (autre degré d’une nécessité insue) qu’un titre nous convainc et voit le jour. Bien sûr, aucun titre n’atteint l’exactitude imaginée mais certains font encore mieux en étant vraiment, c’est-a-dire follement, anexacts. Tandis que le label ou la marque désignent une chose éculée travestie en merveille (il faudrait avertir sur ce point tous les communicants, leur dire que leur fortune ne change rien au fait qu’ils ne trouveront jamais que du clos), le titre d’un livre a le culot, pour l’avoir singulièrement désiré, d’inaugurer un monde parmi tous les possibles, invitant du même coup le lecteur à y entrer sans prévention. Et c’est peut-être d’une manière proche, le plus souvent au nom d’une affectivité naïve, qu’est enroulé sous la double inscription du nom et du prénom — l’une confirmant la règle de la lignée, l’autre exposant l’exception subjective — le nouveau-né dans la communauté des animaux humains. Reprise et passion de l’origine. Ahurissement ou puissance adamique. Tout nom désigne et, ce faisant, cache comme il peut ce qu’il saisit trop mal. En lui s’impliquent mutuellement la grâce et un certain malheur que d’autres noms, moyennant d’inouïes combinaisons, s’efforceront de conjurer.
Demeure l’essentiel, tout nom rend connaissable. Ce qui signifie, à la lettre, qu’il autorise l’interminable et nécessaire procés de la reconnaissance. En sorte qu’on ne s’empare pas d’un nom qui n’est pas sien sans dommages. Le geste est trop lesté. Le fait-on, c’est l’être lui-même, dans son altérité, qu’on somme de disparaître. Qui méconnaît le singulier du nom dénie, quoi qu’il en dise, la chose en son mystère.
On parle quelquefois d’usurpation à propos du fait de prendre et faire usage sans droit (usus – us ; rapere – ravir, emporter violemment (rapt)). Autrefois, le mot signifiait également l’acte d’«employer» et même de «surnommer». Impossible ici de faire le tour de ces occurrences. Il le faudrait pourtant. On éclairerait peut-être d’un jour suggestif et cruel une dimension de nos affairements.
Enfin ceci. Hormis l’adéquation avec l’intrigue et la référence à la chose chorégraphique que j’approuvais, Pas de deux m’était apparu comme un fieffé performatif. À mes yeux, Pas de deux affirmait en effet: «Ceci est un livre», formule que tout titre, à la façon d’un pauvre idiot, brûle simplement de dire. Qu’un autre ouvrage surgisse aujourd’hui se réclamant du même titre, de ce titre même, mais pas au même titre, agit sur moi à la façon d’une plaisanterie ratée. Je veux bien croire qu’il s’agit là d’un comique hautement involontaire, qu’il n’y a pas eu d’intention de nuire, je suis pourtant gêné et de surcroit gêné de l’être. Le fait du préjudice, positivement constitué et qui m’institue en “victime”, l’excuse, le simulacre de réparation, rien ne parvient à dissiper l’effet de ce mauvais gag : voici un second Pas de deux.
Reste qu’après ces quelques semaines, l’incident m’aurait presque donné l’idée d’en faire la relation. J’aurais à l’évidence matière à raconter, à décrire, à commenter, jusqu’à tirer quelques leçons sur le monde tout petit des éditeurs de livres et des promoteurs d’idées nobles. Je pourrais appeler ça, mettons, La comédie humaine.
Il faudrait tout de même qu’entre-temps je pense à vérifier si le titre n’est pas déjà pris.
Pierre Parlant

30 avril 2007

[Livre] La vérité, jusqu’à la faute de Jean-Paul Michel

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jp_michel.jpgJean-Paul Michel, La vérité, jusqu’à la faute, ed. Verticales, 117 p. ISBN : 978-2-07-078345-8, 12,5 €.
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
S’il était donné à l’auteur de former un voeu pour ces pages, ce serait qu’elles rendent un peu la surprise des vérités vécues, sans autre soucié que de concision et d’intensité.
Jean-Paul Michel est né en 1948. Fondateur et directeur des éditions William Blake & Co, il est l’auteur de plusieurs volumes de poésie. La vérité, jusqu’à la faute marque chez lui un passage nouveau à la prose.

Premières impressions :
Il y a de cela quelques mois, j’avais présenté : “Pour moi dit-il, hélas j’écris avec des ciseaux” Via di levare, entretiens de Michaël Sebban [ici] en montrant en quel sens il y avait une opération poétique précise dans le travail de Jean-Paul Michel [ici]. La vérité, jusqu’à la faute, revient largement sur le rapport de Jean-Paul Michel à la poésie et l’art. Il s’agit de montrer, de quelle manière pour lui, l’écriture et l’art se rapprochent d’un acte de foi, qui implique nécessairement de faire surgir pour ressentir une forme de vérité et de beauté, le négatif, le mal, la catastrophe : « Les artistes déforment leur visage pour toucher. Ce sacrilège est nécessaire ».
La faute comme nécessité pour s’ouvrir à ce qui dépasse l’homme, le Destin, ce que l’on pourrait appeler « Divin » sans que cela soit réductible d’aucune façon à la religion, mais « Divin » au sens de cela qui ne fait plus signe par exemple chez Hölderlin, dans la dernière version de Patmos. Jean-Paul Michel, à partir de ses annotations en prose, témoignent ainsi intimement de ce travail sur soi de l’écriture comme ouverture à ce qui déborde, comme trace aussi de cela qui déborde en soi, car « l’écriture n’est pas là pour dire. Elle est là pour être ». Il montre comment, une forme de pureté est liée à l’écriture, une forme de sainteté, mais au sens bataillien d’une sainteté qui traverse l’opacité la plus noire du réel et de soi : « L’abjection n’est connue que des saints » « La sainteté ne peut naître que d’une relation limite à l’horreur ».
Un livre très fort sur l’expérience poétique des limites./PB/

18 avril 2007

[Livre] Bienvenue à Bathory, Isabelle Zribi

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cliquer sur l'imageIsabelle Zribi, Bienvenue à Bathory, Verticales, 177 p. ISBN : 978-2-07-078267-3, 15,5 €.
[site Verticales]
4ème de couverture :
À Bathory, principauté aux confins de l’Europe de l’Est, la différence des sexes a été abolies. Tous les habitants sont des « elles » qui s’habillent, s’épilent et se prénomment au féminin. Rien ne semble trouber la nature édénique de cette société sans classes : climat régulé, architecture inventive, sexualité débridée, règne de la diététique et de l’hygiène de soi, culte de la jouvence perpétuelle…

Certaines voix discordantes s’élèvent pourtant, dévoilant l’envers du décor d’un jardin des délices aseptisé, jusqu’à mettre à nu les moeurs inhumaines de Bathory Erzsebet, la prêtresse new age qui y règne en monstre froid et maîtresse abusive. Cette légendaire parente de Dracula n’a-t-elle pas magnétisé toute l’attention de son peuple pour mieux le soumettre à son bon plaisir et en jouir vampiriquement ?
Isabele Zribi est née en 1974 à Paris. Elle est l’auteur de M.J Faust aux éditions Comp’Act (2003). Elle a également participé aux ouvrages collectifs Autres territoires (Farrago, 2003) et Suspendu au récit. La question du nihilisme (Comp’Act, 2006) ainsi qu’à la fondation de la revue Action Restreinte.

Premières impressions :
Tout commence dans le croisement entre un reportage journalistique hype, d’un Nicolas, devenant par la force des choses une Nico, et un conte, conte historique, conte reprenant et réinventant à partir de la question de la monstruosité et de l’inhumain, l’histoire de la comtesse Erzebet Bathory, qui vécut fin du XVIème siècle et mourut en 1614 emmurée, condamnée pour ses crimes lesbiens et pédophiles. Car en effet, Bienvenue à Bathory est une sorte d’enquête fictionnelle sur la portée immémoriale de cette histoire réelle qui se passa en Transylvanie. Si nous suivons bien une forme d’enquête de la part de Nico, qui passe du reportage tendance, à l’intuition qu’elle serait face à une incroyable serial killer — ce qu’a été réellement E. Bathory — ce qui est davantage mis en perspective ce n’est pas tant la monstruosité du personnage que le monde qui est constitutif de cette perversité : monde de l’apparence, de la surface, d’une liberté de façade, de l’éternelle jeunesse. Isabelle Zribi n’écrit pas ainsi sur l’histoire de cette comtesse, mais donne à lire une analyse fictionnelle, très rythmée par moment au niveau du style, sur les composantes de cette histoire, et sur le rapport avec notre propre société, qui dans ce monde onirique, ne cesse pourtant de hanter, que cela soit selon ses processus internes (par exemple les émissions-jeu de Télé-réalité) ou selon ses problèmes rencontrés face aux dangers exogènes, comme les attentats terroristes (mis en perspective non sans humour par I. Zribi, dans la seconde partie de son livre). Ainsi, l’histoire recontextualisée de E. Bathory est par son caractère déformant, le révélateur de notre propre monde, « où les slogans couvrent l’espace », où le sexe inonde les pensées et la violence paralyse le tout./PB/

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