Libr-critique

20 mars 2019

[News] Daniil Harms, Elisabeth Bam à la Cartoucherie, mise en scène de Claude Merlin

Du 1er au 13 avril à 20H30, un événement à la Cartoucherie : réserver Elisabeth Bam de Daniil Harms, adaptation et Mise en scène Claude Merlin.
Avec Camille Thomas, Marc Buard, Basile – Bernard De Bodt, Bielka,
Guy Cambreleng et Jacques Alwright.
Théâtre de l’Epée de Bois : 22 € plein tarif ; tarif réduit sur demande, 10 €.
Téléphone : 01 48 08 39 74.

POURQUOI ELISABETH BAM ?

Pourquoi Elisabeth Bam ?
Parce que, comme la rose, elle est sans pourquoi.
Une pièce de théâtre, cette narration erratique, impossible à résumer, ces personnages à l’identité indécise et perpétuellement changeante, en prise avec des situations fuyantes, autant tragiques que comiques ?
Mais si, comme l’écrit Eugène Ionesco, « une œuvre définie et classée est morte », alors Elisabeth Bam c’est le jaillissement de la vie.
Ce qu’on croit en saisir, comme le furet de la chanson, a déjà filé. Tel genre, tel style reconnaissables un instant, ou encore telle situation qui fait mine de s’installer, les voilà aussitôt brisés et remplacés par d’autres aussi instables, aussi éphémères.
Et pourtant de cette déroute des repères et des raisonnements monologiques, un monde va surgir, « monde flottant » (le nôtre ?), où toujours l’inattendu arrive. N’est-ce pas là le réel qui se dévoile : multiple, discontinu, chaotique, contradictoire, irréductible – mais recomposant de ce fait un ordre paradoxal, renaissant, enfantin, infernal/paradisiaque, où des harmonies inouïes s’échappent du « heurt des significations » ?
D’ailleurs le nom d’OBERIOU, donné par D. Harms et ses amis à leur mouvement veut dire : Société pour l’art réel.
On est donc assez loin de l’absurde ou du pur non-sens, comme on l’entend dire trop souvent.
On aura beau désarticuler le langage, on ne peut tuer le sens : inépuisable, il rejaillira toujours, se refigurant en de multiples épiphanies.

Ici, on serait du côté de Lewis Carroll, mais qui aurait croisé Jarry.
La scène de théâtre devient le lieu où « sentir le monde », « débarrasser l’objet des cultures putréfiées du passé » (manifeste Obériou).
Lieu du renouvellement permanent, de l’éclosion de vérités secrètes, germinales.
Lieu de l’émerveillement.
Mais aussi, puisque rien n’est simple, secoué par les convulsions de l’Histoire.
D’où l’insistance d’un thème récurrent dans l’œuvre (et dans la vie hélas) de Daniil Harms et que l’on retrouvera ici : celui de l’arrestation arbitraire, qu’un réel pour le coup sinistre allait confisquer tragiquement.

SUR LA MISE EN SCENE

Avec Elisabeth Bam, nous continuons à explorer les liens qui unissent poésie et théâtre (mais en tournant le dos au « poétique » et au « théâtral »).
Poésie et théâtre ont un fond commun, une même origine peut-être : un appel à susciter une présence qui fait venir à nous le monde, nous le fait apparaître comme à la lumière d’une petite lampe, ou déployé à partir d’une vibration première, comme ce son de cloche que l’on entend précisément dans le nom : Bam.

Pour aborder Elisabeth Bam, les acteurs doivent se délester de toute volonté interprétative pour se laisser conduire et envahir par les forces qui, communiquées par la pièce, gravitent sur le plateau : rythmes, pulsations, variations d’intensité, brusques ruptures de ton…
Ils se font explorateurs de la SCENE, cette planète étrange qui, accordée à l’étrangeté du texte, manifeste au spectateur sa propre étrangeté.
Il y a une manière de laisser la pièce s’inventer sous nos yeux, livrer ses secrets et ses surprises, délivrance qu’il s’agit d’accompagner avec beaucoup de tact.

La langue, d’autant qu’elle est poétique ou décalée, doit être restituée à ses dynamiques naturelles, rendue pleinement organique, rythmique, à l’opposé d’un phrasé « naturaliste » souvent inconscient qui contraint la parole et bride le déploiement du sens, des sens.

Un même courant circule entre les acteurs. Quoique fortement individualisés, ils constituent un chœur éclaté, en mille morceaux. Une mouvante et instable constellation.
La scénographie doit favoriser ces éclosions. D’une extrême légèreté elle met en valeur les quelques objets prégnants : une porte, une cloche, un bolet…
Par ses interventions et ses inventions souvent incongrues, l’acteur-musicien, à l’aide de quelques instruments hétéroclites, contribue à ce qui doit apparaître non comme une mécanique de l’absurde, mais comme des opérations surprenant la naissance du sens, un peu à la manière du Cosmos de Gombrowicz.

17 février 2017

[Chronique] Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, Folio Essais, Gallimard, février 2017 (en librairie depuis hier), 420 pages,7,70 €, ISBN : 978-2-07-270480-2.

La honte serait-elle une manière de rompre avec soi-même ou du moins avec le pacte entretenu pour la sauvegarde de notre (mauvaise) conscience ? Jean-Pierre Martin prouve qu’en littérature (comme dans la vie) ce n’est pas si simple. Il existe donc diverses torsions dans l’écriture de la honte. Celle-ci peut devenir autant une haute morale que le masque du masque. Preuve que toute finalité éthique ne transcende pas forcément l’esthétique. La honte est autant une impuissance à rompre avec soi que de se transformer soi-même.

Ajoutons d’ailleurs que la littérature n’a pas pour but une utilité pratique et n’est pas là pour justifier ce qui a du mal à l’être. En ce sens, l’exemple le plus développé par Martin – celui de Gombrowicz – est significatif. Son œuvre prouve que sous un sentiment « très polonais »  (étant donné le passif chrétien du pays) se glissent des raisons qui ne tiennent pas forcément à la haine de soi (comme elle se développe par exemple chez Primo Levi ou Kafka). 

La honte peut être un repli sur soi par excès de sens du ridicule, mais elle peut prendre d’autres figures : non seulement elle s’exorcise alors mais contre-attaque. Et l’écrivain peut même brandir ce « masque » pour assurer la mort de dieu. Si bien que le bouffon jouant de sa honte n’est pas forcément un des Karamazov mais Dostoïevski lui-même.

À l’inverse de ce qui se passe chez Charlotte Delbo, Zorn ou Beckett, sur le corps défectueux l’auteur peut effectuer toute une pratique de caviardage, de retouche et d’autocensure dont Rousseau serait l’exemple parfait. Mais même chez Jouve ou Michaux se révèlent des phénomènes de feintes et de reformulation. Si bien que la honte peut se tourner en une forme oxymorique de dignité. Et le « honteur » peut devenir un spécialiste de ce que Martin nomme une « parthénogenèse » des plus habiles. Bref, écrire la honte ne serait-elle pas dans la plupart des cas une manière de la reconsidérer pour s’en tirer « blanchi » ?

16 septembre 2012

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 20:25

Avant de revenir en détail, en cette seconde moitié de septembre, sur les livres et débat marquants, voici quelques rendez-vous très divers : rencontre avec Eric Sadin ; salon des éditeurs et des revues de critique sociale et politique ; HaPaX, d’après le journal de Gombrowicz au Théâtre du Colombier.

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