Libr-critique

14 janvier 2015

[Chronique] Et maintenant ? « L’après-7 janvier »…

Après l’après-11 septembre, l’après-7 janvier… Comme le monde est simple, en somme – emprisonnable dans des formules au carré !
Tout de même, quelques Libr-questions, avec le dessinateur et caricaturiste Joël Heirman.

 

 

1. Que faire de tous ceux qui ont forcément raison puisque leur dieu est forcément le vrai-dieu ?
Toute croyance – fût-elle intellectuelle – est-elle intolérance ? (Celui-qui-n’est-pas-avec-moi est contre-moi).
La religion est-elle le seul opium-du-peuple ?
Quel(s) droit(s) la revendication de telle ou telle transcendance peut-elle conférer?

2. Qui sont les premières cibles des terroristes djihadistes ? Combien de victimes dans le monde arabo-musulman, et pas seulement dans le microcosme journalistique ?

3. Qu’est-ce qui explique la recrudescence des "Fous-de-dieu", sinon les déséquilibres Nord/Sud, les inégalités propres à une République française qui a trahi ses idéaux pour tomber dans la banlieusardisation ?

4. L’Ancien Régime avait besoin de la Peste et des Infidèles, des Peurs et des Ignorances – entre autres alibis/ennemis, fléaux/repoussoirs. Le capitalisme mondialisé a besoin des Extrémismes et Terrorismes, des Peurs et Ignorances – entre autres alibis/ennemis, fléaux/repoussoirs.

5. On entend déjà hurler les secturitaires : la Sécurité plutôt que la Liberté et l’Égalité… Hobbes contre Rousseau – à nouveau…

6. Est-ce la première fois en France qu’est attaqué l’esprit de 89, pour ne pas parler de l’esprit de 68 ? Où conduisent les anti-Lumières, sinon à l’obscurantisme ? Les anti-Lumières, ce mouvement réactionnaire qui, selon l’historien Zeev Sternhell, préfère l’irrationalisme au rationalisme, le particularisme à l’universalisme, le spiritualisme au matérialisme, le communautarisme à l’individualisme, le purisme au métissage universel (Millet)…

7. Si l’universalisme abstrait est une utopie, où en sommes-nous dans la mise en place d’un universalisme concret ?

 

22 septembre 2012

[Chronique] Carnet de libr-critique / 2. L’imposture Millet

Il n’y a d’"affaire Millet" que par la réaction de tous ceux qui, plutôt classés à gauche, ont pris le risque de passer pour de belles âmes tombant dans les travers qu’elles ont toujours dénoncés : la condamnation morale, la censure, l’ostracisme… Et en effet, on a pu parler à leur encontre de "lynchage", de "police de la pensée", de "fatwa germanopratine"… Dans "Pourquoi me tuez-vous ?" – publié dans L’Express en réponse immédiate au texte d’Annie Ernaux dans Le Monde approuvé par une centaine d’écrivains –, l’auteur lui-même, qui n’hésite pas à se ranger en droite ligne de Dostoïevski, de Drieu la Rochelle ou de Céline, se pose en victime d’une haineuse "chasse à l’homme", d’autant plus incompris que pas vraiment lu. On appréciera la mesure dont il fait preuve à l’égard de ses contradicteurs : "Mes ennemis ? Des fonctionnaires du système médiatico-littéraire, journalistes, échotiers, écrivains parvenus, indigents essayistes. […]. Quelques têtes molles se croient tenues de clamer leur indignation, parmi lesquelles un multiculturaliste invertébré, un poète liquide, un francophone mal à l’aise dans la langue française, un pop philosophe reconverti dans le méharisme saoudo-qatari, une romancière extralinguistique, une pasionaria de l’aveuglement postracial, des KGBistes de l’inculture active et tous ceux qui, n’en doutons pas, vont chercher à exister enfin à mes dépens… Pourquoi me tuez-vous ?"

De quoi s’agit-il ? Un auteur-éditeur aussi connu pour ses provocations extrémistes que pour son œuvre romanesque publie chez un éditeur quasi inconnu, sous couvert du label "éloge littéraire", ce qu’il n’était pas de bon ton que Gallimard publiât : non pas tant une apologie totalement explicite du crime, mais, dans la plus pure tradition de l’extrême-droite, un pamphlet xénophobe contre la décadence de l’Europe. L’indignation suscitée dans le champ littéraire comme dans le champ du pouvoir, notamment parmi les autres auteurs de la vénérable maison d’édition – dont le prix Nobel Le Clézio –, n’est pas sans conséquence : jeudi 13 septembre, Richard Millet démissionne du prestigieux Comité de Lecture.

Assurément, plusieurs questions demeurent en suspens : la publication d’un tel livre était-elle censée bénéficier d’un quelconque poids social et symbolique ? La polémique n’en fait-elle pas la promotion ? Est-ce, comme le prétend son auteur, la littérature qu’on vise à travers lui ? Fallait-il fustiger Richard Millet en le suivant sur son propre terrain, celui du lexique moral, voire en jouant les procureurs ? Pourquoi s’arrêter au seul Éloge littéraire d’Anders Breivik, sans le rattacher à l’essai principal (Langue fantôme, Pierre-Guillaume de Roux, été 2012, 120 pages, 16 €), lequel fait écho, chez le même éditeur, à De l’antiracisme comme terreur littéraire (été 2012) et à La Fatigue du sens (2011) ? S’opposer à une quelconque bien-pensance suffit-il pour être subversif ? Toute réaction à un excès affiché comme dérangeant doit-il être taxé de "réactionnaire" ? En fin de compte, de quoi Richard Millet est-il le nom ?

Sans oublier de renvoyer à quelques positions emblématiques, on tentera ici de préciser, avec le plus de distance et de rigueur possibles, en quoi consiste l’imposture Millet.

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6 janvier 2011

[Chronique] Didier Éribon, Retour à Reims (réédition Flammarion/Champs)

Didier Éribon, Retour à Reims (Fayard, 2009) ; réédition Flammarion, Champs/essais, automne 2010, 247 pages, 8 €, ISBN : 978-2-08-124483-2. [Voir le site de l’auteur].

Avant même que ne soit publié au printemps prochain mon article de recherche ("Retour à / retour sur… Sociogenèse d’un paradigme heuristique : Retour à Reims de Didier Éribon", revue Tumultes, Université de Paris VII, Kimé éditions) et que, en ouverture d’un work in progress sur la subversion, les derniers livres de Didier Éribon ne fassent l’objet de deux articles (Bernard Desportes sur Retour à Reims et Fabrice Thumerel sur De la subversion. Droit, norme et politique, éditions Cartouche, automne 2010), à l’occasion de la réédition en poche de ce Retour à Reims, voici une analyse synthétique de cette autosocioanalyse exemplaire.

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