[chronique] revue Cockpit n° 12 par Philippe Boisnard

[chronique] revue Cockpit n° 12 par Philippe Boisnard

mai 28, 2021
in Category: chronique, News, UNE
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[chronique] revue Cockpit n° 12 par Philippe Boisnard

Revue mensuelle de poésie Cockpit – voice recorder , numéro 12

Au 11ème numéro, Christophe Fiat, qui est à la rédaction, inaugurait la revue qu’il anime avec Charlotte Roland qui en est la directrice, par un anniversaire : celui de Baudelaire. Et chemin faisant citait pour finir un passage d’Assommons les pauvres, où il soulignait plusieurs extraits significatifs pour les temps présents, plusieurs assertions montrant comment Baudelaire confiné dans sa chambre s’amusait de livres plein d’élucubrations sur le bonheur et autres développements des peuples. Au numéro 10, en seconde page, au titre de Lire dans un monde crépusculaire, Christophe Fiat, après avoir indiqué par touche ce que serait lire, ce que serait rencontrer une voix qui pourrait être une arme (Burroughs),  il indiquait comment, revenant sur Amanda Gorman et de son poème lors de l’investiture de Joe Biden, il faudrait que cette jeunesse sage, ouvre la voie.x vers des poèmes : « louches, gauches, maladroits, mêlant dépenses et excès ».  Non pas « lyrico-mystiques », mais des poèmes « rentre-dedans, longtemps travaillés dans une solitude insupportable ». Et nous retrouvons là, Baudelaire. Le rire critique (Baudelaire) comme ouverture à des agencements critiques (Burroughs).

Au numéro 12. Pour les un an : pas d’exorde. Car comme il me l’a dit, il n’y a pas de nécessité à ce qu’il écrive à chaque sortie. Il a bien d’autres places pour exprimer ce rentre-dedans pour lui-même, comme le montre son actualité en ce printemps.

Ainsi le numéro 12 prend le pas de ce que Christophe Fiat indiquait : à commencer  par la séquence 4 de Fragments/ Forme de Pavel Hak. Texte politique, sur le « chaos de perceptions, chaos d’images, chaos d’idées, chaos social ». Texte politique, à la langue sans fioriture, à la mécanique formelle, où les individus sont traqués, et où les lecteurs s’identifient aux personnages poursuivis. « On a la très désagréable impression qu’elle révèle quelque chose de la société actuelle ». Ce texte de Pavel Hak, s’étend sur 5 pages.

On retrouve par la suite Daniel Foucard, qui poursuit son travail d’auto-investigation, s’interrogeant sur la fictionnalisation de son nom dans les fictions de quatre autres écrivains : Christophe Hanna, Manuel Joseph, Hélèna Villovitch et Emmanuelle Pireyre.

Puis et encore Manuel Joseph, Battiste Fanesi, Alexandre Périgot, Valentina Traianova, Rainier Lericolais, Jimmie Durham, José Eugenio Sánchez, Léa Bismuth, Louise Armand, Fred Nevche, AC Hello, Hervé Micolet, Clarisse Tranchard, Jean-Michel Espitallier, Joseph Ghosn, Christine Lapostolle, Laure Gauthier, Liliane Giraudon.

La grande majorité des textes qui apparaissent en effet se dégage de toute emprunte lyrico-mystique. Un certain nombre ont même des propos politiques : violences sociales, violences politiques, rapport à l’écriture. La langue, si elle s’écarte des régimes métaphoriques, n’en sacrifie pas pour autant ses jeux. Car ce qu’elle poursuit, c’est  souvent une stratégie de logiques détournées, de mise en liaison d’éléments formels qui a priori ne sont pas en relation. Ces textes sont aussi des miroirs de ce temps de suspension, de ce temps de ralenti historique dû à la pandémie. C’est ce que rend parfaitement le texte « Nocturne » de Joseph Goshn. Littérature (je ne peux adhérer aux deux thèses de l’après-littérature) qui interroge l’époque, les comportements, nos gesticulations, nos pensées.

Cockpit, ce ZNI (Zingue Non Identifié) lancé il y a tout juste un an par Charlotte Rolland et Christophe Fiat, poursuit son travail de réunion, de textes littéraires et poétiques, qui poursuivent la tentative d’exprimer un monde, dans la réélaboration poétique et politique de la langue. Certes, on reste toujours plus touché par tel texte ou tel autre, mais chacun à leur manière s’essaie à cette pratique. Car, face à ce qui est, ce n’est que par la recherche assidue de la langue et de ses armes, qu’il est possible de redéfinir celle-ci.

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