Libr-critique

20 octobre 2020

[NEWS] Jacques Donguy, Jungle électronique (exposition)

Du mercredi 21 octobre au samedi 21 novembre, exposition « Jungle électronique » à la Galerie Satellite (7, rue François de Neufchâteau 75011 Paris ; tél. : 01 43 79 80 20) : du mardi au samedi, 13H à 19H.
Vernissage : demain mercredi à 18H, avec Jacques DONGUY.

Le titre de l’exposition correspond à un projet non retenu pour clore l’exposition “Poésure et Peintrie” en 1993 à Marseille, que j’avais intitulé « Jungle électronique », soit, avec les nouvelles technologies de l’époque, du magnétophone à la vidéo, une diffraction ou la sortie du tout typographique (poésie concrète…), sortie du gris où tout se ressemble à une exubérance où l’on se perdrait. Un portail sur l’avenir, ou les “Portes de l’oeiloreille”, le poème idéographique d’Augusto de Campos. Dans cette exposition, il y a l’un des 3 exemplaires de la “Dream Machine” (“Machine à rêves”) de Brion Gysin réalisé en 2010 pour l’exposition “Brion Gysin Dreammachine” au Consortium à Dijon, “On Holography”, un hologramme de 1978 de Richard Kostelanetz (U.S.A.), en fait le premier holopoème jamais réalisé, “Poema Bomba”, un hologramme de 1987 d’Augusto de Campos (Brésil), exemplaire signé, seul exemplaire existant en dehors du tirage original qui est dans l’atelier d’Augusto de Campos à São Paulo et de la copie qui est au Musée de Rovereto en Italie, sachant que le négatif n’existe plus. Cette copie avait été réalisée pour l’exposition que nous avions organisée, « Terminal Zone Poésie et nouvelles technologies », au CAC d’Hérouville Saint-Clair en 2002. Une autre Å“uvre de Piet.sO et Peter Keene est présentée, son titre : « bla bla bla », à partir de fragments sur l’actualité glanés sur le net, boîte à gâteaux motorisée bourrée d’électronique. De Liliane Lijn est présentée une Å“uvre gérée par ordinateur, « MOONMEME » (1992 – 2011), hommage au principe féminin de transformation, avec la projection d’un seul mot sur la pleine lune, « SHE », qui se modifie en « HE », avec les phases lunaires. De Jacques Donguy, une photo de performance de Poésie numérique de 2019 par Bernard Bousquet ainsi qu’une sélection d’œuvres montrées sur écran plat, montage réalisé pour l’exposition « Digital Icons » au Mill à La Louvière en Belgique en 2020. Une part importante de l’exposition est consacrée à Philippe Boisnard, avec 4 tirages sur dibond réalisés en collaboration avec Beb-Deum, et « IADOLL », icône de Beb-Deum et programme de Philippe Boisnard, qui échange avec le public grâce à l’IA, l’Intelligence Artificielle. À l’occasion du vernissage de l’exposition le mercredi 21 octobre sera présenté le dernier numéro de la revue « Celebrity Cafe », qui comporte un dossier sur le numérique avec Jasia Reichardt (“Cybernetic Serendipity”), un entretien avec Liliane Lijn et ses Poèmes Machine, un débat sur la poésie numérique auquel participent Philippe Boisnard, Jacques Donguy et Fabrice Thumerel, un inédit de William Burroughs de 1962 où Ralf Rumney lui reproche de vouloir mécaniser la poésie avec son fold-in.
Commissariat : Jacques Donguy

18 juin 2019

[Libr-retour] Campos, Galaxies, par Guillaume Basquin

Haroldo de Campos, Galaxies (1963-1976), traduction du portugais de Inês Oseki-Dépré, NOUS éditions, Caen, rééd. printemps 2019, 144 pages, 17 €, ISBN : 978-2-370840-66-0.

J’attendais ce livre depuis que j’en avais entendu parler (par l’ami Anton Ljuvjine, auteur de Fantasia (2017) – rendons à César ce qui appartient à César), sa précédente (et première) édition en français, chez La Main courante (1998), étant épuisée depuis longtemps. Sa réputation de livre-somme, « dans la lignée des Cantos d’Ezra Pound », doublée d’une écriture expérimentale déponctuée dans la veine de Paradis de Philippe Sollers, avait tout pour exciter ma curiosité. Était-ce le chaînon manquant entre le monologue de Molly Bloom à la fin de l’Ulysses de Joyce et Paradis ? Les premières pages nous fixent assez vite : aux mots-valises près, on est plus dans la lignée d’une méditation sur le destin de l’écriture de Paradis ou des Cantos que dans un monologue intérieur « à la Molly Boom » : pas de narration dans les Galaxies ; mais un flux de pensées sur la « fin » et les moyens de la poésie en cette deuxième mi-temps du déjà vieux alors 20e siècle : « je m’élance écrire millepages écrire mille-et-une pages pour en / finir avec en commencer avec l’écriture en finircommencer avec l’écriture ». Non plus le nombril de Molly (malgré tout le respect et l’admiration que j’ai pour ce chef-Å“uvre inouï de la littérature universelle), mais le monde autour du nombril du poète : « tout serait selon un livre-nombril / du-monde un monde-nombril-du-livre un livre de voyage où le voyage est le livre / l’être du livre est le voyage » « où tout serait fortuit » selon les bonnes ou mauvaises humeurs du poète « concret » (du nom du mouvement de poésie que cofonda de Campos au Brésil dans les années 50). Ce qui compte, ce ne sont plus les sentiments du poète, mais la couleur des mots, voire les rapports de couleur locale entre eux, ou les rapports de son, comme ici : « un vermeil si violet qu’il semble bleu un orange si sanguin qu’il glisse / vers le rouge et le jaune caverneux jaune mat Å“uf jaune d’œuf pourrissant ». Ou bien là : « un essaim de blanc / le blanc un essaim de blanc de la chaux d’espagne la chaussée cailloux ronds et l’arc blanc contenant le / blanc qui caille calla et chaux travaille un mur de blancheur ». La syntaxe devient secondaire dans une telle poésie ; ce qui compte, comme dans les arts plastiques les plus avancés de l’époque (Art conceptuel, Expressionisme abstrait et NouveauRéalisme), c’est la compression, le « all over » ; d’ailleurs l’un des « mots d’ordre » du groupe était de ramener le langage à son essence : le mot. Le poème devient une suite de mots ou de sons, sans plus forcément de mélodie ni d’harmonie (comme en musique dodécaphonique) : « et égout et égal et aiguille et vétille et nib et nibergue et niberte et nif ». (On notera qu’un poète contemporain français comme Philippe Jaffeux, et après les poètes objectivistes américains, s’en souviendra, de ce concrétisme.) Les mots peuvent être compressés (comme dans une compression de César : « cette mer cette merlivre », « ocrecuivre du guadalquivir », « dédalejournée », etc.) ou coagulés (comme dans une accumulation d’Arman : « l’aujourd’huidemainhier l’avanthier l’avantdemain le transavanthier » etc.) ; rien n’est interdit ; les vannes de tous les possibles sont ouvertes (quelle joie, pour les créateurs qui viennent après « cela » !)… Peu importe la syntaxe, pourvu qu’on ait l’ivresse auditive : « machines mitraillent trailles criaillent raillent mer morte d’égout ».

On saura gré à la traductrice d’avoir laissé en langue originale tous les emprunts d’Haroldo de Campos aux autres langues que la sienne (le portugais du Brésil), comme l’espagnol (très souvent), l’anglais, l’allemand, l’italien : « attenzione vorsicht molto fragile leicht zerbrechlich dommage qu’elle soit / une ptyx she’s a whore » etc.
— On parle toutes les langues, ici ?!
— C’est les brigades internationales…
On notera tout de même que cette traduction ne permet pas de savoir quels furent les emprunts de Campos à notre langue ? Seule une publication bilingue, en vis-à-vis, aurait permis un tel gai savoir… On regrettera aussi qu’une présentation non justifiée du texte ne permet absolument pas de comprendre pourquoi de Campos est allé à la ligne à tel ou tel endroit et pas à un autre ? Et ce d’autant plus que la fiche Wikipédia de la « Poésie concrète » donne ceci : « S’inspirant des arts plastiques non figuratifs, ces auteurs ont cherché à mettre en avant la structure du poème, en l’associant à la disposition spatiale des mots, pour exprimer du sens. Il s’agit de repenser non seulement le poème, mais son support, qui est la page blanche considérée comme espace à part entière. Selon la forme du texte et la disposition des mots, le rythme de lecture diffère du rythme de lecture linéaire habituel. » Seule une consultation du texte original permet de voir/entendre tous ces « o » en fin de vers : « umbigodomundolivro », « o livro », « o começo », « um livro », « do livro », « o conteúdo » (pour s’en tenir au premier chant du livre). Ce livre-futur reste à venir…

21 novembre 2018

[News] Exposition Poésie numérique

Exposition POÉSIE NUMÉRIQUE, Galerie Satellite : 7 rue François de Neufchâteau 75011 Paris, m° Charonne / ouvert du mardi au samedi de 14 h à 19 h / Tél : 01 43 29 80 20.
Franck ANCEL, Alain ARIAS-MISSON, Philippe BOISNARD, Augusto de CAMPOS, Sarah CASSENTI / Bernard BOUSQUET, Philippe CASTELLIN, Caterina DAVINIO, Jacques DONGUY, Giovanni FONTANA, Eduardo KAC, Alison KNOWLES, Claude MAILLARD.
Vernissage le jeudi 22 novembre 2018 à 18 heures. Du 22 novembre au 6 décembre 2018 / Du 12 au 22 janvier 2019.

La Poésie numérique est née avec le développement de l’ordinateur portable grand public (PC) à partir des années 1980. Mais l’exposition comprend aussi une œuvre pionnière d’Alison Knowles (U.S.A.) de 1968, « House of dust », sous forme de sortie imprimante signée, œuvre mythique montrée à CalArts et plus récemment au CNEAI. Mais le véritable démarrage de la Poésie numérique va se faire, il y a plus de trente ans, avec les premiers PC, avec, pour cette première génération, Philippe Castellin, Jacques Donguy, Eduardo Kac et Claude Maillard. Une émission Tracks sur Arte, en date du 12 octobre dernier, donc visible en replay, a été consacrée à la Poésie numérique, plus précisément « de Hugo Ball à la Poésie numérique ». Philippe Castellin présente la série « Fanfares », qui a été montrée au FRAC Corse. Sur fond de vidéo de carnaval à Compiègne, cette œuvre utilise le web pour aller chercher des données liées aux informations du jour qu’elle récupère parmi les FluxRss. Ces informations sont mises en forme d’un texte dont les attributs varient en fonction des données sonores. Soit une position critique à l’égard de la saturation des récepteurs par ce défilé permanent qui finit par leur ôter toute signification. De Philippe Castelin aussi, des œuvres plastiques à base de QR Codes : « Alias » et « Flanolula ». Jacques Donguy est représenté, outre par des tirages photo de captures d’écran d’ordinateur textes/images en Pure Data, son dernier travail, par des photos de Bernard Bousquet. Il s’agit d’une vidéo-projection d’un texte de lettres vert fluo, comme dans Matrix, produit aléatoirement par un Atari 520ST, disquette de 1993, miraculeusement encore en fonctionnement, sur le corps de Sarah Cassenti, à l’occasion d’une performance au Générateur à Gentilly le 6 juillet dernier. Eduardo Kac (U.S.A.) présente « Outrossim », un QR Code qui se révèle un poème après lecture anamorphique par un smartphone. Claude Maillard, auteur de « Machines vertige Sat.L. Robot » en 1994, présente des tirages numériques. Pour les années 1990, nous avons le brésilien Augusto de Campos, en Italie Caterina Davinio et en France Philippe Boisnard. Augusto de Campos, qui vient de recevoir le grand prix de poésie Janus Pannonius en Hongrie, montre des tirages d’œuvres numériques extraits de son dernier recueil « OUTRO », publié en traduction partielle dans la revue « Celebrity Cafe » #03. Caterina Davinio, qui a participé à la Biennale de Venise, montre des œuvres sur aluminium et des vidéos. Philippe Boisnard expose lui « Black Hole in the language », où, à l’aide d’une application sur smartphone, on peut envoyer un secret, qui apparaît, puis disparaît dans un vortex de millions de lettres tourbillonnant autour d’un trou noir. En échange, le spectateur reçoit le secret d’une autre personne sur son portable. Alain Arias-Misson montre une œuvre en plexi en 3D, nouveau travail qui a commencé il y a 4 ans. Franck Ancel fait le lien avec « Le Livre » de Mallarmé et Giovanni Fontana, avec son « réel symbolique imaginaire », fait le lien avec la Poésie sonore.

7 janvier 2010

[archives Donguy] Live in Sao Paulo

  [En partenariat avec Etienne Brunet et Jacques Donguy, nous publions en parallèle du site http://www.donguy-expo.com  l’audio-poème de Jacques Donguy et d’Etienne Brunet du live de Sao Paulo [septembre 2009] qui est issu des archives de Jacques Donguy. En effet, il nous a semblé important de rendre le plus possible visible ces archives sur la poésie expérimentale et numérique, au sens où jacques Donguy, comme il l’a montré dans son livre sur la poésie expérimentale aux Presses du réel, est l’un des rares témoins à avoir enregistré et filmé systématiquement depuis maintenant plus de 30 ans les lectures et performances publiques. Libr-critique remercie infiniment ces deux créateurs de leur confiance.] Intégralité du disque Son@rt 049
Jacques Donguy (voice)
Etienne Brunet (live electronic )
recorded 20th september 2009 at "The Casa Das Rosas" Sao Paolo

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