Libr-critique

11 novembre 2019

[Livres] Pour des livres irréguliers

Suite à l’Appel lancé hier matin par Guillaume Basquin, directeur des éditions Tinbad, et en ce jour où se termine le Salon de l’Autre Livre 2019 – qui regroupe de nombreux éditeurs indépendants -, il importe de réaffirmer la nécessité de circuits autres pour publier des livre irréguliers. Depuis 2006, LIBR-CRITIQUE les défend : vous en trouverez trois ci-dessous, parmi ceux reçus récemment (Profession de foi de J. CAUDA, Sablonchka de F. DOYEN et un diptyque du MINOT TIERS)…

► Jacques CAUDA, Profession de foi, Tinbad, septembre 2019, 144 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-23-6.

« Moi cauda du latin cauda « la queue » car malsain de corps et d’esprit et malsain de queue dit cauda dit aussi le vénéneux moi qui ne crois qu’au mal car malsain de queue au bout d’un corps qui ne croit en rien ni au nom du père ni au sain d’esprit moi au nom du fiste je dis ici en toute innocence que je suis comme la flèche du Parthe décochée à cheval sur la queue du cheval c’est-à-dire en cauda forcément venenum » (p. 55)…

Cet extrait du Journal de l’auteur en date du 9 juillet 1988 fait du nom la métaphore de l’Å“uvre : celle-ci donne ainsi corps au patronyme, le fait parler en propre. D’où une écriture (é)jaculatoire, un phrasé du tonnerre-de-zeus, pour rendre compte d’un rapport sans queue ni tête au monde qu’il s’agit de peindrécrire : âpre, excessif, sexuel/sensoriel, souvent carnavalesque… Ça fait péter la bibliothèque comme les souvenirs, sortir la langue de ses gonds… De fil en poupée et en « ipomée », vive la métafisix !

► Franck DOYEN, Sablonchka, Le Nouvel Attila, en librairie le 15 novembre 2019, 110 pages, 12 €, ISBN : 978-2-37100-084-1.

Les symboles reproduits ci-dessus introduisent les lignes de force qui vont structurer cette dystopie originale : ici, les mutants ne sont pas les humains mais les animaux et les végétaux. Sans aucune virgule, essentiellement écrit à la deuxième personne du pluriel – histoire de nous interpeller -, le texte nous plonge dans un univers exotique jusqu’à l’étrange où nous découvrons les calquois, gloomkovs, carmignas, wombas, ou encore arglometchàs, entres autres espèces animales, et, pour les végétales, les juomlas, netarus, achaxars, ipecuamas, etc.

Nous sommes à la fin du XXIIIe siècle, en pleine post-humanité, « Ã  l’heure où les détenteurs du pouvoir richissimes entrepreneurs fanatiques réussissent ce tour de force de s’immiscer au plus près et au plus intime des vies et de contrôler de la naissance à la mort le moindre désir le moindre choix dans une apparence de totale liberté travestie en propriété et en consommation » (p. 65)… Demain, en somme.

► Le MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes, La Ligne d’erre, Orthez, printemps 2019, 200 pages, 13 € ; L’Oncle de Vanessa, La Ligne d’erre, Orthez, août 2019, 208 pages, 13 €.

À quoi avons-nous affaire ?

À l’histoire d’un écrivain – ce « meurtrier en puissance à qui l’on accorde le droit de vie et de mort sur ses sujets » (OV, 147) – qui est « pris au piège de [sa] propre fiction », torturé par sa propre créature (cf. OV, p. 11)…

À un récit métaleptique et métaphorique (cf. DMDA, p. 194), suivi d’un autre roman ludique, c’est-à-dire un autre miroir aux alouettes…
Récit métaleptique (hommage à Gérard Genette) : « Le narrateur est un chat, qui navigue de maisons en maisons, d’époques en époques, d’univers en univers et raconte ce qu’il voit » (DMDA, 122).
Récit métaphorique : « Son récit, métaphorique, illustre cette réalité d’un monde dont on ne connaît en fait qu’une partie, la plus visible. Éclairer ce qu’on ne voit pas, éclairer la nuit, voilà qui fait œuvre de romancier » (DMDA, 171).

Une narration tellement réflexive que le lecteur s’y perd comme dans un palais de glaces… Avec sa plus grande complaisance, et pour sa plus grande jouissance !

29 janvier 2014

[Chronique] Serge Noël, Aux premières lueurs d’un jour nouveau (Dystopies #1)

L’époque est aux dystopies plutôt qu’aux utopies, qui ont un point commun, l’extrapolation : les caractéristiques de la société contemporaine sont empirées ou corrigées dans un ailleurs.

Parmi les dernières venues, Aux premières heures d’un jour nouveau de Serge Noël, Chaosmos de Christophe Carpentier et Le Projet Wolfli de Jérôme Bertin sont très différentes : si la première fait preuve d’une certaine inventivité verbale mais pèche par excès de romanesque, la seconde est une somme plus vertigineuse par sa construction et ses perspectives philosophiques que par sa performance stylistique ; quant à la dernière, c’est une fiction post-apocalyptique dont la forme oscille entre carnavalesque et expressionnisme.

 

Serge Noël, Aux premières heures d’un jour nouveau, éditions MaelstrÖm ReEvolution, Bruxelles, 4e trimestre 2013, 300 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87505-159-2.

Dans ce roman tripartite – dont le titre est à l’image de la couverture : sirupeux et aguicheur ! -, nous sommes en 2098 dans l’associété, "un monde parfait" dans lequel la seule raison d’être est d’"amasser des crédits" : "La politique est là pour garantir à chacun le droit de chercher à concentrer pour son compte le plus de crédits possible, quels que soient les moyens employés" (p. 23). Là, tout est ordonné par l’État, au sommet duquel trône la figure virtuelle du Citoyen : la distribution de détriments et de psychotropes, la reproduction (les femmes n’existent que comme truchements reproductifs) et le plaisir (à coups de crédits, tout homme peut choisir son philosexe et ses divertissements sexuels), l’éducation (aux bons soins des éludateurs, des éducastreurs, des psychiastres et des médicastres), la gestion des quotislogans… Dans cette associété totalitaire, tout ne va évidemment pas pour le mieux dans le meilleur des mondes… Les privilèges des élites du Processus contrastent avec le sort réservé aux contrevenants : "Jeunes délinquants croupissant dans les taules, procédants à la merci d’un bouleversement technique, encadres pissant d’angoisse à l’idée d’être largués" (28)… Conformément à la tradition du genre, le récit se concentre sur un personnage à part, pour qui l’ennui est mère de toute survie : "La plupart des gens m’emmeldrent. Je ne leur trouve ni politique, ni art. Comment peut-on vivre sans politique, sans art ? De quoi ? Pour quoi faire ?" (119). Viendra l’envie, et derechef la rêvolution – via un détour par le Moyen-Âge… Ainsi s’accomplira la prédiction décrétée en 2002 par "un homosexuel vieillissant" qui connaissait la poésie du XXe siècle : "L’avenir de l’homme, c’est la femme"… Si l’avènement de l’associété passe par cette nouvelle Ève future, le salut du narrateur se réalisera par l’écriture comme le Montag de Fahrenheit 451 par la lecture.

Ce livre vaut surtout pour sa première partie – le reste se conformant parfois un peu trop aux seuils que constituent le titre et la couverture. Font mouche la critique du totalitarisme capitaliste comme la parodie des jeux télévisés : "Un générique sur une musique sirupeuse. Des chiffres s’affichent en jaune à côté des quatre noms. Les tétéspectateurs votent. La musique sourd doucement, la lumière se relève. Une autre pièce. Le même énorme godemiché. Quatre autres jeunes gens nus qui s’évertuent à gagner le droit de repasser la semaine prochaine. Le super vainqueur, l’enculé de première classe, […] gagnera la gloire et la richesse, une caresse du Citoyen, une villa sur la côte et un portefeuille d’actionnaire" (44). Reste l’interrogation politique qu’il suscite : en un temps où triomphent les pouvoirs bio-technologiques et économico-financiers, le totalitarisme d’état doit-il encore être considéré comme le plus menaçant ? comme le plus envisageable ?

19 janvier 2014

[News] News du dimanche

Sur LC, nous ne parlons pas de "rentrée de janvier", tant il est vrai que, comme le rappelle Éric Chevillard dans son dernier livre, Le Désordre Azerty (Minuit, 15 janvier 2014) : aujourd’hui les "écrivains sont rentrés. Dans le rang"…
Nous saluerons simplement les deux derniers livres de Jérôme Bertin, qui viennent de paraître chez Al dante (Livres à la UNE), et vous inviterons à nos Libr-événements (Ultra-volte #3 à DATABAZ, lecture d’Yves di Manno et de Sandra Moussempès, Kraums Notho, revue Syncope).

Livres à la UNE /FT/

â–º Jérôme Bertin, Première ligne. 105 mesures pour une guerre, Al dante, 40 pages, 7 €, ISBN : 978-2-84761-779-5.

Présentation éditoriale. Écrivain de l’extrême, Jérôme Bertin nous emmène dans l’à-vif du présent. Chacun de ses livres est le reflet d’un conflit : de l’impossibilité de mener à bien son métier de vivre parce que trop en but avec la brutalité de ce monde. Il est en cela proche de ce qu’écrit jean Genet, lorsque que ce dernier oppose la violence à la brutalité : la violence étant inhérente à toute pulsion de vie (l’enfantement, le rire, la joie, la révolte, les guerres de libératon…), tandis que la brutalité est dispensée sans compter par ceux qui ont pour but de brider ces pulsions de vie.
Première ligne, dense, court (40 pages), écrit en salves serrées, (105 phrases nées d’une pulsion de vie bridée) est un véritable manifeste poétique, où toutes les propositions sont autant d’éclats lancés contre la brutalité de toutes les formes de pouvoir.

Premières impressions. Voici une singulière suite d’apocalypses, écrite dans une langue-uppercut qui privilégie les télescopages des signifiés comme des signifiants. Deux exemples, avant de passer cette semaine le relais à Sylvain Courtoux : "Festin de terre. Assis sur le lit la tête entre les mains. Cracher le poème et du sang. Du sens interdit. La tête cogne contre le carrelage" (p. 15) ; "Anus, l’origine du monde. Plus de débats mais des combats. Des décombres des cobras. À la place de la langue, uppercut. Un sein vert expression. Tu vois le sang araignée sur le sol" (p. 18).

â–º Jérôme Bertin, Le Projet Wolfli, Al dante, 15 janvier 2014, 64 pages, 10 €, ISBN : 978-2-84761-780-1.

Présentation éditoriale. Le projet Wolfli est le récit sans concession d’un univers qui vit au rythme d’une guérilla extrême, où se confrontent des groupuscules d’horizons différents : des pires milices fascistes aux factions utopistes pour qui la guerre ne peut être gagnée que par la mort. Ici les corps sont des marchandises, chair à canon où chair à plaisir, corps qui se nourrissent et se détruisent par les armes ou dans les partouzes.
Entre Guyotat et Céline, ce roman participe au renouveau de la science-fiction.

Note de lecture

Devant les inanes palabres des popolitiques,
le spitoyable défilé des automates médiatiques,
les crimes capitalistes en bande organisée,
les orgies consuméristes des bouffeurs de pop corn,
la fanfaronne parade des homoncules affairés, des homo-economicus attachés à leur case,
les cris orgasmiques des phynanciers rivés à leurs bibelots d’inanité numérique,
ça ne vous est jamais arrivé de sentir monter en vous un magma rabique, un déluge de feu, un flux nitroglycériné ?

Une "journée à haut risque", entre 2023 et 2033 : "révolte dans Paris intra-muros / Funérailles du premier ministre assassiné / Le temps sera rouge" (p. 20)…

D’Egon, figure apocalyptique, à l’agôn. En cet immonde XXIe siècle, voici l’état des forces antagoniques : d’un côté, l’armée du Louvre, les légions Wolfli et Artaud ; de l’autre, l’infâme boboserie, les démocradingues, le "consommateur en lutte de crasse", le starwriter (l’écrivain spectacularisé) – "l’ennemi [qui] écrit sa prostatite, son divorce, son viol" -, le "démon capitaliste" – "cette blonde pulpeuse au vagin dévoreur de chibres"… Pas de quartiers, nul innocent ("L’innocent est un concept capitaliste réactionnaire") : fuck d’artifice final ! "Massacrez les idoles" ! "Le grand incendie comme œuvre ultime"… Rêvolution : "Debout les damnés de la terre. Ils vivent à ne pas douter leurs derniers instants. La culture d’état pue la mort. Les derniers penseurs sont enfermés dans la misère. Les éditeurs, les producteurs, travaillent par leur censure et leurs choix commerciaux à la désintégration du pensé debout" (p. 49).

De l’esthétisme radical (de Bosch à Artaud, en passant par les expressionnistes) à l’éréthisme de la violence : Jérôme Bertin met littéralement en œuvre"le rêve de Bukowski" et de tous les artistes rebelles. Eros et Thanatos, dans une fascinante écriture spasmée qui s’inscrit en droite ligne de Guyotat et de Desportes – sans toutefois en avoir encore le rythme, la portée et la tension.

 

Libr-événements

â–º ULTRA-VOLTE #3 // CONCERT / musique électronique et bruitiste SUPERNOVA (Belgique) // Oscar Martin (Espagne) // Constanza Piña (Chili) le vendredi 24 janvier à DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême), le centre de Philippe Boisnard et Hortense Gauthier (entrée : 5 / 7 euros).

SUPERNOVA, duo composé de Philippe Franck et Gauthier Keyaerts
Le projet Supernova a été initié depuis Bruxelles fin 2011 par Philippe Franck (alias Paradise Now – chant, guitare, objets) et Gauthier Keyaerts (alias The Aktivist, Very Mash’ta, plusieurs albums sur les labels Sub Rosa et Transonic – traitements électro-organiques, basse, objets). Le combo évolue, au gré des rencontres, dans une galaxie audio libertaire qui fait le grand écart entre post pop/post song, poésie sonore et électro matiériste.

# Philippe Franck

Historien de l’art, concepteur et critique culturel, Philippe Franck (Belgique) est directeur de Transcultures. Il est le fondateur et directeur artistique du festival international des arts sonores City Sonic (depuis 2003) et des Transnumériques, biennale/plate-forme des cultures numériques (depuis 2005). Il a également initié le label Transonic pour les sons autres.

Il a été commissaire artistique de nombreuses autres manifestations d’arts contemporains, audio, hybrides et numériques en Europe, Amérique du Nord et Afrique du Nord. Il enseigne également les arts numériques à l’Ecole National Supérieur des Arts Visuels La Cambre et ESA Saint-Luc (Bruxelles). Depuis 2010, il est aussi responsable des musiques urbaines, des arts sonores et de la création interdisciplinaire au manège.mons.

//// http://transcultures.be/philippe-franck/

# Gauthier Keyaerts

Gauthier Keyaerts est titulaire d’un Master en information et communication de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Après un plus d’une décennie ponctuée de plusieurs sorties musicales sur le label Subrosa / Quatermass, et d’autres… , il devient co-fondateur du label de musique Transonic. Sous de nombreux pseudonymes (Very Mash’ta, la Aktivist, Next Baxter), il compose, joue et réalise de la musique, pour lui-même mais aussi en association à des installations (L’oeil Sampler, an-Art-Key, …) et des œuvres vidéo (notamment avec Thomas Israël) et / des créations radiophoniques (Electroniques Peintures, Composez-vous Bruxelles?) financés par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il collabore actuellement avec Christian Frisson et l’Institut NUMEDIART de l’UMONS, sur le projets MashtaCycle et Profondo Giallo, un moyen de repenser la relation entre la technologie et l’art (technologie dans l’art ?).

//// http://gauthierkeyaerts.wordpress.com/

# Oscar Martin aka NOISH~ (Espagne)

Programmeur expérimental et musicien, son travail est fondé sur la déconstruction de fields recordings , des synthèses non-conventionnelle et l’utilisation créative des erreurs techniques et informatiques. Luthier – numérique maniant Pure Data, il utilise ce langage pour développer ses propres outils non-conventionnels pour le traitement algorithmique et la composition générative en temps réel . Il se positionne quelque part entre informatique musicale , Esthétique du Bug , et Noise générative . Il tente de créer des univers sonores virtuels, des paysages sonores imaginaires qui encouragent l’écoute active et une sensibilité différente à l’égard de la perception des phénomènes sonores .
Il fonctionne sous le paradigme de l’Open source . Toutes ses expérimentations sonores sont publiées sous licences libres, par différents labels et netlabels ; ( Free Software Series, Uzusounds, Drone Records, tecnoNucleo, BRRR, etc.)

Sa musique a été présentée dans différents espaces et festivals internationaux :
MAKEART (France ) , MOOZAK ( Autriche ) , A10LAB bruit = bruit ( Royaume-Uni ) , FESTIVAL DE LA IMAGEN MANIZALES ( Colombie) , PIKSEL (Norvège ) , PDCON ( Brésil ) , VAD ( Espagne ) , LEM06 ( Espagne ) , LAC- Linux Audio Conference ( Allemagne ) , NK ( Berlin ) , DE JOUEUR (Rotterdam ) , MAUS HABITUS (Portugal) , LaLAboral – SummerLab (Asturies) , MIDE – Arteleku ( Donosti ) , Ulterior09 ( Madrid ) , Hangar ( Barcelone ) …

//// website

# Constanza Piña (Chili)

Constanza Piña est une artiste numérique et interprète de danse contemporaine.
Elle crée des œuvres dans divers domaines, y compris les nouveaux médias, de la danse, de la performance, en se concentrant dans le bricolage de synthétiseurs, les textiles électroniques et la technologie portable.
Elle a été co-directrice du laboratoire Art and Technology Chimbalab (2008-2012) et a procédé à de nombreux ateliers et conférences sur l’expérimentation électronique et la culture du D.I.Y. Elle est également membre du Sudamerica expérimental, une plateforme indépendante de partage et de collaboration pour des projets en arts électroniques.

Elle présentera Corazón de robota, un projet musical composé uniquement par des synthétiseurs et des séquenceurs fabriqués à la main à partir de différents matériaux comme les tissus, les déchets électroniques et les boîtes de chocolat analogiques. Ces appareils génèrent des fréquences différentes qui jouent au hasard, en explorant les dimensions rythmiques du bruit.

♦  http://sewingmachina.wordpress.com/

 

â–º Lecture d’Yves di Manno et Sandra Moussempès le jeudi 13 février, 19h30 à la librairie Texture (94 avenue Jean Jaurès, 75019), dans le cadre du programme de résidence d’écrivains en Ile-de-France.

â–º Net < KRAUMS NOTHO :

– un extrait d’une improvisation réalisée à N’a qu’un oeil (Bordeaux) il y a 1 an juste ;

-un extrait d’une perfomo(t)sonance en cours, qu’ils montent en résidence dans les locaux de la compagnie éclats à Bordeaux (http://www.eclats.net/). La sortie de résidence s’effectuera le 13 et 14 Mars 2014…

â–º Appel revue Syncope :

Suite à son échec avec kisskissbankbank, la revue Syncope cherche encore, par tous les moyens qui lui sont accessibles (auto-édition indépendante, alors oubliez subvention etc.), un soutien au financement de sa parution.
Syncope tente encore de donner sur papier (et ils tiennent à la matérialité de ce support) la possibilité d’incarner selon la perspective qu’elle propose, mais sans grille d’analyse et au risque d’antinomies, un dialogue entre écrivains et artistes sur la place d’Eros (et comme il s’en faut : relever parfois, et souvent, sa flagrante contradiction) dans notre contemporanéité libre (libérée, comme on dit) mais si vaporeusement policée.
Voilà déjà plus d’un an que la revue sous le thème du Climax aurait dû sortir. Ils aimeraient enfin pouvoir partager ce que nous ont donné à voir, à lire ou entendre :
Alain Marc, Annabelle Guetatra, Annie Descôteaux, Antoine Brea, Bernard Barbet, Carla Demierre, Catherine James, Catherine Larré, Charles Bosersach, Christophe Manon, Christophe Marchand-Kiss, Christophe Pairoux, Damien Comment, David Besschops, Dominique Quélen, Elodie Petit, Florence Darpier, Fox Harvard, Frederic Dumond, Geoffroy Bogaert, Herve Ic, Jacques Cauda, Jans Muskee, Jean-Marc André, Laura Vazquez, Laurent Benaim, Laurent Bouckenooghe, Laurent Herrou, Maldo Nollimerg, Marc Molk, Marc Perrin, Marie-amélie Porcher, Mathieu Lefebvre, Méryl Marchetti, Michel Castaignet, Michel Hanique, Miron Zownir, Nicolas Rollet, Olivier Larivière, Panayiotis Lamprou, Patrick Varetz, Peter Franck, Reno Louchart, Ronald Ophuis, Tom de Pekin, Vincent Herlemont, Yann Legrand, Yannick Torlini

Pour les soutenir, vous pouvez envoyer vos dons ou votre pré-achat (d’une valeur de 20 euros) ici :

http://syncope.canalblog.com/

ou par chèque à l’ordre de Crimen Amoris :
Editions Crimen Amoris
75 rue du Becquerel, 4 cour Bouchery
59370 Mons-en-Baroeul

Merci de laisser un message après votre don.

 

 

12 janvier 2014

[News] News du dimanche

On croit rêver : c’est bel et bien dans Le Monde des livres – daté de ce vendredi 9 janvier 2014 – que Marie Gil lance son appel-manifeste, "Pour la pensée littéraire"… (Comme chacun sait, ce haut lieu littéraire s’intéresse à la pensée littéraire et défend la création littéraire). Examinons-en la substantifique moëlle :  « le nom "littérature" n’a plus de sens – et, cela, parce qu’on a dissocié la pensée et la création. En retirant son sens à la littérature, qui est un sens critique, nous avons accentué la perte de son aura dans la société ». En effet, réduit à une étiquette patrimoniale, il n’a plus de sens : et si on le remplaçait par "écriture", "création", "dispositif", "expérience transartistique" ?
Que vaut ce genre d’appel dans ce genre de publication ? Et sans aucune évaluation socioculturelle (quels facteurs peuvent-ils expliquer véritablement la perte du poids symbolique qui affecte la "littérature" ?) ? Et sans aucune référence précise ? Et sans cette honnêteté intellectuelle qui consiste à faire l’état des lieux des rapports entre pensée et littérature ?
Aucune pensée dans les fictions et écrits poétiques de Adely, Benfodil, Bertin, Brosseau, Butor, Cadiot, Chevillard, Courtoux, Delaume, Desportes, Doppelt, Espitallier, Ernaux, Game, Giraudon, Hanna, Jouet,  Jourde, Lucot, Massera, Moussempès, Novarina, Prigent, Raharimanana ou Varetz, pour n’en citer que quelques-uns ? Rien sur les interrelations entre pensée et littérature depuis huit ans sur LIBR-CRITIQUE ?
Le second volet sur la rentrée P.O.L de janvier (Chaosmos de C. Carpentier et Good vibrations de B. Matthieussent) apportera son eau au moulin critique – celui de Marie Gil n’étant sans doute qu’un moulin à vent. À lire également : nos Libr-annonces. /FT/

Rentrée P.O.L (2), par Périne Pichon et Fabrice Thumerel

â–º Christophe Carpentier, Chaosmos, 416 pages, 19 €, ISBN : 978-2-8180-1936-8.

Présentation éditoriale. Chaosmos se compose de trois parties reliées entre elles par deux « Intermèdes du temps qui passe » qui, fonctionnant tels des couloirs du temps, déposent en douceur le lecteur dans chaque changement d’époque.
La première partie s’intitule L’Onde, et se déroule de juin 2020 à octobre 2022.
La seconde partie s’intitule L’Ode, et se déroule en mars 2043.
La troisième partie s’intitule L’Ordre, et se déroule en mai 2052.
Chaosmos est donc une vaste épopée romanesque dont la trame narrative s’étend sur plus de trente ans. Parce qu’il se passe dans un temps à venir, et parce qu’il tente de proposer une solution aux tensions individuelles et collectives qui gangrènent nos sociétés postmodernes, ce roman peut être considéré comme un roman d’anticipation sociale dans la lignée de 1984 d’Orwell, mais il est également un hommage à L’Odyssée d’Homère et aux héros de l’Antiquité grecque dont il opère une réactualisation lyrique, notamment dans la seconde partie intitulée L’Ode qui fonde une mythologie nouvelle, celle des Chaos Makers (les faiseurs de Chaos). Enfin, un troisième niveau de lecture fait de ce roman une réflexion sur l’avenir de la littérature en temps de crise, et notamment sur la possibilité d’une extinction graduelle de l’imaginaire et du genre romanesque au profit d’une littérature essentiellement axée sur les biographies et les autobiographies, deux genres qui pourraient redonner à l’humanité un sentiment d’unité et de cohérence.

Chaosmos est le deuxième roman chez P.O.L de Christophe Carpentier. Il a déjà publié, chez Denoël, Vie et mort de la cellule Trudaine 2008) et Le Parti de la jeunesse (2010).

Premières impressions Chaosmos est une dystopie qui intègre d’autres modèles génériques : fantasy et SF, récit d’aventure, épopée, roman trash à l’américaine, fiction post-apocalyptique… Comme dans toute contre-utopie, ce roman constitué d’un chaos de mots est écrit au futur antérieur : notre temps est perçu avec nostalgie depuis un monde infernal régi par "une pure angoisse mondialisée" (p. 137), un chaos où ont disparu l’amour comme la littérature. Un exemple : "C’était inimaginable cette situation-là il y a trente ans, c’était comme qui dirait de la science-fiction. À cette époque on pouvait encore se projeter dans l’avenir […]. Aujourd’hui les faits n’autorisent plus l’espoir, ils ont pris le pouvoir" (p. 136)… Mais qu’est-ce que ce Chaosmos, cet onde chaotique ? La nature de la Révolution ayant changé, il s’agit d’une puissance de destruction fascinante qui se propage à grande vitesse, faisant de ses proies des prédateurs on ne peut plus cruels. Pour lui résister : les Francs-Tireurs Humanistes, les Brigades anti-Chaosmos. Et quand la seule façon de lui échapper est la déshumanisation… /FT/

â–º Brice Matthieussent, Good Vibrations, chronique pour quatre personnages, 544 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-8180-1960-3.

L’école d’Art de la Ville doit traverser une grève estudiantine. Khaled, le sympathique magasinier de l’école, a disparu et quelques étudiants restent persuadés qu’il a été viré par la Ville. Mais en vérité personne ne sait ce qu’est devenu Khaled Mohadji, le comorien, chanteur occasionnel dans le groupe disco funk de ses frères, les Good Vibrations.

Or, comme pour protester contre cette disparition, le sol sur lequel repose l’école d’art se met à trembler sans que pour autant ce trouble sismique n’émeuve la Ville. Daria, étudiante photographe vibrant au son des Variations Goldberg, Nicolas, artiste bavard (artiste en langue) et Andréas, peintre fasciné par la matière terrestre, cherchent à comprendre le pourquoi de ces étranges « vibrations » qui affectent les fondations de leur école, mais également les rêves de la jeune fille, les hallucinations de Nicolas et la peinture d’Andréas.

« Je vous sens vibrer, je devine que pour vous l’art est affaire de vibrations, d’accord musical, de don, et je respecte tout à fait cette affaire-là, je dirais même qu’avec vous je défends haut et fort cette « propagation des ondes en milieu artistiques »… », assure à Daria une des membres de son jury d’examen. Voilà qui semble répondre à la formule de Goethe, placée en exergue du livre : « je ne me sens davantage moi-même que lorsque je vibre à l’unisson de l’autre, être humain, œuvre d’art ou paysage. » Vibrations artistiques et secousses telluriques agitent donc les trois étudiants jusqu’à ce que les ondes leur livrent la clef pour percer le « mystère Khaled ». En effet, ces quatre-là sont liés, « vibrent à l’unisson » pourrait-on dire. Dans la Ville austère, coincée dans de vieux préjugés, et pourtant détentrice d’un certain potentiel artistique, ils se découvrent, jusque dans leurs rêves… Daria, l’étudiante aux yeux vairons, semble le point central de cette « Chronique pour quatre personnages ». Ces yeux d’une couleur différente pour voir à la fois l’intérieur et l’extérieur des choses et son don d’empathie extraordinaire intriguent ses pairs. Elle « vibre », non seulement en présence de certaines œuvres d’art, mais également de certains individus, comme une illustration de la phrase de Goethe.

Les discours des uns et des autres, sur l’art, ce qui l’habite, ce qu’il donne à faire ressentir – sa vibration – se rencontrent dans ce roman. « Tu sais, je ne comprends pas grand-chose aux trucs que les étudiants fabriquent à l’école, mais l’art m’a toujours intéressé, intrigué, parfois choqué quand c’était trop osé, trop nu et trop vulgaire, du moins selon moi. Bref, je regarde, j’essaie de piger. […] Les tableaux d’Andréas, par contre, ils me font un peu peur, ils m’intriguent, ils me troublent, je pourrais passer des heures devant, à regarder sa peinture, à suivre les chemins de peinture, cette surface informe et grouillante, où je vois des signes mystérieux […] », confie Khaled. L’art semble impliquer une capacité à s’immerger dans une œuvre ou une matière…

Néanmoins, ces nombreux discours peuvent faire naître un doute : à force de trop parler, les personnages de Good Vibrations semblent défiler sur une scène de théâtre ou un écran de cinéma. L’école d’art enfouie sous la neige, la Ville anonyme, mais surtout les oraisons des personnages, que ce soient celles du directeur, habile orateur amoureux de La Panthère rose, de Khaled assis sur une chaise au milieu d’une gare pleine de gens endormis ou de Nicolas dont la matière à modeler est le langage ; ou les duos des deux agents d’entretien, presque trop rodés pour paraître naturels… tout cela évoque l’art du langage et sa représentation dans le théâtre. Perdu parmi ces artifices, ces mises en abyme d’une interrogation sur l’art, on perd progressivement la réalité du récit, on est happé par un univers de variations oniriques autant qu’artistique. Il ne faut donc pas s’étonner si l’action principale du roman finit en tableau…/PP/

 

Libr-événements

 

â–º Mardi 28 janvier 2014 à 20H30, Café de la mairie à St Sulpice (75006), soirée exceptionnelle Annie Richard : L’AUTOFICTION ET LES FEMMES : un chemin vers l’altruisme ? (éditions de L’Harmattan), avec Camille Laurens et Isabelle Grell.

Le principe vital de l’autobiographie traditionnelle est l’acte d’imposer à autrui, avec sans doute de moins en moins d’assurance, au prix d’un dévoilement total, son autoreprésentation des êtres et des choses.
L’autofiction s’en démarque nettement par la pleine conscience de la fiction à l’œuvre dans tout récit de soi et, paradoxalement, de la nécessité de la faire partager à autrui. Car pour que le monde existe, soit une réalité et non pas un délire, encore faut-il y faire entrer le lecteur, lecteur réel, sceptique, irrité, compatissant, comme tout interlocuteur dans la vraie vie. Dimension nécessaire, peu explorée à cause de la fascination pour l’expression du moi.

Dimension fondamentale : l’autofiction ne serait pas principalement une ego-fiction mais une alter-fiction. Les femmes semblent y avoir pris une place particulière.
Lectures – Débats – Vente de livres – Signatures

Les mardis littéraires de Jean-Lou Guérin
http://lesmardisdejeanlou.blogspirit.com/ & http://editionduboutdelarue.fr/

 

 

 

22 décembre 2013

[News] News du dimanche

En ce dernier jour avant la trêve d’une semaine (RV dimanche prochain, donc !), nous vous présentons de quoi terminer l’année comme il se doit : trois intéressants livres reçus (Jérôme Game, DQ/HK ; Serge Noël, Aux premières heures d’un jour nouveau ; Alain Brossat, La Démocratie) et le pré-programme de la reprise de janvier sur LIBR-CRITIQUE.

Livres reçus (FT)

â–º Jérôme Game, DQ/HK, préface de Jean-Michel Espitallier, éditions de l’Attente, 4e trimestre 2013, 130 pages + 2 CD audio, 17 €, ISBN : 978-2-36242-045-0.

"À lire Jérôme Game, à l’écouter, on croit comprendre que la fin de l’Histoire
ça n’est peut-être ni Auschwitz, ni Hiroshima, ni la chute du Mur
mais bien plutôt la multiplicité affolante des points de vue bavards,
jusqu’à la nausée, qui débitent sans fin des déluges d’histoires" (J.-M., Espitallier, p. 18).

Présentation éditoriale. DQ/HK ou deux livres en un, comme un double-album de poésie sonore donnant à lire et entendre HK Live !, pièce radiophonique sur Hong Kong, et Fabuler, dit-il, pièce entre littérature et création sonore autour du Quichotte, réalisée avec le musicien Olivier Lamarche. Deux pièces rassemblées par une visée esthétique commune, telles les faces A et B d’une même méthode : rencontres, voyages, captations, travail en studio, montage de sons et d’images, il s’agit toujours d’écrire à même les choses, à même le document, dans le son et à travers l’image. Traversée d’une ville, saisie par les signes sonores et visuels qu’elle émet ; traversée d’un monument littéraire, via l’économie narrative, cinématographique ou touristique à laquelle il donne lieu.

Premières impressions de lecture. Si, comme l’avance Sartre dans Situations, I, chaque époque doit s’inventer un regard – et si, de fait, il y a des époques vides -, qu’en est-il de la nôtre ? En un temps où le champ pratique est un incroyable kaléidoscope audio-visuel, un espace saturé par d’innombrables images et discours, il n’est plus question de prétendre dresser l’inventaire du monde social comme au XIXe siècle. En "chef op’ de tout ce qu’il a ramassé" (Espitallier), Jérôme Game propose divers agencements répétitifs sonorisés, un "paysage-langage" "du langage compressé" : "Don Quichotte, c’est un produit contaminant, un vrai générateur, en extension tout azimut, qui stocke tout ce qu’il a produit, en strates" (Espitallier).

Quant à HongK ong, c’est
"ambiances listées"
micro-récits
script et collages…

Le poète ultramoderne se fait ainsi caisse de résonance dépersonalisée, et le texte nous propose affects et percepts sur la ville-monde.

Le tout précédé d’une magnifique préface signée par une figure majeure du champ poétique actuel : Jean-Michel Espitallier.

â–º Serge Noël, Aux premières heures d’un jour nouveau, éditions MaelstrÖm ReEvolution, Bruxelles, 4e trimestre 2013, 300 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87505-159-2.

L’époque est aux dystopies plutôt qu’aux utopies, qui ont un point commun, l’extrapolation : les caractéristiques de la société contemporaine sont empirées ou corrigées dans un ailleurs.

Dans ce roman tripartite – dont le titre est à l’image de la couverture : sirupeux et aguicheur ! -, nous sommes en 2098 dans l’associété, "un monde parfait" dans lequel la seule raison d’être est d’"amasser des crédits" : "La politique est là pour garantir à chacun le droit de chercher à concentrer pour son compte le plus de crédits possible, quels que soient les moyens employés" (p. 23). Là, tout est ordonné par l’État, au sommet duquel trône la figure virtuelle du Citoyen : la distribution de détriments et de psychotropes, la reproduction (les femmes n’existent que comme truchements reproductifs) et le plaisir (à coups de crédits, tout homme peut choisir son philosexe et ses divertissements sexuels), l’éducation (aux bons soins des éludateurs, des éducastreurs, des psychiastres et des médicastres), la gestion des quotislogans… Dans cette associété totalitaire, tout ne va évidemment pas pour le mieux dans le meilleur des mondes… Les privilèges des élites du Processus contrastent avec le sort réservé aux contrevenants : "Jeunes délinquants croupissant dans les taules, procédants à la merci d’un bouleversement technique, encadres pissant d’angoisse à l’idée d’être largués" (28)… Conformément à la tradition du genre, le récit se concentre sur un personnage à part, pour qui l’ennui est mère de toute survie : "La plupart des gens m’emmeldrent. Je ne leur trouve ni politique, ni art. Comment peut-on vivre sans politique, sans art ? De quoi ? Pour quoi faire ?" (119). Viendra l’envie, et derechef la rêvolution – via un détour par le Moyen-Âge… Ainsi s’accomplira la prédiction décrétée en 2002 par "un homosexuel vieillissant" qui connaissait la poésie du XXe siècle : "L’avenir de l’homme, c’est la femme"…

Malgré l’interrogation politique qu’il suscite (en un temps où triomphent les pouvoirs bio-technologiques et économico-financiers, le totalitarisme d’état doit-il encore être considéré comme le plus menaçant ? comme le plus envisageable ?), ce livre vaut surtout pour sa première partie ; le reste se conforme parfois un peu trop aux seuils que constituent le titre et la couverture.

â–º Alain Brossat, La Démocratie, éditions Al dante, 4e trimestre 2013, 168 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-783-2.

« Traiter le nom "démocratie" pour ce qu’il est : le Phallus de notre présent » (Alain Badiou, Pornographie du temps présent, 2013).

Présentation éditoriale. Dans les quatre essais qui composent ce livre s’ébauche ce que Foucault nommerait une analytique de la démocratie contemporaine en rupture ouverte avec les courants dominants de la science politique et de la philosophie politique. Il ne s’agit pas en effet de s’y demander ce qui définirait à proprement parler un régime démocratique, quelles seraient les normes de la culture démocratique, à quelles valeurs se réfèrent les usages démocratiques, en quoi consiste la vie démocratique, quelles en sont les institutions appropriées, (etc) – mais de partir d’une tout autre question : de quelle espèce est l’opération contemporaine consistant à faire valoir le nom de la démocratie comme celui de la seule figure d’organisation et de vie politique acceptable et conforme aux exigences d’une vie civilisée ? Qu’est-ce qui est en jeu dans le balisage de notre présent par l’ensemble des discours tendant à accréditer la notion d’un horizon indépassable de "la démocratie", comme horizon du politique et de la vie commune ? De quoi cet usage du mot démocratie est-il la manifestation ou le symptôme ? Il s’agirait donc bien de déplacer l’angle du questionnement, de se situer dans un autre champ.
On ne se demandera pas dans ces textes ce qu’est en vérité la démocratie contemporaine, on n’en dénoncera pas les faux-semblants ou les illusions, on n’opposera pas à ces mensonges ou ces trahisons allégués ce qu’elle devrait être – on s’interrogera plutôt sur le point suivant : sous quelles conditions sommes-nous astreints aujourd’hui à parler de la démocratie, quels sont les principes d’agencement qui président à l’établissement de l’ordre des discours régissant la formation des énoncés à propos de "la démocratie" aujourd’hui ? Ce qui constitue donc la trame de ces textes, ce ne sont pas des questions de définitions adéquates, ce n’est pas la critique des apparences fallacieuses ou des impostures des appareils de la démocratie contemporaines, c’est plutôt l’analyse du champ de forces et des jeux stratégiques de pouvoir qui s’établissent autour du nom de la démocratie dans nos sociétés.

Premières impressions de lecture. Se situant à l’encontre des courants mainstream de la science politique et de la philosophie politique, l’auteur de La Démocratie immunitaire (La Dispute, 2003) se lance dans "l’analyse du champ de forces et des jeux stratégiques de pouvoir qui s’établissent autour du nom de la démocratie dans nos sociétés" (p. 8). En quatre parties ("La démocratie comme mythe conquérant", "Un mirage en Egypte (le paradigme El Aswani)", "Contre la tyrannie du fait majoritaire" et "Une démocratie des résistances !"), ce livre qui allie les approches politiste, sociologique et philosophique, réussit à dévoiler ce que recouvre le substantif hypostasié "démocratie", à expliciter les usages sociaux d’un mot devenu coquille vide : la-démocratie, qui renvoie à des acceptions et des pratiques hétérogènes, n’est qu’un dispositif discursif destiné à attester l’existence d’une chose publique, sinon disparue, du moins évanescente ; à justifier les diktats de la masse ; à légitimer les dérives totalitaires des dominants au nom de valeurs universelles…

LIBR-CRITIQUE en janvier…

â–º Créations : Daniel Cabanis, Matthieu Gosztola… Anne-Olivia Belzidsky, André Gache, Alain Marc (Libr-@ction)… Thomas Déjeammes, Lucien Suel, André Gache (Dreamdrum)…

â–º Chroniques : sur Stanislas Rodanski, Substance 13 ; Le Cocommuniste de Jacques Jouet, Chaosmos de Christophe Carpentier et Usage communal du corps féminin, de Julie Douard (rentrée P.O.L : 2 janvier) ; Première ligne et Le Projet Wolfli de Jérôme Bertin (Al dante : 15/01) ; Éric Chevillard, L’Autofictif en vie dans les cartons (L’Arbre vengeur : 15/01)…

12 septembre 2013

[Chronique] Sebastian Dicenaire, Dernières nouvelles de l’Avenir, par Emmanuèle Jawad

Sebastian Dicenaire, Dernières Nouvelles de l’Avenir, éd. Atelier de l’agneau, coll. « Architextes », septembre 2013, 81 pages, 15 €, ISBN : 978-2-930440-66-8.

 

Dans son livre Dernières Nouvelles de l’Avenir, Sebastian Dicenaire propose un ensemble de textes qui relève à la fois du récit d’anticipation et de la dénonciation sociale (dystopie), offrant une vision acerbe d’un monde contemporain sur un mode critique et parodique.

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13 avril 2012

[Entretien] Le Bas monde de Patrick Varetz (dossier 2/3)

C’est aujourd’hui que paraît chez P.O.L le deuxième roman de Patrick VARETZ, Bas monde, dont nous avons publié un extrait dans le premier dossier, qui comprenait également un entretien. À cette occasion, nous remercions l’auteur d’avoir bien voulu nous accorder ce deuxième entretien illustré, entre autres, par deux dessins de Christophe Massé accompagnant un texte inédit de Patrick Varetz, "Crevards".

â–º Rencontre avec Patrick VARETZ autour de son roman le jeudi 19 avril 2012 au Bateau Livre (154, rue Léon Gambetta 59800 LILLE).

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8 décembre 2011

[Dossier Patrick Varetz – 3/3] Jusqu’au bonheur…

Pour ce dernier volet du triptyque consacré à Patrick Varetz, retour sur son fascinant premier roman : Jusqu’au bonheur, P.O.L, 2010, 250 pages, 14,90 euros, ISBN : 978-2-84682-355-5. [Lire le deuxième volet,  un entretien intitulé "Nouvelles d’outremonde"]

"A la folie du monde, à sa futilité adolescente, nous opposons le désespoir de la matière" (p. 193).

Jusqu’au bonheur, le bonheur pour tous, lénifiant et égalitariste… voilà où ont toujours voulu nous conduire les religions comme les sectes et les idéologies économico-politiques. Et malheur à tous ceux qui refusent de se conformer au mode de vie dominant, aux modèles convenus d’hédonisme ou d’eudémonisme ! Malheur à tous ceux qui ne sont pas "cools", qui ne se résignent à aucune béatitude – fût-elle hypermoderne ! Malheur aux asociaux, aux marginaux et aux anticonformistes qui ne remettent pas leur destin entre les mains des spécialistes patentés du bonheur, des "chantres de l’hygiène" ou des "zélateurs de l’orthodoxie scientifique" (214) ! Car il faut être bien coupable pour ne pas être heureux…

"Au XXIe siècle, la fabrique du Bonheur sera médicalement religieuse ou ne sera pas", semble nous confier Patrick Varetz dans cette singulière dystopie dont les six titres sont empruntés à la Genèse et "la description des symptômes de l’inanition" comme "celle de la putréfaction des corps dans l’eau doivent beaucoup au Précis de médecine légale de Lacassagne et Martin (Masson et Cie, 1921)".

Théorème de Kuzlik : "Au terme de ses six renoncements, l’être inquiet retourne au bonheur et au néant" (exergue).
"Un  Mâle et femelle  (Je renonce à fructifier, multiplier et remplir la terre)."
"Deux  Tous les êtres vivants  (Je renonce à assujettir rampants, poissons et volatiles)."
"Trois  Des lustres aux plafonds du ciel  (Je renonce aux signes, aux rendez-vous, aux jours et aux ans)."
"Quatre  Terre  (Je renonce à l’herbe semant semence, à l’arbre-fruit faisant fruit)."
"Cinq  Ciels  (Je renonce à séparer les eaux et entre les eaux)."
"Six  Lumière  (Je renonce au jour et à la nuit)."
CQFD.

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22 novembre 2011

[Dossier Varetz – 2/3] Nouvelles d’outremonde…

Après avoir lu l’incipit de son prochain roman, Bas monde (à paraître chez P.O.L en avril 2012), nos Libr-lecteurs vont pouvoir faire plus ample connaissance avec Patrick Varetz (né en 1958) dans cet entretien, avant de revenir sur son remarquable premier roman (Jusqu’au bonheur, P.O.L, 2010) dans une chronique qui viendra clore ce dossier.

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8 octobre 2010

[Revue] Université chilienne, n° 2

Université chilienne, revue trimestrielle publiée par les éditions Nicanor Sensini (10, rue Aristide Briand 87350 Panazol), n° 2, automne 2010, 64 pages, 14 €, ISBN : 978-2-36238-000-6. [chronique sur le n° 1]

Quoique moins dense que le premier, ce deuxième numéro mérite l’attention : on y retrouve la qualité matérique (papier glacé, superbes reproductions en couleurs, couverture renversante au design hypermoderne), esthétique et intellectuelle, mais également le sésame de la revue que constitue la phrase de Joë Bousquet citée en exergue. [À se procurer dès que possible dans certaines librairies ou par commande : contact@universitechilienne.fr].

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