En ce lendemain du mouvement de protestation pour la libération – plutôt que la libéralisation – de l’Ecole, on peut remonter la Une jusqu’aux avant-dernières News du dimanche, relire les deux derniers articles sur la question ("L’Ecole française : harmonisation ou harmonie ?" et "A bas les murs ! Vers une économie scolaire ouverte…") ou le récent rapport de l’OCDE (Regards sur l’éducation)… ou encore et surtout cette réflexion deleuziennement stimulante d’un chercheur anglais, Chris Beighton, qui constitue la 18e livraison du Dossier sur la subversion. [Lire la précédente ; lire la présentation du Dossier].
28 septembre 2011
20 mai 2011
[Chronique] Crise du français ?
L’article publié dans Télérama ("Peut-on sauver la grammaire ?", n° 3198) par Fanny Capel, chef de fil du collectif militant Sauver Les Lettres (SLL), s’avère tout à fait révélateur du débat anxieux autour de la "crise du français" qui s’est développé en cette première décennie du XXIe siècle. Publications, émissions, dossiers de magazines ou articles de presse témoignent des inquiétudes nourries dans les milieux de l’enseignement et de la culture comme de l’entreprise : les pratiques de la langue se détériorent à tel point que même dans l’enseignement supérieur sont mis en place des plans de sauvetage… En cause, non seulement la prégnance des nouvelles technologies comme des médias en général, mais également la "démission de l’Ecole" : dans le primaire, de 15H entre 1956 et 1969, l’enseignement du français a été ramené aujourd’hui à moins de dix heures ; tandis qu’il y a un quart de siècle les sixièmes bénéficiaient de six heures de français par semaine, ils n’ont plus droit actuellement qu’à quatre heures en tronc commun ; dans le même laps de temps, beaucoup déplorent le laxisme officiel dans les barèmes de correction adoptés du secondaire au supérieur ; jusqu’en 2008, l’enseignement de la grammaire dans le primaire était diluée dans "l’observation raisonnée de la langue"…
Dans une société de communication où la domination politique, économique et marchande s’exerce en grande partie dans et par la langue, il est fondamental de lutter contre toute entreprise de décervelage. Tout le problème est de s’interroger sur les moyens : peut-on sérieusement liquider la question par des lamentations sur la "crise du français", des concours d’orthographe ou encore le "retour aux bonnes vieilles méthodes" ?
Catherine Henri affirme : "Il semble que, dans le discours convenu, l’école soit devenue un terrain pour sociologues, terrain dans lequel évoluent des spécialistes que sont les pédagogues, ce qui supposerait donc une frontière entre un dedans et un dehors. Mais si on peut définir un terrain, ce n’est pas par ce qu’il contient, mais par ce qu’il exclut. Ce qui est hors du terrain, ce qu’on choisit de rejeter au-delà des limites, de la frontière, permet de comprendre ce qu’il est" (p. 47). Autrement dit, ce qui se passe entre les murs est une façon de lutter "contre l’insulte, l’indifférence, l’obsession de la jouissance immédiate des objets" (153)… ajoutons : l’ignorance, la violence, l’intolérance… Or, au sein même de l’institution scolaire, nous sommes en train d’assister au passage de la société de contrôle à la société des flux : le rôle de l’École n’est plus de surveiller et punir, mais de mettre en phase les flux d’"apprenants", les flux de savoirs/savoir-faire et les flux du Marché. Son unique fonction de contrôle, désormais, est d’ordre oligarchique et sécuritaire : séparer le bon grain (héritiers) de l’ivraie (mal-nés)…
En ces temps rétrogrades et en cette période d’examens, méditons sur le devenir éducatif dans un monde nouveau qu’il nous faut faire advenir…