Libr-critique

9 novembre 2017

[News] Festival Ritournelles #18

Le Festival Ritournelles (Libourne-Bordeaux) fait partie des lieux qui font découvrir la littérature en train de se faire, sans négliger les écritures exigeantes. La 18e édition se termine ce samedi 11 novembre.

6 lieux : Librairie Mollat / Espace Jeune de Libourne / Librairie Format Livre / Librairie La Machine à Musique / IUT Bordeaux Montaigne / Quartier Libre

Une trentaine d’invités : Didier Arnaudet / Joël Baqué / Eduardo Berti / Frédéric Boyer / Camille Bréchaire / Olivier Cadiot / Claude Chambard / Sophie Chambard / David Christoffel / Thomas Clerc / Patricia Cottron-Daubigné / Souleymane Dimanka / Sophia Domancich / Jean-Michel Espitallier / Manou Farine / Stéphane Gantelet / Bettina Ghio / Catherine Gilloire / John Greaves / Keurspi / Guillaume Laidain / Vincent Lafaille / J-M Martinez-Esnaola / Juliette Mézenc / Catherine Millet / Paul Otchakovsky-Laurens / Marc Pautrel / Valérie Philippin / Dominique Pinon / Anne Savelli / Didier Vergnaud / Antoine Volodine /

23 octobre 2016

[News] News du dimanche

Après un Libr-carnet critique qui revient sur le Nobel de littérature et s’interroge sur la production littéraire actuelle, pleins feux sur les parutions P.O.L et l’agenda de NOVARINA fin octobre et novembre.

Libr-carnet critique /Fabrice Thumerel/

Revenons brièvement sur les réactions propres au pôle autonome suite à l’annonce du prix Nobel de littérature, attribué à une figure du rock qui, jouant les trouble-fête, refuse toujours de souscrire au protocole académique. S’arc-boutant au credo avant-gardiste de la transdisciplinarité, bon nombre se donnent à bon compte une image d’esprit ouvert – versus les réactionnaires, ça va de soi – en posant comme une évidence ce paralogisme : les avant-gardes ont fait tomber les barrières interdisciplinaires ; Bob Dylan est un novateur dans un champ disciplinaire autre que la littérature ; donc, Bob Dylan peut être rattaché aux expérimentaux du champ littéraire, et par là même recevoir le Nobel. CQFD.

Ce Qui est une Fausse Direction : qu’une création originale puisse voir le jour en déjouant les codes et les étiquettes du champ littéraire par des emprunts à d’autres pratiques artistiques ne revient pas à préconiser que ce qui est reconnu comme valeur dans un espace particulier (la chanson, par exemple) puisse conquérir des bénéfices symboliques dans un espace occupant une position plus prestigieuse.

Un bon exemple de récupération-confusion post-postmoderne ou hypermoderne, en somme.

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Les époques vides sont celles qui ne savent pas inventer un regard neuf, affirme Sartre dans Situations, I. Est-ce le cas aujourd’hui (c’est une vraie question, qu’on ne saurait balayer d’un revers de la main en proférant l’habituel anathème de "réactionnaire"), aujourd’hui où la codification de la fiction est des plus abouties ("polar", "SF", "heroic fantasy", etc.) ; où le label "roman" est plus que jamais la formule commerciale miracle ; où est estampillé "poésie-expérimentale" tout recyclage de matériaux divers (cut-up pour tous !) ?

Les parutions de P.O.L en novembre 2016

â–º Joël Baqué, La mer c’est rien du tout
Ce livre est constitué de micro-textes qui racontent l’enfance de l’auteur, sa carrière de policier, profession qu’il exerce encore aujourd’hui. Il décrit sa découverte de la littérature à partir d’un livre trouvé sur la plage où il travaillait comme maître-nageur-sauveteur des CRS. Ses souvenirs professionnels, parfois durs, souvent insolites, côtoient des constats, tendres et amusés, sur les enfants et sur nombre de situations du quotidien.
Des figures récurrentes traversent ce récit éclaté (les parents, une soeur aînée d’une rare beauté) et une même langue simple et précise, doucement ironique s’y fait entendre, lui donnant son unité et sa force. Une existence est ainsi reconstituée au fil des pages, dans un livre où l’expérience particulière rejoint le destin commun, un peu comme l’étaient les « Je me souviens » de Georges Perec.

â–º Hubert Lucot, La Conscience
C’est un des sales privilèges de l’âge que de voir mourir autour de soi, avant de se retrouver soi-même face à l’épreuve… Hubert Lucot n’est pas épargné et ses livres en portent la trace depuis la maladie et la mort de sa femme, AM, son inspiratrice si souvent, et de sa soeur (« Je vais, je vis »et « Sonatines de deuil »). A ces récits il ajoute des commentaires et des considérations extrêmement percutants sur le monde tel qu’il va ou plutôt ne va pas, il évoque les souvenirs des disparus ou disparaissant, et tisse ainsi une tapisserie riche, si contrastée, dont le temps est la trame. Cette fois la figure centrale de son nouveau livre qui en raconte encore une fois la maladie et la mort, c’est Thierry Fourreau, cher aux éditions P.O.L puisque lorsqu’il est mort, en mai 2015, cela faisait plus de vingt-cinq ans qu’il y travaillait.

â–º Nathalie Quintane, Que faire des classes moyennes ? (essai)
En 1697, John Locke avait trouvé plein de bonnes idées pour occuper les pauvres. Il les résumait dans un bref exposé : « Que faire des pauvres ? » Aujourd’hui, réduits à une foule semi-clandestine ou noyés dans la Méditerranée, les pauvres ne semblent plus être une question. D’après Nathalie Quintane, le véritable problème des sociétés modernes, ce sont les classes moyennes. Nourri par une foultitude de documentation récente disponible virtuellement ou sur du papier, adossé aux meilleurs auteurs, parfois abondamment cités (Nietzsche, Debord, Ballard, aussi bien que Lojkine, Huelin ou Brustier), Que faire des classes moyennes ? nous aide clairement à comprendre en quoi les classes moyennes concourent à l’état déplorable de la société tout entière et peut-être du monde. Obsessions éducative et résidentielle, compréhension biscornue de ce qu’est la culture (sans parler de l’art), dépolitisation endémique… comment une population aussi bizarre parvient-elle à se considérer comme normale, renvoyant dès lors les autres à l’anormalité ? Et si les classes moyennes étaient les seuls et véritables ennemis de la démocratie ?… Un texte à la fois allègre et assassin, d’autant plus allègre qu’il est assassin ; d’autant plus assassin qu’il est allègre…  

Le 28 octobre à 20H30, Nathalie Quintane sera au Vers libre (1, rue basse des Halles 44190 Clisson).

â–º Dominique Meens, Mes langues ocelles
Dominique Meens s’est toujours passionné pour les oiseaux (voir, entre autres, les trois tomes chez Allia, de sa très réputée « Ornithologie du promeneur »). « Mes Langues ocelles « se situe dans le sillage de cette passion. Comme l’auteur a bien dû, et pas mal, se déplacer pour les entendre, ces oiseaux, c’est un ouvrage qui se déplace beaucoup entre l’essai, le dialogue, le poème, et qui de même déplace beaucoup. On dit si bien : la question est déplacée. Et c’est encore une fois un régal d’insolence, d’érudition et de culture, de virtuosité littéraire.
Un mot de son dessin. Ce livre arrange son fil comme on faisait autrefois les pelotes de laine. Il danse en huit autour d’un vide, celui, on ne s’en étonnera pas, de ces langues
supposées. Le lecteur pourra l’augmenter de l’audition des enregistrements effectués par l’auteur et mis à sa disposition sur Internet. Emporter sa lecture dans les bois pourrait être une solution plus adéquate encore.

 

Agenda NOVARINA

â–º Exposition Valère Novarina, du 1er au 29 octobre 2016 à la Bibliothèque universitaire de l’Université de Lorraine – Metz

…je dessine le temps, je chante en silence, je danse sans bouger, je ne sais pas ouÌ€ je vais, mais j’y vais […] pour m’épuiser, pour me tuer, pour mettre au travail autre chose que moi, pour aller au-delaÌ€ de mes propres forces, au-delaÌ€ de mon souffle, jusqu’aÌ€ ce que la chose parte toute seule, sans intention, continue toute seule, jusqu’aÌ€ ce que ce ne soit plus moi qui dessine, écrive, parle, peigne…

Dans le cadre des journées Langues & Langages en dialogue, organisé par les j.e.c.j.-lorraine
Plus d’informations : http://jecjlorraine.fr/

â–º Le Vivier des noms à Marseille, les 4 et 5 novembre 2016 au Théâtre de la Joliette

texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina

avec
Julie Kpéré
Jean-Marc Mondésir
Dominique Parent
Claire Sermonne
Agnès Sourdillon
Nicolas Struve
Ivan Hérisson
Valérie Vinci
Un musicien sur scène Christian Paccoud

Théâtre Joliette-Minoterie
2 place Henri Verneuil – 13002 Marseille
04 91 90 74 28
Plus d’informations : http://www.theatrejoliette.fr/spectacle/le-vivier-des-noms

22 février 2015

[News] News du dimanche

 En avant-première, deux Libr-événements à noter pour mi-mars : Calléja/Actis/Léric à Bordeaux ; Masséra/Citton à la Maison de la Poésie Paris. Mais auparavant, en UNE, pleins feux sur le roman subtilement critique de Joël Baqué, La Salle – qui nous emmène dans un nouveau sanctuaire, la salle des marchés.

 

UNE

Joël Baqué, La Salle, P.O.L., février 2015, 254 pages, 16 €, ISBN : 978-2-8180-3551-1.

"Ce ne sont pas des êtres moraux mais des entités rationnelles parcourues de pulsions irrationnelles, des entités mues par des algorithmes soumis à des crises de tachycardie. Ils perpétuent les grandes  divisions de l’humanité , le masculin et le féminin, le yin et le yang, le sacré et le profane, Éros et Thanatos ; pour eux n’existent que la hausse – Bull – et la baisse – Bear"… Rien ne résiste à ces nouveaux maîtres du monde, rien n’échappe à leur emprise, ni les rapeurs made in USA, ni même la définition du couple ("marché particulier qui commence sur un win-win et se termine sur un lose-lose")…

C’est pour être au cœur de ces marchés que ne quitte jamais la Salle le personnage central d’une narration essentiellement à la 2e personne du pluriel – comme si un humble desservant du Fric n’avait pas droit à une subjectivité, aliéné de la même façon que le Salaud sartrien ("Votre job, c’est palper la face de Dieu" est l’une des pensées-slogans qui montrent comment fonctionne de l’intérieur un golden boy). Les isotopies de la psychanalyse et du nucléaire sont mobilisées pour nous faire partager ce que les traders ressentent dans le saint du saint : "Ils étaient au cœur du réacteur, plongé dans cet univers complexe et agité où bouillonne la libido de la mondialisation et s’enclenchent les réactions en chaîne du marché". Si, comme le pense Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu (2015), le Réel est le point limite de contact avec l’impossible, alors ces "enfants terribles" sont bel et bien des agents du Réel capitaliste : "l’infini se cache dans les salles de marchés".

Cynique, un tel monde ? Ce n’est pas faute de valeurs : "précisément chiffrables, seconde par seconde, dans toutes les places financières de la planète et universellement partagées"… De quoi vous réconcilier avec le capitalisme financier ? Pas vraiment, on l’imagine, mais Joël Baqué évite l’écueil du moralisme dans un roman qui, conforme à son objet, est régi jusqu’à la fin par le couple Bull / Bear.

Libr-événements

â–ºLe 13 mars, Atelier 70 à Bordeaux, de 20H30 à 23H : Bêta dit "Ce n’est pourtant pas le printemps"

avec

DIDIER CALLEJA
MAXIME ACTIS
QUENTIN LERIC

tout cela est organisé très vite
tout cela est organisé sans sous
tout cela n’a pas grand chose à voir avec un quelconque printemps de la poésie
il n’y aura, ce 13 mars, aucune reverdie

trois lectures (mais courtes)
+ un stand Bêta (sortie fuites n°3)
+ un petit stand pour boire et pour manger
= des êtres humains

avec la joie, toute conviviale, de vous y retrouver

tout cela se déroule à

BORDEAUX. Centre-ville.
Atelier 70.
20, rue Bouffard.

Arrêts Tramway (ligne B) : Hôtel de ville / Gambetta.

Les portes du lieu seront ouvertes de 20h30 à 23h00.

Prix libre.

â–º Mardi 17 mars 2015 à 19H, Maison de la poésie Paris : cycle "Fiction littéraire contre storytelling" #8, rencontre-débat Yves Citton / Jean-Charles Massera.

Jean-Charles Massera écrit des livres (United Emmerdements of New Order, P.O.L., 2002) et des chansons (avec Pascal Sangla : Tunnel of Mondialisation, Verticales, 2011), travaille pour la scène et la radio (We Are L’Europe (le feuilleton), 2011), réalise des films (Call Me DominiK, 2014), des tableaux vivants (Le Parc des Distanciations, 2014), des installations (Ad Valorem Ratio, 2014).

Yves Citton, professeur de littérature française à l’université de Grenoble-3, co-directeur de la revue Multitudes, travaille à la croisée des études littéraires, de la philosophie politique et de l’économie des affects.

6 septembre 2011

[Chronique] Joël Baqué, Aire du mouton

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:11

Joël Baqué, Aire du mouton, P.O.L, mai 2011, 192 pages, 11 €, ISBN : 978-2-8180-1340-3.

Soit "un homme, une femme, un bord de mer"… et une aire/ère du mouton : que va-t-il, que peut-il se passer ? Rien de romanesque, assurément : l’époque ne s’y prête plus, nous suggère l’auteur. "Ils se rencontrèrent néanmoins"… Lui, un représentant en parfumerie dont le vécu "est extraordinairement peu personnel" (p. 29) et l’"ambition est d’un modèle courant, un prêt-à-porter destiné aux classes moyennes, avec une élasticité limitée" (32) ; elle, une jeune Flamande qui "aime la voile comme elle aime l’argent, par tradition familiale" (65) et "respecte l’axe tennis-thé-partenariat" (165), elle dont le père Midas voit dans la tulipe "le symbole du capitalisme" (24. À défaut de la faire craquer, il craque des os…

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6 août 2011

[News] Libr-vacances (2/2)

En attendant la reprise dans trois semaines (Spécial revues : Tumultes sur les "écritures de soi entre les mondes", Francofonia sur les manifestes littéraires, Espace(s) sur "limites et frontières", derniers numéros de Chimères… Dossiers sur la subversion, Patrick Varetz, Bernard Desportes… Article de Jean-Nicolas Clamanges sur Roger Giroux… Chroniques sur Sylvain Courtoux, Nox, et Jérôme Bertin, Bâtard du vide, qui vont paraître dans un mois aux éditions Al dante ; Emmanuel Rabu, FuturFleuve, Léo Scheer ; H. Béhar et P. Taminiaux dir., Poésie et politique au XXe siècle…), voici la seconde livraison de Libr-vacances [lire la première].

Au programme : Libr-suggestions d’avant la reprise (François de Singly, L’Individualisme est un humanisme ; Eric Clémens, Mythe le rythme ; David Lespiau, Djinn John ; Nicolas Tardy, Un homme tout juste vivant, suivi de Pays des merveilles ; Gilbert Desmée, D’espoirs en désespoir, suivi de Chant ; Passerelles poétiques (collectif, éd. Corps Puce) ; Joël Baqué, Aire du mouton ; Frédéric Pradal, La Promenade des éloignés) ; Pleins Feux sur Christian Prigent ; Libr-infos (Publie.net, Plexus, Homo numericus) ; Opération Libr-vacance (Jean-Philippe Cazier, Hélène Sturm, Agathe Elieva et Françoise Lonquety). /FT/

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