Libr-critique

26 janvier 2020

[News] News du dimanche

En cette fin janvier, après l’agenda Lucien Suel, nos Libr-événements et la fin de notre Libr-Rétrospective…

Agenda Lucien SUEL

SAINT-OMER, 1er février 2020, à 17 h, au Foyer du Moulin à Café, Grand-Place, lecture publique de textes connus traduits en picard par mes soins sur une proposition de Guy Fontaine (Les Lettres Européennes), en compagnie de Colette Nys-Mazure, Christian Ghillebaert et Marc Monsigny, une programmation de La Barcarolle (gratuit) :https://www.labarcarolle.org/evenement/rencontre-c-nys-mazure-l-suel-c-ghillebaert/


LA COUTURE
, le dimanche 2 février 2020, présence au 40ème Salon du Livre de 11 h à 18 h 30. Avec notamment mon dernier ouvrage : « Ourson les neiges d’antan ? » aux éditions Pierre Mainard.


CAEN,
à l’IMEC, Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Abbaye d’Ardenne, Chemin de Saint-Germain, 14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, du 4 au 7 février 2020, à l’invitation de Thierry Weyd et avec les étudiants de l’Esam Caen-Cherbourg, animation du workshop « SPEED WRITING / FAST PUBLISHING ». Lecture-performée (ouverte au public) le mardi 4 février à 18 h 30.


CLERMONT-FERRAND
, du 13 au 16 mars 2020, invité en tant que parrain de de la 33ème Semaine de la poésie, Festival de mars, à Clermont-Ferrand et dans la région.

Exposition de 60 poèmes express, du 2 au 27 mars, à l’INSPE Clermont-Auvergne (ex-ESPE), 36, avenue Jean-Jaurès, CHAMALIERES.

Le vendredi 13, à 18 h, pendant l’inauguration à l’INSPE, lecture (10 mn) d’extraits de « D’azur et d’acier » éditions La Contre allée.

Le samedi 14 de 11 h à 12 h, à la Médiathèque des Jardins de la Culture de RIOM, « Une heure avec Lucien Suel, poète et jardinier », suivie d’une séance de dédicace.

Le samedi 14, à 20 h, salle Georges-Conchon, « Deviens le poème ! », lecture d’ouverture, performance d’une heure à partir d’extraits de « Je suis debout » et de « Ni bruit ni fureur », mon anthologie en deux volumes publiée à La Table Ronde.

Le dimanche 15, à 11 h, salle Georges-Conchon, conférence-lecture-rencontre : «  Ma vie avec Jack Kerouac et la Beat Generation »

Le dimanche 15 mars à 16 h, au Cinéma Le Rio, quelques-uns de mes poèmes seront lus par deux élèves de la classe théâtre du Conservatoire Emmanuel-Chabrier de Clermont (extraits de Mort d’un jardinier et Visions d’un jardin ordinaire) en amont de la projection du film documentaire Le potager de mon grand-père de Martin Esposito, 2016.
Le lundi 16 dans la matinée, lecture-rencontre au collège Roger Quilliot.

Pour le programme complet : http://lasemainedelapoesie.assoc.univ-bpclermont.fr/


A
RRAS, 1er et 2 mai 2020, invité au Salon du Livre d’expression populaire et de critique sociale organisé par l’association Colères du présent. Programme à préciser… Programme surprise ?


LIMOGES
, 15 et 16 mai 2020 Festival « Ecouter Voir » à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art, Campus de Vanteaux, 19, avenue Martin Luther King, lecture publique le vendredi 15 à l’invitation des éditions du Dernier Télégramme. Horaire à préciser.http://www.derniertelegramme.fr/

Libr-événements

â–º Dimanche 2 février à 16H, L’Achronique, art et philosophie (42, rue du Mont-Cenis 75018 Paris) :

Dans le cadre de la résidence d’écrivain Ile de France (Poésie et faits divers : contre la fait diversification de la langue), Laure Gauthier reçoit à la galerie l’Achronique le poète Christophe Manon qui lira des extraits de Pâture de vent (Verdier, 2019) et de Vie & opinions de Gottfried Gröll (Dernier Télégramme, 2017), avant d’entamer un dialogue avec la poète autour du lien entre poésie et réel, poésie et faits divers.

â–º Les RV de/avec Mustapha Benfodil autour de son Alger, journal intense :

â–º Jeudi 13 février à 19H, Université de la Sorbonne, Amphithéâtre Guizot : la revue Place de la Sorbonne présente le « Système poétique des éléments »

Donner à voir et à entendre les 118 éléments du tableau périodique de Mendeleïev : c’est ce que nous proposent les 118 poètes du Laboratoire Novalis. Présentés par Katia-Sofia Hakim, Hans Limon et Dominique Tourte, quelques-uns des poètes de PLS au sommaire de cette anthologie chimico-poétique liront leur poème : Laure Gauthier, Irène Gayraud, Laurent Grison, Christine Guinard, Cécile Guivarch, Alexis Pelletier, Dominique Quélen et Sanda Voïca. Ces lectures seront ponctuées par les créations sonores du duo Kairos.
Gratuit sur inscription obligatoire avant le jeudi 13 février 2020.
Organisé par l’association Place de la Sorbonne en collaboration avec les Éditions Invenit, et avec le soutien du service culturel de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université.

Libr-rétrospective 2019 (2)

â–º NEWS : Libr-News de septembre 2019…

â–º Création : Laure Gauthier, « Transpoems »Â ; F. CUHEL, « Retraitement du travail »

â–º Chroniques : Prévert, détonations poétiques ; Robert Menasse, La Capitale ; TXT n° 33 ; Patrick Beurard-Valdoye, « Flache d’Europe aimants garde fous » ; Mustapha Benfodil, Alger, journal intense ; Christian Prigent, Point d’appui

29 décembre 2019

[Chronique] Ryad Girod, Les Yeux de Mansour, par Ahmed Slama

Ryad Girod, Les Yeux de Mansour, P.O.L, printemps 2019, 224 pages, 18,50 €, ISBN : 978-2-8180-4744-6. [Prix Assia Djebar 2019 ; Prix Révélation 2019 de la Société des Gens de Lettres (SDGL)]

Lire un texte est toujours une expérience singulière. Les résonances que peuvent induire une lecture ou les interprétations auxquelles elles conduisent ne sont pas seulement inhérentes à la matière ou manière même du texte, elles renvoient à nos dispositions, sensibilités, nos connaissances ou encore nos intérêts, du moins les intérêts du moment. Toute lecture se révèle être d’abord et avant tout dévoilement et esquisse des lunettes dont on dispose et par lesquelles nous avons traversé le texte. Il est des Å“uvres plus que d’autres qui permettent d’opérer ce type de « révélation », Les Yeux de Mansour de Ryad Girod en fait partie, et ce bien évidemment par la manière dont ce roman est écrit, composé, les problématiques qui le traversent et qui font écho à ce que je nommerais rapidement les contextes d’émission et de réception. Commençons par ces derniers ; dans le cas qui nous occupe, ils sont doubles, l’Algérie par l’entremise de Barzakh, maison capable du pire (Kamel Daoud) comme du mieux (Mustapha Benfodil ou Ryad Girod) ; l’autre est (vous l’aurez déduit) la France au travers de P.O.L.

Les lunettes de la réception

Si je me permets d’évoquer ce pire qui est arrivé notamment par Barzakh (et Acte Sud), ce n’est pas tant pour le plaisir de ce que l’on nomme aujourd’hui le clash – la polémique, on le sait, n’est plus. Plutôt pour se prémunir de certains détournements[1] hasardeux dont pourrait souffrir ce roman. Comme s’y essaye Le Figaro qui, au travers d’un articulet, tente d’articuler une sorte de « mouvement littéraire » algérien appelé « génération 88 », défini de la manière qui suit :

« Remarquée en France grâce à Kamel Daoud, cette génération littéraire englobe une volée d’écrivains arrivés à l’âge adulte au moment des manifestations d’octobre 1988 qui ont débouché sur l’adoption d’une nouvelle constitution, la victoire des candidats du Front Islamique du Salut (FIS) au premier tour des législatives de 1991, l’annulation du scrutin et une guerre civile de dix ans. »[2]

Notons d’abord le résumé des plus sommaires au sujet des troubles qui ont secoué l’Algérie et que l’on nomme aujourd’hui la décennie noire, résumé qui omet tout de l’implication de l’armée algérienne et du DRS dans cette « sale guerre ». Manière également d’inclure le roman dont il est question dans les discours qu’a porté et que porte encore Kamel Daoud, discours racistes s’il en est[3], fait d’essentialisme envers un peuple qui lui démontre aujourd’hui la fausseté de ses analyses.

La manÅ“uvre du Figaro est d’autant plus efficace pour un roman qui dépeint une décapitation pour blasphème prenant place en Arabie Saoudite. Voici comment l’un des thèmes qui traversent le roman vient résonner avec les préoccupations et les valeurs actuelles du Figaro.

 Autre média, autres lunettes, celles de L’Humanité ; « le roman de Ryad Girod dresse le bilan de l’obscurantisme religieux et de l’hypocrisie coupable de la belle âme vendeuse d’armes. » Étrange que Le Figaro n’évoque aucunement ce pan du roman. La vente d’armes de la France à l’Arabie Saoudite, nous supposons que Le Figaro reste tout de même très discret au sujet du méfait de son propriétaire qui fait partie des fournisseurs de cet état si peu enclin aux droits de l’homme[4].

Montage à travers l’Histoire

Et nous quelles lunettes révélera notre lecture des Yeux de Mansour ?

Loin d’être simple dénonciation de l’islam wahhabite tel qu’il est appliqué en Arabie Saoudite, Les Yeux de Mansour est d’abord et avant tout une Å“uvre littéraire singulière, et c’est bien par les moyens de la mise en scène des personnages, de l’écriture et de la composition littéraire que cette Å“uvre agit et nous agite.

Mansour, un Syrien réfugié en Arabie Saoudite, est condamné à mort pour blasphème, il se trouve être le descendant de l’émir Abdelkader – figure historique de la révolution algérienne. Cette histoire nous est rapportée d’une manière qui relègue de fait l’intrigue au second plan. Elle amorce une véritable réflexion. Et pour en saisir l’ampleur, il faut nous arrêter sur cet art du montage dont use Ryad Girod avec brio – montage qui n’est pas sans nous rappeler celui que pratiquait en son temps Claude Simon – et qui permet, par l’écriture même, de plier l’espace et le temps, établissant un lien dans et par l’écriture entre Mansour son glorieux aïeul luttant contre la colonisation française.

« Peut-être qu’Abdelkader, pile au milieu du XIXe siècle, avait eu le même regard [que Mansour] lorsqu’on lui demanda de prendre la pose, pour la photo » ou encore :

« Toute prière, tout recueillement, devant rester lettre morte parmi le sable stérile et sec de l’Arabie, de l’Orient…

Tout comme un siècle et demi plus tôt, les dignitaires français avaient accueilli les complaintes de l’émir avec le même mépris et, peut-être pire que du mépris, de l’indifférence… »

Manière de lier les espaces, les histoires et l’Histoire. Tissage des plus rigoureux qui croît tout au long des deux cents pages du roman et annihile par sa manière toute lecture manichéenne que l’on pourrait commettre de l’Histoire, rendant de fait sa complexité au monde. La toponymie saoudienne est essentiellement faite d’anglicismes (Kingdom Tower, Mekkah Raod, Kingdom Hospital, Al Safah Sqaure), les descriptions s’éloignent d’un certain orientalisme éculé, tel qu’on peut les subir en des productions traitant de contrées dites exotiques.

Le fil d’une Histoire perdue

Cette toponymie résonne comme l’effacement de l’Histoire à laquelle il ne reste que ces procédés d’un autre temps pour s’inscrire dans un prolongement. Le fanatisme religieux n’est pas accolé à de l’essentialisme. Toute manière d’être s’inscrivant dans le fil d’une Histoire avec ses figures et que l’on remonte depuis le IXème siècle par l’entremise de l’art du montage.

« Effarés de constater que le seul mécanisme pérenne depuis la grande époque de Bagdad ou de Damas était celui de souks et des étals… transformés aujourd’hui en buildings étincelants et enseignes de luxe, avec tout autour, un fourmillement de petites mains pour maintenir l’éclat artificiel de la ville (…) des riches et des millions de pauvres qui ne vivent que pour devenir riches, avec, transversalement, des milliers de pauvres convaincus qu’ils ne seront jamais riches et qui veulent tout faire sauter et centaines de riches qui subventionnent cette entreprise désespérée au cas où celle-ci deviendrait rentable. »

Pas d’essentialisme comme on peut le trouver dans certaines proses commises ici ou là. C’est bien d’une histoire qu’il s’agit avec (et c’est là que se révèlent mes lunettes) les ravages du néolibéralisme et de la mondialisation qui affectent le monde dans son ensemble. La seule fin devenant l’enrichissement personnel au mépris du savoir ou de quoi que ce soit d’autre.

« Ibn Sina (Avicenne, pour les non-arabophones), lui-même, s’il lui était permis de revenir d’entre les morts, retournerait immédiatement auprès des morts ou fabriquerait habilement de l’argent pour le dépenser frénétiquement chez Zara ou Zwarovski. »

[1] Voir l’article de Thierry Discepolo (fondateur des éditions Agone) dans Le Monde diplomatique, sur la manière dont une pensée néoconservatrice a récupéré l’oeuvre de Georges Orwell : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/07/DISCEPOLO/60049

[2] https://www.lefigaro.fr/livres/les-yeux-de-mansour-de-ryad-girod-une-etrange-defaite-20190321

[3] https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantasmes-de-kamel-daoud_4863096_3232.html

[4] https://www.bastamag.net/Ventes-d-armes-a-l-Arabie-saoudite-les-services-de-renseignement-multiplient

6 octobre 2019

[Chronique] Mustapha Benfodil, Alger, journal intense, par Ahmed Slama

Mustapha Benfodil, Alger, journal intense [Version française ; édition originale : Body writing, Barzakh, Alger, avril 2019], éditions Macula, septembre 2019, 256 pages, 22 €, ISBN : 978-2-86589-119-1.

Il y a des instants ainsi où l’on retrouve une écriture connue et goûtée. La redécouvrant, cette écriture, dont on a abandonné le cours, quelques années plus tard, renouant le fil rompu, constatant son évolution, le chemin parcouru. J’y reviens donc, à Mustpaha Benfodil, après combien ? un peu plus de dix ans, je crois, et Archéologie du chaos amoureux ; j’y reviens par l’entremise de cet Alger, journal intense. Remarquable objet, publié aux éditions Macula, que ce livre à la conception soignée, à même de porter la singularité de cette curiosité littéraire. Assumant de manière effective son titre ; d’abord par l’intensité de l’histoire d’une ville, l’intensité d’un journal, celui de Karim Fatimi.

Une vie, un journal

Au fil des pages tournées et des pages exhumées, nous assisterons à la reconstitution du journal de Karim Fatimi, tragiquement disparu lors d’un accident de voiture. Ainsi découvrirons-nous l’histoire, la sienne, par son journal et par le filtre de la subjectivité de celle qui partageait sa vie, Mounia. Dans l’alternance des fragments de ce journal et la mise en scène de sa femme le recherchant, se déploie ce que l’on pourrait nommer l’archéologie du chaos de l’amour propre à cette femme Mounia. Loin de toute linéarité ou de toute convention romanesque, se reconstitue fragment par fragment la figure de ce Karim Fatimi et par capillarité c’est bien l’histoire de toute une ville, Alger. Son quotidien bien sûr, ces phrases lâchées dans les cafés :

« L ’amour provoque des hémorroïdes – لغرام إيجيب لبواس »

Les troubles qui l’ont traversée, depuis trente ans. Défilent, par le fil de ce journal, octobre 1988 bien sûr, et la décennie noire qui a suivi.

À ras l’histoire

Histoire que raconte le journal sur le moment et à ras des évènements. « … les infos défilent avec frénésie, pas toujours sûres, mélange de faits, de fantasmes, d’exagérations, de projections, de souvenirs imprécis, de rumeurs illuminées et de manip’ à outrance. Les récits se complètent ou se contredisent au gré des locuteurs. » Mais ce qui reste sûr, c’est bien l’horreur, celle de cette population prise dans l’étau des militaires et de ceux qui ont pris les armes pour le FIS (Front Islamiste du Salut). Deux figures qui se retrouvent dans leur haine de toute intellectualité, et plus particulièrement de la catégorie des étudiants : « Tout le monde nous prend pour des glandeurs de luxe auxquels l’état alloue une bourse pour lire des revues pornos, batifoler et aller conter fleurettes à des tchamoutate dîplomées de Dar Ennakhla (1)». Et comment et pourquoi écrire dans ce contexte ? Comment continuer à écrire dans le désabusement ?

Réponse : « Plus de roman. Juste ce journal, cette chronique éclatée en mille morceaux comme l’arbre fou de la vie. (…) Je l’ai fait, sans doute, fort maladroitement, d’une façon décousue superficielle et fragmentaire. (…) Collecte et collage des mots que je ramasse sur le trottoir ; poésie concrète ; poésie positive abrasive ; littérature brute [de décoffrage], débarrassée des sophistications des communicants et des finasseries flaubertiennes (2) des orfèvres du style. »

L’inconscient algérien

Parti pris qui se cristallise donc par cette langue expansive, et qui ne vise pas l’efficience ou l’efficacité du verbe, mais plutôt l’enveloppement de ces figures et des événements qu’ils et elles traversent dans leur totalité ; pari périlleux certes, mais qui permet au travers du journal de Karim Fatimi et du monologue intérieur de son épouse le surgissement d’une sorte d’inconscient social algérien, tout empreint de superstitions diverses et de fatalité quant à un avenir qui va et qui ira forcément mal.

Reproduction dans et par le travail de l’écriture, de la recomposition de cet inconscient algérien que des décennies de malheurs, l’établissement de ce système sécuritaire ont persuadé de son impuissance. De son inefficience sur sa destinée, tous et toutes en quête partout de signes, et qui se matérialisent par l’entremise d’un fatum, et de l’ensemble de ces superstitions (rêves, signes avant-coureurs). Inconscient algérien qui comme son histoire traverse et affecte l’ensemble du corps social, sans distinction de classe ou de genre. Inconscient qui pourrait être condensé par cette phrase du journal : « Un Algérien, c’est quelqu’un qui est arrivé jusqu’à  la lune et l’a trouvée fermée. »

 

(1) Nom d’une célèbre maison close.

(2) Le grand admirateur de Flaubert que je suis récuse la manière dont Karim Fatimi désigne l’écriture de Gustave. Manière qui entretient le mythe ou la mythologie du travail de l’écriture considéré simplement comme ornement.

11 octobre 2015

[News] News du dimanche

Le mois d’octobre est décidément riche en événements : ActOral (après Marseille, Paris) ; Licet#1 (Dufeu/Vallos) ; rencontre croisée A. Mouton / M. Larnaudie ; soirée J. Blaine, C. Richard et L. Vazquez à Marseille ; exposition photo à Bordeaux, À contre allées.

 

â–º ActOral 2015 : retrouvez Mustapha BENFODIL et Jean-Michel ESPITALLIER sur Radio Grenouille ! Après Marseille, prolongations à Paris :

 

â–º Mercredi 14 octobre 2015 à 19H30, Treize (24, rue Moret 75011 Paris) : Licet#1, soirée Dufeu / Vallos. Licet est organisé par Lic / www.plateformelic.eu [entrée libre]

Licet est un programme de recherche indépendant qui étudie les modalités d’une existence luxueuse.

La première séance regroupe deux interventions, celle de Fabien Vallos sous la forme d’une conférence intitulée « Heidegger et la fin de la philosophie » et celle d’Antoine Dufeu sous la forme d’une lecture.

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« HEIDEGGER ET LA FIN DE LA PHILOSOPHIE »
CONFÉRENCE DE FABIEN VALLOS

« Nous voudrions proposer une lecture de ce que peut bien vouloir « indiquer » le sens du « tournant » et le sens de la fin de la philosophie chez Heidegger.
Nous tenterons d’indiquer que se joue ici l’épreuve d’une faille pour la pensée théorique et pour la modernité. Et dès lors, si le tournant a eu lieu, vers quoi nous regardons. »

Fabien Vallos est professeur de théorie à l’Ensp Arles et directeur du Centre de recherche art & image (CRAI). Il est théoricien, auteur, traducteur, commissaire indépendant et directeur des éditions MIX.

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LECTURE D’ANTOINE DUFEU

Antoine Dufeu lira des extraits d’un livre en cours, « Zéro : zéro », dans lequel il se propose de déconstruire littérairement le mythe de la création monétaire ex-nihilo.

Antoine Dufeu est poète, écrivain et dramaturge. Dernier livre paru, Sic (al dante + Le Triangle, 2015). Il a notamment fondé Lic. www.antoinedufeu.fr

 

â–º Jeudi 15 octobre à 20H, Librairie Atelier (2bis rue du Jourdain 75020 Paris) : rencontre croisée avec Antoine Mouton pour Le Metteur en scène polonais et Mathieu Larnaudie pour Notre désir est sans remède.

â–º Dimanche 18 octobre à 18H, Videodrome 2 (49, Cours Julien 13006 Marseille) : lectures & performances de Julien Blaine, Cécile Richard et Laura Vazquez.

 

â–º « À contre-allées » présente, du 20 octobre au 11 décembre 2015 au salon d’honneur de la gare St Jean de Bordeaux, les œuvres photographiques réalisées par les personnes accompagnées par l’association RUELLE (Relais urbain d’échanges et de lutte contre l’exploitation) dans le cadre d’ateliers photos mis en place avec le concours du photographe Christophe GOUSSARD.

Cette exposition se tiendra dans le salon d’honneur (espace d’attente) de la Gare de Bordeaux Saint-Jean et le vernissage aura lieu le 23 octobre à 11h30.

RUELLE accompagne dans la région bordelaise des victimes de traite des êtres humains, afin de les aider à mettre un terme à la relation d’exploitation qu’elles subissent, quelle qu’en soit la forme : esclavage domestique, délinquance et travail forcés, exploitation sexuelle…

Les ateliers artistiques proposés par l’association se sont révélés être des espaces préservés dans lesquels évolue la pensée entre réalité et utopie. La narration d’une histoire, de leur histoire, participe à l’émancipation des personnes, nous renvoyant, tel un miroir bienveillant, une image de notre société.

Christophe GOUSSARD vit et travaille en Gironde, il est distribué par l’Agence VU à Paris.
Saisie dans des paysages urbains, dans leur intimité ou au travail, sa photographie tente un rapprochement, manifeste, une empathie avec les hommes et les femmes croisés tout près de chez lui ou ailleurs.

Les ateliers et l’exposition ont été financés par le fonds de dotation InPACT, la Drac Aquitaine (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et la fondation SNCF.

http://associationruelle.org/

20 septembre 2013

[Agenda] ActOral 2013

Mardi prochain débute un événement majeur de la saison automnale. Du 24 septembre au 13 octobre 2013, se déroulera à Marseille la nouvelle édition du festival international des arts & des écritures contemporaines : on y retrouvera, entre autres, Edith Azam, Mustapha Benfodil, Véronique Bergen, Julien Blaine, Anne-James Chaton, Jean-Michel Espitallier, Bernard Heidsieck, Cécile Mainardi, Nathalie Quintane, Vincent Tholomé, Jean-Pierre Verheggen… [Télécharger le programme]

8 septembre 2013

[News] News du dimanche

En cette Libr-reprise, l’actualité est des plus denses : parmi les œuvres reçues, Benfodil (Le Point de vue de la mort), Sébastien Lespinasse (Fougax et Barrineuf vont en bateau et "Pneuma-R") et Pierre Jourde (La Première Pierre). Libr-événements : rencontre avec Tatiana Arfel, exposition de Roland Dauxois (cf. reproduction en arrière-plan) et centenaire de Charlotte Delbo.

Œuvres reçus

â–º Mustapha Benfodil, Le Point de vue de la mort, Al dante, été 2013, 136 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84761-787-0.

"Quelle vie sociale quand tu n’as pour compagnie que des cadavres réfrigérés et un ventilo ronronnant" ? "Que deviennent les morts sur Facebook ?" "Et toi, si tu devais faire cette autopsie inversée, quelle serait d’après toi la cause de ta vie ?" Telles sont quelques-unes des questions que se pose Moussa dans cette pièce dont le personnage principal est le silence. Le point de vue adopté n’est pas tant celui de l’être-pour-la-mort que celui depuis la morgue, celle de BalBala, "ville de merde" régie par des cyber-illettrés, "bourgade maudite macérant dans l’ennui et la poussière" aux confins du désert… BalBala, ville improbable dans laquelle l’espérance de vie n’est que de 45 ans… De quoi faire méditer Moussa, "nécroloque en chef", ethnographe du Néant qui, accroché à son dictaphone, fustige la corruption ("L’argent est un lubrifiant miraculeux"), dénigre l’autobiographique, fait le point sur la sanglante Histoire de l’Algérie : "Faisons le compte, Monsieur le Thanatopracteur : 1 million et demi de martyrs + les 3000 morts de la crise de l’été 62 + les 1000 morts du coup d’État manqué (et réprimé dans le sang) de Tahar Zbiri + les 200 morts du Printemps Berbère d’avril 1980 […]"…

Humour noir, satire et poésie caractérisent ce texte inventif dont, pour terminer ce bref aperçu, on laissera le lecteur apprécier cet énoncé métaphorique: "J’ai allumé mon corps pour le regarder vivre" (titre de la seconde partie)… /FT/

â–º Sébastien Lespinasse, Fougax et Barrineuf vont en bateau, de. Gros Textes, 2013, 115 pages, ISBN : 978-2-35082-228-0.

â–º Sébastien Lespinasse, "Pneuma-R", CD-audio, Trace-label.

â–º Pierre Jourde, La Première Pierre, Gallimard, septembre 2013, 192 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-07-014215-6.

"Tu prends la mesure, petit bonhomme, de la déflagration produite par les quelques dizaines de pages publiées par un écrivain obscur chez un petit éditeur. Ce n’est pas seulement ta vie qui s’en trouve changée, mais c’est, définitivement, celle de tout le village, et d’une bonne partie de ceux qui le fréquentent. Toi qui ironisais volontiers sur ceux qui débitaient de grands discours sur le pouvoir de la littérature…"

Pour n’avoir pu prendre suffisamment de distance par rapport aux histoires locales, ou s’être perdu dans les fictions villageoises, il est arrivé à Pierre Jourde dans son pays auvergnat ce que n’a pas connu Richard Millet en limousin : en ce pays des pierres et des taiseux, pays perdu dans ses légendes, l’écrivain a failli se faire lapider un an après la parution de Pays perdu (L’Esprit des péninsules, 2003), qu’il était loin de considérer comme une offense à son (mi)lieu originel : "Le livre ne se voulait pas réaliste, parce que la réalité n’est pas réaliste. Ou plutôt parce que le réalisme est impuissant à délivrer toute la charge d’imaginaire qui bonde le réel. Le livre était une élégie pour une jeune fille morte, une tragédie se déroulant en un même lieu en un seul jour, une épopée, un conte mythologique" (p. 135). C’est alors que le péquenot rattrape l’intello

La Première Pierre est un dialogue avec le premier Pierre – le "péquenot" -, son habitus primaire de paysan conservateur ; un récit écrit par un "tu" – celui du "petit bonhomme", du dépositaire – pour dire le "je" du père qui s’est toujours tu – et à jamais depuis la tombe. Rien d’étonnant à ce que ce récit sobre et émouvant de la dualité interne soit dynamisé par toute une série de couples antinomiques : secret/révélation, étrangeté/familiarité, rêve/réalité, honte/honneur, propre/sale, ombre/lumière, merde/poésie, régional/universel, absence/présence… /FT/

Libr-événements

â–º Rencontre avec Tatiana Arfel – l’auteure de L’Attente du soir et de Des clous – pour son dernier roman La Deuxième vie d’Aurélien Moreau (Corti, 2013, 320 pages), récit de repossession de soi : Librairie José Corti (11, rue de Médicis 75006 Paris), vendredi 13 septembre 2013 à 18H30.

â–º Exposition des oeuvres du peintre Roland Dauxois, à la clinique du Parc, 155 boulevard Stalingrad, Lyon 6éme. Du 13 septembre au 8 novembre 2013.

Poète et peintre lyonnais, Roland Dauxois a exercé différents métiers dans l’industrie des arts graphiques. Il édite son premier recueil en 1997. Elève de l’atelier du peintre Jean Dulac à Lyon, il se lie d’amitié avec l’artiste belge Jean Raine disparu en 1986. Expositions personnelles dans des lieux publics, nombreuses expositions collectives (Salon d’automne, membre du jury du salon Regain). Il expose plus de trente peintures et encres récentes à la clinique du Parc (Lyon) à partir de vendredi prochain.

â–º Centenaire de Charlotte Delbo, femme de lettres et résistante (1913-1985) : manifestations à la Fonderie les 14 et 15 septembre 2013 (23, rue de Neuilly à Fontenay-sous-Bois).

5 septembre 2013

[News] Libr-reprise…

De Rentrée-littéraire en Rentrée-littéraire, de non-événement en non-événement, le sentiment d’étrangeté s’accentue : à quelle réalité rattacher ce monde fantomatique de la "vie littéraire" ?

Pour avoir dès le départ refusé de s’y intégrer, Libr-critique n’en a-t-elle pas pour autant moins de réalité ? En cette Libr-reprise où le site a fait peau neuve, c’est le moment, non pas de réaffirmer une quelconque "identité" – LC existant dans l’errance et la différence, le flux, le fugitif et le fantasmatique -, mais d’expliciter ses lignes de force et de fuite : loin de se borner à proposer uniquement des critiques dites "libres" – mais en réalité dissoutes dans l’insignifiance du marketing généralisé et du Marché triomphant -, LC est un chantier polymorphe qui vise la mise en crise des pratiques et des représentations dominantes, le nomadisme esthétique – c’est-à-dire le perpétuel dépassement/déplacement des frontières normatives -, la perpétuelle quête de lieux autres (lieux livresques ou numériques, espaces improbables), la défense d’expériences résolument libres parce que critiques…

C’est ainsi que ce soir nous commençons à sonder à notre manière la série des livres de "Rentrée" retenus (Jean-Marc Rouillan, Le Tricard ; Antoine Brea, Petites vies d’écrivains du XXIe siècle), tout en clignant du côté de MANIFESTEN – nouveau lieu d’Al dante -, d’Actoral 2013 et d’un nouveau site, Littérature, etc.

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3 janvier 2013

[Chronique-News] Libr-13…

Faisons fi des superstitions et commençons l’année avec 13 notes dissonantes (Libr-réflexions, Libr-retours, Libr-anticipations, Libr-événements)… /FT/

[Où il sera question de Babel, de changement de / de fin du monde, de "crise"… Mais aussi, entre autres, de Samuel Rousseau, Luc Dellisse, Jean-François Amadieu, Frédéric Lordon, Sylvain Lazarus, Nicole Caligaris… Eric Chevillard, Bernard Desportes, Annie Ernaux, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Pierre Jourde, Marc Perrin, Christian Prigent, Mathias Richard, Cole Swensen…]

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24 novembre 2012

[Revue – news] Al dante / Attaques, n° 1

Attaques, # 1, Al dante, automne 2012, 272 pages, 23 €, ISBN : 978-2-84761-805-1.

Depuis le redémarrage de sa maison d’édition, Laurent Cauwet conduit tambour battant son chantier Al dante (on mesurera le chemin parcouru depuis cet entretien de l’automne dernier). La rencontre de ce soir – à partir de 19H à la Librairie-galerie Le Monte-en-l’Air (71, rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare 75020 Paris ; tél. : 01 40 33 04 54) – permettra d’entendre, outre la lecture par Bernard Desportes de son sublime L’Éternité, la présentation du premier et corrosif numéro d’Attaques (avec, entre autres, une lecture d’Amandine André : boucle des "Cercles de chiens"). Découvrons cette livraison d’une grande densité…

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18 novembre 2012

[News] News du dimanche

Sans ascenseur ni renvoi d’ascenseur, c’est assurément au Monte-en-l’Air que se déroule l’événement parisien de la semaine : notez bien la soirée Al dante de samedi prochain (revue Attaques ; Bernard Desportes, Jérôme Bertin, Amandine André et Oscarine Bosquet). Soirée mondaine ? Vous en jugerez après avoir lu notre UNE.

Vu "la grande bouffonnerie" (J. Bertin) de notre monde comme de notre monde littéraire, nous avons donné carte blanche à Thierry Rat – dont vous pourrez lire bientôt sur Libr-critique un extrait du prochain livre) – dans notre rubrique Libr-commentaire de l’actualité.
Autre Libr-événements de la quinzaine : rencontre avec Mathieu Larnaudie à St Brieuc et, à Paris, soirée des éditions Les Petits Matins et colloque à la Maison de la Poésie sur le poème en prose. /FT/

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27 mai 2012

[News] News du dimanche

Fin mai-début juin, l’actualité est toujours des plus riches : après une UNE consacrée au dernier numéro de la doyenne ACTION POÉTIQUE, des Libr-événements à ne pas manquer : colloque V1RUS, rencontre avec Doppelt et Swensen, soirée Al dante, Vision’R à DATABAZ, soirée poético-érotique et 5e petit salon du livre politique.

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4 avril 2012

[News] Libr-campagne

« Tous les dirigeants politiques doivent être "désélus" au sifflage universel »
(Mustapha BENFODIL, Archéologie du chaos [amoureux], Al dante, 2012, p. 399).

Le dessin de Joël HEIRMAN – dont on consultera le blog ! – suit des extraits de livres récents : Christian SALMON, Storytelling (La Découverte, 2008) ; Jean-Michel ESPITALLIER, De la célébrité (10-18, 2012) ; Jean-Marc ROUILLAN, Autopsie du dehors (Al dante, 2012). Bon remue-méninges de campagne !

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15 janvier 2012

[News] News du dimanche

"La place naturelle de l’intellectuel est dans l’opposition", nous rappelle Mustapha Benfodil dans son "Manifeste du Chkoupisme", se rattachant ainsi à la tradition française de l’intellectuel critique. Et de préciser : ceux qu’il appelle les Anartistes "doivent toujours agir au second degré sur le monde. L’art militant a vécu. La littérature n’a pas pour mission de changer le monde mais seulement de le singer. S’il ne fait que cela, un artiste engagé est un artiste encagé. Régimenté. Il devient un fonctionnaire de la colère. Il s’aigrira et se grillera très vite"… Derechef, "NIQUÉS DE LA TÊTE, UNISSEZ-VOUS !" (Archéologie du chaos [amoureux], Al dante, en librairie cette semaine !).

Juste après le waterloo AAA et cent jours avant le possible exil, plus que jamais LIBR-CRITIQUE se montrera libre & critique par ses réflexions, créations et indignations. D’où, ce soir, la place faite à Mustapha Benfodil et au duo Cuhel/Heirman, mais aussi aux RV des Libr-événements ("Les révolutions africaines ou l’ambiguïté de la France" à Lille ; rencontre à Paris avec Frédéric Lordon sur la "dé-démocratisation néo-libérale", le groupe On a slamé sur la lune…). /FT/

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7 octobre 2011

[Spécial Al dante] Chantier Al dante. Entretien avec Laurent Cauwet

La dernière salve al dantesque est l’occasion de faire retentir la trop rare voix de Laurent CAUWET : pensez donc, cela fait une dizaine d’années qu’il n’a pas donné de long entretien ! Nous l’en remercions d’autant plus. Qu’il retrace la trajectoire d’Al dante, qu’il évoque le champ poétique ou ses dernières publications, il (d)éton(n)e – et c’est en cela qu’il constitue l’une des figures les plus marquantes de l’actuel espace éditorial.

Al Dante, c’est quinze ans d’expérimentations et de luttes pour introduire dans le champ un regard neuf et des pratiques décalées ; Al Dante, c’est une actualité des plus riches, avec notamment les quatre derniers titres dont nous allons rendre compte dans ce dossier en six livraisons : Sylvain Courtoux, Stillnox ; Jérôme Bertin, Bâtard du vide ; David Sillanoli, Le Jus de la nuit ; Contre-attaques, n° 2.

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