Libr-critique

25 janvier 2007

[chronique] Olivier Cadiot, Un nid pour quoi faire

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 21:18

Prose/poésie. Ce « rapport son/forme » qui caractérise « le chant du cadioiseau » illustre l’aphorisme de Retour définitif et durable de l’être aimé : « La prose c’est l’art de la mémoire de la poésie ».
Comme à son habitude, Petit Poucet rêveur, avec humour et désinvolture, l’écrivain égrène dans sa course… des cristaux réfractant son écriture :
« Je suis poète
ça y est

Je vois tout en fragments

Mais reliés
c’est beau » (112).
Remémore la poésie cette écriture qui allie coupure et couture, cette écriture sismographique qui rebondit sur de nombreuses questions et répétitions, ce rythme binaire qui fait dialoguer de brefs fragments avec des ensembles plus longs (des versets, en quelque sorte), suivant en cela la structure du psaume. Remémore la poésie cette infixité du sens dont rend compte Christian Prigent par l’expression de « rythme fugueur » et Jérôme Game celle de « analytique du glissé » (www.inventaire-invention.com, 2002).

Réduction. Dans cette « principauté en réduction » (53), le château devient chalet, le chambellan commercial, le blason logo… Et, comme on a pu le remarquer, ce microcosme n’est rien moins que l’envers critique de notre monde. Au reste, Un nid pour quoi faire recèle le terme exact qui le définit : « parabole » (339).

Robinson. Vu la construction rhizomique de la matière cadioromanesque, Un nid pour quoi faire se fait l’écho du triptyque centré sur Robinson : Futur, ancien, fugitif (1993), Le Colonel des Zouaves (1997) et Retour définitif et durable de l’être aimé (2002). De Fairy queen (2002) également, mais sur le mode critique cette fois : « Tu emmerdes tout le monde avec tes idées à la noix, surtout des histoires de Retour des ÃŽles, on en a parlé au club, tu risques d’être exclu, il n’y a rien de plus ennuyeux que les gens qui croient revenir du paradis », peut-on lire à la page 85, tandis que la Robinsonnette de Fairy queen se révélait tout aussi mordante : « Ne me raconte plus tes petites projections idylliques, (…) c’est terminé ton petit pays avec tes petits chemins creux, la musette en bandoulière, des bergères à bicyclette (…) ».
C’est que Robinson n’est plus ici le parangon de l’exil utopique, ni l’allégorie de l’écrivain exilé dans la langue. Certes, il demeure un solitaire au milieu de la cacophonie ambiante et on retrouve l’interrogation traditionnelle sur la table rase de la civilisation : « Une idée ou une maison c’est pareil, il me fallait tout réinventer (…) » (82). Mais il devient surtout emblématique de la dérive moderne : « C’est la maladie de Robinson, tout devient une expédition, on campe n’importe où, on s’accroche aux falaises avec des cordes (…) » (81). A l’ère du Tout-marketing triomphe le devenir-invention. Exemple idéal-typique : « un gars décide de faire des graffitis sur sa Harley, deux ans après tu as le graphe en Letraset plastifié » (94).
Le nid est en fait « une île sans naufrage, ni ruptures, ni épreuves, ni problèmes, (…) une île sans charme, où l’on est toujours déjà, retour maison après coma, on connaît, on se réveille, on se dépêche, au travail, téléguidé, on construit l’abri déjà-vu machinalement » (319). L’insularité identitaire n’est pas synonyme de sédentarité et le nid n’est pas un cocon : ce Robinson-ci est invitation à une réappropriation de soi dans l’ex-stase – à être en-soi-hors-de-soi.

Roman. De même que Futur, ancien, fugitif, Un nid pour quoi faire est étiqueté « roman ». Et de la même façon, le lecteur est en droit de se poser ce genre de questions : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » (241); « Et la chronologie ? les liens logiques ? » (334). Mais il ne s’agit en rien d’un kaléïdoscope générique, d’une mosaïque formelle : Un nid pour quoi faire est le roman le plus lisible d’Olivier Cadiot, construit harmonieusement en sept sections centrées sur l' »Avalanche ». C’est le moment de s’interroger sur le nom même de Cadiot : et s’il dérivait à la fois de cadere et de caedere ? Du nom comme nid poétique, comme noeud où s’articulent la chute et la coupure, comme figuration de l’in-figurable textuel.

Stéréotypes. En définitive, ce nid romanesque, pour quoi faire ? Condenser les stéréotypes contemporains, assurément, tout en offrant des clins d’oeil à Céline (« D’un château l’autre ») ou à L’Art poetic’ (« Ma Toyota est fantastique »).
Tout d’abord, les stéréotypes du discours dominant : aujourd’hui, « il faut casser les tabous, il faut lever les freins » (19), savoir « rester dans la course » (164), « dégraisser » (190), réussir « des petites OPA » (207) et surtout « positiver » (207); pas de communication sans « brainstorming » (173)…
Sans oublier les classiques anciens : « avaler des couleuvres » (286), « quand on parle du loup » (325), ou récents : « le résultat des courses » (282), « dégommer », niquer »…
Comme on ne peut décemment en rester sur ce terme, terminons poétiquement. En une époque où « un Roi poète » fréquente « un commercial légitimiste » (164) et où trône la pensée sloganisée, tout se recycle, y compris la poésie :
« Oh temps suspends ton vol.

Un écriteau, avec écrit en rouge, Sois sage oh ma douleur, et un autre en blanc avec Tiens-toi plus tranquille, qu’en pensez-vous ? si on trouve ça trop poétique, on peut écrire n’importe quoi, inscrire le prix des choses en très gros, par exemple, cette tourelle, là ? 30000 écus en euros constants » (52)…

2 Comments »

  1. Bonjour,je me permets donc cet appel àrtistes S.V.P.
    « Lavage Salissage Multiplexage » à la MACH-Inante – Montreuil

    « Lavage Salissage Multiplexage » est un moment de résidence regroupant des artistes en collectif selon des thématiques établies et choisies ensemble, touchant au lavage salissage.

    Aujourd’hui, il faut laver partout, par tous les moyens ; décortiquer, extraire, ex- tracter du silence la souffrance…

    Le désir de travailler en collectif est une action éminemment politique.

    il faut un lavage du corps collectif, intime, social. Une grande lessive du prêt à penser, du prêt à baiser, du prêt à consommer, du pré carré de la pensée à angle droit et des actions à angles morts. Laver à rebrousse poil, à contre sens, à l’envers, renverser les idées, se penser à l’endroit, à l’endroit où il faut agir aujourd’hui.

    Tout média artistique est envisageable pourvu qu’il respecte le collectif.
    Les cÅ“urs purs défendant la synthèse des médiums, et La MACH-Inante s’inscrivant dans la diffusion d’œuvres de l’ordre de la performance, de la musique improvisée, de l’installation, de la poésie sonore, une attention particulière sera donnée aux artistes pluridisciplinaires ou cherchant la rencontre entre les arts ; théâtre, musique, arts plastiques, cinéma, écriture, danse, art culinaire…
    Nous souhaitons aussi nous ouvrir à d’autres activistes de la pensée : psychologues, sociologues, cuisiniers, sage-femme, historiens, médecins, politiciens, jardiniers…

    Ce temps Lavage Salissage permet à des artistes d’expérimenter le collectif ; de mettre en commun des savoir faire, d’imaginer des Å“uvres communes, de continuer une réflexion sur leurs propres Å“uvres et leurs propres processus de création en se confrontant et confortant au collectif.

    Les résidences se dérouleront en 2 sessions : du 7 au 20 mai 2007 et du 21 mai au 2 juin 2007. Elles sont préparées durant tout le mois d’avril 2007.
    Les deux sessions seront articulées successivement par Blandine Scelles et Didier Calleja.
    Chaque session de résidences fera l’objet de 2 ouvertures publiques : une journée au milieu de la période puis 3 jours complets en fin de travail.
    Nombre d’artistes maximum par session : 10

    Date limite de candidature : 13 Mars 2007

    Rencontres du 19 au 30 mars, à La MACH-Inante
    Les conditions financières seront précisées à cette occasion.

    Merci de regarder le site internet http://coeurs.purs.free.fr/ et de nous envoyer une présentation de votre travail et vos intentions ou projets pour cette résidence, ainsi que des visuels à coeurspurs@club-internet.fr
    Lavage Salissage Multiplexage 2006 : http://coeurs.purs.free.fr/lavage.htm

    Commentaire by coeurpur — 16 février 2007 @ 11:43

  2. Good Article
    http://www.alwaysbuying.co.cc

    Commentaire by Buy Online — 25 mars 2011 @ 3:02

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