Libr-critique

28 juin 2006

[Livre] Salva(TM) de Philippe Di Folco

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:05

Philippe Di Folco Salva éditions Denoël , isbn : 2-202-25443-7, 409 pages, 23 €.

4ème de couverture :
Dans quel monde vit Luca, persuadé d’avoir tué père et mère ? Est-ce le même personnage qui séjourne dans la clinique du Dr Ethel Sehnsuscht ? Est-ce encore lui qui fut, au cours de dérives nocturnes parisiennes, le compagnon du mystérieux LGT, alias Le Grand Thérapique ? Luca est-il un criminel ou un cobaye, un agent secret ou un fou ?
Déroulant les vies parallèles d’un personnage séducteur ou mythomane, capable d’épouser plusieurs voix, et plusieurs obsessions, ce roman est également l’histoire de salva, produit de consommation courante mais aussi psychotrope à haut risque gardé dans le secret des laboratoires.
Salva TM est ainsi l’odyssée d’un XXème siècle secret, où s’enchevêtrent histoire des neurosciences,, espionnages et aventures amoureuses, canulars, complots et journal intime de John Maynard Keynes…. et aussi la véritable recette du Coca-Cola.

Premières impressions :
Suite à la lecture faite par Philippe Di Folco à la galerie Eof lors de la manifestation Leurres, Sournoiseries et autres stratégies, nous ne pouvions résister de lire son roman salva trade Mark. En effet, la lecture fut jubilatoire, prenant tour à tour des voix inattendues pour lire le monologue d’un obsessionnel paranoïaque interrogé par une enquêtrice à la consommation, Philippe Di Folco nous a laissé apercevoir une partie de son roman d’aventure schizophrène. De même en commençant les premières pages, on trouve immédiatement un personnage complexe dont le monologue vif entraîne la lecture à travers une structure narrative singulière. On perçoit à travers cette écriture, tout l’intérêt que Di Folco porte aux recherches poétiques contemporaines, mais qu’il traduit de manière accessible, afin de faire un roman lisible par un grand nombre, tout en ne cédant pas aux facilités d’un roman classique.
.PB / HG

[Chronique] Sombre Les détails de Guillaume Fayard, par H. Gauthier et P. Boisnard

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Sombre Les détails est sorti à l’automne 2005.
Guillaume Fayard dans ses pages essaie de traduire l’expérience de la concordance des mots avec le vécu phénoménal de la conscience. Ainsi il s’attache à exposer le problème traditionnel d’une des recherches poétiques, qui tiendrait à la possibilité pour la langue de traduire la variation infinie des détails de la phénoménalité :

Quel degré d’arrachements des ombres
Quel plissage Loin Méduse dans l’oeil, fuite sous les

[…]
Détail, à Précision d’enveloppe En fuite Les yeux
[…]
Attaque l’oeil en Brûlure de Blanc
[…]
L’un l’autre, et l’élasticité – l’attention portée aux détails L’oubli des

En effet, depuis la mise en question de la langue en rapport au réel au XIXème siècle (de Rimbaud à Nietzsche), la poésie ne cesse, et ceci surtout dans les écritures blanches, de réactiver la différence fondamentale entre langue et être. Ce qui conduit Fayard à une écriture qui déborde dans cesse la linéarité de son apparition. Les mots n’ont pas le temps de tracer une perspective de sens, immédiatement, ils sont interrompus par l’impact poétique d’une autre angularité phénoménale. Langue qui en quelque sorte tressaute, bégaie le réel, prise dans l’amorce permanente d’un voir qui s’échappe par sa rapidité du dire.

Mais Fayard, à trop vouloir présenter le fourmillement des détails perçus par angularité subjective sans épaisseur temporelle, en arrive peu à peu à une forme poétique homogène, sorte de réalité magmatique d’où plus rien ne perce. Finalement l ‘extrême différence, par les interruptions perpétuelles du texte, s’homogénéise, disparaît, pour ne laisser place qu’à une surface de variations linguistiques. On reprochera, sans doute à tord comme nous allons le voir, le manque de ruptures, de lézardes qui viendraient vraiment bousculer parfois cette étendue monotone dans sa diversité. Illusion de fourmillements dans le parcours du quotidien.
À tort, disions nous, car Fayard l’expose lui-même :

Surface vernie d’une Homogène, la
Croyant homogène, là Prenant l’attention la conduisant liquide
Accrochant une Accroche, qualités, et Touchant Ce qui
retient dans une
Texture La peau Un angle

Cependant, mettant en critique ici la croyance en l’homogénéité du réel, et prônant la rencontre des angularités et de leur richesse — ce que cette expérience poétique propose —, la conscience en arrive elle-même, dans son expression, à reproduire ce à quoi elle a voulu échapper.

Il semble alors, que l’on ait à faire ici à une forme déconstruite de lyrisme qui malgré sa matérialité laisse quand même apercevoir un certain esprit mélancolique quant à la saisie du réel et du caractère éphémère de la rencontre de la conscience avec le monde. Ainsi, Fayard se positionnerait dans la ligne d’une modernité négative, qui passe aussi par la poésie blanche. Or, comme René Girard le souligne parlant de la négativité qui traverse la langue poétique, et des silences, des ruptures qui l’instabilisent : « L’esthétique du silence est un dernier mythe romantique. […] Dix ans ne passeront pas avant qu’on reconnaisse dans l’écriture blanche et son degré zéro des avatars de plus en plus abstraits, de plus en plus éphémères et chétifs des nobles oiseaux romantiques. Ils ne veulent pas la solitude, mais qu’on les regarde en proie à la solitude. Ils ne choisissent le silence que comme marque d’honorabilité littéraire, l’insignifiance n’est chez eux qu’une ruse de l’impuissance, qui l’utilise comme apparence d’un sens mystérieux« .

Si pour une part la modernité est travaillée par la critique violente des systèmes de représentation hégémonique du réel, ici avec Fayard, une tout autre voie dans la modernité est tracée. Avec ce genre de poésie est proposé au lecteur le retrait individuel d’une conscience qui cherche à travers une certaine illisibilité sa propre intimité.

[Livre] Sombre Les détails, Guillaume Fayard

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 13:54

Guillaume Fayard Sombre Les détails éditions Le Quartanier , isbn : 2-923400-06-2, 31 pages, 7 €.

Extrait du texte :
Et trop près le détail Trop proche le détail ombre
Près le détail déborde Les objets prennent
Du lieu Regard Prennent lieu Les coagule
Un prisme-ballast Saisissent
Et le non-pertinent S’installe Dans l’inégalité
du nombre, d’une Marches, escaliers Pas N’avancent
à rien Qu’à Le passage des Heures, l’effacement d’un

Premières impressions :
Nous avons reçu trois jolis petits livres de la collection Phacochère des éditions Le Quartanier. Sombre Les détails de Guillaume Fayard, Sièges de Christian Zorka et DHead de Xki Zone. Collection graphiquement très réussie qui réunit de courts textes poétiques qui à première vue sont hétérogènes et hétéromorphes quant au travail de la langue. Le livre de Guillaume Fayard se présente comme une expérience de débordement de la langue au cours de pérégrinations dans une ville [on se doute que c’est Marseille au vue de la récurrence des hippocampes] où se mélangent et se se disjoignent des impressions visuelles, charnelles, sonores.
.PB / HG

Le bazar de l’Hôtel de ville, Jacques Sivan

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 10:58

Jacques Sivan Le bazar de l’hôtel de ville éditions aldante , isbn : 2-84761-131-2, 99 pages, 17 €.

Premières impressions :
Al dante en publiant ce texte de Jacques Sivan mis en page graphiquement par Bruno Mendoça, permet là de découvrir l’un des textes les plus politiques de l’auteur. En effet ce bazar n’est pas seulement une accumulation de biens manufacturés : barbecue, chaise électrique, tringle à rideau, etc, que l’on retrouve en bas de chaque page, mais c’est d’abord et avant tout un manifeste politique sur la question du rapport entre l’organisme et la société moderne : comment se détermine le plaisir ? Quelle résistance rencontre la vie dans son élan ? L’ensemble du texte se déploie comme s’il s’agissait dans l’enchevêtrement matériel, pictural, sonore du BHV de comprendre ce qui anime chaque intensité de vie. Derrière la graphie toujours aussi singulière de Jacques Sivan, se dévoile une nouvelle fois son obsession pour saisir comment la vie se détermine : par pourrissement, glissement, vitesses, excitation, pulsation, fracture, renouvellement.
.PB

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22 juin 2006

[video] Lecture de Jean-Michel Espitallier : en guerre [4 mn]

Filed under: videopodcast — Étiquettes : , — rédaction @ 20:10

Lecture de Jean-Michel Espitallier à l’Université d’Artois en avril 2004, à l’initiative de l’association Trame-Ouest. Cette lecture se déroulait dans le cadre du festival Un Théâtre à l’Université. Ont lu lors de cette soirée : Franck Laroze (Huntsville) et Philippe Boisnard (War-Z Actualité).voir :

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[petite annonce] de l’Agence_Konflict_SysTM

Filed under: videopodcast — Étiquettes : , , , — rédaction @ 17:59

Extrait du DVD [petite annonce]. Est présentée la [petite annonce#2].
Vous pouvez retrouver la performance web sur le site [petites annonces], qui est une création autonome par rapport au DVD.


voir :

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21 juin 2006

Mobiles de Vannina Maestri, par H. Gauthier

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 17:57

Après Débris d’endroits (éd. l’Atelier de l’Agneau, coll. Architextes, 1999) et Avez-vous rencontré quelqu’un en descendant l’escalier (éd. Derrière la Salle de Bains), Vie et aventures de Norton ou Ce qui est visible à l’œil nu (éd. Al Dante, 2003), Vannina Maestri continue avec Mobiles a recréer et reconfigurer le langage de façon encore plus radicale et merveilleuse.
Le livre est constitué de 10 mobiles, 10 « dispositifs » en « série ». Chaque mobile, mais aussi chaque page constitue une entité à part entière que l’on peut lire séparément, mais qui forment ensemble une architecture du monde tout en effondrement dans sa stabilité, en continu dans le discontinu.
[lire l’article d’Hortense Gauthier]

20 juin 2006

[livre] Tractatus logo mecanicus de Jean-Michel Espitallier

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 17:37

Jean-Michel Espitallier Tractatus logo mecanicus éditions aldante , isbn : 2-84761-124-X, 60 pages, 12 €.

4ème de couverture :
Étant donné que ce qui est pensé comme impensable est pensable,
l’impensable sera tout ce qui n’a pas accès à la pensée.
Et donc l’impensable n’existe pas. Sauf si on ne le pense pas.

Premières impressions :
Dimanche 18 juin, fin du marché de la poésie, Al dante fête ses 10 ans. Lecture de Jean-Michel Espitallier, d’un extrait de son Tractatus logo mecanicus. Langue qui tourne en rond, mais autrement que celle de Christophe Fiat qui ce soir là lit, avec sa guitare à une corde le texte Tracy Lord de 1998. Si pour ce dernier la langue qui tourne en rond, se construit par agrégation et accumulation progressive des compléments, celle de Jean-Michel Espitallier fait tourner en rond la pensée dans la langue, la pensée ne pouvant se penser que si la langue en donne l’énoncé. Car ce Traité établit selon la logique des grands rhétoriqueurs le rapport de la pensée à elle-même, comment la pensée pour penser doit toujours se devancer dans une certaine pensée de sa pensée. Avec son habituelle tonalité de lecture, Jean-Michel Espitallier égraine ses lignes, fait sentir dans les circularités et les apories qu’il établit le jeu de la pensée qui se pense dans l’enjeu de sa puissance de pensée.

articles ayant un rapport à cet article : [Caisse à outils, de Jean-Michel Espitallier]
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15 juin 2006

[chronique] À propos de la lettre ouverte de P. Beurard-Valdoye à JM. Maulpoix par P. Boisnard

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 4:03

Nous pouvons lire sur sitaudis une lettre ouverte de Patrick Beurard-Valdoye à Jean-Michel Maulpoix, à propos de son troisième tome de « Modernités XIXème-XXème siècle » paru aux éditions PUF. Patrick Beurard-Valdoye souligne, suivant en cela Jean-Pierre Bobillot qui a été le premier dans Action Poétique a mettre en lumière ce que dit Maulpoix, que le directeur de la Maison des Écrivains écrit que la lignée des « diversités formelles », qui a engendrée la poésie sonore « ne semble pas d’ailleurs jamais donné lieu à des oeuvres de premier ordre ».

Etrange jugement ? Au sens où la poésie sonore, si elle n’est certes pas spécifiquement connue du grand public, au même titre que bon nombre de poètes du XXème siècle appartenant selon cette logique de classification à la poésie traditionnelle (non formelle = lyrique donc, se nourrissant du sentiment et non du formalisme), a su définir des horizons de recherche qui débordent largement son petit cercle et qui a maintenant une visibilité large, traversant aussi bien le milieu de la poésie que la musique expérimentale ou bien même des arts plastiques (faut-il rappeler aussi que Bernard Heidsieck a eu un prix au festival de musique électroacoustique de Bourges, et qu’il vient d’être invité entre autres à l’exposition Villepin La Force de l’art). Etrange jugement, que dénonce parfaitement Patrick Beurard-Valdoye, mais qui repose sur une logique qui est pourtant simple, et que la poésie contemporaine peut elle-même transporter : la méconnaissance et la désaffection en tant que critère de vérité au niveau de l’énoncé qui se prétend objectif.

En effet, ce que cache beaucoup de discours universitaires et critiques (et le nôtre y compris si nous n’y prenons pas garde) c’est qu’il repose sur des fondations affectives qui se sont déterminées à partir des impacts esthétiques et cognitifs permis par la donation poétique (qu’elle soit lyrique, moderne ou post-moderne). Le jugement s’il est bien évidemment lié à ce ressenti affectif, il est aussi constitué par des conditions affectuelles qui structurent la réception (conditions qui sont à la fois propres au sujet et qui sont conditionnées aussi par le milieu social et ses institutions symboliques plus ou moins définies et imaginaires).
Il n’y a pas en ce sens de jugement qui porte en soi d’objectivité dès lors que l’on tente de classifier ou hiérarchiser comme le fait Maulpoix ou tant de critiques qui utilisent les superlatifs (ce sont des jugements réfléchissants qui élaborent la réflexivité sur le goût, qui se constituent anté-prédicativement en tant que sentiment qui dépend d’une situation affective). La seule objectivité possible tient à la mise en évidence (comme le fit Alain Frontier avec son livre La poésie) des mécanismes linguistiques qui régissent une poésie, ou bien des conditions sociogénétiques (recherche initiée en France par Fabrice Thumerel). L’objectivité est oeuvre de mécaniciens, de structures, et non de jugements affectifs, de classements, de hiérarchisations, de taxinomies tendant à donner de mauvais points ou de bons points.

Ici, il est nécessaire de le souligner, cet impensé du jugement est à l’oeuvre dans de nombreux énoncés et de nombreuses déclarations. Et ce qu’il faut prendre en vue ce sont les fondations des conditions affectives du jugement : si ainsi pour Maulpoix cela tient tout à la fois à son travail poétique (qui est loin d’appartenir à la modernité ou aux avant-gardes) et à son statut institutionnel, pour un programmateur cela dépendra par exemple de la reconnaissance institutionnelle de ses choix, des modes éditoriales ou de programmation (cf. analogiquement ce que met en lumière Yves Michaud dans La crise de l’art contemporain), et parfois en effet de son propre ressenti (mais il n’y a qu’à voir la banalité de la plupart des programmations institutionnelles pour comprendre que les programmateurs s’arrêtent surtout sur ce qu’il faut (quelle est la légitimité de ce falloir) programmer, et non pas sur ce qqu’il serait possible de programmer). C’est pour cela, par conséquent, que le milieu de la critique comme des lectures obéit à des modes, à la duplication de modes qui ne correspondent souvent qu’à des conditions extérieures à la poésie elle-même. Consécutivement c’est en ce sens que l’on peut voir des auteurs, assez moyens textuellement, occuper stratégiquement un grand nombre de lectures (je devine que vous attendez des noms : vous n’avez qu’à regarder les programmes de lecture de cette année).

Dès lors ce que dénonce Patrick Beurard-Valdoye, si cela vaut pour Maulpoix de sorte que cela implique la question de sa légitimité à être président de la Maison des Ecrivains, cela nous concerne tous quant aux fondations de nos jugements, quant à ce que nous favorisons comme pratique de la poésie, ce que nous occultons, ce que nous jouons comme rôle, lorsque nous construisons nos jugements.

7 juin 2006

[audio] Julien Blaine, Etienne Brunet, Contamination Nation

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Julien Blaine & Etienne Brunet _ Contamination nation 2nd morceau du CD qui accompagne Bye Bye la perf. Mis en écoute avec l’amicale autorisation de Julien Blaine.

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[audio] Julien Blaine, Etienne Brunet, La lang

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Julien Blaine & Etienne Brunet, La lang1er morceau du CD qui accompagne Bye bye la perf. Mis en écoute avec l’amicale autorisation de Julien Blaine.

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[Livre] Bye-Bye la perf de Julien Blaine

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 3:53

Julien Blaine Bye Bye La perf, éditions aldante , isbn : 2-84761-129-0, 252 pages quadri + 1 CD + 1 DVD, 42 €.

4ème de couverture :
« Militant, prêcheur, représentant, depuis 1962 j’ai dit et remué ma poésie tout autour du monde, j’ai agi devant des foules et des déserts.
Je voulais convaincre par la confrontation avec eux, avec elles, avec tous. Les mettre en face de la poésie en chair& en os et à cor @ à cri.
Mais le monde est large, long, épais, dispersé; trop traversé, trop desservi.
Et le monde qui m’écoute, qui me voit n’a que deux oreilles mais mille langues : je renonce.
Julien Blaine »

Premières impressions :
Dans le dernier numéro de JAVA (n°27-28), dans le dossier qui lui est consacré, Julien Blaine donne à lire des notes sur la question de son écriture et sur la performance :
« C’est un corps
dans un espace
et c’est un son
dans un corps.
ce son est celui de mon corps
ou celui de cet espace,
c’est un son de nature :
voix, viande, &c.
ou un son d’artifice :
musiques, bruits, &c. »
La performance, poésie action, poésie vivante, en chair & en os, n’est pas spectacle, n’est pas représentation. Mais chez Blaine elle se présente comme écriture immanente du corps sur le livre du monde. Car en effet, la performance est un acte d’inscription, qui trace sur le tissu de la nature des signes, qui doivent entrer en écho avec les signes de la nature et du monde. L’acte poétique tient à cette mise en relation à partir de l »Ã©lan de soi, entre signes de soi et signes du contexte. Donc la performance pour Blaine est cet événement qui vient présenter une rencontre, et qui par cette rencontre signifie, inaugure du sens.
L’ensemble de bye bye la perf, compose par fragments tout à la fois l’année de ce bye bye, et la genèse des 40 ans qu’il a traversé avec ses performances.
Découvrir ce livre n’est pas avoir dans les mains seulement un récapitulatif, mais c’est entrer dans l’univers d’écriture de Julien Blaine, sur son travail de composition, dans son espace d’interrogation de l’écriture. Car la nature étant pour lui le lieu d’une écriture totale (les mots étant aussi des productions de la nature), tout élément perçu par son oeil, devient signes dans l’espace d’écritures (l’oeil/feuille), signe à recevoir (oeil/vulve), à réécrire (oeil/plume), à laisser être, à déplacer, etc….
De cet univers d’écriture, s’il nous permet de découvrir l’origine de certaines performances, les fac similé des projets, il nous ouvre aussi ce qui a été abandonné, des pièces non réalisées, non écrites par le corps.
Ce livre est en ce sens indispensable, aussi bien pour percevoir le parcours de Julien Blaine, que pour comprendre les enjeux qui ont motivé cette démarche d’écriture singulière.

2 morceaux du CD sont dans l’audiocastpoétique.

articles ayant un rapport à cet article : [Traces de langage, à propos de Julien Blaine et des cahiers de la 5ème feuille]

http://homepage.mac.com/philemon1/trameouest/textelibrecritik/blaine_boisnard.html

3 juin 2006

[livre] Grande Beuverie de poètes au ciel, Christophe Manon

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 7:10

Christophe Manon Grande Beuverie de poètes au ciel, éditions Le clou dans le fer , isbn : 2-9526347-1-8, 8 pages en affiche, 4 €.

Extrait :
En chemin on croise Andreï Biély.
Il agite les bras furieusement.
À croire que le soleil a cogné, cogné,
cogné sur son crâne en lévitation.
« Il y a des livres, dit-il, des livres qui réduisent au maximum
l’écart entre les CORDES DE LA LANGUE et L’AXE DA LA VIE.
Ils sont composés d’éléments divers et variés :
de sève et de sang, de vents et d’os, d’air et de chair.
Ils sont bleus, rouges, jaunes, verts, mauves, mauves, mauves.
Ils multiplient par -1 le rapport fondamental de la vie et du
vide et sont semblables à des points d’interrogation (????). »
Et le voilà qui nous entraîne bras dessus bras dessous
vers le Glossolalie, son troquet favori.

Premières impressions :
Cela m’a fait plaisir de recevoir cette petite publication. En effet, elle reprend le texte que j’avais commandé à Christophe Manon pour l’enquête sur la lecture que je menais pour la revue Fusées. Comme quoi ce texte a circulé, et a trouvé un lieu pour apparaître dans toute sa force. Belle initiative de la part du Clou dans le fer, même si, certains trouveront un peu cher ce A3 couleur recto-verso.

2 juin 2006

[chronique] La République Mondiale des Lettres par Philippe Boisnard et Hortense Gauthier

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La RML, ambition ou prétention !

[mise à jour : Cet article a été écrit suite à la proposition faite à PHilippe Boisnard d’écrire sur le site de la RLM. Au vue de la réaction de Samuel Lequette à notre article, nous comprenons de moins en moins où il veut en venir avec sa notion de Droopy. Cela devient de plus en plus doublement paradoxal]

Nous venons de découvrir le site de la RLM de Samuel Lequette et Delphine Le Vergos. D’emblée ce site affiche son ambition démesurée — tout à la fois (nous l’espérons) ironique sans pourtant se détacher d’un certain sérieux — : « Ãªtre un territoire de création et l’observatoire d’un monde fictionnel et artificieux : la grande fabrique de l’universel littéraire« .
Il y aurait immédiatement de quoi rire à analyser cette déclaration, classique dans son genre, tellement elle a imprégné les créations de revues aussi bien classiques que d’avant-gardes. En effet comme nous le rappelle Fernand Divoire dans Introduction à l’étude de la stratégie littéraire écrit en 1912, pour commencer et faire parler de soi, rien ne vaut l’emphase universaliste et de l’autre la polémique et l’attaque afin de se faire 1/ des ennemis ; 2/ des amis. Et comme Jean-Michel Espitallier le dit si bien, les amis des amis de mes ennemis sont mes ennemis. Et ceci vaut réciproquement et dans tous le sens.
Commençons par son éditorial, disparu semble-t-il de sa page d’accueil, mais conservé sur Poézibao : les deux protagonistes de cette RLM déclarent que chez eux, il s’agit bien d’une République et que l’on y trouve « des citoyens visibles et invisibles, des révoltés et des révolutionnaires, des excentriques et des excentrés, des hommes traduits et des voleurs de feu », etc… Oui République quand tu nous tiens tu ne nous lâches pas…. On se croirait bien en première République, à l’heure où ce qui ressort du politique et des enjeux littéraires tient davantage des contradictions de la démocratie que de l’emprunte d’une posture d’Etat. Non, la littérature n’est pas républicaine, comme nous l’avons déjà mentionné à l’instar de Derrida, il semblerait plus qu’à travers elle se perpétue la question de la démocratie.
C’est ainsi qu’ouvrant la guillotine, dans son article de L’effet Droopy en poésie contemporaine française, ils distribuent gifles et sentences, guillotinent des auteurs sans noms, crachent et vilipendent des sites sans adresses et se lamentent d’un milieu littéraire dont semblerait-il ils seraient ravi de faire partie ou bien encore d’en détenir le critère de vérité.
Ce qui apparaît là n’est pas le moindre des paradoxes : ils critiquent le côté rapide des textes, des analyses, pour eux-mêmes se réfugier dans des notules peu développées et surtout des références (que l’on perçoit dans leur lien…. tiens nous y sommes nous aussi…) qui en feront sourire plus d’un : Sitaudis, animé par Pierre Lepillouer (que nous saluons à l’occasion) serait l’une « des meilleures revues en France depuis TXT « (pour le monde, à n’en pas douter, il faudra attendre la RML)… Soit les auteurs ne connaissent pas TXT, soit ils n’ont jamais lu Sitaudis… Voire peut-être qu’ils méconnaissent les deux. dans tous les cas, connaissent-ils derrière leur présomption et leur superlatif, le champ des revues contemporaines françaises pour ne citer que celles-ci : Action Poétique, Doc(K)s, Tarte à la crème, Java, Fusées, Tija, Ralentir travaux, Quaderno, la RLG, etc…
S’ils dénoncent le copinage et le phénomène de réseaux, ils souscrivent eux-mêmes à cette loi en publiant des auteurs très visibles et « influents » : qu’ils encensent de plus dans leurs écrits.
Car voici la loi de cette République et le prétexte de la guillotine : en soutenant une certaine forme d’élitisme, ils développent un mépris des tentatives joyeuses et sans prétentions qu’il peut y avoir en poésie sur le net, et ils se posent au-dessus de ceux qu’ils décrivent comme étant « des bacs à sable pour apprentis poètes« . Qui sont ces apprentis ? Quels sont ces bacs à sable ? S’ils parlent de blogs reliés à la poésie contemporaine, faut-il comprendre qu’ils stigmatisent les expériences parfois fructueuses, parfois agaçantes et maladroites de Charles Pennequin (Poésie pour le nuls), de Sylvain Courtoux et Jérôme Bertin (Action Writing) de Joachim Montessuis (Compost 23) etc… qui sont tous absents de leurs liens web, même s’ils publient les textes de ces auteurs.
C’est une stratégie bien connue pour entrer dans le milieu littéraire (entrisme qu’ils dénoncent mais semblent pratiquer), que de frapper sur une joue et de caresser l’autre.

1 juin 2006

Grand-Père, Jean-Louis Costes

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Jean-Louis Costes Grand-Père, éditions Fayard , isbn : 2-213-62553-0, 323 pages, 18 €.

4ème de couverture :
Garnick est né en 1900 dans une famille arménienne. Pour son petit-fils, qui le subit avec dégoût, c’est un « clodo, une merde ». Pourtant, quelle vie ! Pour la saisir, il faut remonter à la révolution bolchevique : les Rouges ont massacré sa famille. Resté seul, le jeune Arménien rejoint les « Cosaques bouffeurs de cocos ». Commence alors une cavalcade aventureuse à travers l’Europe, l’Afrique du nord et la Guyane, à travers un monde où l’innocence finit toujours les tripes à l’air.
Grand-Père est l’histoire d’un homme plongé dans la barbarie, mais racontée avec une force évocatrice et une drôlerie décapante qui sauvent le désespoir. On pense à du Mac Orlan secoué, du Cendrars explosé, du Céline ivre. Poisseux de sang, débordant de violence, sans aucun répit.
Costes s’inspire du fracas de wagons qui déraillent plutôt que du chant des oiseaux. Il en sort une musique inconnue, terrible, étourdissante.

Figure de l’Underground, Jean-Louis Costes est connu pour ses opéras pornos-sociaux, des performances crues et violentes qui ne respectent aucun tabou. Sans rien renier de sa rage, il fait une entrée fracassante dans la littérature avec ce roman en partie autobiographique.

Premières impressions :
Tout d’abord une mise au point par rapport à ce que dit Fayard, ce livre n’est aucunement une entrée dans la littérature, au sens où Costes a déjà publié aux éditions Hermaphrodite VIVA LA MERDA, roman-synopsis hallucinant qui décrypte par sa scato-narration le nihilisme qui touche la dimension politique provinciale et les inter-relations humaines qui le fonde. Avec Grand-Père, il est vrai que c’est un autre travail qui apparaît. Plus littéraire, même s’il est vrai que Jean-Louis Costes n’appartient aucunement à la dimension de la littérature contemporaine ou expérimentale. Dès lors on pourrait nous demander pourquoi nous en parlons : tout simplement parce que sur le fond, Costes appartient bien en effet d’une certaine manière à la modernité de la littérature, par son travail de performances, de chanteurs/poètes, par sa liaison avec des plasticien(nes) comme Anne Van der Linden. Tel que pouvait le signifier Jourde, renvoyant sur les bancs de l’école certains jeunes auteurs, il ne suffit pas de transgresser la syntaxe et les syntagmes pour faire oeuvre et être moderne. Ceci étant dit le livre de Costes, derrière un style facile d’abord, qui ne ressemble aucunement malgré la 4ème de couverture à du Céline, est très agréable à lire et assez percutant. Il peut permettre à un public qui ne pourrait supporter ses performances (pourtant si esthétiquement parfaites dans leur violence) d’aborder l’oeuvre d’un de nos contemporains essentiels. En effet, par ce récit souvenir, il donne accès à l’analyse de la morbidité et du nihilisme du monde et d’autre part à la genèse de son obsession pour la scatologie. Car rien ne reste indemne. Toutes les valeurs sont montrées dans leur monstruosité : le monde est un immense camp de la mort, où la liaison entre les hommes n’est aucunement l’amour (pauvre utopiste) mais bien plutôt la haine : raciale, politique, géographique, sociale, familiale, sexuelle. Il l’écrit : « même dans le dégueulasse, y a une logique » (p.177). Costes nous donne donc à lire un livre véritablement humaniste, de cet humanisme (comme je l’ai thématisé dans Poéthique de l’amitié — qui vient de paraître aux éditions Trame-Ouest) de Rabelais, de Machiavel, de La Boétie. Certainement pas de cet humanisme vicié empli de bons sentiments. « Tant qu’il y aura des hommes, il y aura des vices » écrivait Spinoza, et c’est bien ce qu’apprend et nous enseigne jean-Louis Costes par ce trajet temporel et géographique de son Grand-Père, de ce Grand-Papa, plus super-héros à laisser des cadavres derrière lui que super merde, plus professeur par le caractère scato de la merde qui lui colle à la chair que super-clodo sans saveur.

Entravés, Charles Pennequin

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Charles Pennequin Entravés, éditions L’instant T [Hors série], issn : 1283 – 1808 pages, 5€.

4ème de couverture :
30 pages de témoignages et d’enquêtes. 30 pages de paroles et de portraits rêvés. 30 portraits d’entravés en travailleurs nés. 30 rêveurs en trêve qui parlent dans la page. Ils rêvent en ravalant. Et ça fait parler. 30 ravalements d’entravés travaillés depuis la naissance. Car depuis la naissance les portraits rêvent de travers. C’est-à-dire qu’ils parlent de travailler. 30 portraits parlants à entraver chez soi.

Premières impressions :
Tout débute par une déception. Une prise de conscience qui se boucle sur soi, qui fait retour sur un rêve avorté : le travail mode d’emploi n’est pas le travail qui fut rêvé, qui fut attendu. Et cela donne une figure biscornue de l’existence, un premier portrait à la bouche hagarde, à l’oeil gauche coincé, à la main tendue vers on ne sait quoi. Première page et déjà épitaphe des rêves qui se rapportaient à la société, à ses valeurs. Et l’ensemble du petit livre apparaît bien comme un commentaire ruminant de cet avortement. Pennequin ici laisse apparaître par bribes une parole, celle de l’autre, celle de l’incommensurable de l’autre, plus férocement entravée du réel social. Nulle boucle sur soi, mais des boucles (celles des dessins) tendues par la présence des autres. Rapport entre le trait et les mots, Si on découvre pour une part — comme nous l’avait déjà proposé — le talent de Pennequin en tant que dessinateur, ressort aussi que son souci se déplace par rapport à lui-même. Que la trouée autistique de la question même de son être (qui a traversé l’ensemble de ses écrits jusqu’à présent) se retourne vers ce mal-être contemporain qu’éprouve autrui. C’est pourquoi, avec cette réalisation se dessine peut-être un tournant. Peut-être. à suivre donc.

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