Libr-critique

31 mai 2018

[News] Libr-News

En attendant l’été, vous attendent : l’agenda de Prigent… les Sorcières de Dunkerque… La Traction poétique… Philippe Boisnard, une superbe soirée Ivy writers, la 12e Nuit remue… Et le 36e Marché de la Poésie, bien évidemment…

Agenda de Christian PRIGENT

— à Paris, le vendredi 08 juin, à 18 h 30 : « TXT 32 : LE RETOUR », à la galerie A Balzac à Rodin, 14 bis rue de la Grande-Chaumière, Paris (M° Vavin). Contact : revuetxt@gmail.com

— à Rennes, le vendredi 15 juin, à 20 h : lecture et discussion autour de la revue TXT, au bar le Mod Koz, 3 bis rue Jean Duhamel, Rennes. Contact : pontcerq@gmail.com 

— à Vulaines-sur-Seine, le dimanche 30 juin, à 15 h : lecture au Musée Mallarmé, 4 promenade Mallarmé, 77870 Vulaines-sur-Seine. Contact : contact@marche-poesie.com

Libr-brèves

â–º Vendredi 1er juin à 19H30, Halle aux sucres de Dunkerque : Conversation + projection + performance (dans le cadre du festival des Bibliothèques de Dunkerque "Fais pas ton mauvais genre")

AVEC : Isabelle Cambourakis – Editrice
Camille Ducellier – Vidéaste
Hortense Gauthier – Performeuse
Anne Larue – Chercheuse, écrivaine

Figure négative et puissante, symbole subversif de la révolte féminine dans les années 70, la sorcière réapparaît aujourd’hui dans les combats féministes, écologistes et anticapitalistes.

Isabelle Cambourakis dirige la collection « Sorcières », qui réunit des textes féministes historiques et contemporains. Camille Ducellier invente des images pour rêver l’obscur, dévoiler les corps et relier le politique au spirituel. Hortense Gauthier postule que « Toutes les sorcières sont des danseuses étoiles ». Anne Larue écrit des essais sur la SF féministe, des articles passionnants sur le mouvement Wicca et des romans médiévaux futuristes.

 

â–º Samedi 2 juin à Blois : cédez à la Traction poétique !

â–º Mardi 5 juin  au Monte en l’air – Paris 20ème à 19H : soirée de lancement de la collection Sur le vif des éditions Supernova dirigée par Stephanie Boubli. Y feront une lecture Benoît Toqué, Francis Lamodière, et Philippe Boisnard accompagné au violon remixé par Pauline Cottaz.

â–º Du 6 au 10 juin : 36e Marché de la Poésie : RV avec Al dante/Presses du réel au stand 110, les éditions de l’Attente au stand 110-112 ; LansKine, 610 (Beurard-Valdoye, Voïca…) ; Publie.net, 506… La revue Place de la Sorbonne est accueillie au stand des éditions Le Temps des Cerises (618)… Au stand Ent’revues, 700-704 : y seront présentes les revues Artichaut, Babel heureuse, Les Carnets d’Eucharis, Chroniques du ça et là, La Moitié du fourbi, Phoenix, La Revue des Belles-Lettres, Teste, Toute la lire.

â–º Soirée Ivy writers le 12 juin à 19H30 au Bistrot des Artistes (Paris) :

â–º Lundi 18 juin à la Maison de la poésie Paris, 21H : "Nouvelles architectures poétiques", avec David Christoffel, Jérôme Game et Laure Gauthier.

â–º LA NUIT REMUE 12e, soirée de lectures avec Fabien Arca, Delphine Bretesché, David Christoffel et Maël Guesdon, Sophie Coiffier, Séverine Daucourt-Fridriksson, A.C. Hello, Philippe de Jonckheere, Ismael Jude, Anne Mulpas, Christiane Veschambre, Gilles Weinzaepflen.
Samedi 23 juin 2018, 19h à la bibliothèque Marguerite Audoux, Paris IIIème : Depuis 2006, Remue Net organise une fois par an ses « Nuits remue », hommage bien sûr à Henri Michaux. Un rendez-vous littéraire incontournable.

30 mai 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic /5)

Cet avant-dernier post de la série est particulièrement jouissif…[Lire Psychodiagnostic / 4]

Psychodiagnostic / 5
Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 5
 

Ça me fait penser si on veutà une église monolithe, c’est-à-dire entièrement creusée dans la roche. Je pense en particulier à celle d’Aubeterre-sur-Dronne, en Charente, que mon ami Henri Bérac m’a fait visiter en détail, mais il y en a d’autres en Éthiopie et en Turquie notamment. Henri est archéologue. Il travaille depuis un an avec l’équipe du Pr Morès, lequel réputé anthropologue a en projet une monumentale Histoire de l’onanisme au Moyen Âge. La première fois qu’Henri m’a parlé de ce projet scientifique, j’ai cru à une plaisanterie. Or il n’en est rien. L’Université cautionne bel et bien l’entreprise. Elle la soutient avec la mise à disposition de moyens pratiques et budgétaires et académiques. Je n’ironise pas. (De quel droit ?) Je respecte la Recherche et l’Université. Je veux bien croire que la question de la sexualité médiévale (Dieu et Diable dans un même lit !) soit primordiale puisqu’ils le disent. Bref, dans l’église monolithe d’Aubeterre, Henri m’a montré des cavités percées horizontalement dans le roc à hauteur d’homme, profondes de vingt-cinq centimètres et d’un diamètre d’environ six. Ces trous datent du XIIe  siècle, me dit-il ému. On a dit qu’ils avaient servi à arrimer des échafaudages en bois. Erreur. On sait maintenant qu’il s’agit de trous à joieque les tailleurs de pierre se plaisaient à enfiler, après les avoir farcis de suif de bœuf tiède. 

27 mai 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de mai, Libr-parole à la Librairie CHARYBDE ; puis, quelques Libr-brèves : Rancière, "Ut declamatio poesis", Salon de la revue de théâtre, Béatrice Brérot, Marina Skalova…

Libr-parole : La Librairie CHARYBDE vous invite…

Mercredi 30 mai, nous recevrons Olivier Rolin pour évoquer plusieurs jalons-clé de son oeuvre, son obsession pour la géographie, son tropisme russe et ses interrogations sur l’histoire et les utopies. Une belle soirée en perspective.

Le jeudi 31 mai, nous accueillerons à nouveau avec joie Dov Lynch pour fêter la parution de "Hauts-fonds" aux éditions du Seuil (note de lecture par Charybde 2 ici), où l’on suit la trajectoire de Klem, ex-policier revenu des camps avec son certificat de dénazification, quittant précipitamment Vienne par le Danube en avril 1945 alors que la ville tombe aux mains de l’Armée rouge. Après le remarquable "Mer noire" qui avait à la fois conquis Charybde 2 (note de lecture ici) et Charybde 7 (note de lecture ), "Hauts-fonds"  épouse les codes du roman d’espionnage pour mieux s’en dessaisir et révéler, de la bascule d’un camp vers l’autre, ce qui reste de la vie d’un homme bringuebalé par l’histoire, les souvenirs, la détresse et l’espoir.

Le jeudi 7 juin, si vous avez envie de découvrir à quoi ressemble le corner Charybde de Ground Control et l’émission de radio qui y est associée, nous recevrons sur place (au 81 rue du Charolais, à 400 m de notre librairie), dans le cadre de la semaine Slow Food qui s’y déroule, le géographe Gilles Fumey, étonnant spécialiste de la géopolitique de l’alimentation, à partir de 18 h 00.

Enfin, le vendredi 8 juin, dans le cadre du Paris des Libraires, nous fêterons le retour en littérature de François Muratet, pour son ouvrage "Tu dormiras quand tu seras mort" récemment paru aux éditions Denoël. L’auteur était pour notre plus grand regret resté silencieux depuis son magistral et prémonitoire "La révolte des rats" paru chez Serpent Noir en 2003 et nous nous réjouissons particulièrement de ces retrouvailles.

Le jeudi 13 juin nous recevrons Tarik Noui dont le "À nos pères" nous avait tant réjoui il y a quelques années, pour fêter la publication de son superbe  "Et seuls les chiens répondent à ta voix" (note de lecture par Charybde 2 ici), une étonnante anthropologie poétique du pouvoir de la voix comme de son impuissance, avec les éditions sun/sun.

Le mercredi 27 juin Nicolas Jaillet, que nous connaissions entre autre pour son roman "La Maison", mais qui est également parolier, musicien et chanteur nous fera l’honneur d’un petit concert.

Libr-brèves

â–º Mercredi 30 mai à 19H30 : rencontre avec Jacques Rancière, "Les Temps modernes", Librairie Le Merle moqueur (51, rue de Bagnolet 75020 Paris).

â–º Vendredi 1er juin à 18H30 : dans le cadre de la Périphérie du Marché de la poésie (#22), "Ut declamatio poesis" = exposition Michel Goulet ; Julien d’Abrigeon en poésie-action… (Ut pictura poesis 45, rue de la Folie Méricourt 75011 Paris).

â–º Les 2 et 3 juin : salon de la revue de théâtre, organisé par la revue Frictions et La Générale Nord-Est…

â–º Jeudi 7 juin à 19H, Béatrice Brérot aura le grand plaisir de partager les textes de "splAtch !" (paru fin août 2017) et ceux de "la suite infinie du monde est dans le colimaçon" (mai 2018)…
Librairie le Bal des ardent s: 17 rue Neuve 69001 Lyon (04 72 98 83 36).

â–º Samedi 9 juin à 19H : Marina Skalova à la Maison de la poésie Paris :

25 mai 2018

[Chronique] Olivier Apert, Si et seulement Si, par Christophe Stolowicki

Olivier Apert, Si et seulement Si, Lanskine, printemps 2018, 112 pages, 14 €, ISBN : 979-10-90491-61-8.

Mi-secret mi-stère mi-mètre, plus assertorique qu’apodictique fantôme de l’Opéra il niche « l’Ange B » en variations en dents de scie, al dente, plutôt rubato qu’andante, dans (dandysme) la distance à la langue prise, déprise en reprises, en rifs, en chorus pâlissant les notions de rehaut et d’aplat ; en surprises de ponctuation ; en humeurs, gaîtés de la mémoire, de l’escadrille du joyeux équarri drille à retours de scorpion nous tenant en haleine de ce que seule sait dire la poésie. Savant et virulent il progresse sur les pointes, rat d’ô tell se faufile au droit de la falaise mortelle où « l’ange B » le lange dans son linceul à pic & pic & colle, engramme sa haute définition. Il joue avec nos nerfs, verbe haut vertébraux nous dessoude et cajole à bris de glace, à prix d’or sa caresse fait tressauter encore et dore lémure notre carcasse. Hors les murs en dents de scie, si et seulement Si.

Litaniques versets que récurrente éclaire une ampoule « (75 W/970 lumen) » jusqu’aux rituels, simples ou redondants deux points annonçant la chute en capitales de fin d’(apo)strophe. « Vénus anadyomène callipyge voire stéatopyge » côtoyant l’encadrement d’une aile d’ange « au format a3 (29,7 x 42) », se compose le « madrigal uchronique : : : » à deux temps, trois points d’orgue d’une compression de Satan. D’« une main gantée de rose » effleurée Gertrude Stein en ses tendres boutons.

D’une gaîté funèbre funambule, foisonnant de registres, nous devançant aux deux pôles de son « inadvertance » et, restant sibyllin, de « savoir s’arrêter // juste au bord de l’intelligence ». Parenthèses retournées comme gant en onguent, épaissies en croissants de lune, ouvrant sur la clarté d’ajour leurs ténèbres intérieures. Limbes surexposés. À contrepied, à contretemps de sa rigueur de traducteur connu (récemment de Mina Loy, poésies complètes), repoussant les frontières du sans genre où l’hydre s’entête. Maître verrier dans la débauche de manières, pompier pyromane à sautes de jubilation, batifolant à strates, à trois points en triangle esquivant une virgule, dans l’élégance du triplet d’astérisques appelant non appelé, entre citations et proverbes appendu haut & court.

Une maîtrise, une vélocité, une féroce érudition. Et puis & puis, dans un hommage funèbre (à Jean-Noël Vuarnet), sous tant d’esprit de sel de raillerie, changeant de ton au prix du change, du commerce d’émaux, la personne se révèle, celle dont le nom est pair sonne, sa promesse sonne. Encore qu’y « con » serve cinquante fois.

17 mai 2018

[Livre] « Double royaume ». Élégie pour P.O.L, par Fabrice Thumerel (à propos de Dominique Fourcade, Deuil)

En ce même jour où, de 19H30 à 22H, aura lieu à Nantes (Le Lieu unique) la projection du film Éditeur de Paul Otchakovsky-Laurens, suivie d’un entretien avec Jean-Paul Hirsch et Frédéric Boyer, paraît l’élégie de Dominique Fourcade dédiée "à tous ceux qui ont connu Paul Otchakovsky-Laurens et en garderont à jamais le souvenir".

Dominique Fourcade, Deuil, P.O.L, 17 mai 2018, 64 pages, 9 €, ISBN : 978-2-8180-4580-0.

"Il y a enfin l’infini rilkéen, c’est-à-dire cette manière de voir
qui est in-finie au sens où elle n’est pas unilatérale,
manière de voir le double royaume, donc (en un mot en allemand :
Doppelbereich), c’est-à-dire le royaume où vie-et-mort s’entre-appartiennent" (p. 54).

Comme les 256 auteurs POL, pour le premier cercle, et bien au delà comme des dizaines de milliers de lecteurs, Dominique Fourcade – lui dont la grande affaire est la mort même – est frappé de sidération par la disparition accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, éprouvant une double douleur, "l’une causée par la réalité de sa disparition, l’autre due au sentiment que tout cela est irréel" (44). Le "désordre lyrique" qui s’empare de lui provoque inévitablement des "appels d’écriture", et en particulier le projet de "faire quelque chose comme L’Écorchement de Marsyas de Titien" (cf. la reproduction en arrière-plan).

Paul Otchakovsky-Laurens est présenté comme l’homme des paradoxes : calme et emporté, "à émotion lente, à émotion rapide, ouvert au récit comme à l’absence de récit" (17)… Un éditeur passionné dont la "méthode était le plaisir" : "un narguilé de littérature" (14)… Dont le rapport à l’écriture est ainsi décrit :
"le livre un galop sans avoir pris d’élan c’était ça qu’il aimait
l’instant où l’écriture s’épanouissait pleinement en littérature, autant dire en abîme, juste ça
verglas à l’appui
zéro théorème" (16-17).
Un éditeur qui entretenait avec chacun de ses auteurs une relation singulière et inoubliable.

16 mai 2018

[Chronique] Gilles Weinzaepflen, Soleil Grigri, par Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Weinzaepflen, Soleil Grigri, éditions Lanskine, février 2018, 112 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-49-6.

Gilles Weinzaepflen n’est pas de ceux qui laissent la poésie  à l’état de prolégomènes et d’expériences d’écriture sans que l’on sache encore où cela peut bien mener. Il  permet à l’inverse de comprendre divers types d’animaux machines – communément nommés être humains. Tous montrent une certaine ivresse pour des flacons interdits.


Cela n’empêche pas – bien au contraire –  de transformer les chauds lapins en  lupins de garenne sans que l’articulation entre les deux soit forcément visible là où telle poésie tire souvent sa force d’éléments biographiques. La représentation du monde y explose en quatre temps et quatre voyages entre cécité et voyance, tourisme et sexualité, cinéma et métaphysique. Mais l’humour reste toujours présent.


Redevenant vernaculaire la poésie ne se contente pas de constater que qui embrasse trop, mal éteint. La lumière vient d’ailleurs. De l’attrait d’une écriture radicale à l’intersection de diverses influences géographiques (Yémen) qu’humaine (Klaus Kinski ou père de l’auteur). Se mélange, dans un travail dynamique et halluciné, une foule de figurations hétéroclites et souvent drôles.


S’éloignant de la représentation purement réaliste, l’artiste mixte Pasolini, La Reine de Saba et divers motocyclistes au sein de fragments qui deviennent des meringues flottantes. Elles interrogent la perception du réel. Métamorphoses, distorsions, anamorphoses trompent les habitudes de lecture là où l’auteur se fait le magicien d’os de ses propres illusions d’optique comme de celles des autres (Rimbaud compris). 


Elles offrent en outre l’occasion de poser les problèmes fondamentaux de la représentation humaine en formats déformants au sein d’une réflexion sur le « devant-être » des choses et de ceux qui les agitent (motos comprises). Sont donc mis à jour le pour et le contre, le tout et le rien là où la finalité n’est que peu de chose par rapport à ce va-et-vient entre deux états opposés. Parfois, en effectuant quelques pas, ou parfois par le reflet d’un miroir, une tête se renverse pour regarder les choses se défaire et se reconstruire. Cela revient à vivre des moments d’indécision qui en définitive font le peu que nous sommes tout en laissant parler autrement le quotidien. Le tout par ce qui devient dans ce livre non seulement des passages obligés mais des aventures.

13 mai 2018

[News] News du dimanche

En ce deuxième dimanche de mai, vos nombreux RV : avec la revue IF (n° 46), le festival international Lettres nomades, Cyrille Martinez, Jean-Marie Gleize, Sandra Moussempès…

â–º IF n°46 vient de paraître. Au sommaire : Philippe Artières, Rebecca Bournigault, Hubert Colas, Sandra Moussempès, Jeanne Moynot & Anne-Sophie Turion, Claire Astier, Éric Plamondon, Claudia Imbert, Alex Huot.

https://www.solitairesintempestifs.com/revues/664-if-n-46-9782846815499.html

â–º Le mai de Frank Smith :

â–º Du 14 mai au 2 juin, Festival international Lettres nomades, avec notamment Nina Yargekov.

â–º Mardi 15 mai, 18H30, Cyrille Martinez au Monte-en-l’air :

â–º Mercredi 16 mai à 19H30, rencontre avec Jean-Marie Gleize à la Librairie Texture (01.42.01.25.12 / 94 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris) à l’occasion de la parution de Trouver ici. Reliques et lisières (Seuil).

Ici sans liens, sans lieu.
Epeler une révolution possible.
Le récit commence avec la rivière.
Nous n’avons pas de noms.
Les morts reviennent quand il pleut.
Une écriture à fragmentation.
La politique, comme une gorgée d’eau.
Ici aux lisières, avec les restes brûlants.
Faire pousser des ronces. Le présent simple.
Un communisme sensible.

â–º Jeudi 17 mai de 19H30 à 22H, Le Lieu unique à Nantes : la projection du film Éditeur de Paul Otchakovsky-Laurens sera suivie d’un entretien avec Jean-Paul Hirsch et Frédéric Boyer.

â–º RV avec Sandra Moussempès : deux lectures de textes inédits et de ses deux derniers livres, Colloque des télépathes (l’Attente, 2017) et Sunny girls (Poésie/Flammarion 2015)

Le 22 mai : Ivy writers (lectures bilingues français/américain), (Café Delaville 34 bd Bonne Nouvelle 75002)

Le 31 mai : pour la parution de la revue Rehauts (lecture commune à la librairie Tschann)

â–º EcritStudio et la Boucherie littéraire présentent les poèmes sonores réalisés lors de la session  de  création qui  s’est déroulée à Monteux en avril dernier. Poèmes diffusés de Guillonne Balaguer, Béatrice Brérot, Patrick Dubost, Estelle Dumortier, Antoine Gallardo, Béatrice Machet, Esther Salmona, Cédric Lerible, Natyot.

Organisée dans le cadre de la Périphérie du 36ème Marché de la Poésie de Paris et du Festival Poésie Nomade en Provence, cette diffusion aura lieu samedi 26 mai  à la Maison de la poésie d’Avignon (6 rue Figuière 84000 Avignon).

â–º Samedi 26 mai à Caen, rencontre autour de la Grande Guerre : Fern/Lhiver

9 mai 2018

[Chronique] Nicolas Tardy, Gravitations autour d’un double soleil, par Bruno Fern

Nicolas Tardy, Gravitations autour d’un double soleil, éditions Série discrète, avril 2018, 92 pages,15 euros, ISBN : 978-2-9553391-6-9.

Comme l’indiquent son titre et sa couverture vivement colorée, ce livre tourne autour d’un double soleil issu de Sun Ra, nom de scène que s’est donné en 1952 l’excentrique compositeur et pianiste de jazz Herman Poole Blount. Il comprend des textes qui vont d’une ligne à une page et dont le nombre coïncide avec celui des années (soit autant de révolutions terrestres) que vécut ce musicien, de 1914 à 1993. Qu’on ne s’attende cependant pas à trouver ici une biographie car Nicolas Tardy s’attache plutôt à retracer l’histoire d’une large partie du XXsiècle à travers le prisme de Sun Ra et en mettant en œuvre une contrainte d’écriture très originale qui produit d’intéressants effets sur la lecture : les différents personnages, réels ou fictifs (appartenant à la littérature, au cinéma ou à la BD[1]), les lieux, les objets symboliques et les événements majeurs de l’époque traversée ne sont jamais désignés en recourant à des noms propres mais par des périphrases qui renvoient à des formes et/ou à des couleurs – par exemple, pour les drapeaux : « une nation où le bleu, le blanc, le rouge forment une étoile » ou bien « une nation blanche ayant une ancienne croix solaire comme nouveau symbole » (en 1936). Autrement dit, pour qualifier ce protocole, il faudrait, dans la phrase qui correspond à l’année 1921, « le monde est tout ce qui a lieu, est lisible », remplacer l’adjectif par « visible ». Cette procédure génère des énoncés qui se répètent (faisant ainsi écho au caractère répétitif de certaines compositions de Sun Ra et à son nom doublement solaire) et paraissent souvent étranges (« L’année terrestre suivante, un voyageur spatial blanc, venu d’une nation rouge, meurt en revenant sur un astre bleu. »), désorientant le lecteur et l’obligeant à chercher sans cesse de qui ou de quoi il est question.

Ce jeu est aussi léger que sérieux car, au-delà de la performance, un tel choix d’écriture est explicable par de multiples raisons . Tout d’abord, on peut citer l’importance, comme chez la plupart des pratiquants, de cette « musique dont la dernière lettre se répète », de la discrimination envers les Noirs américains[2], thématique qui revient ici régulièrement, hélas, du premier texte évoquant l’État où naquit l’intéressé, l’Alabama, «  une partie d’une nation à la bannière étoilée séparant le plus les noirs et les blancs » jusqu’à l’avant-dernier : « des forces de l’ordre blanc ressortent blanches comme neige et déclenchent des violences noires de colère dans la cité des anges ». Par ailleurs, cette place accordée aux couleurs est notamment étayée par la transition entre les touches d’un piano, instrument joué par Sun Ra, et celles d’un « clavier associant couleurs et sons », en 1923, l’« homophone », créé par le Russe Vladimir Baranoff-Rossiné, et par la présence récurrente des peintres (Malevitch, Klein, Warhol, etc.). En plus de ces motifs, la plupart des autres font allusion à l’univers propre à l’atypique fondateur de l’orchestre nommé Arkestra puis Solar, Myth Science, Astro Infinity et Intergala – il en est ainsi pour l’espace, fréquemment évoqué à travers les étapes successives de sa dite conquête, Sun Ra étant à l’origine d’une philosophie « cosmique » quelque peu délirante. Évidemment, l’histoire de la musique, de ses techniques et de ses principaux acteurs, de Louis Armstrong à Prince, constitue elle aussi l’un des fils à suivre. De plus, l’écrivain qu’est Nicolas Tardy n’oublie pas ses pairs – par exemple, en 1933, « une blanche adepte de la répétition textuelle, venue de cette nation pour s’installer dans une nation où le blanc sépare le bleu et le rouge, écrit sur elle-même par le filtre d’une autre blanche[3] » ou, en 1943, quand « sont publiées des aventures princières avec rose et renard ». Quant aux grands événements politiques, ils apparaissent également, du début de la 1ère guerre mondiale à la fin, en 1989, d’un « conflit larvé et glacé ». 

Au bout du compte, l’auteur parvient donc subtilement – et souvent avec humour : en 1965, « des pierres qui roulent, blanches, ne sont pas satisfaites – et le chantent » – à illustrer ces mots de Sun Ra cités à la toute fin du livre : « Je ne fais pas partie de l’histoire – je fais plutôt partie du mystère, qui est mon histoire. »

Nicolas TARDY, écrivain né en 1970, vit à Marseille. Publie sur divers supports imprimés et numériques. Collabore avec des artistes et des musiciens. Anime les éditions Contre-mur http://www.contre-mur.com/avec Caroline Scherb. 



[1]    Je viens tout juste d’apprendre que Sun Ra était à l’origine de Sun Rae, l’un des personnages de la série Valérian, agent spatio-temporel.

[2]    « Colored people »…

[3]    Gertrude Stein et Alice B. Toklas.

4 mai 2018

[Chronique] Olivier Domerg, Onze tableaux sauvés du zoo, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, Onze tableaux sauvés du zoo, Atelier de l’Agneau, Limoges, mars 2018, 108 pages, 16 €, ISBN : 978-2-37428-012-7. [Christophe Stolowicki sur La Sainte-Victoire de trois quarts]

La Sainte-Victoire, « serpent de terre » d’un éternel resurgissement, propriété inaliénable de Domerg que seul Cézanne peut lui disputer ; gamin il y courait ; altière qu’une pollution altère, allitère, entame ; toute en « nervures variqueuses », par son aridité minérale réchappée de l’autre pollution, celle des « folliculaires » et photographes « sur le poncif », en onze tableaux sauvés du zoo et de l’ô touristiques.

 

Le paysage, ce que d’humain, trop humain, surhumain il recèle ou décèle ou descelle quand l’aplat, quand la plaque tectonique se reconstitue. La Sainte bien en bouche, articulée à pleins caillots, une trigonométrie de la montagne traque de grand angle son à pic. Seule la poésie peut décrire d’un corps d’haleine la courbe, l’arc, l’angle obtus ou diffus, l’objet transitif premier, en prosimètre, en prosiprose, en pause à pose d’instantanés, en multipliant les points de vue, par le flanc, par le travers, vu d’avion, en « répliques » non sismiques d’un théâtre muet, en zoom avant à deux temps comme Xavier Dolan.

 

Excessivement, exquisément monstratif, bonimenteur brassant tout l’interjectif trivial et « le stupre métaphysique », de truculence ontologique millimétrée ; pamphlétaire, sa puissance verbale tenue en réserve, qui sporadiquement irise, arase la roche dure, marée l’amarre à la passion, l’articule au plus explicite, au plus offrant, au plus friand, au plus friable ; d’(hy)performance perforant l’abrupt ; alternant prosaïques vers et prose à son avers, à son adret, à son endroit au droit de ses falaises, de ses à pics & colegram ; dans une double page remontant deux goulets, deux cheminées entre crochets ; la mise en ligne vers à vers décalés imitant les vaguelettes d’eau croupie ainsi sauvée des ô ; tout en déferlement de paronomases vécues, d’approximations déboîtées, d’émaux de calcaire, de cals qu’errements lissent en délice ; à l’imparti des mots parti pris pour la cause, surmultiplicateur de Ponge épris, réconciliant les mots et la cause à l’accore d’accord primordial, le visuel et le verbal se renvoyant la balle.  

 

À l’énorme volume de La phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty qu’on fait lire aux petits, je préfère quelques pages de ce Domerg ; les gens sérieux, qui ne savent pas lire, préfèrent Merleau-Ponty ; Domerg voit, parle & pense d’un même mouvement quand M.P. pense en aveugle, d’où son jargon ; le poète apophatique dans sa démonstration. 

2 mai 2018

[News] Poésie et performance aujourd’hui

Libr-critique vous invite à une soirée organisée par Remue.net à la Maison de la poésie le mercredi 23 mai (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris : tarif : 5 € / adhérent : 0 €) : c’est dans trois semaines tout juste… il est donc temps de s’inscrire : ici

Rencontre & performance 

Mercredi 23 mai – 20h 

« Poésie & performance aujourd’hui »

Gaëlle Théval & Mathias Richard

Rencontre animée par Fabrice Thumerel 

En un XXIesiècle où tout festival et toute soirée poétique de bon ton affichent des performances, où tout tend à devenir performance, qu’en est-il véritablement de ce que l’on appelle « performance » dans l’espace poétique actuel ? En quoi se différencie-t-elle d’une simple lecture, d’un one-man-show, voire d’une saynète ? Toute action publique et éphémère est-elle performance ? « Que fait la performance à la poésie ? » (Abigail Lang).

 

Poésie sonore, poésie-action, poésie orale, happening, poésie pop, audio-poésie, vidéo-poésie, poésie sonique, poésie scénique, lecture-performance, poésie-performance… Que signifient ces appellations ? Quels sont leurs rapports effectifs à la performance poétique ?

Quelles pratiques aujourd’hui, verbales et non verbales ? Quelles lignées ? Quelles lignes de force ? Quels noms ?

 

C’est ce dont nous débattrons avec Gaëlle Théval, universitaire et critique spécialisée dans les poésies expérimentales, auteure de Poésies ready-made(2015), qui vient de publier avec Olivier Penot-Lacassagne le volume collectif Poésie & Performance (2018). Participera également à la discussion, après sa performance, Mathias Richard, chef de file du mutantisme, cet avant-gardisme qui se nourrit de nouveaux imaginaires (SF, jeux vidéos, etc.) et nouvelles techniques au carrefour de la performance, de la poésie sonore et de la poésie multimédia, tout en s’érigeant à l’encontre des dérives ultra modernistes : nous aurons le plaisir d’apprécier avec nos yeux, nos oreilles et notre imagination ces pratiques originales. 

 

À lire – Olivier Penot-Lacassagne & Gaëlle Théval, Poésie & Performance, éditions Cécile Defaut, 2018.

 

Mathias Richard et alii, Manifeste mutantiste1.1, Caméras animales, 2011 ;
Mathias Richard, Mutantisme : patch 1.2, Caméras animales, 2016 ;
– syn-t.ext, Tituli, 2016.

  

1 mai 2018

[News] De mai en mais…

En ce 1er mai ô combien commémoré, on retrouvera avec plaisir le duo Cuhel/Heirman : "Mais il est où mai ?" De Mai 68 à mai 2018 : par le biais de deux extraits, tirés du livre de Boris Gobille (Le Mai 68 des écrivains) et de celui à paraître dans deux jours, signé Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (POL). Mais 68 : on (re)lira cet article publié il y a dix ans, "Pensée anti-68 ou révolution conservatrice ?", dans un dossier intitulé "Autour de mai 68".

CUHEL (texte) / HEIRMAN (dessins) : Mais il est où mai ?

Toi qui cherches mai en mai
Et rien de mai en mai n’aperçois…
Rien que la commémoration de mai…
que la consommation de mai…

Fini le temps d’Emmanuelle, reine des braguettes
Avec Frère Emmanuel à la baguette
et Père Blanquer à l’Éducation
plus de rêvolution
tous à l’unisson
Il n’y a pas de mai/mais ballot
Faut s’tenir à carreau !

 

En lisant, en zigzaguant : de Mai 68 à mai 2018…

« La situation des avant-gardes littéraires en mai-juin 1968 est donc paradoxale : tandis qu’elles sont obligées et autorisées par le mouvement critique à prendre position, elles ne peuvent le faire qu’en se dépouillant, comme tout "auteur", de leur statut. Un nouveau pouvoir prophétique est attribué à la créativité, mais ce pouvoir prophétique est d’une nature singulière : il n’admet pas de prophètes, il n’admet pas d’élus. Il n’est la propriété de personne. Il est détaché de tout statut, de tout nom. Il est anonyme et démocratique » (Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 2018, p. 21).

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (à paraître jeudi 3 mai chez P.O.L) :

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation
les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Powered by WordPress