Libr-critique

30 septembre 2015

[Chronique] Lettre ouverte de Nicolas Huguenin à Nadine Morano

Parce que le texte de Nicolas Huguenin nous paraît plus libre & critique – et plus efficace ! – que celui de deux pseudo-intellectuels qui fantasment le rôle des intellectuels et aujourd’hui et, surtout, cherchent à remplacer l’œuvre par la manœuvre (cf. le "Manifeste pour une contre-offensive politique et intellectuelle"), nous le publions avec l’aimable autorisation de son auteur.
Le léger recul dont nous bénéficions nous permet d’analyser le succès de cette lettre ouverte sur les réseaux sociaux comme le signe qu’une ligne rouge a été franchie. La déclaration de Nadine Morano est-elle "républicaine" ? Le fait est qu’elle est symptomatique pour plusieurs raisons : non seulement elle révèle la stratégie politique de la frange radicale des "Républicains", mais en outre elle traduit l’extrême-droitisation de notre univers social ; désormais, la "droite décomplexée" ne craint plus de se revendiquer des anti-Lumières en prônant un identitarisme sectaire, un anti-intellectualisme démagogue, un ostracisme réactionnaire, une xénophobie sécuritaire, un nationalisme rétrograde… Et de se faire ainsi l’auxiliaire de l’obscurantisme. /Fabrice Thumerel/

 

Madame,
Je n’ai pas regardé votre prestation télévisuelle hier soir. Je sortais d’un concert où de magnifiques artistes avaient interprété des œuvres de Liszt, de Brahms et de Chopin, et, après tant de beauté sonore, l’idée de vous entendre débiter vos âneries avec une voix de poissonnière lepénisée me répugnait légèrement. Non, complètement, en fait. Mais ce matin, j’ai quand même pris sur moi et j’ai regardé huit (longues) minutes de votre intervention. Et permettez-moi de vous dire, madame, que la maladie dont vous souffrez – dite « maladie de la bouillie de la tête » – vous fait dire n’importe quoi.
Vous parlez de « race blanche » et de religion, en associant l’une et l’autre. Passons sur le fait que la « race blanche » n’existe pas, et que plus personne n’en parle depuis que les derniers théoriciens nationaux-socialistes ont été pendus à Nuremberg. Mais associer une religion à une couleur de peau, là, il fallait le faire ! Les Albanais sont blancs et musulmans. Desmond Tutu est noir et chrétien. Le pays musulman le plus peuplé du monde est l’Indonésie, habitée par… des jaunes. Ah, c’est compliqué, hein ! D’ailleurs, si on ne peut pas changer de couleur de peau, à part Mickaël Jackson, on peut toujours sans modifier son teint abandonner une religion ou en changer. Tenez, moi j’ai renoncé à la mienne et je ne suis pas devenu transparent pour autant – sauf quand j’essaie de draguer un grand brun aux yeux bleus dans un bar gay, mais ceci est une autre histoire. Et, au passage, en affirmant que la France est « de race blanche », vous laissez entendre que la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion et Mayotte, ce n’est pas la France. C’est bien les patriotes en peau de lapin d’extrême-droite, ça ! Ça nous rebat les oreilles avec la France, mais ça raye de la carte cinq départements d’un coup.
Vous expliquez ensuite que la France a une identité judéo-chrétienne. Et là, pour une fois, vous n’êtes pas allée assez loin – sans doute parce que vous ne connaissez pas mieux l’histoire de la France que sa géographie. Non, madame, la France n’est pas judéo-chrétienne. Elle est catholique. Et elle l’est parce que, pendant mille trois cents ans, on n’a pas permis aux Français d’être autre chose. Juifs, cathares, vaudois et protestants le savent bien. Entre 496, date à laquelle Clovis a (selon la formule célèbre) embrassé le culte de son épouse, et 1790-1791, date à laquelle on s’est résolu à considérer les juifs et les protestants comme des citoyens à part entière, la religion n’a pas été une affaire de choix personnel. Ni même collectif. Les Français n’ont pas voulu être catholiques. Ils ont été contraints de l’être. Ce que les libéraux appellent « la concurrence libre et non faussée » n’est appliquée, en matière de religion, que depuis deux siècles. Le chevalier de la Barre était déjà mort. Jean Calas aussi. Et tous ceux qu’on avait massacrés au nom de Dieu, avant eux ; rançonnés par Philippe Auguste, marqués de la rouelle par Saint Louis, expulsés du royaume par Philippe le Bel, massacrés par toutes sortes de croisés, immolés par l’Inquisition, trucidés par Charles IX, pourchassés par les dragons de Louis XIV… Au passage, je trouve parfaitement dégueulasse votre tentative minable de récupérer les Juifs et les protestants pour alimenter votre petit commerce de la haine. Quand on sait ce qu’ils ont subi en France pendant des siècles… Il fallait une sacrée persévérance pour ne pas être catholique en France, alors. Heureusement, ce n’est plus le cas. Et moi, contrairement à vous, je m’en réjouis. En laissant les Français librement choisir leur religion, ou choisir de ne pas en avoir, on a des surprises. Et alors ? Cela porte un beau nom, madame Morano. Cela s’appelle la liberté de conscience.
Et c’est enfin la troisième et dernière remarque que je voulais vous faire, madame. Vous vous plaignez que, dans certains quartiers, on ne célèbre plus que 5 baptêmes, là où il s’en célébrait 250 il y a encore quelques décennies. Mais la faute à qui ? Aux musulmans, qui « envahissent » nos villes, ou aux catholiques, qui renoncent à l’être et n’obligent plus leurs enfants à fréquenter le catéchisme ? Et vous ne vous demandez pas pourquoi l’Église faisait fuir les fidèles ? Non ? Vraiment, vous n’avez pas une petite idée ? Ne serait-ce pas, je ne sais pas, moi, par exemple, parce qu’elle condamne encore les femmes qui prennent la pilule, et les hommes qui emploient un préservatif ? Ou parce qu’il est devenu insupportable d’affirmer, comme le font certains évêques, qu’une femme violée qui avorte est plus coupable que son violeur ? Ou parce que ça commence à se savoir, que certains curés tripotent les enfants de choeur dans les sacristies ? Ou parce que répéter que le mariage est un sacrement indissoluble, dans un pays où un tiers des couples divorcent, ça fait un peu “ringard” ? Ou parce que le double discours d’une Église riche à milliards en faveur des pauvres n’est plus tout à fait pris au sérieux ? Ou, tout simplement, parce que la foi, dans notre monde moderne, n’apporte plus de réponses suffisantes aux masses ? Et d’ailleurs, rassurez-vous, les catholiques ne sont pas les seuls concernés. Tenez, je vous parie que, dans deux ou trois générations, les musulmans de France ne mettront pas plus souvent les pieds dans une mosquée que moi dans une église… ou que vous dans une bibliothèque. C’est dire… Déjà, un tiers d’entre eux ne fait plus le ramadan.
Tout cela pour vous dire, madame, que votre vision d’une France réduite à ses seuls habitants « de souche » est non seulement insupportable moralement, mais aussi sacrément dépassée. Et que votre peur panique de tout changement, de toute modernité, est pathétique. Et presque risible. « Nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus », disait le député René Viviani en 1906. Et ce n’est pas en allumant les feux d’une guerre civile que vous ferez croire aux électeurs que vous brillez, madame. Tout le monde le sait : vous n’êtes pas une lumière.

28 septembre 2015

[Création] Maja Jantar et Vincent Tholomé, Lunalia la honte (1)

« Lunalia » est un projet conçu en 2012 par Maja Jantar et a rawlings. « Lunalia » consiste à fabriquer de courtes capsules sonores, une par nuit, durant le mois lunaire. De pleine lune à pleine lune. « Lunalia » mêle chants, mots, musiques et bruits. « Lunalia » se fait en duo. Chacun, chacune, dans son coin, fabrique un bout de la capsule. Maja mixe le tout le matin, aux petites heures.

J’ai décidé que ma part s’intitulerait « La honte ». Les « poèmes » de « La honte » sont, formellement, un hommage à Laura Vazquez, à ses « poèmes du mois ».

Maja et moi avons fabriqué nos capsules du 29 août au 28 septembre 2015. Nous mettons en ligne aujourd’hui, 28 septembre, les 8 premières.  Chaque semaine, chaque lundi, nous en ajouterons 8 nouvelles environ. Le lundi 19 octobre, l’entièreté des capsules sera alors à disposition de qui voudra les entendre.

Belle écoute à toutes et à tous.

On peut les écouter ici.  /Vincent Tholomé/

27 septembre 2015

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de septembre, tout d’abord un petit coup d’œil sur le dernier manifeste en date de ce jour ; ensuite, nos Libr-événements : revue Muscle à Marseille, F. Smith à KHIASMA, J. Blaine à La Ciotat, M. Larnaudie à Paris XIII et le 25e salon de la revue.

 

UNE : Des intellectuels aujourd’hui… /FT/

En ce jour paraît dans Le Monde daté du 27-28 septembre un "Manifeste pour une contre-offensive intellectuelle et politique" – rien que cela ! -, signé par Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis : dans un monde chaotique et obscurantiste qui fait taire les intellectuels ou qui ne les écoute plus, que reste-t-il ? Un fantasme-intellectuel de naintellectuels… Grotesque.

Avant toute manœuvre, ne faut-il pas faire œuvre ? Et si l’on veut œuvrer efficacement dans un univers complexe, ne faut-il pas sans cesse créer de nouvelles conditions de possibilité de l’action collective ? (Sur la notion d’"intellectuel critique" et d’"intellectuel collectif", qu’on me permette de renvoyer à mon long travail qui prend comme point de départ l’opposition Sartre/Bourdieu).

 

Libr-événements

â–º La revue Muscle à Marseille le mercredi 30/09 à 19H : le lancement de ce numéro 6 aura lieu à la médiathèque sonore/fanzinothèque Data (44, rue des Bons Enfants 13006).

Une soirée en cinq temps, avec des lectures et des vidéos :

– Présentation du sixième numéro de la Revue Muscle

– Lecture de poésie sonore par Yuhang Li

– Diffusion d’une lecture vidéo de Simon Allonneau

– Diffusion d’un entretien vidéo avec Tao Lin, réalisé par Bookalicious

– Lecture du texte de Christophe Manon publié dans la Revue Muscle, et lecture d’extraits de Extrême et lumineux de Christophe Manon (bientôt sur LC !), par Arno Calleja et Laura Vazquez.

 

â–º Un événement à KHIASMA le vendredi 2 octobre à 20H30, Frank Smith explore les modes de fabrication d’une « langue démocratique ». D’abord, lire et relire certains des documents produits par cette langue. Ensuite, noter que le concept de « langue démocratique » renvoie à ce droit pour chacun de prendre la parole : une polyphonie de foule catalysée en « chœurs politiques ».

Entrée libre / réservation : resa@khiasma.net

Plus d’informations : http://www.khiasma.net/rdv/choeurs-politiques/

 

â–º Samedi 3 octobre à la Boutique, 19H (8, rue des Frères Blanchard à La Ciotat) : Julien Blaine, "Quelques déclar’a©tions récentes et autres résidus".

â–º Mardi 6 octobre, de 12H à 15H à l’Université Paris XIII-Villetaneuse (99, av. JB. Clément) : rencontre avec Mathieu Larnaudie pour Notre désir est sans remède (Actes Sud), roman critique sur le star system made in USA – dont nous rendrons compte très bientôt.

â–º On ne manquera pas le 25e Salon de la revue, du vendredi 9 au dimanche 11 octobre à 19H30 : voir le programme détaillé.

25 septembre 2015

[Texte] Benoît Toqué, La boule so fat

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Libr-critique a le plaisir de contribuer à vous faire découvrir ce jeune poète de 28 ans qui participera en octobre sur Lille au festival "Littérature, génération y, etc." : ce texte mérite qu’on l’écoute en le lisant.

 

Nous allons. Nous allons peindre. Une grande frasq. Une big. Une big grande frasq dans ta gueule à toi. Et pour toi. Tu es parmi nous. Nous allons générer une big grande frasq bien fat. Une big grande frasq bien fat et un gros poème. Un bon gros poème bien sale. Bien gros et rond et sale le poème. Bon gros poème. Une grosse boule. Une bonne grosse boule de viande. Une fat boule de viande poétique. Avec des tic tacs dedans. 2 calories. Des tics tacs comme des mots. 2 calories par mot. Des calories d’élevage. Et poétiques. Une bonne grosse boule de viande élevée dans le Gers. Au milieu des poèmes bien graves. Des braves poulets bien gros. Des camping gaz dessous. Sous la grosse boule. La big fat grosse boule poétique bien sale. Bien dégueulasse. Avec un verre. Un verre de gnôle dessus. De la gnôle du pays. De la poire. Une big grosse poire complètement aggravée. Nous allons peindre une poire qui se fend le gras. Une big grosse poire bien fat et sale et bien smart. Bien dégueulasse. Ceci n’est pas une pomme. Ni une prune ou une pipe. Ceci est une poire qui est un poème bien sale. Tu pipes pas mot. Ça va venir. Et avec des gros vers dedans. Ça vient. Dedans la poire fendue. Des gros vers bien dégueu. Qui dégueulent. À ras bord. Qui percent la peau grasse de la bonne grosse boule. Des vers bien fat. Et bien nombreux et lourds. Lourds mais lests. Bien lests et smart les gros vers bien sales. Qui se développent. Qui grandissent. Qui dansent. Qui dandinent. Qui dandinent dans la bonne grosse boule. Qui crachent des petites boules poétiques parmi nous. Bien smart les petites boules. Toutes colorées. Comme des smarties. 89 calories par petite boule de couleur so sale. Avec on joue au foot. À la pétanque. La pétanque poétique. Je prends ma petite boule et puis je la lance dehors. Dans la rue. Le poème se disperse. Déplace. Il se rassemble. Les gens le ramassent en morceaux. Des morceaux de poèmes bien sales. Ils les mettent dans leurs bouches bien fat. Ils les recrachent. Une bonne grosse bave. Une bonne grosse bave poétique qui coule. Une bonne salive. Une salive bien grasse et grosse et so fat. Paf. Péno. Une big boule dans ta gueule bien sale. Tu tombes. Tu tombes dans la sale poésie. La salive poétique. En feu. Ma bouche est un incendie poétique. C’est so smart de le dire. Un incendie bien gros et bien dégueulasse. Sauvage. Le cochonnet enroulé dans ma langue bien big. Tu flambes. Le cochonnet prend feu. Je suis une bonne grosse boule de poésie bien fat en feu dans ta bouche en fait. Une big grosse fête. Une bonne grosse boule de poème poétique et sale dans ta bouche qui coule. Le poème coule. Bien fat et sale et cool le poème. C’est bien cool. Une belle salive bien sale. Et grasse. Tu glisses. Tu te roules dedans. Dans la grosse boule bien fat. Bien dégueu et bien smart. C’est ta grâce à toi ça quand même un peu. Une grinçante. Smart et fat à la fois. Une big grosse grâce. Une graisseuse. Et grincheuse avec ça. Tu as pris des rondeurs dis donc. Des rondeurs poétiques. Bien huilée la grosse grâce grinçante. Tu croules. Tu tombes dedans. Dans la big boule. Tu coules pas tu t’étales dedans. Tu l’aplatis. Une grosse boule et bien plate. Bien dégueu et bien fat. Comme une grande flaque de crasse. Et toi. En bonne gourde en peau de poème tout flasque. La big gourde bien lourde et lest que tu es. Toi tu avales la flaque. La flaque crasseuse. C’est dégueu. Je crache. Je me crache dedans toi. Bien dégueu la grande flaque bien big. Je crèche dedans. Comme dans une flasque. Une fat big flasque avec inscrit frasq au fer rouge dessus. Touche l’acier comme c’est froid. En feu. Je ravale et tu me recraches. Je squatte. Je suis une bonne grosse frasq. Une foule bien fat. Qui grouille. Une big grosse somme qui mouille. Somme poétique bien sale. Une flasque qui rouille. Une big boule bien massive. La boule so fat. Qui roule. Dedans. Ceci est parmi vous. En boule. Nous sommes je et bien sales.

24 septembre 2015

[Livre] Anne Malaprade, Lettres au corps, par Jean-Paul Gavard-Perret

Anne Malaprade, Lettres au corps, éditions Isabelle Sauvage, coll. "présent (im)parfait", 2015, 48 pages, 10 €, ISBN : 978-2-917751-50-3.

 

Habitée des œuvres qui résonnent en elle, Anne Malaprade peu à peu écrit son corps (d’enfant, de mère, de femme) dans une sorte d’éternel présent où l’être est tiré de sa nuit par la pluralité des « adresses » . Cette approche permet progressivement de donner une réponse au « qui je suis », voire au « si je suis » de Beckett. Dans une fausse écriture épistolière l’écriture coule par le jeu les mots qui la composent  de peu. Les mots ne sont jamais dans la lumière : pour preuve le noir d’ombre dont ils sont faits. Avec le temps ils s’  « incolorent » mais suscitent la même hypnose.

La poésie ne revient pas à inscrire un passé ou un devenir : juste à tenir dans le présent à mesure qu’ils avancent en produisant leur eux-mêmes à tâtons dans la recherche d’un possible coup de dés qui – Mallarmé l’a appris – n’abolira rien. D’un manque émis : demeure l’éclipse rien que l’éclipse, mais d’où un rai de lumière peut jaillir à condition de ne jamais faire de l’écriture un miroir. A l’inverse, pour Anne Malaprade, il s’agit de préférer le rébus à l’image. Là quelque chose se dit. La nuit tombée annonce une nouvelle insomnie, coule et s’échappe à travers des cloisons percées…

Peu à peu la naissance a enfin lieu et la mort se meurt,  parce que le temps est tué en tant qu’imperméabilité abstraite, idéale, absolue. Cela enchaîne l’être à ce qu’il est comme le chat à son vomi. Ce qui n’empêche pas de vivre en une succession d’enfers et de paradis en ce qui guérit les être lucides d’un désir d’immortalité. Dès lors la poésie met fin à l’inconséquence de l’être mis en exergue chez Proust : " s’il n’y avait pas l’habitude, la vie devrait paraître délicieuse à des êtres qui seraient à chaque heure menacés de mourir – c’est-à-dire à tous les hommes." La poésie permet donc par son exercice une autre reprise de contact avec le réel en ses profondeurs.

20 septembre 2015

[News] News du dimanche

En bref, quelques RV à ne pas manquer cette semaine : sur Mediapart ; colloque à Rio autour de C. Prigent et P. Alféri ; Café littéraire avec P. Varetz ; lectures de A. Dufeu et de E. Rabu.

 

â–º On saluera l’opération lancée par le club Mediapart : "Écrire aujourd’hui" (parmi les premiers écrivains invités : (Yannick Torlini, Patrick Varetz, Véronique Vassiliou…).

â–º Colloque international "Poésie et interfaces", du 23 au 25 septembre 2015 à Rio (Brésil), autour de Christian Prigent et Pierre Alféri : on retrouvera dans le comité organisateur deux participants au colloque international de Cerisy sur Prigent (Marcelo Moraes et Bénédicte Gorrillot).

â–º Café littéraire avec Patrick VARETZ [ événement Escale des lettres]

Oscillant entre la noirceur lugubre de son écriture romanesque et la fulgurance d’un souffle poétique, Patrick Varetz invoque intarissablement ses fantasmes torturés, ses obsessions les plus chères et ses ténèbres intérieures. Dans Bas Monde il prête sa voix au nourrisson qu’il était (témoin impuissant d’un mariage tari par l’alcool et les ecchymoses), révélant comme un cri de rage social le chaos des origines. Après un passage compulsif en poésie avec Premier mille (recueil composé dans l’hybridité d’un millier de fragments d’existence, d’émotions libres et d’éclats de pensées), le romancier renoue avec les souvenirs de sa Petite vie d’enfant, réveillant entre crainte, culpabilité et colère, la violence de son père, la folie de sa mère, la délicate question de l’amour et celle de la naissance du verbe.

♦ Lundi 21/09 à 19H, Grand Librairie d’Arras (21, rue Gambetta).

♦ Mardi 22 à 20H, Le Moulin d’Or à Lille (15, rue du Moulinel).

♦ Mercredi 23 à 19H, Le Nautilus à Béthune (74, rue Boutleux).

â–º Vendredi 25 septembre à 19H : Antoine DUFEU lira SIC à la Librairie Michèle Ignazi (17, rue de Jouy 75004 Paris) ; Emmanuel RABU relira Futur fleuve à Khiasma (15, rue de Chassagnolle 93260 Les Lilas).

19 septembre 2015

[Chronique] Alain Badiou, A la recherche du réel perdu

Voici enfin la publication de la conférence inaugurale qu’avait donnée Alain Badiou à Lille lors de Citéphilo 2012 : très stimulant !

Alain Badiou, À la recherche du réel perdu, Fayard, coll. "Ouvertures", 2015, 72 pages, 5 €, ISBN : 978-2-213-68597-7.

 

Dans les années trente, l’un des programmes de recherche marxistes s’intitulait "Retrouver l’objet". Autant dire que, déjà, le défaut de prise sur le "réel" hantait et défiait l’intelligentsia révolutionnaire : l’abstraction capitaliste avait pour corollaires la déréalisation et la déréliction contemporaines. Les écrits des Gide, Berl, Nizan, Guilloux, Aragon et leurs épigones fustigeaient l’idéalisme des sorbonnards, le règne du conformisme intellectuel et moral, bref, "la décrépitude du monde bourgeois" (Les Chiens de garde, 1932). N’épargnant ni Benda ni Brunschvicg ni Bergson – qui pourtant a réagi contre les excès de l’intellectualisme et du scientisme, faisant prévaloir l’intuition sur la raison -, Emmanuel Berl et Paul Nizan stigmatisent ces "chiens de garde" dont la vacuité des discours ainsi que l’idéalisme ne sont que trop connotés idéologiquement : en accréditant la notion d’un Homme abstrait, ils alimentent en effet le mensonge de l’humanisme bourgeois. Dans Les Chiens de garde, Nizan commence par déplorer la démission des philosophes, qui se retirent dans leur tour d’ivoire, à l’écart du monde sensible, pour travailler sur des entités abstraites (l’Amour, la Justice, la Guerre…). Aussi, "contre la philosophie dissolvante de l’idéalisme", Sartre cherche-t-il à retrouver les choses : "J’étais réaliste à l’époque, par goût de sentir la résistance des choses" (Carnets de la drôle de guerre).

Dans notre société spectaculaire, où l’on assiste à la dématérialisation de l’objet, notre dernier penseur réellement marxiste constate que le "réel" a disparu au profit des "réalités" : au nom du pragmatisme marchand, d’un réalisme ultralibéral imposé par ces nouveaux chiens de garde que sont les économistes et leurs suppôts journalistes, il faut se soumettre aux "réalités" du Marché, c’est-à-dire à ses Diktats. Aussi, contre "le réel comme imposition" que ne saurait combattre "le défaut idéaliste" (p. 9), souhaite-t-il retrouver la voie de l’invention, celle d’une philosophie du concret qui parte à la recherche du réel perdu. On ne lui tiendra pas rigueur de la facilité de son titre, qui a au moins le mérite de souligner la dimension heuristique de la quête. Pour le néoplatonicien, on ne peut échapper à l’aliénation qu’en réussissant à s’abstraire du monde des simulacres : notre rapport au monde social étant structuré par le discours dominant, il nous faut renoncer à la conception du réel comme expérience sensible ou vision existentielle. Il n’est pas jusqu’au vécu scandaculaire – si l’on ose ce néologisme – qui ne soit biaisé : la mise en scène d’un éclat de réel comme exception ne permet nullement d’atteindre le réel réel, dans la mesure où le scandale tend précisément à cautionner insidieusement l’ersatz de réel (la pseudo-révélation d’une affaire de dopage n’a de cesse de nous conforter dans notre appréhension rassurante du microcosme sportif : l’exception ne saurait être la règle ; la purgation d’une infime partie garantit l’harmonie du corps entier, c’est-à-dire le conduit à la rédemption).

S’appuyant sur deux illustres dramaturges (Molière et Pirandello) et sur "une dialectique du semblant et du réel" (21), Alain Badiou pose que le réel n’advient que dans un dévoilement qu’il nomme "événement". Le capitalisme se définissant comme « ce monde qui est constamment en train de jouer une pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » (25), faire surgir le réel, c’est faire tomber le masque démocratique dont se pare cette puissance totalitaire. Atteint-on pour autant le Réel ? Pas vraiment, puisque le réel est inatteignable : sans renoncer au raisonnement dialectique – comme on le verra ci-après -, le philosophe reprend à son compte la célèbre formule de Lacan : "le réel c’est le point d’impossible de la formalisation" (30). De même que le réel de l’arithmétique est le nombre infini, celui de l’image cinématographique est le hors champ et celui de la société capitaliste l’égalité. (Mais l’hypothèse communiste est-elle la seule viable : le réel de la société communiste n’est-il pas la liberté ?). C’est ici que nous retrouvons le raisonnement dialectique : l’Histoire comme succession d’avènements de l’impossible, d’ek-stases (d’ouvertures vers l’impossible réel), n’est rien d’autre que le dépassement d’une formalisation politique antérieure.

Le problème est que nous vivons en un temps où triomphe un "semblant démocratique" qui se présente comme une fin particulière de l’Histoire : l’homme ultramoderne renonce au réel pour se contenter de satisfaire ses envies dans un monde matérialiste caractérisé par la saturation sémiotique et la clôture symbolique. Si "le réel surgit quand le divertissement est à bout de souffle" (44), l’espoir semble de mise. À défaut d’être immédiatement politique, la trouée dans le Semblant peut être poétique : "tout grand poème est le lieu langagier d’une confrontation radicale avec le réel" (39).

17 septembre 2015

[Texte-chronique] Gilles Laffay, Extrait d’un concept-poème, work in progress (1/2)

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Noir, je réécris en noir, nous sommes le premier de l’an matin, j’ai décidé que ces treize pages consacrées seraient divisées en treize parties. Celles des points que Marguerite Duras énuméra sur une liste au jeune écrivain Enrique Vila-Matas qui séjournait dans une chambre de bonne à Paris au dessus de chez elle, chambre qui appartenait à Duras et qui avait abrité un temps François Mitterrand, durant la seconde guerre mondiale.

On trouvera ci-dessous trois des treize parties. [1. – Problèmes de structure. 2. – Unité et Harmonie. 3. – Thème et Histoire. 4. – Le facteur temps. 5. – Effets textuels. 6. – Vraisemblance. 7. – Technique narrative. 8. – Personnages. 9. – Dialogue. 10. – Cadres. 11. – Style. 12. – Expérience.13. – Registre littéraire.]

Je ne sais absolument pas de sur quoi je vais écrire dans ces treize pages en herbe.

 

1. – Problèmes de structure

 

Il ne sagit pas là de parler de lorganisation de la structure, mais des problèmes quelle pose. A lévidence, un livre qui se pose déjà structuré avant même dêtre écrit ne sera jamais un livre. La structure se pose ou ne se pose pas, par contre, elle génère des problèmes de résistance, de lauteur et du livre, ces problèmes sont les mêmes que ceux dun toréro face à un taureau. Sauf quil ny a pas de cape rouge, lhomme doit sauter entre les cornes de la bête, comme lors des fêtes du Sud où les taureaux jeunes courent dans les rues des villes devant lesquels sagitent des gens, pour prouver leur courage, pour sentir ladrénaline bouillir dans leur sang, pour plaire, pour renifler lodeur du taureau, qui lui fonce sur tout ce qui bouge. Ce que je veux dire par là cest que le livre en gestation gigote, il ne veut pas être ce que vous voulez quil soit. Là réside un des problèmes de la structure. Et sil se montre docile et que vous pouvez le monter comme un âne, cest que ce nest pas un livre, sinon, écrire naurait aucun intérêt et Proust naurait pas intitulé le sien A la recherche du temps perdu. Si écrire cest perdre son temps, il faut être vraiment stupide pour le faire, cela dit citez-moi une vie où il ny a pas de temps mort. Dans un livre, voilà, pas de temps mort. Proust se moque comme de sa première chemise de constater quune madeleine lui rappelle des souvenirs ; ce quil veut dire, en partie, cest quelle lui rappelle autant de choses, de souvenirs que de la musique, et ça cest le nœud de laffaire. Par ailleurs, la recherche, du côté de chez Swann… cest à sa propre recherche quil court, comme un jeune homme se jette entre les cornes de son bien-aimé taureau. Ma première chemise, selon mon souvenir, était une liquette en jean dont les poches se fermaient avec des fermetures Eclair, je men souviens car ma toxique de mère a gardé cette photo et doit lavoir encore sur son bureau, ou je ne sais plus où, cest pour moi ma première chemise et, est-il utile de préciser que je nen porte plus depuis, cette liquette, cette photo, ce tas dos, moi, je lai constamment en mémoire et je le hais, cest contre lui que jécris comme Proust à nouveau écrivait contre Sainte Beuve, je dirais lapalissade, sans Sainte Beuve, heureusement, point de Proust, sans ma première chemise point damours de supermarché (titre provisoire). Sans ma mère, point de moi, sans moi, point de livre, sans livre point de moi, sans structure point de détruire, dit-elle, et sans détruire, dit-elle, point de Marguerite Duras (le “dit-elle” serait attribué à Alain Robbe-Grillet). Cest ça les problèmes de structures et ils sont différents pour chacun dentre nous, à charge pour lauteur de faire en sorte que le lecteur sy identifie, ou pas !

De là à dire que Marguerite Duras est ma mère, il ny a quun pas que je franchis allègrement. Détruire, dit-il. Est-ce aussi vrai pour un homme que pour une femme, je pense que cest encore plus vrai pour une femme, un homme a des doutes, une femme qui écrit, aucun, elle détruit tout ce quelle veut sur son passage et ne reste quun bouquet de fleurs empoisonnées, ce bouquet que Baudelaire a nommé les fleurs du mal.

Je finis cette première page par un mot dAllan Ginsberg, le poète beat, disant que lon a compris que lon pouvait être sans structure, être littéralement fou. Ce qui sapplique donc à la littérature nest pas forcément valable pour la poésie, ce que je constate cest une marche arrière depuis les poètes beat, Kerouack, et même sil dirait que no Burroughs, et les autres, parfois meilleurs… lépoque actuelle résiste au livre parce que le livre lui résiste, ce gazon de territoire où a élu domicile la folie divine. Le livre na que faire de vous et de vos émotions, ce serait trop facile, mais je métale et jen suis déjà à la deuxième page, soit au deuxième point.

 

2. – Unité et Harmonie

 

Cest ce dont jai le plus peur, pour moi lunité et lharmonie se rapportent à lamour et à la mort. Cela étant dit, je retombe sur mes pieds et cest ainsi uniquement que je conçois lunité et lharmonie, lorsque je mets le point final et que je me dis jai fini, sans fin, il ny a rien, cest très intuitif. Je pense à Au dessus du Volcan (ou au dessous) de Malcom MacLowry, la fin est unité et harmonie, pour le livre, répondant à toutes les questions, voilà ce que je pourrais nommer : unité, répondre à toutes les questions et même si certaines restent en suspens, leur suspension est aussi une réponse. Je crois quil est inutile pour lharmonie de ce livre de citer des livres ; si le lecteur na pas lu Malcom MacLowry, que comprend-il de ce que je dis ? Cela : la réponse à toute les questions. Parfois cest dans la dernière phrase, voire le dernier mot que se trouve la réponse à toutes mes questions, et ainsi lorsque je lécris et la lis en même temps, je comprends de quoi parlait tout ce dont jai parlé auparavant et ai fait discourir mes personnages. Jai la réponse à mes questions, cette réponse peut être longue et doit être déjà contenue dans la première ligne du livre sous forme informulée mais présente, tout le développement du livre est le développement de cette ou ces question(s). Marguerite Duras parle dUnité, il ny a donc pour elle quune question posée par livre et peut-être par vie, peut-être la même pour tout le monde. Je ne crois pas que la question soit la même pour tout le monde et pense quelle change durant lexistence, et donc chaque livre apporte sa moisson de réponses, la moisson des réponses ou non réponses, aux questions quil pose. Cest à mon sens variable selon les écrivains, et cest pourquoi je narrive pas à réécrire entièrement un livre. Sans doute est-ce une erreur et dois-je tricher avec le lecteur et faire semblant de ne pas savoir ou je lemmène, je préfère cheminer avec lui et ne pas savoir encore quelle était là la question. Par exemple, je ne sais pas précisément de quoi parle ce livre, quoique par rapport aux précédents il y ait une nuance de taille : il sagit dun concept poème et non dun roman. Donc, à dire vrai, pas de question, juste une somme dévidences qu‘il ne me semblait pas nécessaire dadditionner, cest la partie concept, et une rébellion face à ce savoir acquis par lexpérience de lécriture comme lon acquiert lexpérience du peyotl. Un petit yogi a dit un jour si tu vois Bouddha tue-le ! Un jour il vit Bouddha le regarder avec ses yeux infiniment tristes et il lui dit : « Bouddha, pourquoi es-tu si infiniment triste? » Bouddha répondit : « Parce que tu vas me tuer et je devrais en toi recommencer tout ce que jai appris à partir de rien. » Il dit : « Bouddha, je ne suis quune bouse de vache, sans toi je ne serais rien. » Bouddha répondit en ayant vaguement envie de vomir son energy drink : « Alors, tue-moi. » Et le petit yogi devint éveillé. Bouddha put alors continuer son chemin, hors de la roue des réincarnations jusquà sa prochaine rencontre. Pourquoi je viens décrire ça (historiette que je viens dinventer et qui ferait frémir les narines dun maître zen), je nen sais rien. Pour lharmonie de lhistoire je suppose, et parce que dans harmonie il y a à mon sens caché le mot beauté dont ne parle pas Marguerite Duras, les alcooliques sont exubérants certes, et aussi à la fois extrêmement pudiques jusque dans leur rire, leurs pleurs et leurs injures. Avec Serguey, de lharmonie il ny en avait aucune et pourtant elle était présente et il la ressentait aussi fortement que moi, la différence, cette différence cest quil était capable dêtre en harmonie avec la plupart, alors que moi je me sentais uniquement en harmonie avec lui, cest peut-être cela être écrivain : être capable dêtre en harmonie avec un seul être à la fois, cest un handicap, Serguey avait réponse à toutes mes questions de la plus ironique à la plus informatique (nous avons longuement parlé dinformatique, et dans ses réponses jai vite deviné quil me parlait aussi de beaucoup dautres choses, était-ce moi privilège décrivain ou sa haute spiritualité, et tout cela in engliche messieurs dames ; la seule phrase à laquelle il na pas répondu à mon grand étonnement, cest lorsque je lui ai dit : « I am a writer. » Un jour jécrirai en anglais – il ma fortement conseillé de perfectionner mon anglais au lieu de vouloir apprendre le russe. (Peut-être un traducteur automatique sur internet suffirait-il à traduire mes nouvelles, une, une seule sur la Russie, dont un russe est le personnage principal, celle que je veux lui faire lire, avec un traducteur automatique je pourrais toujours lui faire croire que ses imperfections ne viennent pas de moi et ainsi ne pas le décevoir.) Voilà à peu près ce quest pour moi lharmonie.

Je dois continuer jusquà la fin de cette page, et jen ai déjà, il y aurait tant à dire, fini avec lUnité et lHarmonie chères à Marguerite Duras, fini avec ce point en deux mots. Je rajoute donc que depuis que jai commencé à écrire sur lunité et lharmonie jentends de la flûte des Andes péruvienne, cela peut vous paraître bizarre (tiens, la flûte sest arrêtée), cest tout simplement les voisins du dessous qui ont mis de la musique, cest peut-être pour cela que ce paragraphe est porté par une illusion dharmonie, ce qui est véritablement un leurre, pourtant je pense que Marguerite Duras pensait à la musique lorsquelle parlait dUnité et dHarmonie, à la musique des mots, des phrases, du titre, du paragraphe et du chapitre, et à la musique du sens, tout cela devant entrer en unité et en harmonie défiant le temps et ses outrages et en même temps y plongeant son rythme et sa mélodie, sa musique, la musique très spéciale de ce que lon appelle un livre. Je pense aussi que certains films sont des livres, en particulier un, Apocalypse Now. Dont lécheveau na pas fini de se défaire quoi (ah je suis arrivé à la page suivante) quen disent ses détracteurs. Jarrête donc là sur Unité et Harmonie.

 

 

 

13 septembre 2015

[Texte-chronique] Bernard Desportes : La honte, encore

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:46

Qui sommes-nous ? une multitude de peuples, venus des quatre coins de la Terre qui n’en possède pas : terre unique et ronde mêlée de tous les paysages, de tous les sangs, de toutes les voix humaines. 

D’où venons-nous ? d’une succession de cultures diverses que – par delà les guerres, les religions, les obscurantismes et les barbaries – nous avons su, inexorablement, brasser, renouveler, perpétuer à travers la Renaissance, la rigueur classique, les Lumières enfin, porteuses de leur idéal de liberté  et leur conviction d’égalité. "Tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits" – il nous aura fallu plus de vingt siècles pour arriver à cela : abolir la soumission religieuse et son voile d’obscurantisme sur les esprits, reconnaître l’égalité de tous les hommes. Puis deux siècles encore de combat pour arriver, difficilement, à  l’égalité des hommes et des femmes. 

Conquêtes fragiles et, nous le savons,  jamais acquises : l’âge d’or ne fut que de courte durée… Le X X e siècle aura connu la barbarie de l’Allemagne nazie, du fascisme et du franquisme,  celle de la dictature sanguinaire de Staline,  de Mao, de Pol Pot, ou encore du très catholique Pinochet… Le X X I e siècle s’ouvre en grande pompe sur le renouveau des religions avec son lot de fanatisme et de barbarie fondés,  comme au Moyen Âge,  sur une prétendue loi divine : égorger,  violer, réduire en esclavage se fait en parallèle à la destruction systématique de toute expression culturelle (livres, sculptures, monuments…) : "Dieu n’est pas un artiste", disait Sartre, ses larbins non plus. Seuls détenteurs de la Vérité, ils n’aiment ni la culture ni les hommes (et encore moins les femmes), ils ne conçoivent ou n’acceptent l’être humain que soumis ou mort : détruit toujours.

Face au déferlement des fanatismes religieux qui menacent toute civilisation, nos dirigeants tergiversent, cherchent des accommodements et distinguent avec minutie les religions radicales des religions modérées : il faut faire la part, disent-ils, entre ceux qui professent radicalement Dieu et ceux qui ne le professent que modérément…

Enfin, à  côté,  en parallèle et parfois avec, se dresse à  nouveau, rampant  (mais de moins en moins) le mufle court de à la bête hideuse de haine et de mépris. En France c’est le Front National et ses visées programmatiques de nettoyage ethnique. Auquel  il faut ajouter tous ceux qui chassent sur ses terres : les sarkozystes, les populistes et tous les petits fascistes de la pensée rance, molle et sournoise : ceux qui n’osent pas penser tout haut. Leur dernières trouvaille : "la France ne peut accueillir toute la misère du monde". Au nom de cette pensée hypocrite et imbécile, nous ouvrirons nos portes à  20 000 migrants fuyant la Syrie soumise aux massacres de Daech et du boucher Bachar. Sur 66 millions d’habitants, ça  fait 1 migrant accueilli pour 3300 habitants ! Vive la patrie des Droits de l’homme ! Mais déjà Sarkozy s’insurge et propose de les parquer d’abord pour en faire un tri. Cependant que la majeure partie des pays de l’Europe refuse d’accueillir même 1 seul migrant sur son sol, ferme ses portes, sort ses matraques et érige des barbelés…

Où allons-nous ? "Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles", disait quelque part Valery. Nous y allons vers cette mort tranquille et gavée, nous y serons bientôt  – mais avant cela, et aujourd’hui même,  par quelle honte, encore ?

11 septembre 2015

[Texte] Mathias Richard, Prenssée #c – complexité nouvelle

Nous sommes très heureux d’accueillir une nouvelle série de syntextes, "prenssées" – signées Mathias Richard, qui prépare une suite au Manifeste du mutantisme. Mathias Richard : celui que les poètes mêmes ont détourné de la poésie… Ici, le texte-machine – l’agencement répétitif – fonctionne comme interface critique entre l’espace du dedans et le monde ambiant.

 

Merci

de ne pas

 

pogoter

 

ou

 

slammer

 

ou

 

plonger dans la foule

 

pendant

 

la lecture :

 

1/ fuck les boches bande d’enculer peno non siffler viole leur mére a ses fils de pute qu’il se face trouer le cul par les brésillien

 

2/ Laurent Ruquier coup d’état |+| ignorance = élite |+| LS3D |+| Église : à louer. |+| né-mort =

Pense aux douleurs que tu n’as pas

et réjouis-toi.

Pense à toutes les douleurs que tu n’as pas

et réjouis-toi.

 

3/ du bruit. partout du bruit. de la vie partout, entassée.

C’est la vie la plus étrange que j’ai jamais eue.

Mettre des bouchons d’oreille développe mon ouïe, la rend encore plus aiguë.

le bruit de la rue couvre le bruit de ma tête

: bouchons d’oreille + musique agressive répétitive (aggrotech) + vrombissement de machine (climatiseur) : bruit continu de protection

Aidez-moi à ne pas penser.

Je n’ai pas de derniers mots. Je suis prêt.

 

4/ Je suis un artiste. Pour moi, cela veut dire que je sens tout très fort, et que je dois développer des techniques pour m’exprimer.

Je travaille mon corps, je travaille ma voix, je travaille mes mots, je travaille ma pensée, tout va ensemble.

 

5/ Tout le monde veut s’échapper de la liberté pour s’enfermer dans une bonne vieille prison.

Vive les territoires

non organisés.

Vive les personnes

non humaines.

 

Manifestation : CORPS, PARTOUT ! / VISAGE, NULLE PART !

Contre-manifestation : VISAGE, PARTOUT ! / CORPS, NULLE PART !

Tête-tentacule. Têtentacule.

Tête-tentacule. Têtentacules, têtentacules.

 

6/ Ce livre est un trou noir. A chaque fois tu l’ouvres en te disant que tu y passes une heure. A chaque fois tu te réveilles l’après-midi du lendemain en te demandant ce qu’il s’est passé.

 

Cette personne est un trou noir. A chaque fois tu la vois en te disant que c’est pour une heure. A chaque fois tu te réveilles l’après-midi du lendemain, mélangé de morceaux partis dans d’autres dimensions, en te demandant ce qu’il s’est passé.

 

Ce lieu est un trou noir. Tu en franchis la porte en te disant que tu y passes une heure. Tu te réveilles l’après-midi du lendemain, essayant de retrouver tes morceaux partis dans des dimensions parallèles.

 

Cette machine est un trou noir.

 

7/ Quand tu es là, cela calme une douleur. Une douleur que je ne savais pas que j’avais.

Une douleur à laquelle j’étais tant habitué, que je croyais qu’elle était toute la vie. Une douleur que je ne voyais pas, car je croyais qu’il n’y avait pas autre chose, elle était mon tout ; ma normalité.

Quand tu es là, je réalise que je souffrais.

 

Quand tu es là, cela calme une douleur dont je ne m’apercevais pas. Une douleur dont je n’avais pas conscience tant elle est continue, tant j’y suis habitué.

 

Tu es le remède à une maladie que je ne savais pas que j’avais.

Et quand tu disparais je m’effondre tout est déréglé.

 

Quand tu es là, cela révèle un manque que je ne savais pas que j’avais.

 

8/ Quand nous mourons, les autres, que nous avons intériorisés dans notre système nerveux, qui nous ont construits, qui ont construit notre cerveau, qui l’ont rempli, meurent.

Quand nous mourons, les autres meurent.

 

Chacun porte une histoire, une vie complexe comme un rêve. Chacun porte une expérience incommunicable justifiant ses actes et désirs, et disparaissant avec lui.

Quand quelqu’un meurt, le monde meurt.

Quand quelqu’un meurt, tout disparaît.

Nous évoluons parmi des milliards et milliards de mondes disparus, présents, apparaissants, des milliards d’expériences intérieures que nous n’imaginons pas, dans le passé, dans le présent, dans le futur.

 

9/ Émerge alors une nouvelle religion, la religion la plus jeune du monde. Elle rajeunit sans cesse, comme l’eau vive lumineuse d’une source ou d’une fontaine eximplosant dans une simultanéité de jaillissement et de retour immédiat vers l’origine de ce jaillissement.

 

10/ L’homme allume France Info et se suicide 7mn plus tard.

 

Ce peuple n’a pas été vaincu par la violence ou la coercition, mais par le confort.

Le Poème Pédagogique consiste à infliger une torture ininterrompue.

j’ai des fleurs partout à l’intérieur

rééduquées par la torture

 

11/ En résumé, on est né, on est mort.

Chuis né, chuis mort.

T’es née, t’es morte. T’es né, t’es mort.

La vie est de la survie

et la survie

est tout ce qu’on connaît.

On fait de la peinture avec la pollution.

France Info = Suicide, France Info Balle Dans La Tête !

Est-ce qu’on a déjà vu de la drogue se droguer elle-même ?

J’aimerais perdre la conscience : -ici-

faut faire pas penser

faut faire, pas penser

pas penser pas penser pas penser

faut faire, pas penser… (ad lib)

 

10 septembre 2015

[Chronique] Deux Messieurs presque tranquilles, par Jean-Paul Gavard-Perret

Daniel Nadaud, Jean-Claude Silbermann, La langue du chat, coll. Hrdle, Editions URDLA, Villeurbanne, 2015.

 

Daniel Nadaud et Jean-Claude Silbermann sont des quasi duettistes de la mouvance post-surréaliste. L’amitié les réunit depuis très longtemps. Adeptes du cadavre exquis, ils pratiquent une de ses variations : « le jeu des réponses à des questions cachées ». L’un pose une question qu’il cache, l’autre répond à l’aveugle. Avec deux bémols à la règle de base : chaque réponse concerne la vie des deux auteurs « comme si cette question la mettait en cause », précisent des joueurs qui, par ailleurs, ont exclu questions académiques, futiles ou artistiques. Fidèles à l’esprit surréalisteils sont ainsi sortis de « l’étroitesse de la geôle mentale » pour jouir d’une « incroyable liberté ». Mais le texte vaut mieux que cette position basique de principe.
 
Disons-le tout de go, les textes sont remarquables, le jeu s’efface au profit de la qualité littéraire du sens des « réponses », si bien que chaque coup de dés, n’en déplaise à Mallarmé, fait bien abolir le hasard – à moins que celui-ci ne fasse bien les choses. Certes, et pour reprendre l’affirmation de Silbermann : « La disparition du groupe n’a en rien changé ce que j’étais, ce que je suis. Pour moi, comme pour tous ceux qui, de près ou de loin, j’en suis convaincu, s’y sont trouvés embarqués, être surréaliste, c’est être ». Et c’est bien d’être et de l’être dont il s’agit ici.
 
Daniel Nadaud comme Silbermann  pratiquent autant l’art que l’écriture. Par exemple, dans sa série "Les Écervelées" (inspirée par les opérations chirurgicales du cerveau), le premier a  libéré les crânes et les fantasmes de plusieurs jeunes filles. Le second a multiplié les « farces » en diverses matières (dont la mousse). Leurs textes sont toujours guidés par une certaine forme d’ « automatisme » dont (on l’oublie trop souvent) le sens n’est pas exclu. Et même si les deux créateurs feignent de commencer par faire n’importe quoi. Ce dernier n‘est pas  facile, ni anodin :  : il finit toujours par être quelque chose.
 
La langue du chat le prouve en son excellence.  A la question de Nadaud  « Suffit-il d’écouter pour entendre et de regarder pour voir » Silbermann « répond » par un texte aussi lumineux que crépusculaire où la nudité découverte subrepticement au jeune enfant à la fin de la guerre fait qu’elle se termine pour lui « triomphalement dans le désastre, et en beauté ». Une double autobiographie se remonte par fragments loin de l’auto-fiction dans ce qui devient divers brûlots qui firent oublier aux auteurs d’être tristes. A leurs lecteurs aussi.

6 septembre 2015

[News] News du dimanche

Ce premier RV dominical après la pause estivale est l’occasion de vous donner vos premiers rendez-vous littéraires, tout en vous invitant à lire l’hommage que Christian Prigent a rendu à Denis Roche (1937-2015).

 

 â–º Christian Prigent, très touché par la mort de Denis Roche le 2 septembre dernier, a tenu à lui rendre hommage sur le site de P.O.L ("Un vivant") comme sur Sitaudis ("Chez l’imprimeur"). Denis Roche, "un vivant" dans ce monde médiocre :

"Je vois aujourd’hui la presse parler de lui surtout comme d’une sorte d’éminence grise du monde littéraire. Et comme un directeur de collection dont la gloire serait d’avoir publié Pascal Brückner, Alain Finkielkraut ou Catherine Millet.

Quelle blague.

Ou bien cette presse rabâche distraitement le slogan héroïque («la poésie est inadmissible, d’ailleurs elle n’existe pas») auquel jamais elle ne comprit rien et dont de toutes façons elle n’a rien à battre (ça se saurait, sinon : elle parlerait d’autre chose que des proses banales sur lesquelles chaque semaine elle tartine).

Ou alors on salue Roche le photographe. La photo, en effet, c’est plus sexy et moins fatigant que les chichis de l’opaque poésie qu’on dit, pour la renvoyer à ses labos, «expérimentale».

Bon.

[…]
Denis Roche est vivant parce que sa langue est vivante."

â–º Du 10 au 13 septembre 2015, Festival international de poésie Underground à Bruxelles, avec notamment Antoine Boute, A. C. Hello, Vincent Tholomé…

â–º Vendredi 11 septembre à 19H30 à Paris, vous pouvez rencontrer dans deux librairies différentes les auteurs de deux récits qui tranchent avec la médiocrité ambiante de ce que l’on appelle "la-Rentrée-Littéraire" (drôle tout de même l’emprise du modèle scolaire dans ce pays !) : Christophe MANON sera à la Texture Librairie (94, avenue Jean Jaurès 75019) pour ses Extrêmes et lumineux (Verdier) ; Stéphane VANDERHAEGHE à la Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012) pour ses étranges Charognards (Quidam éditeur). Vous aurez l’occasion de les rencontrer à deux ensemble à la Librairie Le Bateau Livre le vendredi 30 octobre (Lille, débat LC animé par F. Thumerel).

â–ºJournées d’étude « Les Enjeux de la chair dans l’autofiction », du 19 et 20 septembre 2015, dirigées par Isabelle Grell, responsable du groupe « Genèses d’autofictions » (Equipe Sartre), ITEM, ENS/CNRS : ENS, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris.

4 septembre 2015

[Chronique] Edith Azam, Caméra, par Périne Pichon

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 4:28

Edith Azam, Caméra, P.O.L, été 2015, 160 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-3681-5.

Dans son dernier livre, Edith Azam nous donne à lire une fascinante fable sur notre temps – "ultramoderne" si l’on veut.

 

Créature anthropomorphe, Caméra enregistre les images d’un monde qui s’effrite. Caméra est la chambre noire d’une écriture, un œil qui enregistre, une piste qui capte les sons. Par magie typographique, le nom est devenu patronyme, et transforme l’objet en personnage. La raison d’être de Caméra semble contenue dans son nom : il faut capturer, stocker, puis développer les images, et au-delà une langue.

 

Chez Caméra fusionnent le corps et l’objet. L’œil observe et conserve, le corps souffre pour chaque événement saisi. L’écriture joue sur l’ambivalence de cet être qui regarde comme on récolte : les expressions référant au caméscope révèlent la mécanique d’un corps sur le point de se briser, comme le monde qui l’entoure.

 

Caméra pose son sac, sort le long drap qu’elle déchire afin de se couvrir le nez et la bouche, puis fixe son bras fendu, en écharpe. Caméra : vision brouillée. Épuisées, les batteries clignotent.

 

Caméra traverse des paysages de guerre, se heurte à des murs de pierres et de chairs, évolue dans un chaos qui confère au récit son étrangeté. C’est une course en surtension au sein d’un monde apocalyptique mais poétique, où êtres et objets semblent se décomposer et tenter tant bien que mal de se re-composer. En ce sens, Caméra est une résistante. Malgré la violence qui partout éclate, elle avance jusqu’au point de rupture de ses circuits.

 

De fait, Caméra est investie d’un rôle témoin. Mais plus qu’une pellicule elle protège un mystère : le Nom. Trésor et bouclier contre le monde qui s’écroule, il demeure au cœur de la pensée de Caméra, au creux de sa langue. Ce Nom gagne d’autant plus en importance et en opacité que l’écriture, faite d’accélérations puis de heurts, signale l’évidence brusque de certains mots. Ou pose des égalités : "à force de vouloir viser juste, à force de cela, nommer : tue". L’opération de transformation à l’œuvre dans le langage en devient perceptible : une idée, une pensée devient un acte, une réalité. Et le Nom derrière ces mots reste présent mais insaisissable.

 

Le Nom est comme l’inconnue x d’une équation. On peut concevoir la vanité de découvrir cette inconnue. On se contente de suivre la marche de Caméra, dictée elle-même par la force du Nom. Se laisser porter par la langue jusqu’à cet autre mystère humain : le langage.

3 septembre 2015

[Texte] Corinne Lovera Vitali, Monsieur Rabbit

Après "La ruse des lièvres" et "Hase" – et plusieurs autres agencements répétitifs/Objets Poétiques en Français Fautif (OPFF) -, voici une nouvelle pièce au dossier : "Monsieur Rabbit"… (site de l’auteure)

 

telle est ma vue qu’il m’arrive de regarder un épisode de Utopia S01 en croyant que la solution se trouve dans un épisode de True Detective S02 car le signe chinois pour dire lapin prétendument scarifié sur le ventre de Monsieur Rabbit a certainement dû être effacé par le psychiatre chirurgien esthétique qui semble lui-même se trouver à Albuquerque dans n’importe quelle S de Breaking Bad cela me fait souci tout le temps de l’épisode telle est ma vie qu’il m’arrive souvent d’aller au lit au moment précis où le petit train du sommeil est parti loin faire son tchou qui berce et de même pour l’appétit qui me vient fortement à la fin des repas au moment de faire la vaisselle ou du travail qui se fait au moment qu’il décide de faire autre chose puis il arrive qu’on me sollicite pour des revues de poésie je me casse la tête telle est ma tête cassée qu’il m’arrive de ne pouvoir penser qu’à écrire à propos du signe chinois pour dire lapin et du sommeil et de l’appétit qui ont disparu comme Monsieur Rabbit et sont tout aussi mystérieux que la vue la vie ma tête et les revues de poésie aussi telle est ma crainte qu’il m’arrive de solliciter moi-même les revues de poésie parce qu’il m’arrive de vouloir que ces mystères de Monsieur Rabbit et compagnie aient une place même toute petite dans l’armée libre et cependant en rang de la typographie et que tout noircis par l’effet d’un mode spécial de condensation ils disent encore fumants un morceau d’exténuation si grande est ma crainte qu’il m’arrive de supplier les revues de poésie en leur écrivant Mesdames auriez-vous l’amabilité d’aligner Monsieur Rabbit et consorts de façon que alignés ailleurs que chez moi je les voie qui disent ce que je dis et me regardent en le disant

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