Libr-critique

29 mars 2015

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de mars, en UNE, "Quid novi sub sole ?" : une réflexion de circonstance qui cligne aussi du côté de l’actualité poétique et philosophique. Et vos Libr-brèves : RV à Marseille autour du n° 41 de la revue IF ; à l’espace KHIASMA avec Jacques-Henri Michot ; à Paris avec Christian Prigent / B. Fern et T. Garnier ; Cécile Wajsbrot.

 

UNE : Quid novi sub sole ? /FT/

Dimanche 29 mars 2015, date anhistorique, pas même hystérique : morne résignation après énièmes désillusions, nihil novi sub sole – en ce temps où l’on annihile le nouveau, ni île ni vie sous le soleil (pour le dire à la façon des craductions de Le Pillouër, Prigent et bonus circulus)…

Sans recours disent les fanfarons médiamondyalisés : sans maestria, on joue un nouvel acte de cette « pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » (Alain Badiou, À la recherche du réel perdu, Fayard, 2015)… Bien jouée : bien joués ! Le réel perdu, on phagocyte la litanie dominante : … faut-être-réaliste… la-crise… Toujours-Plus : d’économies, de coupes budgétaires, de rendements, de marges arrière, d’optimisations fiscales, de stock options, de dividendes et de prébendes… Toujours moins : d’économie, d’autonomie, de services, de Liberté-Égalité-Fraternité… Toujours-Plus : jusqu’où ? Jusqu’à l’Humoins !

Notre histoire est désormais pleine de trous : trou d’ozone, trou de la sécu, trou dans les Phynances, trou dans les recettes fiscales… C’est ici que résonne ce passage extrait du dernier essai de Christian Prigent : "le trou est aussi un trou dans les têtes, vidées de grands programmes politiques, décapées du dedans de toute assurance idéologique. Et les têtes vidées, on le sait, veulent du plein, du plomb. Reste à espérer que ce plomb ne soit pas celui de toutes les crispations meurtrières, de toutes les violences désespérées de rester sans langue dans l’effondrement des croyances, de toutes les rancœurs des laissés-pour-compte de l’euphorie consumériste" (Berlin sera peut-être un jour, La Ville brûle, 2015)… Ce plomb, hélas, renforce encore la dépendance des pseudo-citoyens en attisant leurs peurs irrationnelles : le danger viendrait des "immigrés clandestins" venant "envahir" le territoire… lequel est menacé, certes, mais par les puissances du Marché globalisé.

Trop peu voient la nouvelle "bête immonde", cette pieuvre-caméléon qui conditionne et recycle nos vies mêmes : elle vit de votre travail, de votre chômage, de votre consommation, de votre santé comme de vos maladies, de la famine, de vos dettes… Tel est le nouveau nom de la domination : dette. Celle que les états néolibéraux fabriquent pour nous ligoter et nous culpabiliser (cf. M. Lazzarato, La Fabrique de la dette, éd. Amsterdam, 2011), tout en enrichissant toujours plus les nouvelles idoles, les Marchés, et par là même assurant le triomphe de la cupidité (Joseph E. Stiglitz).

Comme en 1914 et dans les années trente, les puissances financière et économique ont opté pour des pouvoirs forts afin de maintenir en respiration artificielle un capitalisme dont il faut bien décréter l’état de mort systémique. Et ce qui est l’une des rares certitudes : pas plus que l’UMPS les Effrontés nationalistes ne résoudront la-crise. Ce qu’ils apporteront en plus : le triomphe terrorisque !

Ainsi, avec Sartre, et n’en déplaise aux Belles-Âmes chrétiennes/socio-démocrates, est-il temps de tonner à nouveau : "Élections, pièges à cons !" La sérialisation favorisant les régressives pratiques du bouc-émissaire, ce n’est ni par le vote, ni par les voies politiques orthodoxes qu’adviendra le moindre changement, mais par l’invention de nouvelles formes d’action, que devront mener à bien des groupes en fusion d’un nouveau genre. Sous peine de mort cérébro-démocratique.

 

Libr-brèves

â–º Mercredi 1er avril 2015, de 19H30 à minuit, Les Mercredis Montévidéo : Lectures – Focus sur les écritures de montage – en écho à la parution du n°41 de la revue IF

PROGRAMME DE LA SOIRÉE :

TOUT AU LONG DE LA SOIRÉE – DÉCOUVERTE DU DERNIER NUMÉRO DE LA REVUE IF
Au sommaire du numéro 41 : Sylvain Courtoux, Ludovic Debeurme, John Deneuve, Rodrigo Garcia, Virginie Lalucq, Olivier Metzger, Pedro Morais, Emmanuel Rabu, Frank Smith.

20:00 – LECTURES DE SYLVAIN COURTOUX, VIRGINIE LALUCQ & EMMANUEL RABU

21:00 – DÉGUSTATION D’ANIS CRISTAL (partenaire de la revue) & AMBIANCE MUSICALE

INFOS PRATIQUES

Entrée Libre (+ adhésion) : Montévidéo, 3 impasse Montévidéo à Marseille.
Renseignements au +33 (0)4 91 37 97 35
Ouverture du bar et cuisine bistro à partir de 19:30.

â–º Jeudi 9 avril à 20H30, le festival Hors limites s’associe à l’Espace Khiasma et aux Archives nationales (France) pour accueillir l’une des cartes blanches ponctuant la résidence d’écriture de Frank Smith. Marqué, comme beaucoup d’autres, par la parution d’Un ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot, celui-ci a donc convié son auteur à en proposer une lecture, à l’occasion de la réédition de l’ouvrage aux éditions Editions Al Dante.
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Cartographie des lieux communs émaillant le langage journalistique, miscellanées rassemblant les paroles de ceux qui, artistes et écrivains, rechargent au contraire la langue en capacités à dire le monde, récit d’une écriture et des tribulations d’un manuscrit s’inscrivant dans la grande tradition romanesque du Quichotte ; la richesse et la portée critique de ce texte en ont fait outil essentiel pour qui veut résister à l’impact propagandiste des médias sur notre façon de nous formuler le réel.

En écho manifeste avec cette idée d’une « langue démocratique » développée par Frank Smith dans "Chœurs politiques, poème dramatique pour voix", l’échange qui suivra s’annonce donc nourri d’aperçus passionnants sur le « bon usage » (politique) de la faculté de parole !

Entrée libre à KHIASMA (15, rue Chassagnolle 93260 Les Lilas).

â–º Lundi 13 Avril 2015 à 19H, Maison de la Poésie Paris : PAGES ROSSES : craductions
Rencontre avec Bruno Fern, Typhaine Garnier & Christian Prigent pour leurs irrésistibles craductions (néologisme de Pierre Le Pillouër) : n’en déplaise au Cercle des Universitaires Latinistes (C.U.L.), il s’agit rien moins que de subvertir les trop sages citations des pages roses du Larousse en faisant déraper la langue ; s’ouvrent alors de jouissifs abîmes – dans le même temps que les arcanes de la fiction… Quelques exemples : "Si vales valeo / Si tu avales, moi aussi" ; "Persona non grata / Plus personne à gratter" ; "Coram populo / Coran pour les nuls" ; "Cepi maxima imperia / L’empereur porte très bien le képi"…
Avec la participation de Jean-Pierre Verheggen & de la comédienne Vanda Benes.

PAGES ROSSES : craductions, Les Impressions Nouvelles, à paraitre en avril 2015, 96 pages, 9 €, 978-2-87449-246-4.

 

â–º Jeudi 16 avril à 20H, voyez Berlin de toutes les couleurs avec Christian Prigent et Cécile Wajsbrot ! Et saluons le lancement de la collection "Rue des lignes" aux éditions La Ville brûle.

 

 

27 mars 2015

[Livre] Assomption (à propos de Hormoz, Baptême), par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret nous fait découvrir cette fois un poétique livre photographique qu’on pourra commander en format numérique.

Hormoz, Baptême, livre photographique, Corridor Elephant Edition, coll. "Arts Pocket", 76 pages pour la version papier, mars 2015 ; ebook.

 

Les portraits  de l’actrice Caroline Ducey par Hormoz constituent un étrange poème plastique. Surgit la narration plutôt pudique d’une exhibition  jouée mais non feinte. Il s’agit de montrer moins pour dire plus où  l’intimité dévoilée reste de l’ordre de la caresse. Le pacte photographique n’est pas anodin : il témoigne d’une allégorie où l’eau lustrale garde tout son sens puisqu’il transfigure la "persona" de l’actrice dont le corps est donné  en harmoniques dans sa solitude.

 

La beauté du corps n’est plus montrée pour faire rêver la foule, le propos est plus fort. S’engage dans Baptême la question de regard, du réel, du devenir. Le corps se libère de sa crasse, de sa saleté.  Loin de tout psychologisme le visage est rendu à l’essentiel là où chaque épreuve devient une preuve discrète d’amour. Et si  la part du jeu demeure conséquente, elle n’épuise pas l’engagement et l’enjeu d’une telle théâtralisation.  Le corps rayonne selon une vision qui est vouée à une forme de jubilation qui dépasse celle des sens.

 

Une telle série contrecarre l’idée proustienne que « la réalité ne se forme que dans la mémoire ». La photographie décante le vécu, le réel, met à nu non seulement le corps, le vu, l’incarné mais les fibres de la sensibilité soumises à l’épreuve de l’image et ce qu’elle engage dans une histoire qui soudain prend un caractère non anecdotique mais métaphorique.  L’entretien visuel des deux protagonistes crée un moment d’acmé, un supremus d’une osmose particulière. Elle corrode les habituelles monstrations du corps : il suscite ici – ce qui n’est pas toujours le cas chez Hormoz – plus de sérénité que d’« intranquillité ».

26 mars 2015

[Chronique] Impulsion (éloge de la rêverie), par Sandra Moussempès (à propos de Xavier Person, Une limonade pour Kafka)

"Limonade tout était si infini"… Telle est l’une des dernières phrases prononcées par Kafka, qui sert d’embrayeur à l’écriture de cet essai stimulant dont rend compte de façon si personnelle la poète Sandra Moussempès.

Xavier Person, Une limonade pour Kafka, éditions de l’Attente, hiver 2014, 130 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-048-1.

 

Xavier Person habite les livres des autres.

Nous portons tous en nous des écrivains, des artistes, des traces anonymes, comme un supplément de vie. Les livres qui nous portent sont ceux dont la langue nous recentre. Restituant des images qui implosent dans nos souvenirs et nos rêves. Les écrits des autres peuvent être les ressorts d’une discussion ultérieure, tout comme ce texte m’est impulsé par le sujet du livre de Person, qui lui-même évoque ses propres supports d’impulsion, comme un passage de relais.

 

Même si j’ avoue n’avoir pas lu Hélène Cixous (ni certains des auteurs cités par Xavier Person, dans son livre), alors que je voyais ses livres dans la bibliothèque de mes parents, que j’entendais souvent son nom dans les années 70. Je l’avais ensuite même eu brièvement comme prof (dans ma très courte carrière d’étudiante). Je me souviens d’un amphi bondé à Saint-Denis et de phrases inscrites sur un tableau. J’étais à l’époque attirée vers d’autres énergies, plus vitales. Mais je l’ai finalement lue au travers du prisme Person et ce que j’ai lu d’elle m’emballe, m’est essentiel et familier.

 

De même nous quittons une enveloppe pour en délivrer une aux timbres de voix divers. En écrivant, en lisant, un apaisement s’incruste dans notre inconscient, trouant une valve elle-même ouverte par un trauma familial ou une mauvaise digestion de non dits.

 

On sent l’auteur/Person prédisposé à séparer ce qui de la vie et de l’écriture/lecture peut s’appeler réglement intérieur. Et même de cette "impossibilité d’écrire" il en tire une lettre au poète Jean-Marc Baillieu (écrivain de sa génération, ce qui lui laisse sans doute plus de liberté) lui expliquant, sur cinq pages, tout de même, cette impossiblité, la proposition de Person s’annulant d’elle-même alors puisqu’écrire sur l’impossibilité d’écrire est encore une impulsion pour l’auteur, tout comme l’impossibilité à vivre avec les codes de ce monde peut l’être pour d’autres.

 

Dans la discrétion et une forme de langueur, les suites de phrases personnifiées par Person deviennent celles de l’écrivant ; quand l’écrivain ne cite plus les phrases des autres, il évoque alors ce qui lui a été renvoyé, d’humain :"Je me tiens dans l’obscurité et j’écris ceci en regardant ce que je vais voir apparaître à cette fenêtre". Ici encore, ce "choeur" : Revirement, tout est revirement dans l’antartique du coeur tout est infini, cela ne s’arrête jamais, les oiseaux dans le ciel glacé trouvent encore le courage de chanter.

On pourrait parler de lyrisme si le mot n’était pas galvaudé, d’une empathie pour les autres, humains, ombres, animaux, paysages ; tous les auteurs cités n’ont pas forcément besoin de faire partie de notre bibliothèque personnelle, l’intérêt du livre tenant dans cette réflexion sur ce qui s’inverse. Ce qui s’exerce dans la pensée même du lecteur/écrivain. La place de l’imaginaire dans une société devenue journalistique où tout doit trouver une explication, émaner d’un concept, voire d’une posture.

 

Une vie semblerait justifier l’écriture des livres, ou un livre justifierait une vie, c’est un peu ce théorème que Person égrène comme un chapelet fantomatique, les définitions s’étirent jusqu’à devenir floues, comme si avant de se donner le droit à l’écriture il devait emprunter d’autres "voix" :

"(…) s’avancer encore, imperceptiblement, plongé dans ce que notre sommeil finalement nous dérobe, découvrant des espaces qu’on ne saurait réellement parcourir, devenu à soi-même un personnage mystérieux, reconnu plus tard pour n’être autre que soi-même."

 

Ainsi, par la poésie de Royet-Journoud qu’évoque Person, se fait-on une idée du poème ; passent également Walter Benjamin, Perec, Celan, Duchamp, Holderlin, Rousseau, Foucault, "pères" ou "grands-pères" d’une autre fratrie et leurs axiomes de base.

 

Puisque poésie, philosophie, musique partent du même axiome. Ils ne retracent pas. Ils soulèvent le pot aux roses. Ou du moins ils devraient. Lorsque nous ne prenons plus de plaisir à découvrir un coucher de soleil ou une libellule tigrée, dans la vraie vie, c’est parce que seule l’écriture nous aurait permis d’en choisir les segments descriptifs et que sans doute nous aurions choisi autre chose qu’un coucher de soleil ou une libellule tigrée.

 

C’est donc avec cette limonade introspective/méditative, voire cette "personification du sujet" que Xavier Person nous amène à nous questionner sur nos propres champs d’impulsion.

25 mars 2015

[Texte] Marc Perrin, Spinoza in China, 11 novembre 2011-26 décembre 2014 (2/2)

Et voici la seconde partie de cette longue livraison. [Lire la présentation et la première partie]

 

     

• 11 novembre 2011 • Ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage d’Adonis Georgiadis → député grec issu du parti d’extrême droite Laos → co-éditeur → en 2006 → d’un pamphlet antisémite intitulé Juifs l’entière vérité → texte faisant l’apologie d’Adolf Hitler → + → appelant à l’extermination des Juifs → il est nommé → secrétaire d’État au développement et à la Marine marchande dans le nouveau gouvernement → grec → de coalition → aux côtés de Makis Voridis → autre député issu du parti d’extrême droite Laos → nommé quant à lui ministre des Transports.      

 

 

– Mon enfance ? Moi ? Moi mon enfance – si je peux le dire comme ça –, mon enfance a rencontré la politique de l’enfant unique avant que cette politique ne soit devenue une politique d’État, ici, en Chine, dans les années 70. Je ne sais pas si tu connais la politique de l’enfant unique. C’est avant tout une politique de la peur du vivant. C’est une politique de contrainte des corps. Et à l’échelle d’un pays l’érigeant en loi, elle produit comme conséquences un excédent de garçons, et en conséquence de conséquence elle produit un excédent de célibataires de sexe mâle. Il y a un rendez-vous hebdomadaire, ici, à Shanghai. Tous les dimanches. Ça ressemble un peu à ton marché de la loue. Ça s’appelle le marché des célibataires. Ça se passe à People’s Square. Le square du peuple. Dans tout le square il y a des célibataires, à vendre dirais-je, plutôt qu’à louer. Chacun est assis sur un petit tabouret, avec un panneau autour du cou et sur le panneau est inscrit le salaire mensuel du gars, son numéro de téléphone, et l’espoir de convenir à telle célibataire femelle et à sa famille venues ce jour-là pour faire le marché. Le prochain marché, c’est dans deux jours. Ça va être le super marché des super célibataires en quelque sorte. Deux jours après le super 11.11.11. J’irai faire un tour, dimanche, à People’s Square.      

 

 

• 11 novembre 2011 • Ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage de Zhang Jindong → président de Suning Appliance Company Limited → le plus important détaillant de produits électroménagers de Chine → alors que vient d’être signé un accord pour construire avec IBM la plus grande plate-forme d’e-commerce au monde.      

 

 

• 26 décembre 2014 • Ce n’est pas avec la plate-forme e-commerce de Suning sur le visage d’Ernesto qu’une quelconque présence au monde peut devenir effective.      

 

 

Une autre manière de faire est nécessaire.      

 

 

– Cool monsieur. Cool.

 

 

– Tu peux t’en aller Tony.

 

 

– Ok monsieur, take care.    

 

 

• 26 décembre 2014 • Ce que je voudrais dire ici en fait c’est une chose très simple      

 

 

une chose très simple comme par exemple celle-ci       aujourd’hui c’est le 26 décembre 2014 et je me lève dans la nuit et dans la pièce du bas je lis quelques pages de À nos amis du Comité invisible      

 

 

ma lecture est lente et mon attention souvent flottante fait que souvent je pense à telles situations en rapport ou pas avec ce que je lis ainsi je ne lis plus le mot du livre et je reprends la lecture en amont ainsi je lis ce matin un nombre considérable de phrases plusieurs fois      

 

 

par exemple ce matin je lis : habiter un territoire, assumer notre configuration située du monde, notre façon d’y demeurer, la forme de vie et les vérités qui nous portent, et depuis là, entrer en conflit ou en complicité      

 

 

je lis aussi : se lier stratégiquement aux autres zones de dissidence, intensifier les circulations avec les contrées amies sans soucis de frontières      

 

 

je lis aussi : dessiner une autre géographie discontinue, en archipel, une autre géographie intensive et      

 

 

donc, partir à la rencontre des lieux et des territoires qui nous sont proches, même s’il faut parcourir 10 000 km      

 

 

je pense à Angela et aux recherches qu’elle mène relativement à la sédentarité, au nomadisme, à la scripturalité, à l’oralité, aux pouvoirs nécessairement méchants, et aux puissances de joie      

 

 

se sentir à la bonne place ou pas c’est-à-dire sentir si cette vie là est bonne ou ne l’est pas      

 

 

je sens bien si ce que je vis, là où je le vis, avec qui je le vis, je sens bien si cela est bon ou ne l’est pas      

 

 

ce matin je sens bien que c’est bon je sens bien que ce n’est pas que pour ce matin je sens bien que ce n’est que pour moi est-ce une joie      

 

 

c’est une joie si elle n’est pas que pour ce matin      

 

 

c’est une joie si elle n’est pas que pour moi      

 

 

ce matin je pense à la seule conférence que j’ai accepté de travailler pour l’an prochain      

 

 

la seule conférence que j’ai accepté de travailler pour l’an prochain aura lieu à la médiathèque de      

 

 

Chantelle dans le département de l’Allier le samedi 7 mars 2015 à 16h30      

 

 

selon le dernier recensement de 2011 il y a 1074 habitants à Chantelle      

 

 

ce matin je me dis que si les 1074 habitants de Chantelle souhaitent venir à la conférence la médiathèque sera trop petite mais on pourra aller sur la place devant la mairie      

 

 

là en tout cas ce matin je me dis que quoi qu’il en soit et qu’ils viennent tous ou pas moi j’écris ma conférence pour tous      

 

 

j’ai pas encore trouvé le titre de la conférence mais ce matin je sais que je la travaillerai avec en tête et au cœur au moins 5 livres      

 

 

À nos amis du Comité invisible      

 

 

l’Éthique de Baruch Spinoza      

 

 

Capitalisme et schizophrénie de Gilles Deleuze et Félix Guattari      

 

 

Tomates et Les années 10 de Nathalie Quintane      

 

 

Le maître ignorant de Jacques Rancière     

 

 

La pluie d’été de Marguerite Duras      

 

 

La survivance des lucioles de Georges Didi-Huberman      

 

 

toutes les autres conférences que je donnerai après celle-ci j’appellerai pas ça du travail et j’y mettrai tout autant tout mon cœur      

 

 

je ne prétends pas maîtriser la situation mais je m’y sens bien      

 

 

ce matin nous sommes quatre à vivre dans cette maison      

 

 

ce matin deux petits animaux non-humains et Angela et moi nous vivons tous les quatre dans cette maison      

 

 

les petits animaux non-humains ce sont des chats Angela et moi nous les avons nommés Baruch et Virginia      

 

 

Baruch et Virginia on les a trouvés sur un parking au bord d’une plage il y a presque cinq mois      

 

 

Baruch et Virginia on les a trouvés ils avaient à peine une semaine on les a nourris tout l’été avec biberons comme on fait possiblement aussi avec des animaux humains      

 

 

Angela et Baruch et Virginia et quelques amis et moi on est en train de préparer des conférences qui seraient pas du tout du travail et qu’on trafiquerait dans l’espace public à proximité des panneaux d’affichage libre      

 

 

ce matin je prends un bus qui me rapproche du centre de la ville et je constate que plus l’on s’approche du centre de la ville moins nombreux sont les panneaux d’affichage libre      

 

 

on est pas des révolutionnaires pas pour l’instant du moins      

 

 

on sent bien qu’on est encore dans une manière de vivre qui ne correspond pas au maximum de notre puissance      

 

 

on n’arrête pas de comprendre que la puissance n’a pas de maximum      

 

 

en 2012 avec Angela on a fait ce qu’il fallait pour rendre la rencontre possible et la rencontre a eu lieu      

 

 

depuis 2012 avec Angela on fait vivre la rencontre comme on peut certains jours on peut un maximum et d’autres c’est moins maxi c’est-à-dire on fait vivre la rencontre comme on comprend la rencontre avec nos possibles bien vivants oui c’est comme ça que l’on fait comme quiconque fait je pense c’est quelque chose qu’on aime faire      

 

 

en 2012 & 2013 avec cousin Ki on s’est vu quelque fois quelques jours pour travailler sur la compréhension de l’Éthique de Baruch Spinoza lui à vouloir lire tous les commentaires explicatifs et savants de Robert Misrahi et Pierre Macherey moi énervé par ça ne jurant que par l’intuition et c’est comme ça qu’on a fait cousin Ki et moi on a aimé faire ça en 2012 & 2013 c’est important en 2014 on n’a pas pris le temps pour 2015 on y est pas encore      

 

 

en 2010 & 2011 à l’automne au printemps et en hiver on s’est vu assez régulièrement avec quelques amis dans des bars à Nantes pour travailler à la compréhension du premier chapitre du premier livre de Capitalisme et schizophrénie de Gilles Deleuze et Félix Guattari      

 

 

le titre de ce premier chapitre c’est Les machines désirantes      

 

 

avec les machines désirantes il y a le désir en vie par ce qui se produit et non par ce qui manque  

 

 

cette manière de penser le désir a été une rencontre super importante je travaille à faire vivre cette rencontre super importante      

 

 

en novembre et en décembre cette année en 2014 je suis allé voir deux fois l’exposition consacrée au boulot de Marcel Duchamp à Paris ce fut un grand plaisir j’avais oublié à quel point j’aimais le travail de Marcel Duchamp à quel point ç’avait été une rencontre super importante que j’avais oublié de travailler à faire vivre ces dernières années      

 

 

j’ai acheté le livre de Maurizzio Lazzarato Marcel Duchamp et le refus du travail je ne l’ai pas encore lu je vais le chercher ce matin dans la bibliothèque et en le retirant de la pile vient avec lui Le maître ignorant de Jacques Rancière      

 

 

j’ai lu Le maître ignorant de Jacques Rancière ce fut une rencontre super importante elle continue de vivre j’aime qu’elle continue de vivre je parle souvent de ce livre j’aime quand ce livre continue de vivre      

 

 

dans Le maître ignorant il est question de l’égalité des intelligences comme préalable à toute relation      

 

 

ce matin je pense à La pluie d’été de Marguerite Duras et à l’intelligence de l’amour et de la connaissance      

 

 

ce matin je lis quelques pages de À nos amis et j’entends des bruits dans la cuisine j’imagine que c’est Angela qui fait un café      

 

 

ce matin avec Angela on vit dans cette maison depuis presque huit mois      

 

 

ce matin avec Angela on pense la maison comme un lieu possible & en lien avec d’autres maisons & autres lieux      

 

 

ce matin j’achète 5 exemplaires de À nos amis du Comité invisible et 5 exemplaires des Années 10 de Nathalie Quintane      

 

 

dans les jours qui viennent j’offrirai ces livres aux amis avec qui nous passerons du temps ici dans la maison ou ailleurs avec qui nous prendrons du temps pour vivre ensemble ce temps-ci cette époque-ci ces jours-ci où que ce soit      

 

 

ce matin je marche le long de l’Erdre c’est un affluant de la Loire à Nantes      

 

 

ce matin je rejoins la maison j’ai acheté de la viande pour les deux animaux non-humains Baruch et Virginia et du vin et du pâté de campagne pour Angela et moi le pain le plus souvent nous le faisons nous-mêmes      

 

 

ce matin je marche le long de l’Erdre j’aime cette vie avec Angela et Baruch et Virginia et les amis      

 

 

je crois qu’il est important de le dire      

 

 

il est important d’aimer cette vie et de la faire aimable      

 

 

je ne crains pas d’employer le verbe croire      

 

 

dans un monde connu reconnu comme étant majoritairement invivable      

 

 

l’aimable que nous pouvons vivre augmente la puissance générale du vivable      

 

 

aussi puissant que puisse être le majoritairement invivable      

 

 

l’attention à l’être général me semble une bonne voie      

 

 

la voie qui peut s’énoncer n’est pas la voie pour toujours      

 

 

le nom qui peut la nommer n’est pas le nom pour toujours      

 

 

Lao Tseu est représenté comme un vieillard à la barbe blanche parfois monté sur un buffle      

 

 

je voulais dire ça plutôt que de raconter je sais pas quoi à propos de la fin de la journée du 11 novembre 2011      

 

 

à propos de la fin de la journée du 11 novembre 2011 je voudrais juste évoquer une chose      

 

 

il y a ce moment où on se retrouve avec Vince Parker pour boire une bière dans un bar d’expatriés du quartier de l’ancienne concession française à Shanghai      

 

 

il y a ce moment où Vince Parker me dit qu’avec Caroline, demain, ils partent pour deux jours pour décompresser, dans le sud du pays, au bord de la mer, ils ont besoin de ça, lui tous les jours à la bibliothèque à bosser comme un dingue sur sa thèse et elle à taffer comme une dingue itou jusqu’à minuit, encore, ce soir, pour l’événement haut de gamme international à ne surtout pas rater sinon      

 

 

• 11 novembre 2011 • Peut-être alors est visible sur le visage d’Ernesto le visage de Thierry Fragnoli → juge d’instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris → peut-être alors est visible sur le visage d’Ernesto le visage de Thierry Fragnoli alors qu’il pense à l’information judiciaire ouverte cette semaine à Nanterre → pour faux et pour usage de faux en écriture publique → dans l’affaire dite du groupe de Tarnac → peut-être alors est visible sur le visage d’Ernesto le visage de Thierry Fragnoli alors qu’il pense à l’information judiciaire accusant la police antiterroriste d’avoir rédigé un procès verbal mensonger ayant permis les arrestations des membres du groupe dit de Tarnac → peut-être alors est visible sur le visage d’Ernesto le visage de Thierry Fragnoli alors qu’il pense aux mots de l’un des avocats des membres du groupe dit de Tarnac → ce procès → verbal → est bourré d’invraisemblances → cette instruction permettra de faire ce que le juge aurait dû faire → c’est-à-dire → des actes à décharge seront enfin accomplis → peut-être alors est visible sur le visage d’Ernesto le visage de Thierry Fragnoli alors qu’il pense aux mots de l’un des avocats des membres du groupe dit de Tarnac → les enquêteurs ne cessent de clamer qu’ils ont des éléments → or → après trois ans → rien.      

 

 

• 26 décembre 2014 •      

 

 

dans quatre jours avec Angela & Arno & Sokou & Théo on grimpe dans une bagnole et on va rejoindre amies & amis & brothers & sisters en Allemagne      

 

 

j’offrirai un exemplaire de À nos amis & un exemplaire des Années 10 aux amies & brothers & sisters & amis en Allemagne      

 

 

je leur proposerai de faire circuler les deux bouquins entre eux ou d’en acheter quelques exemplaires ou d’aller en voler à la Fnac ou chez Leclerc      

 

 

on est pas des révolutionnaires      

 

 

pas pour l’instant      

 

 

on sent bien qu’on est encore dans une manière de vivre qui ne correspond pas au maximum de notre puissance  

 

 

on sent bien que notre puissance est en vie et ne faiblit pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                    11.11.2011

 

 

http://www.20minutes.fr/monde/821694-20111111-grece-extreme-droite-entre-gouvernement http://www.europe1.fr/international/ces-sulfureux-ministres-d-extreme-droite-815589 http://www.reuters.com/article/2011/11/12/suning-ibm-idUSL3E7MB1D120111112 http://french.peopledaily.com.cn/Economie/7642689.html http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111111.OBS4338/tarnac-la-justice-enquete-pour-faux-apres-une-plainte-contre-la-police.html                  

21 mars 2015

[Texte] Marc Perrin, Spinoza in China, 11 novembre 2011- 26 décembre 2014 (1/2)

C’est peu dire que nous nous réjouissons de publier ce feuilleton itinérant signé Marc Perrin en collaboration avec Hors-sol, Remue.net et La Vie manifeste. Vous retrouvez ci-dessous le personnage d’Ernesto, dont la dernière apparition sur Libre-critique remonte au 22 octobre 2013.

 

Spinoza in China | Novembre 2011 sera bientôt un livre. Il paraîtra cette année aux éditions Dernier Télégramme, et se présentera plus ou moins sous la forme d’un journal. Le journal d’Ernesto, âgé de 10 ans et quelques secondes ou et quelques siècles, lors de son premier voyage en Chine, en novembre 2011. Avec l’Éthique de Spinoza en poche.

 

Ce journal, poème, récit, commence le 0 novembre 2011, et s’arrête le 35 novembre 2011. À partir du 9 novembre 2011, la fin de l’année 2014 et le début de l’année 2015 et les jours qui suivent s’invitent dans le journal, poème, récit…

 

Il y a un blog, où l’on peut lire l’ensemble des textes du chantier en cours en leur état d’avancement, dont une présentation, ici.

 

Il y a des revues (Aka n°1 & n°4, Chimères n°81, La tête et les cornes, Multitudes n°57, Nioques n°13, Pli n°3, remue Général Instin) qui ont publié certaines formes de certains de ces textes.

 

Il y a eu des lectures, des performances en solo, ou en duo, avec le contrebassiste Benoit Cancoin. D’autres sont à venir.

 

Aujourd’hui, Hors-sol, La vie manifeste, Libr-critique, et remue.net s’associent pour publier Spinoza in China | Novembre 2011 en feuilleton itinérant, d’une revue l’autre, à partir de la journée du 9 novembre 2011.

 

Sommaire du feuilleton :

Spinoza in China, 9 novembre 2011

Spinoza in China, 10 novembre 2011

 

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SPINOZA IN CHINA / 11NOVEMBRE 2011 / 26 DÉCEMBRE 2014 [1/2]

 

 

      Spinoza in China est également un dialogue retranscrit sur un rouleau de papyrus de 3 mètres 60 de long sur 33 centimètres de large, avec Ernesto, et son maître Wang Taocheng, tous les deux, vivants, à la surface du rouleau. [*]

 

 

– Ernesto, tu n’es plus un gamin maintenant. Il serait peut-être temps que tu te décides à te trouver une femme. Te trouver une femme, et enfin avoir une vie normale, non ?

– Si vous le dites monsieur. Peut-être bien. Mais si je me trouve une femme comme vous dites je tiens à ce que les choses soient bien claires entre nous. Si je me trouve une femme moi je vous laisse tomber comme un vieux machin, je vous laisse tout seul, je vous laisser tomber, là, comme une veille serpillière, bien mouillée, bien trouée, bien sale et qui pue, je vous laisse tout seul crever dans votre coin. Avec plus personne pour s’occuper de vous. Est-ce que c’est ça que vous voulez ? Aujourd’hui ? Qui à part moi s’occupe de vous aujourd’hui ? Qui va s’occuper de vous si je me trouve une femme comme vous dites ? Est-ce que c’est le bon moment, vous croyez, pour vous ? Pour être tout seul. Crever tout seul. Est-ce que vous croyez que c’est le bon moment pour vous retrouver tout seul avec tout votre boulot, là, bien lourd, et votre cœur bien lourd aussi, et vous tout seul, à porter tout ça ? C’est ça que vous voulez ? J’ai l’impression que vous êtes super proche de trouver quelque chose. Vous avez vraiment envie de le trouver tout seul ? De vous retrouver tout seul à ce moment-là ? It’s up to you master.

– J’ai un putain de problème, Tony. Je peux t’appeler Tony ?

– Pourquoi pas.

 

 

      • 11 novembre 2011 • Ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage de Riyad Mansour → ambassadeur palestinien à l’organisation des nations unies → il comprend que le comité des admissions du conseil de sécurité de l’organisation prend acte de l’absence d’accord sur l’admission de la Palestine.      

 

 

– Tony. Je réalise chaque jour davantage que je ne suis pas grand chose d’autre qu’un putain de gros paquet plein de vide. Voilà. Je me sens plein de vide, et j’essaye de trouver un moyen pour produire une espèce de forme, une espèce de forme ou une espèce d’ensemble de formes, je ne sais pas, qui ressemblerait à ce putain de vide. Tu vois ? Mais rien ne vient, et surtout : ce que je comprends, ce que je comprends chaque jour un peu plus, en théorie, mais que je ne parviens pas à transformer en une réalisation concrète, c’est que plutôt que de produire une forme, une forme ou un ensemble de formes qui ressemblerait à quelque chose de l’ordre du vide, ce que je comprends, c’est qu’il est absolument vain de vouloir produire quoi que ce soit qui ressemble à. Ce qu’il me faudrait parvenir à faire : ce serait : ne plus produire, voilà. C’est ça en fait que j’essaye de faire, depuis plus de 30 ans : en essayant de produire quelque chose qui ressemble au vide. C’est ça qu’il faudrait que je parvienne à faire C’est arrêter de produire le truc que je veux faire. Mais j’y arrive pas Tony. Et au milieu de tout ça, je n’arrête pas de penser au boulot de Tuttle. Je sais pas si tu connais. J’arrête pas de penser à sa série Boys Let’s Be Bad Boys, tu vois ?

– Ce que je vois, monsieur, c’est qu’en effet je pense que vous seriez bien inspiré de ne rien faire qui puisse ressembler à quoi que ce soit qui soit en lien avec le vide. Je pense que vous avez tout simplement besoin d’une femme, vous aussi. D’une femme, ou d’un homme, en tout cas d’une compagnie, amoureuse ou et sexuelle. Et qu’en effet, il est temps que je parte, et peut-être je ne sais pas : il serait peut-être grand temps que vous vous trouviez une autre modalité d’existence, à la place de ce taf, que vous abattez, comme ça, toute la journée, 20 heures sur 24, à essayer tout seul de trouver une forme ou des formes pour produire quand c’est en effet arrêter de produire qui semble être votre souhait number one.

– Tony, est-ce que c’est ça que je t’ai enseigné ?

– Monsieur, vous m’avez enseigné ce que j’ai appris n’est-ce pas ? Très sincèrement : j’espère être l’un de vos super disciples.

– Tony….

– Oui monsieur ?

– C’est aujourd’hui le jour des célibataires, tu sais ?

– Oui je sais.

– C’est aujourd’hui le 11 novembre. Le 11.11. Un, un, un, un. Aujourd’hui c’est même comme tu dirais le super jour des célibataires. C’est le 11.11.11. Un, un, un, un, un, un. Tu peux t’en aller Tony.

– …

– …

– Je peux vous raconter un truc, avant de partir ?

– Si tu veux.

 

 

• 11 novembre 2011 • Ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage d’Antonio José Seguro → premier secrétaire du parti dit socialiste → portugais → il dit → relativement à l’abstention du parti dit socialiste → portugais → à l’occasion du vote du budget 2012 → budget d’une rigueur allant au-delà des mesures recommandées par la commission européenne → + → la banque centrale européenne → + → le fonds monétaire international → en échange d’un plan d’aide de 78 milliards d’euros → il dit → avant que le budget ne soit adopté sans problème en première lecture → le gouvernement de centre-droit du premier ministre Passos Coelho disposant d’une confortable majorité → il dit → relativement à l’abstention du parti → dit socialiste → portugais → il dit → l’abstention → du parti dit socialiste → est un vote pour la continuité du Portugal → dans la zone euro → est un vote pour la continuité.      

 

 

– J’ai envie de vous raconter ce qui m’est arrivé il y a exactement 74 ans. Le 11 novembre 1937. J’avais 10 ans et 3 secondes ce jour-là. Je vivais à Chantelle, dans le département de l’Allier, en France, et ce jour-là à Chantelle c’était le jour du marché de la loue, sur le champ de foire. Le 11 novembre, en 1937, c’était un jour où les propriétaires des fermes venaient pour louer des fermiers et des ouvriers. Et en même temps qu’ils louaient les fermiers et les ouvriers, ils louaient chaque famille qui allait avec. Moi, ce jour-là, pour mes 10 ans et 3 secondes, j’ai voulu qu’on m’achète un accordéon. Il y avait des gitans qui étaient passés dans le village juste la semaine d’avant. Ils étaient arrivés sur une carriole, ils étaient 4, 5, ils s’étaient arrêtés au carrefour, juste à côté de notre maison. Le même carrefour où mon brother Andrea ira tous les matins serrer la paluche du vieux soldat allemand affecté à la surveillance de cette intersection de routes-ci, tout le printemps 44. Là, à ce même endroit, sept ans plus tôt, donc, les gitans s’étaient arrêtés, une heure ou deux heures, pas plus. Ils s’étaient arrêtés parce qu’il y avait un puits à cet endroit, avec de l’eau. Ils se sont lavés. Ils ont rempli quelques seaux. Et puis ils sont repartis. Pendant tout le temps qu’ils étaient là, l’un d’entre eux jouait de l’accordéon, et une jeune femme, parfois, chantait avec lui. Je m’étais approché un petit peu d’eux, pas trop, je m’étais positionné plus ou moins à mi-distance, entre là où ils étaient, et la maison où on vivait, avec la family, derrière moi. Je m’étais assis sur un seau en métal, renversé, et j’écoutais le gars qui jouait, et la fille qui parfois chantait avec lui. Quand ils sont partis, ils m’ont fait des grands signes de la main, en riant très fort. C’est ça qui m’a donné envie d’un accordéon. Tout ce moment-là. J’ai pas arrêté d’y penser, pendant une semaine, et le 11 novembre 1937 au petit déj j’ai dit à mes parents : je veux un accordéon. Je veux jouer de l’accordéon. Mes parents, ils m’ont tout de suite arrêté. Ils m’ont dit que ça coûtait trop cher. Ça coûtait quelque chose comme plus de 10 fois ce qu’ils gagnaient en un mois ou une année de travail, je ne sais plus. Je me souviens juste que c’était une somme d’argent énorme, et l’accordéon, ça n’a pas été possible. Mais j’avais envie de faire quelque chose avec mes doigts, avec mes mains. Je me suis rendu compte de ça illico, ce n’était pas tant l’accordéon ou la musique dont j’avais besoin, mais de faire quelque chose avec les mains. Et comme il y avait des œufs durs sur la table, je me suis dit : tiens, je vais jongler avec les œufs. Jongler avec des œufs : ça coûte presque rien, il suffit d’avoir des œufs. Et c’est comme ça que j’ai laissé tomber l’idée de l’accordéon et que j’ai commencé l’apprentissage du jonglage, sur le trottoir, devant la maison. Ça, c’était en 1937, le 11 novembre 1937. À une époque, comme je vous dis, où le 11 novembre, c’était le jour du marché de la loue. Le jour de la loue humaine. Un jour, donc, avec un marché, sur la place du village. Un jour où on loue des êtres humains, pour le travail de l’année à venir. Et en même temps, un jour de foire au bétail. Un jour, avec des propriétaires qui font leur marché et qui achètent et vendent des animaux et qui louent en même temps des êtres humains avec toute leur famille, pour l’année à venir. C’est pratique et rapide. C’est le 11 novembre. C’est le jour de la Saint-Martin. On te loue, le matin, et dans la journée, tu déménages avec toute ta petite famille en direction de la ferme où tu vas bosser, et vivre, pendant toute une année. Ce jour-là, le 11 novembre, c’est aussi le grand jour des déménagements pour tous ceux qui ont été loués. Depuis que la loue humaine a commencé d’exister, bien avant 1937, le 11 novembre, c’est le jour des déménagements. Et je me suis longtemps demandé, d’ailleurs, si l’inconscient des militaires avait voulu associer cette tradition de la loue humaine, avec déménagement – c’est-à-dire cette mobilité humaine associée au travail – , je me suis longtemps demandé si l’inconscient des militaires avait voulu associer cette loue avec déménagement à la signature de l’armistice, Le 11 novembre, en 1918. Je me suis longtemps demandé si l’inconscient des militaires avait voulu associer cette tradition de la loue humaine avec déménagement, mobilité, travail : à une signature de paix. Et je me suis demandé s’il y avait d’autres dates, comme ça, qu’on pouvait associer. Avec d’un côté : une location humaine, avec travail plus ou moins rémunéré associé à délocalisation du lieu d’habitation. Et de l’autre côté : signature d’un armistice. Ou d’un traité mettant fin à quelque combat, et déclarant plus ou moins l’existence d’une paix. Comme je ne suis pas très fort en histoire, j’ai rien trouvé. J’ai pas cherché. Par contre, comme n’importe qui j’ai un inconscient avec plein de trucs dedans, et dedans : je suis allé chercher une date. J’ai choisi le 22 mars 1968. Et alors ? Et alors je me suis demandé si un jour des militaires, ou quelques autres humaines ou humains armés, armées, d’une manière ou d’une autre, associeraient cette date de 1968 à la signature d’une paix quelconque, ou bien au contraire si cette date serait un jour associée à quelque déclaration d’une hostilité nouvelle, ou au renforcement d’une hostilité déjà existante, par exemple je ne sais pas, comme si, dans 3 ans, le 22 mars, dans la nuit du 21 au 22 mars, par exemple, des syndicats dits majoritaires et une organisation patronale signaient quelque chose comme un accord national et interprofessionnel relatif à l’indemnisation du chômage, un accord qui par exemple aurait pour conséquence, en douce, d’empêcher tout gamin de 10 ans et 3 secondes de jongler sur les trottoirs, ou de demander un peu d’argent à un président de la république, comme ça m’est arrivé, à moi, en 1972, quand j’avais 10 ans et 4 secondes et que j’étais arrivé à un certain niveau dans ma pratique du jonglage, et qu’alors j’avais ressenti le besoin de découvrir d’autres techniques qui me permettraient par exemple de jongler avec des œufs plus gros, plus denses, ou plus intenses, je ne savais pas exactement, mais ce que je me disais alors c’était que le bon endroit pour continuer, ça pouvait être les états unis d’Amérique du nord. Pour découvrir de nouvelles techniques, avec des œufs beaucoup plus gros, beaucoup plus denses, beaucoup plus intenses, les étais unis d’Amérique du nord je me disais que ça pouvait être un endroit intéressant pour ma pratique du jonglage. Mais. Les états unis d’Amérique du nord, comme mes parents entre 1937 et 1972 n’étaient pas devenus spécialement super riches, il a encore été question d’impossibilité, à cause de l’argent qu’il n’y avait pas, pour payer le voyage. Mais là moi j’avais trop la nécessité du cirque et du jonglage en moi alors j’ai inventé un nouveau numéro de jonglerie sous forme d’un dossier super cirque que j’ai envoyé au président de la république d’alors qui s’appelait Georges Pompidou et qui avait écrit une anthologie de la poésie française pas super contemporaine mais quand même une anthologie de poésie, ce qui n’était jamais arrivé avant – pas certain – , et qui en tout cas n’est jamais arrivé depuis – ça, c’est sûr – , et je me suis dit que ce type pouvait être sensible à ma demande et ça a pas manqué il a été sensible à ma demande et il a traduit sa sensibilité en me filant un peu d’argent pour que je m’achète un billet d’avion et j’ai pu aller aux états unis d’Amérique du nord pour continuer ma recherche avec le jonglage et des œufs gros et denses et intenses et alors j’ai été loin de mes parents pendant dix ans, sauf une fois, je suis revenu, une seule fois, pour des vacances, en 74, et là, quand je suis revenu, à Chantelle, j’ai d’abord vu ma mère et quand je l’ai vue I suddenly found that she became old, et, mon père, je sais pas où il était à ce moment-là et je suis retourné aux états unis d’Amérique du nord et j’y suis resté jusqu’en 1981, et quand je suis revenu en France ma mère avait continué de vieillir, je comprenais toujours pas où était mon père et vous quand je vous ai vu la première fois je veux pas dire que j’ai compris davantage où il était ni comment ma mère avait vieilli, mais c’est vrai que j’ai pensé à eux deux très fort en vous voyant. Et vous, votre enfance, ça s’est passé comment ? [**]                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[*] • [D’après A Person Who Has Never Seen the Ocean. Ink, mineral pigment, pencil, acrylic, 360 x 33cm, 2010. Wang Taocheng; http://www.ovgallery.com/artist/wang-taocheng/#art ]

 

 

[**] • [Très librement inspiré de la vidéo From No.4 Pingyuanli to No.4 Tianqiaobeili, 2007. Ma Qiusha; http://www.maqiusha.com/en]                                                 11.11.2011 http://www.liberation.fr/monde/2011/11/11/adhesion-palestinienne-constat-d-un-desaccord-au-conseil-de-securite_774102 http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20111111.OBS4333/plan-de-rigueur-draconien-pour-le-portugal.html                  

 

8 mars 2015

[News] News du dimanche

Le programme jusque début avril étant des plus chargés, voici de nouvelles Libr-brèves : Prigent, Moussempès, Th. Rat, rencontres autour de larevue* et Place de la Sorbonne, Castanet sur Genet…

 

â–º Brèves sur Christian Prigent :

Commencement (1989), réimprimé par POL, est à nouveau disponible.
Sade au naturel (essai, 2014) et Une hérédité ravigotée (entretien, 2014) sont désormais consultables en ligne sur SILO c/° pol-editeur.

— Parution récente : réédition revue et augmentée de Berlin deux temps trois mouvements, Zulma, 1999.

 

â–º Brèves sur Sandra Moussempès :

– Le vendredi 20 mars 2015, lecture-rencontre à 19H30, librairie Texture (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris).

– Le jeudi 26 mars à 18H30, RV Librairie Ptyx (39, rue Lesbroussart à Ixelles – Belgique).

– Le dimanche 5 avril à 20H, RV sur France Culture, dans l’émission de S. Nalleau "Ça rime à quoi".

 

â–º Thierry Rat, "Décalage vers le rouge" / "L’ŒIL ENCLIN" / VERNISSAGE – EXPOSITION : vendredi 13 mars à 19H au Grand Bouillon (2ter rue du Moutier à Aubervilliers).

« Le décalage vers le rouge est un phénomène astronomique dans lequel on observe qu’un corps céleste, s’éloignant d’un champ gravitationnel, par exemple celui de la terre, voit la longueur d’onde de son spectre lumineux se « décaler » vers le rouge. Cela permet de calculer la distance qui nous sépare de cet objet.

En peinture, la surface travaillée cherche à se donner telle qu’elle est, tout autant dans son ensemble que dans ses variations ; là où l’écart des tons est décalage vers le rouge, différ(a)nt d’un rouge constant.

On ne parlera donc pas de « monochromie », mais de tentative d’approche d’un « presque rouge ».

Un décalé autant qu’un différé.

Il manque au rouge le rouge, un entre-rouges ; éléments colorés d’un tout à peine unifié, marqué par la touche du pinceau. C’est une touche simple faite de deux traits croisés, répétés linéairement de droite à gauche et de haut en bas, ligne après ligne.

Trame d’un fond où s’étale la peinture, traces juxtaposées de rouges et d’orangés mélangées directement à même la toile. »

 â–º Samedi 14 mars, 17H, rencontre autour de larevue* à l’Arthotèque de Caen : avec Bruno Fern, Typhaine Garnier et Ettore Labbate.

â–º Soirée de Place de la Sorbonne, à l’occasion de la sortie du n° 5 de la revue.

Ce sera le lundi 16 mars prochain à 19h, dans ce très beau lieu qu’est le Réfectoire des Cordeliers (15 rue de l’Ecole de Médecine, métro Odéon).
 
Beau "plateau" : 

Gabrielle Althen, Jean-Pierre Bobillot, Gale Burns, Emmanuel Moses, Valérie Rouzeau, Jean-Luc Steinmetz, Krizstina Toth.

 

Les œuvres du peintre Claude Thomasset, qui figurent dans cette livraison, seront projetées pendant les lectures.

 

â–º Pour la parution du dernier livre d’Hervé Castanet, Comprendre Genet, aux Éditions Max Milo, la Section Clinique et l’ACF-MAP s’associent au Théâtre du Petit Matin pour organiser une rencontre avec l’auteur, psychanalyste à Marseille, membre de l’Ecole de la Cause freudienne.

À cette occasion Nicole Yanni et Franck Dimech, tous deux acteurs et metteurs en scène, vous feront découvrir, par la lecture de morceaux choisis, un Genet comme vous ne l’avez peut-être jamais entendu: celui de « cette solitude [qui] à la fois sépare et ne sépare pas ». (p. 59)
La discussion sera animée par Elisabeth Pontier, psychanalyste à Marseille et membre de l’Ecole de la Cause freudienne.

La soirée se déroulera le samedi 21 mars à 20 h 30 au Théâtre du Petit Matin (67 A rue Ferrari à Marseille).
Vous pouvez dès à présent réserver vos places en envoyant un mail à section.genet.autpm@gmail.com

Renseignements : 06 75 19 80 26

5 mars 2015

[Chronique] Série Z deux points, par Emmanuèle Jawad

Emmanuèle Jawad nous invite à découvrir une série des plus singulières : z :

 

Dans un souci de qualité typographique, chacune des séries z rassemble 4 plaquettes (formées de 4 volets pliés recto-verso) d’auteurs différents. Sur un axe thématique transversal aux séries 2 et 3 (l’animal abordé plus ou moins explicitement selon les auteurs), on retient en particulier les textes de Maël Guesdon, Caroline Sagot Duvauroux, Arno Bertina et Anne Kawala.

 

série z : 2 propose un texte intrigant et très dense de Maël Guesdon qui multiplie les espaces : mental, aux frontières d’un réel/ imaginaire, rapportant des éléments de géométrie (point, ligne), « hors de la nature », délimité, dans une représentation à la fois physique, symbolique et onirique, à un couloir, d’où s’articulent les espaces intérieur et extérieur. Dans leur porosité, ils concourent, sous une forme d’intranquillité au lieu d’un questionnement, en lien avec l’enfance. Des espaces temporels s’y développent, ceux de l’enfance sous forme de réminiscences portées par un lexique y afférant (« monstre, « animal-loutre ») et de références bibliques. De cette composition émane un ton d’étrangeté mettant en situation des jeux homophoniques dans des créations lexicales (à partir de « indécise » : « indis », « l’indise », « l’in dit se »), Maël Guesdon utilisant pleinement le support offert pour établir des liens (graphiques et textuels) entre les pages, l’espace d’écriture devenant un espace gigogne fascinant.

 

Dans un texte se rapportant à l’écriture elle-même, champ poétique porté par ses mouvements, références et extensions dans l’art contemporain, Caroline Sagot Duvauroux compose, pour sa part, avec l’histoire poétique (à partir de la fable « le coche et la mouche » et, la détournant, la mouche à histoires comme animal pensant « le poète est un artiste non un écrivain pense la mouche à histoires »). Le texte s’élabore en réseau de références, clins d’œil, fines touches et critiques, où l’on retrouve Schwitters, en résonance avec ce qui pourrait être la fugue inachevée du cycle des exils de Patrick Beurard-Valdoye, emportant également sur son passage les cadavres exquis surréalistes, la poésie sonore (« déborde le système dans le son qui s’entête à chercher dans la lettre un autre nom qu’image »), le cut-up (« coupe et colle ») et ses liens avec l’art contemporain, en particulier l’art conceptuel.

 

Série z : 3 prolonge cet axe thématique sur la question de l’animal, de façon plus ou moins diffuse, proposé dans la série précédente. On retrouve, dans l’amorce du texte bigger than life d’Arno Bertina, celui de l’enfance et du questionnement, également présent dans celui de Maël Guesdon, et qui introduit ici la question de l’animal dans son rapport à l’anthropomorphisme, dans les limites poreuses d’un réel /imaginaire. Arno Bertina dresse les circulations possibles de l’Homme à l’animal, les trajets de l’un à l’autre, non sans humour.

 

Dans un texte intitulé fly, l’ancrage mythologique de l’animal apparaît dans une des sections du texte d’Anne kawala qui multiplie les inventions formelles, dans des énoncés énumératifs. Où l’on retrouve, dans ce texte et dans son titre-même (la métamorphose de la lettre Y en image, schéma graphique, mutant sous les traits de ce qui pourrait être un avion), les fabrications de formes auxquelles s’attelle remarquablement Anne Kawala, dans son travail d’écriture. Des mots sont ainsi mis sous la forme d’une puissance mathématique, rattachés à un mot référent, mots placés en une ligne continue inférieure ou supérieure par rapport à un axe principal d’écriture, dans une police plus petite, permettant dans cette composition graphique l’éclatement des significations et des langues (« wolf », « once », renvoyant à l’amorce d’un conte, la fable, avec des animaux emblématiques : loup, corbeau, renard, dragon, des animaux fabuleux). Les procédés et signes graphiques abondent (utilisation du schéma faisant lien avec le texte et entre deux volets de l’ensemble ; signes +, flèches, etc.) ainsi que les créations lexicales, dans une recherche de formes inventives.

3 mars 2015

[Livres] Les héros sont fatigués (sur Eugène Savitzkaya), par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret vous donne envie de lire les deux livres que Savitzkaya vient de publier aux éditions de Minuit. Et d’abord, pour vous donner l’eau à la bouche, ces deux phrases extraites des quatrièmes de couverture : "sans la cyprine, point de bonheur en ce monde, ni d’appétit" ; "voici l’histoire romancée d’un garçon fraudant la vie comme on fraude l’État, la douane, le fisc, l’église ou la couronne"…

Eugène Savitzkaya, À la cyprine, Editions de Minuit, poèmes, février 2015, 104 p., 11,50 € ; Fraudeur, roman, Editions de Minuit, février 2015, 168 p., 14,5 €.

 

Savitzkaya sait qu’il existe une béatitude immense à n’être rien, à être tout. Mais ce n’est pas si simple. Si tout ne peut que commencer qu’à l’approche du néant  chacun  ignore ce que peut être le rien qui est forcément quelque chose.  Penser, en supprimant la négation, invalider le langage est une vue de l’esprit. C’est pourquoi, plutôt que de miser sur l’improbable et la spéculation philosophique, Savitzkaya « parie » sur la tendre indifférence du monde et des ordres (non humains) qui le peuplent : « Que l’eau sourde noire du fleuve / gagne la blondeur des sables / qu’elle abreuve de vase et de pierres /que pullulent protozoaires / dans l’humide et fourmis / dans le sec gâteau de terre ». Et qu’importe si la source « ne dit mot / du secret et la citerne ». L’essentiel est déjà dit. Et qu’importe si comme son fraudeur il faut tricher afin d’affronter sa propre existence. Peu d’écrivains ont le courage de le dire. La vie n’est pourtant qu’une suite de compromis avec soi-même.

Savitzkaya ose ce que les autres nient. Cela fonde son langage, et la précaire assurance de ce qui nous habite mais qui ne va qu’à sa fin. Cela implique l’exclusion de toute logorrhée. Exit aussi le lyrique. Il fait retrouver un alphabet  et une poésie primitifs. Il s’agit comme toujours chez le Belge de toucher à l’extase des sens et rester sur face à la faune et à la flore. L’une et l’autre donnent  la valeur la plus haute à la vie comme aux mots. Ils nous font signes. Et nul besoin de les maîtriser forcément. La leçon (si leçon il y a) est rare dans la littérature qui préfère huiler la mécanique humaine sans se préoccuper du reste.

1 mars 2015

[News] News du dimanche

En ce premier jour de mars, faisons le point sur les Libr-événements du mois : RV cette semaine avec la revue La Tête & les Cornes ; Juliette Mézenc ; Patrick Beurard-Valdoye. Par ailleurs, on ne manquera pas ces deux festivals : Concordan(s)e #9 et Sidération.

 

â–º Jeudi 5 mars 2015 à 18H30, soirée La Tête & les Cornes. En compagnie de Lucie Taïeb, Stéphane Bouquet et Andrea Inglese. Coordonné par Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon, à l’invitation d’André Chabin. [Voir affiche en arrière-plan]

http://la-tete-et-les-cornes.tumblr.com/
http://www.entrevues.org/

À Ent’revues
174 Rue de Rivoli, 75001 Paris (métro : Palais Royal)
Code porche : 9614
Code fond de cour : 8512 (puis 2ème étage).

â–º Suite à la parution de Elles en chambre (éditions de l’Attente), conversation de Juliette Mézenc avec Cécile Viguier à la librairie L’Echappée Belle de Sète le vendredi 6 mars à 18h30.

â–º Vendredi 6 mars à 20H, Maison de la Poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris), soirée Remue.net : Patrick Beurard-Valdoye, performance, conversation : à ne pas manquer, vraiment.

â–º Festival concordan(s)e #9 du 11 mars au 16 avril 2015 : une rencontre singulière entre un chorégraphe et un écrivain.

Fabrice Lambert (chorégraphe) & Gaëlle Obiegly (écrivain) – L’INCOGNITO
Yann Lheureux (chorégraphe) & François Beaune (écrivain) – BRUTALITY WILL PREVAIL
Julie Desprairies (chorégraphe) & Thomas Clerc (écrivain) – LA PAGE BLANCHE
Jonah Bokaer (chorégraphe) & Antoine Dufeu (écrivain) – MUSEUM OF NOTHING
Anne-Mareike Hess (chorégraphe) & Nathalie Ronvaux (écrivain) – SEULE A SEULE

MARS 2015

Lecture/ performance
Présentation d’un extrait du duo et discussion avec le public
 
Mercredi 11 mars – 18h30  / Librairie de Paris
Julie Desprairies / Thomas Clerc
7 Place de Clichy – 75017 Paris
01 45 22 47 81 / entrée libre
 
Jeudi 12 mars – 20h / Librairie Le comptoir des mots
Julie Desprairies / Thomas Clerc
239, rue des Pyrénées – 75020 Paris
01 47 97 65 40 / entrée libre

Vendredi 13 mars – 20h / Librairie l’Atelier
Jonah Bokaer / Antoine Dufeu
2 bis rue Jourdain – 75020 Paris
01 43 58 00 26 / entrée libre
 
dimanche 15 mars – 17h00 – Librairie Le Monte-en-L’air
Anne-Mareike Hess / Nathalie Ronvaux
71, rue de Ménilmontant / 2, rue de la Mare – 75020 Paris
01 40 33 04 54 / entrée libre

Mardi 17 mars – 19h30 / Librairie le Thé des écrivains
Yann Lheureux / François Beaune
16 rue des Minimes 75003 Paris
01 40 29 46 25 / entrée libre

Spectacles
 
Dimanche 15 mars – 15h30 / Parc culturel de Rentilly
Julie Desprairies / Thomas Clerc
1 rue de l’étang 77600 Bussy-saint-Martin
01 60 35 46 72 / entrée libre
 
Vendredi 20 et samedi 21 mars – 20h30/ Théâtre Le Colombier
Anne-Mareike Hess / Nathalie Ronvaux
Julie Desprairies / Thomas Clerc
Yann Lheureux / François Beaune
20 rue Marie-Anne Colombier – 93 170 Bagnolet
Tél. 01 43 60 72 81 / Tarifs 13€ – 9€ – 8€ – 6€

Dimanche 22 mars – 16h30 / MAC/VAL 
Julie Desprairies / Thomas Clerc
Jonah Bokaer / Antoine Dufeu
Place de la libération – 94400 Vitry-sur-Seine
01 43 91 64 20 / Tarifs 5 et 2,5 euros

Mercredi 25 mars – 19h / La Briqueterie – CDC du Val-de-Marne
(en partenariat avec la 18éme biennale de danse du Val-de-Marne)
Fabrice Lambert / Gaelle Obiegly
17 rue Robert Degert – Vitry-sur-Seine
01 46 58 24 29 / Tarif 5 euros

Jeudi 26 mars – 20h / Le Bal
Julie Desprairies / Thomas Clerc
6 impasse de la Défense 75018 Paris
01 44 70 75 56 / Tarifs 5 et 4 euros

Samedi 28 mars – 16h / Bibliothèque Robert-Desnos
(en partenariat avec le festival Hors limites)
Fabrice Lambert / Gaelle Obiegly
14 boulevard Rouget de l’Isle 93100 Montreuil
01 48 70 69 04 / entrée libre

En Région

Vendredi 13 mars – 19h / Médiathèque Hermeland
Yann Lheureux / François Beaune
rue François Rabelais – 44800 Saint-Herblain
02 28 25 25 25 / entrée libre

Jeudi 19 mars – 20h / Maison de la poésie 
Jonah Bokaer / Antoine Dufeu
Université / pôle Étudiant – chemin de la Censive du Tertre – 44000 Nantes
02 40 69 22 32 / entrée libre

Samedi 28 mars – 16h / Marathon des mots
Julie Desprairies / Thomas Clerc
Pavillon Blanc Médiathèque
4 place Alex Raymond – 31770 Colomiers 
05 61 99 64 01 / entrée libre
 

 
â–º Le festival Sidération met les artistes face à l’Espace. Pour sa cinquième édition consécutive, le festival Sidération, organisé, par l’Observatoire de l’Espace, se tiendra du 19 au 22 mars au siège du CNES (2, place Maurice Quentin 75001 Paris). Pendant quatre jours, le public pourra découvrir les créations d’artistes qui se sont confrontés aux « rêves, révoltes et révolutions » engendrés par l’aventure spatiale.

Sidération ouvre cette année ses portes à tous les champs artistiques. Le spectacle vivant est toujours au centre du festival avec trois jours dédiés dans la salle de l’Espace les 20, 21 et 22 mars. Danse, mise en scène, acrobatie, théâtre, musique, performance participative, ciné-concert sont autant de propositions qui contribuent à l’éclectisme et à la richesse du festival. Jeudi 19 mars aura lieu une soirée "arts et essais" avec des films d’artistes, emblématiques chacun d’un moment de rêve, de révolte ou de révolution lié à l’aventure spatiale. En accompagnement de la programmation de la salle de l’Espace, un grand « caravansérail de l’Espace » sera ouvert samedi et dimanche en accès libre et gratuit. Il accueillera des interventions de commissaires d’exposition, d’artistes, d’acteurs du monde spatial, de films, de créations sonores, de récits scientifiques, ou encore de lectures de textes historiques ou littéraires qui s’enchaîneront afin de plonger le public dans les multiples facettes du thème du festival. Les arts visuels seront également à l’honneur : quatre artistes inviteront le public dans" leur atelier " à découvrir leur travail en cours avec l’Observatoire de l’Espace.

Programme

Jeudi 19 mars

20h-minuit
– Art et essai
The Lebanese Rocket Society de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Story Musgrave de Dana Ranga
Notre siècle de Artavazd Pelechian

Vendredi 20 mars

21h-23h
– Scène
Sur un air de Charleston de Gaël Mevel et Jean-Luc Cappozzo sur un film éponyme de Jean Renoir
Nous croire…
de Bruno Meyssat
Des aveugles
de Clyde Chabot
Qui ne dix mots qu’on sonne,
de Xavier Garcia

Samedi 21 mars


14h-21h

Entrée libre et gratuite
Le Caravansérail de l’Espace et ses Satellites avec le collectif d’artistes associés kom.post David Blair, Marie Quéau, Romaric Tisserand et Anaïs Tondeur, plasticiens

21h-23h – Scène
Accès avec les pass jour ou festival
Volia Panic de Alexis Forestier et Itto Mehdaoui
Petites rêveries de Compagnie Manie
Le vent reconnaîtra la pointure de mes pieds de Florent Trochel
L’Intrus-Mental
de D’ de Kabal et Franco Mannara

Dimanche 22 mars

12h-18h

Entrée libre et gratuite
Le Caravansérail de l’Espace et ses Satellites avec le collectif d’artistes associés kom.post David Blair, Marie Quéau, Romaric Tisserand et Anaïs Tondeur, plasticiens

16h-18h – Scène
Accès avec les pass jour ou festival
Le café de l’univers d’ Isabelle Bats
P…que c’est beau ! de Nadège Prugnard
Tout ce qui monte
de Claire Rengade et Cheval de 3
Sun Song remix
de Puce Muse

 

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