Libr-critique

28 novembre 2013

[Agenda] Escales lilloises hivernales…

Lille, jusqu’au bonheur en cette fin d’automne : Pascal Bavencove, Pierre Gauyat, Jérôme Leroy, Jacques Roillet, Gérard Streiff et Fabrice Thumerel vous attendent sur le roman social ce samedi toute la journée ; Patrick Varetz mercredi prochain pour la sortie de son Premier mille (P.O.L) ; les Escales hivernales les 7 et 8 décembre pour une manifestation de grande ampleur. Voilà qui mérite bien un détour par Lille et/ou par Libr-critique pour découvertes et réflexions.

â–º Rencontres Écrits du peuples, écrits du Nord

L’association Espace Marx organise le samedi 30 novembre les Rencontres "ECRITS DU PEUPLE – ECRITS DU NORD", au 6 bis rue Roger Salengro à Hellemmes (accès Métro : Ligne 1 – Station Marbrerie)

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Au programme : Lecture, Ecriture, Création littéraire d’inspiration sociale.
Avec la participation de romanciers, nouvellistes, essayistes, poètes, chercheurs universitaires, et autres "passeurs-médiateurs" de l’écrit

– 10h-10h30 : Ouverture des rencontres par Jacques Roillet, président d’Espace Marx et allocution de Jérôme Leroy, écrivain, parrain de l’événement.
– 10h30-12h30 : rencontre-débat, "Quel travail !? Les représentations du travail en France dans les récits contemporains".
Avec Fabrice Thumerel, Université d’Artois (Arras), spécialiste en sociologie de la littérature contemporaine.

Que les représentations du monde du travail dans la littérature française soient historiquement et politiquement marquées ne sauraient étonner. Ainsi l’effacement progressif, au cours du XX° siècle, de la centralité d’une classe ouvrière organisée et solidaire, identifiée comme telle dans la vie sociale, est allé de pair avec la reconquête par les acteurs d’un capitalisme managérial, quelle que soit sa crise, d’une hégémonie idéologique dont les termes "concurrence", "compétitivité", "efficacité", "performance" sont devenus les maîtres mots. Si les acteurs anciens du travail sont peu à peu devenus invisibles, la question du travail reste une donnée sociale, économique et politique majeure. "Rien d’étonnant" donc, selon Fabrice Thumerel, "à ce que l’on puisse déceler une homologie entre, d’une part, les mutations économiques et socioculturelles, et, d’autre part, les nouvelles formes d’écriture du travail", quels que soient par ailleurs les labels choisis pour en rendre compte.

– 12h30-13h15 : Poursuite de la discussion avec les intervenants et auteurs. Dédicaces.
– 13h15-14h30 : Pause-repas.
– 14h30-16h30 : Table ronde "Les passeurs de parole et médiateurs de l’écrit – Richesse et diversité des expériences de terrain", animée par Ricardo Montserrat, écrivain et auteur dramatique, et Laurence Mauriaucourt, journaliste à L’Humanité, avec la participation d’associations d’éducation populaire et de solidarité, d’animateurs d’ateliers d’expression orale et écrite…
– 16h30-17h: Pause dédicaces.
– 17h-19h: Débat "Le Roman noir – littérature de contrebande et de subversion ?"
Avec Gérard Streiff, auteur de "polars" et Jérôme Leroy, écrivain, animé par Pierre Gauyat, auteur de "Jean Meckert, du roman prolétarien au roman noir contemporain" (Encrage, 2013), et Pascal Bavencove, écrivain et militant syndical.

â–º Mercredi 4 décembre 2013 à 19H, Libr-critique vous donne rendez-vous avec Patrick VARETZ à la Librairie Le Bateau Livre (154, rue Léon Gambetta à Lille) pour la présentation de Premier mille (P.O.L, en librairie le lundi 2 décembre 2013, 529 pages, 29 €) : un recueil de 1000 poèmes. L’entretien sera mené par Dominique Quélen, et plusieurs amis de l’écrivain — Katrine Dupérou, Carole Fives, Cécile Richard et Patrice Robin — liront quelques extraits. [Sur LC, lire les poèmes 790 à 794 : un avant-goût du Deuxième mille]

Présentation éditoriale. Patrick Varetz a décidé d’écrire mille poèmes parce qu’il a besoin d’écrire sans cesse, matin, midi, soir, la nuit quand il ne dort pas, parce qu’il aime l’idée d’un gros recueil.
Au début, le vers est libre, c’est plus l’instinct que la volonté qui guide la césure. Et puis, peu à peu, la longueur de chaque vers tend à s’uniformiser, les enjambements se multiplient, le texte se scinde régulièrement en tercets. On croirait le corps glissé dans un corset, les vers imparfaitement justifiés évoquant le relief des vertèbres. Et enfin la structure 3-3-3-1 domine.
Le Je est absent de ce travail, pratiquement. Il s’efface au profit du Tu qui désigne aussi bien l’auteur que ses proches ou le lecteur, voire même, parfois son éditeur.
Les sujets : la colère et le renoncement, le vide et l’imposture, la haine du père, de la maladie, de la mort, du suicide par pendaison, de l’art poétique. Il évoque le roman qu’il est en train d’écrire, le livre qu’il vient de lire, la musique qui le poursuit, le pays où il voyage. S’appropriant d’autres champs sémantiques que le sien, il se livre, en italiques, à des imitations : le livre de Job, celui des Lamentations, l’Isa Upanishad, Walt Whitman, ou Victor Hugo. Il organise son chaos intérieur… Venant buter sans relâche contre l’os de l’âme, il ne cesse d’interroger le vide qu’il ressent sous son cœur…

â–º 8e Fête du Livre de Lille Escales hivernales

 

CCI GRAND LILLE

7 & 8 décembre 2013

Plusieurs dizaines d’écrivains et d’artistes, des poètes, des romanciers, des nouvellistes, des auteurs de théâtre, de polars, des auteurs de livres jeunesse – parmi lesquels : Éric Clémens, Sylvain Coher, Dominique Fabre, Ian Monk, Patrice Robin, Jean Rouaud, Valérie Rouzeau, Vincent Tholomé, Jean-Pierre Verheggen… Près de mille mètres carrés accueillant les nombreux stands de maisons d’édition, de librairies et de structures culturelles… Des rencontres, des débats, des animations, des ateliers et des lectures… Cette année encore la ville de Lille sera, en ce début du mois de décembre et dans l’écrin prestigieux de la Chambre de Commerce et d’Industrie, au rendez-vous du livre et des littératures. [Télécharger le programme complet]

26 novembre 2013

[Livre] Gérard Genoud du bâton à la béquille, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret nous fait apprécier de subtils jeux de miroirs.

 

Gérard Genoud, Mémoires enchâssées – Récit et photographies, coll Re-PACIFIC, Editions art&fiction, Lausanne, novembre 2013, 104 p., 37 CHF/25 €, ISBN : 978-2-940377-69-5.

 

 

Celui qui tremblait dans ses rêves y erre à nouveau à l’aune de la vie cloné  d’un de ses patients. Il tente de le remettre à flot en le retirant des sombres jours de sa jeune mais pantelante existence. Le rêveur insomniaque, c’est Gérard Genoud. Ecrivain, photographe, créateur du collectif lausannois « Hapax », il est aussi psychothérapeute. Son livre est le récit croisé de deux existences. L’enfant espérait pour la sienne des cartes du tendre : il doit faire avec celles que le hasard lui a jetées. Elles sont autant pipées que claustrales. Celui qui pensait pouvoir s’éployer sur des îles de sérénité fut débarqué sur une contrée condamnée. Face à ce miroir, Genoud rentre dans ses propres vieilles images comme dans des trous de tourbières.  Face à la vie en panique de l’enfant qui ne connut pas des bains de jouvence : le thérapeute ne peut donc faire abstraction de ses fantômes qui rôdent. D’où ces « mémoires enchâssées » dont les photographies retiennent les tracés sinueux.

 

Au fil du texte des images sourdes remontent chargées d’azote. L’auteur ne se veut ni singe savant, ni sage qui jouerait les re-pères. Face aux précipités de ce que Beckett aurait nommé les « foirades » de ce qui fut torché en vrac, l’auteur tente de créer des remparts. Et si l’existence du « malade » (de tout ce qu’on l’a spolié)  semble encore mourir d’une douleur qui devient commune subsiste toujours un peu de sang vermillon même s’il se transforme en  flot noir à briser les poitrines. Loin du pathos, un tel livre est passionnant. Arqué vers le passé il lorgne sur l’avenir. Genoud ne prétend en rien recoller les lambeaux de ce qui fut. Sa tache est plus humble : il s’agit de reconquérir ce qui pourra être sauvé afin que l’enfant retrouve un asile sous ses pas et qu’il fasse abstraction des bacchanales sombres où sa chair et son esprit se délitaient. Reste l’espoir secret qu’une boulimie de sens vienne faire enfin la nique à ce qui jusque là n’en avait pas. Ou trop mal.

24 novembre 2013

[News] News du dimanche

Ce soir, une UNE exceptionnelle, avec un texte de Claude Favre en écho à celui de Fred Griot paru dimanche dernier, "Je ne me tairai plus". Suivent des Libr-événements à noter : Lionel Marchetti à Metz ; Pascal Bavencove, Jérôme Leroy, Gérard Streiff et Fabrice Thumerel à Lille ; Laurent Grisel à Fontenay-sous-Bois.

 

UNE : Claude Favre, "Je ne me suis jamais tue", en écho au texte de Fred Griot

Je ne me suis jamais tue, combattant dès l’enfance et l’adolescence les peurs qui mènent les hommes, qui les font se regrouper en se pensant forts à humilier, nier, faire souffrir un autre, tête de turc on disait, c’était souvent vouloir faire mal. J’ai croisé, côtoyé au sein de foyers dits d’accueil de jeunes gens sensibles, parfois courageux, parfois lâches,  qui deviendront légionnaires, ou nazillons, des adolescentes parfois gaies, parfois cruelles, jalouses de tout qui ne pensaient qu’à être mères, des adultes menés par les trouilles, la peur surtout d’être libre, le besoin apeuré de confort, la peur de vivre, de mourir, de laisser sa place aux autres, et me suis battue à en recevoir des coups, à voler de la nourriture pour des petites camarades terrorisées et finir à la cave, souillée, à faire l’objet d’un viol collectif de "représailles", à ne jamais me taire devant la moindre injustice, qu’elle me concerne ou pas, c’est-à-dire à faire que mes actes soient en conformité avec mes paroles, sinon nos exaltations ne sont que pommade pour belles âmes. Je n’ai pour ma part plus d’âme, juste un corps foutu, et grand merci une grande gueule qui demande solennellement, afin que nous puissions oser faire des enfants, soi-même ne pas rejeter l’autre parce qu’il y a désaccord, incompréhension, fatigue, ne pas nier l’existence de quelqu’un (je l’ai vécu à ma petite échelle par rapport à l’histoire sans nom des terreurs, exterminations, ce n’est rien à côté, incomparable, juste pour moi un rappel jour et nuit d’un devoir de justice, en étant rejetée, battue, oubliée, affamée, humiliée, violentée, déshumanisée  puis plus tard niée dans mon travail pour m’escrimer bien sûr maladroitement à dire ce que je fais et faire ce que je dis. J’ai trouvé dans le monde poétique les mêmes sentiments malsains, peurs, jalousies, mesquineries, méchancetés, lâchetés, prétentions, et négation de l’autre (dans sa forme seulement amorcée mais…), aussi solennellement je demande pour avoir encore envie de faire partie de l’humanité, pour pouvoir croire en ces mots que nous disons tous en ces heures malsaines, que nous nous tendions la main, Fred, sans justifications, sans reproches, peut-être même avec le sourire, pour ne pas commencer nous-mêmes par exclure, au-delà des mots d’altérité, d’empathie, sans prétendre recoudre le tissu déchiré de l’amitié, juste par humanité. J’ai longtemps pensé ne pas faire partie de l’humanité, tu le sais mieux que personne, et je te prie de m’excuser de te l’avoir dit mais je te l’ai dit parce que tu disais être ma famille, et j’excuse tout pareil ton attitude. Je connais par mon histoire personnelle, et aussi familiale, ce qu’est résister, survivre, réchapper à l’horreur, résister à en mourir s’il le faut à ce qui ose sans scrupules se vomir à nouveau aujourd’hui. Je préfère m’exclure volontairement de notre mauvaise humanité que d’y contribuer même petitement. Bonjour Fred, je continuerai à te lire, à soutenir ton travail comme je l’ai toujours fait. Nous ne sommes plus amis, nous ne nous comprenons pas toujours, mais nous sommes tous les deux des frères humains. Bonjour et belle vie à toi.

Libr-événements

â–º Vendredi 29 novembre 2013 à 20H, Librairie Geronimo, 2 Rue Ambroise Thomas, 57000 Metz.

 

Performance de Lionel Marchetti à la librairie Geronimo (Metz). – partenariat avec l’association Fragment – Metz.
tél : 03 87 74 48 01
entrée libre
LIONEL MARCHETTI
Lionel Marchetti textes, voix, revox

Lionel Marchetti dont on connait le travail de compositeur de musique concrète, d’improvisateur musicien et d’écrivain essayiste sur l’art des sons, écrit depuis toujours des poèmes même si très peu sont édités sur papier à ce jour (cf. revue en ligne lampetempete.fr pour des versions en édition numérique). Après avoir écrit de longs recueils comme Les fleurs tombent ou encore Cahier Japonais, il travaille actuellement à un Livre des falaises (journal du musicien), recueil d’une centaine de poèmes tirés tant de ses carnets et journaux que de ses pérégrinations lors de ses tournées musicales.
Quelques fragments du Livre des falaises seront lus ce soir et mis en son sous forme d’une performance live électronique et acoustique.
Photographe : Alexandra Lebon
POEMA est impulsé par Sandrine Gironde.
Coordination : Sandrine Gironde (Cie l’escalier), Marie-Noëlle Brun (Cie Vents d’Est), Anne-Margrit Leclerc (Compagnie du Jarnisy).
Chargé de mission Médiathèques et BDP : Franck Doyen
Gestion de la communication Internet : Yannick Torlini
Contacts : S.Gironde – 06 63 14 52 70 / cieescalier@free.fr
Site internet : cie-lescalier.com

â–º Rencontres Écrits du peuples, écrits du Nord

L’association Espace Marx organise le samedi 30 novembre les Rencontres "ECRITS DU PEUPLE – ECRITS DU NORD", au 6 bis rue Roger Salengro à Hellemmes (accès Métro : Ligne 1 – Station Marbrerie)

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Au programme : Lecture, Ecriture, Création littéraire d’inspiration sociale.
Avec la participation de romanciers, nouvellistes, essayistes, poètes, chercheurs universitaires, et autres "passeurs-médiateurs" de l’écrit

– 10h-10h30 : Ouverture des rencontres par Jacques Roillet, président d’Espace Marx et allocution de Jérôme Leroy, écrivain, parrain de l’événement.
– 10h30-12h30 : rencontre-débat, "Quel travail !? Les représentations du travail en France dans les récits contemporains".
Avec Fabrice Thumerel, Université d’Artois (Arras), spécialiste en sociologie de la littérature contemporaine.

Que les représentations du monde du travail dans la littérature française soient historiquement et politiquement marquées ne sauraient étonner. Ainsi l’effacement progressif, au cours du XX° siècle, de la centralité d’une classe ouvrière organisée et solidaire, identifiée comme telle dans la vie sociale, est allé de pair avec la reconquête par les acteurs d’un capitalisme managérial, quelle que soit sa crise, d’une hégémonie idéologique dont les termes "concurrence", "compétitivité", "efficacité", "performance" sont devenus les maîtres mots. Si les acteurs anciens du travail sont peu à peu devenus invisibles, la question du travail reste une donnée sociale, économique et politique majeure. "Rien d’étonnant" donc, selon Fabrice Thumerel, "à ce que l’on puisse déceler une homologie entre, d’une part, les mutations économiques et socioculturelles, et, d’autre part, les nouvelles formes d’écriture du travail", quels que soient par ailleurs les labels choisis pour en rendre compte.

– 12h30-13h15 : Poursuite de la discussion avec les intervenants et auteurs. Dédicaces.
– 13h15-14h30 : Pause-repas.
– 14h30-16h30 : Table ronde "Les passeurs de parole et médiateurs de l’écrit – Richesse et diversité des expériences de terrain", animée par Ricardo Montserrat, écrivain et auteur dramatique, et Laurence Mauriaucourt, journaliste à L’Humanité, avec la participation d’associations d’éducation populaire et de solidarité, d’animateurs d’ateliers d’expression orale et écrite…
– 16h30-17h: Pause dédicaces.
– 17h-19h: Débat "Le Roman noir – littérature de contrebande et de subversion ?"
Avec Gérard Streiff, auteur de "polars" et Jérôme Leroy, écrivain, animé par Pierre Gauyat, auteur de "Jean Meckert, du roman prolétarien au roman noir contemporain" (Encrage, 2013), et Pascal Bavencove, écrivain et militant syndical.

â–º La médiathèque Louis Aragon organise plusieurs événements autour de Charlotte Delbo, en coopération avec le collectif d’artistes La Fonderie. C’est dans ce cadre que Laurent Grisel est invité à faire une lecture samedi 30 novembre (Médiathèque Louis Aragon 2, avenue Rabelais 94120 Fontenay-sous-Bois).

La lecture commence à 15h00. Venez un peu avant ; vous aurez ainsi le temps de voir plusieurs grandes toiles de Judith Wolfe accrochées dans la médiathèque.

23 novembre 2013

[Texte] Edith Msika, tous ces trains tous ces rails [Libr-@ction – 13]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:30

En lisant cette curieuse contribution d’Edith Msika, attention à ne pas dérailler… [Lire Libr-@ction 12]

 

tous ces trains tous ces rails

 

se remettre dans le temps, lorsque la vue de ce temps ridiculise absolument, définitivement, qui on a été dans ce qu‘on a été : n’est pas qui dans le nihil, est qui dans un ce que, dans le temps de ce que, dans ce ce que qui traverse ordinairement les qui

 

***

 

Les rails se dissolvent dans leurs trajectoires mêlées. Les rails font éprouver le fading de la trajectoire ; pour que les trains puissent circuler, les rails doivent s’évanouir dans d’autres rails. Le parallélisme des rails s’évapore parfois, mourant comme l’ombre d’un dessin, dans d’autres.

              Dans un taxi. Dans le métro. Devant des rails. Devant des trains à nouveau.

De la neige sur les rails. Plein soleil. Lentement un train entre en gare. Bercement des trains, freins crissant. L’absence de nécessité irradie le moment.

Des trains se croisent. Bruits métalliques. Un pont de chemin de fer. Et, depuis des quais de trains, de métro, un regard se pose sur les rails. La vue sur les rails accentue l’illusion de la cohérence.

Le train de Picardie, une nuit. Le train de Picardie fonce dans la nuit, il n’y a que le train de Picardie à rouler aussi vite. Le train de Picardie semble toujours pressé de rentrer chez lui.

De petites locomotives rouges circulent, jamais perdues, à vitesse constante, sur les rails refaits.

Mer de rails, mer de bruits, inlassablement de bruits attrapés, de bruits composés, mer au loin vue, mer de bruits chuintant avec voix affaiblies par la distance.

Ce qui s’écrit à côté des fruits jaunes n’ébruite rien du train qui passe, des coups de marteaux répétés sur des objets métalliques, des coups métalliques sur des objets minéraux, du béton, du ciment.

Les trains se croisent sur les traverses du temps.

 

***

le temps suspendu enclôt le temps revenu, le temps lorsqu’il a cessé d’être suspendu : le temps quand il revient du suspens, parce qu’il revient, qu’il a été suspendu, dans le souffle d’un ouragan net, d’une catastrophe, de quelque chose qui suspend aux portes du temps – le temps suspendu est le temps qu’il revienne, le temps qu’il revienne, on ne sait pas combien ça dure -,

le temps est revenu, après des jours des mois des années de suspens, la certitude arrive, le temps revenu comme il revient à lui après une absence, est le temps après une absence, le temps que prend le temps après sa propre absence, le temps ne disparaît pas mais s’absente, on ne le sait que parce qu’il revient, on ne sait pas quand, mais un jour il y a : le temps revenu,

le temps revenu apporte avec lui sa propre couleur, sa propre temporalité : le temps revient, mais autrement, il ne revient pas le même, ne revient pas au même,

le temps revenu serait le temps du possible, après le temps suspendu,

le temps revient de son suspens

 

 

 

 

 

21 novembre 2013

[Chronique] Philippe Jaffeux, N, par Emmanuèle Jawad

Après la parution de O L’AN (Atelier de l’Agneau, 2011), tandis que ses machineries poétiques complexes publiées en revues ou en ligne ont été remarquées, Philippe Jaffeux consacre sa nouvelle maquette à la lettre N.

 

Philippe JAFFEUX, N L’E N IEMe, Trace(s) / Passage d’encre, printemps 2013, 36 pages, 14 €, ISBN : 978-2-35855-077-2.

N de Philippe Jaffeux est une section de son Alphabet publiée en mars 2013 qui rassemble 26 textes intitulés chacun par le nom d’une lettre suivant l’ordre alphabétique. Le décryptage des contraintes mises en place par l’auteur conduit, dans l’élucidation du texte, à révéler sont travail considérable d’expérimentation et de construction formelle.

Les textes numérotés par des lettres elles-mêmes dotées d’un exposant mathématique, élevées à une puissance n, se structurent en référence à un champ géométrique dont la figure du carré, dans ses dimensions réitérées (textes carrés de 14 cm), assujettit le texte aux contraintes de ses mesures. « La mise e n exposa n t d’une po n ctuatio n multiplie u n e lettre par elle-même ava n t de m’i n tégrer à l’opératio n d’u n e puissa n ce typographique » (premier texte de N).

Si lettres et chiffres sont étroitement associés d’emblée dans les intitulés des textes, lettres, signes graphiques (marques de ponctuation) et mathématiques le paraissent également. Ainsi la dernière lettre, dans le premier texte, clôturant chacune des phrases, se trouve élevée en indice sous forme d’un exposant mathématique, d’une puissance et faisant office de point. Cet indice ponctuant, au fur et à mesure des textes, surélève un nombre de plus en plus important de fins de mots (deux lettres dans le deuxième texte, puis trois dans le troisième, etc.) jusqu’à des segments de phrases, dans l’avancement des textes, laissant paraître, sur l’espace de la page, différents niveaux de lignes d’écriture (dans une police plus fine et des légers tracés) lors des terminaisons de phrases. Ces décalages graphiques s’accentuent dans la suite des textes, chargeant davantage visuellement le texte et ce brouillage altérant la linéarité, en complexifie l’ensemble, le posant comme objet visuel, questionnant ainsi les marques d’écriture dans leurs expérimentations. La construction rigoureuse du texte s’élabore à partir de nombres clés : 26 (26 textes autant que les lettres composant l’alphabet), 33 (nombre de lignes composant chacun des carrés), 14 (N étant la quatorzième lettre de l’alphabet, également la mesure des côtés des textes carrés), 196 (superficie totale des carrés, 196 lettres n dans un carré). Le texte martèle ces nombres clés dans un discours percutant, en boucle. La lettre N, titre du livre, fait l’objet d’un traitement graphique particulier, séparée, dans un écart avec les autres lettres l’environnant, espaces blancs provoquant par endroit le resserrement des mots de la phrase, dans un effet de collage irrégulier ou lettre N dissipée afin de la marquer davantage encore, effacée, dans la dernière phrase clôturant l’ensemble des textes, autant de marques trébuchantes d’une écriture redéployant la question du rythme ainsi que celle du texte dans son approche visuelle. Les réitérations lexicales qui jalonnent les textes, outre les référents mathématiques, sont celles de l’écriture contemporaine dans sa matérialité (encre, clavier, ordinateur). N s’inscrit ainsi dans une histoire poétique interrogeant les codes de la langue et le renouvellement des formes, dans un agencement de blocs textuels dont la géométrie interroge le carré. « Pour son modèle de clarté et simplicité. Ou parce que l’informe (inquiétude) est contrecarré par ses quatre côtés » (Jean-René Lassalle, Le poème carré : formes et langages).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19 novembre 2013

[Agenda] Colloque Tierslivre.net : François Bon à l’oeuvre

Six ans après le colloque de Saint-Etienne, "François Bon – éclats de réalité", voici un colloque consacré à un aspect important de son activité : son site Tiers Livre.

 

"Tierslivre.net : François Bon à l’œuvre", Colloque de Montpellier 29-30 novembre 2013, site Saint-Charles de l’université Paul-Valéry, salle des colloques 2. Comité d’organisation : Pierre-Marie Héron et Florence Thérond.

Vendredi 29 novembre

9h15 Accueil des participants. Ouverture des travaux

Séance 1 animée par : Gilles Bonnet (Lyon 3)

* 9h30 François Bon
« Le web comme doute pratique »

1997-2013 : plus de 15 ans de site sur Internet, à voir apparaître tous les 2 ou 4 mois, de nouveaux outils, de nouveaux usages. Parfois en profiter, parfois laisser se sédimenter dans le fond du site des pages fossiles. Puis accélération : et si le site devenait le travail principal, mangeait les livres autrefois publiés, en prenait le rôle ? Et qu’est-ce que ça change pour soi ?

10h15 Discussion

* 10h30 Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)
« Tiers Livre : “le théâtre c’est dedans” »

Hypothèse : et si le tiers du livre n’était pas l’altérité d’un texte web, mais un théâtre ? Et si le site n’avait été que le prolongement radical d’une expérience théâtrale totale, de langue et de voix et d’images ? Laboratoire du Tiers Livre  : un théâtre dans la mesure précise où, s’il excède l’espace d’un théâtre, l’exercice de corps sur un plateau, il travaille à en prolonger toutes ses forces, et l’expérience même de sa traversée.

* 11h Stéphane Bikialo & Martin Rass (Poitiers)
« Les espaces du site : fbon et le réseau »

Bernard Noël caractérise « l’espace du poème » (POL, 1998) comme « forme vide », « qui a des bords mais pas de limites ». Nous partirons de là pour analyser l’espace du Tiers Livre comme tiers-espace et hyperespace, afin de démêler ce qui du réseau contribue à créer la figure d’un sujet de l’écriture, « fbon », à ne pas confondre avec François Bon.

* 11h30 Florence Thérond (Montpellier 3)
« Figure(s) d’auteur »

Dans et autour de Tiers Livre, François Bon construit une figure auctoriale de type nouveau, avec sa mythologie, son territoire, son système… Une aventure du web qui comporte un risque : celui de l’émiettement, d’une dilution de la figure de l’auteur dans un collectif qui pourrait finir par devenir anonyme.

12h Discussion

Séance 2 animée par : Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)

* 14h15 Marie-Eve Thérenty (Montpellier 3)
« Tiers Livre et œuvre-monde »

D’où vient la fascination de François Bon pour les œuvres-monde d’un Rabelais, d’un Balzac, d’un Proust ? Peut-être, entre autres, de leur caractère déjà quasiment hypertextuel, annonçant un type d’écriture hyperliée qu’il met lui-même en place dans Tiers Livre. Il y a un lien à explorer entre le travail critique de François Bon, sa fascination pour ces corpus hypertextuels avant la lettre et sa propre réalisation sur le web.

* 14h45 Aurélie Adler (Université d’Amiens)
« Tiers Livre : une cartographie “des mondes parallèles” »

Depuis 1997, l’écrivain ne cesse de donner forme, par le biais des outils numériques, à des mondes juxtaposés, superposés, communicants. Attentif aux jonctions entre monde ancien (« pays dit réel ») et « nouveau monde », dit virtuel, il fait de l’écriture-web l’outil et le motif privilégié d’une exploration de la ville contemporaine. Pensé « comme une ville », Tiers Livre renvoie par ses arborescences, ses hyperliens, à l’architecture et aux voies de circulation de la ville d’aujourd’hui. Il s’agira d’étudier les procédés par lesquels François Bon entend élaborer une image de la ville contemporaine.

15h15 Discussion et pause

Séance 3 animée par : Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)

* 15h45 Sébastien Rongier (Paris)
« Tiers Livre, une structure en constellation. Lecture d’un site »
Quelle lecture implique le Tiers Livre de François Bon ? Le site déjoue les logiques habituelles de lecture numérique. Véritable « écosystème de l’écriture », en même temps qu’espace d’expérimentation, il impose au lecteur une double dynamique d’infini et de profondeur.

* 16h15 Oriane Deseilligny (IUT de Villetaneuse, Paris Nord)
« Sur les traces de François Bon : le Tiers Livre, dispositif d’écritures et d’énonciations multiples »

Comment le site s’adresse-t-il aux lecteurs, comment organise-t-il différents niveaux d’accessibilité, etc. ? Consacrée aux formes d’éditorialisation du site conçu comme un dispositif total et contrôlé, l’analyse sera centrée sur l’outillage du dispositif, abordé à la lumière des notions d’énonciation éditoriale (E. Souchier), d’architexte et de trace.

16h45 Discussion

* 17h Emmanuel Delabranche (Rouen)
« c’est de l’autre soi » (vidéo-projection)

À la reprise numérique de Limite sur Tiers Livre, François Bon retouche, corrige, annote et complète le texte paru en 1985 aux éditions de Minuit. À la manière de ses écritures hebdomadaires et classées Limite devient une suite d’articles du Tiers Livre constituant un tout complexe dont chaque partie peut être lue indépendamment des autres. Autobiographie des objets comme très récemment Proust est une fiction ont suivi un processus d’écriture contraire : publiés article après article sur Tiers Livre avant de trouver place sur le papier. Tumulte était déjà de ceux-là. À la lecture des re-publications partielles de Limite sur Tiers Livre, j’ai engagé un travail en résonance en ajoutant à certaines phrases propositions ou mots sélectionnés des images comme François Bon aurait lui-même pu le faire si la parution avait d’abord été web avant d’être papier. Au-delà de ce qui est dit c’est de l’autre soi.

 

Samedi 30 novembre

 Séance 4 animée par : Florence Thérond (Montpellier 3)

* 9h30 Michel Collomb (Montpellier 3)
« L’ouverture sans fin : l’usage de la photographie dans Tiers-Livre »

Sur l’écran de l’ordinateur, la page est une image que je peux explorer sous tous les angles, à volonté. Agrafées ‒ ou agraphées ‒ à cette image, des photographies que j’ouvre d’un clic. Quel est leur statut ? Elles sont sans doute reliées au texte, le suscitent ou l’illustrent, mais certaines passent à travers la maille du filet et gagnent directement l’ouverture sans fin, vers laquelle les textes s’efforcent.

* 10h Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)
« Tiers Livre à l’oreille : la part de l’écriture audio »

Le disque, la radio, la télévision, le web : les inventions du dernier siècle ont formidablement amplifié et augmenté la présence sonore du monde. Elles ont aussi incité les écrivains, environnés de machines parlantes, traversés comme leurs contemporains, de voix, musiques, rythmes, bruits et rumeurs, à devenir des surauditifs. François Bon est de ceux-là, et pourtant, la part de l’écriture audio peut sembler restreinte dans Tiers Livre

10h30 Discussion et pause

Séance 5 animée par : Stéphane Bikialo (Poitiers)

* 10h45 Anaïs Guilet (Poitiers)
« Les web-livres de François Bon, une écriture transmédiatique »

Ma communication s’intéressera au travail d’écriture de François Bon dans ce qu’il implique de va-et-vient médiatique entre le site web et le livre (papier et numérique), et au discours de l’écrivain sur sa pratique. Nous nous concentrerons pour cela à un de ses Web-livre en particulier Prous est une fiction. Le mot web-livre recouvre chez lui des œuvres aux trajets médiatiques différents, mais qui dans tous les cas témoignent d’une virtuosité à l’égard des médias et de leur technicité que l’on trouve rarement chez les écrivains contemporains.

* 11h15 Gilles Bonnet (Lyon 3)
« On relit toujours avec de soi »

La rubrique « web-livres » de Tiers Livre regroupe des textes aux statuts divers : des œuvres nativement numériques côtoient des textes déjà publiés en version papier, puis repris, relus, parfois réécrits. Une nécessaire typologie m’amènera, dans un second temps, à accorder une attention particulière au cas de Limite, publié en feuilleton, augmenté d’un paratexte inédit, puis repris par Publie.net. Ces chantiers rouverts sont l’occasion d’une autobibliographie étroitement liée aux spécificités du Web et du « numérique comme recréation » (F. Bon).
11h45 Discussion

17 novembre 2013

[Texte] Fred Griot, Je ne me tairai plus [Libr-@ction – 12]

Les temps sont revenus pour tout écrivain ou citoyen qui se respecte, non pour jouer aux bêle-âmes, mais parce que l’heure est grave, de sortir de ses gonds comme de son confort.
C’est ce qu’a choisi de faire Fred Griot – dont nous avons présenté récemment le dernier livre, Cabane d’hiver -, à la fois sur son blog et pour Libr-critique : comme toutes les autres contributions à Libr-@ction, "Je ne me tairai plus" vise à être lu, partagé, tonné, échangé, commenté. Un grand merci au satiriste Joël Heirman d’avoir accompagné de son talent ce texte que vous gagnerez à lire, relire et clamer. [Lire Libr-@ction 11 : texte de Thierry Rat]

 

Frères humains qui avec nous vivez,
et après nous vivrez encore,

Il est temps.
Aujourd’hui une gangrène, majeure, historiquement récurrente, à nouveau essaime : celle de la montée des mouvements identitaires, excluants par nature…
Il est temps alors de prendre voix, temps de dire avec force, publiquement et non plus seulement dans un entre-soi. Temps de ne plus se taire.
Il est temps, temps de se mettre debout, de lever la tête, de se soulever, de s’indigner. Temps d’hurler même, si nécessaire.
Il est temps de lutter, pied à pied, détail par détail.
Temps de dire notre opposition radicale, inébranlable, définitive.
Je n’aime guère cette expression préconisant qu’il est le moment de se compter, car il ne s’agit pas d’exclure à notre tour, mais il est toutefois temps d’avancer, de lutter, de s’opposer d’une voix commune contre cette nécrose, cette lèpre de la vie sociale libre, fraternelle.
Il est temps de parler.
Et parler commence par témoigner.

Longtemps je me suis tu… observant, silencieux… et pourtant voilà près de trente-cinq ans que ces périodes historiques de montée ou d’avènement des mouvements autoritaires me hantent, et que cette tentative de compréhension, fleuretant parfois avec les limites du dicible, m’a amené à me documenter consciencieusement sur le sujet.
Que cette conscience ait commencé par l’incapacité viscérale à supporter et à assister aux moqueries des cours d’école, aux jeux idiots de ceux qui tiraient plaisir de leur cruauté envers leurs camarades, cela est à peu près certain.
Puis j’ai vu, gamin, en montagne, sur les hauts plateaux de maquis, les tombes de ceux crevés pour que mes concitoyens, mes proches, tout comme moi-même, plus tard, puissions être affranchis de la terreur, pour que je puisse exercer ma liberté permettant un épanouissement d’individu.
J’ai vu, approché, adolescent, des groupuscules néo-nazis, à « l’esthétique » de cuir et de Totenköpfe, et j’ai vu leurs départs en ratonnades…
J’ai vu, de nombreuses années, le travail social de fond mené dans la déshérence des « cités », qui n’avaient de cité que le nom, tant le lien global qui la constitue habituellement était dissous.
Tout cela évidemment m’a non seulement marqué durablement, mais a également participé à me préoccuper, autant que faire se peut, de l’autre, du vivre ensemble.
Mon souci constant, depuis toujours, probablement depuis ce sentiment de la prime enfance mais aussi par mon histoire familiale, de résistance, de combat contre les pensées, les élans, les actes de discrédit, de désignation à la vindicte, d’exclusion, de racisme, voire de fanatisme, de destruction, de délire fasciste, doit désormais s’exprimer là, aussi.
Il est alors ce sentiment fort de prendre ici relais de ces morts, de ces ascendants, qui ont lutté, parfois péri, pour qu’adviennent et perdurent les conditions d’une fraternité dont, aujourd’hui, nous bénéficions tous. Tous, oui, malgré ce sentiment actuel d’abandon éprouvé par beaucoup.
En ces périodes d’extrêmes rugosité sociale, économique, nous sommes nombreux à avoir ressenti ce que nous pourrions appeler une violence sociétale ou d’état, et, s’il est possible de comprendre le processus de la déshérence actuelle de la croyance aux principes d’humanité, il n’est pourtant aucune excuse pour basculer dans de désespérantes idéologies.
Dans ces moments-là il faut être bien solide, ferme en pensée, en valeurs, je sais, pour ne pas sombrer dans les idées faciles et puantes des extrêmes, comme tant sont ces temps-ci tentés.

Oui, parfois l’on se sent interdit.
Oui, l’on se sent la gorge serrée, muette, ne sachant que dire, la langue nous en tombant d’ahurissement… Mais il faut désormais, à nouveau, et il y aura à le faire continuellement, dépasser cette sidération.
Nous sommes souvent dans une apathie, une aphasie d’abord. Quelle est donc cette angoisse, cette peur, cette paralysie qui nous poussent au calfeutrage, au silence, que nous n’arriverions à dépasser ?

Les idées nauséabondes ne se discutent pas, elles se combattent. L’histoire, récurrente souvenons-nous en, nous l’apprend.
Car c’est, bien malheureusement, bien tristement, bien résolument, tout d’une guerre dont il s’agit là… Et rien de l’histoire encore une fois ne nous a démontré les facultés de persuasion de la discussion, les capacités de conviction de la rhétorique pour avancer sur ce terrain-là.
On ne parlemente pas avec ces gens-là, on lutte. Ils nous y forcent.
Nous avons voulu encore un peu temporiser peut-être, ne pas rentrer dans la bagarre de suite. Ils voulaient dédiaboliser, continuer à nous faire croire à l’agneau qui déguiserait le loup… C’en est fini, le loup à nouveau a surgi, crocs et babines devant, il n’a pu recéler, réfréner sa nature plus longtemps. Il ressort, séduit, enivré.
Il est temps de dire comme Badinter en son époque, même si cela fut dans un contexte certes différent : « Taisez-vous ! Les morts vous écoutent. Je ne demande que le silence que les morts appellent ! Taisez-vous ! »

Il est, nous le savons, en l’homo sapiens la pulsion d’agressivité, de rejet, tout à côté de la pulsion d’empathie, car la pulsion d’empathie est elle aussi propre à l’homme et n’est pas qu’une « éducation ».
Il ne s’agit pas ici seulement de ce qui serait une lutte de la nature contre la culture. De la facilité, la pente de l’instinct, voire in fine de l’animalité parfois, contre la vision claire, réfléchie, compassionnelle, attentive, ouverte… Ceci dit nombre de citoyens tout de même, par souffrance, mais pas uniquement, par facilité de réflexion également, perte de mémoire historique, se mettent aujourd’hui, comme par le passé, à suivre en bêlant ce qui devient désormais un grand nombre, un trop grand nombre, si ce n’est le plus grand, et où le pulsionnel, le passionnel mènent la danse vers la pente la plus aisée, la plus abjecte…

C’est une libération de la pensée sordide, immonde qui, toujours, a poussé sur l’humus, le fumier, la merde des périodes âpres.
Mais pour que cette empathie puisse fleurir contre le rejet, encore faut-il ressentir pouvoir faire confiance en l’autre, pouvoir compter sur autrui, en avoir l’espace social… car en amont de la morbidité de la pulsion, de l’idéologie radicalisée, il y a un sentiment profond d’abandon…

Je pense ici, d’abord, surtout, à ceux qui ont basculé… à ceux-là, isolés, coupés du tissu d’épanouissement que devrait leur apporter la communauté… Oui je pense à eux dans leur sensation de délaissement, leur ressentiment qui les amènent à chercher, en désespoir, un lien identitaire qui pallierait une absence de lien social.
Mais il ne peut être acceptable qu’une sociabilisation se fasse, se construise sur l’exclusion, la ségrégation.
Le processus est le même toujours : appauvrie, déçue, se sentant déconsidérée, exténuée, dépouillée de ses anciens espoirs, donc malléable, entraînable, ce qui devient peu à peu une majorité est alors prête à suivre même les plus grossiers mensonges… Mensonges faisant miroiter à ces désespérés leur propre avènement, ils sont mûrs, prêts, prêts à suivre… Cela tourne alors en une agrégation massive parce qu’on leurs promet une socialisation nouvelle, qu’ils n’ont plus, qui historiquement dans ces mouvements ne pourrait leur être soi-disant donnée que par le rejet du différent, de la dissemblance… Et c’est une place frelatée, volée en définitive, que leurs chefs leurs voleront ensuite à leur tour quand il sera nécessaire. Mais cela, par presque tous, sera toujours consciencieusement occulté.
Le signe le plus alarmant c’est, qu’au-delà des leaders les plus convaincus, les plus durs, qui n’ont jamais eu honte eux de leur pensée puante, les suiveurs aussi, désormais, n’ont plus honte de se vautrer dans les plus basses idées, pleines de fange et de mépris, déconsidérant ce qui fait une partie de la noblesse de notre humanité, à savoir la compassion, l’attention, la concordance avec autrui, et osent même désormais afficher, revendiquer, se faire une fierté de leurs tentations morbides… Il n’est que d’écouter les discussions de comptoirs actuelles pour se rendre compte à quel point ce fléau, récurrent, répétitif, est revenu, à quel point « des inhibitions disparaissent, des digues sont éventrées » comme l’a dit notre Garde des Sceaux, avec grand recul sur les attaques personnelles dont elle a été l’objet…

S’il faut donc non seulement parler, il faut aussi agir, maintenant, tout autant. Construire ce lien, la condition du vivre ensemble, car il n’y a que cela qui puisse transformer les circonstances d’émergence, d’extension de ces mouvements nationaux, populistes, autoritaires, oppressifs.
Et si l’on peut, peut-être, pour certains, désespérer en un type de gouvernance, en les capacités de rémission d’une société fatiguée, on ne peut, on ne doit désespérer en ces valeurs-là !
Et l’on ne fait pas là de la politique mais de l’humanité !

Il est temps… Il y a des urgences. Demain il sera trop tard.
À nous de voir quel monde, quelle organisation humaine nous voulons affirmer, poursuivre, construire… celle de l’attention à l’autre, et nous ne sommes pas constitués d’autre chose que de l’altérité, nourricière, constitutive de l’individu ; ou bien celle de la trouille, de la peur, et donc de la défiance, de la volonté d’effacement d’une partie de la population que nous estimerions comme indésirable… alors, alors qu’elle est homme comme chacun de nous !

Je connais trop de familles proches dont la généalogie est peuplée de morts assassinés, de morts violentes, de meurtres lâches le long d’un fossé boueux ou au pied d’un wagon à bestiaux en route pour les camps. Et mes filles même en sont la miraculeuse, l’inespérée continuation. Je me souviens du sens vital, quasi résurrectionnel, qu’avait alors pris leur venue, leur naissance pour leur arrière-grand-mère, réchappée. Ainsi elles aussi sont, encore, des rescapées.

Car nous sommes des hommes, et d’une indivisible espèce !
Une devant les bêtes, les plantes. Une, indivisible, quelles que soient les couleurs. Une, née sur la terre africaine, mais capable visiblement aussi de s’inventer parfois un déni de cette unité fondamentale dans un délire singulier.
Et si les nazis, qui ont tenté de dénier à certains cette qualité d’homme, tenté de les expulser de la famille humaine, ont échoué, c’est que cette qualité est indéniable, irréfutable, irrécusable, ontologique. Qu’elle est.
Alors la colère !
La colère depuis trop longtemps face à ces montées de propos orduriers… Je n’ai aujourd’hui que la plume, la voix comme arme, et je souhaite n’avoir que celle-ci à prendre le plus longtemps possible, je décide donc désormais de m’en servir.

Il est temps.
Emparons-nous de ces outils qui nous servent si bien lorsque nous souhaitons mettre en avant nos petites individualités, nos petites créations communes, élémentaires, nos narcissismes dont nous sommes tous, on le sait porteurs…
Il y a une importance primordiale à s’emparer aujourd’hui du langage, et en particulier du nouveau, j’entends le langage numérique social, qui véhicule en l’époque une grande part de nos idées, de nos connaissances et de notre imaginaire. Car nous sommes là tous émetteurs, et qu’en tant que tels nous avons pour charge et responsabilité de transmettre ici de l’information et du savoir pertinents, attentifs, respectueux de l’autre, bien au-delà du simple média de divertissement… Ce sont ici, aujourd’hui, l’un des véhicules majeurs des bases, des outils de notre conscience, de notre lecture du monde, et par conséquence de notre liberté, personnelle, citoyenne, démocratique.
Alors utilisons-le.
Emettre ainsi publiquement son avis, sa conviction, a évidemment une portée politique, mais tout autant une portée poétique, celle de transporter le monde de l’autre avec soi, dans une communion, non pas idéale, idéalisée, mais possible, souhaitable, réalisable, améliorable en partie. Et cette partie-là, souhaitable, améliorable, humaine, suffit pour se lever, et parler dans une résistance ferme, écharnée.

J’ai donc décidé d’ouvrir ma gueule, de me servir de ce petit outil que j’ai depuis de nombreuses années, d’écrire, de savoir faire passer un peu la voix, qui est une tentative de nous dire, de nous comprendre, pour une cause plus vaste que la simple diffusion de mes petites constructions.
Et cet effort nous pouvons le porter, constant, tous.

Il n’est plus temps du silence, ou du souci exclusif de soi.
Dans toute la complexité de tels phénomènes, le geste ici est maladroit, imprécis peut-être, dérisoire, petit éventuellement, d’une portée bien modeste, mais le geste est nécessaire. Absolument nécessaire.
Je ne serai plus de ceux qui se taisent !

Alors à ceux qui seraient tentés au moment de voter pour des partis aux racines brunes, j’aimerais encore oser leurs demander de réfléchir, réfléchir quelques instants… seulement quelques instants… au-delà du ressenti… Voter c’est aller « donner sa voix », littéralement, alors ne la donnez pas aux bouches qui hurlent à la haine, n’allez pas vous jeter dans la gueule du loup. Cela n’a jamais, jamais, jamais sauvé quiconque.

Des lignées de morts, des « tas » de morts, des brouettes de morts, nous écoutent en silence… En leurs noms, en leurs mémoires, en leur humanité assassinée, saccagée, torturée, en leur ascendance dont nous sommes issus, qu’allons-nous dire, qu’allons-nous faire, qu’allons-nous mener comme rêve pour cette terre où il nous a été échu de vivre… et de vivre ensemble ?

Nous ne nous tairons plus.

16 novembre 2013

[Chronique] Plonk et replonk, contaminateurs d’astres et de désastres, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret nous fait découvrir les nouveaux astres de la fantaisie.

 

Plonk er Replonk, De zéro à Z, l’abécédaire de l’inutile, éditions Hoebeke, Paris, automne 2013, 96 pages, 19,90 €, ISBN : 978-2-842304881.

 

 

Plonk et Replonk de leur Suisse natale pendent le réel au gibet de leurs mises en scène. Pour botter les fesses de la réalité il ne manque jamais de train. Archéologues de l’homme postmoderne, ils feignent de lui tendre des images surannées et sépia. Mais sous l’apparence du temps révolu le présent se transforme en une science-friction au sein d’une fantaisie faite de rigueur  helvétique dans laquelle l’hygiène la plus intime est celle de l’esprit.

Celui-ci, dans ce faux Musée Grévin et ce clone de celui de Madame Tussau, joue des valses communicantes bien plus probante que celles du Breton surréaliste prénommé André. On revient là au meilleur du dadaïsme : les apparences se transforment en victimes militaires des guerres inciviles que les deux frères Froidevaux (c’est leur vrai nom !) entament pour casser le vernis des ongles du réel.  Sous des titres harmonieux se dressent des dégommages en règle : un facteur vient sur la lune apporter un message de félicitation de Madame Pompidou à Neil Armstrong. Une famille tout sexe confondu vient poser pour honorer la moustache dont chacun de ses membres se bardent. Si bien que les significations nonsensiques représentent le tonus secret de cette poésie en mots et images. En ses niches elle ne manque jamais de chien.

Plonk et Replonk jouent les artilleurs, leur miel tourne dans les bienfaits de leur férocité. Si bien que les raies alitées produisent des sourires pour tout croyant qui prend son Darjiling dans des tasses athées.  Les mots comme les images s’envolent : l’hypothalamus, fort marri de leurs infidélités notoires et  secoué de rire, en attrape des courbatures. La poésie mal ordonnée (volontairement) commence par elle-même pour se tirer une belle dans tout lieu excentrique. Et qu’importe si tous les goûts des deux Suisses ne sont pas dans la nature. Leur œuvre insidieusement misanthropique est conseillée à tous les dépressifs tant elle regorge de coups de pied aux nues et de coups d’épée dans l’O comme dans les 26 autres lettres de l’alfa-bête. Les vitriers y portent des costumes à carreaux si bien que le Christ n’y a d’yeux que pour eux.

 

© Photo en arrière-plan : Musée national du Badaud.

14 novembre 2013

[Création – série] Dreamdrum 12, Thomas Déjeammes / Dominique Massaut

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La photo grattée de Thomas Déjeammes entre cette fois en résonance avec l’idiolecte de Dominique Massaut. [Lire Dreamdrum 11 : Thomas Déjeammes/Claude Favre]

 

 

Ils aveuent traché des chures, grufons, strives, sous pongles qui escrissent. Et flougés en bouillesse, les glouveurs alors s’ouplient, flessent dans un vésage aux glorizons ambles. Ça vénit par flougner en buages grisbes, de ciels et d’eaux. Et puis ça fleut. Et nos pongles s’alitent, avec nos yeux.

 

Et aussi la petite fille elle faisait de la neige avec ses doigts parce que le paysage qu’on lui avait fabriqué elle trouvait qu’il était trop tiède. Et aussi la petite fille elle faisait de la neige avec ses doigts. Et aussi la petite fille.

 

13 novembre 2013

[Agenda] Editions Aencrages à la galerie Autrement

Filed under: agenda,News,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 16:07

Libr-critique vous invite à découvrir à la fin de ce mois l’une de ces maisons d’édition créatives qui mérite d’être connue.

 

La galerie des éditions Autrement (Métro Bastille) accueillera du 25 au 29 novembre une exposition des travaux typographiques des éditions Æncrages & Co – dont le catalogue fait envie : Armand Gatti, Claude Louis-Combet, Bernard Noël, Jacques Rebotier…

Au programme : présentation des livres et affiches, livres d’artistes et atelier de découverte de la typographie sur place.

Le vernissage aura lieu le mardi 26 novembre à 18h.

Accès au dossier de presse => http://aencrages.free.fr/dossier-de-presse.pdf

♦ Galerie Autrement, 77 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris

12 novembre 2013

[Chronique] Claude Favre, Vrac conversations, par Jean-Nicolas Clamanges [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois – 2]

Suite au long poème inédit de Claude Favre publié en huit livraisons ("ARN_Agencement Répétitif Névralgique_voyou"), le dossier se poursuit avec ce texte fantasque de Jean-Nicolas Clamanges, qui n’en est pas ici à sa première chronique sur l’auteure.

Claude Favre, Vrac conversations, éditions de l’Attente, 2013, 50 pages, 8 €, ISBN : 978-2-36242-038-2.

 

Déjà vu sur Poezibao, c’est devenu un livre de notes de lecture comme on n’en écrivit jamais tant c’est écrit dans la langue que s’est faite Claude Favre et qui là donc récrit tout le noté du lu pour un livre sans doute pas si vite écrit que c’est dit. Le fil de lire s’enroule en cocon de vent dans les rangées de la bibliothèque vide où résonne le seul nom qui jamais ne manque à l’appel du silence, mais ça vente. Y pourrir dans les lettres tombées du grand livre de l’air, cercueil à l’ébène tranché : oui, la baleine de Melville nage harponnée sur la mer démontée où la lectrice farfouille son libellus en compagnie de Raymond Lulle tandis qu’à l’horizon d’encre flashent et reflashent les foudres claires de la langue. Le jour pourri à l’œuf de cane déballe des pages et des pages de horions à la tête des bambins souffreteux qui peinent dans les abysses du grand foutoir dantesque où danse la rimbambelle des bons amis très bien cultivés : Maurice Alarmé et Stéphane de Scève s’embrassent sur la bouche tandis que sous le laurier de Virgile, en dessous du volcan, coule le peu profond ruisseau de bourbon que tant aima Malcom – mais lequel ? L’homme pour qui jamais ne passe le temps poursuit la femme de la douleur au point de rebroussement de la courbe d’un style – mais quel ?

Voici :

_Alors Rabelais engendre Novarina qui beaucoup et

d’exagères et Melville une baleinière comme quoi toute

structure est archipel faut savoir que toute l’histoire est

réelle le cul à terre chiche

Les circonstances ne sont jamais propices à l’allure Belzébuth des morves contemporaines ou non, c’est du sang partout dans les rues sous un soleil de plomb fondu, et ça se murmure comme ça :

_De bonnes langues geignent qu’il outrepasse tandis

que les massacres se perpétuent en Syrie qui nous font

tant Alice au pays des merveilles Au cœur des ténèbres

La vie est un songe Mômo Le cul de Judas Les

boutiques de canelle Woyzeck à la hauteur des

circonstances du temps et cætera

 

Terrassé le veau tendu façon boucher pendu façon pendu à la maîtresse branche de la potence où oscillent au blizzard les vers de Villon, Maïakovsky, Shakespeare, Loys de Founess, Humpty Dumpty, la moule de Nazim Hikmet et son frère, & Mandelstam la bouche terreuse & Pétrarque, qui a lu Canetti qui avait lu Vaugelas & Pichette avec Rimbaud & Leopardi pour en faire des cuts up découpés en fines lamelles de mou de veau dans un oculus où Erasme abhorrait Villon et tous les fins amis de l’homme aux rats, et même Sainte-Beuve.

& allez ! défilez la Patristique et les vieux langueurs à fière lippe : l’homme de l’Anabase & celui de l’Histoire naturelle & celui des Rubayat et ses visions de mouches & Avistote et Aricenne & Butacchi et Georges-Louis B. & le Délié de Lyon et la Chicotte du Don & le grand William et le cher Nasier & Laine de vers et Beau des reins & coetera, j’en passe & du meilleur.

Mais pas une tête molle à langue de rat, pas un(e) quatorze fois exécrable : rien que de paire à pair(e)s très biens, anciens et modernes plumeux & tapewriteux : rien à redire rien à rejeter & allez ! Bartleby ne sait plus même quoi ne pas préférer dans cette arche de Méduse bourrée de pages en partance pour le Déluge où voici, tiens ! l’homme mort dans la neige qui écrivait comme un oiseau d’humour oblique dans les nuages – colloque sentimental :

_Walser est un homme un peu comme si la définition

n’était qu’une invention pas de quoi mais si répond

Melville c’est beaucoup plus il y va à la vie Melville dit

Duras c’est beaucoup plus que la mort beaucoup plus

convulsion le cœur éclaté et qu’ils se séduisent le jeu

dépasse à la va comme même pas les objectifs initiaux

Narcisse plonge nos rivières dégorgent une baleine le

monde c’est comme ça c’est désarmant dit Marguerite

 

En résumé, le paradigme symptomal de l’inépuisable recueil de lire offre sa goutte ténébreuse à l’arc en ciel du nord pour que la suite advienne de ce qui jamais ne devait avoir de commencement.

Claude Favre qui n’écrit comme personne a aussi d’excellentes lectures.

C’est fou, c’est chic.

10 novembre 2013

[News] News du dimanche

Vont défiler nos livres reçus (Valère Novarina, L’Organe du langage, c’est la main ; Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire) et nos nombreux Libr-événements (n° 7 de la revue Ligne 13, Joachim Montessuis à Paris, soirée Manifesten, lecture de Cendrars à Paris, lecture de Suzanne Doppelt et Daniel Loayza, Serge Pey à Mont de Marsan, Double Change, Festival des livres en tête, colloque Tiers-livre/François Bon).

Livres reçus (FT)

â–º Valère Novarina, L’Organe du langage, c’est la main, dialogue avec Marion Chénetier-AlevArgol éditions, automne 2013, 272 pages, 29 €, ISBN : 978-2-915978-93-3.

"Il est stimulant de ne pas être digéré tout à fait, normalisé, absorbé et correctement étiqueté par l’industrie culturello-communicationnelle" (p. 45).

Voici la quintessence d’une œuvre monumentale, dans une architecture de paroles réparties en cinq journées inégales – et accompagnées de documents divers (dont de magnifiques photos en couleur). Destiné à un public plus large que le cercle restreint des novariniens, ce volume d’entretiens – qui fait suite, dans la somptueuse collection d’Argol intelligemment appelée "Les Singuliers", à ceux de Prigent et de Vila-Matas – retrace la trajectoire du poète, dramaturge et peintre, en mêlant les fils chronologique et thématique : les origines, les patois, la montagne ("l’instantané d’un drame" !), le sang, TXT, 68 et la politique ; la chair de la langue, les textes principaux ; Paul Otchakovsky-Laurens, le "vivier des noms", l’antinomie comique/tragique, Michel Baudinat et Daniel Znyk ; la musique, la peinture, la danse et le cirque… Dans ce kaléilogoscope novarinien, on retiendra surtout l’évolution de sa conception du metteur en scène et les révélations/modèles qui l’ont marqué : Mallarmé, Wagner, Appia, Artaud, Grotowski, le Brecht du Berliner Ensemble, Beckett, Dort, Dubuffet, Bob Wilson… le Nô, le cirque, le guignol, le théâtre yiddish…

â–º Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire. Jacques Degroote, directeur exécutif au FMI et à la Banque Mondiale pendant 20 ans, Al dante, en librairie ce vendredi 15 novembre 2013, 96 pages, 9 €, ISBN : 978-2-84761-782-5.

Exemplaire Jacques de Groote ? Au sens de figure emblématique de l’establishment mondialisé : "Au-delà des péripéties de son parcours personnel, J. de Groote symbolise les aspects profondément néfastes des politiques appliquées de manière méthodique par la Banque mondiale, le FMI et l’élite qui gouverne le monde à la recherche du profit privé maximum. La cupidité se mêle, de manière révoltante, à la violation des droits humains fondamentaux" (p. 54). Concernant la BM et le FMI, le premier des trente points que comporte le réquisitoire est des plus éloquents : "Depuis leur création en 1944, la Banque mondiale et le FMI ont soutenu activement toutes les dictatures et tous les régimes corrompus du camp allié des États-Unis" (p. 75).

Pour tous ceux qui rêvent d’un Nuremberg ciblant le banditisme financier, cette enquête documentée est des plus salutaires. Dommage qu’elle soit tout de même par trop journalistique.

Libr-événements

â–º Parution du numéro 7 de la revue semestrielle Ligne 13, dirigée par Francis Cohen et Sébastien Smirou : automne-hiver 2013-2014, 140 pages, 13 € [présentation].

â–º Mardi 12 novembre 2013 à 19H, Palais de Tokyo (avenue Wilson 75008 Paris), Niveau 1 – Le Point Perché by The Absolut Company.

Joachim Montessuis proposera en exclusivité au point Perché le 12 novembre, jour de fermeture du Palais, deux versions de son approche plastique du son, complémentaires et indissociables : deux performances-sculptures soniques spatialisées sur 12 enceintes et 4 caissons-basses.

VOCAL CODES – performance vocale bruitiste : voix+wiimote+ordinateur

"LA VOIX EST UN CODE PSYCHOTROPIQUE POTENTIEL REPROGRAMMANT LA CONSCIENCE ET LA REALITE – UNE SYNTHESE QUANTIQUE REGENERATIVE A TRAVERS UNE RESONANCE VIBRATOIRE INTERSUBJECTIVE"

LE VRAY REMEDE D’AMOUR – boîte à bourdon/guitare/max-msp.

Projet qui canalise – à l’aide d’une boîte à bourdon (vielle mécanique à 4 sons modulables), d’une stratocaster, de pédales d’effets et du logiciel max-msp – une très ancienne passion dévorante pour les musiques médiévales et les musiques modales à sons continus, ici développée en transe microtonale hypnotique, à écouter les yeux fermés et sans champignons.

Joachim Montessuis développe une pratique ouverte et contextuelle autour notamment de la voix, du son continu, du bruit et de la résonance depuis plus de 20 ans. Son travail se focalise aussi sur des processus conceptuels expérimentaux de mise en abîme de la question de l’observation et de la perception de la réalité à travers une approche non-duelle. Ses performances vocales explorent différents états de transes, à travers les potentialités extrêmes de l’amplification et des transformations électroniques du cri, du chant guttural et bruital, et plus récemment du texte lu. Il conçoit ses actions comme des poèmes-codes, processus dialogiques fertilisants.

â–º “UN ETE EN RETRAIT”, installation / exposition de Laurence Denimal, vernissage le 13 novembre à partir de 19h.

Le 30 novembre à partir de 19h, Art Action avec :

• "Performance sonore" de Laurence Denimal et Franck Barriac (son)
• "Asphyxies" avec Didika Koeurspurs, Françoise Lonquety & Laurence de Lataillade

Manifesten • 59 rue Adolphe Thiers – Marseille 1er

â–º Mercredi 13 novembre 2013, 13H-14H30 : Les écrivains lisent La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars.

« En ce temps-là, j’étais en mon adolescence / J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance / J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance… »
Ainsi commence la mythique prose transsibérienne de Blaise Cendrars, voyage poétique et chaotique de Moscou à Kharbine en 446 vers libres et hypnotiques, couchés sur un accordéon de papier coloré. Au directeur de France soir qui mettait en doute la véracité de cet itinéraire, Cendrars fit cette savoureuse réponse: «Qu’est-ce que ça peut te faire, puisque je vous l’ai fait prendre à tous?». Et comment mieux vérifier la puissance évocatrice de ce texte qu’en écouter sa lecture intégrale?
À l’occasion du centenaire de sa parution, Yves Boudier, Bernard Chambaz, Alain Jaubert et Jean-Hugues Malineau se relaieront pour vous souffler le « Froissis de femmes », le «sifflement de la vapeur» et «le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel.»

à l’auditorium du Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de
la Ville de Paris
Entrée libre et gratuite
(métro Champs-Elysées Clemenceau)

â–º Jeudi 14 novembre 2013 à 18H, Médiathèque du Museum d’Histoire Naturelle (38, rue Jeoffrey Saint-Hilaire 75005 Paris) : Suzanne Doppelt et Daniel Loayza lisent Mouche, anthologie littéraire (Bayard, 283 pages, 18 €).

Présentation éditoriale. Elle est partout, et partout chez soi, dans nos maisons comme dans nos pensées. Un nombre impressionnant d’écrivains, d’artistes, de scientifiques lui ont consacré des textes, des images, des expériences. Dans tous les siècles : elle a déjà pris son essor quand commence la littérature, et trois mille ans plus tard elle agonise encore chez Jean Echenoz au fond d’un sucrier ou collée sur un mur chez Marguerite Duras.
Dans tous les genres : fables, poèmes, nouvelles, romans, tenace et obsédante, volatile et fugitive, échappant presque toujours au piège et à la perception, la voilà qui surgit soudain des replis d’une phrase pour peu qu’on la remarque, seule ou en bande, imprévisible, chaotique. On peut dès lors s’amuser à en collectionner quelques-unes ; cela change des papillons.

â–º Rencontre-dédicace avec SERGE PEY vendredi 15 novembre 2013, à 19h à la librairie Caractères (34 rue Frédéric Bastiat, Mont de Marsan) : Serge Pey présentera son nouveau livre, Tombeau pour un miaulement.
http://www.revuegruppen.com/gruppen/tombeau-pour-un-miaulement-serge-pey/
https://www.facebook.com/TombeauPourUnMiaulement
publié cette année aux éditions GRUPPEN.

â–º Samedi 16 novembre à la Médiathèque de Mont de Marsan, 15H : "Le Temps des assassins", performance poétique de Serge Pey, avec élastique et barricade de poèmes.

â–º Double Change vous invite à une lecture de Marie BOREL et Martin RICHET et Donna STONECIPHER le mardi 19 novembre 2013 à 19h30 à la galerie éof, 15 rue Saint Fiacre, 75002 Paris
(http://eof5.free.fr/, métro grands boulevards ou bonne nouvelle). Entrée libre.

â–º Du 25 au 29 novembre 2013, Festival des livres en tête : programme.

â–º "tierslivre.net : François Bon à l’œuvre", Colloque de Montpellier 29-30 novembre 2013, site Saint-Charles de l’université Paul-Valéry, salle des colloques 2. Comité d’organisation : Pierre-Marie Héron et Florence Thérond.

Vendredi 29 novembre

9h15 Accueil des participants. Ouverture des travaux

Séance 1 animée par : Gilles Bonnet (Lyon 3)

* 9h30 François Bon
« Le web comme doute pratique »

1997-2013 : plus de 15 ans de site sur Internet, à voir apparaître tous les 2 ou 4 mois, de nouveaux outils, de nouveaux usages. Parfois en profiter, parfois laisser se sédimenter dans le fond du site des pages fossiles. Puis accélération : et si le site devenait le travail principal, mangeait les livres autrefois publiés, en prenait le rôle ? Et qu’est-ce que ça change pour soi ?

10h15 Discussion

* 10h30 Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)
« Tiers Livre : “le théâtre c’est dedans” »

Hypothèse : et si le tiers du livre n’était pas l’altérité d’un texte web, mais un théâtre ? Et si le site n’avait été que le prolongement radical d’une expérience théâtrale totale, de langue et de voix et d’images ? Laboratoire du Tiers Livre  : un théâtre dans la mesure précise où, s’il excède l’espace d’un théâtre, l’exercice de corps sur un plateau, il travaille à en prolonger toutes ses forces, et l’expérience même de sa traversée.

* 11h Stéphane Bikialo & Martin Rass (Poitiers)
« Les espaces du site : fbon et le réseau »

Bernard Noël caractérise « l’espace du poème » (POL, 1998) comme « forme vide », « qui a des bords mais pas de limites ». Nous partirons de là pour analyser l’espace du Tiers Livre comme tiers-espace et hyperespace, afin de démêler ce qui du réseau contribue à créer la figure d’un sujet de l’écriture, « fbon », à ne pas confondre avec François Bon.

* 11h30 Florence Thérond (Montpellier 3)
« Figure(s) d’auteur »

Dans et autour de Tiers Livre, François Bon construit une figure auctoriale de type nouveau, avec sa mythologie, son territoire, son système… Une aventure du web qui comporte un risque : celui de l’émiettement, d’une dilution de la figure de l’auteur dans un collectif qui pourrait finir par devenir anonyme.

12h Discussion

Séance 2 animée par : Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)

* 14h15 Marie-Eve Thérenty (Montpellier 3)
« Tiers Livre et œuvre-monde »

D’où vient la fascination de François Bon pour les œuvres-monde d’un Rabelais, d’un Balzac, d’un Proust ? Peut-être, entre autres, de leur caractère déjà quasiment hypertextuel, annonçant un type d’écriture hyperliée qu’il met lui-même en place dans Tiers Livre. Il y a un lien à explorer entre le travail critique de François Bon, sa fascination pour ces corpus hypertextuels avant la lettre et sa propre réalisation sur le web.

* 14h45 Aurélie Adler (Université d’Amiens)
« Tiers Livre : une cartographie “des mondes parallèles” »

Depuis 1997, l’écrivain ne cesse de donner forme, par le biais des outils numériques, à des mondes juxtaposés, superposés, communicants. Attentif aux jonctions entre monde ancien (« pays dit réel ») et « nouveau monde », dit virtuel, il fait de l’écriture-web l’outil et le motif privilégié d’une exploration de la ville contemporaine. Pensé « comme une ville », Tiers Livre renvoie par ses arborescences, ses hyperliens, à l’architecture et aux voies de circulation de la ville d’aujourd’hui. Il s’agira d’étudier les procédés par lesquels François Bon entend élaborer une image de la ville contemporaine.

15h15 Discussion et pause

Séance 3 animée par : Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)

* 15h45 Sébastien Rongier (Paris)
« Tiers Livre, une structure en constellation. Lecture d’un site »
Quelle lecture implique le Tiers Livre de François Bon ? Le site déjoue les logiques habituelles de lecture numérique. Véritable « écosystème de l’écriture », en même temps qu’espace d’expérimentation, il impose au lecteur une double dynamique d’infini et de profondeur.

* 16h15 Oriane Deseilligny (IUT de Villetaneuse, Paris Nord)
« Sur les traces de François Bon : le Tiers Livre, dispositif d’écritures et d’énonciations multiples »

Comment le site s’adresse-t-il aux lecteurs, comment organise-t-il différents niveaux d’accessibilité, etc. ? Consacrée aux formes d’éditorialisation du site conçu comme un dispositif total et contrôlé, l’analyse sera centrée sur l’outillage du dispositif, abordé à la lumière des notions d’énonciation éditoriale (E. Souchier), d’architexte et de trace.

16h45 Discussion

* 17h Emmanuel Delabranche (Rouen)
« c’est de l’autre soi » (vidéo-projection)

À la reprise numérique de Limite sur Tiers Livre, François Bon retouche, corrige, annote et complète le texte paru en 1985 aux éditions de Minuit. À la manière de ses écritures hebdomadaires et classées Limite devient une suite d’articles du Tiers Livre constituant un tout complexe dont chaque partie peut être lue indépendamment des autres. Autobiographie des objets comme très récemment Proust est une fiction ont suivi un processus d’écriture contraire : publiés article après article sur Tiers Livre avant de trouver place sur le papier. Tumulte était déjà de ceux-là. À la lecture des re-publications partielles de Limite sur Tiers Livre, j’ai engagé un travail en résonance en ajoutant à certaines phrases propositions ou mots sélectionnés des images comme François Bon aurait lui-même pu le faire si la parution avait d’abord été web avant d’être papier. Au-delà de ce qui est dit c’est de l’autre soi.

Samedi 30 novembre

 

Séance 4 animée par : Florence Thérond (Montpellier 3)

* 9h30 Michel Collomb (Montpellier 3)
« L’ouverture sans fin : l’usage de la photographie dans Tiers-Livre »

Sur l’écran de l’ordinateur, la page est une image que je peux explorer sous tous les angles, à volonté. Agrafées ‒ ou agraphées ‒ à cette image, des photographies que j’ouvre d’un clic. Quel est leur statut ? Elles sont sans doute reliées au texte, le suscitent ou l’illustrent, mais certaines passent à travers la maille du filet et gagnent directement l’ouverture sans fin, vers laquelle les textes s’efforcent.

* 10h Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)
« Tiers Livre à l’oreille : la part de l’écriture audio »

Le disque, la radio, la télévision, le web : les inventions du dernier siècle ont formidablement amplifié et augmenté la présence sonore du monde. Elles ont aussi incité les écrivains, environnés de machines parlantes, traversés comme leurs contemporains, de voix, musiques, rythmes, bruits et rumeurs, à devenir des surauditifs. François Bon est de ceux-là, et pourtant, la part de l’écriture audio peut sembler restreinte dans Tiers Livre

10h30 Discussion et pause

Séance 5 animée par : Stéphane Bikialo (Poitiers)

* 10h45 Anaïs Guilet (Poitiers)
« Les web-livres de François Bon, une écriture transmédiatique »

Ma communication s’intéressera au travail d’écriture de François Bon dans ce qu’il implique de va-et-vient médiatique entre le site web et le livre (papier et numérique), et au discours de l’écrivain sur sa pratique. Nous nous concentrerons pour cela à un de ses Web-livre en particulier Prous est une fiction. Le mot web-livre recouvre chez lui des œuvres aux trajets médiatiques différents, mais qui dans tous les cas témoignent d’une virtuosité à l’égard des médias et de leur technicité que l’on trouve rarement chez les écrivains contemporains.

* 11h15 Gilles Bonnet (Lyon 3)
« On relit toujours avec de soi »

La rubrique « web-livres » de Tiers Livre regroupe des textes aux statuts divers : des œuvres nativement numériques côtoient des textes déjà publiés en version papier, puis repris, relus, parfois réécrits. Une nécessaire typologie m’amènera, dans un second temps, à accorder une attention particulière au cas de Limite, publié en feuilleton, augmenté d’un paratexte inédit, puis repris par Publie.net. Ces chantiers rouverts sont l’occasion d’une autobibliographie étroitement liée aux spécificités du Web et du « numérique comme recréation » (F. Bon).
11h45 Discussion

9 novembre 2013

[Agenda] Christian Prigent

Passez de 2013 à 2014 avec Christian Prigent, de Saint-Brieuc à Lille, via Paris et Valenciennes.

â–º Lundi 18 novembre 2013, 19h à 21h30, à Saint-Brieuc
 : Rencontre avec Christian Prigent et Vanda Benes, Villa Carmélie
 (55 rue Pinot Duclos à Saint-Brieuc
). Entrée gratuite
. Réservation souhaitable (mais pas obligatoire) au 02 96 33 62 41.

À l’occasion de la parution, en mars 2013, chez POL, de son roman Les Enfances Chino, Christian Prigent ouvrira la boîte à outils de l’écrivain. Il partagera avec nous le matériau d’où part l’écriture (photos, peintures, tableaux, gravure, chansons d’operette…). Il dira comment ce matériau surgit à mesure que le parcours s’invente, comment il devient coloration, tonalité, littérature.

Soirée en trois parties : La fabrique Chino. Guest star : Philippe Boutibonnes, microbiologiste, peintre, dessinateur, écrivain, philosophe, cycliste.

Lectures à une et deux voix (Vanda Benes et Christian Prigent). Chansons (Vanda Benes accompagnée au piano par des élèves du Conservatoire de Saint-Brieuc). Projections commentées (Christian Prigent et Philippe Boutibonnes).

â–º Samedi 23 novembre 2013, dans le cadre de Citéphilo 2013.

 

14h30 > 16h30 : Projection de La belle journée (1h07, coul., 2010)
en présence de la réalisatrice :
Ginette Lavigne, réalisatrice, monteuse
A également réalisé : La nuit du coup d’Etat, Lisbonne, avril 1974 (2001), Un voyage en Israël (2008), Jean-Louis Comolli, filmer pour voir ! (2013)
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Jacques Lemière, Institut de sociologie et d’anthropologie, CLERSE (UMR 8019 CNRS), Université Lille 1
Monteuse (notamment des films de Jean-Louis Comolli, L’Affaire Sofri, la série des films sur Marseille, et beaucoup d’autres), Ginette Lavigne est aussi réalisatrice. Dans La Belle Journée, elle se met au défi de la réalisation du film sur et avec un poète, Christian Prigent, sur son monde et sur son œuvre, à partir (texte et chansons du film) d’extraits de quatre ouvrages de l’écrivain : Commencement (1989), Une phrase pour ma mère (1996), Grand-mère Quéquette (2003), Demain je meurs (2007), tous parus chez POL. Rigoureux et inventif travail cinématographique, qui sera reçu en tant que tel, et aussi, parfaite introduction à la rencontre-lecture avec Christian Prigent, qui suivra, deux heures plus tard, à la Médiathèque Jean Levy de Lille.

 

 
Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République – Lille
 
18h30 > 20h30 : Christian Prigent ou l’acte poétique
En partenariat avec les médiathèques de Lille
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Gérard Briche, professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure d’Art de Tourcoing
L’homme qui parle scande les phrases, éclate les mots, triture la langue. Cet homme, c’est Christian Prigent, et il dit de la poésie. Mais cette poésie passe par le corps – littéralement. Car c’est dans l’acte que la poésie, la vraie, advient. Dans cet acte, dans cette performance, c’est toute la réalité matérielle qui passe, et d’abord la réalité biographique du poète. Ainsi la poésie est-elle pétrie de toute la matière de la vie, et jusqu’à ses aspects les plus triviaux, mais les plus rigolos aussi. Christian Prigent : la poésie, c’est d’abord ce qu’on imagine être le plus étranger à la poésie.
 
Médiathèque Jean Lévy – 32/34 rue Edouard Delesalle – Lille

â–º Trois jours avec Christian Prigent à la Maison de la Poésie de Paris, du 28 au 30 novembre 2013 : voir le programme.

â–º Lecture/conférence de Christian Prigent : "Martial, grande brute !" (quelle traduction contemporaine de l’obscène latin ?).

" Rapide, vacharde, pittoresque, rigolote, souvent obscène, toujours à la fois savante et désinvolte, la poésie épigrammatique de Martial s’inscrit dans la tradition, mineure mais vivace, d’une poésie non idéaliste qui « sent l’homme » quotidien. Du coup, elle tente l’effort de traduction des « modernes » de toutes les époques. Les 650 textes que j’ai essayé de « recycler » dans une forme méticuleusement métrée et travaillée par la distance des anachronismes paraîtront chez POL en avril 2014." (C. Prigent)

Dans le cadre du séminaire de MASTER 1 & 2 "L’obscénité en perspective : antiquité/ modernité", le jeudi 12 décembre 2013 de 11H à 13H – Université de Valenciennes , Site du Mont Houy, Bâtiment Matisse, Salle 208 -, B. Gorrillot invitera Christian Prigent, l’un des grands poètes français actuels, à l’occasion de la publication prochaine de sa traduction de DCL épigrammes de Martial (Paris, P.O.L, 2014). Cours ouvert à tous.

â–º Début 2014, les éditions P.O.L mettront en ligne sur leur site une sélection d’essais et d’entretiens de Christian Prigent – parmi lesquels les quatre que nous avons réalisés ensemble entre 2001 et 2013.

En plus de "Passage des avant-gardes à TXT" (dans Francis Marcoin et Fabrice Thumerel dir., Manières de critiquer, Artois Presses Université, 2001, p), trois entretiens publiés sur Libr-critique :

* "L’Incontenable Avant-Garde", 6 décembre 2006 ;

* "De TXT à Fusées", 16 mai 2008 ;

* "Christian Prigent, un ôteur réeliste", 14 mars 2013.

â–º Du lundi 30 juin (19H) au lundi 7 juillet 2014, premier colloque international de Cerisy sur l’œuvre de Christian PRIGENT : "Christian Prigent : tou(v)er sa langue", sous la direction de Bénédicte Gorrillot, Sylvain Santi et Fabrice Thumerel. [Lire la présentation détaillée et le programme complet]

Argumentaire. Comme ancien directeur de la revue d’avant-garde TXT (1969-1993) autant que par l’ampleur et la diversité de son œuvre personnelle, Christian Prigent (né en 1945) fait l’objet, depuis 10 ans, de multiples publications, rencontres, journées d’étude, enregistrements, mises en scène et films. D’où l’opportunité d’organiser un colloque international qui permette d’établir un premier bilan des réflexions proposées sur cet écrivain et d’ouvrir d’autres perspectives de lecture.

Le réel est ce que l’écrivain affronte, face auquel il essaie de trouver sa langue. Or ce réel est pour lui, comme pour Lacan, ce qui "commence là où le sens s’arrête". C’est encore le réel pulsionnel du corps qui défait les voix, comme chez Artaud ou Bataille. Marqué par la négativité de la Modernité, Prigent ne cesse donc de trouer la langue, les représentations admises aussi bien que l’histoire littéraire. Et il problématise violemment la légitimité du geste créateur. Mais il invite aussi à un salut du poétique inattendu en ce début de siècle qui continue volontiers à liquider, avec les avant-gardes, les genres millénaires, les engagements politiques et les utopies esthétiques. Les livres de Christian Prigent proposent ainsi une "trouée", au sens de la promesse d’une embellie. Car s’y opère peut-être le miracle d’avoir forcé l’expression juste du réel, voire de soi ?

7 novembre 2013

[Libr-relecture] Christophe Marmorat, La Direction des risques, par Périne Pichon

Comme Libr-critique n’a jamais voulu s’enfermer dans un présent sans perspective – une lecture immédiate qui rend parfois aveugle -, la rubrique Libr-relecture permet de revenir sur une œuvre qui, pour des raisons diverses, n’a pas été analysée lors de sa parution : aujourd’hui, Périne Pichon vous invite à (re)lire un livre transgénérique paru en 2011.

 

Christophe Marmorat, La Direction des risques, vivre au féminin masculin, éditions Ancrage, 2011, 278 pages, 20 €, ISBN : 978-2-9535444-5-9.

 

Ce livre est présenté comme le septième tome de la série Ancrage, écrit selon la pratique dite de « l’écriture musicale ». Ancrage est à la fois le terrain où s’expérimente l’écriture musicale et le lieu où s’accomplit une démarche d’exploration identitaire. Le titre d’  « Ancrage » a été choisi dans ce sens : progressivement, Christophe Marmorat montre à ses lecteurs comment son identité prend ses marques, « s’ancre » avec l’écriture, mais également avec les rencontres, les expériences qui forgent cette écriture. C’est pourquoi les sept tomes prévus d’Ancrage (sept tomes pour sept lettres) sont composés de poésies, de réflexions, de petites histoires, réparties en plusieurs chapitres ou parties.

Chaque texte a été écrit suivant l’écoute en boucle d’une musique, d’une chanson, laquelle libère un rythme dans l’écriture, l’alimente d’une série d’images, à la fois propres à l’auditeur et fournies par la mélodie. Ainsi, la pratique de l’écriture est ici liée à la libération de l’inconscient. Il ne s’agit pas pour autant d’écriture automatique, expérimentée par les Surréalistes, mais d’une écriture mise en réseau et en résonance avec la musique et l’image, qu’elle soit photographique ou peinte. En effet, deux des chapitres de La Direction des risques, nous offrent des textes associés à des images : « Je suis elle : travail sur les auto-portraits de Johanna Stahl », et « L’expérience de la peinture, nourritures créatives ».

L’écriture serait donc ici une pratique de mise en réseau de l’être. Elle explore les connexions entre plusieurs processus artistiques (la peinture, la musique, l’écriture), plusieurs pratiques sensorielles (l’écoute et la vision), et surtout entre les êtres, même séparés par le temps, l’espace, la mort : « Je t’écoute seul dans ma chambre d’hôtel, à New York.[ …]Je sens là quelque chose, venant de toi. Je sais que tu es morte Eva mais sache que ce n’est pas un problème pour moi, vu ce que je reçois de toi. » (poème pour Eva, Autumn Leaves, Eva Cassidy, p. 197). Nous touche ici la fragilité de l’instant où se rencontrent l’écrivain, la chanteuse, la musique. Cela d’autant plus que la musique et l’écriture sont des passerelles entre les êtres, qu’ils soient vivants ou morts. Ces « ponts de mots » (p. 59) donnent la clef pour accéder à des textes-rêves, liés à des textes réflexifs, pour comprendre comment ces connexions et ces passages entre les arts et entre les êtres peuvent enrichir le « soi ». L’écriture y gagne une spiritualité enveloppante, présente dans un texte de l’adolescence de l’auteur, mais également dans le chapitre « Je chamane ». On ne peut qu’être sensible à la recherche d’équilibre existentiel de Marmorat.

Dans cette mise en réseau, en connectivité, le « je » ne peut pas être laissé indemne. Il y a un investissement conscient dans l’écoute, dans l’écriture, un investissement qui semble vouloir juger de ses propres limites. Marmorat semble être à la recherche d’un investissement vers et dans autrui dans la justesse, qui ne va pas jusqu’au vampirisme de l’autre, ni jusqu’à l’identification à l’autre. Dans « Je deviens elle », chapitre que l’auteur place au centre de La Direction des risques, cet investissement vis-à-vis de l’autre est le plus palpable. Il devient une force empathique grâce à laquelle s’exprime les multiplicités des interrelations entre être féminin et être masculin. Un « je » qui se veut féminin s’affirme avec abnégation :

Je vouvoie

Je regarde,

Hautaine,

Je vous fusille,

Je vous crache,

À la gueule,

À votre gueule,

Vous, mes amants.

 Je […] (p. 183.)

Pourtant, il est dommage que certains textes semblent encore trop lisses, trop timorés, ne creusent pas assez le jeu de connexions et les émotions (féminines / masculines) qui s’en dégagent. La complexité des êtres, des sentiments, si elle est palpée, est rendue parfois avec naïveté, voire avec facilité. Cette négligence se fait au profit de la recherche de l’harmonie dans le « je » avec l’extérieur. La Direction des risques, comme l’indique son titre, montre toutefois une « direction » à creuser dans une pratique de l’écriture et dans le processus de construction identitaire que l’écriture charpente.

6 novembre 2013

[Texte] Mathias Richard, amatemp999 [dégénérescence totale]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 18:17

Voici un nouveau syntexte, écrit "au bord de la crise de nerfs" par l’auteur de Machine dans tête et du Manifeste mutantiste 1.1. [Lire le dernier amatemp]

 

 

Je sais des choses qui vous concernent | je dors pendant que je danse | © Internet | catégorie : handipoésie | Plus on vieillit, plus chaque jour devient le repère d’un deuil différent. | Vous savez qu’il existe un remède à la Personnalité et ce remède est à un clic de vous: | Chaque pas crée le suivant / je me sens fort quand je me couche | (crié) je suis intellectuel _ (crié) JE SUIS INTELLECTUEL | Papa ? Je peux t’appeler Maman avant que Papa revienne ? | on ne jouit pas par politesse | la langue est énorme dans la bouche | une langue aussi grande qu’un visage d’enfant | j’aimerais avoir un ami comme moi | l’impression de ne pas faire partie de la même espèce que les autres, d’être l’exemplaire paumé et isolé d’une autre possibilité | si tu veux partir tu peux rester | Merci de votre compréhension – ou pas. | faire des choses alors qu’on sait qu’elles ne sont pas bonnes pour soi / le savoir ; le faire | langue bite à graines vivantes | et des yeux vides poussent |

 

Pendant des années je me suis serré la ceinture, je travaillais dur, vivais mal, mangeais mal, dans des appartements minuscules, et économisais pour des jours meilleurs.

Puis un jour j’ai réalisé qu’il n’y aurait pas de jours meilleurs, mais que des jours de plus en plus durs.

Alors j’ai décidé de ne plus travailler, de ne plus économiser, et de prendre le meilleur de ce que je pouvais chaque jour, en abandonnant tout projet et en dépensant tout ce que j’ai sans regret.

 

untitled united | J’ai une carte d’interdit de tous les clubs de Marseille. | je vois tout comme si j’étais bourré, mais en permanence et sans être bourré. | Tricherie à l’envers. Faire croire que ses propres textes sont écrits par des nègres, alors qu’en fait on les écrit soi-même. | Personne ne pige rien à tout… | Tout tourne pour rien. |

et

c’est là

que

je L’ai

rencontré

dans le club des losers-tarés,

auto-intoxiqué par ses propres rejets indestructibles :

du bitume et du caca mélangés conçus avec la fonction déconstruire,

bras et jambes dégoulinant en escaliers | des lèvres en forme d’anus, blessures fraîches comme des fleurs | attrapant des coups de soleil dans le noir | buvant la tisane aux mégots | MON FILS…

mon fils

je lui dis tout

sauf

"drogué"

et "pédé"

mon fils

n’hiverne pas il éterne

mon fils

Fait Maintenant Partie de Ceux Qui Savent s’y prendre

MON FILS

n’arrive pas à s’endormir

MON FILS

n’arrive pas à s’réveiller

MON FILS

raconte des blagues aux gens pour les tuer pendant qu’ils sourient

mon fils

à présent

traduit fidèlement les mensonges des autres

 

Je vais BIEN.

Je dors BIEN.

J’aime ma VIE !

 

Le gouvernement est en fuite sur Mars. | Quand on ne sait plus où en est, quand on est en plein délire, prendre ce délire comme un état stable, puis le cartographier. | Je dors pendant que les gens vivent, m’éveille quand ils déclinent. | Le gouvernement est en fuite sur Mars. |

et c’est là

que

je L’ai

rencontrée

dans le club des louseuses-tarées,

un bouchon d’oreille dans le coeur | revendiquant son conformisme avec fureur | Aux âmes mal nées la médiocrité n’attend pas le nombre des années. | Un certain type de personne ne s’épanouit que dans la haine. | MA FILLE…

ma fille

a un superpouvoir :

transformer les mecs en toutous

ma fille

elle a

des phéromones

d’aliens

ma fille

elle a peur des corps

et elle a peur des mots

ma fille

se réveille avec des maux de tête pire qu’un cauchemar

à l’intérieur d’elle il y a un monde de souffrance

MA FILLE ne désire

que le sommeil

et l’absence de rêves

ma fille

dort quelques heures

juste après être revenue de son travail,

et elle dort deux heures avant d’y retourner,

afin de totalement isoler sa vie libre de sa vie aliénée

Elle est un puzzle quel que soit l’angle, visage/corps/pensée/vie. Connaissez-vous l’histoire de la fille-garçon-puzzle, à la personnalité fracturée, fractionnée, faite de milliers de fragments attachés : un fragment gris, un fragment vert / un bout de plastique, un bout de prairie / un tourbillon de coton, un bouton d’ordi.

 

Je suis voyante, j’ai eu un flash vous consernant.

Je vous embrasse très fort et vous dis à tout de suite.

Bien à vous,

Votre Medium

PS: je vous conseille de vous munir d’un stylo et d’une feuille, afin de pouvoir bien noter toutes mes prédictions.

 

1/ L’avenir appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt. | 2/ l’avenir envoie des ondes dans le présent | 3/ T’es manifestement un prototype _ on réussira jamais à te faire marcher. | 4/ L’anti-cryptographie est l’art de trouver le message le plus clair possible. | 5/ Tu As Reçu Un Ordre Direct Du Soleil | 6/ poème de luxe _:_ Sous la route | 7/ Pour vider un humain de son sang, faut qu’1,2 million de moustiques le piquent d’un coup. | 8/ [texte écrit les yeux fermés avec des lunettes noires] | 9/ y a un conflit entre ma santé physique et mon moral : l’augmentation de mon moral se fait au détriment de ma santé, et vice-versa | 10/ Nos plus récentes études démontrent que la lettre « W » n’a tout simplement plus sa place au sein de l’alphabet. | 11/

 

et c’est là

que

j’ai

rencontré

TA GRAND-MERE

 

et c’est là

que j’ai rencontré

TON ARRIERE-GRAND-ONCLE

 

et c’est là que j’ai rencontré

ZOBI LA MOUCHE

BABAR

GEORGES BUSH

MICHEL

TATA

& SUPERSPOUTNIK

 

 

 

4 novembre 2013

[Agenda] L’intertextualité dans l’oeuvre d’Annie Ernaux, colloque international de Rouen

Tandis que ce soir France 3 diffuse un documentaire sur Annie Ernaux, et dans l’attente de la parution des Actes du Colloque de Cerisy (2012 ; parution imminente), se tient à Rouen les jeudi 14 et vendredi 15 novembre prochains un nouveau colloque international sur son œuvre – preuve, s’il en était besoin, de son importance capitale.

Argumentaire du Colloque international, les 14-15 novembre 2013 

Comité scientifique : Philippe Lejeune (Paris 13 Nord Villetaneuse), Daniel Mortier (Rouen, CÉRÉdI), Christine Planté (Universités de Lyon – Lyon 2)

Comité d’organisation (CÉRÉdI) : Robert Kahn, Laurence Macé, Françoise Simonet-Tenant

Plusieurs colloques ou journées d’étude généralistes ont déjà été consacrés à l’étude de l’œuvre d’Annie Ernaux, en particulier « Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux » sous la direction de Fabrice Thumerel à l’université d’Artois en 2002, « Annie Ernaux, se perdre dans l’écriture de soi » sous la direction de Danielle Bajomée et Juliette Dor à l’université de Liège en 2008, « Annie Ernaux, se mettre en gage pour dire le monde » sous la direction de Thomas Hunkeler et Marc-Henry Soulet à l’université de Fribourg en 2012 et « L’œuvre d’Annie Ernaux : le temps et la mémoire » sous la direction de Francine Best, Bruno Blanckeman et Francine Dugast-Portes à Cerisy-La-Salle en juillet 2012.

Nous pensons qu’il reste encore beaucoup à dire sur une œuvre que le discours critique en France n’a prise qu’assez récemment au sérieux. La perspective retenue pour le colloque organisé par le CÉRÉdI et l’Université de Rouen les 14 et 15 novembre 2013 est celle, très précise, de l’intertextualité (française et étrangère) dans l’œuvre d’Annie Ernaux, entendue globalement comme « effets de convergence et de divergence entre une œuvre et l’ensemble de la culture qui la nourrit » (Tiphaine Samoyault, L’Intertextualité, Armand Colin, 2005). Par ailleurs le colloque qui se déroulera en présence d’Annie Ernaux sera une manière de retour à la source puisque l’écrivain a passé son enfance et adolescence à Yvetot et a été étudiante en lettres à l’Université de Rouen où elle a d’ailleurs décidé de consacrer son diplôme d’études supérieures au surréalisme.

La notion d’intertextualité nous a semblé particulièrement pertinente, appliquée à une œuvre accueillie longtemps avec réticence dans les milieux lettrés – en particulier, après la publication de Passion Simple (1992). Des années durant (jusqu’à la toute fin des années 1990) l’œuvre d’Annie Ernaux fut doublement disqualifiée en France en raison de la présence en son sein d’une culture du monde dominé et d’un parti pris autobiographique clairement affirmé à partir du quatrième récit, La Place (1984). D’une part, l’on brocarda volontiers les références interdiscursives affichées (chansons, littérature dite populaire) ; d’autre part, les partisans d’une littérature canonique considérèrent que l’écriture de la vie, telle que la pratique Annie Ernaux dans un esprit de vérité, était une solution de facilité et de pauvreté, abstraite de toute mémoire littéraire.

S’intéresser à la richesse de l’intertextualité dans l’œuvre d’Annie Ernaux permet de tordre définitivement le cou aux préjugés de cette réception académique. Le colloque entend montrer la généalogie complexe d’une œuvre tissée à la fois de textes et discours de la culture antérieure et de sa culture environnante. Nous nous intéresserons à l’intertextualité fondamentale d’une œuvre poreuse au marmonnement du monde et à laquelle s’applique particulièrement bien la réflexion de Marc Angenot : « l’approche “intertextuelle” peut avoir pour effet de briser la clôture de la production littéraire canonique pour inscrire celle-ci dans un vaste réseau de transaction entre modes et statuts discursifs, le discours social. Il y a là une attitude nouvelle quant à la place même qu’occupe le littéraire dans l’activité symbolique. » (« L’intertextualité : enquête sur l’émergence et la diffusion d’un champ notionnel », Revue des sciences humaines, n° 89, 1983).

Nous nous emploierons également à établir combien le travail constant de la mémoire de la lecture et de l’écriture féconde le processus créateur. On se permettra à cet égard de citer Annie Ernaux : « L’empreinte des livres sur mon imaginaire, sur l’acquisition, évidemment du langage écrit, sur mes désirs, mes valeurs, ma sexualité, me paraît immense. J’ai vraiment tout cherché dans la lecture. Et puis, l’écriture a pris le relais, remplissant ma vie, devenant le lieu de la recherche de la réalité que je plaçais autrefois dans les livres. » (L’Écriture comme un couteau, Stock, 2003). Les études génétiques ont d’ailleurs prouvé à quel point l’œuvre ernausienne est nourrie par la mémoire littéraire. C’est indéniablement une œuvre qui prend ses racines dans un terreau d’influences mêlées, admirées ou combattues, où se mêlent les écrivains glorieux (Proust, Flaubert, Woolf, Perec, Beauvoir, Sartre…) et une littérature populaire méprisée par les instances d’évaluation critique et universitaire.

L’œuvre d’Annie Ernaux est importante à bien des titres, mais aussi en ce qu’elle réussit le tour de force de s’affirmer comme une voix singulière et universelle grâce à un jeu intertextuel et, plus largement intersémiotique, intense et maîtrisé. En outre, il ne s’agira pas seulement de montrer en quoi cette œuvre peut dériver d’une culture syncrétique mais de suggérer en quoi comme texte second, elle réactive le sens de certains textes premiers dont elle s’est nourrie et comment elle a pu bousculer l’idée même qu’on se fait d’un texte littéraire.

Photo de Cerisy : de gauche à droite, Francine Best, Christian Baudelot, Bruno Blanckeman, Fabrice Thumerel et Annie Ernaux.

 

                                            Programme                                               

              

Jeudi 14 novembre : Maison de l’Université, salle de conférences

9h : Ouverture du colloque

 I. Le canon :

 10h Lyn Thomas ( London Metropolitan University) : « Ennemies de classe ou âmes-sœurs : Virginia Woolf et Annie Ernaux ».

 10h30 : Maya Lavault ( Paris IV) : « Annie Ernaux : l’usage de Proust ».

 Pause

 11h15: Marie-Jeanne Zenetti (Lyon II) : « Intertextualité et redéfinition de l’écriture de soi : Rousseau, Hugo et Annie Ernaux ».

 11h45 : Linda Rasoamanana ( Mayotte) : « Annie Ernaux et Albert Camus ».

 

II. Nouvelles formes romanesques :

 14h 30 : Merete Stistrup-Jensen ( Lyon II) : «L’autobiographie impersonnelle : Georges Sand, Selma Lagerlöff, Gertrud Stein et Annie Ernaux ».

 15h : Nathalie Froloff ( Tours) : « Le choc Vassili Grossman ».

 Pause

 15h30 : Elise Hugueny-Léger ( St. Andrews) : «  La fête : Flaubert, Pavese, Duras et Annie Ernaux ».

 16h : Thomas Hunkeler, (Fribourg) : « Annie Ernaux et le Nouveau Roman : une histoire d’amour ratée ? »

 

Vendredi 15 novembre : Maison de l’Université, salle de conférences 

 III .Intratextualité :

 9h 30 : Pierre-Louis Fort (Cergy-Pontoise) : « Agendas et journaux intimes »

 10h : Danielle Bajomée ( Liège) : «  Les Années : réminiscence »

 Pause

 10h 15 : Alain Schaffner ( Paris III) : « La passion dans Une passion et Se perdre ».

 10h45 : Fabrice Thumerel (Université d’Artois) : « Ecrire contre pour écrire la vie : Les Années. (Texte, métatexte, intertexte et avant-texte) »
—————
Résumé
L’étude de l’intertexte (littéraire/culturel, textuel/discursif, allusif/citationnel) sera menée ici dans une perspective sociogénétique : il s’agira d’examiner comment, pour ce "roman total" que constituent Les Années, texte, métatexte et avant-texte construisent un intertexte littéraire et socioculturel subversif ; autrement dit, comment Annie Ernaux, pour qui position et opposition ne font qu’un, se situe par rapport à l’histoire littéraire, au champ littéraire et au champ du pouvoir contemporains.

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11h15 : Véronique Montémont ( Nancy II) : «  Les Années : une chambre d’échos ».

IV . Intermodalité :

 14h30 : Michelle Bacholle-Boskovic (Eastern Connecticut State University) : « L’intersémiotique ernalienne : un dialogue au-delà de l’écriture ».

 15h : Fabien Gris (E.N.S Lyon) : « Annie Ernaux va au cinéma »

 15h 30 : Discussion générale et conclusion.

 

 

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