Libr-critique

27 février 2018

[Texte] Olivier Matuszewski, N’importe où toujours au même endroit (8/8)

Une fin en feu d’artifices : lieux communs et télescopages divers… [Lire le 7e extrait]

Un trait menace et puis me nargue

Un trait me trace

sur toute la longueur nécessaire, nécessairement démocratique

S’aimer fragile sans douter que mille fois on est tombé dedans

Ceci dit, je mens dès que je rencontre

Chaque rencontre est mensonge parce qu’il y a des fragments

Il y a un arbre qui a trop d’eau dans ce pays d’où je t’appelle

Un pays de putes et d’ex enfants de mauvaise graine qui se perdent en souvenirs hachés menus

J’t’ hachure parfois

que la rencontre est un mensonge

Encore qu’il n’y ait rien de physique, comme dans la lutte ou le déni perpétuel

< Y en a franchement (…)

C’est comme quand on se décide à finalement ne pas allumer la lampe / quand nous prend une envie subite et dorée sur les coups de 3 h du matin

< Ça, c’est du sport !

Il y a de bonnes raisons de tout débrancher ou de se gaver d’une bonté gouailleuse et sucrée revenue contre toute attente

Allez reviens !

La porte est aussi seule que toi dans sa réalité

Tu veux te cogner, ça te regarde

Mais ne réveille rien

 

A ce moment le peu de ciel visible n’appartenait plus à personne, et ses points par millions qui veulent faire croire au jour, le propriétaire de ses yeux-là, pensera-t-il à les ouvrir, demain, quand les ombres auront doublé la mise ? 

25 février 2018

[News] News du dimanche

Avant vos Libr-événements de mars (RV à la Maison de la poésie Paris, Maïsetti/Koltès, Virginie Gautier, les 10 ans de Publie.net), en UNE : Laurent Cauwet, ou Le pavé dans la mare artistique… Et des passages égrenés en lisant/zigzaguant/méditant…

UNE : Laurent Cauwet, ou Le pavé dans la mare artistique… /Fabrice Thumerel/

â–º Rencontres avec Laurent Cauwet pour son livre La Domestication de l’art. Politique et mécénat (La Fabrique éditions, 2017) : jeudi 1er mars à 19H, Librairie Texture (94, Avenue Jean Jaurès 75019 Paris) avec Véronique Pittolo ; le vendredi 2 mars à 19H, Librairie Transit (45 boulevard de la Libération, 13001 Marseille) ; samedi 3 mars, 19H, à La Boutique de La Ciotat (8, rue des Frères Blanchard).

En avant-première, le début de ma chronique à venir tout bientôt :
Le point de départ de Laurent Cauwet, qui se situe en droite ligne de la pensée debordienne, est le constat que la société du spectacle a phagocyté la sphère artistique, dont l’autonomie est par conséquent en voie de disparition. Le champ artistique est annexé par ce que l’éditeur/auteur nomme l’"entreprise culture" : les institutions publiques comme privées n’ont de cesse de domestiquer en le divertissant un public le plus large possible et une foule de créateurs de tous poils en obtenant leur servitude volontaire. Cette dernière formule nous fait songer à Pierre Bourdieu, dont l’un des derniers travaux portait sur la révolution conservatrice dans l’édition : à la bipolarisation du champ littéraire (espace autonome versus espace commercial) succède la domination d’une vaste zone interlope où se recyclent les formes et les thèmes propres à la modernité ; d’où l’avènement de bricoleurs géniaux devenus experts dans l’art de récupérer, voire de subvertir des valeurs consacrées de l’art moderne comme la notion même de "subversion", la "liberté créatrice", la "bohème"…

En lisant, en zigzaguant…

♦ "au-dehors des humanolisses glissent et broutent la pelouse pendant la pause déjeuner ils ascenseurisent en troupeau terne et se merguezent et se moquettent grise frites froides. rapidement leurs cerveaux glacés se creusent par habitude ou se pizzagrillent d’autres bureautent seuls leur sandwich parcellisés dans un coin. au-dedans un suicidinformaticien s’agrippe à une table il tente vainement de tapoter sur son clavier xanaxé intranquille" (Beurk, Le Salariat pue, Caméras animales, 2018, p. 37).

♦ "Petite vie
passée au simple" (p. 66).

"Fibrée à l’intérieur et lisse à l’extérieur" (p. 11) : la meilleure parade, non ?

"Des comédies, je mâche prudemment
le rose putride" (p. 45).

Le poète n’est-il pas celui qui "réside où la chose se dit moindre" ?  (Marie de Quatrebarbes, Gommage de tête, Éric Pesty éditeur).

Libr-événements

â–º Trois RV à ne pas manquer en mars à la Maison de la Poésie :

â–º Vendredi 2 mars à 18H, rencontre avec Arnaud Maïsetti pour sa biographie de Bernard-Marie Koltès (éditions de Minuit) au Coupe-Papier (19, rue de l’Odéon 75006 Paris).

â–º Jeudi 8 mars, lecture-projection de Virginie Gautier :

â–º Pour les 10 ans des éditions Publie.net, RV mardi 20 mars à 19H à la Médiathèque François Sagan :
8 rue Léon Schwartzenberg – 75010 Paris
Métro : Gare de l’Est, lignes 4, 5, 7 (Sortie 8 Bld de Magenta)
Bus : Gare de l’est, lignes 30, 31, 32, 35, 47

LECTURES ET PERFOMANCES
– Nadine Agostini
– Julien Boutonnier
– Virginie Gautier
– Fred Griot
– Anne Savelli
– Joachim Séné

[Chronique] Dévisagement du monde et de l’identité (à propos de William Cliff), par Jean-Paul Gavard-Perret

William Cliff, Au Nord de Mogador, éditions Le Dilettante, février 2018, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-842639-31-0 ; Matières fermées, La Table Ronde, coll. "Vermillon", parution en librairie le jeudi 1er mars 2018, 256 pages, 16 €, ISBN : 978-2-710384-52-6.

Il existe, au sein du voyage géographique et existentiel que retrace le poète William Cliff, diverses logiques capables de donner à voir une vérité qui n’est pas d’apparence mais d’incorporation derrière un exotisme réel et jubilatoire. Nul besoin d’aller très loin : il suffit à l’auteur de déambuler dans Padoue au milieu des curés et nonettes pour saisir toute la saveur d’une quête où la vie parfois doit subir les miasmes du peu qu’elle est. Elle se retrouve, dans un hôpital où un quidam voisin de lit "chiait et pissait partout" tandis que, à main droite, un anglais rempli de vanité est accompagné de sa fille dont la beauté ferait "mourir d’amour le monde entier".

 

L’auteur, fidèle à son esprit et à sa lettre, saisit son temps qui passe et en biffe la fausse évidence du style carte postale. William Cliff est ici tout en pudeur et retenue : cela rend son long poème découpé en fragments passionnants. Il s’incruste dans la chair et rebondit sur la peau des êtres et des villes que l’auteur traverse hier comme aujourd’hui. Le texte devient le théâtre portatif de la beauté et de l’abjection, du sordide et du lumineux. S’y décuplent par l’éclat diffracté du découpage, les extases quotidiennes et les petits malheurs des jours.

 

La poésie se déchausse de ses guêtres mais juste pour faire respirer des morceaux d’existence de vie telle qu’elle est. Cliff, de sa Belgique natale jusqu’aux ailleurs, trouve de quoi sourire des destinées sans grâce et pleines d’ennui. Il sait en retirer un suc par la magie verbale. Preuve qu’au moment où "la poésie se meurt à Barcelone comme ailleurs", elle garde dans sa musique et sa rapidité de quoi ravir l’esprit et nourrir l’émotion.

 

L’auteur demeure ainsi autant un activiste qu’un irrégulier de la langue par le gonflement incessant de vibrations ou parfois l’amorce de leur extinction. S’y mêlent le tragique, l’obscène et le merveilleux d’une multitude fractionnée, là où le poète ne cherche en rien la culture du moi, ce vers quoi il pêchait parfois.

 

Un tel texte remet en cause la question du portrait et de l’identité par un  travail de fond à travers le retour vers l’enfance, des obsessions discrètes et des avancées. Amasseur de visages et de lieux, Cliff a le don de souligner les gouffres sous la présence et de faire surgir des abîmes en lieu et place des féeries glacées. 

 

Il faut donc prendre le livre comme un appel intense à une retraversée afin de dégager un profil particulier au temps, un temps pulsé qui se dégage du temps non pulsé proche de ce que Proust appelait "un peu de temps à l’état pur".

 

Le livre ne constitue donc pas une recollection de souvenirs mais la spécification de l’auteur comme de ses semblables et frères – même si parfois il faut se forcer pour apprécier leur pusillanimité. A chaque instant le  livre "abîme" l’apparence afin de l’approfondir et de révéler  des schèmes élémentaires en des cérémonies ironiques plus esquissées qu’assénées. C’est là un plaisir rare de lecture qui peut réconcilier la poésie et ses réfractaires.

21 février 2018

[Chronique] Vous n’allez pas me dire ce que je dois voir (une révolution est femme), par Alain Jugnon

Mathieu Brosseau, Chaos, Quidam éditeur, février 2018, 160 pages, 18 €, ISBN : 978-2-37’91-075-8. [Écouter un extrait]

Mathieu Brosseau, dans un roman qui va très loin dans le roman, qui va dans le roman comme jamais roman n’avançait jusque-là, ordonne et organise la femme comme la seule direction possible pour l’homme, le seul sens et l’unique lieu pour la folle liberté faite humanité, en tout.

On connaît les grands récits et les vrais romans de la femme, on a lu Alfred Jarry dans L’amour absolu et L’amour en visites, on a lu Ulysse de James Joyce et le roman final de Molly Bloom, on a lu encore L’Education sentimentale qui est bien plus le roman de la femme que Madame Bovary, on a lu enfin Aurélia de Gérard de Nerval.
Chaos
, le roman de Mathieu Brosseau, est à ce point un roman qui avance comme ceux-là que la femme existe dedans, que son nom est la Folle, que le monde est devenu fou de maintenir sa Folie dans le récit jusqu’au terme qui est la fin de la guerre et la vérité de l’amour. Les dernières pages de Chaos, mais déjà les premières, et encore celles qui constituent son milieu, forment des phrases qui ont la force vitale, la vraie vie vivante, de la rencontre de Moreau et Arnoux chez Flaubert, de Dieu et elle chez Jarry ou de madame x et lui chez Nerval. Il n’y a que le lecteur conscient de tous ces romans qui passent du 19ème au 20ème siècle (d’un Nerval l’autre Joyce) pour voir ce qu’il sait là en lisant dans Chaos que le tout-monde est le roman-tout d’une folle.
On reprendra Aurélia, de 1855, roman saignant au cœur, pour toucher à ce bonheur titré Chaos, un nouveau roman de 2018. Lisant un tel roman, on inventera à nouveaux frais le roman, c’est-à-dire la littérature et la poésie qui avancent ensemble. On prendra tout son désir d’humanités pour des formes vivantes dans un miroir, dans un miroir qui fait un tableau, un tableau qui forge un théâtre, théâtre qui creuse analogiquement la montagne, ou la ville. Un train célinien nous embarquera et nous nous trouvons bien là : émotion est motion.

Dans Chaos de Brosseau comme dans Aurélia de Nerval, ni le chaos ni la femme ne sont le personnage, même pas le fantôme ou l’image. Non, le chaos et la femme sont l’écriture du monde tel qu’il est réalisé par l’écriture même. Il existe une pragmatique du Nerval sur-romantique dans Chaos que l’on reconnaît dans Aurélia, le dernier roman du dernier Nerval, le roman du mort nyctalope.

« La seule différence pour moi de la veille au sommeil était que, dans la première, tout se transfigurait à mes yeux ; chaque personne qui m’approchait semblait changée, les objets matériels avaient comme une pénombre qui en modifiait la forme, et les jeux de la lumière, les combinaisons des couleurs se décomposaient, de manière à m’entretenir dans une série constante d’impressions qui se liaient entre elles, et dont le rêve, plus dégagé des éléments extérieurs, continuait la probabilité. [1]»

Le rêve ainsi continuerait la probabilité de la vie. Le Rêve et la Vie est l’autre titre du roman de Nerval, Aurélia en est donc le titrage brillant, le titre comme on parle de l’or et de la valeur en général. Et qu’on ne dise plus que pour le poète romantique (quoi romantique ?) le rêve est la vie, ou pire : que la vie est le rêve. On meurt à moins et on pleure de rire à suivre à la lettre l’esprit montant, la mystique floue et assez bête de Monsieur Labrunie. Rien de mystique dans Aurélia, car elle manque. Pareillement, rien de chaotique dans Chaos car il manque aussi.

« Cette idée me devint aussitôt sensible, et, comme si les murs de la salle se fussent ouverts sur des perspectives infinies, il me semblait voir une chaîne non interrompue d’hommes et de femmes en qui j’étais et qui étaient moi-même ; les costumes de tous les peuples, les images de tous les pays apparaissaient distinctement à la fois, comme si mes facultés d’attention s’étaient multipliées sans se confondre, par un phénomène d’espace analogue à celui du temps qui concentre un siècle d’action dans une minute de rêve.[2] »

Le Chaos de Mathieu Brosseau est, par là, le communisme fait d’hommes et de femmes en une Folle et une seule, face à un homme et le seul qui puisse : l’Interne de médecine. Le nervalisme de Brosseau dans Chaos est un rêvalisme, qui se termine, post-romantiquement, ainsi  : « Vivre ne sert qu’à ça → voir les rêves dans la vie → attendre, attendre qu’ils apparaissent et noyautent le Chaos, que les histoires fabuleuses interviennent toujours et encore dans le cours des choses. Pour que nous puissions nous rencontrer. Vous et moi. Alors oui, sans les yeux, voyons-nous au milieu des flots torrentiels et des courants du Nouveau Monde » (p. 160).

Avant la philosophie de la vie et du rêve que contient le roman de Mathieu Brosseau, il y a une histoire. Avant ou plutôt au même moment dans l’espace des pages écrites là. Il y a l’histoire d’une internée en ville dans un hôpital psy qu’un interne décide de sauver en la faisant s’échapper pour la ramener auprès de sa sœur jumelle et aînée. C’est l’histoire, qui voit la sœur de la sœur être nommée la Folle, l’interne l’Interne et, par exemple, l’autre sœur : Aînée.
Cette même histoire raconte qu’il y a le Chorion qui est une masse visqueuse en mouvement et au ciel et qui lie la Folle au monde comme le Monde à la folie de ce placenta multicolore et amphibie. On lit et on comprend que si l’Interne veut sauver la Folle, c’est de fait la Folle qui sauve le monde en tenant sa folie, le monde, les hommes et les femmes à l’instant t de sa montée au ciel et de son unification au tout, d’un bout à l’autre et de haut en bas. De sœur, il n’en est plus, quand c’est une nouvelle anatomie qui fait toute la naissance et toute la mort : la révolution est la femme, un point (un aleph) c’est tout, une femme (un amour) c’est là.

« Vivre : entrer → sortir. Petite boucle dans le vent. Attention car on ne peut arrêter le mouvement des choses sans perdre la tête, il n’y a pas plus irréels que les musées, où moisissent les reflets, les obsessions logiques. Attention, la souveraineté du capital est une coquetterie attentatoire à la Nature. Les actionnaires du monde cultivent le désir d’immortalité de leur corps et de leurs possessions. Taxidermie ! Musées ! Misère ! Folie ! La révolution perpétuelle doit commencer ici. Guillotine ! Gloire aux flux affranchis, honneur aux courants détachés. Sans mots pour les refléter. Ouvrir les zoos, parcs, domaines, mers, corps : ouvrir ! Laisser l’eau travailler les sols, les animaux contaminer les villes, les arbres pousser sur les routes ! Ouvrir ! [3]»

Le rêve et la vie, chez Mathieu Brosseau, cela se traduisait par l’homme et le monde chez Nietzsche, ou bien par l’arve et l’aume chez Artaud : ce que la fin du roman annonce comme la bonne nouvelle du Vous et Moi, d’une Lecture qui se fera Ecriture, un Dehors qui se fera Dedans.
Dans le nouveau roman de cette année circulaire, l’écrivain en mouvement invente le roman vital, c’est le nom qu’il faut donner à cette école de vie mise et prise en livre, sans psychologie ni sociologie : un nouveau roman comme chez Alfred Jarry pour une autre fin de siècle. On lit alors une nouvelle connaissance du réel qui prendrait à contre-pied l’invention de la psychanalyse et son cortège de découverte profonde et surprenante. Dans Chaos les profondeurs sont celles du corps et des flux, ce sont des fleuves et des circuits qui charrient les êtres imprimés selon le caractère des devenirs.
On a là une nouvelle philosophie de l’âme (c’est de l’or pour la littérature quand la pensée écrite touche ainsi au seuil du réel, consistant en sa porte ouverte, sa monade avec fenêtre) : ce n’est plus wo Es war soll Ich werden (Freud qui tentait une nouvelle cinématique du fléchage Inconscient → Conscient), c’est plutôt wo Ich war soll Es werden – avec Ich le Sujet, l’Être, la Forme et Es la femme, la révolution, le devenir et le fond. La flèche signale maintenant le chaos car c’est un ordre nouveau qui naît et qui voit le ça être le pendant, dans le roman, du chaos dans la vie. Qu’il faut nommer Chorion ou Masse haute, cet UN-conscient qui affirme et crie du haut du ciel : où je suis c’est elle qui devient.
Elle devient, elle est, elle révolutionne cosmique et tragique, page 61, quand il est écrit : « Elle voit le Big Bang contemporain et ce n’est pas une comédie. »

La Folle de Chaos donne raison à l’écriture libre du poème critique, ce roman sans ordinaire et sans quotidien que nous lisons comme une bible humaine ou une odyssée moderne, c’est le roman de René Daumal (Le Mont Analogue) et celui de Franz Kafka (Le Château). C’est encore et toujours le roman théâtral : chaos signifie d’abord scène. Et roman veut dire poésie vécue, le poète écrit l’art poétique de tous les romans possibles et il vit la littérature comme une création libre de joueur demain.
De la même manière, le communisme littéraire de Mathieu Brosseau frappe le lecteur enhardi qui ne se sort plus simple vivant des phrases merveilleuses et chaleureuses du poète qui voulait écrire le roman premier de la création de la femme par le monde lui-même :

« C’est ainsi que je croyais percevoir les rapports du monde réel avec le monde des esprits. La terre, ses habitants et leur histoire étaient le théâtre où venaient s’accomplir les actions physiques qui préparaient l’existence et la situation des êtres immortels attachés à sa destinée. Sans agiter le mystère impénétrable de l’éternité des mondes, ma pensée remonta à l’époque où le soleil, pareil à la plante qui le représente, qui de sa tête inclinée suit la révolution de sa marche céleste, semait sur la terre les germes féconds des plantes et des animaux. Ce n’était autre chose que le feu même qui, étant un composé d’âmes, formulait instinctivement la demeure commune. L’esprit de l’Être-Dieu, reproduit et pour ainsi dire reflété sur la terre, devenait le type commun des âmes humaines dont chacune, par suite, était à la fois homme et Dieu. [4]»



[1] Gérard de Nerval, Aurélia, p 131, Folio, 2005.

[2] Gérard de Nerval, Aurélia, p 134 et 135, Folio, 2005.

[3] Mathieu Brosseau, Chaos, p 150, Quidam éditeur, 2018.

[4] Gérard de Nerval, Aurélia, p 158 et 159, Folio, 2005.

18 février 2018

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche de février, à vos agendas : RV avec le nouveau site des éditions Rencontres, Chaos de M. Brosseau… au Lieu unique à Nantes pour un concert-lecture, à Tourcoing pour un Hommage à P.O.L, à Villerbanne pour une soirée poétique… à Paris avec B. Fern et L. Fourcaut, à La Colonie autour de Lectures de prison

â–º Réapparition du site des éditions RENCONTRES, où l’on trouvera des joyaux : coffret DVD Aymé/Pey, livres de Blaine, Gleize, Pazzottu, etc.

â–º Avant que la chronique d’Alain Jugnon ne soit publiée cette semaine, voici les dates à retenir autour du roman de Mathieu Brosseau, Chaos :

– une rencontre à la librairie Charybde avec Hugues Robert le jeudi 8 mars à 19h30 ;

– lecture performance avec Jean-marc Bourg : le 14 mars au Trempolino à Nantes ; le 15 mars à la médiathèque de Herbignac ; le 16 mars au Dôme de Saumur ; et le 30 mars
à la Maison de la Poésie de Paris, une lecture musicale avec Olivier Mellano.

â–º Mercredi 21 février à 19H30, Le Lieu unique à Nantes :

Concert-lecture avec Éric Arlix (poète), Serge Teyssot-Gay (guitare) et Christian Vialard (synthés). Présentation : Yves Arcaix.

Golden Hello est le terme utilisé en anglais pour « prime de bienvenue », cette dernière concerne uniquement les managers de très haut niveau. Les textes, aux sujets très différents, dressent un portrait du monde contemporain et d’individus qui luttent, chacun à leur manière, pour leur survie.

â–º Jeudi 22 février au Fresnoy de Tourcoing (59) : Hommage à P.O.L !

En hommage à Paul Otchakovsky-Laurens, une projection de "Editeur", son dernier film sorti fin novembre 2017, aura lieu dans la grande salle de cinéma du Fresnoy à Tourcoing. Celle-ci sera suivie d’un échange avec Jean-Paul Hirsch, proche collaborateur de Paul Otchakovsky-Laurens, et les auteurs P.O.L Kiko Herrero, Patrice Robin et Patrick Varetz.
Il s’agit ici d’honorer la mémoire d’un grand éditeur, mais aussi d’un homme de cinéma : Paul Otchakovsky-Laurens a été pendant plusieurs années président de la commission d’avance sur recettes du CNC, et la maison P.O.L publie depuis 1992 la revue de cinéma Trafic, créée par Serge Daney.
Après "Sablé-sur-Sarthe, Sarthe", "Editeur" est son second film.

â–º Dimanche 25 Février 18h, à Bubble Art (28 rue Anatole France 69100 – Villeurbanne) : soirée poétique avec Guillonne Balaguer, Alice Calm, Georges Chich, Patrick Dubost, Isabelle Pinçon, Brigitte Baumié, Claude Yvroud, Laure Viel, Béatrice Brérot, Pierre-Alain Gourion.

Prix d’entrée : 10€ – tarif réduit : 5€

â–º Jeudi 1er mars à 19H, Bruno Fern / Laurent Fourcaut : lectures croisées (Café de la Mairie : 8, place Saint-Sulpice 75006 Paris).

Bruno Fern lira des extraits de "L’air de rin" (Louise Bottu, 2016) et de son prochain livre à paraître aux mêmes éditions, "Suites". Laurent Fourcaut lira des extraits de "Joyeuses Parques" (Tarabuste, 2017) et de "Or le réel est là…" (Le Temps des cerises, 2017).

â–º Mercredi 14 mars, rencontre à La Colonie de 19h à 21h (128, rue Lafayette 75010 Paris) autour de Lectures de prison (éditions Le Lampadaire), ouvrage consacré à l’histoire des bibliothèques de prison et à l’accès (ou au non-accès) des personnes détenues à la lecture. Au cours de cette rencontre, il sera question des problématiques liées à la lecture en prison, mais aussi des choix éditoriaux qui ont présidé à la conception du livre ‒ archives, documents bruts, inventaires, listes – et de leur effet sur la réception de l’ouvrage.

Programme du 14 mars

Lectures de prison. De la recherche documentaire à la poétique du document

Intervenants
. Jean-Lucien Sanchez, historien : La pratique de la lecture en prison, XIX-XXe siècle
. Séverine Vincent, comédienne et collaboratrice d’Olivier Brunhes : Théâtre en prison, documenter le vivant
. Muriel Pic, écrivain : Le démon fugitif des minutes heureuses. Poésie (et) documentaire
. Philippine Chaumont et Thomas Bellegarde, graphistes : Design des Lectures de prison

Lectures de prison
Contributeurs
Préface : Philippe Claudel. Postface : Jean-Lucien Sanchez. Ouverture des chapitres : Philippe Artières, Jean-Louis Fabiani, Guillaume de la Taille, Marianne Terrusse, Claude Poissenot.

[News] Rencontre-lecture avec Bernard Desportes : une œuvre majeure

Dès le lancement de Libr-critique, nous avons signalé l’œuvre comme l’une des plus exigeantes et des plus originales dans le champ littéraire actuel.

Le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique.
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

â–º À lire :
– Entretien avec Bernard Desportes : "De l’abîme à l’éternité" ;
– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

RENCONTRE / LECTURE

Bernard DESPORTES
s’entretiendra sur son œuvre
avec Esther Tellermann et Pierre-Yves Soucy
Lectures par Bernard Desportes d’extraits de ses derniers livres

Samedi  3 mars à 15 heures, entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

15 février 2018

[Chronique] Claude Louis-Combet, Elizabeth Prouvost : chorégraphie originaire, par Jean-paul gavard-perret

Claude Louis-Combet, Né du limon, photos de Elizabeth Prouvost, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2018, 41 pages, 12 €, ISBN : 978-2-37792-009-9..

« La Terre est grosse d’une forme qui ne diffère pas d’elle-même » (Cl. L-C).

En des « emportements » de formes corporelles, Elizabeth Prouvost cherche une vérité à transmettre en vibrations et rapports, afin qu’entre chaos et sérénité jaillisse un espace aussi premier que neuf, aussi sexuel que « sacré ». Chaque image devient le « vitrail d’une chapelle imaginaire. » Elle est un pur objet de sensation mais aussi de méditation sur l’indicible qui habituellement échappe.

Les photographies créent ici une valse. Celle d’avant le verbe, où le premier spectacle s’offre dans « le resserrement et l’exiguïté » des trois strates de l’existence que précise Louis-Combet : l’état confusionnel,  l’état androgynique et l’état anthropologique au sein des « aspirations contradictoires de la lumière et des ténèbres ».

La photographe les montre dans leur dialectique créatrice au moment où tout se scinde avant de se réunir : « C’est la naissance du sexe. C’est le commencement de l’histoire », écrit le poète. Et les deux œuvres au moment où tout semblerait accès à la clarté ramènent aux ténèbres d’un « limon » toujours plus profond et plus dense. D’où cette danse au cœur du viscéral et sa végétation. S’abandonnant à leurs vagues se distingue volontairement mal la valse nuptial de deux corps qui ne se lâchent plus le temps sinon de la passion du moins du coït et l’assouvissement imprescriptible.

Les corps d’Elizabeth Prouvost s’écartèlent alors et se distendent. Par ce qui remue se cherche une forme, « une terre plus vivante que la Terre, une face radieuse, des membres rayonnants », écrit Louis-Combet. Et la photographe montre le soufflet des deux corps ; le chant des entrailles et la danse des scalps, aube de l’aube, aube de « la nuit sexuelle » dont parle Quignard et que nul ne connaîtra jamais.

Rarement le mariage texte/image n’a été aussi fort et ruisselant de sens dans la blancheur de la page et le limon de l’infusion d’un acte sans limite et dont le lieu n’a pas de fin. Tout homme n’a cesse d’y revenir, toute femme de l’y accueillir. Preuve que Michaux avait raison : « au commencement la répétition »…

13 février 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic / 1)

La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l’humour grinçant et socialement inacceptable – dans l’incongru.

             Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 1

 

Ça me fait penser si j’ose dire à un obèse occupant à lui seul les deux places d’une banquette de métro à l’heure de pointe, alors que le wagon est bondé d’invalides, vieilles et femmes enceintes qui voudraient asseoir leur fatigue. Qu’est-ce que ce grossier tas de graisse encombrant ? Apparemment, c’est quelqu’un. Et il va travailler. S’il n’était là que pour son plaisir (et en particulier son plaisir solitaire), ça pourrait lui valoir de gros ennuis. Il se ferait a minima crever la panse par quelques prudes très à cheval sur ça. Donc, il a un travail. Dans l’import-export, sûrement. Il s’occupe de marchandises. Quelque part un entrepôt délabré : il brasse du vent, des sucres, des lipides, des poissons ou viandes boucanées sous vide et du maïs transgénique. Ah, il n’est pas jockey : c’est sûr. Qui est-il ? Pas Yvon de Bourgogne : ce gros snob ne prend pas les transports. Donc un autre monstre, va savoir qui. Je m’en vais lancer des noms au hasard : Gaupineau, Lagasse, Fritterman, Lottobazné, Percynian ! Zéro réaction. J’aime à lancer des noms sans citer personne, que je forge au fil de la salive. L’obèse a-t-il un nom ? Rien n’est moins sûr et nombreux sont (dans le métro) les anonymes. Faudrait demander ses papiers, qu’on soit fixé s’il en a dans quelque repli ou poche. Eh gros, tes papiers ! Rien. Le gros s’est désabonné. Il fait le mort. On n’est guère plus avancé.

11 février 2018

[Livre – chronique] Olivier Domerg, La Sainte-Victoire de trois-quarts, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, La Sainte-Victoire de trois-quarts, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2017, 120 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87317-502-3.

Domerg a la veine calcaire, rocheuse, tarpéienne. Une Sainte-Victoire à son nom lève de demi-profil, de trois-quarts dos, son étendard de solitude, la savante, l’immergée dans le levant, la petite sœur des riches des réseaux sociaux de la poésie. La solitude vue comme un métier de vivre, descriptif, programme son charme sans alarme, contreforts et soubassements basculent dans le maculé. « Le bellâtre, le bleuâtre du lointain » quand « la ligne bleue déroge » et que « La Sainte, plus claire, se découpe sur l’horizon », savent en dérogation expresse dévoyée déployer leurs couches de repeint. Ceux dont les pics tutoient l’enfer du ciel ne savent que récrire, brosser de toutes leurs époques un sempiternel tableau, ne savent plus parler ; à l’encontre de son œuvre habituellement intense (« pour toute poétique et pour toute morale » scandait-il dans Le temps fait rage paru il y a deux ans), Domerg affiche ici sa profession : poète, s’y réserve de beaux jours.

10 février 2018

[Chronique] Jacques Cauda, L’Amour, la Jeunesse, la Peinture, par Guillaume Basquin

Jacques Cauda, L’Amour, la Jeunesse, la Peinture, éditions Lamiroy, coll. "Opuscules", #20, 2018, 50 pages, 5 €, ISBN : 978-2-87595-109-0.

Je n’ai jamais écrit sur l’œuvre littéraire de Jacques Cauda, ayant été l’éditeur de l’un de ses livres, son plus « ambitieux » jusqu’ici, Comilédie (éd. Tinbad, 2017). Mais quoi ? Aurais-je pour autant l’interdiction de le faire ? Que non ! Philippe Sollers, éditeur de Roland Barthes, a bien écrit plusieurs textes sur lui, et même un livre entier, L’amitié de Roland Barthes (éd. du Seuil, 2015). (Je sais, cet exemple est un peu écrasant et prétentieux… Mais enfin, il est exemplaire.) L’amitié que j’ai pour Jacques Cauda, je vais la montrer ici : plus il écrit (écrira) de la bonne littérature, plus je suis (serai) heureux ! Et, revers de cette « médaille », moins il en a écrit de la bonne, moins j’en ai été satisfait…

Mais commençons.

En cet hiver 2017-2018, Cauda publie encore deux livres (il en est à environ 5/an !), dont un exercice contraint chez Lamiroy (50 pages/5 000 mots — c’est la règle), dans la petite collection « Opuscule ». (On y sort un livre/semaine ; cela fonctionne sur abonnement, pour contourner la difficulté d’être présent en librairie…) La contrainte semble réussir à notre peintre-écrivain-poète : il a écrit là un véritable livre de peintre (avec des mots) ! Cela vérifierait-il cet adage comme quoi « tout art naît de contraintes » (la poésie), et « meurt de leur absence » ? (Voir dans la musique, le film, la poésie épique, le théâtre élisabéthain, etc.) C’est une hypothèse sérieuse. (—Ne riez pas, au fond de la salle ! — Poéticides !) A contrario, il m’a semblé que Cauda s’égarait quand il faisait de la littérature de « genre » (Les Caliguliennes dans le genre « littérature pornographique », et Ork dans le genre « parodie de roman de gare »). Pourquoi ? Jacques Henric, dans ses écrits, l’a martelé définitivement : « Rien de plus mortel pour le roman que de l’emprisonner dans un genre. » Le roman doit être impur ; et le romancier « un peu pilote, un peu stratège, un peu guerrier, un peu gérant de fonds et de boîte de nuit, un rien souteneur, un chouia gigolo, un poil armée du Salut […] Il lui en faut des connaissances, à ce colosse! ». Ici, dans ce nouveau recueil L’amour / La jeunesse / La peinture, Jacques Cauda fait montre de tout un tas de ses qualités : un brin pornographe, un rien poète, un peu romancier libertin (du 18e siècle français), un poil philosophe (dans le boudoir), un chouia gigolo et escroc ; mais surtout absolument peintre ! D’ailleurs, son double, qu’il avance ici dès le début, un narrateur grimé en Gilles de Watteau, aura suffi à nous mettre sur la piste. Voici le début du « roman » : « J’ai un temps vécu à la semblance du Gilles de Watteau à qui je voulais ressembler : longuement vêtu de blanc, un long vêtement plissant aux coudes et trop court des jambes de pantalon etc. » Quand un romancier s’avance masqué en peintre, cela finit par donner ceci : « Saucisson vu de trois quart gauche, assis autour de la table octogonale, le verre à la main, naer het leaven, “pris sur le vif” selon l’expression qu’il y a sur 74 dessins faits par Bruegel croquant 112 hommes et femmes et 6 animaux (3 chevaux, 1 mule, 1 cerf et 1 bison d’Amérique). » (On se souvient de la naissance de l’art à Lascaux…) Et puis : « C’était immonde et magnifique, comme dans l’entrée où la mère de Sonia avait disposé sur des étagères en coin des poupées d’Espagne et des peluches assises dans différentes attitudes, certaines tenant un flageolet, d’autres des instruments champêtres inconnus. » (Ce tableau se défait, comme chez Sade.) Et enfin : « Le plafond était entouré de bougies en verre, toutes munies d’ampoules et bien espacées de trois pouces l’une de l’autre, diffusant ainsi une pâle lumière jaune d’œuf quand on allumait. » Blanc d’Espagne, jaune d’œuf, toutes les couleurs importantes pour un peintre sont là. Quoi ? Il manque l’or et l’argent ? Les voici : « Enfin, comme c’était Noël, il y avait un grand sapin dressé dans la pièce, les branches poudrées de blanc, au bout desquelles une flopée de petits lampions en forme d’accordéons, que Sonia avait peints en argent et en or, se balançait quand on soufflait dessus. » Pfff… Le tableau pivote. (Il manque ici le rouge carmin, mais Cauda en a déjà fait le sujet presque exclusif d’un précédent livre de peintre : Les jouets rouges, 2016.) Si j’ajoute que Jacques Cauda, vrai peintre qui ose s’affronter au Mal (voir La Peinture et le Mal de Jacques Henric sur cette question ; la dégringolade dans la peinture occidentale y étant « expliquée » comme un recul de la croyance en l’idée d’un péché originel (tel que théorisé d’abord par Charles Baudelaire — notre contemporain)), aime à taquiner l’art contemporain (content pour rien ?) et ses trop grandes facilités : « J’étais bon dessinateur (et le suis resté puisque je suis devenu peintre ; je souris en écrivant cela car je sais très bien que le dessin et la peinture ne sont quasiment plus liés l’un à l’autre aujourd’hui ni trop pratiqués, tout au moins en France qui est un pays où l’art officiel préfère éviter le rapport du visible et de l’invisible sans doute trop catholique à ses yeux) et je croquais Staline nu etc. » (Toute ressemblance avec l’actuelle « affaire Jeff Koons » serait totalement fortuite), on commence à envisager l’aspect fortement transgressif de toute son œuvre. Vous qui êtes politiquement correct, laissez tout espoir de pénétrer ici ! Quand on voit la nouvelle méthode du peintre-écrivain, annoncée dans ce « petit » livre : « Je vais m’inspirer des meilleures peintures d’histoires, c’est-à-dire par simultanéité d’actions, tel Nicolas Poussin voulant montrer comment la manne fut envoyée aux Juifs, représenta en même temps etc. etc. », on comprend alors qu’il annonce l’apothéose de son œuvre écrite, Profession de foi, en cours de travail, et à paraître en 2019…

8 février 2018

[Chronique] Emmanuèle Jawad, Anecdotes et statut du poète

Le poète insupportable rassemble 24 anecdotes prélevées dans le milieu poétique. Elles en mettent ainsi en évidence certains caractères propres, ouvrant, par ce répertoire, à la réflexion critique et à une perspective théorique. Christophe Hanna, dans une préface éclairante intitulée Logique de l’anecdote, définit notamment l’anecdote sous l’angle d’un « rituel de reconnaissance ». Il relève la rigueur de la démarche de Cyrille Martinez dans son travail (« faits auxquels il a lui-même assisté ou dont il a été un des protagonistes »). Une première version de ce texte a été publiée en 2016 (éditions D-Fiction). Si la circulation des anecdotes permet une « reconnaissance entre pairs », les procédés mis en place dans le traitement poétique des anecdotes et les opérations effectuées sur le matériau même des anecdotes renvoient à des pratiques et des processus de littérarisation (ainsi procédé d’anonymation). On notera la présence d’une des anecdotes (« erreur sur la biographie »), d’un livre à l’autre, celle-ci faisant poème dans le dernier livre également de Patrick Beurard-Valdoye (Le vocaluscrit section Le métier de poète). La mise en circulation des anecdotes s’opère ainsi en marge des lectures publiques jusqu’aux livres eux-mêmes de façon transversale. Plusieurs publications récentes ouvrent à une dimension réflexive et critique du milieu poétique, dans des approches néanmoins très différentes : analyse des rapports de la culture, d’un milieu poétique en particulier avec les lieux de pouvoir et un système de domination, dans un rapport de classes (La domestication de l’art de Laurent Cauwet), critique acerbe des conditions matérielles dans les manifestations poétiques et lectures publiques (Le vocaluscrit dans sa seconde section). Dans La domestication de l’art, la culture, en tant qu’entreprise, se trouve redéfinie prioritairement sous l’angle de la coercition. Le questionnement concernant le statut du poète traverse les livres et l’actualité d’un milieu poétique. L’approche sociale et politique rejoint les préoccupations et les enjeux d’une reconnaissance.

â–º Cyrille Martinez, Le Poète insupportable et autres anecdotes, préface de Christophe Hanna, éditions Questions théoriques, décembre 2017, 128 pages, 8 €.

â–º Patrick Beurard-Valdoye, Le Vocaluscrit, éditions Lanskine, automne 2017, 102 pages, 14 €.

â–º Laurent Cauwet, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions, automne 2017, 168 pages, 12 €.

4 février 2018

[News] News du dimanche

En ces premières NEWS de février, ne manquez pas l’Actu vue par Cuhel/Heirman ; le livre de la semaine : Beurk, Le Salariat pue… Et nos Libr-brèves : AOC, Festival Bruits de Langues…

L’actu vue par CUHEL/HEIRMAN

Grand Président sur son foudre perché
great talker great crooner débiteur d’homélie-mélo
veut rendre plus humaine la mondialisation

Plan A : obliger 120 000 fonctionnaires à partir volontairement de leur plein gré.

Plan B : réforme économique du lycée = – 20 000 postes.

 

Plan Q : les dominants prennent le droit d’homonculiser de leur plein gré les dominés.
Plombé le ministre X ?

Le livre de la semaine

Ruez-vous sur le livre de Beurk, Le Salariat pue, Caméras animales, février 2018, 84 pages, 10 €, ISBN : 978-2-9520493-6-8.

Extrait : "tu peux te démonter, te pendre, te foutre la tête dans la gazinière, te balancer par la fenêtre, ça t’as droit possible, autorisé. ça fera de la place pour d’autres numéros de ton espèce. on peut te remplacer vite fait et pour moins cher. c’est pas ce qui manque les chômeurs, la chair à ordres, économies. merdef. death."

Libr-brèves

â–º Il faut vraiment essayer d’aller voir du côté du nouveau journal indépendant lancé par Sylvain BOURMEAU : AOC = Analyse Opinion Critique

â–º De l’humanité de l’humain dans les arts : du 5 au 7 février à Aix-en-Provence

Intervention de Colette Tron et Patrick Portella sur le thème "Le divers du monde, ou des poétiques et politiques de l’altérité", dans le cadre des journées thématiques organisées par le laboratoire PRISM/CNRS, l’Ecole supérieure d’art d’Aix, COMUE Paris Lumières Qu’est ce que l’humain ? Qui est-il ? Comment le rencontre-t-on ? Comment faire sa connaissance ? Les arts et les artistes peuvent-ils nous guider vers "l’humanité de l’humain" ? Peuvent-ils nous dire sa valeur, ses enjeux ?

â–º Du 5 au 7 février : Ne manquez pas le Festival Bruits de Langues organisé par l’Université de Poitiers !

 

1 février 2018

[News] Libr-News

En ce début d’année dense, la mauvaise nouvelle est l’arrêt définitif des éditions Al dante… Des RV à ne pas manquer : à la Friche de Mai sur le travail ; à Calais avec Thierry Rat ; à Toulouse autour de la revue Babel heureuse ; à Nantes avec les éditions Publie.net

Édition : fin d’Al dante

Nous avons le regret de vous annoncer que les éditions Al Dante ont stoppé leurs activités au 1er janvier 2018. [Entretien avec Laurent Cauwet]

Dorénavant, la totalité du catalogue Aldantien – probablement le plus riche en matière d’écritures expérimentales ! – sera disponible aux Presses du réel (intégration en cours).

Vous pouvez continuer à vous procurer les livres sur le site des
éditions Al Dante jusqu’au 15 février 2018 (c’est même conseillé et désiré). –> http://al-dante.org/

Ensuite, le site sera fermé, et les Presses du réel prendront le relais. –> http://www.lespressesdureel.com/

Une collection Al Dante est créée au sein des Presses du réel, qui sera composée de trois sections :

– La section «Pli» (sous la responsabilité de Justin Delareux et de Jean-Marie Gleize) qui, plus que jamais, restera vigilante à la création poétique actuelle dans ce qu’elle a de plus pertinente en terme d’inventivité et de volonté critique.
[contact : ad.sectionpli@gmail.com]

– La section «Anthologie» (sous la responsabilité de Laurent Cauwet et de Julien Blaine) qui, de publication en publication, constituera une anthologie internationale de poésie contemporaine (les premiers volumes seront dédiés à la Palestine, au Maroc, à la communauté Mapuche et à la France).

– La section «Les Irréconciliables» où seront publiées des œuvres singulières oubliées, peu connues, inclassables ou considérées comme impubliables (parmi les premiers projets : Kurt Schwitters, Jacques Sivan, Sylvain Courtoux, Michel Crozatier).

Dans cette configuration, cette collection commencera son cycle éditorial en octobre 2018.

Mais d’ores et déjà, en préfiguration de cette collection Al Dante en construction, et parce que rien ne saurait s’arrêter jamais, trois ouvrages paraissent au mois de mars :

– "Terreur, saison 1" d’Éric Arlix (récit)
– "Ce que je n’ai pas dit à Bob Dylan" de Jalal El Hakmaoui (poésie traduit de l’arabe – Maroc – par l’auteur)
– "2017" de Julien Blaine (chronique poétique)

 Libr-événements

â–º TRAVAILLER / OEUVRER

avec Harun Farocki

Un programme conférences et tables rondes conçu et proposé par Alphabetville

En lien avec l’exposition Harun Farocki : « Empathie »

Sur une proposition de Alain Arnaudet. Commissariat : Antje Eihmann

Coproduction Friche Belle de Mai et Goethe Institut

Du 25 novembre 2017 au 18 mars 2018, à la Friche Belle de Mai à Marseille

 

Ce qui travaille, conférence de Bernard Stiegler, philosophe

Jeudi 1er février 2018 à 18h30, le Grand Plateau

Il y a quatre ans le MIT publiait une étude soutenant que 47% des emplois aux Etats-Unis pourraient être intégralement automatisés au cours des vingt prochaines années. Ces emplois ne sont automatisables que parce qu’ils sont dénués de tout travail – si l’on considère que travailler consiste à inscrire dans le monde une réalité nouvelle, fruit du génie humain. 
L’Anthropocène est une impasse qui a été provoquée par une prolétarisation généralisée détruisant le travail. L’avenir est le Néguanthropocène, qui reposera sur une économie mettant les automatismes au service de la désautomatisation, c’est-à-dire du génie humain – ceci sur la base d’une extension progressive de ce qu’Ars Indutrialis appelle le revenu contributif. Celui-ci s’inspire à la fois de l’organisation contributive du travail inventée par les producteurs de logiciel libre et du régime des intermittents du spectacle – qui sont des producteurs d’anti-entropie (ce que l’on appelle aussi la "culture).

Philosophe, auteur d’une trentaine d’ouvrages, Bernard Stiegler est président de l’association Ars Industrialis, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Georges Pompidou, professeur associé à l’Université de Technologie de Compiègne. Son travail analyse les systèmes techniques dans leur relation aux systèmes sociaux, économiques, politiques, culturels, dans la perspective d’un monde « non-inhumain ». Dernières publications : La société automatique I, L’avenir du travail (Fayard, 2015) ; L’emploi est mort, vive le travail, entretiens avec Ariel Kyrou (Les mille et une nuits, 2015) ; Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? (Les liens qui libèrent, 2016). A paraître : La société automatique II, L’avenir du savoir.

A venir

Table ronde Une économie des gestes

Jeudi 8 février à 18h30, le Petit Plateau

Avec Sylvie Boulanger, eRikm, plasticien et musicien, Pierre Parlant, écrivain et philosophe, Olivier Quintyn, philosophe et éditeur…

Plus d’informations : http://www.alphabetville.org/rubrique.php3?id_rubrique=65

Entrée libre sur réservation au 0495049595

Lieu :

Friche Belle de Mai

41, rue Jobin

13003 Marseille

www.lafriche.org

â–º Figures fragiles
Thierry Rat, février 2018 au Bar la BETTERAVE
(17, Rue Félix Cadras – Calais)
Vernissage vendredi 2 février 2018 à partir de 20h00
20h lecture de Thierry Rat sur une proposition sonore de Greg Bruchet & Frédéric Gregson. A l’occasion de l’exposition / lecture un livret est édité à 20 exemplaires contenant chacun un dessin original numéroté, daté et signé par l’artiste. Il est accompagné d’un DVD vidéo-poème intitulé "résurgence".

â–º Samedi 3 février à 18H30 :  Rencontre autour du numéro 2 de la revue Babel heureuse à la Librairie Ombres Blanches de Toulouse.

â–º Mercredi 7 février à 19H30 : Rencontre sur les éditions Publie.net au Lieu unique de Nantes (Quai Ferdinand Favre).

Powered by WordPress