Libr-critique

29 avril 2018

[Entretien] Chaos Brosseau (entretien avec Jeanne Bacharach)

Voici, en partenariat avec Mediapart.fr, un entretien de Mathieu Brosseau avec Jeanne Bacharach, critique à En attendant Nadeau, non seulement sur son dernier livre, Chaos, mais encore sur une œuvre animée par la tension entre poésie et prose, parole et silence, plein et vide, identité et altérité…

Voir/écouter : ici.

Libr-critique suit le travail du poète depuis ses débuts. On peut en suivre les principales étapes :

– entretien avec Fabrice Thumerel : "Portrait d’un travailleur perdu de la langue".

La Nuit d’un seul, La Rivière échappée, 2009.

La Confusion de Faust, Dernier Télégramme, 2011.

UNS, Le Castor Astral, 2011.

Ici dans ça, Le Castor Astral, 2013.

Data transport, éditions de l’Ogre, 2015.

L’Animal central, Le Castor Astral, 2016.

27 avril 2018

[News] Des voies, les poèmes (Appel)

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 9:21

Jeudi 10 mai, date on ne peut plus symbolique, RV au théâtre La Commune à  Aubervilliers de 14H30 à 17H30 pour une offensive poétique…

Nous construisons un groupe de poètes qui replonge dans l’événement 68. Travail qui se donne un temps long, à rebours des éclairs commémoratifs (spectaculaires, éphémères). Premier moment de ce temps long : l’après-midi du jeudi 10 mai au théâtre La Commune d’Aubervilliers, pendant la semaine Hétérophonies / 68.

 

Nous invitons tout praticien, s’il se sent concerné par nos questions, à rejoindre notre groupe dès aujourd’hui afin d’y faire entendre ses poèmes et son intellectualité.

 

De quelles questions parlons-nous ? Nous affirmons que 68 a ouvert une série de problèmes à la poésie, et qu’ils sont encore ouverts 50 ans plus tard. Afin de ne pas rester dans l’abstrait, donnons ici un échantillon des questions portées par nos membres :

●     L’effervescence des paroles et des formes en 68, l’injonction à écrire n’a-t-elle pas poussé certains poètes, que le souci de l’égalité animait, vers une pratique  du poème qui s’appuie sur une geste de retrait : retrait du monde contemporain, retrait de la ville et de son bruissement ? 

●     Comment la poésie peut-elle donner forme au souci d’égalité ? Comment un travail sur la langue peut-il formaliser l’égalité ou faire poésie du souci de l’égalité ?

●     La poésie française de ce temps n’a-t-elle pas été essentiellement sourde aux affirmations qui y naissaient, se focalisant plutôt sur sa seule puissance négatrice ? Comment la poésie peut-elle aujourd’hui se rapporter aux possibles égalitaires ouverts en 68, et que les années rouges ont ensuite tenté de réaliser ?

●     68 a-t-il coïncidé avec une fin de l’autonomie de la voix poétique, avec une délégitimation de cette voix ? Comment faire pour que la voix du poème ne soit pas immédiatement ramenée à la voix d’un seul, au relativisme de son auteur ? Comment parvenir à reprendre la fiction d’une voix poétique qui forme un collectif mais qui n’unifie pas le tous dont elle parle ?

Nous ne nous unifions pas forcément sur l’importance relative de chacune de ces questions, et sur la manière d’y répondre, mais nous partageons le désir de clarifier nos divergences comme nos convergences. Nous invitons quiconque partage ce désir à nous contacter au plus vite à l’adresse suivante : heterophonies-68@sok.eu.org.

25 avril 2018

[Chronique] François Rannou, élémentaire (extrait)

Nous remercions François Rannou de nous avoir donné à publier sur le net un extrait de sa "lettre sur la poésie", parue en 2013 aux éditions La Termitière sous le titre d’élémentaire. [On pourra lire sur Libr-critique le dossier consacré à François Rannou, et en particulier l’entretien qu’il nous a donné : "Déplacements poétiques de François Rannou"]

Poète veut dire : se trouver dans une position irréductible à tout discours religieux, scientifique, politique (donc économique), parce qu’à la confluence de tous ces discours comme un étranger — qui en connaît parfaitement la langue mais dont la particularité est le souci « que l’expression vienne avant la pensée ». Comme le dit Francis Ponge, « il faut saisir l’expression avant qu’elle se transforme en mots ou en phrases ».
Il s’agit pour lui d’éviter le piège des mots remâchés, des pensées préfabriquées — paroles préparées, langage servile. C’est bien sûr celui que véhiculent les discours qui calfeutrent, ordonnent, cherchent à « arranger les choses » alors même, insiste Ponge, qu’ « il faut que les choses vous dérangent. Il s’agit qu’elles vous obligent à sortir du ronron ; il n’y a que cela d’intéressant parce qu’il n’y a que cela qui puisse faire progresser l’esprit » ("Tentative orale", in Méthodes, 1971).
Ainsi, me semble-t-il, tout poète se positionne — par rapport aux savoirs que portent tous les discours de maîtrise ou d’enseignement (sur l’homme, sur le réel) et au pouvoir qu’ils impliquent — d’une manière insolite. Il les capte et les traverse, les fait éclater de l’intérieur dans un mouvement de dépense dont son travail rend lisible les traits. Loin de capitaliser les savoirs, il les met à nu, il les disperse pour mieux les faire essaimer. Au vif du courant, debout, il soulève les pierres et les mots, sent le nerf du temps contradictoire. L’envers d’écrire (c’est le titre d’un livre de Dominique Grandmont) est le point de tension dont le timbre sonore résonne dans sa voix, dans son corps. De ce fait, quand on examine le rôle que notre société actuellement assigne aux pratiquants du savoir et de la culture (qui se confond, n’est-ce pas, de plus en plus dorénavant avec ce qu’on appelle les médias), le poète refuse de jouer le jeu, d’être à la place qu’on lui a réservée. C’est en ce sens que Ponge refuse l’étiquette de poète car sa « conception de la poésie active (…) est absolument contraire à celle qui est généralement admise, à la poésie considérée comme une effusion simplement subjective (…) » (Entretiens avec Philippe Sollers, 1970).

22 avril 2018

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche d’avril, trois RV importants : Livraisons, festival de la revue n° 4 ; soirée à la Maison de la poésie Paris avec Lili Frikh et Céline Ollivier ; le festival Les Eauditives…

â–º Du 26 au 29 avril à Lyon, Livraisons, Festival de la revue n° 4: avec Pleynet (de Tel quel à L’Infini), les revues Souffles, Espace(s) (Gérard Azoulay, David Christoffel et Erik Wahl)… Mai 68 en revues, Nathalie Quintane et les revues… La Tête et les Cornes

â–º Dimanche 6 mai à 18H, Maison de la poésie Paris, La Fabrique #14 : Lili Frikh et Céline Ollivier (entrée : 10 €) /Organisation : Séverine Daucourt/

La Fabrique invite un poète et un chanteur qui ne se connaissent pas. Ils doivent partager un moment scénique d’une heure autour de ce qu’ils ont, ou non, en commun, en plus de la voix et des mots.

Lili Frikh, poète, use d’empreintes multiples – écriture, chant, peinture – pour désigner et célébrer la nudité d’une existence condamnée à créer. Elle incarne sa langue à vif au cours de performances saisissantes de tension et de douceur.

Céline Ollivier, chanteuse de pop chaleureuse, est d’une complexité tranquille. Elle nous invite à vagabonder dans ses compositions délicates, introspectives et organiques. Toutes deux ont l’art de puiser leur élan dans la tourmente.

♦ Lili Frikh est une immense artiste. Elle ne lit pas ses textes. Ne les récite pas. Ne les joue pas !  Elle les vit. Les dit. Les mots pétris s’essorent de Lili Frikh, jaillissent de sa chair imbibée de ce que ses yeux lui offrent du monde. De sa bouche, sa langue transporte toutes ses questions. Le timbre de sa voix marqué au fer rouge de sa radicalité,  est reconnaissable,  de toutes. Selon son état, avec ses tripes. Avec des écrits, des tableau,  des chansons. Pour vous en donner un avant-gout, Lili Frikh démarre un spectacle avec 3 de ses poèmes extraits de Bleu , ciel non compris = https://vimeo.com/87588113

Depuis, elle a publié un second livre.  Vivant à Montpellier, apatride, les intellectuels, les écrivains, et le public parisiens perdraient une occasion rare ( hélas), de rencontrer cette femme, inouïe.  Pointue, sans concession.

À lire – Lili Frikh, Carnet sans bord, La rumeur libre éd., 2017.

VHS (Very Human Simplement), Lanskine, coll.  « Poefilm », 2017.

À écouter – Céline Ollivier, Grands Espaces, Le Chant du Crocodile/L’Autre distribution, 2017.

 

â–º Du 17 au 28 mai à Toulon, Festival itinérant "arts & poésies", Les Eauditives

Au programme : lectures, performances, expositions, rencontres d’auteurs…

« Le festival Les Eauditives fonctionne à l’intérieur d’une ZIP (Zone d’Intérêt Poétique) qui nomadise au sein d’un territoire et qui accueille pour un temps de partage avec le public des auteur(e)s, artistes, journalistes, traducteurs, chorégraphes, musicien, vidéaste, venu(e)s cette année, d’Italie, Palestine, Algérie, Allemagne, Sardaigne, Israël, de France et du Var pour témoigner d’une poésie et d’un art bien vivants et résistants contre vents et marées. »

Invités : Roy Chicky Arad (poète), Mustafa Benfodil (romancier, poète et dramaturge), Viviane Ciampi (poète), Raoul Hébréard (artiste multimédia), Cédric Lerible (poète et biblitohécaire), Emmanuel Moreira (journaliste, producteur et réalisateur), Natyot (poète), Maxime Hortense Pascal (poète), Fabrice Violante (artiste plasticien)…

Avec la librairie Le Carré des Mots (Toulon)

Télécharger le programme complet

LES EAUDITIVES

Éditions Plaine Page
185 rue des Tanneurs
83670 BARJOLS
04.94.72.54.81 

contact@plainepage.com

www.plainepage.com

18 avril 2018

[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, La volupté du rien (à propos de Henri Thomas, Silence et soleil dans la chambre)

Henri Thomas, Silence et soleil dans la chambre, édition et postface de Luc Autret, dessins de Paul de Pignol, Fata Morgana éditions, Fontfroide le Haut, avril 2018, 72 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37792-016-7.

 

Poète romancier, diariste (cf. ses carnets) et traducteur (entre autres Pouchkine, Shakespeare, Melville, Stifter, Goethe) Henri Thomas n’a dû sa reconnaissance qu’à quelques amis. Mais plus de vingt ans après sa mort, l’œuvre suit son cours avec toujours  son mélange de fatalité et de sérénité. Là où tout demeure trouble, allusif, diffracté comme dans ce texte à la fois narratif mais où l’homme flotte à l’épreuve du temps au sein d’une zone limite, aux frontières du souvenir et de la fable.

 

La Seine semble regarder le poète, il regarde le fleuve et les vieux piliers d’un de ses vieux ponts où entre deux pierres une plante sauvage ne cesse de repousser au milieu de passants dont un vieux couple : l’auteur vit à travers lui une vie par procuration. Car au fil des ans il est devenu solitaire mais reste solaire. En piéton de Paris il arpente la ville comme la campagne avec sa canne, prêt à s’étonner de tout et ne rien déranger. Car « tout ce qui est séparé de nous par la vitre invisible, toujours pareille, toujours accrue du temps est plongé dans la même magie, doué de la même perfection. ». Et il ne parle plus ici du  « corps des filles disparues » qui l’accueillirent dans leurs lits mais de plaisir sans doute moins voluptueux mais prégnants.

 

Henri Thomas n’enlace plus l’érotisme. « Le bébé de feu » est devenu vieillard. Il garde néanmoins la force d’étonnement pour des faits et gestes qui semblent beaucoup plus de son âge… Mais le poète de la rêverie demeure même lorsqu’il est seul et dépossédé. Car le parjure ne sera pas de son fait quelque soit la perte. Et ce au nom d’une injonction suprême  « J’ai horreur des gens qui sèment le désespoir, je trouve qu’ils feraient mieux de la fermer ! »

12 avril 2018

[Livre] Lettre de François Rannou à André Marcowicz à propos de L’Appartement

André Marcowicz, L’Appartement, photographies de Bérangère Jannelle, éditions Inculte/Dernière Marge, mars 2018, 157 pages, 16,90 €, ISBN : 979-10-95086-67-3.

 

Cher André,

 

terminé de lire ton "Appartement" et voici :

d’abord je ne connais pas ton travail de traducteur, je veux dire, il faudrait ne pas connaître ton travail de traducteur…

parce que tu en parles, tu nous dis que tu traduis bien sûr mais c’est une traduction bien plus essentielle et ombreuse qui est en jeuet là évidemment je pense aussi à une sorte d’être humain seul qui traduirait pour lui, pour exister, pour ne pas perdre pied, personne ne le saurait et c’est un peu au fond comme si ton travail visible, audible, il faisait comprendre aussi tout cet impossible à dire et à vivre qui se tapit sous tes voix… alors je comprends mieux…

Oui, à la fin, tu traduis la voix de cette femme qui vivait dans cet appartement que tu as voulu racheter à Pétersbourg… tu traduis "sa" voix… mais surtout c’est en français une belle voix, qu’on entend : récit, en vers, décasyllabe (plus vieux vers), une épopée, intime, et ça tourne autour du 10, et c’est remué, brinquebalé par ce qui pousse sous la langue, fait que l’accentuation de ta voix dans la voix essaie de se forger un rythme et puis c’est une longue phrase, seule longue phrase infinie, ça veut dire que ta phrase dans l’absolu, elle ne peut pas s’achever, elle continue à vivre une fois le livre fini, c’est une parole qui dit, pense, médite, songe, reprend, s’oublie, s’épanouit, s’écoule, se vivifie, se retrouve dans le puits de toute parole…

Et c’est la confluence (j’aime ce mot tu sais bien, Quimper, lieu de confluence, et qu’un père, moi qui en ai eu deux sans en avoir aucun) de ton russe, dont tu as reconnu toi-même l’héritage et de ta langue française travaillée par ça… et ça revivifie et ouvre la poésie française à ce qu’elle ne sait pas, comme si le passé et le plus extrême vivant du monde et de soi se trouvaient réunis l’air de rien, parce que l’air qu’on respire, on ne sait jamais qu’on le respire : il est là et on vit…

 

Et les voix des autres sont aussi ta voix, le poème des autres est aussi ton poème…

Je te lis et je vois tes gestes et l’appartement et ton ami oublié, comment vous vous êtes perdus, l’un l’autre, et le temps qui passe et se resserre, oui, tout cela sans pathos avec une sorte de confession libre pour mieux prendre une photo de sa vie mais une photo mouvante et sans maîtrise…

Alors même qu’on voudrait cette maîtrise, on voudrait comprendre mais il n’y a rien à comprendre…

 

Il y a des moments comme ça où la lumière est plus forte et crue, alors ton livre comme une respiration bienvenue,

m’accompagnant comme présence amicale et forte,

François Rannou

 

11 avril 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic /4)

La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l’humour grinçant et socialement inacceptable – dans l’incongru. [Lire Psychodiagnostic / 3]

Psychodiagnostic / 4
Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 4
 

Ça me fait penser vaguementà des corps crispés formant figure dans un spectacle de danse contemporaine. Il y a des hommes, il y a des femmes ; du moins je le suppose. On ne voit ni leurs têtes ni nettement les autres parties du corps, torses, mollets, cuisses et fessiers, tout est savamment imbriqué ; ce qui au passagegomme les marques et volumes physiques de leurs différences sexuelles ; il s’agit donc là d’un aggloméré de chairs humaines indistinctes. Je n’exclus pas (à bien y réfléchir) que quelques animaux soient également mêlés à cette masse. Cela n’aurait rien d’extravagant. Des chiens par exemple (ils ne dansent pas si mal de nos jours), à poil ras de préférence, pas des peluches ; ou des boas et pythons passe-partout. Des limaces aussi seraient bien dans une moderne chorégraphie mixte homme/animal mais il en faudrait des tonnes, quasiment un élevage ; et alors gare aux défenseurs de l’espèce ! Ces gens-là n’aimeraient pas qu’on bouscule avec des frénésies et des branles les lenteurs visqueuses de la limace. Ils y verraient crime contre nature, scandale etc. Mais laissons ça et revenons à nos danseurs agglutinés. Pour en finir, je dirais qu’ils composent un paquet de muscles bandés à bloc, sur le point d’exploser. Ou plutôt un seul muscle, celui du cœur : le fameux myocarde, ici au bord de l’infarctus. Est-ce une danse des morts contemporaine ? 

6 avril 2018

[Livre – double chronique] Nathalie Quintane, Ultra Proust, par Jean-Claude Pinson et Fabrice Thumerel

Nathalie Quintane, Ultra Proust. Une lecture de Proust, Baudelaire, Nerval, La Fabrique éditions, mars 2018, 188 pages, 12 €, ISBN : 978-2-35872-161-5.

Jean-Claude Pinson  : Habiter le monde (de Proust ?)…

Vif, enlevé, insolent, roboratif, un livre qui donne aussi beaucoup à penser sur l’inépuisable question des liens entre littérature et politique. 

La thèse de Nathalie Quintane (pour aller très vite) : la littérature est là pour aggraver les choses, faire le négatif, et non pour réparer le monde (selon le titre d’un livre récent d’Alexandre Gefen). À bas la bonté !, il s’agira donc d’arracher Proust à une doxa lénifiante, bourgeoise (à "Madame Figaro"), qui ne veut voir en lui que la sensibilité et le style, oblitérant ce que Walter Benjamin appelait sa "malice abyssale". 

L’aggravation, comme "pratique poétique résolument moderne" n’est toutefois pas simple "travail de la langue" (qui se réduirait à lui-même comme "objet d’auto-contemplation"). Ce qui revient à poser à nouveaux frais la question de l’engagement (de la "valeur d’usage" de la littérature). Et là nous sommes comme paralysés par "la peur de faire quelque chose de bête – dogmatique caricatural". On a beau souvent proclamer que le roman est une "arme politique", ce n’est là, concernant la littérature mainstream, qu’une "métaphore à usage strictement littéraire et commercial, en cette rentrée 2017".

Nathalie Quintane de se tourner alors vers Nerval, ce "contrebandier des lettres", "dé-francisé et affranchi par le romantisme allemand" et son Witz. Nerval et sa "poétique du dérangement" qu’elle range parmi les "irréguliers de la narration", lui consacrant, à la suite du Proust du Contre Sainte-Beuve, des pages incisives.

À la suite de Nerval (de Baudelaire, de Bataille…), il s’agit donc de "refaire de l’infaisable", d’inventer à nouveau. Et Quintane d’ajouter : "Parlant d’infaisable, je ne pense pas par là à des sorties qui ne seraient qu’esthétiques, mais à des actes simples et symboliques forts, comme ce geste d’arracher la chemise d’un directeur de ressources humaines (un beau geste au demeurant)".

A-t-on, en juxtaposant ainsi ces deux sortes d’"infaisables" (des textes et des gestes politiques), avancé d’un pas dans la pensée des liens entre littérature et politique ? Pas sûr.

Au risque de proposer quelque chose de "bête et de dogmatique", je reviendrai encore, pour ma part, vers la vieille idée, hölderlinienne, d’une "habitation poétique de la terre". Elle porte avec elle, me semble-t-il, une promesse émancipatoire qui est de l’ordre d’un positif "indéconstructible" (le mot est de Derrida à propos de Marx). Loin d’être étrangère à l’horizon révolutionnaire, elle lui est, selon moi, consubstantielle. Elle est à l’œuvre, par exemple chez Vallès (un "irrégulier de la narration" très injustement sous-estimé), quand il défend l’idée d’un "luxe commun" qui serait un "luxe pastoral". Et cette idée pastorale, ce rêve subversif d’une Arcadie, il ne serait sans doute pas difficile de la trouver aussi chez Nerval, dans son écriture où se conjoignent les deux registres du "naïf" et du "sentimental" (tels que Schiller les a pensés).

Fabrice Thumerel : Débanaliser Proust…

Inspiré, je retente l’expérience ultra-proustienne, retire de leur écrin les huit volumes de poche ocres et rouges, numérotés de 30 à 37, que j’avais dévorés entre quatorze et quinze ans (en bonne logique proustienne, n’est-ce pas, tout bon lecteur doit toujours relire une œuvre dans ce qui pour lui constitue l’édition originelle !) : inoubliable senteur du papier, ineffable saveur d’un monde né tout entier d’une tasse de thé… bercements au rythme cadencé des phrases, heures exquises dans les ek-stases des réminiscences… sacerdoce du style, salut par l’art… Comme si la résurrection du passé ne s’accompagnait pas d’une insurrection contre son temps – contre le temps même…

À quoi sert la littérature aujourd’hui, si ce n’est à passer son BAC ? Dit autrement, dans le dialogue croustillant qui inaugure l’ouvrage iconoclaste : "La littérature, en 2017, c’est comme pisser dans le violon de Morel" (p. 23) – référence ô combien proustienne. Et Proust aujourd’hui, justement ? En un nouveau siècle où la conception idéaliste de Proust a triomphé, pour Nathalie Quintane, l’auteur de la Recherche est devenu "l’abbé Pierre du roman moderne" (21), récupéré qu’il est par des lectures moralisantes et esthétisantes. Qui plus est, un abbé dont le bréviaire est beuvien… L’essence de la littérature réside désormais dans la quête de soi par l’écriture, c‘est un fait entendu… Mais aussi dans la quête biographique qui permet à un Compagnon de s’étendre sur un "porte-cigarettes Tiffany" assez compromettant pour l’icône des Lettres… D’où le verdict de l’écrivaine : un "Oubli Obligatoire de Proust, pendant un demi-siècle"… Rien moins que cela.

Car, pour elle, on confond souvent écriture et pain d’épice : nulle sucrerie chez Proust, Baudelaire ou Nerval… Au reste, l’auteur de la Recherche a su débarrasser ces derniers de leur gangue aseptisante. Il ne faut jamais oublier les excès de Proust, Baudelaire ou Nerval, leur travail du négatif : c’est ce qui constitue leur modernité. Si "génie" de Proust il y a, il ne se réduit pas à nous ramener à nous-mêmes en catimini, il ne réside nullement dans la maîtrise de la langue – quelle prétention ! Combien de fats aujourd’hui encore se drapent dans le lin blanc du Beau-Style ! Comme Baudelaire, Proust vise non seulement à fustiger la bêtise ambiante, mais encore à travailler au corps sa propre part de bêtise ; et Proust comme Baudelaire et Nerval sont pris à part entière par leur travail de dérangement :
« Le "travail de la langue" est une chose absurde quand on ne comprend pas qu’il ne se réduit pas à lui-même comme objet d’auto-contemplation ; ou plutôt, quand on l’a oublié. Baudelaire n’a pas écrit les Petits poèmes en prose pour "révolutionner le langage poétique" et coiffer Gautier au poteau ; la rage contenue qu’il y met, y compris à l’égard de lui-même, prouve assez qu’il entendait littéralement faire déchanter le second Empire » (54).
« Le polygénérisme d’Angélique, dans Les Filles du feu, redoublé par le polygénérisme du livre lui-même, peut être entendu comme un acte, au sens quasi juridique du terme […], puisque Nerval y manifeste clairement son intention de poser la littérature (et le poète) comme ce qui "fait tout déranger" » (79-80).

En cela, Nathalie Quintane rejoint l’ambition qu’assignait Pierre Bourdieu à une critique de type sociohistorique : opérer une réactivation de l’expérience créatrice, une historicisation des œuvres afin d’en offrir la débanalisation et la réinterprétation.

5 avril 2018

[Chronique] Olivier Domerg, Treize jours à New York, voyage compris, par Guillaume Basquin

Olivier Domerg, Treize jours à New York, voyage compris, avec treize photographies de Brigitte Palaggi, Le Bleu du ciel, Libourne, 2003 ; rééd. hiver 2017-2018, 164 pages, 15 €, ISBN : 978-2-915232-04-0.

Ce livre, qui est une réédition (première édition en 2003), est présentée comme un « événement éditorial » par son éditeur ; voyons ça.

Ayant écouté une émission de radio avec l’auteur sur France Culture à l’occasion de la sortie aux éditions de l’Arpenteur de Portrait de Manse en Sainte-Victoire molle, en juin 2011 (Ça rime à quoi, avec Sophie Nauleau), j’ai tout de suite senti (si j’avais lu ce livre, j’aurais écrit « retrouvé ») l’arpenteur chez Olivier Domerg. Arpenteur de la Montagne Sainte-Victoire ici, arpenteur des rues de New York là-bas. « Arpenteur » : Agent dont la tâche est de mesurer et d’arpenter les terres, de faire des relevés de terrain au moyen de certains instruments de mesure et d’optique, dit le dictionnaire. Dès les premières pages, l’auteur arpente l’aéroport de départ de son voyage vers New York, Marseille Marignane (c’est ainsi que l’on doit comprendre son sous-titre, « voyage compris »). Son instrument n’est pas optique (nulle caméra ici) ; mais c’est tout comme : sa plume en a la précision sans pathos, quasi documentaire : tout est décrit avec une précision extrême, au plus près du corps de l’écrivant (« Quelques détails travaillés très près du corps », nous dit l’un des sous-titres (extrêmement importants dans ce recueil, qui n’est « pas un journal de voyage », mais un relevé d’apprenti)). Ainsi, durant le survol du Groenland, durant la 2e étape du voyage, de Munich à New York : « l’aérodynamique n’est plus ce joli néologisme mais le point de résistance (point d’échauffement, point critique), de frappe, de brûlure (coefficient de pénétration dans le réel) […] plus tard, au-dessus du groenland, sensation de glace sur les ailes… » Tout est enregistré avec l’indifférence objective d’une caméra : « je reviens sur les moments qui suivent le décollage […] / très vite […], la baie de marseille et les îles du frioul (cailloux posés à plat, sur les eaux étales), plates, sans relief, l’estaque, la joliette, l’étagement de la ville […]. puis, dans un éclair, la barre rocheuse de la sainte-victoire rutilante au soleil. » Petites touches posées à plat. Comme LE peintre de ladite montagne, Cézanne. Peinture en aplats. Sans profondeur. Petits coups de plume-couteau pour forer le réel. Termes techniques, très précis, sans fioritures. On est loin, loin des « descriptions mièvres ou kitsch » que la littérature a produites à foison quant aux voyages aériens (si grandiloquentes, souvent) ; ainsi, « atterrir, c’est passer séance tenante du mythe à la réalité ». Et la réalité première du sol américain, c’est l’argent, la « monnaie locale » : « mise en garde sur les taxes (à ajouter mentalement pour connaître le prix exact) […] commencer par là, l’élément le plus prosaïque. en faire quelque chose : une phrase. » (Cette phrase.) « premier dépaysement : la monnaie. payons pour voir. » (Le livre coûte 15 euros, c’est « rien ».)

Les premières impressions de l’écrivain à New York sont les bonnes : la ville est une grille ; Domerg rejoint ainsi, sans le savoir (mais peut-être le sait-il ?), les théories du plus fameux théoricien de l’urbanisme de la Big Apple, Rem Koolhas : « Manhattan is a Grid […] and it turns into a dry archipelago of blocks » (Delirious New York, The Monacelli Press, 1978). Mais il y a plus : Koolhas écrivait de son livre qu’il était un « simulacre de la Grille de Manhattan » : « a collection of blocks whose proximity and juxtaposition reinfore their separate meanings ». Ainsi, le livre de Domerg : chaque « action (ou poème) » renforce l’architecture de la ville en archipels : « blocs des blocs des blocs brique des blocs de brique / chaque pâté d’immeuble s délimité par une rue chaque rue coupée par une avenue perpendiculaire à elle chaque avenue elle-même parallèle […] à d’autres avenues coupant elles aussi d’autres rues (parfois les mêmes) des rues elles-mêmes constituées d’une succession de pâtés d’immeubles lesquels (on l’aura compris) sont formés de blocs de briques rouges etc. » ; quand ce n’est pas la forme même du livre qui devient une métaphore de la grille new-yorkaise : ainsi, pages 28 à 31, le texte s’insérant dans des carrés ou damiers ; ou bien, pages 69 et 70, le texte devenant vertical tel un gratte-ciel, et zébré de « Z » rappelant les escaliers de secours des iron buildings de SoHo.

Treize jours à New York devient une tentative d’épuisement documentaire d’un lieu ; cela semble impossible de « rendre » la ville (« Faudrait être en mesure de restituer la multitude des lieux rues altitudes architectures ; la bigarrure des populations ; l’étendue saturée, le gigantisme de la ville »), ou alors « sur un mode mineur », par une succession de petites touches plates alla Cézanne, travaillées (« très près du corps ») comme un synopsis de film, en séquences (« séquence A – Le montreur de serpent » ; « séquence F – Le dormeur de la promenade ») ; et pourtant, Domerg, faisant œuvre anthropologique, comme autrefois Raymond Depardon dans Correspondance new-yorkaise (éd. de l’Étoile, avec un texte d’Alain Bergala), y arrive malgré tout : il nous fait très bien sentir que « le pouvoir (la puissance) s’[y] mesure à l’aune de l’altitude atteinte et de la montagne de dollars engloutis » ; il a vu que la « devise en vigueur » dans la ville est le calcul : « on calcule tout, car tout peut être calculé […] tenez, même pour circuler, on comptera en “rues” et en “avenues” ! » La différence entre le livre de Depardon et celui de Domerg, c’est que dans le livre de Depardon, il y avait un équilibre entre les images et le texte, l’un complétant l’autre, dialoguant ; là, chez Domerg, le texte a tout phagocyté, puisqu’il est déjà comme un film (documentaire), avec ses poses dans des squares, loin du bruit et de la pulsation de la ville, sa « traque du ciel entre les tours » ; et c’est alors que les photographies de Brigitte Palaggi semblent impuissantes à rajouter au texte, devenant de simples faire-valoir (au nombre de treize, comme le titre, c’est à noter). Le topographe fau(x)tographe, avec sa suite de prises et re-prises (comme dans son sous-chapitre « (ré)action (ou remake) n°7 ») comme autant de relevés topographiques, a éclipsé la photographe (de toute façon, « la répétition de l’image [de New York en particulier] annihile sa teneur ») ; sa méthode « PerecPonge » (« s’exercer à / noter le “déroulé banal” / de ce qui arrive et de ce qui est ») a rendu l’image superfétatoire : les « formes sensations matières » sont écrites : « pavés de lignes, morceaux de prose ramassée, phrasées en tas, vers disséminés ou coulés dans la masse, lambeaux de fresque ; du fragmenté palpable […], inachevé, et sans doute, inachevable. » Comme ce texte, qu’il me faut pourtant décider de couper ici.

2 avril 2018

[News] Libr-news

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 20:51

Tout d’abord, notre nouvelle rubrique, inaugurée le mois dernier : "En lisant, en zigzaguant…" Puis, de Charybde en Scylla : Agenda de la Librairie Charybde, de Patrice Robin et de Lucien Suel.

En lisant, en zigzaguant…

♦ "Ne sommes-nous pas, dans notre courte nation hexagonale tracée au cordeau, ne sommes-nous pas, nous aussi, victimes d’une amnésie, d’un faux décor, d’une reconstruction simpliste du passé ?" (Valère Novarina, Voie négative, P.O.L, 2017, p. 19).

♦ "Il y a les migrations provoquées par les guerres, on appelle ça des exodes. Et il y a les migrations des barbares, on appelle ça des invasions. Les exodes, c’est quand beaucoup de gens partent en exil, et l’exil, c’est quand on peut demander l’asile. Pour demander l’asile, il faut un papier, une carte de vœux, une invitation. Sans invitation, on appelle ça une invasion" (Marina Skalova, Exploration du flux, Seuil, en librairie ce jeudi 5 avril, 2018, p. 16).

Libr-brèves

â–º Agenda de la Librairie CHARYBDE

♦ Mercredi 4 avril à 19H, Alan Parks viendra en compagnie de son traducteur Olivier Deparis présenter son impressionnant Janvier noir paru aux éditions Rivages ("Bloody january" en V.O.), une plongée dans le Glasgow noir des années soixante-dix du siècle précédent.

♦ Jeudi 5 avril à 19H30 : Julia Deck, l’auteure du très remarqué Sigma, brillant roman puzzle sous le signe des espions et de la quête d’un tableau disparu (2017 aux éditions de Minuit), sera le libraire d’un soir, avec une très belle sélection de sept livres qui lui tiennent particulièrement à coeur. [Ce qu’écrit Charybde 7 au sujet de "Sigma" peut être lu ici].

♦ Vendredi 6 avril à 18H, l’invité sera Marc Voltenauer, à l’occasion de la sortie de Qui a tué Heidi ? paru aux éditions Slatkine. On y retrouvera Andreas, policier à Lausanne, Mickaël son compagnon, et l’on fera entre autres connaissance avec Litso Ice (tueur à gages) et Yodi (vache Simmental). [Rencontre suivie d’une soirée autour d’un verre au café Le Commerce : 33 boulevard Reuilly 75012 Paris]

♦ Mercredi 11 avril, Thomas Giraud évoquera La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank, un récit qui imagine ce qu’a pu être la vie de cet auteur compositeur interprète folk américain – contemporain de Bob Dylan – à travers ses drames, ses hasards, ses rencontres… et qui tente de comprendre comment il a pu concevoir son seul et unique album avant de tomber dans le silence et l’anonymat.

♦ Le jeudi 12 avril, chez les partenaires de Ground Control et dans le cadre du Ground Flore Café, Eric Arlix répondra à diverses questions sur son tout nouveau Terreur Saison 1 et en lira un extrait en situation. 

♦ Une rencontre aura exceptionnellement lieu le lundi 16 avril à 19h30, en compagnie de Anne-Sylvie Homassel, Stéphane du Mesnildot et Julien Rousseau : seront célébrés ce soir-là "les Fantômes d’Asie" à l’occasion de l’exposition "Enfers et fantômes d’Asie" organisée sous la direction de Julien Rousseau et de Stéphane du Mesnildot à partir du 3 avril au musée du quai Branly.

♦ Le jeudi 19 avril à 19h aura lieu, cette fois-ci chez les partenaires de Ground Control, une rencontre avec le poète Seyhmus Dagtekin, dont le manifeste Sortir de l’abîme vient de paraître au Castor Astral.

â–º Patrice Robin sera en résidence à la Villa Marguerite Yourcenar (Saint-Jans-Cappel, 59) du 3 au 30 avril 2018.

Avec, entre autres, 2 soirées ouvertes au public :
– Apéro littéraire au village du livre d’Esquelbecq en compagnie d’Anaïs Llobet et Paola Pigani (en résidence également).
– Dans le cadre du festival "Résonances" : Ecrivains & Engagement(s), avec Anaïs Llobet et Paola Pigani. Animation : Alexandra Oury, journaliste littéraire – Villa Marguerite Yourcenar.

 

â–º Agenda de Lucien Suel :

– TOURNAI, 7 avril, festival « Poésies Moteur » #2, une heure de performée (anthologie de ses poèmes) : Vitrine Fraîche, rue de la Cordonnerie.

– SAXON-SION (Meurthe et Moselle), 21 avril, à 20h, Cité des Paysages dans le cadre du festival POEMA, lecture en duo avec le contrebassiste Louis-Michel Marion.

– OIGNIES, 31 mai, à 19h au 9-9bis, Pôle Patrimoine, , Regards sur le bassin minier, avec les photographies de Patrick Devresse, lecture (20 mn) « Les Terrils ».

– BETHUNE, 23 juin, signature au Furet du Nord pour Angèle ou le Syndrome de la wassingue aux éditions Cours-Toujours.

– SAINS EN GOHELLE, 8 septembre, présence au Salon du Livre.

– LUMBRES, 18 novembre, 10h – 18h, présence au Salon du Livre organisé par Graines de culture.

Voici les titres des ouvrages qui devraient paraître cette année : aux éditions Henry : « Sur ma route » (poésie) ; au Dernier Télégramme : « Les Vers de la Terre » (journal 2012-2017).

1 avril 2018

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’avril, RV avec Eric Arlix, la revue Fourbi et Marina Skalova. À ces Libr-événements succède un Libr-7 : 7 invitations à une lecture passionnante…

Libr-événements 

â–º Jeudi 5 avril à 18H30 : Lecture d’Éric Arlix, Terreur, saison 1.

â–º Mardi 10 avril à 19H15, ENT’REVUES (4, rue Marceau 75008 Paris) : Lectures, rencontres, surprises.  Le Fourbi fête son N° 7 : "Le bout de la langue"
Avec Frédéric Fiolof, Hugues Leroy, Zoé Balthus, Anne Maurel, Tristan Felix, Camille Loivier, Laure Samama & Carl Frayne, Adam David, Fidelia Muto Rubio, Emmanuel Benito (as Prince).

â–º Mercredi 11 avril à 18H, Librairie Les Abbesses (Paris) // Samedi 14 avril à 12H, Librairie Le Parnasse à Genève : Marina Skalova, Exploration du flux / vernissage.

Quatrième de couverture. A partir de la notion de flux, si employée, si dévoyée dans le grand bavardage, Marina Skalova retrace l´emballement qui a conduit l´Europe à abandonner sa politique d´asile, et ce faisant à renoncer à elle-même, elle qui s’est construite sur l’idée du " plus jamais ça ". Flux migratoires, flux des échanges financiers, flux corporels et flux marins se trouvent tous pris dans le même mouvement – un flux qui nous déborde et dans lequel on pourrait bien un jour se noyer. Il est difficile de trouver une terre ferme sur laquelle poser ses chaussures. On cherche des mots auxquels se raccrocher. Mais les mots ne sont pas des bouées. Pourtant, les mots de ce livre nous réveillent, et nous rappellent de quoi, jour après jour, nous sommes devenus, souvent malgré nous, les complices. C’est parfois le sens de la littérature : réveiller. 

Libr-7 (LC a lu et recommande ces 7 livres parus au premier trimestre 2018)

 

â–º Julien Boutonnier, M.E.R.E, éditions Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 496 pages, 25 €.

Après Ma mère est lamentable, parue chez le même éditeur en 2014, M.E.R.E est un abécédaire lacunaire (manquent les lettres Q, V et X) pour dire le manque dans les blancs et jeux typographiques. Un exercice de virtuose !

â–º Aurélien Marion, AdolescenZ, biotoputopie, Caméras animales, 72 pages, 10 €.

AdolescenZ, comme en son temps ExistenZ de David Cronenberg (1999)…
Adolescence : aptitude à la désertion…
Ados : "Les ados font p/utopie : rencontres excessives de présences, / joyeuse mousse d’affects, urgentes trouées orgiaques" (p. 22). Guerriants, mutireurs, piroètes dont les "putopies font respirer l’imaginaire" (61-62)…

â–º Philippe Maurel, Mélancolie des données, Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 80 pages, 11 €.

La disparition du poème a cette fois une cause : "Comment meurent les poèmes ? / De panne logique ou physique" (13).
Dans ce triptyque ("Récupération des données", "Reset" et "Hyperpoèmes"), il est question, entre autres, de la poésie, des données et des activités du trader.
L’hyperpoème comme un mixage des données.

â–º Joachim Séné, La Crise, suivie de Je ne me souviens pas (réédition), Publie.net, 142 pages, 12 €.

Anaphores, polyptotes ou épanadiploses ressortissent à un dispositif critique que l’on peut nommer ARN (Agencement Répétitif Neutralisant). Cette neutralisation de l’idéologie dominante – y compris dans ses effets projetés – s’avère des plus salutaires :
"LA CRISE est la seule réponse possible à LA CRISE" (19).
"JE NE ME SOUVIENS PAS du dernier glacier, ni de la dernière île" (105).

â–º Joachim Séné, C’était (réédition), Publie.net, 122 pages, 14 €.
Retour sur une année de travail sous la forme d’une litanie : 53 semaines évoquées… TODO or not TODO, that is the question… Une charge terrible contre le monde du travail.

â–º Marina Skalova, Exploration du flux, Seuil, en librairie le 5 avril 2018, 78 pages, 12 €. [Extrait sur Libr-critique]

Notre XXIe siècle conjugue les flux pour le meilleur, mais surtout pour le pire : flux financiers, migratoires, communicationnels… En fin de compte, dans la forteresse de notre corps comme de notre monde, "tout circule, le sang, le sperme, les eaux, la merde" (18)…
La crise migratoire est traitée du 11 septembre 2015 au 8 mars 2016 dans cet apologue critique qui télescope les isotopies pour faire déraper les significations.

â–º Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 400 pages, 25 €.

Une approche bourdieusienne pointue sur un moment trouble de l’histoire littéraire peu étudié : la crise politique de Mai 68 relance les stratégies révolutionnaires des avant-gardes (revues, comités, groupes… positionnements politiques divers).

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