Libr-critique

29 avril 2017

[Entretien] L’Intranquille Agneau, entretien de Françoise Favretto avec Fabrice Thumerel

Avant que de présenter quelques titres de la collection "Architextes", nous remercions la passionnée Françoise Favretto d’avoir bien voulu répondre à cinq questions sur les éditions de l’Agneau, leur revue L’Intranquille et leurs collections.

 

FT : On commencera par le commencement : pourquoi avoir choisi ce nom, l’Atelier de l’agneau ? Il est vrai que la Bergerie française de l’édition est envahie par les loups…

FF : N’étant pas à l’origine des éditions, je les ai reprises avec leur nom que je n’ai pas modifié. C’est dans l’ancien atelier d’un peintre que l’Atelier de l’agneau a vu le jour. Dans une rue au centre-ville de Liège, la rue de l’agneau. Je n’ai pas connu ce lieu mais je sais qu’il y avait une presse à gravure, des artistes, des écrivains, et comme figure fondatrice et unifiante Jacques Izoard. L’écrivain Eugène Savitzkaya fait partie des fondateurs, il devint assez vite un auteur reconnu publié chez Minuit et il apprécie que j’aie pu continuer les éditions.

 

FT : Pourriez-vous retracer votre itinéraire personnel, puis votre parcours au sein de cette maison ?

FF : Diplômée en littérature et linguistique, je n’ai enseigné que de façon sporadique, trouvant davantage de liberté dans le travail des revues (j’en ai réalisé 4), plus spontané, qui privilégie les échanges. J’ai donc commencé avec la revue 25. Puis l’édition. J’ai beaucoup écrit de critiques de livres et de revues, et je continue, lisant toujours un crayon à la main… Parler de lectures… Annoter les manuscrits… J’écris aussi des textes personnels, je dessine, voyage, photographie et crée des livres d’artistes… organise des lectures publiques. J’essaie de créer un espace pour la littérature exigeante.

 

FT : Sur votre site éditorial est indiqué que vous préférez des textes qui privilégient la « forme » … Qu’entendez-vous par là ? De quelle « forme » s’agit-il ?

FF : Je ne parle pas, bien sûr, des formes fixes comme le sonnet, la ballade… Par exemple, si j’aime les arbres, c’est surtout pour leur forme, ovale ou ébouriffée. Et leur ombre fantomatique dans la nuit, effrayante. L’impact, l’ombre, le contour… Je regarde d’abord cela et ensuite ce qu’ils produisent : des cerises, des kiwis…

De même pour les textes, la narration ne m’intéresse pas vraiment, n’étant pas lectrice de « romans ». La « forme » pour moi c’est au sens spécifique de gestalt en allemand, qui vient du verbe gestalten, « mettre en forme mais en donnant une structure qui donne du sens ».

La poésie n’advient qu’avec le travail de la forme, qui peut s’adjoindre le son. Qu’on me raconte n’importe quoi, je n’y suis sensible que si je vois/sens/entends une construction, un mouvement, une intention, un rythme. Quelque chose de structuré. En ce sens, cela peut être de la prose, je ne vois pas de grande différence entre ces genres s’il y a un travail de la pâte, soyez de bons boulangers…

A part quelques textes d’art brut, directs, tellement bouleversants, où l’on ne peut que s’incliner – mais ils sont très rares – je ne crois pas à la poésie spontanée, au « jet fulgurant ». Le poète doit trouver « sa » forme. Je dois parfois expliquer cela aux jeunes poètes : écrire est un travail…

 

FT : Le nom de votre revue, L’Intranquille, convient parfaitement à votre projet éditorial, non ?

FF : Agités du bocal, poissons rouges dans une écume blanche, rejetons de l’impossible, traducteurs du miroitement, décalés du corps et de l’âme, revisités à l’aune de l’intrépide, remués et remuants, troublés et troublants, les auteurs de l’intranquille vous saluent.

Le livre de l’intranquillité de Pessoa a donné son nom à la revue. On a aussi penché pour « Le sel des Garamanthes », symbole des longues marches des peuples du désert qui ne vivaient que de vente de sel. L’image âpre qui y était connotée révélait une nostalgie première et un peu trop ascétique, alors que « l’intranquille » dit bien l’époque. Des thématiques ont surgi d’emblée : « dégage » en 2011, « le triple A » (pour amuser les artistes visuels), « genres d’après », « servitude volontaire », « concrétisez ! » par exemple. Présenter de nouveaux poètes nous a semblé indispensable et aussi des traductions de tous pays : indiens d’Amérique (sioux), langue de Mauritanie, femmes d’Iran et tous pays européens. Une partie critique abondante termine le numéro après un passage dans l’histoire littéraire, du XVIIIe à nos jours, en essais ou journaux intimes (Michel Valprémy, Ford Madox Ford, Flaubert, Doris Lessing, etc.). Des artistes actuels illustrent ces 90 pages, surtout de dessins.

 

FT : Pourriez-vous maintenant esquisser l’archéologie de votre collection « architextes », qui a une place particulière dans votre maison ? Quel a été son fil rouge ? Quels liens établissez-vous entre des auteurs aussi différents que Edith Azam, Jean-Pierre Bobillot, Jacques Demarcq, Sébastien Dicenaire, Philippe Jaffeux, Marius Loris, ou encore Sylvie Nève ?

D’autres collections aussi : « transfert », « 25 », « Litté-nature » (Virgile, Rousseau, Thoreau, Reclus), « archives », « géopoétique », « ethnopoésie »…

Pour « architextes », donc : une annonce parue dans un journal comportait une coquille « cherche architextes » au lieu de « architectes ». Alors je me suis mise à en chercher… avec un pochoir (encore la forme), un critère : archi = excès, débordement…

J’ai établi une règle interne et personnelle que voici :

Les textes doivent déborder de la norme jusqu’au syntagme. Le mot doit donc être attaqué dans le procès de démolition de l’ordre langagier établi. A partir de cela, s’est formé (oui, encore la forme) un collectif de 29 auteurs, « ARCHITEXTES 2 », préfacée par Guilhem Fabre. Puis une collection du même nom : 26 livres à ce jour et plusieurs autres en cours.

Les auteurs que vous citez dans votre question remuent les mots, peuvent casser à outrance ou pas, mais s’activent dans la destruction/recomposition.

Azam est l’invention même, achoppe sur les mots, tourbillonne et refait. Demarcq à partir des bruits d’oiseaux retrace des itinéraires poétiques. Jaffeux qui scinde, troue et perce. Dicenaire imagine une « potentiologie » où la poésie peut sauver le monde. Marius Loris tend à l’excès dans la retranscription sonore de ses textes : les lisant, il dégrade les syllabes par sa vitesse d’élocution et finit sans plus pouvoir respirer…

Et Sylvie Nève qui a toujours joué du langage comme d’une scie, Bobillot, théoricien savant,  allant à l’extrême du verbe relooké…

De mon point de vue, ils ne sont donc pas différents. Tous passent par la voix, le sonore. J’en ajouterais quelques autres : les logorrhées surinvesties du si discret Denis Ferdinande (5 livres), le multilinguisme de Christoph Bruneel « ga’goes’ goet’ gro groins », les indépassables narrations de L.M. De Vaulchier envahies de dessins, Jandl et Mayröcker traduits par Lucie Taïeb pouvant passer allègrement de la collection « transfert » (traductions donc) à « architextes » tant les expériences comiques pour l’un, sensuelles pour l’autre, donnent modèle aux nouveaux auteurs.

 

 

27 avril 2017

[Chronique – news] Valère Novarina, Disparaître sous toutes les formes, par Fabrice Thumerel

En même temps que l’Exposition "Disparaître sous toutes les formes" (peintures et dessins), qui se tient jusqu’au 28 mai au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix (Les Sables d’Olonne), est paru un superbe catalogue structuré en deux temps : la reproduction des œuvres est précédée par les textes lumineux de Gaëlle Rageot-Deshayes ("Rien n’est possédé par les yeux"), Olivier Dubouclez ("Peindre à la trace. Sur le geste pictural de Valère Novarina"), Vicenç Altaió ("La Peinture se trouve à l’extérieur de l’intérieur du théâtre") et de Robin Sevestre ("L’Étymologie du geste").

Valère Novarina, Disparaître sous toutes les formes, Cahiers de l’Abbaye Sainte-Croix, n° 132, 2017, 104 pages (70 pages d’illustrations en couleurs), 24 €, ISBN : 978-2-913981-61-4. [Bandeau et arrière-plan : Possession, dépossession, 2016, acrylique sur toile de 2m x 2m ; en bas, à droite : L’Île de Medamothi, 1983, acrylique de 160 x 160 cm © Valère Novarina]

 

De quoi s’agit-il ? "Dans ces fresques, ces parades forcenées, ces figures de cirque, ces acrobaties, ces morts, ces ressuscités, ces cérémonies et ces danses inchoatives, c’est-à-dire qui fouillent la terre, la goûtent pour en revêtir leur corps et glorifier ce qu’elle a d’éphémère, l’absorbent et la recrachent, dont le fil rouge qu’on voit dans plusieurs œuvres est comme le sang versé de la parole, il y a toute une épopée du geste qui sème, bénit, offre, tue et délivre"… Ainsi Robin Sevestre décrit-il le drôle de monde que présente cette exposition, sans oublier de prendre la nécessaire distance réflexive : "Cette œuvre est une féroce entreprise d’inspiration et d’expiration du monde : une traversée en spirale des règnes dont le corps est la rose des vents, sensible aux influx et aux reflux de la matière, au graduel de ses vibrations, à l’éclat et à la ténuité de ses métamorphoses" (p. 28-29)… Comment rendre compte d’une telle "épopée du geste" ? Chaque critique choisit sa formule synthétique : "art proliférant" pour Gaëlle Rageot-Deshayes, "art excentrique" pour Olivier Dubouclez, "radicalisme antipictural" pour Vicenç Altaió, "chimie pneumatique" pour Robin Sevestre.

En cette époque de fermeture socioculturelle et de repli identitariste, l’œuvre de Valère Novarina est des plus enivrantes : la voix négative nous invite à rejeter tout enracinement, tout assujettissement, toute assignation à résidence immobiliste pour ouvrir l’espace du dedans à l’infinité des possibles. Être, c’est être disséminé dans l’espace et dans le temps.

Disparaître sous toutes les formes, qu’elles soient scripturales ou picturales… En milieu novarinien, quel que soit le geste créateur – celui de l’écrivain, du peintre ou du comédien -, faire c’est être habité par la matière (du langage comme de la peinture), c’est se dé-faire, se perdre, disparaître. Créer, c’est être dépossédé de soi, s’abandonner à la furor, aux forces surgissantes – corporelles, pulsionnelles ou esthétiques. Créer, c’est se mesurer à la démesure du monde, dépasser les limites pour s’ouvrir à l’infini. Nulle identité dans ces conditions.

La puissance transfiguratrice du geste novarinien est régie par le couple antinomique apparition/disparition, matériel/spirituel, Un/Multiple, chaos/méthode… Dans cet espace de la métamorphose où ça travaille, règne la tension entre rouge et noir, matière et antimatière, présence et absence, humanité et animalité… L’œuvre novarinienne est un creuset dynamique où apparaissent et disparaissent des formes emportées dans un tourbillon ; où, à peine apparu, chaque centre s’évanouit – de sorte que "le centre est partout, la circonférence nulle part", pour le dire à la façon de Pascal…

Ce qui est sûr, c’est qu’un tel goût baroque pour l’inachevé et la démesure nous permet de mieux respirer.

 

â–º PAYSAGES PARLÉS, textes de Valère Novarina, par Claire Sermonne et Mathias Lévy dans le cadre de la Nuit des musées

Au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables d’Olonne le 20 mai 2017 de 19h à 23h


Paysages parlés, suite pour voix (Agnès Sourdillon, comédienne) et cordes (Mathias Lévy, violon improvisé), sur des textes de Valère Novarina.

Entrée libre.

Plus d’informations : http://www.lessablesdolonne-tourisme.com/fiche/detail/17414/Decouvrir~Agenda-Evenements~Expositions/la-nuit-des-mus%C3%A9es
Le site du Musée : http://www.lemasc.fr/masc/

Musée de l’Abbaye Sainte-Croix
Rue de Verdun
85100 Les Sables d’Olonne
Tél : 02 51 32 01 16

25 avril 2017

[Chronique] Pascale Bouhénic, Lorsqu’il fut de retour enfin, par Jean-Paul Gavard-Perret

Pascale Bouhénic, Lorsqu’il fut de retour enfin, Gallimard, "L’Arbalète", février 2017, 144 pages, 17 €, ISBN : 978-2-07-013248-5.

Le retour de l’infâme ne produit pas forcément des retours de flamme. Du moins pas ceux que les partenaires de cette nouvelle Odyssée attendaient. Il est vrai que les temps ont bien changé depuis Homère. Les Pénélope qui font l’actualité aiment plus l’argent que le tricot. Quant à celle de Pascale Bouhénic, elle n’a rien d’une starlette au haras, même si elle dut un temps ronger son frein ayant perdu une des jambes qu’Ulysse avait tenues.

Désormais elle va le nez en l’air et sent la menthe aquatique, « odeur sourde et suave de marais qui entraîne comme un tourbillon ». Mais dans ce roman humide, Paris n’a plus rien d’un Marais cage.  L’héroïne n’est en rien volage, ses amours ne partent pas en poussière. Elle recouvre ses meubles et lorsqu’Ulysse revient, la narratrice s’empresse au ménage. Mais retirer sa pellicule revient déjà à casser l’équilibre que l’absence a installé.

Ulysse reste un bel homme, plus beau qu’avant peut être, tout pourrait donc être parfait. D’autant que la nuit de re-noce – pudiquement esquivée – a pu être au top. Mais il n’est pas jusqu’au chien à devenir nerveux comme jamais face à ce héros apathique, voire indécrottable feignant. Face à lui l’ex-unijambiste, couverte de bijoux ostentatoires, ne tourne plus irrévocablement sur elle-même. Retrouvant une marche aisée, l’impotente devient omnipotente. Mais pour autant n’en fait jamais état. Et ne cherche pas forcément un changement de pécore.

Dans ce roman aqueux qui ignore l’eau de rose, la marche forcée des amours du passé dépassé devient un mythe mité au sein de la fable des jours.  L’héroïne est devenue marcheuse, nageuse aile. Partagée en jambes, elle a changé de corps. Maîtresse de ses mots, ils occupent l’espace que l’égaré avait un temps bétonné. Souple sous son t-shirt, elle marche, non en lui mais en elle. Elle laisse passer les voitures et les touristes qui visitent Paris du côté de Iéna.

Jaillissent la ville, le corps, l’anneau de l’écriture plus que celui des bijoux qui la ravirent. Elle ne dit pas que le bas des mots ou leur haut. Là où le bas blesse. Elle dit, se dit, s’imagine, se devient. Elle  « voit » enfin les autres, songe même à leur parler. Les quais s’allongent pour elle. Qu’importe si l’eau avant était plus claire : qu’elle soit devenue « marronnasse » n’est qu’un détail. D’une certaine manière elle y voit plus clair et aime à jouer les faussement naïves pour enjôler les  lecteurs qui liront son histoire.

Ulysse est revenu mais est-il encore ici ? Laissons au lecteur le plaisir de découvrir ce que proposent les amours défuntes et celui des feintes. Au moment tant attendu où la réapparition était prévu ainsi : « ce ne sera pas qu’une image cette fois mais un événement », tout devient plus agaçant que prévu. Mais la narratrice n’est pas de celle qui juge : elle constate. Elle trouve naturellement le bon geste, agit, sort dans les avenues face à celui qui en dépit de son retour est l’a-venu. Reste désormais le temps de l’écriture, histoire d’achever le topos, la topologie, la carte du tendre, la conduite que le temps a appris à tenir.

Après l’excellent Boxing Parade, Pascale Bouhénic récidive. Mais ici plus besoin d’uppercut, devenu élastique, le temps n’est plus compté de 1 à Out. La réalité n’en perd pas pour autant sa substance, sa solidité, sa constante. L’écriture y trouve une belle santé faite d’humour toujours en demi-teinte. Nul apparat mais œuvre de discrétion. Ce qui est encore plus drôle et impertinent. Par ses perturbations, la narratrice crée un bel effet de trouble. Il n’y aura pas de reniement de Saint Pierre. Et d’Assomption pas plus. Juste le trou laissé par l’absence. Y vaque désormais non une tricoteuse mais la trotteuse. L’immobile redevient mobile sans mobile apparent ou presque (le presque est important). Ce qui n’empêche pas au discours comme à la vie de se poursuivre. Habile. Et sacrément efficace.

22 avril 2017

[Création – news] Amandine André, Comme seul le peut / Poétiques de l’excès

Avant que d’avoir le plaisir de retrouver Amandine André en compagnie d’A.C. Hello le 10 mai à la Maison de la poésie Paris (20H – réserver / Remue.net et Libr-critique), voici un extrait de son prochain livre, qui comme Quelque chose et De la destruction est régi par une écriture du ressassement…
Ce 10 mai, nous aurons l’occasion de nous interroger sur les poétiques de l’excès :
Il y a dix ans déjà, un colloque universitaire s’interrogeait sur l’excès en ces termes : « signe ou poncif de la modernité ? »
De quels excès deux poètes remarquables comme Amandine André et A.C. Hello, qui ne manquent pas de chien, sont-elles
capables ? Pour quels effets subversifs ? Le fait que ce soient des voix féminines est-il significatif ? Quels sont leurs rapports à la
modernité avant-gardiste ?

… de tout ce qui hurle la nuit à mort où couine dans un piège ce que je tais pour tenter de garder ce visage l’humain auquel je m’accroche m’y accrochant comme bête en moi de cela que je tais qui hurle la nuit entre les espaces domestiques rendus impossibles nocturnes ce qui couine sous un lit le mien moi ce qui couine que je couine avec cette bête en moi avec moi en moi ce que je suis ce qu’on a fait de moi dans le silence les bêtes dit-on qu’elles meurent ainsi dans ce silence fait pour elle ce coin ce rat un jour mourant dans un coin de mur d’une banque ne cessera il faut le croire en moi c’est à moi qu’il revient d’accepter cela qu’il meure encore en moi que je ne fais rien pour qu’il cesse de mourir que je suis la bête qu’on a fait de moi ma forme humaine se défaisant la nuit avancée je me reclus et mes jours sont devenus ses nuits réclusion je suis libre de citoyenneté dit-on selon que cela est écrit sur la pierre dans les villes et les écoles surtout ce dont il faut s’instruire de ces premier mots semblent les derniers de ces bêtes qu’on me fait devenir laquelle hurle la nuit les jours devenus autant de nuit sous le lit couine comme pris dans le piège tendre domestique du lit chaud de tant de maladie douleur seul espace dans lequel la forme non-humaine que j’ai me fait tenir dedans j’appelle souvent de bouche la mienne nul mot sort seulement eux les bestioles eux elles je ne sais surpris en moi par moi rongeant l’intérieur du corps mien et tout espace dehors dit par d’autre social les marches comme premier rempart entre le social dit par eux et moi de ma disparition cette bête que je suis qu’on a fait de moi elle qui dit cette disparition est cette bête en toi quelle forme quel mugissement croassement ou coassement de cette gueule mienne…

16 avril 2017

[News] News du dimanche

Rien ne cloche ? Comme si l’on était en République… Comme si le pouvoir politique était indépendant des puissances d’argent… Ne manquez pas le regard de CUHEL. Suivent des Libr-événements : Expo Jean-Luc Parant à Sète, POÉSIE CIVILE #3, RV à Charybde, à La Maison de la Poésie Paris avec Camille de Toledo… Un événement autour de Valère NOVARINA en mai !

Le Libr-regard de CUHEL

Voici venu le temps où, vibrant sur leurs vestiges,
les gens de bien(s) s’agitent s’invectivent tiquent et pronostiquent putanisent et putativent…

Et si les x vovotaient pour y
et si les y vovotaient pour z
et si Machin voulait bien compoter avec Truc…

Excités devant la percée la remontée la déculottée…

Quel bonheur de se faire spectaculer !

Heureux qui comme l’Homoncule
Heureux ceux qui croient qui croient croire
car ils verront
le Mont Cul

Le pécule est au fond du cul

Comme-avant…
Comme-si…
Sinon c’est l’enfer…
L’enfer c’est le faire
Vive le laisser-faire !

Libr-événements

â–º Jusqu’au 29 avril, Exposition Jean-Luc Parant à Sète :

â–º Lundi 17 avril à 19H30, POÉSIE CIVILE #3 : VALEUR D’ÉCHANGE & VALEUR D’USAGE DE LA POÉSIE (26, rue du Docteur Potain 75019 Paris).
Classe ouverte et lectures participatives dans le cadre de l’Université libre de DOC.

Lors de poésie civile#3, vous êtes invités à discuter autour de valeur d’échange & valeur d’usage de la poésie, et pour cela apportez vos propres textes ou ceux d’autres auteur.e.s.

Format proposé par Laura Boullic, Marie Fouquet, A.C. Hello, Anne Kawala, Élodie Petit et Marie de Quatrebarbes.

 

â–º Mardi 18 avril à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : Les Entichés en Charybde pour des lectures et discussions autour des textes de Jonas Hassen Khemiri ("Presque égal à"), Koffi Kwahule ("La mélancolie des barbares") et Mathieu Larnaudie ("Les effondrés").

â–º Mercredi 19 avril à 20H, Maison de la poésie Paris : Lecture-conférence Histoire du Vertige #8 par Camille de Toledo
" Leçon inaugurale " : vers une vie vertigineuse

De la vitesse, de la fiction, de la perte des langues, de l’exil même des choses… Pourquoi le vertige et comment apprendre à l’habiter ?

« Dans cette Histoire du vertige, je poursuivrai une intuition qui a inspiré tout mon travail d’écrivain et de lecteur, où la littérature, les romans sont porteurs d’un savoir inédit, un savoir vertigineux… » Camille de Toledo

À travers les romans et écrivains “sacrés” – de Cervantès à J.L. Borges en passant par Dostoïevski et Faulkner… – les auditeurs seront invités à lire avec – penser avec – la littérature pour cerner les contours de notre contemporain, la façon d’habiter notre temps, ce vingt-et-unième siècle de furies et de colères. Quel “savoir” la littérature porte-t-elle ? Quel mode d’existence peut-elle inspirer ? Quelle forme d’habitation pouvons-nous imaginer avec et par la fiction ? Voilà quelques-unes des questions qui sous-tendront cette Histoire du vertige, cycle de lectures-conférences proposé par Camille de Toledo. Une pensée joyeuse, ouverte, autour et avec la littérature.

En partenariat avec Diacritik et Remue.net.

â–º PAYSAGES PARLÉS, textes de Valère Novarina, par Claire Sermonne et Mathias Lévy dans le cadre de la Nuit des musées

Au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables d’Olonne le 20 mai 2017 de 19h à 23h

Paysages parlés, suite pour voix (Agnès Sourdillon, comédienne) et cordes (Mathias Lévy, violon improvisé), sur des textes de Valère Novarina.
Entrée libre.

Plus d’informations : http://www.lessablesdolonne-tourisme.com/fiche/detail/17414/Decouvrir~Agenda-Evenements~Expositions/la-nuit-des-mus%C3%A9es
Le site du Musée : http://www.lemasc.fr/masc/

Musée de l’Abbaye Sainte-Croix
Rue de Verdun
85100 Les Sables d’Olonne
Tél : 02 51 32 01 16

14 avril 2017

[News] Colloque international de Cerisy : Jacques Prévert, détonations poétiques

Pour fêter le 40e anniversaire de la mort de Jacques Pervers, Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa proposent un colloque détonant… Si vous voulez faire le mécréant en plein 15 août et rejoindre le pré vert de Cerisy, c’est le moment de vous inscrire : ici. [On se souvient sur LC du colloque / numéro spécial À l’école Prévert ; et aussi du dossier "L’ami Prévert"…]

Présentation

En tête des classements des poètes préférés des Français, en tête des traductions et des ventes avec son recueil de poèmes Paroles, en tête des scénaristes qui ont marqué le cinéma français, et dans la tête des enfants qui apprennent ses textes dès les petites classes, la poésie de Jacques Prévert est familière aujourd’hui comme hier aux petits et aux grands.

Cependant, malgré son immense popularité, il reste méconnu. Un profond décalage existe entre son œuvre réelle et l’image que la postérité en garde. La diversité de ses créations n’est présentée que de manière partielle. La perception actuelle qu’en a le public est également erronée. À côté de textes doux et rêveurs figure en effet, et même majoritairement, une poésie-action. Mais trop atypiques et trop dérangeantes, les productions prévertiennes ont été édulcorées.

Fidèle toute sa vie à ses convictions, l’artiste a créé une œuvre rebelle et virulente, anticléricale et antimilitariste, crue et corrosive, vivante et roborative, d’une actualité encore étonnamment criante. Elle résonne fortement dans le monde qui est à présent le nôtre, et contribue à l’éclairer.

Quarante ans après sa disparition, ce colloque sera enfin l’occasion de redécouvrir Prévert, de le donner à lire autrement, d’une manière plus complète et plus juste qui permette d’en réévaluer la portée.

Programme provisoire

Vendredi 11 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants

Samedi 12 août
Matin:
"Jacques Prévert vu par…", par Carole AUROUET & Marianne SIMON-OIKAWA

Après-midi:
Roland CARRÉE: Prévert, Grimault et le cinéma d’animation: inspirations, poétiques et prolongements
Akira ISE: Réception de Jacques Prévert au pays du Soleil Levant. Autour du théâtre et du film d’animation japonais

Dimanche 13 août
Matin:
Carole AUROUET: Tracts et manifestes politiques de Jacques Prévert
Béatrice de PASTRE: Ce que la pomme de terre veut dire — Pour un manuel illustré d’économie politique

Après-midi:
Marianne SIMON-OIKAWA: La poétique du collage chez Prévert: des mots aux images
Marianne SIMON-OIKAWA: "Tu ne sais pas peindre, mais tu es peintre!" — L’esthétique du collage chez Prévert

Lundi 14 août
Escapade à Omonville-la-Petite: La maison Jacques Prévert, Port Racine, le Jardin Jacques Prévert, etc.

Mardi 15 août
Matin:
Noël HERPE: Les vies cinématographiques de Prévert
Carole AUROUET: Le cinéma invisible de Jacques Prévert se dévoile: nouvelles découvertes de scénarios détournés

Après-midi:
Laurent VÉRAY: Y a-t-il un style documentaire Prévert?

Soirée:
Lectures de poèmes, par Philippe MÜLLER & Vincent VERNILLAT (Compagnie PMVV le grain de sable)

Mercredi 16 août
Matin:
Laurence PERRIGAULT: "Lorsque l’on fait un pas de côté": penser Prévert à partir des œuvres de Lou Tchimoukow et de Fabien Loris
Francis MARCOIN: Prévert, crosse en l’air, cross over

Après-midi:
Serge MARTIN: Engagement du racontage: le poème de Jacques Prévert toujours à contre-écriture saintes
Fabrice THUMEREL: À la fête Prévert

Jeudi 17 août
Matin:
Alain KEIT: Une histoire de feuilles mortes
Giusy PISANO: Les chansons de Prévert: de l’écran au disque

Après-midi:
Dominique VERSAVEL: Jacques Prévert et les "voleurs d’images"
Christian LEBRAT: Jacques Prévert et le livre d’artiste

Vendredi 18 août
Matin:
Conclusions

13 avril 2017

[Chronique] François Matton, Exercices de poésie pratique, par Jean-Paul Gavard-Perret

François Matton, Exercices de poésie pratique, P.O.L, mars 2017, 128 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-4244-1.

Dans son avant-propos à son livre, François Matton semble caresser le lecteur dans le sens du poil : « Chaque jour vous faites ce qui doit être fait, et dans l’ensemble vous le faites plutôt bien »… Néanmoins, en dépit de nos bons offices  il se permet un bémol : « Quelque chose d’essentiel semble manquer pour faire de votre vie au devoir accompli une vie heureuse. Ce quelque chose, vous le pressentez comme un supplément d’âme, un luxe, une dépense d’un ordre supérieur ». Ce vide à combler s’appelle l’« aspiration à l’expérience poétique ». Mais l’auteur de préciser qu’après cette dénomination heureuse demeure l’essentiel : « régler la question des moyens ». D’autant que dans notre quotidien il reste peu de place à une telle fantaisie, fût-elle existentielle. Existe toujours quelque chose de plus « utile » à faire. La notion de « Dépense » chère à Bataille est remplacée par d’autres gaspillages. La voix sourde qui appelle est donc remplacée par celle plus lancinante de la honte et de la peur qui le plus souvent ne se quittent pas.

L’auteur nous rappelle que nous ne sommes pas forcément roi nu ou mendiant réclamant à lui-même son droit de vivre. Il nous rappelle à nous tendre non une sébile mais les bras avec autant de drôlerie que de sagesse. Manière de  rappeler non seulement « qu’il y a des poètes partout » selon la vieille formule post-68, mais qu’il n’appartient qu’à nous de le devenir. Pas besoin pour cela d’aller aux ateliers d’écriture que l’auteur anime près de l’Océan ou ailleurs. Pas besoin d’écrire forcément des poèmes qui manquent à notre cœur ou notre corps. La poésie passe certes par les mots, mais autant par un savoir-être et le sentiment de se sentir – dit l’auteur – « cool et léger » partout avec les autres comme devant ces vignettes de B.D. qui « forment un délectable coq-à-l’âne plein d’ellipses. »

Au besoin l’auteur décline son alphabet personnel, non seulement par des mots mais aussi par un fourmillement de petits dessins accumulés de manière semi-aléatoire. Ce qui ne l’empêche pas lui-même et dans sa vie d’être pris, voire épris des vicissitudes coutumières, mais tout autant de remercier la providence même lorsqu’elle est peu amène. L’auteur apprend à travers son exemple de ne pas en faire une choucroute. « Plutôt que de perdre du temps à ressasser le pour et le contre » de certains refus, il préfère méditer plutôt que médire. En prenant bien sûr la posture adéquate, ce qui lui permet d’effacer la spéculation spécieuse qu’entretiennent certains écrivains entre vivre, être et exister – entre immanence, métaphysique et sortie de soi.  Pour sa part il préfère : voir, entendre, ressentir « sans la nécessité d’un sujet voyant, écoutant, ressentant ».

Tout le livre file ce qui est moins métaphore que chemin. Histoire d’éviter la transe hypnotique que la saturation des informations produit. Il n’existe donc pas entre soi et soi un « moi » qui embarrasse. Manière de devenir sinon un pur esprit du moins l’être chez qui la « pensée moi » se lâche d’elle-même. Loin des cocorigito, l’auteur nous donne donc la marche son ;  un livre qui devient Bible, Talmud, Capital d’un new-age ni mystique ni matérialiste.

12 avril 2017

[News] Libr-news

D’ici fin du mois, quelques nouveaux RV printanniers : sur le blog d’Anne Galzi, autour de Vermeer ; avec Julien Blaine à Marseille ; Yves Pagès et Jean-Charles Massera autour des éditions Verticales ; avec Ivy writers…

â–º Sur le blog d’Anne Galzi, on lira avec intérêt « La perle de Delft : "Mutation d’un grain de poussière, d’un grain de sable dans l’œil humide d’un mollusque" ».

â–º Jeudi 13 avril à 18h30, La Belle de Mai, librairie la Salle des machines, Marseille : RV avec Julien Blaine, pour 5 faits et plus
Une proposition d’Alphabetville dans le cadre de Faits divers

Julien Blaine observe l’actualité. Observe et ré-agit. Il agit en utilisant, pour traiter cette actualité, les outils qu’il a façonnés tout au long de son enquête scientifico-poétique pour retrouver la trace d’une langue originelle, une langue élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine – enquête qui forme la charpente d’un chantier poétique commencé… il y a plus de cinquante ans.
En cinq séquences, cinq « faits » (les crimes commis au nom de la religion, la mission spatiale Rosetta, Hillary Clinton prétendante à la gouvernance des USA, la lutte des ouvriers de Fralib et l’inacceptable situation des habitants de la Jungle de Calais), Julien Blaine dénonce 6000 ans de barbarie monothéiste, s’insurge contre le nihilisme cruel et inhumain des civilisations qui en découlent…

Présentation sur le site des éditions Al dante : http://al-dante.org/shop-4/julien-blaine/lecture-de-5-faits-dactualite-par-un-septuagenaire-bien-sonne/

5 faits et plus. Commentaires actualisés, version 2017, et échanges avec Colette Tron, auteur et critique

â–º Mardi 18 avril à 20H, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Performances croisées avec Yves Pagès & Jean-Charles Massera

Soirée présentée à l’occasion du colloque « Éditions Verticales 1997-2017 : éditer et écrire debout » (Universités de Poitiers et de Paris-Sorbonne, 13-18 avril). Tarif : 10 € / adhérent : 5 €

"Emplois fictifs & Sommeil paradoxal" voudrait être un cours magistral de psychophysiologie du travail. Le conférencier (Yves Pagès) y aborde la condition laborieuse depuis l’homme préhistorique (l’âge de pierre) jusqu’au télé-vigile (l’âge du drone). Exercice de synthèse qui finit par dévoiler l’apogée méconnue de la suractivité humaine : le sommeil paradoxal. Au terme de l’exposé, un spectateur choisi au hasard (Jean-Charles Massera) sera soumis à un ultime QCM de validation.

"Bon, mais t’en es où en fait (le public a le droit de savoir)" – l’interview performance revient sur Tunnel of Mondialisation de J.-C. Massera. Cet album de variété progressive avait fait entrer les questions de géopolitique et de conscientisation des processus de non-émancipation des déterminismes culturels et sociaux dans la chanson française. Aujourd’hui, l’interviewer (Yves Pagès) revient sur toutes ces années où on se demande vraiment ce que l’auteur/chanteur conceptuel a foutu…


♦ Jean-Charles Massera & Pascal Sangla, Tunnel of mondialisation, suivi de J’ai grandi à côté de la vie (interview), Verticales, 2011, 2 CD + 120 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-07-013301-7.

Jean-Charles Massera poursuit son travail de déconstruction des discours et représentations dominants en investissant la forme populaire par excellence : la chanson – allant même jusqu’à subvertir le genre corrélatif de l’interview. D’où la tension entre "effets esthétiques qui vont dans le sens de la culture industrielle" et "une conceptualisation hyper critique" (p. 61).

Dans le premier clip, "Tu sais, j’crois que j’vais pas pouvoir", qui fait défiler le discours immo-marketing sur des images de lotissement conforme, une jeune femme s’attaque à l’insupportable conformisme pavillonnaire, au prêt-au-bonheur petit-bourgeois, au prêt-à-habiter du BCBG (Beau Con Bon Gogo…). Le deuxième, "Je ne veux pas mourir avant", revêt une dimension géopolitique : l’énumération des chiffres et des dates dévoile l’impuissance de l’ONU face aux horreurs commises un peu partout dans le monde immonde. Le troisième, "Respect pour tes résultats", établit un contraste flagrant entre cet univers de la déréalisation qu’est celui de la spéculation et la prise de conscience du nanti face à la misère du monde. Le quatrième ("Promets-moi d’rester d’droite"), ironique, met à nu la vulgate sur la "dépolitisation ambiante des classes moyennes" et la "droitisation des esprits" : "Tu t’éclates pas quand t’es à gauche / Quand t’es à gauche / Tu vis plus rien / Tu vis plus rien si t’es conscient d’tout. / T’aimes plus la vie / Si tu la critiques"… Bref, ferme-ta-gueule, sois de droite et vis connement comme tout le monde – qu’elle demande la femme à son mari. Le dernier, qui donne son titre à l’album, est le plus satirique : il dénonce "la déréalisation du temps vécu par les exclus de la croissance", "l’indexation du temps de soi sur le seul rythme de la croissance"… /Fabrice Thumerel/

â–º Le 25 avril 2017 à 19h30 au Delaville Café 34 bvd bonne nouvelle 75010 Paris
M° Bonne nouvelle (ligne 8 ou 9)

IVY Writers Paris vous invite à une lecture avec les poètes :

Rebecca Dolinsky
Jeffrey Greene
et Sereine Berlottier


8 avril 2017

[Création-news] A.C. Hello, Naissance de la gueule (extrait) / Poétiques de l’excès

Avant que d’avoir le plaisir de retrouver A.C. Hello en compagnie d’Amandine André le 10 mai à la Maison de la poésie Paris (réserver – 20H / Remue.net et Libr-critique), voici un extrait de son dernier livre, Naissance de la gueule, qui nous remue… Écouter A.C. Hello, à vous faire perdre le souffle : ici.
Nous aurons l’occasion de nous interroger sur les poétiques de l’excès :
Il y a dix ans déjà, un colloque universitaire s’interrogeait sur l’excès en ces termes : « signe ou poncif de la modernité ? »
De quels excès deux poètes remarquables comme Amandine André et A.C. Hello, qui ne manquent pas de chien, sont-elles
capables ? Pour quels effets subversifs ? Le fait que ce soient des voix féminines est-il significatif ? Quels sont leurs rapports à la
modernité avant-gardiste ?

[…] sinis

Tre en pays d’occupant dont j’en

Tends les coups sourds et répé

Tés, je cherche un toit dans cette

Embuscade de mots bornés, qui

Qualifient de liberté ce que j’ap

Pelle des cendres et des os, qui

M’emmènent au pays des vertè

Bres inertes tuées par de vieux

Beaux coquets migraineux. Le

Cou tordu de ma cervelle étoilée

De rouge balaye le trottoir, étour

Di par un fils de pute coupable

Et prisonnier, obstinément brûlé,

Sachant tout juste parler, un crâ

Ne braillard au front très déve

Loppé, assassin de bouchers am

Bulants, rôdant les yeux cuits

Dans les camps, ouvrier de la

Chance perdue, infirmier du re

Tard, officier du désordre, prin

Temps de la résistance, général

De la faim, troupier de la colère

Muette. Qui me dit que tout est

À refaire, tout à rapprocher, tout

À reprendre l’histoire à faire froid

Debout et se mettre à sonner en

Se tapant du ventre. Je marche

Longtemps dans la nuit, com

Bien de temps encore faudra-t-

Il que je touche du doigt de la

Chair de poltron et qui suis-je

Pour parler de poltron moi qui

Crache mes poumons, qui suis-je

Pour parler de la pensée empoi

Sonnée du poltron corrompu, de

L’agressivité pondérée du pol

Tron choléra, du désarroi anxieux

Du poltron fasciné de flammes.

Je marche rue Saint-Denis les

Mains sur les hanches, laide à

Nanterre de la faute à Voltaire,

Ma petite grande âme remue de

Hors, tombée par terre pied

Dans le nez, bondissant, dispa

Raissant, reparaissant, chantant

Ses morts, mon nez court sa

Chance et renifle de son galop

De chien englouti la grande ré

Volte de ceux qui n’ont pas de

Pays, gêneurs du monde, le pro

Blème c’est d’être impossible.

 

Quant à moi je suis déjà presque

Rien déjà loin, plomb qui saute

Empêtré qui sombre, mauvaise

Bête qui regarde son ventre et

Crache des corps qui servent d’o

Rifices raidis aux érections de l’é

Cosystème darwinien, ce pantin

Impuissant préoccupé de sa po

Pularité. Je ne bouge plus, embar

Rassée de mes muscles grisâtres,

Dégueulant la mer d’étoiles

Bleues, immobile contre une pou

Belle tassée tressaillante dans

Une colonne rouge au rabais vo

Mie de la grande rafle, ma rengai

Ne ravalée se replie contre la

Rampe au milieu des rabbins ra

Battus houspillés par des RAUS!

Rabiques qui leur rabotent la

Quille, le râble mordus par les

Corniauds, SCHNELL! triés par un

Médecin rabougri, rembarrés par

La racaille rayée, POSPIESZ SI ! ra

Broués par les rallidés verdâtres

Râlant de LOS! Les enfants rachi

Tiques se raccrochent aux mères

Qui se cramponnent au froid qui

Leur coule le long du rachis, a

Vant le racket des vêtements et

Des dents, raclées longuement

Par les radins et les racoleurs du

Radieux parti radical radio-actif

Postillonnant des radicules de ra

Ge et balançant du radius des

Tirs en rafale sur des éclopés ré

Calcitrants avant de les radier

Lors du grand raffinage final.

Quant au rafiot polonais qui cra

Me, craque, crie, se crispe, prie

Devant les rictus crapauds, quant

Aux polonais pendus droits,

Dents serrées, par la rage camar

De des aspirants-fiel, quant au ra

Goût enfossé ragué par les tissus

Raides dans un rade de soleil car

Ton mort, quant à la raideur des

Compatriotes compassés qu’on

Porte sur les raidillons en direc

Tion du spectre sombre des cen

Dres piquantes, quant à la mo

Querie sanglante dans l’oeil érail

Lé devant la loi du monde et la

Détérioration de la faculté pen

Sante, son altération absolue tan

Dis que l’autre diminue. Les polo

Nais chantent avant d’être éradi

Qués par les SCHNELL! ranimés,

Rajeunis, se rajustant l’uniforme,

Ralentis par la circulation de l’al

Cool dans leur réacteur brisé. Bal

Buzards déréglés qui reçoivent

Mal la vie, qu’on retrouvera en A

Mérique Latine, parallèles à la

Mer qui brasille, tentant de ral

Longer leur ramassis de vie simi

Esque et grossière et de se rallu

Mer le ramage dans des souve

Nirs de mare rouge. Ramassé.

Humains épars, pliés sans patrie,

Glanés en divers endroits. Ramas

Sé. Ramas d’humains, miettes,

Fin du repas. Ramassé. Rassem

Blés, blottis, chiffons, mis en tas.

Ramassé par la police. Conden

Sés, en boule, ramassés à la pel

Le, cailloux. Ramassé. Prie par ter

Re. Se ramasse une branlée. Ra

Masse-poussière. Ramasse-pous

Sière écorché cogné séchant ta

Pissant le pavé, avant de se ratati

Ner dans la rame des wagons at

Telés. Ramassé sans raison, étran

Glé par les uniformes des rame

Nards irrascibles. Ramassé. Raf

Fut dans la rue. Les officiers rap

Pliquent. On ramène les fuyards.

On ranime à coups de gifles les

Femmes enceintes. Les chiens se

Rameutent, mordent les traîne-

Pattes, les ramingues et les ra

Mollis. Les enfants progressent

Sur les genoux sous les feux de

La rampe et rament dans la galè

Re rance de la rancoeur nationa

Le. Longue randonnée dans un

Matin sombre avant d’être dispo

Sés sur plusieurs rangs. Tout un

Peuple mis au rencart par la ran

Cune. Marchandises rangées

Sous l’autorité carcasse des rapa

Ces avides. Enfiler les vêtements

Rapés que tendent les rapiots

Tandis que les rascasses rapinent

Les émeraudes et le bacarat. Des

Coups de feu se rapprochent, ra

Pides. Le sang coule raide. On

Rapporte les corps. Un haut dé

Gradé fait son rapport. La vie se

Raréfie, la Race raque, rasibus en

Tre les éclats, sa rapûre mise au

Feu, le crâne rasé, rapetissé, l’es

Poir raccourci. Les rats rassasiés

Ricanent de bile noire puis se ras

Soient, rassérénés : dix corps ra

Tatinés à leurs pieds, ça les rassu

Re les rassis. Ça les ravigote. Y’en

A un qui respire encore. Raté. Ils

L’achèvent, ravis. Un ratichon au

Crâne tout juste ratiboisé court

Dans la ratière, se fait rattraper

Puis ratonner. Râles rauques. Son

Ventre rationné fait une rature

Sanglante dans les airs. Ravagé.

Tout le vide ravalé. Le ravin noué.

Consterné, immobile, à écouter

Le jour rayé noir sans rayons,

Qu’il tente de raviver. Ravagé.

Frappant les rochers dans la fo

Rêt de bouleaux, les chefs suici

Dés, les femmes enfants mitrail

Lés, dont on baratte le sang. Ra

Vagé. Toute la peau du corps as

Pirée par le trou du rentre. Rava

Gé. Chanson malade. Ravagé.

Chanson rabâchée de bâtard lan

Gue arrachée. Ravagé. Aggrava

Tion de la maladie. Ravagé. Héri

Tier collatéral de la grande raclu

Re. Ravagé. Aucune améliorati

On. Ravagé. Crachant les bidon

Nages des bradeurs de républi

Que, braguette ouverte à la bitu

Re, aspirateurs d’attrape-couil

Lon. Ravagé. Dents en vrac, rê

Vant de terres australes et de ca

Raïbes pour sortir du baraque

Ment. Ravagé. Gravitation boo

Merang dans les altostratus. Ra

Vagé. Barjo branque braisé. Rava

Gé. Bourrique brancard dans les

Brasseries célébrant cyanure le

Caviar dans la bouche corraline

De l’abolition des libertés. Rava

Gé. Carnage. Commisération des

Charençons. Crapaudière de fa

Milles Quant et de Philippe Péto

Che, confédération des ignorants

Frais, conjuration des grands ca

Rambouilleurs constipés qui cara

Colent dans les camisoles de la

Crasse extrémiste. Ravagé. Cara

Bine. Haine abrasive du baratin

Branlette des conquérants parasi

Tes. Ravagé. Fracas fragile estro

Pié. Ravagé. Australopithèque dé

Traqué aspirant à l’amnésie anté

Rograde. Ravagé. Bradycardie de

La démocratie angora. Ravagé.

Brachycéphale délirant aux bran

Chies bourrades. Ravagé. Coura

Ge courant cramoisi crampe rava

Gé cran. Ravagé. Rat vit, rat cou

Rage l’égalité. Ravagé. Ravagé

Rat vit rat vit rat vit en pleine figu

Re, courage ravagé, rat vit, rava

Gé ra vagé ra vagé ravagé ra va

Gé ravagé ra va gé ra vaque ra

Va gé ra rame rat gémit.

5 avril 2017

[Libr-relecture] Christine Bonduelle, Genèse, par Christophe Stolowicki

Christine Bonduelle, Genèse e+ 1 = 0, éditions tituli, 2013-2015, 38 pages, 12 €, ISBN : 978-10-92653-24-4.

Et Dieu l’incréé créa le monde en sept démonstrations mathématiques fondamentales. Leur genèse demanda quelques millénaires ramassés en une fabuleuse semaine, le temps que s’éveille une Babel au bois dormant et qu’en parallèle, l’un de ceux aimantés qui se rejoignent dans le fini du blanc de l’œil, l’écriture naisse en trois points du globe, pas quatre, pas cinq. Transitant dans une démonstration par des nombres imaginaires ou impossibles telle la racine carrée de moins un, passé de l’autre côté du miroir l’esprit de géométrie se délasse en finesse. Aux agrès, à la barre fixe, au cheval d’arçons il s’exerce en quatre, dix dimensions que l’œil hume, connaissant par les narines. Quand « tohu va bohu à brûle pour point », s’allumant avec mesure, s’éteignant avec mesure, un scepticisme des scepticismes découvre dans le principe d’incomplétude de Kurt Gödel l’impossibilité d’être à la fois cohérent et exhaustif. Résidu sec de « l’âme : 21 grammes » d’humour. Mathématique qu’à l’adolescence j’ai dédaignée d’un clic, mieux que ton élégance me frappe ta beauté lapidaire de fond. Sous une sobre sombre couverture héraldique où se dédouble le T majuscule de tituli, Christine Bonduelle « serre » en son « giron d’écholalie » sept poèmes du monostiche d’Einstein s’accroissant chaque jour d’une strophe, au regard de sept formules, équations, théorèmes majeurs, dans une plaquette initiatique tranchant à cru sur la production poétique contemporaine.

2 avril 2017

[News] News du dimanche

Ce soir, découvrez le premier numéro de la revue Babel heureuse, mais aussi le colloque sur les excentricités… RV avec la revue GRUPPEN en fin de mois… Après-demain, RV avec Lisa Robertson…

 

â–º Découvrez le premier numéro de la revue Babel heureuse : ici

â–º Lisa Robertson / Contrat maint, le mardi 4 avril 2017 à 19H, à l’Adresse du Printemps de septembre (2, quai de la Daurade, Toulouse).

« Une jeune femme regarde ouvertement hors du tableau. »

En avril, contrat maint invite Lisa Robertson, poète et essayiste canadienne. Dans ses livres, 
poème et essai ne sont pas deux genres imperméables l’un à l’autre. Chaque texte est une pensée inventant sa forme,
s’y mêlent le registre conceptuel à la transcription des perceptions, l’expérimentation textuelle et l’engagement féministe.

Alternant anglais et français, cette lecture avec Pascal Poyet sera aussi l’occasion de poser la question de la traduction.

â–º 12 et 13 avril 2017, colloque international "Excentricités : Enjeux et pouvoirs des anormalités en sciences humaines"

Mercredi 12 avril

Maison de la Recherche, Université Bordeaux Montaigne

9h-9h30 Ouverture du Colloque

9h30-10h30 Explorations identitaires de soi et questionnements de genre dans le cinéma contemporain – modération Vincent Jaunas

  • Arnaud Alessandrin (Université de Bordeaux) et Marielle Toulze (Université de St-Etienne) : « Le désir d’horizon dans le devenir genré. Pour une extériorité à réinventer ».
  • Maylis Asté (Université Toulouse Jean Jaurès) : « Alain Guiraudie, sur les traces d’un cinéma "excentraliste"».

10h30-11h Pause

11h-12h Mettre en question des normes classiques dans la narration – modération Julie Gay

  • Diane Gagneret (ENS de Lyon) : « Folies et excentricité(s) de l’écriture dans 4.48 Psychose de Sarah Kane ».
  • Nicolas Lahaye (Université de Versailles Saint-Quentin) : « Le goût du nanar, pierre d’angle d’une cinéphilie alternative. »

12h-14h Pause déjeuner

14h-15h Thanatologie, excentricité et décentrement – modération Patrick Baudry

  • Albain le Garroy (Université Bordeaux Montaigne) : « Tuer pour vivre. Une étude thanatologique de Le corps exquis de Poppy Z. Brite ».
  • June Pham (Université Paris IV Sorbonne) : « Le pessimisme philosophique comme pratique excentrique dans True Detective ».

15h-15h30 Pause

15h30-16h30 Pratiques culturelles du corps excentrique – modération Arnaud Alessandrin

  • Carolane Sanchez (Université de Franche-Comté) : « Juan Carlos Lérida, artiste iconoclaste de la tradition flamenca ».
  • Laure Carbonnel (Université Paris Nanterre) : « Le bouffon rituel est-il un personnage excentrique ? Etude comparative à partir du Mali ».

18h « LANORMALITE : normes, discours, identités ». Stéphanie Pahud (Linguiste, Docteure ès Lettres, Maître d’Enseignement et de Recherche à l’École de Français Langue Etrangère, Université de Lausanne). Salons Albert Mollat – 11, rue Vital-Carles – Bordeaux.

                                                         Jeudi 13 avril

                     Maison de la Recherche, Université Bordeaux Montaigne

9h-10h30 Excentricité et créolisation dans les arts contemporains – modération Charlotte Blanchard

  • Nicolas Nercam (Université Bordeaux Montaigne) : « De l’excentricité au cosmopolitisme. Un trajet des arts extra-occidentaux du XXIe siècle. »
  • Sébastien Galland (Université Montpellier III) : « Excentricité, hétérarchie et déterritorialisation dans les arts palestiniens contemporains ».
  • Manon Boukhroufa-Trijaud (Université Paris IV Sorbonne) : « Bombay/Mumbai, ville des extrêmes aux poètes excentriques ».

10h30-11h Pause

11h-12h Interroger l’usage d’« objets » excentriques – modération Hélène Crombet

  • Anne-Cécile Lenoël (Université Bordeaux Montaigne) : « Un design excentrique ? Topologie et perspectives de compréhension du terrain de jeu méthodologique d’une pensée expérimentale de la conception ».
  • Pierre-Yves Halin (Université Paris IV Sorbonne) : « La relation de couple sous le prisme de l’excentricité. Etude de la relation homme – poupée de compagnie. »

12h-14h Pause déjeuner

14h-14h30 L’excentricité du langage dans une approche philosophique – Vidéo Véronique Bergen (Philosophe et écrivain, Bruxelles) : « Ecritures de l’excentricité : Hélène Cixous, Clarice Lispector et Alejandra Pizarnik ».

14h30-15h30 Corps contemporains et représentations normées – modération Patrick Baudry

  • Philippe Liotard (Université Lyon 1) : « Excentricité : les innovations de la chair travaillée ».  
  • Andrea Sagni (Université Jean Moulin Lyon 3) : « "Ces corps qui dérangent". Formes d’excentricité entre Troubles du Comportement Alimentaire et obésité ».

15h30-16h Pause

16h-17h L’entrave corporelle comme potentialité créative – modération Marielle Toulze

  • Guillaume Baychelier (Université Panthéon-Sorbonne Paris I) : « Repenser le corps humain à l’aune de l’excentricité. Corps contraints et corps mutants dans l’œuvre de Matthew Barney ».
  • Sylvain Brétéché (Université d’Aix-Marseille) : « Périphérie de l’ordinaire. De l’excentricité au handicap : les sourds en exemple »

adresse : Maison de la Recherche – Université Bordeaux Montaigne.

 

â–º Soirée de lancement pour la parution de GRUPPEN deux mille dix sept samedi 29 avril 2017, 19h à SYNESTHÉSIE 1 place du Caquet, 93200 Saint Denis
www.synesthesie.com

avec
MATHIEU BELLAHSEN psychiatre
& le G.E.M Saint Denis
ALICE DOUBLIER anthropologue
IVAN SEGRÉ philosophe

projection – un film de YANN BEAUVAIS

lecture du poète MANUEL JOSEPH
avec le musicien Stéphane Chalumeau
……………………..……………………..…………
GRUPPEN deux mille dix sept
Arts, Sciences Humaines, Philosophie



avec
Patrizia Atzei / Mathieu Bellahsen / Jacob Bromberg /
Yann Beauvais / Jean-Michel Bouhours / Bernard Bourrit
Grégory Chambat / Sébastien Charbonnier / Pierre Déléage /
Alice Doublier / Laurence Gatti / Laurent Jarfer / Florence Johsua / Manuel Joseph / Ilan Kaddouch / Charles Pennequin / Max Roach
Marco Saraceno / Ivan Segré / José Antonio Sistiaga / Patrick Tort

http://www.revuegruppen.com/gruppen/gruppen-deux-mille-dix-sept/

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