Libr-critique

31 mai 2015

[News] News du dimanche

Ce soir, à l’orée du mois de juin – toujours chargé !-, encore des RV passionnants : à Marseille (soirée CIPM + Montévidéo + PLEXUS Rouge) ; à Paris, la NUIT REMUE 9 !

 

â–º  Samedi 6 juin 2015, 17H30-23H30, Montévidéo à Marseille : LISTES, INVENTAIRES, ÉNUMÉRATIONS (sur un proposition de Jean-Michel Espitallier).

18h00
Avec : Anne-James Chaton, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Game, Michèle Métail, Black Sifichi, Frédérique Soumagne, Laura Vazquez.

La liste, l’inventaire, l’énumération sont partout dans la littérature depuis ses origines mêmes (de la Bible à l’Illiade, de François Villon à François Rabelais, et, dans la littérature contemporaine, de Georges Perec à Valère Novarina, etc.). Si la plupart des écrivains s’y sont adonnés, ici ou là, en douce ou comme principe même de leur œuvre, le travail critique et de réflexion commence à peine à être entrepris.

Il s’agira de révéler ce qui s’affirme manifestement comme une forme à part entière, à côté du vers ou la prose. Et aussi, de ne pas gâcher son plaisir en venant écouter ce que Roland Barthes appelait « l’infinie compossibilité ».

INFOS PRATIQUES
Tarif unique 5 € (+ adhésion)
Renseignements et réservations au 04.91.37.97.35.
Ouverture du bar et restauration à partir de 17:30.

Cette soirée sera précédée d’une autre rencontre au cipM le vendredi 5 juin à 19h00 avec Jean-Michel Espitallier, Boris Donné, Michèle Métail, Bernard Sève, Henri Lefebvre.

 

â–º Samedi 13 juin, de 20H à 23H, Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris), LA Nuit REMUE 9, avec : Amandine André, Camille Bloomfield et Lily Robert Foley, Oscarine Bosquet, Jean-Philippe Cazier, Eric Chauvier, Suzanne Doppelt, Frédéric Forte, Emmanèle Jawad, Koffi Kwahulé, Andrea Inglese, Michelle Noteboom, Sylvain Prudhomme, Charles Robinson et Violette Pouzet, Sébastien Rongier. [Organisation : Marie de Quatrebarbes et Lucie Taïeb]

 

â–º Samedi 13 juin à 17H, PLEXUS Rouge #4 : From Berlin to Marseille.

Dans le cadre des 48h chrono, spécial Berlin, RedPlexus propose une soirée de performances allers-retours From Berlin To Marseille.

Pendant 4 heures des performers berlinois et marseillais investissent les espaces de travail de RedPlexus et proposent une traversée du mur performative et sonore.

Un voyage où le temps s’étire, entre des performers qui explorent les limites de leurs corps et d’autres celles de leur voix, limites de ce qui est permis ou toléré.

Ce Plexus Rouge est le fruit d’une résidence de 3 jours où les artistes ont pu croiser leurs projets, les confronter aux espaces de la Friche et expérimenter différentes manières de passer de l’autre côté du mur.

Artistes invités : From berlin: Frederic Krauke, Beate Linne.
FROM MARSEILLE: Pierre Guéry-Auteur Performeur, Mathias Richard, Collectif Ornic’art.

À partir de 18h, Ornic’art propose une quête de son double berlinois via un Speed Dating sous les néons.

Tout au long de la soirée : Prise de vue(s) entre deux miroirs et installation photographique La vie est Yes de Jany Jérémie.

Une proposition de RedPlexus avec le soutien de la Friche
Belle de mai et du Goethe Institut.

Informations pratiques:
De 17h à 21h
Atelier de RedPlexus
Magasins, Niveaux 1, Friche de La Belle de Mai
Gratuit

29 mai 2015

[Chronique] Angèle Paoli, Les Feuillets de la Minotaure, par Marie-Christine Masset

Angèle Paoli, Les Feuillets de la Minotaure, revue Terres de femmes / éditions de Corlevour (Clichy), avril 2015, 170 pages, 22 €, ISBN : 978-2-372090-02-5.

 

Les Feuillets de la Minotaure est un récit-poèmes, une polyphonie sacralisée où le souffle poétique [« Le brame de Min(o)a »] pulvérise les strates de l’espace et du temps et guide le lecteur dans ce qui pourrait être nommé une dimension outre-mythique du monde.

La composition de l’ouvrage est telle que résonne à l’infini le cœur pur du chant, il n’est ni traversée ni découverte, mais plongée lumineuse (et parfois violente) dans les profondeurs mythologiques et essentialistes de la vie. Tout est là, et l’écriture pour le dire, transmuer la roche du maquis corse en pierre ancestrale, et métamorphoser le corps féminin en matrice atemporelle et en Minotaure. C’est dire que la densité des échos que ce récit-poèmes éveille se répercute longtemps après la lecture.

Les différentes tonalités de la voix (et donner dans le demi-sommeil la variété des sons dans leur beauté originelle), outre qu’elle permet d’entendre des sons différents (et de pousser à l’extrême le plaisir de la lecture), ne s’amusent pas des formes poétiques variées mais les utilisent avec maîtrise pour renforcer (et mettre à nu) leur force, langage poussé lui aussi à l’extrême.

 

Le récit s’ouvre sur une sextine écrite selon les règles mises en place au XIIe siècle, l’animal-poète brame à la volée sa souffrance muette, il lui faut quitter le séjour caverneux, pénétrer les arcanes de la mythologie et les mystères des vagues en dérive. S’ensuivent Les Feuillets de Min(o)a, échange épistolaire entre Chloris et Minoa. Les lettres sont ponctuées de brefs poèmes érotiques : elle se coule au-dessus d’elle /à travers cils et ciels. Le dernier vers est toujours repris au début du poème de la lettre suivante comme une marée toujours agissante. Ces lettres sont amour mais plus encore. Les deux femmes mêlent leur voix, les font se heurter, se répercuter, l’acte d’écrire est fondateur et les enjeux sont essentiels : se connaître soi-même, plonger dans les entrailles de l’origine, s’en extraire, accéder à la vérité qui est comme le plumage d’Argus, multiple et changeante, au sens pur du monde. Minoa doit dompter sa violence, en extirper le sang sacré : Je tente d’apprivoiser la douleur // J’ai appris à connaître en vous les puissances destructrices qui vous minent // Je suis d’ailleurs persuadée qu’écrire est pour vous le meilleur moyen de dépasser votre violence, de la mettre à distance et de vous en séparer, lui écrit Chloris. Minoa doit résister à l’emprise mortifère de la mère absente : Écrire pour fuir ce vide créé par la mère ? Écrire, comme courir de toutes ses forces afin d’échapper à. Ne pas être dévoré. Minoa s’empare du pouvoir cathartique du langage, elle le déroule comme un fil de lin de la parole, fil qui lui permet de s’extraire de son histoire et de quitter le labyrinthe : que ce voyage hors les murs du labyrinthe ne soit pas un voyage meurtri par le chagrin lui écrit Chloris. Antre terrifiant où le sens n’est plus, il est ce parcours initiatique sans fin dans lequel la pensée confondue souvent s’égare // Car j’appartiens à la race de ceux qui parcourent le labyrinthe sans jamais perdre le fil de lin de la parole, clame Minoa. Plus qu’une figure archétypale, elle n’est plus une femme ni un mythe mais les devient toutes et tous.

La plupart des textes que vous écrivez en ce moment me semblent prendre appui sur des « rêveries de la profondeur » selon l’expression consacrée de certains aèdes, écrit Minoa à Chloris, profondeurs voie/voix où l’intériorité, explosée, illuminée, se fait naissance et connaissance : Et l’écriture qui surgit au détour de la page n’est-elle pas le résultat d’un drainage intime des profondeurs ? // L’écriture matricielle n’est-elle pas celle des profondeurs qui sont les nôtres et qui résiste en chacun de nous ? // Une voix de la polis (…) et celle intérieure, secrète des profondeur. La densité poétique de l’écriture opère comme un flux, vagues où la voix de la narratrice à perte de conscience fait jaillir des profondeurs (de soi, des mythes et du monde) l’absolu de la beauté.

Dans la seconde partie, « Journuits de Mino(a) », composés à Linaghje et Ghjottani, sont des feuillets intimistes et oniriques. Le Cap Corse (et l’être de la narratrice) se mêlent à une mythologie ancestrale : Elle m’avait confié que la chèvre Amalthée lui faisait penser à moi // Nénuphar était ce que les grandes personnes nomment un poète // Les asphodèles ont monté leurs tiges et sur certaines, déjà, le poing fermé des bourgeons est visible. La Minotaure a plongé dans les profondeurs, elle en connaît les moindres méandres, elle a saisi la beauté, elle peut la dire, mais elle ne peut mentir ni se mentir, ainsi, toujours : sanglots et pleurs me secouent jusqu’à épuisement, la question de l’origine subsiste : Et elle Mino(a) qui est-elle ? D’où vient-elle ? L’impuissance à dire met en péril les traits du visage : nous sortons toujours titubants et ivres du labyrinthe parce que perdus en notre langage // Dans la masse indistincte des visages, je reconnais un visage. Le mien. Penché au-dessus de celui que sa parole a mis à mort et dans les Chants de Mino(a) ce cri : Babel ton babil imbécile s’écroule. Mais, Minoa est poète, elle a su extraire du labyrinthe la force transfiguratrice de la poésie. Les titres des poèmes composant les « Chants de Mino(a) » sont ouvertures mais aussi percées fulgurantes, les épreuves sont dépassées, les points en début des strophes évitent la clôture, le chant est intériorité et infini. À la beauté des images s’ajoute la musicalité travaillée à l’extrême, même le son le plus ténu est agissant. Le lecteur, qui a lâché prise avec bonheur depuis longtemps, s’est laissé guider par ce fil de lin extraordinaire où la mer comme si de rien n’était enchante, et où la terre du Cap Corse est ouverture et enceinte sacrée. Ces feuillets ont fait éclater la noirceur du Minotaure, le miracle d’être est advenu.

28 mai 2015

[Chronique] Michaël Batalla, Poésie possible, par Emmanuèle Jawad

Michaël Batalla, Poésie possible, éditions NOUS, coll. "Disparate", avril 2015, 208 pages, 20 €, ISBN : 978-2-370840-10-3.

 

Dans une expérimentation formelle et une approche visuelle, Poésie possible de Michaël Batalla rassemble des séquences écrites sur quinze années.

 

Plein centre, écrit en 2006 – et dont la première parution fut remarquée dans la revue Mir, revue d’anticipation en 2007 et 2009 – amorce l’ensemble. Se situant, selon l’auteur, « entre le poème, l’histoire et l’article », les trois sous-titres de la séquence mettent en évidence une démarche, un positionnement dans l’appréhension du réel (il est question de « dispositif », d’« approche », de « tentative d’observation »), d’une réalité sociale qui a trait aux interpellations dans la rue (demande de papiers d’identité) ainsi qu’aux centres de rétention administrative.

« et l’observateur toujours

celui qui regarde avant d’écrire qui ainsi prétend agir ».

Dans l’avancement du texte, un même questionnement sur une observation qui serait participante, dans l’enregistrement des réalités sociales.

Ainsi, « je me demande si des notes manuscrites

peuvent être considérées comme des prises de vue ».

La distanciation dans le positionnement, au regard d’une réalité ainsi rapportée, se retrouve dans le titre de la seconde section du livre « Le boulevard Magenta objectivé », portée également par une fonction de transmission, dans une autre section :

«.. énoncer dans ce qui a été vu ce qui demeure et doit être transmis

dire : voici ce que j’ai vu ».

Dans ce placement de l’auteur, l’objet d’observation et d’écriture se situe dans le champ social aussi bien que dans un cadre environnemental. Ainsi, le domaine forestier devient motif transversal dans les séquences de PLX et de La chute de la branche du chêne Saint-Jean.

 

Cette cohérence dans la démarche se retrouve dans la composition du livre. Les différentes sections qui le structurent reposent sur une logique formelle, chacune des séquences comportant une quantité de textes suffisante pour qu’une forme s’y installe. Les sous-titres des sections, dans l’ensemble du livre, sont autant de jalons structurants, en référence à un registre littéraire et formel (« phrases », « chant », « poèmes purs », « poème enregistré », « journal court », « cycle »…).

 

Les séquences de Poésie possible abondent d’éléments hétérogènes entrant en relation dans une introduction de schémas, signes, codes (pouvant être flèches de liaison, formules chimiques), agencement de fragments épars, annonces, notices, lettres. L’hétérogénéité, dans la mise en place d’une pluralité de sphères narratives notamment, apparaît dans 14 études pour un univers, provoquant, dans des amorces successives de narration, un effet décousu qui paradoxalement, dans la régularité et la récurrence de ses phrases syncopées, trouve logique et sens dans son expérimentation formelle. Variations chrono poursuit sur cet axe des tentatives formelles « un journal sans trace ou une trace qui est potentiellement toutes les années » dans des marquages temporels sinon exhaustifs, réguliers et suffisants pour y reconnaître la forme d’un journal, une tentative de journal. Des éléments de marquage (datation sommaire, jour/mois sans l’année mais horaires précis) structurent la séquence, le journal reposant sur une période de 11 jours (à la suite, avec saut de quelques jours), constituant alors la forme d’un « journal court ».

 

Une logique formelle se retrouve également dans la composition et l’agencement, au sein de chacune des sections du livre. Ainsi, sept mots en lettres capitales, comme autant de mots-clés, notions, qualités, choses, dans une hétérogénéité grammaticale et lexicale, sont associés, dans Etudes pour une épigramme, à un distique. Si la forme choisie (7 mots-clés suivis d’un distique) est récurrente, faisant système dans la section, les distiques restent sémantiquement déconnectés de leurs mots-clés de référence.

L’hétérogénéité peut relever également des matériaux mis en connexion (une insertion de cartes et de documents iconographiques, lettre également à caractère documentaire et historique dans La fragmentation du diamant, fiche technique d’un véhicule militaire dans une autre section).

 

Dans une recherche formelle remarquable, l’inventivité typographique retrouve la rigueur de composition. « S’il n’y avait le plaisir typographique

aucune distance ne pourrait être maintenue

l’avenir du poème serait impraticable

: je veux dire ce qu’il s’obstine à taire »

On peut noter en clin d’œil ou écho au livre F.aire L.a F.euille d’Anne Kawala, le « F.aire L.a Mouche » de Michaël Batalla (p. 65).

Au plus près du texte, les éléments graphiques et signes de ponctuation fonctionnent, dans leur mise en place, en adéquation étroite avec les éléments textuels qu’ils servent.

Le signe de ponctuation, et le point en particulier dans Cumulus, participe pleinement au texte et en devient l’élément central. Réitéré, double ou fonctionnant par trois jusqu’à un étirement de points, point-bulle lorsque, marqué en gras, il s’évide, bulles indexées en hauteur, comme à la puissance d’un mot, les formes que prennent le signe de ponctuation sont multiples.

Ainsi des points en oblique encastrant dans son assise l’adverbe de lieu «  », « deux corps » précédés d’un double point, une quantité de points en relation avec une quantité exprimée dans le texte, points du « i » de « irise » venant se joindre aux formes de points qui le précèdent, astérisque de petit format faisant point, point introductif plutôt que de clôture, etc.

 

Dans la recherche visuelle, le texte, dans ses strates, devient occasionnellement calligramme, circulaire, boucle, pouvant emprunter à l’alphabet grec certaines de ses lettres, fragments indicés à d’autres dans un répertoire élargi des polices typographiques, texte énumératif, formes exponentielles de mots dans un renouvellement incessant des approches graphiques.

 

Les créations lexicales jalonnent cette multiplication de formes, ainsi, faisant lien, à la jonction d’un paysage poème/ lieu poème, le « topoème » (pouvant faire écho à un précédent livre de Michaël Batalla, Poèmes paysages maintenant), les mots collés (« noiréteint », « commégarée », « je suisétais ») ou encore « feuilles (…) dérangées de frappes. Légèrement  tranpolinantes ». Dans l’expérimentation des formes d’écriture, une éclosion visuelle et sonore.

 

24 mai 2015

[News] News du dimanche

Après la UNE : "Christian PRIGENT dans tous ses éclats", nos riches Libr-événements : à Marseille, mercredi Montévidéo #20 avec la revue MUSCLE ; en Seine-Saint-Denis, dialogue entre Franck Smith et Georges Didi-Huberman ; et les RV avec le Général Instin à ne pas manquer.

 UNE : Christian PRIGENT dans tous ses éclats

â–º Retour sur "Le désir de littérature, en somme" (soirée Remue.net animée par Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel, autour de Christian Prigent et de Bruno Fern, vendredi 22 mai 2015, de 20H à 22H) : vidéos de Vanda Benes.

Extrait 1 ; extrait 2 ; extrait 3.

â–º Christian Prigent, La voix de l’écrit. Lectures et entretien sur la littérature, Lycée Ernest Renan Saint-Brieuc (amphi Mona Sohier-Ozouf), lundi 1er juin 2015, de 18H à 19H30. http://www.lycee-renan.fr/index.php…

â–º LA VILLE BRÛLE, BERLIN SERA PEUT-ÊTRE UN JOUR
Rencontre avec Christian Prigent (auteur), Patrick Suel (libraire) et Marianne Zuzula (éditrice) autour du livre Berlin sera peut-être un jour de Christian Prigent (éditions La ville brûle, 2015)
Le mercredi 17 juin 2015 à 19 h à l’Institut français de Berlin http://www.institutfrancais.de/…/berlin-sera-peut-etre-un-j…

â–º On consultera avec intérêt le Fonds Prigent à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine).

 

Libr-événements

â–º Mercredi 27 mai 2015, les mercredis de Montévidéo #20, de 19h30 à minuit pile

20h15 : Sortie de la revue MUSCLE # 5, avec Simon Allonneau, Arno Calleja & Laura Vazquez.

MUSCLE est une revue de poésie bimestrielle. C’est une feuille pliée qui accueille deux auteurs par numéro – et donc deux textes courts : des textes d’étrangeté, souvent occupés à penser, souvent préoccupés par l’invention de formes.

MUSCLE souhaiterait que chacun de ses textes soit lu dans sa densité et dans sa beauté propre mais qu’aussi la lecture de l’un puisse vriller la lecture de l’autre, ou encore, que la lecture des deux puisse créer un troisième texte, hybride, mental, possible. Ce serait comme une expérience. MUSCLE se voudrait une expérience de lecture miniaturisée et aimerait constituer patiemment, numéro après numéro, une petite bibliothèque très portative de textes expérimentaux, intensifs, inventifs.

La pièce d’Antoine Boute "Forêt/massage/peuple", sera diffusée dans le Hall de Montévidéo.

INFOS PRATIQUES : 3, impasse Montévidéo à Marseille, entrée Libre (+ adhésion) ; durée : 45min environ. Renseignements et réservations au 04.91.37.97.35.

 

â–º Mardi 2 juin à 19H, "La Mémoire brûle", Archives nationales (59, rue Guynemer à Pierrefitte-sur-Seine – 93) : en résidence, Franck Smith invite Didier Didi-Huberman. On se souvient des vers de Baudelaire : « Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu »… Dans cette conférence (avec projections d’images), Georges Didi-Huberman proposera quelques éléments d’une réflexion en cours sur la question des soulèvements : pourquoi, mais aussi depuis quoi, se soulève-t-on contre un certain état du temps présent ? À la question du « pourquoi » répond celle du désir, bien sûr. Alors on « brûle » de désir, on « brûle » de former l’image de son désir (ce qu’Ernst Bloch appelait le Principe Espérance) en vue de le réaliser dans la pratique. À la question du « depuis quoi » répond celle de la mémoire. Mais comment penser le fait que l’on puisse « brûler » (désirer) de mémoire ?

Cette conférence sera suivie d’une discussion publique entre Georges Didi-Huberman et Frank Smith.

 

â–º Du 4 au 7 juin 2015, rue Dénoyez (75020 Paris), ne manquez pas les RV avec le Général Instin. LE PROGRAMME (pour plus de détails, voir Remue.net)
Pour plus de détails sur les participants, visualiser le dossier de presse.

Chaque soir,
de 18h à 20h : sonorisation de la rue, atelier, tracts, installations
de 20h à 21h30 : conversations, performances, lectures

En continu : expos, street-art

Jeudi 4 juin  : Paul Ardenne (critique d’art et muséologue) & Stany Cambot (plasticien et architecte) ; Anne Kawala (écrivain performeuse) ; Marc Perrin (écrivain performeur) ; Poésie is not dead (François NotDead, Michel Bertier, Gaetan Saint-Remy, Nâzim Boudjenah, poésie-vidéo-son) ; Sadhus (Tim, Fred, Pedrô !, musique)
Vendredi 5 juin  : Véronique Mesnager (commissaire d’expositions) & street-artistes ; Maja Jantar & Vincent Tholomé (artistes-auteurs performeurs) ; Christophe Caillé+Séverine Batier+Dominique Cassagne+Sylvain Granon+Alice Letumier (écrivain et comédiens) ; Maël Guesdon & Marie de Quatrebarbes (écrivains) ; Poésie is not dead (François NotDead, Michel Bertier, Gaetan Saint-Remy, Nâzim Boudjenah, poésie-vidéo-son) ; Sadhus (Tim, Fred, Pedrô !, musique)
Samedi 6 juin  : Eric Hazan (écrivain et éditeur) & Maxime Braquet (historien, spécialiste de Belleville) ; Philippe Aigrain (écrivain) ; Curtis Putralk (artiste et poète) ; a rawlings & Maja Jantar (artistes pluridisciplinaires) ; François NotDead (performeur)
Dimanche 7 juin  : Patrick Boucheron (historien) & Camille de Toledo (écrivain) ; Curtis Putralk (artiste et poète) ; Emmanuèle Jawad (écrivain)  ; Cécile Portier (écrivain) ; Sadhus (Tim, Fred, Pedrô !, musique) 

21 mai 2015

[Livre – chronique] Mathieu Brosseau, Data Transport

Tandis qu’a lieu ce soir à 19H, à L’Arbre à Lettres Mouffetard (75005 Paris), la première rencontre avec l’auteur autour de son dernier livre, découvrons ce récit spirituel.

Mathieu Brosseau, Data transport, éditions de l’Ogre, mai 2015, 152 pages, 16 €, ISBN : 979-10-93606-10-1.

Présentation

Présentation éditoriale. Quand M. est un beau jour repêché par un cargo en pleine mer, ni lui ni personne ne sait qui il est, ni ce qui l’a mené ici. Muet et amnésique, il trouve une emploi dans un service de courriers non adressés à la poste et semble progressivement recouvrer la mémoire ainsi que le langage par l’intermédiaire des lettres qu’il lit et classe toute la journée. Cette découverte de lui-même, de son histoire, celle d’un être confronté à la difficulté d’incarner à la fois son corps et son verbe, et condamné dès sa naissance à une mystérieuse seconde de retard, va le mener jusqu’à la source de ses crimes – réels ou illusoires – et de sa propre disparition.

Dans un univers éthéré et poétique, et avec une précision poétique chirurgicale, Mathieu Brosseau interroge dans Data Transport ce que la langue fait au corps. Comment reprendre corps, mémoire et langue ? Comment distinguer ce qui, dans cette reconquête de la langue et de la mémoire, appartient à l’identité ou aux lettres que lit M., sorte de Bartleby qui serait passé de l’autre côté du miroir.

Le titre, par l’auteur. « C’est la première fois que j’ai eu autant de mal à trouver un titre. Il y en a eu 3 ou 4 provisoires. Puis "Data transport" s’est imposé comme une évidence lors d’une réunion, puisque ce récit porte, à l’instar des lettres, sur ce qui n’arrive pas à destination, les NPAI bien sûr mais aussi la parole du bègue, le mouvement sans fin de la réalité, pi, etc. Je crois que nous n’arrivons (ni nous, ni les paroles, ni les "Data", donc) jamais à destination, et c’est pourquoi nous imaginons/créons des fins, des objets. Nous comblons le vide insupportable qui se dégage de l’impossibilité d’une fin. Même notre mort, qui pourrait être l’arrivée, le point B de notre existence, nous échappe. Donc Data Transport, le chemin de l’information, le chemin du contenu, de l’artifice de la pensée qui cherche à combler un insupportable sans-fin, sans-arrivée. » 

Chronique

"L’issue serait-elle de jouir de sa disparition ?" (p. 121).

"Pas trop être (dans tous les sens) : ça rend zinzin. […] Je pense à vous qui êtes si détestablement nombreux" (44).

M comme mer, méduse, méditation… M comme Mathieu ? Non, pas vraiment, ou alors son double – dont la voix n’est pas sans rappeler celle des proses poétiques, et en particulier La Confusion de Faust, UNS et Ici dans ça. Nulle autofiction ici : "Toutes les histoires privées sont dégueulasses à raconter" (107).

Le titre confère au texte son aspect cyclique, puisqu’il commence et se termine de la même façon : "Un cargo commercial UVM 5, fin et  long, étrangement baptisé Data Transport, le ramasse alors qu’il danse dans l’eau, jeune grenouille débutante qu’il est, se débattant dans une mer peu hospitalière" (9 et 136). À un détail près : si l’on tient compte de la postface, qui offre un clin d’œil à Dostoïevski par le biais d’un certain Sandor Mychkine, le texte s’achève sur "M. est donc possible" (140).

Il faut dire que l’on peut en douter : comme le M. Teste de Valery, n’est-il "autre que le démon même de la possibilité" ? Consterné par l’incomplétude de la parole, il vit dans l’espace du dedans (M. comme Michaux) ; son mutisme mystique est consubstantiel à sa quête ontologique : il n’a de cesse de faire coïncider les mots et les choses. Celui qui ne croit pas à l’identité est "avaleur de couleuvres (il aimait tant avaler l’identité des autres)" (38) : "Le contemporain est toujours pluriel. / On pourrait parler du contemporeux" (61). Ce qui ne l’empêche pas de cultiver sa singularité : comment pourrait-il être moderne – la modernité étant "la Propagande des communautés" (95) ? Et si le "réel" tout entier est Propagande, autant disparaître… Hors du "réel", donc, M.

"M. est quantique" (139). (M comme métaphysique). Qu’est-ce qu’un sujet, en un temps où la conscience est aussi discontinue que la matière ? Quelque chose d’aussi insituable qu’une particule élémentaire. (Décidément, de Houellebecq à Brosseau, en passant par Ferrari, la physique quantique ne laisse pas d’inspirer les écrivains contemporains).

Né avec une seconde de retard et doté d’une seule syllabe, M. n’est pas de ce monde : "peut-être était-ce cette initiale qui lui faisait croire qu’il obtiendrait un jour une finale. Mais ce jour-là, par effet d’évaporation infiniment angoissante, il était question qu’il s’arrêtât en chemin. Cela ne lui était pas tolérable.  / Il disparaissait" (105). NPAI (n’Habite Plus à l’Adresse Indiquée). Radical, il se tourne vers l’absolu – vers le monde des objets mathématiques. Et il raconte des histoires. Ni réalistes, ni autobiographiques : pour le je scripteur, tout réalisme, fût-il de nature autobiographique, est dégueulasse.

[Livre] Dennis Hopper, Drugstore camera, par Jean-Paul Gavard-Perret

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Dennis Hopper, Drugstore camera, Damiani editor, USA, avril 2015, 29 $.

 

Ce que les mots dans leur abstraction disperseraient des images de « Drustore Cinéma » le rameutent. Elles  prouvent que la nostalgie fait toujours son effet : d’une certaine manière elle nous nourrit de son lait même si avec le temps il devient aigre. Pour l’acteur, metteur en scène et photographe, de tels clichés ne créent pas une chapelle funéraire où trôneraient des dépouilles. Certes, le livre embaume les souvenirs mais surtout soutient un nouveau regard, une chevauchée, une incursion dans l’épopée et les arcanes hippies où trônent Carole Laure et un aréopage de filles nues. Sortant pour quelques heures du tournage d’Easy Rider, celui qui en fut le producteur croqua, à l’aide d’appareils basiques et en des tirages de laboratoire de drugstore, ces images restées inédites – tout sauf anecdotiques.

 

L’artiste s’y révéla le photographe qui, rejetant les poses cosmétiques, fit jaillir une vie. Elle reste à plus d’un titre intéressante à regarder. Car les clichés échappent à « l’effet dépouille » pour permettre de comprendre une époque et lui tendent leur miroir silencieux  là où surgissent des accouplements inédits et des paysages sidérants. Le noir et blanc évite une circulation spéculative-spectaculaire au profit d’une découverte. Les allongées de minuit ne sont plus celles de la tradition chrétienne et au besoin se relèvent pour exhiber la beauté de leurs seins que des démons sont prêt à happer.  

 

En des paysages oniriques et lumineux  du Nouveau Mexique, un chant visuel de Maldoror a lieu.  Grouillant et labyrinthique, tout un monde s’anime. Du magma tellurique gicle un bouillonnement de formes. Hopper y ajoute sa science du cadrage et   une insolence hérétique. Ses « vierges » nous percutent de leur émoi pas très catholique face à leur sorcier, ermite marginal de leur royaume. En apostat sur de ses coups ou en maître vaudou, il a donné à ses prises de quoi provoquer un débarquement charnel dans les canyons de Taos.

 

17 mai 2015

[News] News du dimanche

Après la UNE consacrée à Mathieu Brosseau pour la parution de Data Transport, nos Libr-événements : RV avec Serge Martin-Ritman, Sandra Moussempès, des auteurs de la série Z et du n° 77 de MCD, mais aussi des poètes volants… Et pour couronner le tout, DATABAZ vous offre des images invisibles !

 

 UNE : Mathieu BROSSEAU, Data transport

  • Jeudi 21 mai à 19 heures à L’Arbre à Lettres Mouffetard – métro Censier-Daubenton – Avec les éditeurs et Isabelle Schulmann, libraire. Rencontre précédée par une lecture d’extraits par Jean-Marc Bourg, comédien

  • Mercredi 3 juin à 19 heures au Monte-en-l’air – métro Ménilmontant – Avec les éditeurs et Aurelie Garreau, libraire

  • Lundi 22 juin à 19 heures à la Maison de la Poesie de Paris – métro Rambuteau – Lecture-écriture en duo avec Jean-Marc Bourg – Réservation recommandée
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Présentation de l’éditeur. Quand M. est un beau jour repêché par un cargo en pleine mer, ni lui ni personne ne sait qui il est, ni ce qui l’a mené ici. Muet et amnésique, il trouve une emploi dans un service de courriers non adressés à la poste et semble progressivement recouvrer la mémoire ainsi que le langage par l’intermédiaire des lettres qu’il lit et classe toute la journée. Cette découverte de lui-même, de son histoire, celle d’un être confronté à la difficulté d’incarner à la fois son corps et son verbe, et condamné dès sa naissance à une mystérieuse seconde de retard, va le mener jusqu’à la source de ses crimes – réels ou illusoires – et de sa propre disparition.

Dans un univers éthéré et poétique, et avec une précision poétique chirurgicale, Mathieu Brosseau interroge dans Data Transport ce que la langue fait au corps. Comment reprendre corps, mémoire et langue ? Comment distinguer ce qui, dans cette reconquête de la langue et de la mémoire, appartient à l’identité ou aux lettres que lit M., sorte de Bartleby qui serait passé de l’autre côté du miroir.

Le titre, par l’auteur. « C’est la première fois que j’ai eu autant de mal à trouver un titre. Il y en a eu 3 ou 4 provisoires. Puis DT s’est imposé comme une évidence lors d’une réunion puisque ce récit porte, à l’instar des lettres, sur ce qui n’arrive pas à destination, les npai bien sûr mais aussi la parole du bègue, le mouvement sans fin de la réalité, pi, etc. Je crois que nous n’arrivons (ni nous, ni les paroles, ni les "Data", donc) jamais à destination, et c’est pourquoi nous imaginons/créons des fins, des objets. Nous comblons le vide insupportable qui se dégage de l’impossibilité d’une fin. Même notre mort, qui pourrait être l’arrivée, le point B de notre existence, nous échappe. Donc Data Transport, le chemin de l’information, le chemin du contenu, de l’artifice de la pensée qui cherche à combler un insupportable sans-fin, sans-arrivée. »

 

Mathieu Brosseau, Data transport, éditions de l’Ogre, mai 2015, 152 pages, 16 €, ISBN : 979-10-93606-10-1.

 

Libr-événements

â–º RV avec Serge Martin-Ritman :

Jeudi 21 mai 2015, au Musée du quai Branly à 17h30 (salle 2) dans le cadre du séminaire « Histoires de gestes », présentation du numéro 7 de la revue Résonance générale (http://www.latelierdugrandtetras.fr/resonance.php?type=1&PHPSESSID=24a52b1b8826203a3069b0c60f30c543) : rencontre avec Alexis Pelletier et Guy Perrocheau.
 
Dimanche 31 mai 2015 à 16 heures à Montreuil (La Guillotine, 24, rue Robespierre), lecture aux côtés d’Antoine Emaz et de Camille Loivier : http://poesie.evous.fr/31-mai-dimanche-Matinee-d-editeur-1-Tarabuste-Triages-La-Guillotine-Montreuil.html
 
Samedi 13 juin à 16 heures au stand des éditions Tarabuste (marché de la poésie, place Saint Sulpice, Paris 6e) : signature de Tu pars, je vacille (http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110) avec le verre de l’amitié.
 
A l’occasion de la publication de Tu pars, je vacille (éditions Tarabuste : http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110) un long entretien avec Yann Miralles : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/05/entretien_serge_martin1.html
 

â–º Sandra Moussempès évoque Sunny girls sur France Culture (podcast).

â–º Le mercredi 20 mai, la librairie Texture reçoit z : autour des deux dernières séries (3 & 4). En compagnie des auteurs Patrick Beurard-Valdoye, Pierre Drogi, Anne Kawala, Fabienne Raphoz et Lucie Taïeb. À 19h30, à la librairie Texture, 94 Avenue Jean Jaurès, 75019, Paris.

â–º Mercredi 20 mai 2015 à 19H, Seconde Nature à Aix-en-Provence. Le magazine MCD#77 La politique de l’art s’interroge sur les nouvelles formes d’engagement et d’activisme numériques sous les angles pratiques et théoriques, par le biais d’articles de fond et par des portraits d’artistes et collectifs emblématiques.

Dans le cadre d’un partenariat avec MCD, le magazine des cultures digitales, et en écho à l’exposition Archéologie des medias (20 mai au 28 juin à Seconde Nature), Alphabetville et Seconde Nature vous invitent à une présentation et une discussion autour des enjeux politiques de l’art actuel avec les contributeurs régionaux à ce numéro :
– Christophe Bruno et Emmanuel Guez, artistes et enseignants à l’Ecole supérieure d’art d’Avignon (Théories des medias, créations numériques et actions politiques)
– Colette Tron, critique, directrice d’Alphabetville à Marseille (Armes et arts de la révolution, de l’électronique au numérique)
– Jean-Paul Fourmentraux (sous réserve), sociologue et enseignant en art à l’Université Aix-Marseille (Faire œuvre en art et politique)
Présentation du numéro par Guillaume Renoud-Grappin, directeur associé de MCD.

Rencontre suivie de la projection d’œuvres des artistes Julius von Bismark et mounir fatmi. Informations : http://www.secondenature.org/MCD-77-La-Politique-de-l-Art.html

â–º Poètes volants : David Christoffel, Sabine Macher, Daniel Pozner et Pierre Soletti. Samedi 23 mai 2015 (à partir de 15 h 30).
Le Râteau-Lavoir / 4, rue Charles-Bassée / 94120 Fontenay-sous-Bois
RER A : Fontenay-sous-Bois
Pour plus de détails :
http://poesie.evous.fr/23-mai-samedi-Poetes-volants-Le-Rateau-Lavoir-Fontenay-sous-Bois.html
 

â–º Samedi 23 mai 2015 à 20H30, DATABAZ (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême) : IMAGES INVISIBLES, projection d’images mentales sur supports sonore et littéraire.

Un projet de Rhizome (Québec), d’après une idée originale de Mathieu Campagna.

_ samedi 23 mai 2015 _ 20h30

Lecture et art audio dans l’obscurité par 4 duos d’auteurs et créateurs sonores

Daniel Canty (son : Miriane Rouillard)

Renée Gagnon (son : Antoine Caron)

David Leblanc (son: Marc Doucet)

Simon Dumas (son : Mathieu Campagna).

Images invisibles est le résultat d’une collaboration entre un auteur et un artiste audio, dans le but de créer des court-métrages dépourvus d’image. Fusion, donc, entre narration et environnement sonore surround, ce spectacle singulier se déroule dans le noir complet.

Images invisibles cherche à susciter l’émergence d’images mentales chez l’auditeur, un peu comme le fait la lecture romanesque, mais en amplifiant le pouvoir des mots par un support audio enrobant et suggestif (voix narratrices, bruits d’ambiance, musiques, sons inventés). Les périodes d’obscurité sont ponctuées d’effets de lumière qui révèlent les auteurs lisant leur texte devant ou parmi les spectateurs, dans une dynamique d’apparition/disparition à la limite du spectral. Images invisibles s’affranchit du joug de l’image visuelle, en explorant les rapports complexes unissant la parole et le son, et permet la création de nouveaux alliages littéraires. [cf. visuel en arrière-plan]

15 mai 2015

[News] Le désir de littérature, en somme

Vendredi 22 mai à 20H, Maison de la Poésie, "Le désir de littérature, en somme" (157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Christian Prigent avec Bruno Fern, Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel. Dix mois après le colloque international de Cerisy, "Christian Prigent : trou(v)er sa langue" – et trois livres publiés de l’auteur (dont un avec B. Fern et T. Garnier) -, à l’invitation de nos amis de Remue.net, cette rencontre autour de l’écrivain – dont les lectures ponctueront le débat – vise à débattre/échanger sur quelques questions essentielles, à esquisser quelques mises au point et perspectives.

Dans sa contribution à l’ouvrage collectif L’Illisibilité en questions (Bénédicte Gorrillot et Alain Lescart dir., éditions du Septentrion, 2014), "Du sens de l’absence de sens", Christian Prigent opère ainsi la distinction entre le discours philosophique et le discours littéraire :

« L’expérience du sens, on ne la fait pas directement face à la vie qu’on mène mais face aux discours qui nous disent quelque chose de cette vie. Je perçois du sens quand je lis un ouvrage de philosophie, un essai savant, une analyse politique. Et quand je perçois ce sens je perçois généralement aussi ce que son bâti rationnel et la positivité des énoncés qui le construisent ont de décevant. Au moment même où je saisis son sens, je perçois l’inadéquation de ce sens à la façon dont le monde, moi, singulièrement, m’affecte. Autrement dit : la lisibilité du propos me le fait, dans une large mesure, éprouver comme du parler "faux". Et cette épreuve est même sans doute ce qui fait lever en moi le désir d’un autre mode d’approche de la vérité, d’une autre posture d’énonciation, d’un autre traitement des moyens d’expression : le désir de littérature, en somme. »

Une vingtaine d’années après Ceux qui merdRent et Une erreur de la nature, qui dressaient déjà un constat alarmant sur l’état d’un espace social et d’un champ littéraire régis par les sommations de clarté/transparence/lisibilité (comment s’étonner alors de la démission de certains qui écrivaient ?), qu’en est-il de ce désir de littérature ?

Pour Christian Prigent, la réalité n’est pas bandante, toujours recouverte d’oripeaux économiques, médiatiques, politiques ou artistiques, toujours occultée par des paravents idéologiques et culturels : écrire ne peut avoir trait à Éros qu’en déchirant les voiles, en biaisant les discours écrans. Le poète, qu’il écrive en vers ou en prose, est un emmerdReur qui en a marre de positiver avec les pensées-Carrefour et qui rompt donc les amarres avec le monde tel qu’il paraît, brise les -ismes, s’éloigne des isthmes qui le rattachent au plancher du terre à terre. Non pour embarquer vers l’Éther, mais pour viser l’inatteignable point zéro du réel : trouer les chromos, faire déraper les signifiants et les signifiés, et ainsi nous faire jouer/jouir de la langue et ses monstres

Quels sont les monstres de la langue ? Qu’est-ce qui la rend monstrueuse ? Eros, Thanatos… l’impossible, l’innommable, la Chose, le Ça, la folie, le Rien, l’im-monde, le corps, l’âme, le Carnaval, la patmo…
Est monstrueuse toute langue qui excède la Langue, la débonde sans abonder dans son sens ; toute langue dans laquelle le "réel" vient trouer la "réalité", la dé-naturer.

 

Le poète Bruno Fern, qui a été marqué par son professeur Jude Stéfan, participera au débat et lira quelques-uns de ses textes. L’auteur de Reverbs (Nous, 2014) et du Petit Test (Sitaudis, 2015) – dans lesquels il retraite des matériaux discursifs en se fixant des contraintes, qu’il nomme "machines à fabriquer des grains de sable" – se retrouve dans la conception prigentienne de l’illisibilité : dès lors qu’on s’efforce d’écrire – au sens fort du terme -, s’impose "la fatalité de l’obscurité".

12 mai 2015

[Livre – news] Rencontre avec Patrick Varetz pour Petite vie

Après Jusqu’au bonheur et Bas monde, paraît demain en librairie Petite vie, toujours chez P.O.L. À cette occasion aura lieu une première rencontre avec l’auteur : RV à 19H au Bateau Livre, 154 rue Gambetta à Lille.

 

Demain, , Librairie Le Bateau Livre : rencontre avec Patrick Varetz pour son dernier livre, Petite vie, qui constitue la suite de Bas monde.

Patrick Varetz est né en 1958 à Marles-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, où il a passé sa première nuit dans un carton à chaussures (pointure quarante-et-un). Il vit et travaille à Lille, dans le Nord, à quelque cinquante kilomètres de là.

La rencontre sera animée par Fabrice Thumerel (Université Artois / Libr-critique).

 

Présentation éditoriale.

Petite vie fait suite à Bas monde avec le même « salaud de père », la même « folle de mère », la même grand-mère dominatrice et infirmière, le même horrible docteur Caudron. Mais cette fois l’enfant a quitté la boîte à chaussures qui lui servait de berceau. Quand son salaud de père ne cogne pas sa folle de mère c’est sur lui que s’abat sa violence, quand il ne craint pas sa mort c’est celle de sa mère qu’il redoute, tandis que les soins de Caudron et l’autorité de sa grand-mère finissent de transformer le monde en enfer.

Premières impressions.

De l’univers concentrationnaire à la cellule familiale – la bien nommée -, de la dystopie au récit d’éducation, tel est l’itinéraire qu’emprunte Patrick Varetz de son premier (Jusqu’au bonheur) à ses deuxième et troisième romans, qui nous emmènent jusqu’à l’envers du bonheur. C’est-à-dire l’enfer :"Le bonheur, la vie, l’amour : comment, dans cette maison, s’accommoder sans rire d’un pareil vocabulaire ?" (Petite vie, p. 81). L’enfer d’une petite vie au sein d’un trio familial infernal où règnent la violence et la culpabilité, d’une tragédie qui a pour nom reproduction sociale. Et si Petite vie s’achève sur "Bonheur", c’est pour ruiner la soi-disante innocence de l’enfance.

Patrick Varetz, Petite vie, P.O.L, 13 mai 2015, 192 pages, 15 €, ISBN : 978-2-8180-3693-8.

6 mai 2015

[Texte] Marc Perrin, Spinoza in China / 15 novembre 2011 / 7 janvier 2015 (2/2)

Suite du feuilleton proposé par Marc Perrin, "Spinoza in China" : avec Hors-sol, La Vie manifeste et Remue.net.

â–º Spinoza in China, 9 novembre 2011
â–º Spinoza in China, 10 novembre 2011
â–º Spinoza in China, 11 novembre 2011- 26 décembre 2014 (1/2)
â–º Spinoza in China, 11 novembre 2011-26 décembre 2014 (2/2)
â–º Spinoza in China, 12 novembre 2011-9 février 2015
â–º Spinoza in China, 15 novembre 2011-7 janvier 2015 (1/2)

 

 

      • 15 novembre 2011 • 14h07. Ernesto rejoint le métro car sa race qui flippe a besoin de trouver le chemin du retour et toujours le trouve. Une race qui flippe est une race qui ne perd jamais le chemin de retour. Une race qui flippe est une race qui flippe de perdre le chemin du retour mais ne le perd jamais. Ce qui flippe dans la race qui flippe trouve ou retrouve toujours le chemin du retour. Ce qui flippe dans la race qui flippe ne se perd jamais complètement. C’est comme ça. Pour Ernesto ce jour-là c’est comme ça. Et c’est comme ça qu’on voit Ernesto rejoindre North Jiangyang road station. C’est comme ça qu’on voit Ernesto reprendre le métro cette fois en direction du sud et en sortir trois stations plus loin à Songsbi road station. Car. Nonobstant sa race qui flippe Ernesto ne cesse de vouloir respirer le grand air du large et il a vu tout à l’heure au niveau de Songsbi road station un bras de mer ou un bras de fleuve avec des bateaux. Il veut grimper dans un bateau. Il veut prendre un bateau pour rejoindre cette île au large de Shanghai dont lui a parlé Vince Parker l’autre soir. Il. Veut aller sur cette île. Il. Veut respirer l’air du grand large. Il. Descend à Songsbi road station et marche en direction de l’est. Il. Marche. Marche. Marche. Marche. Marche et trouve un embarcadère. Marche et trouve un guichet. Demande à un homme, derrière le guichet : comment → est-ce que je peux aller sur l’île. Demande à l’homme, derrière le guichet : comment → est-ce que je peux revenir ici. To come back. L’homme, derrière le guichet, note quelques indications dans le carnet que lui tend Ernesto. Ernesto. Dit merci. Avec son gentil sourire. Ernesto. Achète un billet. Ernesto. Patiente dans une file d’attente. Ernesto. Grimpe dans un bateau. Le bateau traverse le fleuve. Ou est-ce un bras de mer. C’est de l’eau séparant le continent de l’île. Le bateau. Accoste l’île. Ernesto. Arrive sur l’île. Ernesto. À peine le premier pied posé sur l’île. Pense au chemin du retour. Come back. To come back. Il est 15h47.

 

 

      • 15 novembre 2011 • Si l’état du monde est visible un peu sur mon visage alors je peux dire un peu je suis de ce monde → derniers visages → 6/10 → ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage de Frédéric Oudéa et aussi le visage de Philippe Varin et aussi le visage Xavier Bertrand → président directeur général de la Société Générale et président directeur général de PSA Peugeot Citroën et aussi ministre du travail du gouvernement de la république française → alors → qu’est annoncé → que le groupe bancaire Société Générale va supprimer des centaines d’emplois en France → des centaines d’emplois supprimés c’est-à-dire au moins 500 concernant les 5 000 salariés employés par la banque de financement et d’investissement du groupe bancaire Société Générale en France → ces suppressions → d’emplois → seront accompagnées de mesures d’austérité salariale → ces suppressions → d’emplois → répondent à la nécessité d’adapter les activités du groupe bancaire Société Générale à la crise de la dette qui frappe la zone euro → ces suppressions → d’emplois → répondent à la nécessité de renforcer la solidité financière du groupe bancaire Société Générale → les banques → de financement → et d’investissement → étant des banques ne recevant pas les dépôts des particuliers mais recherchant des liquidités auprès d’autres banques → les banques → de financement → et d’investissement → étant des banques ne recevant pas les dépôts des particuliers mais recherchant des liquidités auprès des marchés monétaires → les banques → de financement → et d’investissement → étant des banques ne recevant pas les dépôts des particuliers mais recherchant des liquidités auprès de la Banque centrale → alors → que → le comité central d’entreprise du groupe PSA Peugeot Citroën doit aujourd’hui aborder l’impact en France du plan annoncé fin octobre qui prévoit en 2012 la suppression au niveau européen de 1 000 postes de production et de 5 000 emplois dans diverses activités dont la recherche et le développement → alors → que → sur ces 5 000 emplois hors production la moitié sera supprimée chez des prestataires externes → alors → que → le plan prévoit aussi la suppression de 800 postes d’intérimaires en France d’ici la fin de l’année → alors → que → ces mesures s’inscrivent dans un plan d’économie pour 2012 de 800 millions d’euros dont 400 sur les frais fixes face à un marché européen dégradé où le constructeur réalise 60% de ses ventes → alors → qu’est annoncé → par le président de la république française que les bénéficiaires du Revenu de solidarité active devront maintenant travailler à raison de sept heures hebdomadaires en contrepartie de l’aide qui leur est versée → pas pour punir → mais pour respecter → → pas pour punir → mais pour ramener la dignité → on ne peut pas → être digne quand on ne fait que tendre la main.

 

 

      Ernesto pense : il me faut rentrer au plus vite. Avant la nuit. Il me faut trouver avant la nuit ce bus qui si je comprends bien les quelques notes écrites par l’homme assis derrière le guichet à l’embarcadère me permettra de rejoindre le continent.

 

 

      • on pourrait imaginer un silence,

 

 

      Toute l’énergie d’Ernesto se consacre alors à trouver ce bus pour le chemin du retour.

 

 

      • d’abord un silence, humble,

 

 

      Ernesto fonce alors droit vers la première boutique qu’il voit. Il entre, dans la boutique. Il montre à la femme assise derrière le comptoir les notes écrites par l’homme assis derrière le guichet à l’embarcadère.

 

 

      • un silence honnête, comme une réplique, juste,

 

 

      Ernesto. Regarde les mouvements des bras et des mains de la femme tandis qu’elle explique imagine Ernesto comment faire pour rejoindre le bus. Ernesto regarde aussi son visage. Il entend les sons de la langue chinoise. Il entend sa race qui flippe. Vite, rejoindre au plus vite ce bus. Avant que la nuit tombe. Ernesto. Croit comprendre que la gare routière est à l’autre bout de l’île. Il est 16h05.

 

 

      • comme une intelligence, éthique,

 

 

      La femme sort de la boutique et hèle à l’extérieur une autre femme sur un triporteur. Elle fait signe, à Ernesto, de rejoindre la femme et le triporteur. Ernesto. Rejoint la femme et le triporteur. Ernesto. Grimpe à l’arrière du triporteur. La femme restée à la porte la boutique fait un dernier signe de la main en direction d’Ernesto quand le triporteur démarre. Elle fait 5 avec ses doigts. Ernesto pense qu’elle lui réclame de l’argent : 5 huans. Il est 16h09.

 

 

      • 15 novembre 2011 • Si l’état du monde est visible un peu sur mon visage alors je peux dire un peu je suis de ce monde → derniers visages → 7/10 → ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage de Ilse Aigner et aussi le visage de Tiphaine Goisbeault → ministre de l’agriculture du gouvernement allemand et directrice du pôle équipement de la société Mediamétrie spécialisée dans la mesure d’audience et dans les études marketing des médias audiovisuels et des médias interactifs en France → elle accepte → finalement → finalement elle accepte que le programme européen d’aide aux plus démunis soit maintenue temporairement en 2012 et en 2013 → elle empêche → ainsi → elle empêche que les cinq autres pays réfractaires dont l’Allemagne faisait jusqu’alors partie → disposent de la minorité de blocage → le conseil européen des ministres de l’agriculture → peut ainsi débloquer le programme européen d’aide aux plus démunis qui finance 50 % des produits alimentaires distribués aux 13 millions d’européens les plus pauvres → elle dit → un million de tablettes tactiles vendues en France, c’est un chiffre important, on était parti sur 800.000 exemplaires, cette année, les prévisions ont été revues à la hausse → il faut savoir que parmi les motifs d’achat, le premier élément est l’aspect facilité d’utilisation, avec l’aspect mobilité → une tablette tactile n’a pas besoin d’être branchée, c’est important → par ailleurs → sa batterie est plus fiable que celle d’un téléphone intelligent → la rapidité joue aussi parmi les motifs d’achat → on parle de sofa computer → sur son canapé, on a accès directement à tous les contenus que l’on souhaite → c’est important → pour le moment en terme d’acheteurs on reste encore sur un profil d’early adopter → un early adopter est un individu qui a pour habitude d’acheter quasiment systématiquement les nouveaux produits dans une catégorie de produit donnée, surtout des produits high tech, en particulier dans l’informatique → les early adopters → constituent souvent le premier marché d’un produit en phase de lancement → en particulier dans l’informatique → en terme d’acheteurs il y a aussi les CSP+ → les chefs d’entreprise, les cadres, les professions intellectuelles, etc., tout ça → mais → pas la ménagère qui souhaite s’équiper de manière plus large → en période de crise → il est vrai → que ça reste cher → avec leur argent → le conseil → européen → des ministres de l’agriculture → peut ainsi débloquer le Programme européen d’aide aux plus démunis qui finance 50 % des produits alimentaires distribués aux 13 millions d’Européens les plus pauvres → temporairement → en 2012 → en 2013.      

 

 

Ernesto. Traverse l’île à l’arrière d’un triporteur. Il se demande s’il est bien sur l’île dont lui a parlé Vince Parker l’autre soir. Ernesto. Cherche des indications dans le paysage. Il voit des fanions immenses, en bordure de rues super larges bordées, avec immeubles en construction. Ernesto. Traverse l’île à l’arrière d’un triporteur. Il voit sur un fanion un pont, immense, enjambant fleuve ou bras de mer. Ernesto pense voilà c’est bon, c’est le pont dont lui a parlé Vince Parker, l’autre soir. Ernesto pense voilà, c’est bon. C’est le bon pont. Pour le retour. C’est ce pont immense, long de cinq kilomètres et reliant l’île au continent dont lui a parlé Vince Parker l’autre soir. Il est 16h13.

 

 

      • un silence d’abord comme un présent fait aux mortes & aux morts, un silence comme un présent fait aux meurtrières & aux meurtriers, un silence comme un présent fait aux vivantes & aux vivants,

 

 

      Ernesto arrive à la gare routière. Ernesto donne de l’argent à la femme qui a conduit le triporteur. Ernesto se demande s’il lui donne assez d’argent. Ernesto voit un groupe de sept ou huit jeunes aux côtés d’un policier. Ernesto marche vers le policier. Ernesto montre son carnet au policier et la petite bande de jeunes se masse autour de lui. Il est 16h16.

 

 

      • un silence comme un présent fait à tous les vivants et les morts, on pourrait, se faire un peu le présent d’un silence,

 

 

      Ernesto, 10 ans et 29 secondes, en short Adidas, écorchure et mercurochrome séché sur son genou droit, cœur battant au milieu de la petite bande de jeunes massée autour de lui. Il est 16h17.

 

 

      • 15 novembre 2011 • Si l’état du monde est visible un peu sur mon visage alors je peux dire un peu je suis de ce monde → derniers visages → 8/10 → ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage de Frédéric Boisseau et le visage de Franck Brinsolaro et le visage de Jean Cabut et le visage de Elsa Cayat et le visage de Stéphane Charbonnier et le visage de Philippe Honoré et et le visage de Chérif Kouachi et le visage de Saïd Kouachi et le visage de Bernard Maris et le visage de Ahmed Merabet et le visage de Mustapha Ourrad et le visage de Michel Renaud et le visage de Bernard Verlhac et le visage de Georges Wolinski → tandis que certains pensent et d’autres non à la réunion de rédaction qui aura lui demain matin, mercredi, comme tous les mercredis matins dans les locaux de Charlie Hebdo.

 

 

      Le policier montre à Ernesto où se trouve la gare routière. Ernesto dresse la tête et voit la gare routière. Ernesto marche tout droit et laisse derrière lui les sept ou huit jeunes et le policier. Ernesto se rapproche de la gare routière et voit les bus et comprend que le signe de la main que lui a fait la femme devant la boutique, tout à l’heure, 5 avec les doigts, c’est le numéro du bus. Il est 16h21.

 

 

      • une réplique juste, une pudeur, serait-ce justesse à défaut d’une possible justice réelle,

 

 

      Ernesto achète un billet. Ernesto monte dans le bus. Le bus passe par un tunnel sur le fleuve ou le bras de mer et non sur le pont vue les fanions géants. Ernesto rêve du grand air. Ernesto rêve du grand large. Le bus emprunte un trajet qui ramène Ernesto exactement là où il a pris le bateau. Exactement ce qu’Ernesto avait demandé à l’homme derrière le guichet, au moment d’acheter le billet de bateau.

 

 

      To come back.

 

 

      • 15 novembre 2011 • Si l’état du monde est visible un peu sur mon visage alors je peux dire un peu je suis de ce monde → derniers visages → 9/10 → le visage de Patrick Gaubert → président du Haut Conseil à l’Intégration → à l’instant où est officiellement remis au ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration du gouvernement de la république française → le projet de charte des droits et des devoirs du citoyen français présentée à la signature des demandeurs de la nationalité française en application de l’article 21-24 du code civil → charte que les étrangers naturalisés devront signer à partir du 1er janvier 2012 → en préambule du projet on peut lire → vous souhaitez devenir français c’est une décision importante et réfléchie devenir français n’est pas une simple démarche administrative acquérir la nationalité française est une décision qui vous engage et au-delà de vous engage vos descendants c’est pour vous et pour vos descendants la volonté d’adopter ce pays qui vous a accueilli et qui va devenir le vôtre adopter son histoire ses principes et ses valeurs et ainsi en intégrant la communauté nationale accepter de contribuer à le défendre et devenir un acteur solidaire de son avenir en retour la France vous reconnaît comme un citoyen de la république en acquérant la nationalité française vous bénéficierez de tous les droits et serez tenu à toutes les obligations attachées à la qualité de citoyen français à dater du jour de cette acquisition en devenant français vous ne pourrez plus vous réclamer d’une autre nationalité sur le territoire français afin de s’assurer de votre bonne compréhension des droits et devoirs de tout citoyen français et en particulier de la loyauté que chacun doit à la république française il vous est demandé de prendre connaissance de la présente charte puis si vous y adhérez de la signer votre signature qui est la marque de votre engagement est une condition indispensable d’obtention de la nationalité française → puis → on peut lire la charte → d’abord → les principes & les valeurs & les symboles de la république française → le peuple français se reconnaît dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et dans les principes démocratiques hérités de son histoire il est attaché aux symboles républicains et les respecte l’emblème national est le drapeau tricolore bleu blanc rouge l’hymne national est la marseillaise la devise de la république est liberté égalité fraternité la fête nationale est le 14 juillet Marianne est la représentation symbolique de la république la langue de la république est le français la France est une république indivisible et laïque et démocratique et sociale → la république est indivisible → à savoir → dans la république le pouvoir souverain n’appartient qu’au peuple et à ses représentants aucune section ou partie du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice → la république est laïque → à savoir → la république assure la liberté de conscience elle respecte toutes les croyances chacun est libre de croire de ne pas croire de changer de religion la république garantit le libre exercice des cultes mais n’en reconnaît n’en salarie ni n’en subventionne aucun la loi consacre la séparation des religions et de l’État → la république est démocratique → à savoir → le principe de la république est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple → direct ou indirect le suffrage est toujours universel égal et secret → la loi étant l’expression de la volonté générale tout citoyen doit la respecter et nul n’est censé l’ignorer → la force publique est chargée d’en assurer l’application → nul ne peut être contraint à faire ce que la loi n’ordonne pas → rendue au nom du peuple français la justice est indépendante → la république est sociale → à savoir → la nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement → on peut lire aussi → la république garantit à tous la sécurité des biens et des personnes les droits et les devoirs du citoyen français être citoyen français exige de reconnaître que chaque être humain sans distinction de race de religion ni de croyance possède les droits inaliénables suivants → liberté → les hommes et les femmes naissent et demeurent libres et égaux en droit la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui le respect dû à la personne humaine interdit toute atteinte à sa dignité le corps humain est inviolable nul ne peut être inquiété pour ses opinions pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public tout citoyen peut parler écrire imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté chacun a droit au respect de sa vie privée personne ne peut être accusé arrêté ni détenu que dans les cas et formes déterminés par la loi chacun est présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été jugé coupable chacun a la liberté de former une association ou de participer à celle de son choix il peut adhérer librement aux partis ou groupements politiques qui contribuent à l’expression du suffrage universel comme défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale tout citoyen français âgé de 18 ans accomplis est électeur chaque citoyen ayant la qualité d’électeur peut faire acte de candidature et être élu voter est un droit c’est aussi un devoir civique le droit de propriété est garanti par la loi → égalité → tous les citoyens sont égaux devant la loi sans distinction de sexe d’origine de race ou de religion la loi est la même pour tous soit qu’elle protège soit qu’elle punisse l’homme et la femme ont dans tous les domaines les mêmes droits la république favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales chacun homme et femme peut librement exercer une profession percevoir ses gains et salaires et en disposer comme il l’entend les citoyens français étant égaux ils peuvent accéder à tout emploi public selon leurs capacités les parents exercent en commun l’autorité parentale ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir l’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes jusqu’à 16 ans l’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État → fraternité → tout citoyen concourt à la défense et à la cohésion de la nation une personne qui a acquis la qualité de français peut être déchue de la nationalité française si elle s’est soustraite à ses obligations de défense ou si elle s’est livrée à des actes contraires aux intérêts fondamentaux de la France sans préjudice des dispositions du code pénal chacun a le devoir de contribuer selon ses capacités financières aux dépenses de la nation par le versement d’impôts directs indirects ou de cotisations sociales la nation garantit à tous la protection de la santé la sécurité matérielle et le droit à congés toute personne qui en raison de son âge de son état physique ou mental, de la situation économique se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence → sachant que → dans le décret n° 2011-1265 du 11 octobre 2011 relatif au niveau de connaissance de la langue française requis des postulants à la nationalité française au titre des articles 21-2 et 21-24 du code civil et à ses modalités d’évaluation → on peut lire ceci → l’article 14 est remplacé par les articles 14 et 14-1 ci-après → article 14 → pour l’application de l’article 21-2 du code civil tout déclarant doit justifier d’une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d’intérêt son niveau est celui défini par le niveau B1 rubriques "écouter" "prendre part à une conversation" et "s’exprimer oralement en continu" du cadre européen commun de référence pour les langues tel qu’adopté par le comité des ministres du conseil de l’Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008 → un arrêté ministériel précise pour les déclarants qui ne produisent pas de diplôme justifiant d’un niveau égal ou supérieur au niveau requis → les attestations devant être produites permettant de justifier de la possession de ce niveau de langue et délivrées par des organismes reconnus par l’Etat comme aptes à assurer une formation "français langue d’intégration " → cet arrêté définit les conditions dans lesquelles des prestataires agréés par ces organismes peuvent délivrer de telles attestations → article 14-1 → pour souscrire la déclaration prévue à l’article 21-2 du code civil le déclarant doit fournir les pièces suivantes → 1° → une copie intégrale de son acte de naissance → 2° → une copie intégrale de son acte de mariage ou de sa transcription sur les registres consulaires français quand le mariage a été célébré à l’étranger → 3° → une attestation sur l’honneur des deux époux signée devant l’autorité qui reçoit la déclaration certifiant qu’à la date de cette déclaration la communauté de vie tant affective que matérielle n’a pas cessé entre eux depuis le mariage et accompagnée de tous documents corroborant cette affirmation dont notamment la copie intégrale de l’acte de naissance des enfants nés avant ou après le mariage et établissant la filiation à l’égard des deux conjoints → 4° → un certificat de nationalité française les actes de l’état civil ou tous autres documents émanant des autorités françaises de nature à établir que son conjoint avait la nationalité française au jour du mariage et l’a conservée → 5° → un extrait de casier judiciaire ou un document équivalent délivré par une autorité judiciaire ou administrative compétente du ou des pays où il a résidé au cours des dix dernières années ou lorsqu’il est dans l’impossibilité de produire ces documents du pays dont il a la nationalité → 6° → le cas échéant tout document justifiant de sa résidence régulière et ininterrompue en France pendant au moins trois ans à compter du mariage ou un certificat d’inscription du conjoint français au registre des français établis hors de France pendant la durée de leur communauté de vie à l’étranger → 7° → le cas échéant la copie intégrale des actes de naissance de ses enfants mineurs étrangers qui résident avec lui de manière habituelle ou alternativement dans le cas de séparation ou de divorce ainsi que les pièces de nature à établir cette résidence → 8° → le cas échéant en cas d’unions antérieures les copies intégrales des actes de mariage et tous documents justifiant leur dissolution → 9° → un diplôme ou une attestation justifiant d’un niveau égal ou supérieur au niveau de langue exigé en application de l’article 14 ou à défaut une des attestations délivrée depuis moins de deux ans figurant dans la liste fixée par l’arrêté mentionné au second alinéa du même article → sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation les personnes mentionnées au deuxième alinéa de l’article 15 → sachant que → dans le décret n° 2011-1265 du 11 octobre 2011 relatif au niveau de connaissance de la langue française requis des postulants à la nationalité française au titre des articles 21-2 et 21-24 du code civil et à ses modalités d’évaluation → on peut lire ceci → l’article 37 est remplacé par les articles 37 et 37-1 ci-après → article 37 → pour l’application de l’article 21-24 du code civil tout demandeur doit justifier d’une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d’intérêt son niveau est celui défini par le niveau B1 rubriques "écouter" "prendre part à une conversation" et "s’exprimer oralement en continu " du cadre européen commun de référence pour les langues tel qu’adopté par le comité des ministres du conseil de l’Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008 → un arrêté ministériel précise pour les demandeurs qui ne produisent pas de diplôme justifiant d’un niveau égal ou supérieur au niveau requis → les attestations devant être produites permettant de justifier de la possession de ce niveau de langue et délivrées par des organismes reconnus par l’État comme aptes à assurer une formation "français langue d’intégration" → cet arrêté définit les conditions dans lesquelles des prestataires agréés par ces organismes peuvent délivrer de telles attestations → article 37-1 → la demande est accompagnée des pièces suivantes → 1° → une copie intégrale de l’acte de naissance → 2° → la justification par tous moyens de la résidence habituelle en France du demandeur pendant les cinq années qui précèdent le dépôt de la demande sous réserve des réductions ou dispenses de stage prévues aux articles 21-18 à 21-20 du code civil et lorsque la demande est présentée au nom d’un mineur la justification de la résidence habituelle de ce dernier pendant les cinq années qui précèdent le dépôt de la demande avec le parent qui a acquis la nationalité française → 3° → tous documents justifiant qu’il a sa résidence en France à la date de la demande → 4° → s’il entend bénéficier de l’assimilation de résidence prévue à l’article 21-26 du code civil toutes justifications permettant de constater qu’il remplit les conditions posées à cet article → 5° → le cas échéant la copie intégrale des actes de naissance de ses enfants mineurs étrangers qui résident avec lui de manière habituelle ou alternativement dans le cas de séparation ou de divorce ainsi que les pièces de nature à établir cette résidence → 6° → le cas échéant la copie intégrale du ou des actes de mariage ainsi que les pièces de nature à justifier la dissolution des unions antérieures → 7° → un extrait de casier judiciaire ou un document équivalent délivré par une autorité judiciaire ou administrative compétente du ou des pays où il a résidé au cours des dix dernières années ou lorsqu’il est dans l’impossibilité de produire ces documents du pays dont il a la nationalité → 8° → le cas échéant tout document justifiant de la nationalité française du ou des enfants mineurs qui résident avec lui de manière habituelle ou alternativement dans le cas de séparation ou de divorce → 9° → un diplôme ou une attestation justifiant d’un niveau égal ou supérieur au niveau de langue exigé en application de l’article 37 ou à défaut une des attestations délivrée depuis moins de deux ans figurant dans la liste fixée par l’arrêté mentionné au second alinéa du même article → sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation les personnes mentionnées au troisième alinéa de l’article 41 → sachant que → tous les documents rédigés en langue étrangère doivent être accompagnés de leur traduction par un traducteur agréé ou habilité à intervenir auprès des autorités judiciaires ou administratives d’un autre État membre de l’union européenne ou d’un État partie à l’accord sur l’espace économique européen ou de la Suisse produite en original → dès la production des pièces prévues ci-dessus l’autorité auprès de laquelle la demande a été déposée délivre le récépissé prévu à l’article 21-25-1 du code civil constatant cette production → le demandeur doit signaler à l’autorité qui a reçu sa demande tout changement de résidence et toute modification intervenue dans sa situation familiale en transmettant auprès de cette autorité le document prévu à cet effet joint au formulaire de demande d’acquisition de la nationalité française il sera délivré récépissé du dépôt de ce document → on peut lire aussi → à l’article 41 → 1° → au deuxième alinéa les mots "et sous réserve des dispositions de l’article 21-24-1 du code civil sa connaissance de la langue française" sont supprimés → 2° → la dernière phrase du deuxième alinéa est supprimée → 3° → après le deuxième alinéa il est ajouté un alinéa ainsi rédigé → l’entretien individuel prévu au deuxième alinéa permet de constater que les personnes qui, en raison de leur âge d’un état de santé déficient chronique ou d’un handicap ne sont pas en mesure d’accomplir les démarches nécessaires à la production du diplôme ou de l’attestation mentionné au 9° de l’article 37-1 maîtrisent un niveau de langue correspondant au niveau exigé en vertu de l’article 37 → sachant que → selon l’article 41 → le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par le préfet ou l’autorité consulaire après un entretien individuel cet agent établit un compte rendu constatant le degré d’assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française et sous réserve des dispositions de l’article 21-24-1 du code civil sa connaissance de la langue française un arrêté du ministre chargé des naturalisations définit les modalités de déroulement de l’entretien les conditions d’établissement du compte rendu auquel il donne lieu ainsi que les critères d’appréciation qui fondent des conclusions motivées.

 

 

      Bientôt minuit. En terrasse d’un bar dans le quartier de l’ancienne concession française, à Shanghai, Ernesto écoute Vince Parker lui parler de sa thèse, de son roman, de ses poèmes, de ses élèves, de sa femme, de ses parents, de ses amis, de son travail de traduction de Omeros, de Derek Walcott, du fait qu’il ne va pas écrire des livres comme ça comme à la chaîne durant toute sa vie. Ernesto n’écoute pas. Ernesto pense à son cousin Ki. Ernesto pense à l’Éthique de Spinoza dont il n’a toujours pas lu une ligne. Tu attends quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                          15.11.2011 http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/11/15/la-societe-generale-va-supprimer-des-centaines-d-emplois-en-france_1604041_1581613.html

http://www.liberation.fr/economie/2011/11/15/suppressions-de-poste-chez-psa-peugeot-citroen-rassemblement-a-paris_774785

http://www.20minutes.fr/societe/823904-20111115-beneficiaires-rsa-vont-devoir-travailler-7-heures-semaine

http://www.20minutes.fr/economie/823328-20111115-sursis-aide-plus-demunis

http://www.20minutes.fr/high-tech/823784-20111115-trois-fois-plus-foyers-2010-prevoient-acheter-tablette-tactile

http://www.20minutes.fr/planete/823616-20111115-pekin-dessale-eau-mer-approvisionner-20-millions-habitants

http://www.china.org.cn/environment/2011-10/21/content_23685248.htm

http://www.aqualyng.com

http://www.lepoint.fr/monde/israel-batit-a-jerusalem-est-palestiniens-ne-croient-plus-aux-negociations-15-11-2011-1396580_24.php

http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/droitsetdevoirs.pdf

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=338690553E0D0B3F17DB83455BC1BF46.tpdjo16v_3?cidTexte=JORFTEXT000024659084&categorieLien=id

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=7EEC584F28025402FCE6322073B5EB30.tpdjo16v_3?idArticle=LEGIARTI000022414600&cidTexte=JORFTEXT000000699753&categorieLien=id&dateTexte=20111231

4 mai 2015

[Chronique – news] Suzanne Doppelt, Amusements de mécanique

À l’occasion de l’exposition qui sera inaugurée ce jeudi 7 mai, revenons précisément sur le dernier livre de Suzanne Doppelt, aussi fascinant que les précédents.

 

EXPOSITION CHEZ LOCO : DU 7 MAI AU 6 JUIN 2015

VERNISSAGE : JEUDI 7 MAI À PARTIR DE 19H.

LECTURE DE L’ARTISTE À 19H30.

 

AMUSEMENTS DE MÉCANIQUE

SUZANNE DOPPELT

 

Se trouve présenté un ensemble d’œuvres photographiques de Suzanne Doppelt, dont la pratique de la photographie est essentiellement associée à son travail d’écriture poétique. Chacun de ses ouvrages se compose entre écriture et photographie, l’image créée spécifiquement en fonction du texte littéraire qu’elle entreprend.

"Les livres de Suzanne Doppelt associent écriture poétique et photographie. Souvent inspirés d’un corpus savant, de préférence philosophique, ils interrogent la nature et l’apparence des choses, en prenant comme modèle formel les recueils organisés de connaissances, comme le traité scientifique et l’encyclopédie mais aussi les collections hétéroclites des cabinets de curiosités. Cette attirance pour les systèmes d’objets et les synthèses, plus ou moins raisonnées, des savoirs, se double d’un questionnement sur les coups du hasard, « les causes minuscules en séries, aux effets incalculables » qui gouvernent le monde." [Annalisa Bertoni, in « Les choses existent une à une » dans l’œuvre de Suzanne Doppelt].

Pour reprendre une figure chère à Suzanne Doppelt, ses compositions photographiques, souvent assemblage ou montage fragmentaire, semblent les visions mosaïques d’une mouche, découpant les objets photographiques en multiples facettes.

 

Les œuvres présentées sont issues des corpus reproduits dans ses trois derniers livres, tous publiés aux éditions P.O.L. : Lazy Suzie (2009), La plus grande aberration (2012) et Amusements de mécanique (2014).

À l’occasion du vernissage, Suzanne Doppelt fera une lecture d’extraits de son dernier livre Amusements de mécanique.

LOCO / L’ATELIER D’ÉDITION: 6, rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris, France. T. 01 40 27 90 68 / ÉDITION : ANNE ZWEIBAUM (anne.z@latelierdedition.com) et ÉRIC CEZ (eric.c@latelierdedition.com)

 

Mobiles cosmopoétiques [chronique]

 

Suzanne DOPPELT, Amusements de mécanique, P.O.L, novembre 2014, 80 pages, 8,50 €, ISBN : 978-2-8180-2133-0.

 

La réalité serait-elle, dans son essence, obsessionnelle ? (Witold Gombrowicz)

Libido mechanica : "un petit ballet mécanique sauve de la mélancolie, par des gestes et des pas assortis, un amusant vertige".

 

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est affaire de mécanique : opérant un perpétuel va-et-vient entre micro- et macrocosme, sa poétique chaosmique rend compte de la mécanique cosmique avec un brio qui vous ravit. Combinant texte et image, elle nous offre de subtils mobiles poétiques. De la caldérisation de la poésie : perpetuum mobile

La poète et photographe met en branle « un cosmos en miniature », un méli-mélo de sensations visuelles et auditives : embarquement pour Mystère ! Si harmonie du soir il y a, c’est dans ce « théâtre d’ombres mobiles » que constitue notre camera obscura : les sons et les images vibrent et vibrionnent jusqu’au vertige. Son Agencement Répétitif Déréalisant (ARD) rythme les apparitions/disparitions fugitives qui traversent le théâtre magique de notre cella, le fascinant ballet mécanique d’ombres : sa mécanique lyrique conjugue le mobile et l’immobile, l’objectif et le subjectif, le fini et l’infini, pour créer un nouvel objet poétique, le « moving panorama ». (On se souvient que Suzanne Doppelt est entrée dans le champ poétique avec Kub Or – ses photos accompagnant le texte de Pierre Alferi, lequel lançait juste après, avec son compère Olivier Cadiot, le premier volume de la Revue de Littérature Générale, précisément intitulé « La Mécanique lyrique »). Sans plus attendre, voici :

« Et à chacun son ton dans ce théâtre d’ombres mobiles et générales qui servent les criminels et les revenants, à la lueur vague d’une bougie, d’un ver luisant, d’une torche ou de la lune en plein jour, l’ensemble circule et se combine, tout vibre, le lieu est cinétique et la vue électrique, on y voit de toutes les couleurs et selon son humeur, parfois davantage. »

 

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est quête d’une harmonie optique/poétique/géométrique et le poète « une tête chercheuse qui n’en finit pas de chercher des figures et des rapports, une série de rapports qui bougent l’ensemble à mesure. » D’où les divers dispositifs qui stimulent l’imagination et nous font VOIR le monde autrement, et même à l’envers : bande magnétique, appareils optiques et réflexifs, boîtes à malice, machines à donner le tournis – et même un simple trou, car « voir c’est toujours voir par un trou, le monde s’y perd et s’y ramasse à la fois »…

Avec Suzanne Doppelt, le poète ne nous met pas tant la puce à l’oreille que la mouche à l’œil – et cette vision panoramique/kaléidoscopique nous plonge dans une réalité spectrale. Mieux, la poésie est ici perçue comme « chemin sonore où l’œil rivalise avec l’oreille. » Comme mimèsis tympanisée, donc.

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est enquête et épopée cosmopoétique : « on est au spectacle, celui des obscures méditations. »

3 mai 2015

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de mai, suite des RV qui vous attendent : ceux du Bureau d’investigations poétiques, mais aussi l’exposition KALMARS ATTACK et hommage à Maryse Hache. Mais auparavant, en UNE, le dernier livre de Bernard Noël, Monologue du nous.

 

UNE /FT/

Bernard Noël, Monologue du nous, P.O.L, avril 2015, 112 pages, 8,90 €, ISBN : 978-2-8180-3653-2.

Dans un monde où se vident les défilés du Premier-Mai – où se défilent les défilants – ; où le pouvoir "a pour arme efficace le remplacement de la culture par la consommation, ce qui réduit la politique à des traités de libre-échange puisqu’elle est entièrement soumise à l’économie" (p. 48) ; "un monde où la dissolution de tous les repères sociaux se double du perfectionnement continuel des systèmes de surveillance et de répression" (51) ; où "la technologie va permettre de neutraliser toute opposition par une castration mentale généralisée" 75) ;
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister ?
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister en dehors de l’action directe ?

Mais "peut-on traiter le mal par le mal ?"(91)… Ce monologue du nous nous plonge dans les interrogations et les contradictions d’un groupe de militants qui se sentent trahis par les actuels socialistes au pouvoir. Et nous, lecteurs, égarés dans un palais de glaces, ne pouvons nous empêcher de nous demander avec angoisse s’il y a la moindre issue…

Libr-événements

â–º Les RV du bureau d’investigations poétiques :

* Mardi 5 mai à 18h30, Librairie Le Monte-en-l’air, Paris 20e : lancement de l’ouvrage collectif Redrum. A la lettre contre le fascisme (Les impressions nouvelles). Coordination Alain Jugnon. En présence de Pierre Alferi, Amandine André, Philippe Beck, Kiki Picasso & Frank Smith / Lien
 
* Jeudi 7 mai à 19h, La Panacée, Montpellier : Le Film des questions (Projection + discussion publique) / Lien 


* Mercredi 13 mai à 19h, Société des Gens de Lettres, Paris 14e : Le poète et son double / Des éditeurs en dialogue avec leurs auteurs. Avec Max Alhau & Thierry Chauveau (L’Herbe qui tremble), Frank Smith & Catherine Flohic (Argol), Philippe Clerc & Yves di Manno (Poésie / Flammarion) / Lien
 
* Mardi 26 mai à 19h, Libraire Tschann, Paris 6e : lecture / rencontre avec Jean-Marie Gleize. En présence de Vincent Broqua et Frank Smith.

* Mardi 2 juin à 19h, Archives nationales, Pierrette-sur-Seine : La mémoire brûle. Conférence de Georges Didi-Huberman suivie d’une discussion publique. Lien

â–º L’ exposition KALMARS ATTACK se tient jusqu’au 8 mai 2015 à la Chapelle du Quartier Haut à Sète (mais aussi à travers la ville).

Performances, lectures, conférences autour de "KALMARS ATTACK SETE" avec Joël Hubaut, Julien Blaine, Max Horde, Didier Calléja, Didika Kœurspurs, Magali Brien, Régina Blaim, Pierre Joris, Nicole Peyrafitte, Lilie Kitsh, Laurent Rodtz, Pierre Gonzales Izner, Manu Morvan, Thomas Andro, Thomas Pailharey, Alain Robinet, Damien & Roger Anselme.

Rens. : koeurspurs@gmail.com

â–º Ce lundi 4 mai au "Cent" (100 rue de Charenton 75012), 19h00 : hommage à Maryse Hache. Son œuvre est brève au regard de son temps passé parmi nous, et très forte, très inventive, une écriture du bonheur, peut-être, un bonheur lumineux, doux, vif, clair et droit (Laurent Grisel, Remue.net).
Tous les détails pratiques et des liens pour faire connaissance avec ses écrits, avec sa voix, sont disponibles à cette page.

2 mai 2015

[Texte] Marc Perrin, Spinoza in China / 15 novembre 2011 / 7 janvier 2015 (1/2)

Suite du feuilleton proposé par Marc Perrin, "Spinoza in China" : avec Hors-sol, La Vie manifeste et Remue.net.

â–º Spinoza in China, 9 novembre 2011
â–º Spinoza in China, 10 novembre 2011
â–º Spinoza in China, 11 novembre 2011- 26 décembre 2014 (1/2)
â–º Spinoza in China, 11 novembre 2011-26 décembre 2014 (2/2)
â–º Spinoza in China, 12 novembre 2011-9 février 2015

 

      • 15 novembre 2011 • Shanghai • Une employée de maison vient leur faire le ménage. Une employée de maison vient leur fait à manger. Une employée de maison lave leurs draps. Une employée de maison lave leurs vêtements. Une employée de maison fait tourner leur machine à laver. Une employée de maison lave leur sol. Une employée de maison fait leur lit. Une employée de maison nettoie leur table. Ils payent une employée pour le travail qu’elle effectue. C’est un métier avec un salaire. Vince Parker va travailler sa thèse à la bibliothèque tous les jours. Caroline Parker bosse pour l’événementiel international. Ernesto quant à lui cache ses vêtements dans son sac à dos et lave tout au savon de Marseille. Il est 9h15. Ensuite ?

 

 

      • madame lectrice, monsieur lecteur • bonjour • il est 11h14 aujourd’hui 7 janvier 2015 et j’ai 14 ans, 7 secondes et je vous compte pas les siècles,      

 

 

Ensuite, en conséquence directe ou indirecte des relations pas super apaisées qu’il entretient avec les notions de travail, salarié ou non, de maison, ouverte ou fermée, de famille, sainte ou païenne, de parole, de regard, de silence et de peur à gogo, on voit Ernesto quitter la chambre sous les toits, sans passer par l’appartement de Caroline et Vince Parker, on le voit dévaler les escaliers, voit marcher jusqu’à Hengshan road station, on le voit prendre le métro, on le voit qui s’assoit dans un wagon du métro la ligne numéro 1, on le voit descendre du wagon à Shanghai railway station et là on le voit rejoindre la ligne numéro 3, puis, on le voit s’asseoir à nouveau dans un wagon et ne quitter le métro qu’au terminus de la ligne numéro 3, à North Jiangyang road station, tout au nord de la ville. Là, on voit Ernesto sortir du métro. On le voit regarder les chauffeurs de taxi et les conducteurs de pousse-pousse qui attendent les clients. On le voit dresser la tête, bien droit, pour bien montrer qu’il sait où il va. On le voit dresser la tête bien droit, pour bien montrer qu’il n’a besoin de personne. On le voit marcher tout droit, droit vers le nord. Est-ce qu’il espère rejoindre le fleuve ? géant ? tout au nord de la ville ? le fleuve ou l’océan tout au nord de la ville ? Il ne sait pas très bien. Peut-être est-il en train de rêver de sable fin et de vent du large. On ne sait pas. Ce qu’on sait, ce qu’on voit, c’est qu’il marche pendant une demi-heure sur un trottoir le long d’une 2 fois 4 voies. Il marche pendant une demi-heure le long d’un mur d’enceinte. Il marche pendant une demi-heure le long d’une usine longue de 3 kilomètres. Puis il bifurque à gauche, en direction de l’ouest. Là, il rejoint quelque chose comme un quartier grand comme une ville. On le voit alors marcher au milieu d’immeubles de 20 ou 30 étages dans ce quartier grand comme une ville. On le voit alors, peut-être, en train déjà de flipper sa race relativement au fait qu’il commence à penser – peut-être – au chemin du retour, incertain. Peut-être Ernesto est-il en train de se demander si en fait ce ne serait pas ça : une race. Est-ce qu’une race ce ne serait pas en fait rien d’autre que le flip d’une espèce quant à l’incertitude relative à un chemin qui serait un chemin de retour : un flip espécial relatif au chemin d’un retour super incertain. On sait pas. On sait pas ce qu’il pense Ernesto. Pas toujours. Mais on le voit. On le voit marcher. On le voit marcher un peu plus vite, même, et on peut se dire qu’il a peut-être un peu plus peur que tout à l’heure, un peu plus peur de pas trouver le chemin de retour ou alors il a simplement un peu plus froid. On peut pas être sûr. On peut juste le voir, là, marcher en direction de l’ouest, traverser carrefour et carrefour au milieu d’immeubles de 20 et 30 étages, on peut le voir marcher toujours plus loin vers l’ouest. Puis à un moment donné on le voit qui s’assoit. Sur un banc. Sur une place. Il est là. Ernesto. Il a 10 ans, 15 secondes, et un instant il oublie les siècles, il est assis, sur un banc, au pied d’immeubles de 20 ou et 30 étages. Il a peut-être faim. Il est inquiet peut-être quant au chemin du retour. Il rêve, peut-être, d’une plage de sable fin, de vent du grand large, avec Yameng ou Angela. On sait pas.

 

 

       • madame lectrice, monsieur lecteur • bonjour • il est 11h14 aujourd’hui 7 janvier 2015 et je travaille de la poésie étant à peu près conscient que le mot poésie est un mot comme un autre c’est-à-dire un mot sur lequel accords et désaccords quant à ce qu’il désigne peuvent séparer les êtres des êtres comme n’importe quel mot relatif à n’importe quelle type d’activité ou idée humaine,

 

 

      On voit juste qu’il s’assoit et qu’il remarque assez vite la présence d’un clochard. Sur un autre banc. Un clochard qui mange un sandwich et qui lui aussi assez vite remarque la présence d’un autre gugus sur un autre banc. Et là, si on entre dans la tête d’Ernesto. On comprend non seulement qu’Ernesto regarde intensément l’autre homme assis sur l’autre banc – le clochard – , mais, plus précisément, on comprend qu’Ernesto regarde le tissu du pantalon de l’autre homme assis sur l’autre banc. Et. Plus précisément encore, même, on comprend qu’Ernesto regarde la poche avant gauche du pantalon de l’autre homme assis sur l’autre banc. Et que là, Ernesto, reconnaît la forme d’un couteau. Et. Reconnaît. Conséquemment. Sa race qui flippe. Depuis l’intérieur de la poche avant gauche du pantalon de l’autre homme assis sur l’autre banc, Ernesto → voit une goutte de sang toute fraîche tacher le tissu. Et. Ernesto → âgé de 10 ans et 16 secondes → portant alors un short Adidas → baisse les yeux et regarde son genou gauche, avec une petite égratignure et du mercurochrome séché, puis, sort de son sac à dos une mandarine ou une clémentine et commence à l’éplucher.

 

 

      Ici. Sur ce banc. Ici. Sur cette place publique au pied d’immeubles de 20 ou et 30 étages. Dans ce quartier grand comme une ville. À la périphérie nord de Shanghai.

 

 

      • madame lectrice, monsieur lecteur • bonjour • il est 11h14 aujourd’hui le 7 janvier 2015,

 

 

      Cœur battant. Cœur inquiet. Chemin de retour incertain. Ernesto âgé de 10 ans et 17 secondes, en short Adidas, comme avant quelque entraînement de football du mercredi après-midi. Rêve de sable fin, de vent du large. Il détourne la tête vers sa gauche tandis. Un autre homme arrive sur la place, activant au bout d’une canne qu’il tient en main une pince métallique, à l’aide de laquelle, il saisit lentement, une à une, les feuilles mortes au sol de la place, les morceaux de papier qui traînent, volent. Ici. Un à un. Au pied de ces immeubles de 20 ou et 30 étages, à la périphérie nord de Shanghai.

 

 

      • je travaille ici de la poésie le 7 janvier 2015 aux environs de 11h14 au 29 rue Alexandre Gosselin à Nantes et deux gars armés chacun d’une kalachnikov tuent 1 fille et 11 gars au 10 rue Nicolas Appert dans les locaux de Charlie Hebdo et sur le boulevard Richard Lenoir à Paris dans le 11ème arrondissement,

 

 

      Ernesto. Baisse les yeux et regarde son genou gauche. Ernesto. Regarde l’écorchure et le mercurochrome séché. Il finit d’éplucher la clémentine ou la mandarine. Est-ce une orange. Il mange un à un les quartiers du fruit. Il s’essuie la bouche. Il se mouche. Quand il se mouche ça fait comme un bruit de trompette sourde qui résonne sur toute la place, au bas des immeubles. Ici. En Chine. On crache dans les rues. Ici. En Chine. On ne se mouche pas dans les rues. Ici. En Chine.

 

 

      • et si poésie le mot poésie désigne par exemple tout type de production de formes et de relations,

 

 

      Ernesto. Cœur battant. Cœur inquiet.

 

 

      • si poésie le mot poésie désigne par exemple tout type d’attention à l’égard de ces formes et de ces relations,

 

 

      L’homme sur le banc et l’homme à la pince métallique en bout de canne regardent Ernesto.

 

 

      • si un poème peut être un acte, donné, où la production de formes et de relations et l’attention à l’égard de ces formes et de ces relations sont deux de ses cœurs battants,

 

 

      Deux femmes arrivent sur la place. Chacune avec une pelle et un balai. Chacune ramasse déchets et débris baladés par le vent au pied des immeubles. Elles traversent la place. Elles disparaissent derrière un des immeubles. Il est 11h35.

 

 

      • si les mots les phrases les images les paroles formulés et rendus publics sont une partie de la production et de l’attention,

 

 

      si l’inexprimé qu’il soit conséquence d’un supposé inexprimable ou conséquence d’un silence décidé est une partie de la production et de l’attention,

 

 

      si les actes sont une partie de la production et de l’attention,

 

 

      si l’inaction également,

 

 

      alors deux gars armés chacun d’une kalachnikov tuant 1 fille et 11 gars sont une partie de la production et de l’attention,

 

 

      alors deux gars armés chacun d’une kalachnikov et 1 fille et 11 gars sont une partie de la production et de l’attention,

 

 

      alors deux gars et une fille et onze gars pénètrent et modifient le poème,

 

 

      ici : Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Jean Cabut, Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier, Philippe Honoré, Chérif Kouachi, Saïd Kouachi, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Bernard Verlhac, Georges Wolinski : pénètrent et modifient le poème,

 

 

      beaucoup d’autres ici, une infinité d’autres ici non nommés pénètrent et modifient le poème,

 

 

      par les actes & l’inaction & les mots & les phrases & les paroles & les images formulés rendus publics & par l’inexprimé quiconque en tant qu’elle ou il est vivante vivant participe de la modification du poème,

 

 

      quiconque plus au moins attentif à la relation existante entre les êtres humains vivant où qu’ils vivent quiconque responsable collaborateur et collaboratrice à quelque niveau que ce soit quiconque chacune chacun et tous nous modifions l’existant modifions le poème,

 

 

      toute parole toute action tout livre tout geste toute une smala de paroles et d’actions et de livres et de gestes en amitié et toute une bande d’amies et d’amis qui écrivent ces livres énoncent ces paroles font ces gestes développent ces actions et ou les aiment et vivent en conséquence modifient le monde modifient le poème,

 

 

      les mots imbéciles entendus les mots aimables entendus modifient le monde modifient le poème,

 

 

      le bon et le mauvais en acte et la méchanceté comme l’intelligence par les faits modifient le monde modifient le poème

 

 

      nous avons il y a ce qui nous blesse et amoindrit ce qui augmente et nourrit notre ce que nous pouvons ce qu’il en est de notre ce qu’il en est aujourd’hui d’un possible pour nous de faire est le sens du mot puissance tel que je l’entends et l’aime et de nausée à la vue des postures de nausée en récupérations déjà scénarisées non je n’irai pas manifester je n’écrirai pas un mot j’écris manière de mettre en accord ma vie avec sera jusqu’à ce point vie séparée non de l’indignation ne suffit nous ne connaissons la dignité que par les actes parlant en lieu et place du bien penser pour le bien de ce bien moral et de son mal je ne veux n’auront ou n’aurons je ne sais plus besoin de cette indignation sans demain de nausée de ce peu d’attention de ce peu de considération et de conséquence à l’égard des mots écrits ou et dits c’est-à-dire à l’égard de nos vies je suis en train de vivre un moment de panique difficile de penser dans la panique il n’est pas impossible de défaire la panique,

 

 

      je m’appelle Ernesto,

 

 

      j’ai aujourd’hui 14 ans, quelques secondes et quelques siècles au compteur et je suis en colère je ne suis pas triste je suis en colère,

 

 

      ma colère est colère à l’égard des mots énoncés une fois énoncés restant lettres mortes dans la vie de qui les a énoncés,

 

 

      c’est la première fois que je comprends c’est la première fois que j’entends c’est la première fois que je ressens le sens de l’expression lettres mortes,

 

 

      l’expression lettres mortes est adéquate avec la réalité de corps d’êtres humains vivants qu’on a voulu morts rue Nicolas Appert à Paris où n’importe à la surface de la planète

 

 

      est-ce non pas colère et nausée mais honte est-ce que j’éprouve un sentiment de honte,

 

 

      est-ce de la honte quand à la vie piétinant la vie humiliant quand à la vie réifiant la vie répondent la basse cour et la morale

 

 

      est-ce là honte est la honte est la colère et la nausée toutes deux exposées retournées contre soi afin d’expier au grand jour et de produire sa gloire,

 

 

      est-ce rances bien et mal en amont de toute vie piétinant toute vie humiliant toute vie réifiant toute vie nourrissant nausée nourrissant colère,

 

 

      j’aurais pu ou dû agir ainsi par la suite j’aurais pu et su me glorifier de l’acte mais je ne l’ai pas fait ainsi je vis dans la honte est un exemple du règne bien rance de la morale,

 

 

      la honte est un rêve pourri de gloire où la gloire n’advient pas,

 

 

      dans le titre Pour en finir avec le jugement de dieu c’est le mot jugement qui importe je crois le mot jugement désigne une action ennemie,

 

 

      jugement de dieu n’est-ce pas un pléonasme,

 

 

      Baruch & Virginia jouent dans le jardin derrière la maison dans la nuit maintenant il est 4 heures,

 

 

      Baruch & Virginia sont en équilibre sur les branches de l’arbre dans le jardin de la maison d’en face il est 11h45,

 

 

      aujourd’hui 7 janvier 2015 à 11h45 depuis déjà un quart d’heure circule sur les réseaux dits sociaux je suis Charlie est une image produite une demi-heure après la tuerie rue Nicolas Appert et boulevard Richard Lenoir,

 

 

      à 11h45 je suis Charlie est une image produite par Joachim Roncin styliste de 39 ans directeur artistique de l’hebdomadaire gratuit Stylist distribué à 450.000 exemplaires chaque semaine,

 

 

      à 11h45 l’hebdomadaire Stylist est un magazine hebdomadaire féminin gratuit haut de gamme du groupe Marie Claire,

 

 

      à 11h45 l’hebdomadaire Stylist aspire à faire rimer luxe et gratuité,

 

 

      à 11h45 80 % des exemplaires de Stylist sont prêts à être distribués demain jeudi de la main à la main par près de 480 femmes dites hôtesses réparties dans près de 800 points clés de vente et le reste des exemplaires sera mis à disposition sur des présentoirs dans des lieux dits tendances par exemple des restaurants branchés et des boutiques de mode

 

 

      à 11h45 Robinson fait circuler trois phrases du dernier livre d’Olivier Cadiot : On peut jouer aux cartes dans la tranchée. Mais ça ne concerne pas seulement votre propre corps, l’équilibre se fait avec tout ce qui se passe autour de vous dehors. Vous n’êtes pas tout seul, mon petit, c’est Providence le titre du livre,

 

 

      à 11h45 d’un livre de Badiou dont je ne citerai pas le titre m’étant promis un jour de ne jamais écrire le nom de cet homme faisant partie des mots constituant le titre de ce livre – m’étant promis un jour de ne jamais écrire le nom de cet homme considérant qu’écrire le nom de cet homme nourrit la méchanceté à commencer par la méchanceté de celles et de ceux qui se disent être ses adversaires ou ses ennemis à commencer par la méchanceté en moi qui n’attend qu’une méchanceté adverse pour se nourrir – de ce livre, je me rappelle la phrase suivante : il y a un seul monde.

 

 

      je me rappelle aussi dans le même livre d’une autre phrase : l’amour doit être réinventé (point dit de Rimbaud), mais aussi tout simplement défendu,

 

 

      ces phrases dans ce livre sont ce que Badiou appelle des exemples de points à tenir,

 

 

      ce sont des points théoriques sur lesquels ne pas céder dans les conséquences qu’ils impliquent d’un point de vue pratique au quotidien de nos vies :

 

 

      sur tels ou tels points qu’il nous appartient de définir, individuellement, ou en groupe, sur ces points : nous ne céderons pas,

 

 

      un ami de l’ami Laurent est traducteur et raconte à Laurent que pour gagner de l’argent il traduit entre autres des documents de banque et de marketing et que la tâche la plus importante pour lui dans ce travail est de sauver les mots,

 

 

      c’est un exemple de point à tenir,

 

 

      ainsi par exemple lorsque l’ami de l’ami Laurent rencontre le mot amour associé à quelque affaire bancaire ou quelque campagne marketing dans le document qu’il doit traduire il sauve le mot amour et le traduit par un mot bancaire ou marketing mais pas par le mot amour,

 

 

      oui je suis en colère et je crains de ne trouver aucune manière juste et mesurée pour dire contre quoi je suis en colère,

 

 

      je voudrais trouver une manière juste et mesurée mais ce qui me vient c’est je suis en colère contre le salopage de l’amour et de l’intelligence et de la pensée donc de toute vie humaine,

 

 

      la possibilité de l’amitié, de la poésie, d’une intelligence éthique, la possibilité d’être en possession d’une kalachnikov,

 

 

      viens, je t’emmène en balade,

 

 

      on se caresse on se lèche et le sexe d’abord souple caressant le sexe d’abord sec devient l’un roide l’autre humide tendrement l’un pénètre l’autre nous partons en balade oui c’est encore possible à 11h00 à la gare j’enlace Angela on se retrouve dans cinq jours ici même l’amour grandit vivant il grandit oui c’est possible,

 

 

      à 18h00 je rejoins avec deux amis le rassemblement à Nantes pour ne pas rester seuls chez soi avec la honte la colère le chagrin la nausée ou autre sentiment de passion bien meurtrie après la tuerie de ce matin,

 

 

      certaines certains prenant part au rassemblement brandissent des stylos pour signifier j’imagine liberté d’expression ces stylos brandis nourrissent ma colère,

 

 

      il m’est nécessaire de comprendre ce qui nourrit cette colère afin de la défaire et de nourrir une intelligence éthique ouverte & sans colère,

 

 

      certaines et certains prenant part au rassemblement applaudissent je ne comprends pas ces applaudissements je les trouve obscènes ces applaudissements nourrissent ma colère,

 

 

      il est nécessaire de comprendre ce qui nourrit cette colère afin de la défaire et de nourrir une intelligence éthique ouverte & sans colère,

 

 

      à Paris Michael évoque avec Angela l’intelligence de l’émotion

 

 

      dans je suis Charlie c’est je suis que j’entends ce que j’entends c’est je suis je suis je suis je suis c’est moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi je n’entends rien d’autre que moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi moi quand moi ne sait ce qu’il désire ou peut désirer ne serait-il pas plus juste de brandir je ne sais plus qui je suis nous ne savons plus qui nous sommes nous ne savons plus que compter les morts et les pleurer,

 

 

      à Paris Michael évoque avec Angela l’intelligence de l’émotion,

 

 

      certaines certains commencent à entonner la marseillaise vite sifflée la marseillaise est arrêtée,

 

 

      l’intelligence de l’émotion est possible,

 

 

      une vie désirable est possible,

 

 

      je quitte le rassemblement je rentre seul,

 

 

      l’exergue de À nos amis du Comité invisible est la phrase suivante : « Il n’y pas d’autre monde. Il y a simplement une autre manière de vivre. » C’est une phrase de Jacques Mesrine la violence associée à ce nom m’effraie,

 

 

      toute intelligence piétinée toute intelligence humiliée toute intelligence réifiée toute intelligence tuée toute intelligence détruite toute intelligence réduite toute vie piétinée humiliée réifiée tuée réduite détruite amoindrit notre puissance,

 

 

      je vais me taire je ne vais rien dire je ne vais rien ajouter à ce vacarme de coqs et de poules et de chiennes et de chiens partout mâles et femelles de tous poils et toutes plumes ça jappe ça caquette ça fait très mal au tympan très mal aussi au fond du cœur ça fait très mal ce caquètement jappement ces aboiements je suis je suis je suis une poule une chienne un chien une femelle un mâle avec poils et plumes je vais me taire j’ai besoin de le dire je vais me taire j’ai besoin de dire quelque chose pas maintenant je vais me taire me terrer quelques jours écrire dans le terrier je ne peux rien dire je ne vais rien ajouter de plus j’ai besoin cependant l’écrire,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                 

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