Libr-critique

30 avril 2020

[Texte] Romain le GéoGrave, Évolution

Au début c’était,

                     contradictoire …. un peu

Allez voter, restez chez vous

Pas de sport en France, vélo à côté

Fliquez contrôlez, présentez papiers

Pas de masque, n’approchez pas

Ecoles ouvertes, écoles fermées

Une petite grippe, le virus dangereux

>> les jours passent, identiques, boire BFM jusqu’à la mort, confiné jusqu’à l’os, surveillé à la sortie,

folie du flou politico-sanitaire, la rupture est proche, éteignez les tévés-les portables-les ordinateurs.

 

Peu à peu c’est devenu,

                            logique… trop

Confinement de classe

Les livres pour les uns > laissez les lire, le livre sauve, mais aux

 

Trois Ponts à Roubaix, tu lis quoi ? Les panneaux routiers à travers la vitre de ta chambre dans l’HLM déglinguée ? Les notices des médocs de ta mère malade ?

La notice de la console partagée à 5 frères et sœurs ?

 

C’est pas atelier lecture, cuisine végétos et applaudir comme un con-con-finé le soir à 20h après avoir voté pour le même déconfit qui nous a mis dans la déconfiture jusqu’au cou.

Et donc, on y est

                     aujourd’hui

masqués contre démasqués

soutiers du monde social et sanitaire au fond du trou

un masque jaune comme prochain symbole de la révolte

masque à rats d’en haut contre masque en rade d’en bas

sans-dents, sans-gants, même lutte démunie des prol’s

 

Et pendant

              ce temps-là

la Corée (du Nord) comme modèle

on jacte du pays uni, de la guerre au virus, de la nation et des vacances apprenantes

on prépare la fin des libertés qui approche, qui approche, qui approche, RGPD dans ton cul > température, géolocalisation, t’es malade, t’es où, bouge pas, t’es cerné, bientôt bavures flicardes, achtung, milices municipales > la force de l’ordre renforcé(e)

 

En attendant

Produisons, consommons, n’importe quoi, faut relancer la machine, ça flippe dans tous les sens, le corps avachi et l’esprit assoupi ayant oublié le numéro de sa carte bleue.

27 avril 2020

[Création] Laure Gauthier, TRANSPOEMES « RODEZ BLUES » OU CECI N’EST PAS UN VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE (2 / 2 : du dedans)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 20:12

En période de confinement, j’ai poursuivi mes enregistrements de transpoèmes. Cette fois, j’ai enregistré deux extraits d’un texte poétique que j’écris dans le cadre d’une résidence Ile-de-France : Les corps caverneux. Les captations ont été réalisées depuis ma chambre-bureau, pièce où je passe le plus clair des 23 heures sur 24 de mon confinement. Enfermée dans un petit appartement, je séjourne dans cette chambre-bureau où je travaille et essaie de dégager des zones libres pour écrire. Au quarantième-deuxième jour de confinement.

Avant cette crise, j’ai toujours trouvé nécessaire de parvenir à « faire écluse », m’extraire parfois de l’activité pour trouver un contre-rythme du monde depuis lequel écrire. Mais le confinement mis en place il y a six semaines est un état d’écluse permanente et de mouvement entravé, bien que consenti, où le monde, même la place Clichy qui est à un kilomètre de chez moi, est passé hors-champ.

Qu’est-ce que la chambre en temps de crise sanitaire, sociale et politique ? Ma chambre n’est pas un lieu idéal, de retrait, comme Xavier de Maistre a conçu la sienne dans son Voyage autour de ma chambre, tirant profit de son « assignation à résidence » qui a duré 42 jours. Il entreprend de moquer les récits de voyage et une certaine tendance à l’exotisme déjà bien ancrée dans la littérature de son temps, qui cherche au loin l’étrangeté et nous ferait perdre de vue l’étrangeté du proche. Sa chambre, c’est cette « contrée délicieuse qui renferme tous les biens et toutes les richesses du monde ». (Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre, in Œuvres complètes, nouvelle édition, illustrations de G. Staal, p. 119). Si la situation que vivait de Maistre, à savoir un assignement à résidence, peut être comparée à notre confinement, la comparaison s’arrête là : ma chambre est davantage une Fenêtre sur cour où je perçois des bribes du drame qui se trame. Plus je dois rester dans ma chambre, sans interruption ou presque, plus se créent d’obligations de ne regarder que les objets qui s’y trouvent, et plus le mouvement me manque et ma claustrophobie augmente. Ma chambre est un lieu intime qui m’est cher mais trop petit, il s’agit d’une chambre possible et non d’une chambre rêvée.

Le choix de se reclure, de se mettre hors de l’activité du monde parfois, d’être à son bureau des heures ne signifie pas que nous autres, écrivains ou artistes, soyons charmés par cette « intensification » de notre solitude. Je refuse de dire que l’artiste serait un confiné de tout temps, cela serait à la fois mépriser le caractère politique et sanitaire de cette crise et mécomprendre la singularité de la création qui n’est pas un escapisme. Certes, j’ai la chance de ne pas m’exposer au virus, mais l’isolement dans un lieu très étroit et mal isolé est loin d’être favorable à la création, d’autant que je suis assignée au travail par ordinateur. Il n’y a pas de de lieu idéal pour écrire, parfois ma chambre s’y prête, le matin, seule, ou au début de la nuit, mais j’écris, comme bien d’autres, en chemin, à l’hôtel, dans les trains ou ailleurs, en bibliothèque, au café, chez des amis qui m’accueillent à la campagne, dans des locations ou des résidences. J’écris dans une forme d’exposition aux bruits des jours.

Il n’y a pas de répit des sons dans ce confinement. Ma chambre-bureau me fait penser à certaines représentations de Goldoni où le peuple de Venise se parle depuis la fenêtre. J’entends les conversations en anglais de mon voisin à sa fenêtre, dont je pense qu’il est universitaire, de nombreuses sirènes résonnent au loin, des enfants jouent au ballon dans l’impasse, des adultes se parlent, parfois se crient dessus, sans que je ne puisse savoir qui ils sont, un autre voisin joue à des jeux vidéo de guerre. Cette crise, c’est par sa modification de notre bande-son que je la perçois, l’aperçois. Qu’elle s’immisce, se déplace. Mais s’ils sont contraignants, ces sons sont ce qui reste de mouvement de vie, donc d’imprévu nécessaire : ils font taire le silence du confinement : ils sont ce qu’il nous reste de rencontre et de hasard : je perçois des hélicoptères, des sons de voitures ou de bus, plus rares, mais qui viennent de la Place Clichy, où je ne suis plus retournée depuis mi-mars. A un kilomètre de chez moi. Ces sons, ces voix transportent dans leurs grains les images d’un film de l’invisible. Des images hors de portée, un film du hors champ. Donc.

Les transpoèmes enregistrés sont des litanies. Je lis dans différentes situations deux poèmes extraits des corps caverneux où se joue une autre histoire, mais qui n’est pas sans affinité avec aujourd’hui. Il n’y est pas question de virus ni d’enfermement, mais de la folie de la société capitaliste tardive. Derrière l’allusion à nos anatomies désirantes, les « corps caverneux » désignent les cavernes en nous par analogie avec les cavernes préhistoriques : les corps caverneux sont donc ces espaces vides, ces trous ou ces failles, que nous avons tous en commun et que notre société de consommation tente de combler par tous les moyens : achats, faits divers etc. Dans chacune des séquences est évoquée une nouvelle attaque contre ces espaces intimes de respiration et de liberté, et en réaction une musique émerge, une musique de nos cavernes, qui nous permet de nous cabrer et de rester vigilants. « Rodez blues » évoque une traversée de Rodez et le tourisme de masse, la tentation du blues sous la pluie dans un dialogue avec Artaud.

Dans mes enregistrements, j’ai choisi d’adresser un sourire en coin à de Maistre, en lisant mes poèmes de mon bureau à mon armoire, de mon lit à mon bureau, de mon bureau à ma fenêtre. Je reviens toujours à la fenêtre, à ces plans fixes aperçus : ma voix s’ouvre aux bruits du dehors, tandis que dans Voyage autour de ma chambre, la fenêtre était proscrite du récit car elle ouvrait sur le lointain.

La profondeur du champ sonore que l’on perçoit construit un pont entre le texte et le contexte de crise qui apparaît par le prisme de bruits : j’écoute la radio, puis me lève, ouvre la fenêtre et écoute le dehors, reviens vers mon ordinateur où une autre émission radio a commencé ; une autre fois, je me lève de mon bureau pour percevoir au dehors les applaudissements adressés au personnel hospitalier à 20 heures, qui ponctuent la semaine. Il s’agit de sons référentiels, les seuls qui renvoient directement à un contexte plus général : quand on entend des gens applaudir, on ne pense plus à un spectacle mais aussitôt aux infirmières et aux soignants en lutte à l’hôpital.

Dans une époque qui prétend tout sa-VOIR, l’absence, le retrait, l’impossibilité de voir fait revenir le son au premier plan de la perception. Non, il ne s’agit pas d’un voyage autour de ma chambre, mais d’un voyage des sons au travers de mon poème. Une double sonorité émerge. Dans La chienne, Jean Renoir ouvre le champ filmique au travers de la fenêtre du peintre vers l’appartement de la voisine en contre-champ. Dans A bout de souffle, Godard laisse la caméra courir sur une affiche peinte par Renoir père, et quand J.-L. Belmondo ouvre la fenêtre, on perçoit, en clin d’œil à La chienne, une ouverture du champ, sonore cette fois. En élargissant la profondeur de champ sonore et complexifiant la bande-son, les transpoèmes « rodez-blues », captés depuis ma chambre, rejouent le poème, font entendre autrement le texte, et créent des tensions entre les sons indexicaux qui renvoient à la crise et ma voix lisant le poème. Ils ouvrent l’espace du poème et s’y immiscent nous faisant par la même percevoir certains espaces-temps du texte, autrement :

Tu as six parfums de carembar en poche, mais ne connais le nom des roches,
Soudain, tu as vu la clocharde du monde et elle te criait :
J’AI VU MOURIR LES MUSEES (« La Clocharde du monde »)

De même que le poème extrait de « rodez blues », écrit depuis le présent, qui évoque le monde qui brûle, est un poème de science-fiction, de même, la bande-son est, elle, un instantané, sortie de l’actualité : entre les deux un écart fructueux qui nous rend vigilants au trop plein et au trop vide.

26 avril 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (2)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:16

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le premier texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

……….l’épidémie toute enroulée s’enroule sur elle-même reproduisant des épidémies à l’infini dans la reproduction intensive des mouvements de reproduction dans la pisse, toutes les épidémies se recomposant en super épidémie comme une flaque démentielle intensive qui s’étend toute mauve et reptilienne, elle gobe les organismes paraboliques, salamandres et lézards pop proliférant sous la peau, puis s’épuise en maculant les scooters pollinisés avant de ré-apparaître mutante, diversifiée, plus sauvage et terrifiante… tap – tap – tap – plus contagieuse encore sous la langue de la peinture mouillée épidémik, reproduction des infiltrations virales qui dégoulinent en UV. Chlaffff ! les copies de vulves d’investissement déchargent leurs cuticules en interférence avec les spasmes de transmission, peinture-virus aux ratures vrillantes, psycho-épidémie, croassements furieux, le cerveau vrillé, irradié, mixant les stresses avec les volts de transfert qui s’embranchent aux excroissances, disséminant les désirs ravageurs avec le grouillement des insectes, réservoirs éclatés, essaim reproduit à l’infini dans la saturation des symptômes, cris démultipliés, c’est une combinaison d’insectes mutants en forme de croix- triangles-cercles qui court-circuite les circuits, puis des nuées de corbeaux voraces s’infiltrent dans la tête inondée de lait, signes reproducteurs des signaux contaminés et à ce moment, juste à ce moment, très élastique et décollé, le dessin dégouline de mucosités bruyantes magnifiques…………………

Action épidémik. Village de Valcanville. Joël Hubaut, 1976

25 avril 2020

[Chronique] Fabrice Thumerel, Sous covid-20 (Libr-critique dans l’espace littéraire actuel)

Covid-19 : coronavirus disease 2019 (à tout ce qui est important, n’est-ce pas, on confère un nom anglo-américain). Mais pour nous, c’est covid-20 : comment vivons-nous sous covid-20 ?

Et pour ce qui nous concerne plus particulièrement, quels sont les effets du covid-20 sur le champ littéraire actuel dans toutes ses composantes ? Sans prétendre mener ici une étude approfondie, contentons-nous d’en énumérer cinq, en nous concentrant sur les mutations.

Regard panoramique sur le champ littéraire sous covid-20

1. Le coup d’arrêt porté à la publication des nouveautés de mars-avril et plus généralement à la diffusion des livres a pour corollaire une récession économique, certes, mais qui s’accompagne –paradoxalement, vu la pénurie – d’une quantité non négligeable d’offres consubstantielle à la logique consumériste : se devant de s’adapter à toutes circonstances, le Marché s’emploie à satisfaire les lecteurs-consommateurs en leur proposant livres et magazines en version numérique (beaucoup plus rarement en version papier). Bien évidemment, comme toujours le système en place favorise les poids lourds de l’édition comme de la vente en ligne. Cependant, signalons l’opération « Les livres de mars font le printemps », qui regroupe huit maisons d’édition indépendantes (Asphalte, La Baconnière, Aux Forges de Vulcain, Le Nouvel Attila, L’Œil d’or, La Peuplade, les éditions du Sonneur et les éditions du Typhon) dont l’objectif est de promouvoir auprès des libraires les livres qu’ils ont publiés en mars.

Au reste, tous les acteurs institutionnels se mobilisent pour suivre une logique de divertissement, à titre gratuit le plus souvent : c’est la foire aux podcasts, aux rétrospectives et aux offres disponibles !

Parmi les nouvelles stratégies qu’a occasionnées la pandémie, retenons la mise à disposition gratuite de certains titres (Le Seuil, La Fabrique…), les précommandes avec extraits en « teasing », etc.

2. Les préoccupations de l’espace sociopolitique liées à cette pandémie sont omniprésentes dans l’espace littéraire mais traduites de manière spécifique (effets de champ) par des clivages entre conservateurs et progressistes, tradition et innovation, pratiques orthodoxes et pratiques hétérodoxes… Si l’on voulait tracer une ligne de démarcation entre pôle (semi-)commercial et pôle autonome, on pourrait opposer la topique du confinement (que faire chez soi de « culturel » ? et si on témoignait de sa façon-propre-de-vivre-son-confinement ? bref, comment réussir-son-confinement !) à la poétique ou problématique créatrice (entre autres, la viralité, aux sens médical et informatique, comme objet formel ou réflexif).

3. Arrêtons-nous un instant sur l’émergence d’une forme pseudo-originale : le journal-de-confinement. Contrairement à ce qui a pu être avancé, ce n’est pas nouveau à proprement parler : qui a oublié le fameux Journal d’Anne Franck ? Que l’on songe également aux Carnets de la drôle de guerre, publiés après la mort de Sartre, et nettement moins connus il est vrai.

Les journaux de confinement que, désÅ“uvrées, certaines stars littéraires publient dans des médias mainstream n’ont rien à voir avec le « journal de rien » du philosophe ; ce sont journaux des riens petit-bourgeois : grisaille-famille-Paris, entrailles-hygiène-propriété…

Le propre du pôle opposé est de renouveler le genre et d’inventer des formes singulières : dans les NEWS de LIBR-CRITIQUE, nous en signalons ; et on découvrira, de Philippe BOISNARD, le « Journal de confinement en quête de réseau »

4. Nombreuses sont les prises de position des acteurs du champ les plus divers qui confinent à des discours d’emprunt tout aussi divers : virologique, épidémiologique… politique, statistique, économique, sociologique, journalistique…

5. Quant aux penseurs les plus divers, ils tombent pour nombre d’entre eux dans l’hybris intellectuel, qui oscille entre catastrophisme et prophétisme. Sans même parler des chiens de garde dont le flair opportuniste n’est plus à démontrer, passés maîtres dans l’art de se soumettre aux puissances médiatico-politiques, allant jusqu’à vêtir un président néolibéral de lien sartrien et de probité candide (Comment peut-on sainement et décemment affirmer une telle énormité : « Jamais nous n’avons été plus sartriens que sous le confinement mondial » ?)…

 

LIBR-CRITIQUE sous covid-20…

« Il devrait y avoir autant de revues qu’il y a
d’états d’esprit valables » (Antonin Artaud, Bilboquet, n° 1, 1923).

« Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque
où rien n’adhère plus à la vie » (Artaud, Le Théâtre et son double, 1935).

« ce que j’ai à dire
je le lis d’abord
sur une paroi innommable
ce qui a plusieurs sens mais ici on retiendra celui de très sale
dont l’obscénité de sang et de merde vous couvre d’ivresse »
(Dominique Fourcade, Magdaléniennement, P.O.L, mai 2020).

 

La question que pose Jean-Claude Pinson dans son dernier essai, Pastoral. De la poésie comme écologie (Champ Vallon, mars 2020), est des plus légitimes : « L’art est-il sommé de traiter à chaque fois de l’époque dont il est le contemporain ? » L’évidente dimension rhétorique de l’interrogation donne à penser. Et le parti pris de LIBR-CRITIQUE consiste à laisser place au regard rétrospectif et à favoriser une pluralité de lignes de fuite, ce qui explique la grande diversité thématique et formelle. Il n’est donc pas question, comme c’est le cas pour les médias et les réseaux sociaux, de saturer notre espace de covid-20.

Sous covid-20, contrairement à certains blogs/sites dont le titre arbore fallacieusement les coquilles vides « libre(s) » et/ou « critique(s)/critik », LIBR-CRITIQUE accentue sa lutte contre ces sept virus capitaux : éclectisme consumériste/promotionnaliste ; conservatismes politiques et institutionnels ; patrimonialisme ; cuculturalisme ; suivisme ; tiédisme ; irénisme.

Dans le prolongement de notre position que synthétise l’article intitulé « La Place de LIBR-CRITIQUE dans l’espace des revues », plus que jamais il s’agit de viser une radicalité qui, sans rapport avec un extrémisme ou un militantisme quelconque, a trait aux recherches formelles et réflexives sur les questions traitées : contre la littérature des « situations moyennes » (Sartre), contre l’imposture postcritique qui se pose comme dissensuelle pour mieux rejoindre les valeurs consensuelles du demi-monde littéraire (Christophe Honoré plutôt que Valère Novarina !), notre voie est l’irreprésentable / l’innommable et notre état d’esprit est la mise en crise de nos idées sur la vie sociale et littéraire pour adhérer un peu plus à cette nouvelle vie qu’impose une civilisation en sursis.

C’est ainsi que LIBR-CRITIQUE est, non pas dans le post-, mais dans le faire, et dans un faire impétueux qui ouvre les possibles : en plus des chroniques et des NEWS qui se réfèrent à des pratiques exigeantes, les créations à lire/voir/écouter que regroupe le work in progress « covid-20 » vous propose des perspectives diversement libr&critiques (carnavalesque, épidémiK, fakepoetry… Sans oublier les transpoèmes de Laure Gauthier, qui jouent sur la tension entre parole et silence, visuel et sonore).

© 3 photo(montage)s : Philippe Boisnard et Joël Hubaut

24 avril 2020

[Chronique] Andréa-Fatima Touam, Encyclopédie de la domination masculine, par Ahmed Slama

Andréa-Fatima Touam, Encyclopédie de la domination masculine, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 2020, 84 pages, 9 €, ISBN : 978-2-37896-134-3. [Commander]

 

Encyclopédie de la domination masculine, bien singulière encyclopédie que nous avons-là, un peu moins d’une centaine de pages et qui ne manque pas de ressources. Un poème enquête ; une enquête poème. 15 tableaux. Du cinéma au Collège de France, en passant par les médias de masse et les programmes de l’éducation nationale. Pas une question de statistiques, ici, de comptage. L’éprouver cette domination, celle du patriarcat dans et par la langue, et dans les champs de l’art, de la littérature et de la théorie, champs où l’on se vante et l’on se targue de ne voir ni la couleur, ni le sexe, la question de la représentation y étant secondaire, puisqu’on vous dit et qu’on vous répète que la culture (sic) et l’art sont purs.

Visibiliser l’invisible, affadir le visible 

« Je lis les journaux,
vois des films,
lis des livres,
vais au théâtre,
écoute des concerts et blablabla.
J’ai une impression funeste.
Que les hommes tiennent
le haut du pavé.
Les femmes le bas. »

patriarcat qui se dessine au fil des pages, s’épaissit à mesure que l’on traverse les bibliographies, les programmations, les revues, les maisons d’éditions, rendu visible et saisissable au premier coup d’œil par un dispositif tout à fait singulier,

« J’écris les noms de femme en gras pour qu’on les voit mieux.
Je ferais même le contraire de ce que fait bell hooks.
J’écrirais les noms de femmes MAJUSCULES, en gras et en
surligné.
On me dirait que c’est trop. »

… suffit de feuilleter, et s’opère ce renversement, les hommes, partout omniprésents, grisés par leur nombre, leur nom est inscrit, retranscrit en gris, se fondent alors dans la page, subtil renversement de l’invisibilisation, celles qui sont invisibles accèdent à la visibilité par ce gras qui les révèle, et révèle la représentation minoritaire des femmes.

Parité vs Diversité

Nul besoin de grands discours, ni de tirades, suffit de passer les bibliographies, les programmations, les revues par le filtre de ce dispositif. Les références parleront d’elles-mêmes de Libération au Collège de France, en passant par Le Seuil. Et si je reproduisais le même dispositif sur moi, mes écrits du côté de Libr-critique :

Karine Parrot,
Leslie Kaplan,
Jean-Philippe Toussaint,
Mustapha Benfodil,
Pierre Ménard,
Ryad Girod,
Amid Lartane,
Joachim Séné,
Ivar Ch’vavar,
Andréa Fatima Touam

« Quand les femmes sont présentes,
Elles finissent toujours par disparaître.
Quelque part entre existence et inexistence. Être et néant ? »

3 sur 10, encore qu’il me faudrait élargir, accentuer et préciser mon autoanalyse, en cherchant piochant dans les articles en question les références ; je le sais d’emblée qu’elles seront essentiellement masculines, domination masculine.

« J’écoute : aujourd’hui il y a parité.
La diversité, c’est plus difficile.
En tout cas la parité est une volonté politique.
La diversité, personne n’en dit mot. »

Celles qui se taisent, ceux qui parlent

Incorporation du patriarcat, in corpore, dans le corps, de tous et de toutes, et c’est bien ce que l’on serre de près au fil de ce poème, ce patriarcat qui, des petites structures, au plus grandes, influence les productions, les écrits, reproduit en nous et par nous l’organisation sociale patriarcale.

« Je m’intéresse beaucoup à la parole.
Car qui la prend et la garde ?
Qui croit avoir des choses intéressantes à dire ? »

Quand on croît (faire sa croissance) dans un monde où la parole des femmes vaut moins que celle  des hommes, on est peu enclines à la prendre, cette parole, et à la garder, et puis de l’autre côté, quand son sexe et sa classe sont valorisés, on est certain que l’on a des choses à dire. La prise de parole est plus simple, plus douce, la réception, le sera d’autant plus. Il en va de même pour la couleur,

« Les Noirs et les Arabes ? Non, je ne veux pas en parler.
On me dirait que je mélange tout
Comme si les femmes, c’était la même chose que les Noirs et
les Arabes !
Oui mais les femmes arabes et les femmes noires : elles sont
où ? À Pompidou ?
Non, pour les Arabes et les Noirs (et les autres) il faut plutôt
chercher du côté des hommes.
Au fond du couloir à droite.

Pour les femmes, il faut regarder ailleurs. »

Ou regarder chez Andréa Fatima Touam justement, quand elle évoque Lady Macbeth et sa fameuse réplique « unsex me here ! », se l’appropriant, opérant une lecture actualisante. Se laisser entraîner dans et par l’écriture déployée de Touam, et qui porte, nous porte, met en lumière la domination masculine, lui répliquant sans fards ni effets de manche, et ça, ça risque de déplaire « à ceux qui n’aiment les idées [et le poème] que comme ils aiment les femmes : en grande toilette. »

23 avril 2020

[CREATION VIDEO] KORONA-LANTA – ÉPISODE 2

Filed under: créations,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 6:20

L’agence_Konflict_SysTM revient avec une nouvelle création de fakepoetry. Il s’agit d’une réflexion sur le confinement et sa mise en relation avec le système médiatique, issu de Koh_lanta.
L’épisode 2 : L’épreuve du POGO.

22 avril 2020

[Création] Journal de confinement en quête de réseau (2) – Philippe Boisnard

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:02

Nous présentons ici le journal de confinement en quête de réseau, tel que tous les jours il le rédige sur Facebook. Loin de s’appesantir sur des états d’âme, sa réflexion tente d’éclairer ce temps de confinement inter-humain, et les interactions qui s’y effectuent sur les réseaux sociaux. Dans cette deuxième livraison : du jour 10 à 14. [Lire la première livraison]

 

Jour 10 – 6h40 : paradoxe des chiffres
Et on compte, et on décompte, d’unités en multiples, on additionne, on multiplie, on divise et on coefficiente, on officialise, on cumule, on pèse et soupèse, on agrège chiffre après chiffre, on regarde encore, on appréhende les comptes. Au Moyen-Age, le livre de compte s’appelait le livre de raison. Et pourtant dans cet exercice actuel, il semblerait qu’il y ait une double irrationalité à l’œuvre.
Les gouvernements nous ont appris que les additions sont relatives aux ensembles considérés. Par exemple, pour le chômage, il suffit de changer la définition de certains sans emplois pour rectifier un pourcentage de chômeurs. Depuis des années, l’INSEE a vu ses règles modifiées : résultat, le chômage régresse alors que la population sans emploi réelle semble a minima stagner.
La crise du coronavirus apparaît et obéit pour le décompte à une même logique : relativité des ensembles considérés. Et si on ne comptait que les décès enregistrés à l’hôpital ? On retire alors ceux en EPAHD, ceux qui meurent ailleurs. Relativité du nombre. Amoindrissement du compte.
Cette irrationalité en entraîne une seconde .
Tant qu’il n’y a pas de doute, le relatif est perçu comme un absolu. Mais dès lors que l’on doute du nombre, s’immisce la pensée du secret, du mensonge, du complot.
On nous cache le vrai nombre. On veut nous manipuler. On veut relativiser.
L’irrationalité, somme toute naturelle à l’entendement humain, est celle de considérer qu’il y a des causalités cachées. Sont-elles réelles ? Est-ce qu’une telle irrationalité dans le décompte des morts, mais aussi des contaminés, obéit à un projet ? Je ne saurai y répondre.
Mais d’un coup de telles bévues deviennent absolument contre-productives . Car le doute contamine l’imagination et déchaîne un autre décompte, qui, lui, est fantasmatique, sans garde-fou, prêt à se nourrir de toute rumeur.
Franck Thilliez, dans Pandemia, précisait bien que ce qui pouvait devenir pire que la pandémie virale était celle de la peur, propice à détruire plus fortement et durablement tout système social et politique.

Jour 10 – 8h51 : coronoparanoïa.
Quand, lisant un roman policier, cela te semble faire un écho paranoïaque avec ce qui pourrait avoir lieu aux USA.

Jour 11 – 11h20 : docte ignorance
Tout ce que j’écris depuis 11 jours n’énonce qu’une chose : mon ignorance.
Reconnaître que l’on ne sait pas ne signifie pas se taire, mais peut signifier dire non à ce qui voudrait entraîner notre adhésion par facilité, par paresse, par habitude, par contrainte ou menace.
Mon ignorance qui écrit dit non aussi bien aux bruits de fonds médiatiques, qu’aux prises de position, qu’aux antiennes alarmistes, qu’aux imprécations politiques, qu’aux sirènes de tous horizons.
Mon ignorance n’est que question, suspension, pas en arrière pour percevoir et s’interroger.

Jour 12 – 6h49 coronaréalisme : surréalité VS durréalité
Impression de surréalité, la pensée désemparée s’essaie à la saisie de l’événement. Mais celui-ci, implacable, ne trouve d’équivalent que dans la fiction. Dire, raconter, témoigner ne semblerait trouver d’issue que dans ce qui auparavant, en une autre époque (si peu lointaine), s’appelait encore SF, ou anticipation. 
La pensée s’immobilise face à ce constat : le réel est une fiction morbide sans dénouement. Car, contrairement aux films ou fictions sur les épidémies, nous ne sommes pas extérieurs à la réalité diégétique, protégés par un quatrième mur, mais les figurants centraux passifs et impuissants d’un présent immanent. 
Il n’y a pas ici de scénario. Il n’y a pas de schéma narratif, faisant que le happy end sera respecté. Car chaque figurant, chacun d’entre nous est un centre, est l’acteur impuissant qui vit et expérimente cet état de fait. Comment penser un happy end lorsque l’on réalise les milliers de familles déjà endeuillées ? Comment penser un happy end quand l’horizon promis ressemble à une fiction de plus en plus totalitaire politiquement et économiquement ? 
Impression de durréalité et non pas de surréalité. Le caractère fictif du réel n’est finalement que le refus et le mouvement de protection d’une conscience qui ne réussit pas à comprendre l’état de fait auquel elle se confronte. La fiction n’est ni anticipation, ni compréhension, mais l’aveu de son impuissance. Et c’est pour cela que cette production fictionnelle face à ce qui lui arrive, elle en fait tant et tant un rire, des boutades, de l’humour bravache, des remarques cyniques ou comiques. 
La fiction ici ne répare rien, elle suspend la durréalité par une surréalité. La fiction détourne de la cruauté par l’invention hyperbolique de sa propre cruauté comme forme expiatoire, cathartique du réel .

Jour 13 – 7h33
Il faut comparer.
Comparer les taux de développement.
Comparer le nombre de morts entre pays.
Comparer les méthodologies de confinement.
Comparer les thérapies.
Comparer et discriminer.
Comparer les chiffres et les courbes.
Comparer et accuser.
Comparer et juger.
Comparer et donner son avis sur les comparaisons.
Alors que la crise est mondiale, et ne peut qu’ouvrir à une pensée globale, les régionalismes de comparaison fleurissent et emplissent les Time lines des news. Les comparaisons se répandent et donnent comme un droit à pointer du doigt, à ériger des tribunaux d’opinions plus ou moins éclairées.
A lire ce déversement, on se croirait dans une guerre d’entreprises et d’indices quasi financiers. Alors que cette crise nous pose la question du possible horizon en commun, par les logiques d’opposition, de comparaison, se renforcent les régionalismes, les particularismes, les différences.
Dans cet élan, on fait comme si, comme si on avait pu mieux faire. Comme si on avait pu anticiper . Comme si on savait mieux que ceux qui prétendent eux aussi savoir.

jour 13 – 10h12 : Liste de films sur le confinement, l’emprisonnement, la claustration …. (ep. 2)
VIVARIUM – Lorcan Finnegan

Après avoir parlé il y a quelques jours de Plateforme Galder Gaztelu-Urrutia, et en avoir dit tout le bien que j’en pensais, je viens de voir Vivarium.
Vivarium est un film d’enfermement. Étrange, absurde, qui ne répond pas aux schémas narratifs et intentionnels classiques. Il n’y a aucune raison à ce que l’on voit. La question du Pourquoi n’a aucun sens. Et on ne peut que repenser au No reason de Quentin Dupieu dans « Rubber ». La logique n’est pas celle de la causalité diégétique de l’action. Nous sommes dans un film fantastique sans dénouement, qui se replie sur sa propre boucle. La logique est méta-diégétique, elle est celle qui commande la possibilité de comprendre symboliquement ce que signifie cette fable du Vivarium.
Un couple, installé dans la vie, dans une société contemporaine, doit acheter une maison. Suite à la visite d’une agence immobilière, il se retrouve enfermé dans une résidence où toutes les demeures sont les mêmes. Ils ne peuvent en sortir, car étrangement la sortie a disparu. On – jamais on ne saura qui – leur donne pour mission, si l’homme et la femme veulent être libres, d’élever un fils. Celui-ci va grandir selon le rythme accéléré d’un reptile.
Cet enfermement semble métaphoriquement obéir à une logique de production qui s’auto-reproduit. Le garçon, grandissant et devenant adulte en moins d’un an, prendra la place du vendeur immobilier, lui-même vieilli et épuisé en moins d’un an. La description est celle d’une société de l’usure et de la reproduction à l’absurde. D’une société de la production dont on ne s’échappe pas, qui s’étend à l’infini (et je repense à Koltès et à ce qu’il fait dire dans Sallinger sur les banlieues qui font suite aux banlieues, ou bien à Ballard et à ce qu’il a pu développer dans ses nouvelles). Jesse Eisenberg montant sur le toit de son pavillon de banlieue, voit à l’infini les mêmes pavillons s’enchaîner de rue en rue. De même Imogen Poots, poursuivant ce pseudo-fils, va traverser des dimensions (parallèles ? des alvéoles de vivarium ? ), qui appuie la tension d’enfermement de ce monde.
La société est présentée comme un Vivarium, une fausse réalité où on fait se reproduire des individus d’une espèce : ici en l’occurrence des hommes.

jour 13 – 17h17
Freud, L’Avenir d’une illusion : 
 »Mais aucun être humain ne cède au leurre de croire que la nature est dès à présent soumise à notre contrainte, rares sont ceux qui osent espérer qu’elle sera un jour entièrement assujettie à l’homme. Il y a les éléments qui semblent se rire de toute contrainte humaine, la terre qui tremble, se déchire, ensevelit tout ce qui est humain et oeuvre de l’homme, l’eau qui en se soulevant submerge et noie les choses, la tempête qui les balaie dans son souffle, il y a les maladies que nous reconnaissons, depuis peu seulement, comme des agressions d’autres êtres vivants, enfin l’énigme douloureuse de la mort, contre laquelle jusqu’à présent aucune panacée n’a été trouvée, ni ne le sera vraisemblablement jamais. Forte de ces pouvoirs, la nature s’élève contre nous, grandiose, cruelle, inexorable, elle nous remet sous les yeux notre faiblesse et notre désaide auxquels nous pensions nous soustraire grâce au travail culturel. L’une des rares impressions réjouissantes et exaltantes que l’on puisse avoir de l’humanité, c’est lorsque, face à une catastrophe due aux éléments, elle oublie la disparité de ses cultures, toutes ses difficultés et hostilités internes, pour se souvenir de la grande tâche commune : sa conservation face à la surpuissance de la nature. »

Jour 14 – 8h45 : coronanominalité
Sur la Time Line coronacolorée de googlenews, les noms de ceux qui décèdent ou sont en réanimation commencent à se succéder. On ne les connaissait pas vraiment en tant que personne. Mais leur nom était connu, traversant de temps à autre l’espace médiatique, défrayant la chronique, clignotant journalistiquement à propos de tel ou tel événement…. 
ces noms ne sont ni ceux d’amis, ni ceux de proches, ni ceux de parents éloignés dont nous n’aurions plus eu de nouvelles depuis quelques mois ou années. 
Ces noms pourtant, pour certains, renvoient à des instants de vie, ont une autre proximité que celle de l’existence en commun. Ni objet de pensée, ni altérité réelle, ils désignent pourtant des personnes auxquelles nous nous sommes d’une certaine manière attachés parfois : chanteurs, acteurs, politiques, humanité visible au cÅ“ur du spectacle. 
Ces noms qui disparaissent par la pandémie étrangement font sentir parfois à quel point même si nous ne faisons pas l’épreuve de celle-ci personnellement, elle est bien présente et peut toucher tout le monde. Ces noms indiquent une proximité au cÅ“ur de l’expérience du lointain. Car ces noms, pour certains parfois, nous sont intimement liés.

21 avril 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art 2/6

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » prévue demain 22 avril à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le premier volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 2

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : DFE56X).

En France, on peut voir de belles fourmilières chez Dick Deborson ou chez Browne & Khalassian, deux galeries réputées audacieuses, leurs prix également. Rares sont donc les collectionneurs privés qui s’y risquent ; quant aux acheteurs institutionnels, lents etfrileux par nature, ils n’y pensent même pas. Le marché serait-il morose ? Pour les fourmilières, oui c’est difficile, reconnaît Irène Khalassian, mais on peut attendre, Browne a les reins solides. Le rein ! précise-t-elle. Et d’éclater de rire : le fait est connu dans le milieu que Browne n’a qu’un rein (il se raconte que, jeune homme pauvre, il aurait vendu l’autre 160 000 $ à un trafiquant d’organes pour payer ses études de droit et d’histoire de l’art : pittoresque, mais douteux). On sait aussi qu’Irène a épousé en secret son associé (lequel aurait été foudroyé en découvrant, tatoué pour lui sur le pubis épilé de la galeriste, le n° de son compte perso dans une banque suisse !). Mais laissons là ces contes plaisants. De quoi causait-on, déjà ? Ah oui, les fourmilières. Donc, elles ne se vendent pas ? Les Américains et les Allemands ne sont pas réceptifs pour le moment, dit Irène. Peut-être les Japonais ? je demande. Irène sourit (elle doit me trouver particulièrement con). Long silence. Il y a des choses qui se vendent, et d’autres pas, finit-elle par dire. Sans doute. Mais la voilà avec ses fourmilières sur les bras. J’essaie de savoir si les mots art écologique lui parlent et je ne réussis qu’à l’agacer davantage. L’art est une pollution, lâche-t-elle ; une pollution ! Bon sang, c’est évident. Je n’y avais jamais pensé sous cet angle. Et Rainer Browne fait irruption dans la galerie, suivi d’un grand blond vêtu tout cuir, genre SM. C’est Per Bodendorf, dit Browne, un jeune artiste danois sentimentaliste ; il fait des pit-bulls en peluche : notre prochaine exposition ! Grrrrr, fait Per. Irène rit.

19 avril 2020

[Création] Laure Gauthier, TRANSPOEMES « RODEZ BLUES » ou DE LA RELATIVITE DU SILENCE (1 / 2 : du dehors)

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J’appelle transpoèmes des poèmes transgenres qui mutent et migrent, des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture, que j’assemble et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio, parfois de mon téléphone, en différentes situations et différents lieux et qui sont ensuite intégrés à d’autres œuvres, installations et œuvres collectives (musicales, scéniques) mais peuvent aussi être écoutés pour eux-mêmes ou diffusés à la radio ou sur le web.

En période de confinement, j’ai poursuivi mes enregistrements de deux extraits des corps caverneux, un texte poétique que j’écris dans le cadre d’une résidence Ile-de-France : les captations ont été réalisées lors de brèves marches dans Montmartre, de façon systématique entre 16h et 17h, une fois mon autorisation de sortie remplie : rue Caulaincourt, rue des Saules, rue des Abbesses, place du Tertre ou encore impasse Girardon.

Le poème bref repris ad libitum dans des situations différentes est extrait de la séquence « rodez-blues » qui évoque le tourisme de masse, l’exotisme, et se termine par une vision du naufrage du monde et de grande pauvreté émergente par le prisme de la « clocharde du monde », un texte qui est un hommage aux Tarahumaras d’Antonin Artaud. Il a été écrit avant que le covid-19 ne fasse son apparition en France. Il ne s’agit pas d’un texte de circonstance, même s’il est lavé et traversé par une pensée du temps et met en langue les menaces qui pèsent sur l’intime :

Il pleut à rodez
tandis que partout ailleurs c’est le feu
le monde brûle bien quand il pleut
la preuve qu’il y a pluie et pluie
des contrefaçons
Ça ne sent pas la terre
sans orage ni nuage
Ça ne sent pas la terre,
pourtant
j’aimerais la gratter comme les chiens
la gratter pour déterrer
y voir un signe de l’après,
vert

J’ai dit cet extrait des corps caverneux dans de nombreuses situations. Comme dans les autres transpoèmes, la situation jette à nouveau les dés du texte, les silences se déplacent, modifiant la ponctuation, le souffle et la voix se transforment en réaction à l’environnement, faisant résonner le sens autrement et ouvrant d’autres dimensions. Des bribes de conversation, des bruits s’immiscent dans le texte faisant référence à un hors-champ poétique.

La profondeur du champ sonore que l’on perçoit dresse un pont entre le texte et cette nouvelle crise sanitaire, sociale et politique qui apparaît par le prisme de bruits de rue, inhabituels pour un quartier d’ordinaire touristique à un point où l’on ne perçoit normalement que le premier plan des bruits de foules.

Mon projet consiste à capter la mobilité des sons en période de confinement. Les transpoèmes témoignent combien la mobilité des sons est le seul mouvement possible dans cette période recluse où nous percevons le réel via des plans fixes par nos fenêtres comme le montre bien Le Film des instants de Frank Smith. Le son est ce qui ré-apparaît puisque nous avons moins à voir.

Il va de soi que ces bruits de rue sont ceux d’un quartier socialement privilégié et touristique : Montmartre. Entendre le son du confinement au dehors, c’est alors croiser d’autres personnes qui marchent, font leurs courses, livrent des colis, se font contrôler, parlent depuis leur fenêtre ou observent le dehors. On se rend compte de cette relativité du silence. Ce silence du confinement voit émerger des bruits nouveaux, d’habitude recouverts par l’activité commerçante et touristique. Néanmoins, il laisse hors-champ la catastrophe sanitaire, le bruit de la peine et de l’angoisse, celle du travail, ou encore celle des Sans-Domiciles-Fixes qui pourtant sont très présents au regard mais le plus souvent silencieux : c’est une polyphonie partielle, tronquée. La crise sanitaire, politique et sociale, dont l’épidémie est un révélateur, n’est présente que par ces sons, souvent anodins. Néanmoins, c’est précisément ce caractère apparemment anodin des bruits, du pépiement des oiseaux et des bribes de conversations, qui fait signe vers le drame sanitaire et social : ces bruits et ces sons indexicaux racontent une autre histoire. Quelque chose d’anormal se trame là, comme dans une bande son de science-fiction, comme dans des rues trop vides, ou chantent trop les oiseaux. Or comme l’a dit justement Philippe Beck : « la poésie est une science-fiction ».

Le poème extrait de « rodez blues », écrit depuis le présent, qui évoque le monde qui brûle, est un poème de science-fiction ; la bande-son est, elle, un instantané, sortie de l’actualité : entre les deux un écart fructueux qui nous rend vigilants au trop plein et au trop vide. [Photos : © Laure Gauthier]

18 avril 2020

[CREATION VIDEO] Korona-Lanta – épisode 1

L’agence_Konflict_SysTM revient avec une nouvelle création de fakepoetry. Il s’agit d’une réflexion sur le confinement et sa mise en relation avec le système médiatique, issu de Koh_lanta.

17 avril 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (1)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 13:41

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération.
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Ã‰trangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie de l’épidémie s’étale, elle forme anti-corps, se rabat dans les images, s’oppose, grouille avec les peluches de ré-animation, s’étale encore et encore, toute fécale, les orifices goulus qui absorbent l’humus pathogène, là, gluant, fluo, phéromoné, l’humus de masse pousse sous les poils, palette phonétique, flétrissure des splatchs, tension, crispaille organique, jus, toute la flore chaude qui croupit dans la peinture des poèmes contaminés, poireaux volants, phonèmes pré-texte amplifiés et mêlés aux cocottes robotiques alors la peinture est repeinte pour lutter contre les infections autoritaires, reproduction des croix et des flèches positives avec les triangles aigus reproduits, les croix mutantes s’incrustant aux cavités, foie côlon, ovaire, pancréas, vésicules, trous béants et bourrés, pullulement des cloportes électrifiés qui se mêle aux dessins pissant, friture électronique T.V. , contagion des signes enfouis sous la graisse, brassage des abcès avec la viande dans la viande avec le brassage, les cercles saturant les muscles dans les croix engobées dans les cercles, cancer industriel des modèles formatés, rock and roll – fiction avec les triangles et les croix et les cercles dans les pullulements du non-rock and roll contagieux anti-business des poèmes épidémiks, l’épidémie s’engouffre dans la divergence des excitations… /Joël Hubaut, 1976/

15 avril 2020

[Chronique] Jean-Philippe Cazier, Europe Odyssée, par Fabrice Thumerel

Jean-Philippe Cazier, Europe Odyssée, éditions Lanskine, 2020, 48 pages, 13 €, ISBN : 978-2-35963-021-3. [Commander]

« devons-nous mourir ?
devons-nous être tués ?
est-ce cela que dit votre langage ? » (p. 24).

Dans les pays occidentaux, l’heure est au confinement – et non au reniement, hélas, de nos dévoiements. Or, respirer un air confiné nous fait oublier que le confinement est un luxe de propriétaire auquel n’ont pas droit tous les sans-… De quoi nous remuer les sangs si nous avions encore quelque humanité !
Et parmi ces sans- figurent ceux-là mêmes qui jusqu’à présent faisaient l’actualité de nos pays secturitaires, les migrants, ces figurants des pays riches, ces invisibles traités comme des nuisibles, ces fantômes qu’on ne saurait voir car venant de l’enfer, ces silhouettes qui font de l’ombre au tableau de nos divertissements consuméristes…

Ces ombres – innommées en raison de leur situation innommable – font ici chorus pour crier leur détresse et notre scélératesse : le seul traitement qui leur est réservé n’est pas d’ordre humaniste ou médical, mais policier : là-bas, bruit & fureur ; « ici, il faut fuir la police » (44)… Au reste, leur traitement linguistique est révélateur :

« il y a une frontière militaire entre votre langage et notre langage
nous vivons ailleurs que dans votre langage
avec vos mots vous construisez des camps
vous construisons des maisons où vous vivez
comme des soldats en guerre
les mots qui sont les vôtres
signifient pour nous la mort » (23).

Dans nos démocraties européennes, ces mots qui tuent peuvent revêtir les atours de l’abstraction juridique : « le gouvernement français nous traite / comme si nous étions un problème / nous ne sommes pas un problème, nous avons des problèmes » (21). Ou de l’image humiliante : parler de « jungle » pour leur campement revient bel et bien à les assimiler à des animaux sauvages.
Ce nous communautaire et solidaire – que nous avons perdu – se dresse contre un vous oppresseur ; nulle place pour un moi propre, cet autre luxe : « je suis seul je n’ai plus de nom / mon nom est celui d’autres milliers de noms » (42)… Ce je anonyme et choral laisse parfois place aux « je » et « tu » singuliers, mais pour des histoires tragiques, comme celle de cette femme démunie, sans rien d’autre qu’un portable sur lequel, après sa noyade, on a pu lire ce sms qui n’a pu partir faute de crédit :

« mon amour
nous arriverons bientôt en Italie
le voyage a été très dur mais maintenant je suis presque arrivée
c’est le plus important
sois encore un peu patient et prends soin de nos enfants
nous serons bientôt enfin réunis
et ce sera une nouvelle vie pour nous
je t’appellerai dès que je serai arrivée
vous me manquez tellement
tu me manques tellement
je t’aime » (35).

Nulle échappatoire pour ceux qui subissent et « la violence politique » et « la violence économique » (37) : l’odyssée de ces aventuriers s’achève tragiquement en Europe. Depuis un demi-siècle, cette puissance néo-coloniale achète du reste des travailleurs pauvres, qui constituent « les bidonvilles de l’Empire européen » (27). L’Europe-des-Droits-de-l’Homme et de l’Hymne-à-la-Joie est devenue « une zone policière / pour préserver son système abusif » (24).

Typographiquement centré, le texte flue au gré d’une figure phonique régie par un mouvement de contraction/dilatation, comme un chÅ“ur vivant qui se fait écho d’âge en âge. (On songe au chÅ“ur tragique des Aveugles de Maeterlinck, à ceci près qu’ici les « aveugles » c’est nous !). L’agencement répétitif tragique que met en place Jean-Philippe Cazier (ART) traduit parfaitement l’éternel retour des figures de l’Exil/Errance/Exclusion : de 1962 à aujourd’hui, c’est la même Misère en marche, celle des esclaves du Marché.

13 avril 2020

[News] Libr-News

L’interdiction de tout événement in vivo n’empêche pas les RV intéressants, et même galvanise la créativité des acteurs de l’espace culturel : en témoignent nos Libr-brèves… Ensuite, nos rubriques « Libr-ludique » et « Mots-croisés insolubles » (Marcel Navas)…

Libr-brèves

â–º Sur le site de Poema, découvrez « In situ », avec chaque semaine un écrivain à l’honneur : après Christophe Manon, Anne-James Chaton…

â–º Quelques liens pour d’infinies lectures confinées : L’autofictif de CHEVILLARD abrite également un Journal de confinement, Sine die, chronique du confinement (à ce jour, 24 livraisons, en plus d’une « Lettre de Prosper Brouillon ») ; l’atelier ouvert de Joachim Séné, avec plus de 1 100 textes (« Journal éclaté », « Nuits », etc.) ; le blog de Christophe Grossi,  parmi ses Déboîtements, vous propose un « VITAL JOURNAL VIRAL » (pour l’instant, du 15 mars au 11 avril 2020)…

â–º Le dernier numéro de La Vie manifeste, « Comment s’en sortir sans sortir ? » – dont le titre est à la fois un clin d’Å“il à Ghérasim Luca et à un slogan actuel –, vous propose dix Objets poétiques critiques montés et mixés par Emmanuel Moreira : un journal de confinement débouche sur un univers carcéral… une liste de to-do/not to do… De la confrontation des pratiques du pouvoir en France, en Italie, en Russie, en Israël, ou encore aux USA, résulte la constatation que l’état libéral-sécuritaire est devenu la norme occidentale, la lutte contre le covid-19 ayant succédé à la lutte contre le terrorisme… la prosopopée coronarienne permet une diatribe contre la mondialisation… On y trouve encore un montage de voix critique, des chansons, avec en particulier deux détournements (une comptine et le Chant des partisans)… Bref, dans la position de son choix, vite on écoute…

â–º Évidemment, si vous tapez le nom de ce lieu, même correctement orthographié en deux mots, vous allez immanquablement tomber sur des pratiques agréables certes, mais qui n’ont rien à voir… Or, ce serait bien dommage, car il y a à voir et à écouter dans cette nouvelle revue lancée par six femmes créatrices (Brigitte Baumié, Béatrice Brérot, Flora Moricet, Madeleine Pénigaud, Fanny Riou aka Farhann et Esther Salmona) : « Curieuse de toutes tentatives littéraires pour faire bouger ces lignes, cunni lingus, est une revue poétique, queer et féministe pour laquelle le corps, la langue, la poésie émettent des messages éminemment politiques que personne ne peut ignorer ». Cette phrase est extraite d’un manifeste, pratique poétique qui revient peu à peu – qu’on se doit de lire.

Du masculin et du féminin, donc, mais plus largement : de la multiplicité et de l’inventivité du vivant… Du point de vue poétique, biologique et linguistique. N’oubliez pas d’écouter les textes de Gertrude Stein, Virginia Woolf et Béatrice Brérot.

« Mais que font le genre et la langue à la poésie ? »Â â€“ oui !

Libr-ludique…

â–º Devinette proposée par notre contributeur Daniel Corona – dont la série « Essor de la fourmilière d’art » va se poursuivre jusqu’en mai.

Mis à l’isolement forcé pour cause d’épidémie, ce roi est devenu fou… il s’agit de
1 – Louis II de Bavière
2 – King Lear de Stratford sur Avon
3 – Marcel 1er de Navacelles

â–º Patrick Beurard-Valdoye recommande ces deux modèles de masques pour courses en grandes surfaces, en cas de pénurie en pharmacies, et dans l’attente de la réouverture des cabarets. [© Marcel Janco]

 

Marcel Navas, MOTS CROISÉS INSOLUBLES

Problème n° 3

Horizontalement

  1. On ne les verra pas davantage si on les prie d’aller se faire voir ailleurs. – II. Grand-père soi-disant fondateur de la maison mère. Divertissement qui a surtout la valeur d’un avertissement. – III. Liste des commissions. Commissures des lèvres. N’a pas pris une ride. – IV. Objet d’usage courant qui pourtant ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. – V. Il ne perd pas son temps mais il ne le donne pas non plus. Liaison capitale. – VI. Même coupé, la barbe ! Dès lors qu’il fait souche, il n’est plus tout à fait un homme-tronc. Bas morceau du cochon. – VII. S’il n’était pas tombé de la dernière pluie, il ne se serait pas évaporé comme ça dans la nature. – VIII. Sa laideur ne l’a pas empêché de finir en beauté. – IX. Propos de table qui ressemblent à des salades d’avocats. – X. Il ne faut pas manquer d’air pour penser à y faire son trou. Chemin de croix de la couturière. – XI. Une fois qu’ils ont la bague au doigt ils perdent la tête et s’en est fini pour eux de la belle vie. Espéranto des bovidés. – XII. Même gâteux, il est encore capable de créer la surprise.

Verticalement

  1. Elles rongent leurs freins dans des goulots d’étranglement. – 2. Grand amateur de professionnelles. Produit du soulagement. – 3. Elle prétend souvent qu’elle n’est pas cuite mais elle est rarement crue. Conquête spéciale. – 4. Auteur de romans policés. Il n’a rien dans le crâne mais se permet quand même de faire front. – 5. Vieux sacs où le tapissier garde ses semences. – 6. Rend fiévreux les chercheurs. Quand on ne l’a pas sur les bras, on l’a dans le dos et ce n’est pas mieux. Début d’un amour fou. – 7. Pas réputées pour se serrer la ceinture de chasteté, au contraire. Spécialiste en généralités. – 8. Poussé à la roue. À peu près aussi utile qu’un gynécologue chez les anges. – 9. Brillant sujet. Il faut qu’ils prennent des gants mais sûrement pas des moufles. – 10. Éclaire les égarés de jour comme de nuit. Il n’a jamais assommé personne en dehors de ses heures de service. – 11. Il faut les multiplier pour aboutir à une conclusion. – 12. Il a compétence pour chapeauter les manÅ“uvres du général hiver. Vin de kermesse.

[Création] Journal de confinement en quête de réseau (1) – Philippe Boisnard

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(Nous présentons ici le journal de confinement en quête de réseau, tel que tous les jours il le rédige sur Facebook. Loin de s’appesantir sur des états d’âme, sa réflexion tente d’éclairer ce temps de confinement inter-humain, et les interactions qui s’y effectuent sur les réseaux sociaux. Dans cette première livraison : du jour 1 à 9).

Jour 1 : déjà qu’avant je passais du temps à lire les posts des autres, maintenant il n’y a plus que cela à faire. Le temps se réduit à une time Line en perfusion. Comme une ligne de coke, Facebook sera définitivement ma came. Ligne après ligne après ligne. Ma paille est l’écran, ma poudre les mots sniffés indéfiniment. Pas de souci de pénurie. Le confinement nous donne l’opportunité de nous rapprocher par ce lien social. Il n’y a plus que cela, post après post, gloser, moquer, jouer de la blague.

Jour 2 : trouver la bonne joke. Opportunité de visibilité. Celle qui fera bien rire. Trouver l’angle pour déglinguer quelques pairs qui ne répondront pas, car en fait on ne se connaît pas, et si moi ils m’énervent je ne suis rien pour eux. Jeux des cours, jeux d’échelle. Ça coûte rien d’essayer de là où je suis de toute façon, mes friends likers sont comme un miroir. Facebook c’est le réseau social sans extériorité. T’as rien à craindre, c’est imperméable et quasi anti-troll. Et puis il y a matière à écrire puisque tout le monde n’a que cela à faire, puisque tout le monde s’ennuie en réseau social, en lisière sociale, puisque tout le monde avec le confinement n’a plus qu’à écrire ses états d’âme, sa léta-vie d’exode ou de reclus. Le réseau social en temps de confinement c’est comme une litière pour chat : c’est là qu’on va chier son existence quand on est enfermé et tourne en rond. Bonne décision redoubler la morbidité du confinement en s’enfermant dans la boîte à satire.

Jour 3 : publier un post un peu méprisant et un rien cynique. Et surprise, être liké comme je ne l’ai jamais été auparavant ! M’en étonner dans un nouveau post pour être encore plus liké. Et redoubler la surprise en soulignant une ou deux stars médiatiques qui ont été amusées par celui-ci. Ma notoriété décolle, le confinement est une bonne caisse de résonance puisque tout le monde est assujetti à la seule proximité qu’offrent les réseaux ! Chacun son commerce, je fais boutique de boutade et j’obtiens mon public.

Jour 4 : professionnaliser tout cela, histoire d’engranger de la notoriété. Sait-on jamais qu’on sorte un jour de ce marasme, faudrait pas perdre tous les avantages induits par la nouvelle position sociale d’influenceur de réseau. Après la litteratube, la facérature de confinement : ou comment Facebook devient le carnet de moque ! Si j’assure bien, j’aurai mon éditeur en fin de crise, cela frise le marché noir, l’écriture de contrebande.

Jour 4 : De la continuité pédagogique.
Je regarde la petite tête blonde qui tourne en rond toute la journée, qui s’agite. Et devoir inventer des devoirs.
 Résoudre les problèmes : 
Soit une population de 322 456 personnes, sachant que tous les jours 3 personnes sont infectées par le coronavirus, combien seront rescapés au bout de 15 jours ?
Calcul de fraction : 
1/8 de 2592 personnes tombent malade, combien cela fait-il en tout ?
Géométrie, si le diamètre de protection contre le coronavirus est de 3m, combien faut-il de mètres carrés pour contenir 9 personnes ?

Jour 5 :
Revoir La Nuit des morts vivants de Romero 1968. Et réaliser que l’annonce du confinement a retenti depuis 51 ans. Depuis 51 ans que Romero a prévenu de la catastrophe et me dire que je dois mener l’enquête de cette Night en passant par Zombi jusqu’aux questions géopolitiques levées par World War Z ou bien éthiques et existentielles de Walking dead. Journal de confinement pour Living dead, pour compréhension maximale de notre propre effondrement. Journal de notre finitude, de la ruse de la nature, de son autopréservation… extinction rébellion : la devise de Deus sive Natura. Peut-être nouveau cycle, après le climax désopilant du XXe siècle, la blague de la circularité finie des ressources et bénéfices, taxes et goupillons compris. Dès Aristote : toute espèce est mortelle. Non par accident mais par essence. Et repenser à tous ces films qui parlent de contagion, de virus et de pandémie. Ouvrir l’enquête : et voir les mobiles de cette extinction rébellion jusqu’à Avengers et Infinity war.

Jour 6 : à propos du rire…
Tant de jokes au km sur Facebook, incantatoires, dilatatoires, outrancières par delà le ciel, et on se moque de la mort, et on rit de la pandémie, images, vidéos, jeux de mots, on oublie par le rire, on se défie par le sourire, on note notre néant par le je m’en foutisme, cap ou pas cap, cap au pire ! Il n’y a plus rien de pire !

Jour 6 – 6:32 :
Repenser au Désert des tartares de Buzzati. Être là, regarder au loin le ciel et les premières lueurs de l’aube et attendre. Les métaphores martiales se vendent bien, elles attisent l’imaginaire. Et je repense aux textes de Jean-Michel Espitallier sur la guerre. Mais où est la ligne de front ? Où sont les combats ? Chaque être malade est en lui-même le terrain du conflit biologique. Micro-guerre infra-cellulaire, lymphocyte contre viralité en crise de vitalité, variation génétique dans l’acoustique silencieuse d’immunité en crise.
Le langage se prête à ses mutations. La contagion est aussi une métamorphose des dires. Ce qui serait à reprocher peut-être aux journaux de confinement des stars littéraires dénoncées depuis quelques jours ce serait cela : leur faible porosité aux mutations. Leur assurance d’être dans la sécurité de leur propre langage, de leur monde détaché de toute réelle causalité de la propagation. Rien ne semble les toucher. Repenser à l’attente et savoir qu’être loin peut nous amener à nous tenir dans la proximité la plus cruelle . Sentir ses mots changer comme l’on sentirait son corps atteint par les syndromes de la maladie. Éthique de l’hypocondriaque : être contaminé dans la conscience, sentir le front de la contagion nous habiter et ressentir la métamorphose de nos mots.

Jour 6 – 9h35 : coronarsenal made in USA
Aux États-Unis depuis le mythe du Western, tout se résout avec une arme à feu. Tout ennemi identifiable peut être ainsi décimé par tout un chacun. Logique de guerre, vocabulaire l’article, l’Américain face au coronavirus s’arme. Les queues s’allongent. Car l’arme est un bien essentiel. Mieux que le médicament, mieux que le confinement ! American Nightmare, en prédisait le temps : le confinement est insuffisant sans le PM Ingram, l’UZI ou la 22 mythique de John Wayne. Chacun ses armes, diront-ils, mais la balle risque d’être bien grossière pour shooter chaque virus .

Jour 6 – 12:06 : coronachronos
Parce que 135 € cela fait cher le footing, j’adopte le mouvement du coronavirus pour mon footing dans mon espace confiné de proximité !

Jour 6 – 16h54 : tous experts !
Les temps de crise ont ceci d’extraordinaire, c’est que tous se revendiquent experts. Expert en géopolitique, expert en médecine, expert en maladie infectieuse, expert en épidémiologie, expert en gestion de crise. expert en sémantique et sémiotique du pire. L’expertise labile lapide les autres experts malhabiles. L’expectative n’est rien pour l’expert, car la réponse anticipe la question, et l’enterre.

jour 6 – 19h13 : Liste de films sur confinement, enfermement, claustration… (ep. 1)
Après voir vu Plateforme de Galder Gaztelu-Urrutia, sur Netflix, histoire de confinement, étage après étage. Métaphore d’une société, où l’ordre se fait par la hiérarchie de ceux qui ont accès au repas du niveau 1 au niveau 333. Métaphore au carré : voir un film sur le confinement pendant un confinement. Et repenser à Cube. La question du trajet, de la sortie. Horizon. Ce qui m’a touché dans cette fiction, c’est la question du message. Le message ? celui qui doit être envoyé au niveau 0, à partir des tréfonds, le niveau 333. Il s’agit d’un enfant. Rien d’autre que cela. Un enfant : le signe du futur. Alors que le film met en évidence l’opposition marxisme/capitalisme, comportements humains aveugles, in fine, il ne s’agirait que de cela, en forme d’énigme : le message est l’enfant. Dans Cube, en quelque sorte c’est la même chose : c’est le simplet. Les experts de toute obédience se battent, mais l’énigme reste la possibilité de ce message à nos générations futures.

Jour 7 – 7h17 : coroNOtime
Parfois dans nos discussions nous utilisons l’expression : « À l’époque ». Il s’agit de désigner un temps qui n’est plus. Souvent un lointain revenant au détour d’un détail du dialogue, d’un fait actuel rappelant ce qui avait été oublié et laissé au passé.
Sensation étrange ces derniers jours de ressentir de nombreuses fois que cette expression « A l’époque » ne renvoie plus au lointain mais à une période proche.
Hier soir, parlant avec mon amie d’un tournage ayant fini début mars, nous avions l’impression que c’était une autre époque de notre vie. Que beaucoup de temps s’était écoulé depuis . C’était à l’époque, cet autre temps, celui d’avant le confinement, de cette suspension historique du temps de pandémie.
Un événement peut d’un coup briser toute linéarité du temps. Souvent ce type d’événement est individuel ou ne concerne qu’un petit groupe. Ici cet événement concerne des nations entières.
C’est l’une des premières fois de ma vie que j’ai l’impression de faire cette expérience de la rupture : et de percevoir une césure nette entre deux périodes temporelles.
Dire « À l’époque » me semble marquer une démarcation tranchée entre maintenant et il y a 15 jours.
Mais est-ce que le temps retombera comme avant ? Est-ce que ce qui a lieu et qui interroge tant de nos pratiques – aussi bien en tant que consommateur, artiste, travailleur, zélateur de ce système – remettra en jeu l’intention alité de nos existences après coup ?

Jour 7 – 13h23 : coronamédicalité
Il n’y a pas de médicaments miracles. Et ceci au sens humien. Dire qu’il y aurait un médicament miracle serait penser un effet du médicament s’échappant de toute causalité physico-chimique. Ce serait nier dès lors sa généralisation médicale sous le coup de la seule efficacité incantatoire. Un médicament n’est jamais miraculeux. Il est efficace et ceci peut être établi. Le discours de Hume, dans son Traité de la nature, nous prémunit de la mauvaise croyance, celle qui est liée à la passivité, et ne s’en remet qu’à l’espoir de l’ordre magique. Il y a dans la contamination des discours une telle mécanique : s’en remettre à la seule incantation d’un ordre absolument métaphysique.

Jour 8 – 6h14 : paradoxe virale
À la fois si loin de tout et cette sensation chaque jour plus forte d’être attaché de plus en plus fortement à ce déroulé pandémique. Jeu du confinement et de la pensée surexposée au coronavirus.
Je me lève, de là où je suis, loin de tout, tout devrait être à distance. Et pourtant, inlassablement chaque jour se sentir de plus en plus touché par cette vague. Non pas celle réelle de la pandémie, car ici à de rares exceptions nous ne croisons pas d’autres hommes, mais celle portée par les mots, par les témoignages, dont ce décompte des heures d’Antoine Germa, qui raconte la tragédie qu’il perçoit en Lombardie. Impossibilité de se détourner, de ne pas être confronté à cet événement. Comme s’il s’agissait d’une tumeur devenant de plus en plus impérieuse et magnétisant chaque mouvement de la pensée.
Paradoxe du corps qui se constitue des deux scènes : matérielles et spirituelles, qui enchevêtre et tisse le vécu de ces deux pôles.
Porosité de l’existence à ce temps historique, impossibilité de l’abstraction de la pensée à ce vécu de sens dont je ne fais pourtant pas l’expérience. Réaliser qu’il est impossible d’être isolé, de se détacher, de penser à autre chose .
Réaliser que tout ce qu’on lit, que cela soit sur les réseaux sociaux, que cela soit sur le fil des news de Google au quotidien, ne concerne plus que cela.
Le coronavirus est comme un trou noir pour le langage : toute énonciation est irréversiblement aspirée par ce noyau de sens, par ce virus dont pour la plupart nous n’en avons que l’idée, vague, approximative, fantastique.

Jour 8 – 8h48 : 
Et il faut y aller de son commentaire. Langage conjuratoire, il faut parler pour exorciser, il faut juger pour exister dans cette suspension. Dire de tels docteurs, dire de tels politiques, dire car ce n’est pas ce qui est dit qui importe, mais le simple fait de dire. Dire c’est encore exister. Dire c’est emplir le vide qui creuse le dedans. Dire c’est se déporter du confinement. Dire c’est reboucher le trou des interrogations sans réponse.
Alors tout le monde parle. Tout le monde s’arrête au micro-phénomène pour se détourner de ce qui a lieu et qui laisse impuissant.
Car la crise est celle de l’impuissance. D’un occident impuissant face à lui-même, face à l’inexorable dont cette crise ne semblerait être qu’une métaphore.
Parler et dire c’est comme être Dorian Gray : ne pas voir à quel point notre portrait se putréfie.

Jour 8 – 19h43 : 
Comme le glas de mon horizon journalier : suivre le nombre de cas recensés et de mort, en France, Italie, Espagne …
pensée de morbidité ? Est-ce pour ressentir à quel point cette crise est grave ? Quelle causalité à s’infliger cela ?
Neil Postman, dans Se divertir à en mourir, exprimait comment les news lointaines pouvaient nous divertir …. là le nombre de décès agit comme la pression sur la frontière de mon existence.
Elles viennent de rentrer. Ont vu un magnifique coucher de soleil et je n’ai en tête que les chiffres italiens qui viennent d’être diffusés : 743 morts….
Tout vécu se réduit-il et devra-t-il se réduire à ce que nous vivons collectivement ?
Depuis que je travaille sur la question de la posthumanité (2014) en art, impression que toute mon existence ne pense plus que cela : la puissance de l’après absorbant l’énergie du maintenant.

jour 9 – 10h43 : coronodictaviralité
En une autre époque, il y a de cela encore peu de temps, à peine une trentaine de jours, on stigmatisait le pouvoir politique français comme dictature, notamment dans les courants des gilets jaunes, ou encore chez les grévistes.
Or, depuis maintenant 10 jours nous y sommes et ceci au sens strict, romain du droit : nous sommes dans une magistrature d’exception, donnée pour un temps donné, afin de garantir et réinstaurer l’ordre en temps de crise.
Et, alors que nous assistions à la surenchère des accusations des décisions de l’état, il semblerait bien que le silence face à cette dictature soit général, hormis ici ceux dont la vigilance reste en alerte, tel Johan Faerber, qui inlassablement scrute les décisions de ce gouvernement, notamment du ministre de l’EN.
Que signifie cet état de dictature, que beaucoup applaudissent, voire pour un certain nombre espère encore plus strict ? Si en effet, à Rome, la dictature était un état de droit, que l’on pouvait craindre, le dictateur gardant le pouvoir et maintenant l’état d’exception, qu’est-ce qui nous garantit actuellement que certains principes actés ne soient pas définitifs, à savoir amènent que l’état d’exception devienne ensuite un droit commun ?
En parallèle de nos craintes face à la pandémie, ne devrions-nous pas aussi réfléchir à cette question du cadre politique de nos existences, et nous méfier de nos propres emballements face aux décisions qui sont décidées dans l’urgence et sans recul ?

12 avril 2020

[Création] Julien Blaine, (Y) >>>>

Ce temps de CON-finement a rappelé à Julien Blaine cette litanie du CON : performance à la Friche de la Belle de Mai (Marseille) en 2007, avec les « vénérables » Adèle Jacques & Hortense Gauthier ; Performance recréée avec Philippe Boisnard (création multimédia) et Hortense Gauthier (performance) dont les images sont issues. (© images : Marie Poitevin & Philippe Boisnard – performance de Poésie Action Numérique au Musée d’Art Contemporain de Marseille – 2009).

Con descendant 

Con sensuel   

Con cassé                                                                                                                             

Con cave

Con cédé

Con centré

Con cerné

Con chassé

Con çu

Con cierge

Con cis

Con citoyen

Con corde

Con courant

Con créé

Con cupiscent

Con damné

Con denseur

Con digne 

Con disciple

Con dor

Con doublé

Con fédéré

Con fesseur

Con fier

Con figuré

Con firme

Con fondu

Con formé

Con fort

Con frère

Con futé

                                                                                                                                                                                                                                                  

                                                                                                                                                                                                                                                       Tantôt écouter le bruit

                                         Tantôt regarder l’image

                                        Tantôt renifler le parfum

                                        Tantôt tâter la muqueuse

                                         Tantôt goûter le jus

                                         Tantôt devin er le désir

 

 

Con Gelé

Con génial

Con globe

Con go

Con gréé

Con gru

Con joint

Con juré

Con nu

Con naturel

Con étable

Con nin

Con noté

Con que

Con quête

Con sacré

Con sanguin

Con science

Con scient

Con seigneur

Con sentant

Con senti

Con séquence

Con serviteur

Con sidérant

Con signé

Con sister

Con sœur

Con sole

Con sommé

Con sonnant

Con sonne

Con sort

Con  stable

Con stance

 

Tantôt écouter-z le bruit

Tantôt regarder-z l’image

Tantôt renifler-z le parfum

Tantôt tâter-z la muqueuse

Tantôt goûter-z le jus

Tantôt devin er-z le désir

 

 

Con tact

Con tempéré

Con temple

Con tenant

Con tendant

Con tenté

Con tenu

Con texte

Con fondu 

Con tourné

Con tracté

Con traint

Con traire

Con tranché

Con tribue

Con trit

Con trouvé

Con troversé

Con vaincu

Con vassal

Con venu

Con vent

Con versé

Con vexe

Con vié

Con vocable

Con volé

 

Tantôt écoutez le bruit

Tantôt regardez l’image

Tantôt reniflez le parfum

Tantôt tâtez la muqueuse

Tantôt goûtez le jus

Tantôt devinez le désir

 

 

Com pote

Com bat

Com battu

Com mandé

Com mandataire

Com mettant

Com missionné

Com mué

Com pagne

Com parable

Com parant

Com paru

Com passé

Com passion

Com pâtissant

Com patriote

Com pensé

Com père

Com pétent

Com pilé

Com plainte

Com plaire

Com planté

Com porté

Com posé

Com potier

Com pris

Com pressé

Com primé

Com promis

Com table

 

Tantôt écouter-z le bruit

Tantôt regarder-z l’image

Tantôt renifler-z le parfum

Tantôt tâter-z la muqueuse

Tantôt goûter-z le jus

Tantôt deviner-z le désir

10 avril 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art 1/6

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » prévue le 22 avril à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir la dernière création de Daniel Cabanis sur LIBR-CRITIQUE]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 1

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : AKL32R).

Rien ne distingue une fourmilière d’art d’une fourmilière ordinaire, si ce n’est le prix. L’ordinaire ne vaut rien (ou juste les frais). Celle d’art est beaucoup plus chère. Le lendemain (le lendemain de quoi, je ne sais plus), j’en parle avec Mme Jaks qui aimerait acquérir une œuvre d’art contemporain, une sculpture de préférence. Elle ne sait pas ce qu’elle veut, de quoi il retourne, tenants et aboutissants : elle n’y connaît rien et me fait confiance. S’il faut, je te paierai pour ça, me dit-elle. Je suis surpris et déstabilisé. Pourquoi, brusquement, se met-elle à me tutoyer ? Ai-je couché dans son lit la nuit dernière, et si oui, avec elle ? Où étais-je hier soir ? Brouillard. Aucun souvenir. Mais, sûr : je ne suis pas son neveu ni son valet de chambre sympa. Donc, admettons qu’elle m’ait violé. C’est-à-dire : d’abord soutenu, soigné puis requinqué après une terrible biture, et ensuite seulement abusé en douceur, avec force tutoiements murmurés. Gentil, tout ça. Est-ce crédible ? Eh oui : c’est bien ainsi que parfois les familiarités commencent entre gens soi-disant bien élevés. On y voit plus clair à présent. Oui. Un peu. Passons sur les ombres. Quand même, quelle nuit ! Maintenant, Mme Jackline Jaks (un double coup de fouet, son nom, qui m’impressionne) ; bref, elle va et vient dans le vaste salon de sa belle demeure. Elle médite, jauge l’espace disponible, modifie en pensée la disposition des meubles. J’allume une Nième cigarette. Enfin, pointant du doigt le centre exact de la pièce, elle dit : Là, au beau milieu, c’est la meilleure place, non ; qu’en dis-tu, idiot ? C’est l’endroit idéal, je dis ; car ce n’est pas le moment de chipoter. Sur ce arrive un grand type en combinaison d’apiculteur : M. John Jaks, le mari. Pour la fourmilière d’art, dit-il, ça me va, je suis pour, tu nous diras ton prix. Tiens, il me tutoie lui aussi ! Vas-y John, te gêne pas.

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