Libr-critique

30 avril 2007

[Livre] La vérité, jusqu’à la faute de Jean-Paul Michel

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jp_michel.jpgJean-Paul Michel, La vérité, jusqu’à la faute, ed. Verticales, 117 p. ISBN : 978-2-07-078345-8, 12,5 €.
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
S’il était donné à l’auteur de former un voeu pour ces pages, ce serait qu’elles rendent un peu la surprise des vérités vécues, sans autre soucié que de concision et d’intensité.
Jean-Paul Michel est né en 1948. Fondateur et directeur des éditions William Blake & Co, il est l’auteur de plusieurs volumes de poésie. La vérité, jusqu’à la faute marque chez lui un passage nouveau à la prose.

Premières impressions :
Il y a de cela quelques mois, j’avais présenté : “Pour moi dit-il, hélas j’écris avec des ciseaux” Via di levare, entretiens de Michaël Sebban [ici] en montrant en quel sens il y avait une opération poétique précise dans le travail de Jean-Paul Michel [ici]. La vérité, jusqu’à la faute, revient largement sur le rapport de Jean-Paul Michel à la poésie et l’art. Il s’agit de montrer, de quelle manière pour lui, l’écriture et l’art se rapprochent d’un acte de foi, qui implique nécessairement de faire surgir pour ressentir une forme de vérité et de beauté, le négatif, le mal, la catastrophe : « Les artistes déforment leur visage pour toucher. Ce sacrilège est nécessaire ».
La faute comme nécessité pour s’ouvrir à ce qui dépasse l’homme, le Destin, ce que l’on pourrait appeler « Divin » sans que cela soit réductible d’aucune façon à la religion, mais « Divin » au sens de cela qui ne fait plus signe par exemple chez Hölderlin, dans la dernière version de Patmos. Jean-Paul Michel, à partir de ses annotations en prose, témoignent ainsi intimement de ce travail sur soi de l’écriture comme ouverture à ce qui déborde, comme trace aussi de cela qui déborde en soi, car « l’écriture n’est pas là pour dire. Elle est là pour être ». Il montre comment, une forme de pureté est liée à l’écriture, une forme de sainteté, mais au sens bataillien d’une sainteté qui traverse l’opacité la plus noire du réel et de soi : « L’abjection n’est connue que des saints » « La sainteté ne peut naître que d’une relation limite à l’horreur ».
Un livre très fort sur l’expérience poétique des limites./PB/

27 avril 2007

[Vidéo] Ursonate de Schwitters par Christoph Bruneel et Peter Arthur Caesens

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ursonate.pngA l’occasion de l’exposition de Christoph Bruneel et Bruno Groensteen, dont le vernissage aura lieu le 28 avril au 28 rue du Chemin de fer à Mouscron [Belgique], nous mettons en ligne une lecture faite par Christoph Bruneel et Peter Arthur Caesens.

C’était en mars 2004, lors d’un petit salon des éditeurs indépendants du Nord [Nord de la France + Belgique] organisé par l’association Trame-Ouest au Centre Noroit, Christoph Bruneel, qui co-dirige avec Anne Letoré les éditions L’âne qui butine, et Peter Arthur Caesens, interprétaient l’Ursonate de Kurt Schwitters.

Nous vous conseillons aussi vivement le vinyl « Les archives sonores : on fera plus la prochaine fois… » du COLLECTIF 3-WERF où l’on trouve notamment une version de l’Ursonate – double LP édité par l’Ane qui butine sur Metamkine

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26 avril 2007

[Livre] Raison basse, anthologie coor. par François et Mathias Richard

raison_basse.jpgRaison basse, coll., éditions Caméras Animales, 254 p. ISBN : 2-9520493-5-1, 16 €.
[site des éditions]
[commander le livre]
avec : Nikola Akileus, Manuel Aubert, Ariane Bart, Philippe Boisnard, Khalil Boughali, Lucille Calmel, Pierre Charbonneau, Raphaël Charpentié, Sylvain Courtoux, Elie Delamare-Deboutteville, Pierre Escot, Fapeyla, Guillaume Fayard, Daniel Giraud, H.C. Jones, Ly Thanh Tiên, Gilles Maté, Joachim Montessuis, neR, Didier Ober, Charles Pennequin, Tristan Ranx, Maurice Regnaut, François Richard, Mathias Richard, S/U/N, Stéphanie Sautenet, Christophe Siébert, Charles Simon, Denis Soubieux, Thierry Théolier

4ème de couverture :
Anthologie déviante
Raison basse est un syntexte*, une compilation de shoots de pensée soigneusement sélectionnés, et assemblés en un vortexte filmique protéiforme.
Amoncellement, jonction, grouillement de Déviants, anthologie ultra-subjective (incomplète), Raison basse est un plan ne correspondant pas aux chapelles existantes de la littérature. Il réunit 30 auteurs très différents (net-écriture, lettrisme, hyperlittéralité, beat generation, « classiques », et surtout : inclassables), dans un effort de cristallisation du meilleur des écritures contemporaines, de rassemblement des forces éparses de la poésie, de la littérature, d’en accorder les singularités ; dans un effort de recomposer une avant-garde, ou, du moins, de recomposer, de proposer, ce qui peut-être aujourd’hui manque le plus : un nous.

Mort, ou dissolution et évolution, des genres connus
Issu d’une passion et d’un rejet absolus, Raison basse participe d’un terreau pour une création et pensée libres, dégagées du formatage de genres littéraires périmés depuis longtemps.
Aux racines des courts-circuits, l’écriture rampe. Caméras Animales privilégie la notion d’écriture à la notion de genre, et par Raison basse souhaite définitivement entériner la mort de genres littéraires périmés depuis longtemps.

Pour une littérature mutantiste
Caméras Animales est une cellule de recherche sur les devenirs-multiples de l’écriture.
Raison basse explore la lycanthropie, le mutantisme à l’Å“uvre dans l’écriture, sa reptation-alien, sa capacité à évoluer dans tous les sens par torsions et bonds psychiques. Chacune des pages de ce livre est issue d’une singularité à vif qui s’engouffre dans la brèche d’une forme, d’une pensée, d’une perspective, d’une ligne de traversée, dont elle pousse et exploite les possibilités au maximum. Nous militons pour les émotions étranges, la psychodiversité. Pas d’esthétique uniformisée mais des singularités qui plongent au fond de leurs logiques dissemblables (dont l’aventure, la prise de risque, elle, est commune). La révolte, le saut, ne se trouvent pas dans une Révolution momentanément impossible, reportée sine die par l’hostilité du monde, mais dans des faisceaux de mutations audacieuses, désespérées et fécondes.

Bref, pour qui sait dé-lire, ceci est à vocation explose-tête ultime.

Cam_An 2007

[* ou syn-t.ext, ou syn-t.exp, ou syn-t.exe, ou syntex]

Premières impressions :
Les éditions Cameras Animales ont montré depuis leur création, à quel point, loin de toute littérature facile, de fast-reading, ou de publication d’easy-writing, ils s’attachaient à chercher, publier et défendre des littératures minoritaires, littératures parallèles. Cette exigence ne provenant aucunement d’une lubie, mais étant liée au parcours des deux éditeurs, car en effet avant de devenir éditeurs, Mathias Richard et François Richard sont d’abord écrivains, oeuvrant en liaison avec les expériences littéraires qui s’échappent de l’édition conventionnelle. On peut ici rappeler l’exigence du travail de Français Richard, exigence qu’il m’a été offert d’apercevoir dès les années 2000-2001, à partir de manuscrits qu’il m’a permis de lire, exigence qui a abouti à la publication chez Voixéditions de Vie sans mort, texte portant en lui la prolifération d’une pensée en crise tétanique d’existence.
Avec Raison basse, ils poursuivent en un certain sens le travail commencé avec la publication de Crevard baise Sollers de Thierry Théolier, livre auquel j’avais consacré une chronique vidéo [ici]. Avec le livre de Thth, ils indiquaient comment à partir d’un flux de listes de diffusion, de textes écrits sur blog ou sites, pouvait se créer un univers littéraire particulier proposant de nouvelles problématiques tant au niveau de l’écriture que de la lecture. Avec Raison basse, d’emblée, ils l’expriment, nous faisons face à un syntexte « compilation de shoots de pensée » qu’ils saisissent dans des flux de productions divers : aussi bien à partir de listes de diffusions [cu_cu_clan, compost] que de manuscrits non publiés, que d’expériences littéraires publiées sur site.
Le but d’un tel ouvrage, s’il est bien de créer une forme dynamique évolutive qui traverse l’ensemble du livre, toutefois, il tend aussi, et surtout à montrer les possibles mutations de la pensée/écriture en contact du monde, en contact d’autrui, en contact avec elle-même. Au lieu de tendre vers la réduction des possibles selon les normes de la communication et de ses principes historico-culturelles et économiques, cette anthologie propose des gestes de pensée qui, s’ils ne prétendent pour eux-mêmes à aucune authenticité, cependant se proposent comme des expériences possibles de la pensée, bien souvent évacuées d’emblée des milieux éditoriaux, et donc de la visibilité.
[Cette présentation générale sera suivie d’une chronique et d’un entretien avec les deux éditeurs.]

24 avril 2007

[Chronique] Vingt ans de « revue des revues »

revdr.jpgLa Revue des revues, n° 39, numéro spécial 20e anniversaire : 1986-2006, mars 2007, 128 pages, 15,50 € ISBN : 978-2-907702-45-4
Site : www.entrevues.org
Lors des « Ã‰tats généraux des revues » (Caen, 10-11 octobre 1997), organisés un an après le dixième anniversaire de La Revue des revues, Olivier Corpet, son directeur, plaide une cause qui semble perdue d’avance puisque les revues « ont toujours mauvaise presse ou – plus prosaïquement – pas de presse du tout. Ni visibilité réelle, ni reconnaissance suffisante » (n° 25, 1998, p.8). S’il défend « la cause (é)perdue des revues », c’est que dans cet organe de l’Association Ent’revues qui collabore avec l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC), il s’agit de prendre partie en faisant prévaloir la spécificité de la forme-revue et l’originalité des pratiques, en martelant ses revendications et en appelant à la mobilisation. C’est dire que le pari de La Revue des revues est de privilégier le discours communautaire, qui représente des intérêts collectifs (au double sens de goûts et de bénéfices symboliques) : la forme-revue doit passer avant l’appartenance disciplinaire.

Ce trente-neuvième numéro, numéro spécial 20e anniversaire (1986-2006), n’oublie pas de se faire également l’écho des difficultés que rencontrent les revues pour obtenir des subventions, être diffusées, médiatisées…et lues, tout simplement, le trop petit nombre d’abonnés étant, selon Monique Pourkat, « le mal sourd des revues »… Aussi, ce « passeur de revues » qu’est Serge Safran ne peut-il que déplorer la réduction de l’espace réservé aux revues dans la presse actuelle : « voilà le principal problème, dramatique à mes yeux en raison de la diversité assez impressionnante des revues et de leur nombre paradoxalement toujours en augmentation » (p. 92). Et non seulement ses notices n’ont plus qu' »une simple valeur informative », mais en plus il lui est impossible « de citer des auteurs rares ou quasiment inconnus d’un supposé large public » (p. 93).

Mais surtout, entre la couverture qui arbore une mosaïque bigarrée d’anciens numéros et l’hommage à cet « homme de revues » qu’était Pierre Vidal-Naquet, qui avait accordé un entretien peu avant sa disparition à la fin de cette année 2006, l’Avant-propos récapitule les quatre fonctions d’une revue : « anticiper sur les questions du monde » ; « cueillir à leur naissance les écritures et oeuvres nouvelles » ; prendre du recul pour offrir sur l’événement une réflexion plus approfondie ; « constituer à l’infini ce « dépôt de savoir et technique », pour reprendre un titre de Denis Roche, qui deviendra archives quand elles seront ces mortes précieuses et éloquentes dans les mémoires de nos bibliothèques ». Au reste, cette livraison exceptionnelle rappelle aussi la raison essentielle de faire et de lire des revues : ne « rien manquer de notre temps », comme le préconisait Sartre lors du lancement des Temps modernes en octobre 1945. On trouvera encore divers témoignages sur l’intérêt des revues. Béatrice Mousli : « Le monde de la revue est le reflet de celui des hommes : imprévus, retournements, surprises, coups de théâtre sont au rendez-vous de chaque numéro ou presque » (p. 29) ; Emmanuel Laugier (L’Animal) : « il importe d’être saisi, interrompu, nous aussi, par des textes, des auteurs, de ré-inventer une passion de la transitivité, soit ce qui permet même au contemporain de s’envisager à nouveau comme résistance à toute clôture (Laurent Jenny) » (p. 61)…

A l’occasion de ce vingtième anniversaire, la rédaction ayant eu la bonne idée « de faire table ouverte ou plutôt pages offertes à d’autres revues », il nous est possible de réfléchir sur un échantillon assez représentatif : une vingtaine de publications, dont l’histoire, inachevée pour la plupart, est plus ou moins longue (entre un et cent cinquante ans). On notera au passage que les nouvelles venues, emboîtant le pas à leurs aînées, rivalisent d’ingéniosité dans le choix de leurs titres. Le Canard en plastic, « objet littéraire et graphique de navigation libre » qui se singularise par « le regard en biais, parfois espiègle » et l' »espace de création sauce coin-coin » qu’il propose (pp. 107-108) ; Monsieur Thérèse, dont la couverture, réalisée par Guillaume Meiser, exhibe une langue sous toutes ses aspérités, si l’on ose dire…Ou encore : Boudoir & autres, Bunker. Revue hétérogène sans protection, Le Chasse-patate

A ne considérer que les seules revues littéraires, quelques distinctions s’imposent, qui sont également valables pour l’ensemble des revues dont on (re)découvre avec plaisir les reproductions au fil de la centaine de pages qu’atteint le dossier, sur les bandeaux de gauche et de droite. Outre le modèle de la revue intellectuelle généraliste (Études), se trouvent représentées les revues multipolaires (Pleine Marge, L’Animal, Passage d’encres…) et les revues spécialisées : poétique (Java), philosophique (Le Philosophoire), dramatique (Cassandre), surréaliste (Infosurr)…Et force est de constater que le mode de fonctionnement avant-gardiste – selon lequel la publication est l’expression, esthétiquement et idéologiquement définie, d’une chapelle, d’un groupe assez homogène – est bel et bien relégué au second plan : la revue élective, nucléaire, a cédé le pas à la revue, sinon éclectique, du moins polynucléaire. Par ailleurs, en cette période de mutation, les revues qui affichent leur parti pris de « tenir au papier » (Cassandre), se focalisant sur les caractères matériques spécifiques (couverture, qualité du papier et des reproductions, mise en page…), contrastent avec toutes celles qui s’ouvrent au multimédia.

Enfin, l’aventure de Java (1986-2006), « revue de mauvais genre » qui, assumant un héritage critique des avant-gardes historiques, s’est voulu lieu d’expérimentations multiples, permet de mettre en évidence quelques règles du champ revuiste.
1. Une revue naît pour « donner un support à une communauté virtuelle qui demandait à exister réellement », selon la formule de Vincent Citot (Le Philosophoire).
2. Elle s’arrête lorsque ses responsables se recentrent sur leur propre écriture, que l’innovation fait place à la gestion et qu’il est temps de laisser le champ libre à la plus jeune génération, à d’autres expériences en tout cas. A ce propos, la déclaration de Jacques Sivan est tout à fait révélatrice : « La revue papier ne suffit plus, à elle seule, à inventer la multiplicité de lieux capables, de par leur spécificité (blogs, sites internet, affiches, vidéos, etc.), de poursuivre ce travail de détournement, de réactivation de situations les plus diverses et les plus inattendues. Voilà pourquoi, me semble-t-il, il était nécessaire de laisser la place à une véritable constellation de petites structures très réactives et offensives (…) » (p.35).
3. « C’est quand une revue s’arrête qu’elle peut se mettre à tracer le périmètre des espaces sur lesquels elle a opérés » (Jean-Michel Espitallier, p. 33).

21 avril 2007

[chronique spéciale élections] à propos de Changer tranquillement la France et de avril-22

[présentation générale de Changer tranquillement la France de toutes nos forces, c’est possible, du coll. Inculte]
[présentation générale de Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, coord. par Alain Jugnon]
inculte_election.jpg [Cette chronique, qui problématise Changer tranquillement la France et Avril-22, est en fait une analyse de certains enjeux du rapport entre littérature, politique et peut-être démocratie]
Engagement ? — François Bégaudeau dans Devenirs Roman, exprime dans son article Les engagés ne sont pas légion, que la littérature a un problème face à la question politique, au sens où la question du politique dépasserait “le seuil de tolérance” que la littérature pourrait accepter, et en ce sens elle en serait trop “hétérogène”, au point que la littérature ne pourrait pas “suturer” l’écart qui pose en distance cette problématique.
avril_22.png Avec la sortie d’une part de Changer tranquillement la France de toutes nos forces c’est possible, par le collectif Inculte dont F. Bégaudeau fait partie, et d’autre part Avril-22, ceux qui ne préfèrent, aux éditions Le grand souffle, apparaît justement deux formes possibles de compréhension du rapport entre la littérature et le politique.

Lorsque l’on fait face d’un côté au livre publié par Inculte, de l’autre au livre publié par les éditions Le grand souffle, si tous les deux posent à la fois l’exigence d’une forme d’engagement politique et le rapport entre politique et littérature voire philosophie pour le second, toutefois, ils se présentent chacun d’une manière différente. Il me semble, et c’est ce que je vais essayer de montrer, que ces deux démarches hétérogènes dans la forme, toutefois rejoignent une même question qui pourrait se poser en rapport à celle de la démocratie liée à la littérature tel que Derrida l’a posée, au sens où “l’affirmation sans limite de ce droit inconditionnel à une pense affranchie de tout pouvoir, et justifiée à dire ce qu’elle pense publiquement […], c’est une figure de la démocratie, sans doute, de la démocratie toujours à venir, par delà ce qui lie la démocratie à la souveraineté de l’État-nation et de la citoyenneté” [Inconditionnalité ou souveraineté, ed. Patakis].
Donc, il va s’agir de comprendre en quoi, l’expression tant critiquée de F. Bégaudeau, de littérature engagée aurait peut-être un sens, à réfléchir ici historiquement, au lieu de renvoyer à la fin des avant-gardes. En quoi l’engagement de la littérature : 1/ ouvre une condition de possibilité de compréhension du politique, une condition peut-être même nécessaire à toute forme de pensée démocratique, 2/ implique aussi simultanément, une forme d’effet, de performativité, certes infime, mais réelle, par rapport à la manière dont s’articule le langage au niveau politique ?
littérature et politique : la reprise de la question du roman — Le livre d’Inculte, s’il laisse apparaître quelques saillies liées à la signature d’auteurs [mais j’y reviens], cependant tient davantage de la création collective d’un objet que l’on pourrait définir comme une fiction politique. Ce livre n’est pas en-dehors de la littérature, de même que le dernier livre publié par F. Bégaudeau, A. Bertina et O. Rohe chez Gallimard : Une année en France. En ce sens, parlant d’Une année en France — qui porte sur trois événements qui ont marqué la société française entre 2006 et 2005 — face à la première question de Thierry Guichard pour Le matricule des anges (“Pourquoi avoir fait ce livre, qui vous éloigne un peu (encore que…) de la littérature ?”), leur réponse commence par cette reprise du doute : “tout est dans le encore que… Nous n’avons pas le sentiment que ce livre nous éloigne de la littérature”. Cette indication entre en écho avec ce qu’énonce F. Bégaudeau dans Devenirs Roman, alors qu’il semblerait entendu que dès lors qu’il y a écriture sur l’époque, sur la question de la société, sur la politique, on s’échapperait en quelque sorte de la littérature pour se positionner dans l’essai, la critique sociale, la réflexion philosophique, il serait possible selon lui de suturer l’écart entre littérature et politique. Ainsi les trois auteurs exposent que la question politique peut être abordée au coeur même du travail littéraire, et ceci impliquant alors sans doute d’expérimenter de nouvelles formes de fictionnalisation.
Le livre sur les élections, Changer Tranquillement la France, correspond à une même perspective, tout à la fois dans l’écriture, liaison entre plusieurs écrivains sous le mode de la disparition des signatures, donc suite fragmentaire dans le flux, et construction d’une fiction. S’agit-il d’un roman ? Approfondissons …

[Livre] Karaokétêtés par les pieds, André Gache

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gache213.jpgAndré Gache, Karaokétêtés par les pieds, Voix éditions, collection vents contraires, 79 p. ISBN : 2-914640-68-4, 12 €.
4ème de couverture :
Ce livre est un quadrimoteur à faire démarrer tous ensemble, mais voilà. Comment, serait très exactement la question que poserait l’axe du premier (moteur) par quoi tout commence, ou rien n’est fini.

On y traverse à hauteur de terre, voire de boue, un monde des êtres et de situations tellement loufoques, hilarants, terribles et infâmes qu’il faut bien être quatre moteurs pour avancer, c’est-à-dire creuser.

Depuis un démiurge mieux sétonnant d’avoir créé tant d’étages à Manhattan et dans laquelle il traîne ses loques, jusqu’au train de l’amour lancé à fond de bielle à travers des marguerites au regard bovin, en passant par l’abject discours trompeur des puissants, la course est folle d’une folie en définitive sauvée par le langage. Qui jouit, lui ; pas-de-porte vers la parole, c’est-à-dire vers l’homme

Premières impressions :
C’est d’abord toujours une joie de présenter un titre publié par Voix éditions, du fait de la grande qualité du travail d’édition, travail qui s’il a trouvé parfois son paroxysme au niveau graphique avec Pierre Tilman, ou bien encore Joseph Mouton, ici est très bien réalisé graphiquement, la page étant dynamisée par un équilibre savant des polices, des empattements, des tailles et des dispositions. De ce point de vue, Voix éditions, avec quelques rares autres comme les éditions de L’Attente notamment avec Frédéric Léal, accomplissent un très beau travail pour des poésies qui exigent ce type de variation.
Nous voici donc face au titre d’André Gache, et je dis bien, face au titre, car la première impression vient bien du titre et de ce qu’il enveloppe : jeu de mots, télescopage sonore et constitution d’un nouveau signifiant. Le titre est symbole de l’ensemble du texte : l’ensemble se produit dans les glissements de calembours, de dilatations sonores ou graphiques, de télescopages de termes ou de thèmes hétérogènes, tel par exemple l’une des dernières parties du livre le bkptmsqrncvlhdzf de la moue, où se juxtaposent métaphorisation locomotive de l’amour et du désir, et paragraphe sur le désir et la sexualité.
André Gache nous aura prévenu en fait, ce qu’il pense en tant que poésie, tien à cette persistance du poète à être « dans la langue » à « l’étirer » au point que « j’létrons en lannières à angles aigusons j’la découplons j’l’a polissons pas j’la mâcha j’la rutmina j’la déglutinabula j’l’explosa j’a ria »…

20 avril 2007

[création] Fiction politique (ép. 5), A_K_S

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mini2.jpgRésumé : a été montré un certain nombre de documents qui précise une fiction politique. Une fiction politique est un assemblage qui met en évidence les traits fictionnels du politique, et ceci selon un travail de documentation. Le travail de documentation ne vise pas d’abord et avant tout, les images, mais la logique des énoncés. Le véritable document tient aux logiques de discours, de représentation qui déterminent les documents visibles. La fiction politique en travaillant à partir des logiques de discours et en les dévoilant, montre alors la nature même des documents. Ici visuels.

[Les épisodes 1 & 2 montraient la forme de pouvoir liée à N. Le pouvoir est lié aux mots qui sont des émotions, qui font peur, qui impliquent donc un certain type de comportement à leur écoute. Nous avons aussi compris que tout énoncé, qu’il soit de N. ou d’un quidam, enveloppait les conditions d’un contexte élocutoire. Et enfin est apparu que la puissance des mots de N. était liée à son usage de la technique, lui permettant de voir où sont ses adversaires. En quelque sorte de les traquer.]
[Dans les épisodes 3 & 4, tandis que N. rejoint Paris grâce à la technique, on s’aperçoit, en découvrant d’un coup S. que N. possède un contrôle technique de l’ensemble du territoire. S. est suivi par des caméras de vidéo-surveillance, qui l’analyse en temps réel et taille réelle. Toutefois le vrai pouvoir n’est pas dans la technique visible, dans les instruments, mais dans la structure même du discours et de sa logique d’appropriation de toute chose pour en faire des symboles. Là réside on le comprend le pouvoir de N.]
[épisode 5 : mais que fait F. pendant ce temps-là ? Quelle peut être sa réaction ? …]

[épisodes 1 & 2] [épisodes 3 & 4 ]

planche_fiction_5.jpg
[cliquer sur l’image pour voir]

[Livre] Pierre Jourde dir., Université : la grande illusion

univpj.jpgPierre Jourde dir., Université : la grande illusion, L’Esprit des péninsules, 2007, 268 pages, 21 € ISBN : 978-2-84636-107-1
Quatrième de couverture
Si les livres abondent sur l’école, ils sont rares sur l’Université, en dépit de la masse croissante des étudiants et de la gravité des problèmes. Le public ignore toute l’étendue de la ruine de l’enseignement supérieur. On refuse de voir à quel point la lassitude et l’écoeurement se sont généralisés parmi les universitaires. On méconnaît l’absurdité du déluge de réformes qui se déverse sans interruption sur l’Université depuis des décennies, le délabrement des locaux, l’absence de débouchés pour les étudiants, le clientélisme croissant qui, sur l’alibi de l’autonomie des établissements, transforme les recrutements en promotions locales. L’Université, en France, n’est plus qu’une façade.

Cet ouvrage réunit quelques vigoureuses réactions d’universitaires face à cette situation. Ils appartiennent à des établissements d’enseignement supérieur divers, et à différentes disciplines, de la littérature à la médecine et du droit aux mathématiques.Sommaire

Avant-propos, par Olivier Beaud et Pierre Jourde

Olivier Beaud, André Guyaux, Philippe Portier, Contre l’instrumentalisation de l’Université

André Guyaux, Eppur si muove

Antoine Compagnon, Pourquoi la France n’a pas d’Université

Pierre Jourde, La destruction organisée du savoir, de l’école à l’Université

Jean-Fabien Spitz, Les trois misères de l’universitaire ordinaire

Jean-Fabien Spitz, 2007 : n’oubliez pas l’Université

Claudia Moatti, Université : cote d’alarme

Grégoire Bigot, La grande pitié des universités françaises

Bernard Kalaora, L’Université malade : l’échec programmé d’une réforme

Claudio Galderisi, Le tiers d’amour ou la « préférence locale » du « darwinisme à l’italienne » au 46-3 à la française

Paolo Tortonese, Contre la professionnalisation des universités

Pierre Schapira, L’Université au coeur de la formation des enseignants

Yvon Houdas, Valeur littéraire des thèses de médecine

Olivier Jouanjan, Le carnet de notes de Sigismond Pnine

Premières impressions

Le chant du cygne que nous adresse L’Esprit des péninsules est conforme à cet esprit frondeur : dissonant ! Le dernier pavé dans la mare qu’il vient de lancer concerne l’Université : la vénérable institution est semblable à l’horrible squelette infirme qui crève la couverture, reproduction de (1894), de Joseph Sattler. Jusqu’au début du siècle, l’espoir dans un hypothétique salut incitait aux thérapies de choc (ARESER, Quelques diagnostics et remèdes urgents pour une Université en péril, Liber, « Raisons d’agir », 1997; Jean-Hervé Lorenzi et Jean-Jacques Payan, L’Université maltraitée. Pour sauver notre enseignement supérieur : universités, grandes écoles et recherche, Plon, 2003) ; aujourd’hui, il suffit de lire les titres des deux derniers livres publiés, Université, une misère française (2006), de Guy Burgel, et celui-ci, sous la direction de Pierre Jourde, dans lequel les intitulés de certaines contributions sont également très révélateurs, pour s’apercevoir que le ton a bien changé…
Même l’apostrophe aux candidats à l’élection présidentielle est désabusée : « Candidats, candidates, encore un effort ! Dites-nous sans barguigner et sans tabou comment vous concevez la formation des générations futures ? » (p. 150).
Si l’on peut regretter que la moitié de ce recueil soit composé d’articles déjà publiés, et parfois déjà anciens (de 1998 à 2006 exactement), la mise en perspective qu’il offre est néanmoins utile et intéressante. N’est en effet négligé aucun des problèmes cruciaux qui se posent avec acuité depuis une dizaine d’années : fonctionnement institutionnel, état matériel, savoirs, examens, statut et recrutement des enseignants-chercheurs, recherche, formation, « obsession de la professionnalisation », vie étudiante, remous politiques…
Avant que d’y revenir dans une chronique spécifique comme dans un article sur Jourde, on méditera sur ce paradoxe : « s’il y a crise, pourquoi les universitaires ne se mobilisent-ils pas ? » /FT/

19 avril 2007

[Chronique] Dominiq Jenvrey et Aurélie Soulatges parlent de Pan Cake

pancake_demo-2.jpgDeux nouvelles chroniques sur Pan Cake de Philippe Boisnard, après celle de Romaric Sangars pour Chronic’art#33 [ici] et de Pierre Lepillouer sur Sitaudis.
La première est de Dominiq Jenvrey, elle a été faite pour RadioCampus Orléans, dans son émission littéraire mensuelle, qui est à découvrir si vous ne la connaissez pas, du fait qu’il accorde un long interview d’une demi heure à un auteur [ce mois-ci Charles Pennequin]. La seconde chronique est celle qui a été écrite par Aurélie Soulatges sur le site de la revue Action restreinte.

Dominiq Jenvrey sur Radiocampus :

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Chronique d’Aurélie Soulatges :
« Ce premier roman de Philippe Boisnard s’impose comme un road movie cannibale.
La « scène primitive » de cette fiction démarre à une date emblématique, le soir du 25 décembre 2000, par un viol collectif, dont est victime le narrateur, sur une aire d’autoroute. S’ensuivent d’incessants déplacements, essentiellement à bord de la Fiat bleue de ce dernier.
Si l’histoire se concentre autour d’un trou qui prend naissance brutalement à la place du ventre du principal protagoniste, l’ouvrage tout entier est à l’image de ce trou qui happe, creuse, fait le vide autour de lui, au propre comme au figuré. L’écriture de Philippe Boisnard, qui emprunte un rythme effréné et ininterrompu, musical, envoûtant et entêtant, est traversée par cette métaphore de la béance.
La seconde partie de Pancake procède à un renversement méthodique du viol par la tentation cannibale à laquelle succombe le narrateur, en proie à une très grande solitude, dans une volonté de vengeance exterminatrice.
Se rendant compte que ses organes repoussent au fur et à mesure qu’il les arrache, celui-ci les sert à ses clients dans le restaurant où il travaille. Ce n’est alors plus le corps qui est pénétré de force (par la bouche et l’anus), mais lui qui pénètre les autres, par la bouche, puis l’anus, dans une logique de mastication, qui précède la digestion.
Le roman de Philippe Boisnard procède ainsi d’une écriture de l’oralité autant que de la fécalité, marquée par un humour apocalyptique. »

[Revue/chronique] Carbone n°2 : FIN

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 7:56

carbone_2Carbone n°2, ed. Le mort qui trompe, 126 p. ISSN: 1953-681X . ISBN : 978-é-916502-01-4, 8 €.
[site de la revue]
Présentation :
Pour ce nouveau numéro, la revue Carbone s’attaque à la fin. Davantage classique par rapport au premier numéro au niveau des contributions, cependant le thème permet de faire d’intéressantes découvertes…

Tout d’abord l’entretien avec Jean-Pierre Andreuon, qui à travers ses quarante années d’écriture SF, interroge la possible fin de l’homme, s’anéantissant lui-même par son propre essor. On découvre comment cet auteur lie problématique SF, voire plutôt anticipation, et une forme de militantisme écologique.
Au niveau des articles critiques, le premier article qui a retenu mon attention, est celui de Théophile de Giraud, La fin de l’immonde, qui à travers une analyse de la question de la fin, de la destruction, en rapport à un désir sous-tendu dans les religions, attendant le découvrement final (apocalypse), montre comment la destinée de l’homme est dans l’horizon de son rpopre effacement, et ceci notamment par les armes de destruction massive. Cet article, très rythmé dans son écriture, a de plus le mérite de donner à lire des citations peu connues, et même parfois jubilatoires, comme celle de Wittgenstein posant que la bombe atomique est à considérer comme un médicament. À noter que Théophile de Giraud est l’auteur de L’art de guillotiner les procrérateurs, une des rares perles à découvrir dans ce qui se fait comme écriture pamphlétaire, trop souvent gratuite, sans culture, éructant seulement des anathèmes. J’ai été de même sensible à ce retour à Louis Althusser, mais non pas le philosophe de Lire le Capital, mais le philosophe posé dans la solitude de son existence et de son rapport à Hélène, sa femme, qu’il strangula. L’article de Frédéric Saenen, Le philosophe aux mains nues, réfléchit le texte L’avenir dure longtemps, où Althusser tente de comprendre quasi-cliniquement, la construction de la causalité le conduisant à la mort d’Hélène.
Au niveau des fictions et récits, c’est là que la revue est plus classique, et pourrait gagner à s’ouvrir ou à inviter des travaux plus contemporains dans leur dynamique d’écriture. On y trouvera cependant des fictions bien menées, comme celle d’Helena De Angelis, Illusion, qui décrit la perspective logique du joueur, de sa trajectoire, de ses anticipations, de ses contradictions. Texte fort quant à ce qu’il analyse, où le jeu décrit enveloppe tout jeu possible, où l’auteur amène à comprendre le processus cognitif du joueur. De même Laurent Schang donne à lire How the West was won (part II), qui traverse, relie, informations historiques et textes philosophiques ou manuel d’art de guerre. Partant de 1972 et de la « poignée de main historique échangée à Pékin entre Richard Nixon et Mao Zedong », il traverse les 30 ans d’histoire qui séparent du 11 septembre 2001, pour montrer une certaine forme d’absurdité de la puissance américaine, à travers une très belle citation de Sun Zi, extraite de L’Art de la guerre, qui vient conclure son texte : « celui qui remporte cent victoires en cent combats n’est pas le plus grand; le plus grand est celui qui remporte la victoire sans combattre ».
Dans l’ensemble, Carbone, revue d’histoire potentielle, est une revue à suivre. Son angle tout à la fois théorique et littéraire permet de bien apercevoir les thèmes abordés. Le prochain qui sortira en mai-juin portera sur le Sabotage. Il semblerait qu’il y ait certaines surprises.

18 avril 2007

[Livre] Bienvenue à Bathory, Isabelle Zribi

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 9:13

cliquer sur l'imageIsabelle Zribi, Bienvenue à Bathory, Verticales, 177 p. ISBN : 978-2-07-078267-3, 15,5 €.
[site Verticales]
4ème de couverture :
À Bathory, principauté aux confins de l’Europe de l’Est, la différence des sexes a été abolies. Tous les habitants sont des « elles » qui s’habillent, s’épilent et se prénomment au féminin. Rien ne semble trouber la nature édénique de cette société sans classes : climat régulé, architecture inventive, sexualité débridée, règne de la diététique et de l’hygiène de soi, culte de la jouvence perpétuelle…

Certaines voix discordantes s’élèvent pourtant, dévoilant l’envers du décor d’un jardin des délices aseptisé, jusqu’à mettre à nu les moeurs inhumaines de Bathory Erzsebet, la prêtresse new age qui y règne en monstre froid et maîtresse abusive. Cette légendaire parente de Dracula n’a-t-elle pas magnétisé toute l’attention de son peuple pour mieux le soumettre à son bon plaisir et en jouir vampiriquement ?
Isabele Zribi est née en 1974 à Paris. Elle est l’auteur de M.J Faust aux éditions Comp’Act (2003). Elle a également participé aux ouvrages collectifs Autres territoires (Farrago, 2003) et Suspendu au récit. La question du nihilisme (Comp’Act, 2006) ainsi qu’à la fondation de la revue Action Restreinte.

Premières impressions :
Tout commence dans le croisement entre un reportage journalistique hype, d’un Nicolas, devenant par la force des choses une Nico, et un conte, conte historique, conte reprenant et réinventant à partir de la question de la monstruosité et de l’inhumain, l’histoire de la comtesse Erzebet Bathory, qui vécut fin du XVIème siècle et mourut en 1614 emmurée, condamnée pour ses crimes lesbiens et pédophiles. Car en effet, Bienvenue à Bathory est une sorte d’enquête fictionnelle sur la portée immémoriale de cette histoire réelle qui se passa en Transylvanie. Si nous suivons bien une forme d’enquête de la part de Nico, qui passe du reportage tendance, à l’intuition qu’elle serait face à une incroyable serial killer — ce qu’a été réellement E. Bathory — ce qui est davantage mis en perspective ce n’est pas tant la monstruosité du personnage que le monde qui est constitutif de cette perversité : monde de l’apparence, de la surface, d’une liberté de façade, de l’éternelle jeunesse. Isabelle Zribi n’écrit pas ainsi sur l’histoire de cette comtesse, mais donne à lire une analyse fictionnelle, très rythmée par moment au niveau du style, sur les composantes de cette histoire, et sur le rapport avec notre propre société, qui dans ce monde onirique, ne cesse pourtant de hanter, que cela soit selon ses processus internes (par exemple les émissions-jeu de Télé-réalité) ou selon ses problèmes rencontrés face aux dangers exogènes, comme les attentats terroristes (mis en perspective non sans humour par I. Zribi, dans la seconde partie de son livre). Ainsi, l’histoire recontextualisée de E. Bathory est par son caractère déformant, le révélateur de notre propre monde, « où les slogans couvrent l’espace », où le sexe inonde les pensées et la violence paralyse le tout./PB/

17 avril 2007

[création] Fiction politique (ép. 3 & 4), A_K_S

mini2.jpg[Résumé : a été montré un certain nombre de documents qui précise une fiction politique. Les épisodes 1 & 2 montraient la forme de pouvoir liée à N. Celui-ci est lié aux mots qui sont des émotions, qui font peur, qui impliquent donc un certain type de comportement à leur écoute. Nous avons aussi compris que tout énoncé,qu’il soit de S. ou d’un quidam, enveloppait les conditions d’un contexte élocutoire. Et enfin est apparu que la puissance des mots de N. était liée à son usage de la technique, lui permettant de voir où sont ses adversaires. En quelque sorte de les traquer. Voici la suite, où on apprend ce que devient B. Où apparaît S. ]
[épisodes 1 & 2]

planche_fiction_3.jpg planche_fiction_4.jpg

[News] L’Esprit des péninsules rend l’âme

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 17:15

index_02.jpgDans un champ éditorial où une douzaine de groupes totalisent plus de 75 % de l’activité globale, dominant la production comme la diffusion, il devient de plus en plus difficile d’exister (de subsister). C’est la triste réalité à laquelle vient d’être confronté un « petit éditeur » de plus, après Al dante, Léo Scheer, etc.
La maison d’édition fondée en 1993 par Éric Naulleau, qui compte 180 titres à son catalogue, vient donc de déposer le bilan. Et du seul point de vue littéraire, le bilan est des plus satisfaisants. Mais les succès de Jourde (La Littérature sans estomac, 2002 ; Festins secrets, 2005…) n’ont évidemment pas suffi à lui éviter le naufrage économique.
C’est peu dire que nous regrettons cet esprit frondeur : une telle entreprise est de salut public ! Et devrait donc être sauvegardée comme telle…
[Site de l’esprit des péninsules]/FT/

16 avril 2007

[chronique] Mots d’ordre : poétique sans métaphore [1]

d_3.gif[ Cet article porte sur l’usage des slogans, des routines et autres messages d’information dans des créations poétiques récentes. Cette analyse pose la question du fonctionnement poétique de ces procédures d’écriture et ceci en les confrontant à l’absence apparente d’élaboration métaphorique dont ce fonctionnement témoigne.]

(more…)

[création] Fiction politique, A_K_S

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 5:51

visuel.jpg[L’Agence_Konflict_SysTM nous offre à lire les deux premiers épisodes de Fiction politique, un travail qui croise le roman-photo, les schémas_X_pensées, et l’analyse politique.]
[voir un schéma_X_pensée]
[Pour voir les visuels, cliquer sur l’image.]

fiction_planche1.jpg fiction_planche2.jpg

15 avril 2007

[Livre] Claude Le Bigot dir., A quoi bon la poésie, aujourd’hui ?

pur.jpgClaude Le Bigot dir., A quoi bon la poésie, aujourd’hui ?, Presses Universitaires de Rennes, 2007, 144 pages 12 € ISBN : 978-2-7535-0397-7
Quatrième de couverture
Répondre à la question À quoi bon la poésie, aujourd’hui ? c’est d’abord envisager ce que sont les pouvoirs et les enjeux de la poésie dans un monde qui tend à réduire cette pratique à une confidentialité qui la marginalise face à la fiction romanesque. Cette journée d’études, qui a réuni créateurs, critiques et essayistes, a pourtant mis en évidence la vitalité du genre et sa vocation à être encore la conscience critique de son temps.

Les diverses contributions ont placé sous un nouvel éclairage la responsabilité éthique du poète. Dans ce sillage, l’engagement est encore de mise ; mais après sa phase idéologique, il a cédé la place à l’histoire du sujet. Alors la poésie n’hésite pas à utiliser les ressorts de l’intimité qui avait été jugée indécente pour se faire « poésie indiscrète » ; entendons par là l’attitude de celui qui est le témoin gênant des événements. À côté des exemples précis empruntés essentiellement au domaine espagnol, la table ronde autour de Christian Prigent est l’occasion de repenser le divorce – toujours déroutant – entre le langage poétique et l’adéquation au monde du logos. Le désir d’écrire envers et contre tout est en soi une dynamique inépuisable. Même s’il reste peu de choses des spéculations théoriques des avant-gardes, toutes époques confondues (dimension polémique, souci de l’impact civique, questionnement idéologique), ce peu est incontournable.

Premières impressions

Depuis la fin du siècle dernier, la question hölderlinienne de l' »Ã€ quoi bon la poésie ? » tiraille le champ tout entier – à savoir, les espaces des médias, des éditeurs, des libraires et des bibliothécaires, mais également, par ricochet, ceux des auteurs et des revues. Car le diagnostic semble de plus en plus critique : poids économique nul, reconnaissance institutionnelle insuffisante, danger d’asphyxie par inadaptation au circuit commercial actuel, maintien « sous perfusion / subvention étatique », pour reprendre une formule du poète Olivier Quintyn (Magazine littéraire, n° 396, mars 2001)…Sans oublier le problème de l' »action poétique », que Jean-Claude Pinson résume ainsi en début de volume : « Avec la mise à mal des utopies politiques qui formaient l’horizon des poétiques de la révolution par le signifiant, avec des lendemains qui déchantent, parler d’action poétique a-t-il encore un sens ? » (p. 23). Et de s’engager en faveur d’une poéthique : un « lyrisme sans transcendance », une poésie dont l’action est restreinte, mais grande l’ambition ; une poésie qui, plutôt que de déconstruire, vise à reconstruire.

Dans cet ouvrage collectif qui arbore en couverture la superbe reproduction d’une création de Marisa Cal (Zurgai, 2004), nous retrouvons d’ailleurs les deux poètes qui se sont posé la même question dans leurs essais : Christian Prigent, À quoi bon encore des poètes ? (P.O.L, 1996), et Jean-Claude Pinson, À quoi bon la poésie aujourd’hui ? (Éditions Pleins Feux, Nantes, 1999). Leurs problématiques traduisent l’opposition entre lyrisme et littéralisme, conception positive et conception négative de la poésie.
Prochainement, nous reviendrons en détail sur les pistes de réflexion que nous offre ce livre important. /FT/

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