Libr-critique

27 avril 2014

[News] News du dimanche

Le mois de mai se profilant à l’horizon, les RV vont se multiplier : dans les NEWS de ce soir, RV avec la Revue du Cube pour la parution de son 6e numéro ; avec Skalpel à Manifesten (Marseille) ; avec Claro dans le 19e ; et, last but not least, le MaelstrÖm fiESTIVAL #8…

 

â–º Pour la sortie de son 6e numéro consacré au thème "PARTAGER", La Revue du Cube vous invite à sa soirée de lancement :

Le Cube – Centre de création numérique

20, cours Saint Vincent, 92130 Issy-les-Moulineaux

Participez aux échanges et réagissez aux articles de la Revue, ainsi qu’au débat de l’émission, en compagnie des invités et contributeurs :

– Cyril Dion, directeur de la rédaction du magazine Kaizen, co-fondateur et porte parole de l’ONG Colibris-Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, mouvement fondé par Pierre Rabhi.

– Sylvain Kern, entrepreneur et fondateur de la Cité de la Réussite (forum de débats culturels, économiques, scientifiques et politiques devenu incontournable)

– Hortense Gauthier / HP Process, artiste transmedia, directrice de Databaz, centre d’art expérimental à Angoulême.

Émission de télévision participative préparée et présentée par Nils Aziosmanoff, Marie-Anne Mariot et Cyrielle Flosi.

Diffusion en direct sur www.cuberevue.com / www.lecube.com / Live-Tweet : @lecubetwit #CubeRevue

L’émission sera suivi d’un cocktail en présence des auteurs et invités de la Revue du Cube

Plus d’infos : http://lecube.com/fr/la-revue-du-cube-6-partager_2313

 

â–º MANIFESTEN (59, rue Thiers 13001 Marseille) : samedi 3 mai 2014 à 19H, Rencontre & discussion avec Skalpel autour de son livre, Du bitume avec une plume + concert Bboykonsian soundsystem (Skalpel + Akye) = entrée libre

http://www.bboykonsian.com/premiereligne/


â–º Le MOTif reçoit CLARO le mardi 6 mai à partir de 19h30. Soirée animée par Emmanuelle Favier. Lecture par Laurent Orry.
Le MOTif : 6, villa Marcel-Lods – passage de l’Atlas – Paris 19e
Réservations souhaitées (par mail : laurent.boudereaux@lemotif.fr)

 

â–º MaelstrÖm fiEstival #8, JEUDI 15 au DIMANCHE 18 MAI 2014 – INdoor / DIMANCHE 11 MAI + MERCREDI 14 MAI – OUTdoor
presenZ
Une Fête, un Festival d’Arts Littéraires, Poétiques et Musicaux

Invités d’Honneur:
Nail Dédé Kesova (TU), Compagnie Derviche Caravane (Fr), Anne Waldman (USA), Ambrose Bye (USA), Thurston Moore (USA), Tony di Napoli (BE), Le Quan Ninh (FR), Vincent Tholomé (BE), Antonio Bertoli (IT), Roberto Grilli (IT), Serge Teyssot-Gay (FR), Michel Bulteau (FR), Krzysztof Styczynski (FR), Lucien Suel (FR), Dominique Massaut (BE) et les Anges du Bizarre (FR)

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Si ce n’est maintenant, quand ? Si ce n’est ici, où ? Si ce n’est moi, qui ? (A. Jodorowsky)
Désoccultez votre poésie … le passé et le futur sont deux voleurs qui dérobent le présent…
(Dante Bertoni)

Il s’agit du « Troisième Temps » après le fiEstival #6 qui « Troublait le futur », et après la plongée dans le passé… et ses vertus de guérison, d’apaisement avec le fiEstival #7 « Healing past »… Nous en arrivons au troisième terme de cette Trilogie : le Présent, justement, la Marche de l’Infini Moment Présent et de la Présence…

Né de la volonté de dédier une fête à la «performance poétique», à la littérature, à la musique. Né de la volonté de décloisonner les secteurs artistiques. Né de la volonté de réunir annuellement des artistes et poètes internationaux autour d’un projet commun. Né de la volonté d’une rencontre conviviale avec le public.

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OUTDOOR: Réévolution poétique! When poetry comes to town ! Dès le 11 mai les artistes du fiEstival réaliseront des lectures improvisées et des actes poétiques dans des cafés, des lavoirs, des coins de rue, des musées.

Du 14 au 17 mai à partir de 16h Libérez votre parole au Poetic Speakers’ Corner qui sera installé devant la Boutique maelstrÖm dans le piétonnier de la Place Jourdan…
Les 15 et 16 mai à partir de 18h : les apéritifs thématiques et musicaux à la Boutique maelstrÖm 4 1 4. Juste à côté de l’Espace Senghor, la boutique-librairie maelstrÖm, vous invite à rencontrer les auteurs et artistes du fiEstival tout en découvrant des mets venus d’ailleurs !

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PROGRAMME

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DAY # -1 : DIMANCHE 11 MAI 2014
16h – Boutique maelstrÖm 414

Thé des écrivains #1 – Présentation de nouveautés (entre autres de la collection Bruxelles se conte)

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DAY #0 – MERCREDI 14 MAI 2014
19h Bar L’Amère à Boire – Ixelles
(Rue Belvédèrestraat 8)
Soirée de prélancement du fiEstival avec Lucien Suel (FR), Kathleen Lor (BE), Maxime Coton (BE), Fabrice Caravaca (FR), Tom Nisse (LU), Frédérique Soumagne (FR), Pierre Guéry (FR), Marc Perrin (FR)

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DAY #1
JEUDI 15 MAI 2014 à 19h30
LA DANSE DU PRÉSENT
Danse, performances poétiques et multimédia
Salle 1900 et Salle Agénor
Prix plein : 7€ – préventes et prix réduit : 5€

Cinq créations originales, réalisées par des artistes et poètes internationaux…

19h30 > Derviche Caravane (salle 1900)
Dans la plus belle tradition soufi, une compagnie française de Derviches tourneurs accompagnera par des mouvements et des danses la musique et les chants de Nail Dédé Kesova (TU), maître derviche provenant de Turquie, qui nous interprètera également des poèmes du fondateur des derviches tourneurs : le poète Djalâl ad-Dîn Rûmî.

20h20 > Lectures et performances multimédias – 1ère partie (salle Agénor)
Avec Patrick Lowie (BE), Abdellatif Hamma (MA) et le projet Mapuetos dans une revisitation très personnelle du « Cantique des cantiques » (texte, sons, vidéo) ; Christine Aventin (BE) et Milady Renoir (BE) nous feront percevoir la « Potentia Gaudendi », une mise en voix et en corps, une interrogation de la présence comme présence à soi…

21h40 > Lectures et performances multimédias – 2e partie (Salle 1900)
Création multimédia (texte, vidéo, musique) de l’artiste Phabrice Petitdemange (FR) et de sa partenaire Clémentine Poquet (BE).

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DAY #2
VENDREDI 16 MAI 2014 à 19h30
LES CHANTS DU PRÉSENT
Danse, performances poétiques et multimédia
Salle 1900 et Salle Agénor
Prix plein : 7€ – préventes et prix réduit : 5€

19h30 > Musique des pierres : une performance étonnante et hypnotisante avec Tony di Napoli (BE) et Le Quan Ninh (FR). Alors que le premier, par frottement joue de la pierre calcaire de Vinalmont, produisant des sons sinusoïdaux, semblant venir des tréfonds de la Terre, le second joue d’une simple grosse caisse, posée à plat, sur laquelle il racle, frappe, frotte, caresse quelques ustensiles (bols, galets, branches, cymbales, polystyrène, pommes de pin), deux, trois mailloches et baguettes et rien d’autre. Le tout produisant une musique, des sons, des ambiances nous amenant à la transe du présent…

20h15 > Les Anges du Bizarre. Un quatuor inédit. Le poète et slameur Dominique Massaut (BE), invite ses amis bretons Bruno Geneste (FR) et la mime Isabelle Moing (FR) – poètes chtoniens s’il en est – et la poétesse estonienne Lembe Lokk (EST), à faire surgir de la terre la question du présent et de la présence….

21h00 > Eco-Vortex. La compagnie de danse italienne Nervi Tesi, avec la danseuse et chorégraphe Carla Rizzu (IT), la danseuse Eva Campanaro (IT) ainsi que le comédien Christian Amadori (IT) nous portent à nous questionner sur la problématique environnementale (déchets et recyclage) en évoquant le fameux tourbillon de matière plastique se trouvant dans l’océan pacifique, à travers la danse, la poésie et la musique.

21h30 > Andrea Allulli (IT) et Andrea Angelucci (IT) nous donneront à entendre pour la toute première fois un extrait du répertoire de chansons d’Andrea Allulli. (Une exclusivité du Fiestival).

21h50 > Les Terres de Nod. En partant de l’imaginaire des Terres de Nod, terres où Caïn aurait été exilé selon la Genèse… Antonio Bertoli (IT), Roberto Grilli (IT) et David Giannoni (BE-IT) nous emmèneront dans un paysage sonore, musicale et poétique qui flirte avec le mythe, interrogeant par ce biais-là la question du présent…

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DAY #3
SAMEDI 17 MAI 2014 à partir de 16h00
RECONCILING
Lectures, Performances, Buffet, Micro Ouvert
Dans tout l’Espace Senghor
Prix plein : 7€ – préventes et prix réduit : 5€

Le samedi est LE jour du rassemblement annuel rituel… Où toutes les activités deviennent moins formelles, où les publics se croisent et où les artistes et le public partagent tout : le temps, la poésie, la nourriture, et une Jam finale…

16h00 > Thé des Ecrivains #2 et Lectures Première partie, ici du Thé des écrivains, qui se prolonge le lendemain, dimanche à 16h. Ici, un espace-temps pour la rencontre d’auteurs publiés par maelstrÖm autour de leurs nouveautés et la découverte par la lecture d’extraits, de leurs textes… Dans ce premier Thé des écrivains, d’ailleurs, tous les livres ont en commun d’être des livres illustrés ou bien travaillés avec un artiste plasticien ! Avec Thierry Van Roy (BE), pour Sibérie noire (textes et photos), Paul Emond (BE) et Maja Polackova (BE) pour Les aventures de Mordicus (petites histoires et collages), Soline de Laveleye (BE) et Dominique Maes (BE) pour Les phrases de la mâcheuse (contes et dessins).

18h00 > VUAZ – performance de Vincent Tholomé (BE) et Xavier Dubois, guitare (BE) dans les jardins de l’Espace Senghor

18h30 > Banquet poÉthique et musical… Buffet préparé par l’équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités. Un grand classique désormais et un moment de convivialité.

20h00 > 0h00 Méga Jam Finale…
Lancée par une grande performance… La Jam sera introduite par un set de lectures et musiques par la grande poétesse Anne Waldman (USA), son fils Ambrose Bye (USA) au synthé et le grand guitariste Thurston Moore (USA), cofondateur du groupe Sonic Youth !
La Jam s’ouvrira ensuite également au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade ainsi qu’une performance "Opération perte totale" avec Antoine Boute et Madely Schott!

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DAY #4
DIMANCHE 18 MAI 2014 à partir de 16h
Thé des Écrivains #2 et Concert-performance de clôture
Piétonnier Place Jourdan et Salle 1900
Prix plein : 7€ – préventes et prix réduit : 5€

16h00 > Thé des Écrivains #3 et Lectures à voix haute
Nous poursuivons donc avec les échanges entre publics et auteurs sur leur pratique d’écriture, sur leurs nouvelles parutions, avec des lectures croisées des livres entre les auteurs eux-mêmes… et tout cela accompagné d’un bon Thé et de quelques délicieuses douceurs… Avec entre autres Anne Versailles (BE) pour son premier roman Viola (éd. L’Arbre à paroles), Maxime Coton (BE) pour son livre L’imparfait des langues (éd. L’Arbre à paroles), Alexis Alvarez (BE) pour son livre Exercices de Chute (Arbre à paroles/IF), David Giannoni (IT-BE) et Sylvie Leroy (BE) pour Contes de Nod (contes et peintures – éd. maelstrÖm)…

18h00 > Concert de clôture : RIPOSTES… (Salle 1900)
Clôture du fiEstival par un concert-performance.
Autour de la guitare de Serge Teyssot-Gay (FR), cofondateur de Noir Désir, Interzones… Michel Bulteau (FR), poète et traducteur des auteurs de la Beat Generation et Krzysztof Styczynski (FR) poète et éditeur, interprètent leurs textes, extrait du livre-disque à paraître prochainement, sur lequel sera également présent Saul Williams : « RIPOSTES » aboutissement d’une longue collaboration élaborée par les Editions Caedere.

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Autres auteurs et artistes présents :
Marc Perrin (FR), Kathleen Lor (BE), Frédérique Soumagne (FR), Fabrice Caravacca (FR), Pierre Guéry (FR), Tom Nisse (LU), Maxime Coton (BE), Antoine Wauters (BE), Patrick Lowie (BE), Abdellatif Hamma (MA), Christine Aventin (BE), Milady Renoir (BE), Phabrice Petitdemange (FR), Clémentine Poquet (FR), Dominique Massaut (BE), Paul Sanda (FR), Bruno Geneste (FR), Isabelle Moign (FR), Carla Rizzu (IT), Eva Campanaro (IT), Christian Amadori (IT), Andrea Allulli (IT), Andrea Franchi (IT), David Giannoni (IT-BE), Thierry Van Roy (BE), Paul Emond (BE), Maja Polackova (BE), Soline de Laveleye (BE), Dominique Maes (BE), Xavier Dubois (BE), Anne Versailles (BE), L’Ami Terrien (BE), Benjamin Pottel (BE), Julien Beghain (BE), Vincent Granger (FR), Olivier Dombret (BE), Xavier Dawant (BE), Justine Verschure-Busch (BE), Erwann Demannez (BE)… ainsi que de multiples participants à la JAM du samedi…

… un temps de partage, de rencontres, d’émotions.
P.a.f. : Je, Ve, Sa, Di : 7€ prix plein – 5€ tarif réduit
PASS 3 jours : 25€ (prévente 20€) (permet également l’accès au « Banquet des Auteurs » du samedi 17 mai, ainsi qu’à l’ensemble du programme)
Infos info@fiestival.net – www.fiestival.net – Tél. : 02.230.40.07 – Gsm: +32(0)498.60.72.53
Réservations : Espace Senghor – info@senghor.be – tél. : 02 230 31 40
Et à la boutique maelstrÖm 4 1 4 – 364 chaussée de Wavre – Du mercredi au samedi de 14h à 19h

26 avril 2014

[Création] Yves Justamante, La main invisible

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 10:13

Après avoir passé le discours politique à la moulinette électroacoustique ("Variations pour un flamby"), Yves Justamante nous offre cette fois une création sonore des plus étranges, à la fois fascinante et inquiétante.

24 avril 2014

[Livre] Marie-Laure Dagoit, Le pubis rasé et frais, par Jean-Paul Gavard-Perret

Lectrices et lecteurs, découvrez ce manuel singulier…

Marie-Laure Dagoit, Le Pubis rasé et frais, Editions Derrière la salle de bains, Rouen, 2014, 10 €.

Pour que la nuit gorgée de son étoile ne soit plus cachée par la forêt et que le voyeur soit ébloui de la lumière ouverte par là où un sourire mord avec délice Marie-Laure Dagoit offre aux élèves esthéticiennes un manuel de félicité et sa procédure d’appel. Dès le début les règles fusent et infusent : « Vis-à-vis de la clientèle, l’esthéticienne doit être correcte, propre et digne. Correcte. Elle doit porter des vêtements entretenus, des chaussures nettes, du linge non douteux. ». Adepte des désordres amoureux mais tout autant d’un ordre professionnel plus que procédurier, l’auteure rappelle l’art de rendre impeccable la peau en évitant de s’en vider le ventre. Sans miséricorde superfétatoire envers ses apprenties, elle les pousse habilement à éradiquer ce qui traîne entre les jambes afin de rendre au pubis son velouté. De clientes les femmes sont métamorphosées en idoles et odalisques pour que leur(s) messie(s) hennisse(nt) en titubant de désir. A celles qui se mêlent de mettre à mal le chasse-amour des pilosités superflues – l’objectif restant de rendre le pubis aussi imberbe qu’un œuf dur – l’éthique est de mise. Tout se pratique si possible dans le silence même si une revêche se révèle fort mal éduquée. En sa sagesse primesautière Marie-Laure Dagoit rappelle combien est méticuleux le travail qui redonne à toute petite chatte un sourire plus lumineux que celui du chat de Cheshire chère à Alice de Lewis Carroll . Avouons-le, c’est un plaisir. Même à celles ou ceux qui ne rêvent pas de caresser (dans le sens du poil) la technique épilatoire. L’auteur rappelle comment le diamant brille lorsqu’il est dépeuplé de la forêt qui en sépare l’œil – qui avidement le regarde avant d’en faire son théâtre intime et vertical.

22 avril 2014

[Texte] Jean-Louis Kuffer, Les Tours d’illusion [Libr-@ction – 19]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : — rédaction @ 16:08

Pour la 19e livraison de Libr-@ction, nous vous proposons une première contribution du très libr&critique Jean-Louis Kuffer – avec le blog duquel nous entamons un partenariat. [Lire/écouter Laura Vazquez – Libr-@ction 18]

 

62. Travaux à bord

 

Notre révolution douce se fera toute à l’insu des démagos à sourires mielleux autant que des furieux sans style. S’il y a du monde aux balcons : tant mieux. Il n’est point de raison de planquer l’argument ni ses applications vives. Laissons la reptation aux sentencieux de l’arrière-pensée et du sous-entendu lénifiant, et voyons plutôt les choses telles qu’elles sont, à savoir belles et bonnes au regard frais ! Cependant attention : la face claire n’est pas que, ni le panorama, ni la seule exultation de matinal aloi. Contempler n’élude pas colère !

En fureur alors mais stylée et d’humeur joyce, protestation et ruse d’exorcisme s’imposent aux terrasses, mais là non plus pas que. Car de là-haut s’imposera descente et détours jusqu’au pire, sans céder à l’abattemnent général.

Timbrer de nouveaux mots et de nouveaux modes de collaborer demain en relance d’antique sera notre réponse à l’époque hébétée. Soyons des aguets vifs à l’écoute de la douceur souterraine filant et faufilant sa fertile annonce.

Pour lors les couteaux papillons sèment la mort jusque dans les cours d’écoles à l’imitation des malfrats de tout en haut (le tout en bas selon l’axe de nos tourelles) et tout devient significatif de la même aberrance et jusque chez les mieux nantis mais pas que : partout où sont parqués les pauvres le crime les poursuit et les punit de leur prétention à pulluler. Ainsi, sous les mots blasphémés de la Tour du Vrai réunissant tous les Judas de parole et de dénigrement des libres pensers, tout a été dénaturé, mais le bafouement n’aura pas tout atteint, le vent porte les cris transverbérés, des visages ont résisté mais pas que : des regards dans les visages et des âmes dans les regards.  

Tu crois, petit, que tout est foutu, mais pas que. Là-dessous d’où sourdent les sources, là-bas dans le juvénil vacarme des torrents tombés du ciel, partout où il y a encore du ciel et des sources rebondissent les énergies attendues aux chantiers de réparation, sur l’Arche  mais pas que : aux jardins espérés de notre plus fertile illusion.   

Et ce n’est pas seulement qu’on y sera réparations faites : on y est. Les arbres poussent à l’insu des hommes-troncs aux évangiles défoliés par les pluies acides, et nous serons du même bois que les arbres, de la même eau que les sources, de la même alchimie que le ciel. 

 

 (La suite de ces 100 variations sur des images de Robert Indermnaur – ici, Casa Grande (2000) – se retrouve sur mon blog perso: http://carnetsdejlk.hautetfort.com)

20 avril 2014

[News] News du dimanche

On commencera ces NEWS du dimanche par une nouvelle rubrique, Libr-5 : chaque semaine ou presque, une sélection des livres reçus et recommandés, une sorte de quintessence en un Libr-coup d’œil. Aujourd’hui : Christian Prigent, Véronique Pittolo, Frédéric Boyer, Daniel Pozner, collectif sur la lettre au cinéma. Ensuite, nos Libr-événements (RV poétique à Tourcoing ; Mathieu Brosseau) et notre Libr-web (numéro 0 de la revue numérique Le Cafard hérétique ; blog PRIGENT).

Libr-5

â–º Christian Prigent, DCL épigrammes, P.O.L, avril 2014, 272 pages, 9 €, ISBN : 978-2-8180-2064-7.

Le Moderne, une nouvelle fois, cligne vers un Ancien : Martial, qui « n’est pas de la "race irritable des poètes" » ; Martial, qui "synthétise et met en forme comique le bruitage du temps" (p. 14 et 16)… Grand écart entre le Ier et le XXIe siècle : en quête de mécènes, Martial est "un peu comme nos poètes contemporains clients des institutions (bourses, subventions, aides à la création, résidences d’artiste) et habitués des soirées de lectures-performances et autres ateliers d’écriture)"… Un Martial carnavalisé, trempé à l’acide satirique :

Si je pourrais foutre une vioque ? Oui.
Mais toi tu es morte : c’est encor pis.
Oui je peux baiser Hécube ou Niobé
Mais avant qu’en chienne ou pierre changée (51).

â–º Véronique Pittolo, Une jeune fille dans tout le royaume, éditions de l’Attente, printemps 2014, 158 pages, 11,50 €, ISBN : 978-2-36242-047-4.

"À quoi bon écrire des livres à l’heure du mariage pour tous ? […]

Écrire des livres à l’heure des blogs et de la réaffirmation du mariage comme valeur extrême ne rend pas l’auteur plus intéressant que les millions d’internautes, de pseudos masqués ou dévoilés. Qui croira à une épopée miniature qui n’est pas un conte ni un poème, mais tout cela à la fois et rien de particulier qui accroche la mémoire, l’émotion, l’identification ?" (p. 9 et 15).

Nous on y croit, et mordicus !

La poésie comme travelling d’âge en âge
conte cruel
Agencement Désaccordé-Nitroglycériné…

â–º Frédéric Boyer, Dans ma prairie, P.O.L, avril 2014, 80 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-2054-8.

Agencement répétitif et lieu poétique…

"D’abord choses sans nom. Distances infinies. Êtres secrets. Ma prairie. Qui vivent et toujours seront. La nuit produire des messages mûrs comme des fruits non parlants. Des choses libres avec la faiblesse craquante de l’herbe" (p. 25).

â–º Daniel Pozner, / d’un éclair /, Passage d’encres, coll. "Trait court", avril 2014, 42 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-089-5.

Épiphanies poétiques…

"Ce matin café craché, des taches, portrait, chromatographie, palimpseste, c’est matin qu’il faudrait l’écrire, au son d’un prélude et fugue, mais il est tard et loin, je dormirai demain, et pas de mot, du jour blanc déjà, sonnez trop tôt matines" (p. 34).

â–º La Lettre au cinéma, études réunies par Eléonore Hamaide-Jager, Françoise Heitz, avec Patrick Louguet et Patrick Vienne, Artois Presses Université, coll. "Lettres et Civilisations étrangères", série Cinémas, avril 2014, 270 pages (papier glacé, avec de magnifiques reproductions), 20 €, ISBN : 978-2-84832-188-2.

Caractère unique ou polysémique, tronqué, éphémère ou tatoué, lettre d’amour ou de dénonciation, lettre perdue, égarée, retrouvée, oubliée, déchirée ou espérée, lettre-vidéo, ou courrier électronique, image palimpseste, la lettre emprunte mille formes pour interroger la création cinématographique. Après la littérature, le cinéma s’en empare, dès son origine, jouant de la missive comme ressort dramatique dans son rapport à l’espace et au temps et déjouant les difficultés de la monstration du caractère graphique dans le récit filmique.
Si la lettre comme échange épistolaire au cinéma a déjà fait l’objet de plusieurs études, ce recueil entend s’arrêter plus particulièrement sur le signe graphique hantant ou structurant l’image cinématographique, sa présence et ses effets de sens, comme miroir et emblème de l’écriture filmique, entre mimésis et sémiosis. D’adjuvant technique quand elle supplée l’absence de parole, la lettre tend à devenir un élément de la plastique générale du film, au-delà du simple motif ou thème, voire un principe de mise en scène, passant du «â€¯visible au lisible », selon la formule de Deleuze. Participant à l’esthétique très travaillée de certains génériques, la lettre habite aussi le film dans son entier, laissant voir de manière plastique les ambiguïtés, les hésitations et les décisions des personnages, de façon d’autant plus signifiante quand ils sont eux-mêmes des artistes en phase de création. Certains réalisateurs en disséminent, voire en saturent leur œuvre, accentuant de cette manière les effets d’auto-citation et de reprises et la dimension réflexive de leur film. Ancrés dans l’alphabet personnel du créateur ou dans la mémoire collective, ces caractères balaient le champ de la communication entre les personnages mais aussi entre le réalisateur et le spectateur, témoin d’une énonciation en acte.
C’est l’objet du présent volume, à travers une série d’études menant du muet au cinéma le plus contemporain, français ou étranger, du film expérimental au blockbuster, en passant par le documentaire ou le film d’animation que de représenter la lettre dans toutes ses acceptions et manifestations graphiques, plastiques ou esthétiques.

Libr-événements

â–º Samedi 10 mai 2014 à partir de 18h, La Confection Idéale (50, rue de Mouvaux à Tourcoing – près de Lille) : lectures "no limit" avec les poètes Bruno Fern, Dominique Quélen, Cécile Richard, Patrick Varetz, Victor Martinez, & co.

â–º On lira dans le dernier numéro de la Quinzaine Littéraire (2e quinzaine d’avril 2014) le poème inédit de Mathieu Brosseau.

Libr-web

â–º On lira avec intérêt le numéro 0 de la revue en ligne Le Cafard hérétique.

â–º Autour de Christian Prigent : parmi les derniers posts, un dyptique sur Les Enfances Chino, un bel hommage de Bruno Fern et le programme détaillé du colloque de Cerisy. Lors de ce RV exceptionnel, nous espérons retrouver un maximum d’entre vous, Libr-lecteurs prigentiens : il reste des places, inscrivez-vous au plus vite (en début de page du programme, cliquez sur le bon de réservation).

19 avril 2014

[Chronique] Philippe Jaffeux, Courants blancs, par Emmanuèle Jawad

On ne manquera pas cette nouvelle expérimentation de Philippe Jaffeux.

Philippe Jaffeux, Courants blancs, éditions Atelier de l’Agneau, St-Quentin-de-Caplong, printemps 2014, 80 pages, 16 €, ISBN : 978-2-930440-72-9.

 

Philippe Jaffeux, recourant à un dictaphone numérique, transmute la contrainte en une prodigieuse fabrique à formes nouvelles.

Se soustrayant aux expérimentations formelles et visuelles de ses précédents livres, retrouvant la linéarité, Philippe Jaffeux n’en explore pas moins la phrase dans sa construction, l’interrogeant dans les associations qu’elle met en place et ses significations, la hissant du côté du paradoxe et de l’absurde.

1820 phrases structurent ces courants blancs rassemblés en 26 propositions (autant que les lettres de l’alphabet) formant ainsi 70 ensembles. Chaque phrase est portée par une seule ligne. Il s’agit ici de composer avec des suites de propositions paradoxales.

« Des nombres consomment des lettres afin de nourrir le scandale d’une écriture abstraite. »

 

Alors que son Alphabet (O L’AN/ et N) relevait du geste (le geste même de l’écriture mais aussi celui de la trace et de l’éclosion de ses possibilités visuelles), ses Courants blancs s’établissent résolument du côté de l’oralité, le recours à un dictaphone et à un logiciel de reconnaissance vocale induisant, par leur pratique, de nouvelles formes d’écriture, renouant ainsi avec « la magie de la parole » selon les propres mots de l’auteur.

De cette parole travaillée, Philippe Jaffeux produit des associations de mots intempestives, sans rapport apparent (certaines phrases se suffisant à elles-mêmes pourraient se détacher de leur ensemble et occuper seules, dans leur densité, l’espace de la page).

Chacune des propositions s’agence dans une superposition de deux segments syntaxiques coordonnés mais déterminant le plus souvent de faux rapports de causalité, suscitant un renversement de la proposition elle-même. La phrase, dans sa structure et son procédé de superposition, évoque la notion du contrepoint dans l’écriture musicale qui, superposant deux thèmes musicaux, en provoque un troisième (à noter la proximité qu’entretient l’auteur avec la musique et plus précisément pour ces Courants blancs avec celle de Bach).

 

Les propositions, indépendantes les unes des autres, tentent d’opérer, dans leur articulation, une résolution des contraires qu’elles mettent en place. Toutefois les paradoxes mis ainsi en relation provoquent par là-même leur annulation.

« La forme des nuages donnait un sens au hasart s’il corrigeait son but en marchant à l’aveuglette. »

 

Ces suites de phrases percutantes retrouvent les caractères de certaines formes brèves (densité d’un aphorisme, pensée…) mais s’en différencient par leurs particularités (recours à l’imaginaire, à une durée, au paradoxe…), se situant du côté des Koan zen dans le caractère énigmatique que recouvrent ces objets de méditation pour déclencher l’éveil.

 

L’écho ou davantage la réponse qui se donne d’un mot à l’autre de la phrase, d’un début à une fin de phrase, crée un dynamisme, un courant, provoque le mouvement.

Les phrases non ponctuées (uniquement par un point de clôture), martelées, recouvrent, pour chacune d’elles, un champ lexical qui leur est propre, d’une même famille sémantique.

 

Des thématiques transversales néanmoins se dégagent de ces Courants blancs et de l’ensemble des livres de Philippe Jaffeux. Le titre du livre en appelle ainsi à l’espace de la page blanche (dans l’impossibilité d’écrire et l’effacement) en même temps qu’à l’électricité (dans ce qu’elle permet et notamment l’alimentation d’un ordinateur), thématiques récurrentes associées à la question du silence, de l’animal et de façon emblématique à la mise en espace de l’alphabet et du nombre.

 

Au travail sur le mot, dans son lien, en association avec d’autres, d’une même proposition, se poursuit également celui, formel, de sa construction, dans son irrégularité.

« Il se contentait de souffrire pour reconnaître l’orthographe exacte de sa joie tourmentée. »

Mais là encore la « bizarrerie » orthographique d’un mot pouvant se trouver dans une partie de la phrase surgit en réponse à un autre situé dans une autre segmentation de la même proposition. Un mouvement interne dans l’unité du mot s’opère alors au regard de la phrase.

 

« Les animaux s’arrêtèrent de parler pour donner aux hommes la chance d’obéir à leurs cris. »

Le renversement des propositions ainsi opéré par la mise en adéquation des paradoxes, l’incongruité des associations et la perte d’un ordonnancement habituel du monde produisent une déstabilisation des sens de lecture.

Là réside sans doute la puissance des Courants blancs de Philippe Jaffeux.

 

On notera également la publication concomitante de 505 courants de Philippe Jaffeux sous le titre Courants 505 : le vide (revue Ficelle, Rougier V. éditeur, Soligny la Trappe, mars 2014, 46 pages, 9 €, ISBN : 979-10-93019-02-4).

17 avril 2014

[Chronique] Antoine Dufeu, Blancs, par Périne Pichon

On découvrira ci-dessous un curieux livre-web, la dernière création d’Antoine Dufeu…

Antoine Dufeu, Blancs, CNEAI, printemps 2014, 6 €, ISBN : 2-912483-80-8.

Présentation éditoriale

Blancs est un livre exposition. Il peut prendre toute forme diffusable connue ou non à ce jour et, au gré des publications, être imprimé ou au format numérique, gratuit ou payant. Il peut être diffusé et numéroté de manière aléatoire à l’occasion d’expositions dont il pourra servir de prétexte. Blancs puise dans la matière des articles de presse que l’auteur, sous son propre nom ou sous celui de l’un de ses hétéronymes, Marius Guérin, a publié sur le site Caradisiac depuis mars 2006 mais aussi dans celle de leurs commentateurs.

Le Cneai publie trois premières formes de Blancs :

Version : 2014-3-1-A-A
Livre au format 11×16,5 cm (à la Française) diffusé et vendu par le Cneai. Cette version comprend une sélection de liens url renvoyant à autant d’articles.

Version : 2014-3-1-B-B
Fichier pdf au format 29,7×21 cm (à l’Italienne) diffusé gratuitement par le Cneai et l’auteur à partir de leurs sites respectifs, www.antoinedufeu.fr). Cette version reprend les liens de la version 2014-3-1-A-A. Pour chaque article, un des commentaires a été tiré au sort et mis en exergue.

Version : 2014-3-1-C-C
Magazine au format 22×28 cm diffusé et vendu sur le site Blurb. Cette version reprend les liens de la version 2014-3-1-A-A. À partir de chaque lien url sont extraits un ou des mots transformés en image ; chaque lien crédite alors chaque image correspondante.

 

Note de lecture

 

Dommage qu’il n’existe pas de papier susceptible de nous mener directement à une page web d’un clic du doigt. C’est l’impression que peut laisser Blancs à son ouverture, un livre qui se prolonge dans l’univers internet.

La couleur étant annoncée, la tentation est grande, après quelques clics, de laisser tomber l’ordre aléatoire donné par le livre pour naviguer sur les pages virtuelles de son homologue web. Antoine Dufeu, enrôlé comme chroniqueur pour le site Caradisiac, fait bondir son lecteur de lien en lien, principalement depuis sa rubrique « Minuit Chicanes » posté chaque soir à 22H, et quelques autres…

Provoquer le commentaire semble faire parti du jeu :

« Minuit chicanes est un drôle d’espace qui ne semble pas vous laisser indifférent. J’ai tendance à estimer que même lorsque des efforts de forme sont expérimentés (comme ici), des forçages sont à l’œuvre (comme ) ou encore des raccourcis condensés sont tentés, cela n’est jamais suffisant. Heureusement, souvent, vos commentaires accompagnent, complètent, amendent le projet de dérapage nocturne commun. »

« Caradisiac », quand on ouvre la page, peut surprendre. Pourtant, le mot lui-même annonce la donne : sur « caradisiac », on parle automobile, ce qui ne peut que porter à faire des tours de langue. Sur Caradisiac, surtout, on teste l’espace web, on tâte les potentialités de la page virtuelle. Le « dérapage » suppose un décalage, relativement involontaire – il y a des dérapages contrôlés –, autrement dit une sortie des sentiers battus, dans l’inconnu.

La « toile » est un gigantesque écran, où chacun peut aussi bien lire qu’écrire ; un espace hors temps, où revenir en arrière est possible, tout comme faire des bonds dans le temps. Les liens auxquels renvoient les articles permettent de penser le mot comme un objet virtuel, un fil qui en entraîne d’autres dans sa vibration sur la toile. « Ici » et « là », non seulement appartiennent au texte, mais renvoient réellement à une autre place, et à un autre jour dans le passé. Blancs, en tant que livre, ne serait alors que la présentation d’un itinéraire possible parmi d’autres sur Caradisiac. A moins qu’il ne prolonge le débat sur la pérennité du format papier, le livre Blancs peut aussi apparaître comme une trace concrète et préhensible de ce qui est écrit sur le web.

 

En suivant la piste d’Antoine Dufeu sur Caradisiac, on retrouve des collages de textes (http://www.caradisiac.com/Minuit-chicanes-La-vraie-vie-est-d’avoir-une-voiture-amie-56685.htm), de photos, de vidéos (http://www.caradisiac.com/Minuit-chicanes-55595.htm). Parfois, l’amorce qui les accompagne est si légère qu’elle semble juste être prétexte à ouvrir un débat. Dommage que les commentateurs se répètent souvent sans chercher à prolonger un peu plus celui-ci, sans songer à user un peu plus ce pré-texte. La plasticité de la page web s’en trouve cependant soulignée : la possibilité de rajouter une note, un avis, une question, bref de reprendre le débat existe toujours. Encore une fois, on pense à l’éternelle Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borgès, mais aussi au Livre de Sable qu’il imagine, un livre qui mute, se dissout et se transforme sans cesse, qui n’a ni fin ni commencement. Or, Blancs, dans son titre et dans sa forme, annonce un retour à la page blanche, une dissolution du texte. L’écrit est éphémère. Ou plutôt il est l’outil d’une expérience soit dans la création, soit dans la lecture (et en un sens, on peut imaginer une dissolution du texte dans la lecture ou dans les lectures).

Cependant, un espace blanc est également une invitation au remplissage. Le texte est alors non seulement vivant mais mutant, il peut disparaître pour réapparaître sous une nouvelle forme, s’amputer, s’allonger, se transformer. Réciproquement, dans un monde virtuel soumis à des mutations, un objet peut devenir texte aussi bien qu’un texte objet. Finalement, Blancs est une ouverture à des jeux de transformations infinis.

12 avril 2014

[Libr-parution] Sylvain Courtoux, Consume rouge

La "référence à la poésie est-elle encore un mal nécessaire ?", nous demande le postpoète de combat dans un livre à consumer rouge après le brasier de Stillnox – livr-événement disponible depuis hier, et à coup sûr en librairie à partir de lundi 14 avril.

Sylvain Courtoux, Consume rouge, post-poèmes de combat + Death by a Thousand Sources (livre de 96 pages grand format + CD), Al dante, avril 2014, 24 €, ISBN : 978-2-84761-776-4. [La photo en arrière-plan renvoie à la performance créée le 12 mars 2013 à Limoges/Dark City : "Notes sur le sample (version instrumentale)" – qu’on pourra écouter en lisant la présentation ci-dessous]

 

"Réinventer par saturation l’espace de la vitesse noire / un long immense et raisonné achèvement de tous les systèmes [COMBINER + STRATIFIER]" (p. 19).

En ce temps de consumation consumériste, le postpoète voit rouge :
" contre les quatre commandements du capitalisme triomphant : la rentabilité la peur l’enfermement l’inexistence
La littérature de recherche est en somme en cessation progressive d’existence
depuis 1945, la destruction est tout ce qu’il y a de plus rentable (le suicide comme moyen de sélection idéal puisque la victime assure elle-même sa propre désintégration/ le nouvel assentiment) " – p. 55.

Il s’agit pour lui de recycler la vieillerie dite "poésie" en recyclant la poésie, y compris et surtout moderne : « LA CONSUMATION ROUGE N’EST PAS UN ART DE LA CITATION MAIS DU PILLAGE / […] ça s’enrouge [de sens] ça sent le ciel au noir ça se paye de décharges de sang / ça recherche des formes qui suivent le chaos ça brandit le futur pour critiquer / ce qui est absent dans le présent ça créera au besoin une "histoire révisionniste de la poésie" / ça créera au besoin une post-poétique hantologique & recombinante / traumatismes & inquiétante étrangeté »…

Il s’agit pour lui de cramer la poésie, de véroler les discours dominants, y compris et surtout dans le microcosme poétique, de les porter à incandescence… de "planter le NOX au cœur même de la langue" (16)… De mettre au jour l’inter-dit poétique : "si la poésie est inadmissible, qu’elle n’existe pas, c’est qu’il n’existe que des poètes et ces poètes sont porteurs d’intérêts de classes vrillés dans leurs textes, cachés dans leurs postures ou leurs choix, qu’ils soient des classes dominées, qu’ils soient des classes dominantes, ils sont dans le mythe de la cléricature, de la caricature de la réalité, ils ne sont pas dans ce qui rend possible la poésie" (33)…

Ce bric-à-brac constitué de vers libres / proses critiques / dessins / schémas / jeux graphiques et typographiques / photos / photomontages ressortit à la post-poésie, la poésie post-punk, la poésie visuelle, la fiction noxienne, l’auto-narration poétique… À la poésie expérimentale en tout cas, ce qui explique son titre, emprunté à un album du groupe de rock Ground Zero (Consume Red, ReR, 1997). Il faut donc lire Consume rouge en écoutant le CD joint, qui mêle musique électroacoustique et musique bruitiste, parfois jusqu’à l’inaudible : « Il y a, d’un côté, la page et l’écrit, et, de l’autre, les synthétiseurs et le son. C’est le même travail, sous deux formes différentes, qui se complètent et s’unissent, pour tenter de toucher/de figurer le monde, de donner forme à cet impossible univers dans lequel le "je" est embourbé » (p. 94). Consume rouge est un objet poétique total, autonarratif et autoréflexif, qui, transgressant les frontières génériques, tente de se situer dans et hors de la poésie, dans et hors du sujet. Ce qui, comme le souligne l’auteur lui-même, ne va pas de soi : « La grande contradiction de Consume rouge : comment perpétrer, perpétuer une poésie du "virus" sans pouvoir croire par ailleurs à l’efficacité opératoire & à la portée politique de cette opération ? Tu ne crois pas aux perturbations, subversions de l’intérieur vers l’intérieur des systèmes » (p. 77). Par ailleurs, si disparition élocutoire du sujet il y a, elle prend ici une forme particulière et particulièrement paradoxale : d’une part, l’ego-poète s’affiche comme toxico-dépendant, exilé dans notre monde depuis la défenestration de sa mère le 6 août 1987 alors qu’il avait douze ans, comme poète excentré et excentrique ; d’autre part, cet ego se disperse, se diffracte, s’anonyme (anonymous Courtoux) dans l’analyse critique du champ poétique comme dans le kaléidoscope des échantillonnages (technique du sampling qui le rapproche de Kathy Acker, John Oswald ou Guy Debord : "JE EST UNE INTERFACE").

 

10 avril 2014

[Chronique] Claude Favre, A.R.N. Agencement Répétitif Névralgique, par Sébastien Ecorce

Le propre des textes singuliers est de susciter diverses écritures-lectures : après celle de Jean-Nicolas Clamanges, voici celle de Sébastien Ecorce, tout aussi inspirée dans sa radicale différence.

Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou, éditions de la Revue des Ressources, février 2014, 146 pages, 10 euros, ISBN : 978-2-919128-07-5.

[Ce volume reprend A.R.N. – que nous avons eu le bonheur de publier dans le dossier Claude Favre en 2013 – et Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre, développe Comme quoi un mot est un galop et propose Précipités].

 

Le titre est annonciateur (et finement trompeur) de cette force motrice de la langue de Claude Favre. Il reprend un mouvement dans son intégralité publié dans différents sites numériques de qualité, revues et éditeurs indépendants. Mais il est surtout révélateur des identités différenciées qu’il s’agit d’ineffacer. Ce titre suggère qu’il y a de la réplication, de la transformation, et de la trans-duction. Il permet de saisir avec toute facilité l’arrière-fond génétique quant à l’emprunt connoté des pratiques, de déterminations et de transmissions, dans la nature du code (qui reviendrait selon Claude Favre à un faire-corps dans ses actes, ou ses coordonnées). Voyou n’est pas tant là un ajout superflu, dans la mesure où il comporte toute la directionnalité, la profondeur du biais.

Il y a de la scansion, de la répétition, de la plasticité, de la spatialité, dans ces voix. On pourra bien évidemment y décrypter un sens de la structure qui sera limité tant les lignes d’intensités sont riches, segmentées, et proliférantes. Ces bouches abattoirs signent bien souvent d’étranges tétanies, de phosphorescences parcellaires, de complications (complexions) sémantiques, de glissements batailleurs. De l’annotation, de l’incision, de la partition souveraine de l’enfant roi perdu dans son royaume sans sujet de n’être autre que ce commencement perpétuel, de ces trajets, retours. Car savoir aussi que ce n’est jamais le même retour. Nous avançons à pas. Ou au galop ; qu’il faudra raccrocher bien sûr à cet emportement de pouls. Si bien qu’à quelle distance se placer deviendrait presque un impératif si nous voulons frontalement nous lier durablement à cette poétique si singulière, rigoriste et douce. Année lumière ou infra mince. Un Ancien ne nous rappelait-il pas en brouilleur de l’habiter : qu’il ne préférait pas habiter dans l’infini. Ce que Claude Favre ne pourrait infirmer tant elle se joue de ces déterminations à habiter la langue, qu’elle aimerait tant réveillée vivante (je veux la grammaire vivre). Tous les démons tous les esprits cette troupe dans cette traque. C’est la chair qui dicte les emboitements. Claude Favre ne tient pas les choses à distance. Elle écarte finement par ces traversées crans, pour une autre présence. Il y a souvent l’examen froid jovial et lyrique de l’arrachement. Il y aussi, souvent, en ce que la langue du poème est capable de faire passer le temps comme une lame ou un couteau au cœur de l’expérience. Il y a ce temps de prise en charge des énoncés, car la vérité n’est pas l’exactitude.

Si les mots manquent toujours étant cette cinétique de la caravane et des troupes arythmiques. Mais une a-rythmicité qui joue la retrouvaille avec le passage et la décohérence d’un rythme primitif, qui ferait souche et serait en quelque nature princeps au nom d’un réel qui cogne ou d’un sang qui fouette. Tout un système de notations fines, parfois infimes (liens, coupures, sauts, impasses), autant de marques infiltrées qui réifient le souffle pour nous en rendre le potentiel en d’autres fronts. Une implication du corps dans la langue. De rétroaction, de morcellement et de rétrocession. Tout une cinétique de couches minces qui donnent matière, la condensent pour la faire éclater avec douceur (pointe, aiguille, le mouvement, danse). Attendre un point de crise : ou un point de danse dans le mouvement qu’il manque des mots toujours. Pour phraser, il faut savoir parler carnes.

Un corps pour vivre a des verbes. Nous sommes des parlêtres un peu perdus dans l’éblouissement. Même si ça pavane et pagaille. Tout ne se fige pas. Se réamorce. Ça repart tort travers ; et toute possibilité de repartir parce que ça rompt brutalement. Toute une jouissance qui n’est jamais languide, mais tensive. Ces cruautés adoucies par ce qu’elle lance comme propositions d’erreurs, son fou bestiaire. Ce qui renforcera cette trajectorialité, ces petits scénarios voyous. Se croiser ; se recroiser, tisser et détisser, encore dans ce drôle de mix. Mix qui n’est pas à considérer sur le seul angle du montage, mais d’un atavisme (ou une puissance de dévoration) syncrétique, impossible de la grammaire qui déploie ce corps dans la langue. Se cogner au Réel, comme ce qui n’a pas de régime. Elle dit le réel n’a pas de régime régiments de vérité. Il y aura toujours l’issue possible d’un coup qui foire en cette grammaire vivre, qui fonde les séparations pour mieux les relier, assez de seul pour faire communauté. Cet homme de ne, est. Comme le rythme, c’est de cette division, basée sur ce corps qui confond, s’éloigne, plus loin que les discours, qu’il peut y avoir la concrétude d’un lien.

Grammaire donne aux humains ce qu’il en était sorti du Monde. Leur confère un mode de nouage. Un point nodal arraché entre les voix. Le réinscrit dans le périple de bête et de ces mondes hospitaliers. Des petits rituels. Des paroles de diseurs. Se déplace et module l’adresse. Qu’elle déjauge comme entropie. Beautiful crâne, au-dessus du vide. On le voit. Elle danse. Grammaire est cette dette lourde d’une éternité, mais aussi, l’oubli, un temps qui ne reviendra pas, ces petits pharmakons, en tentant de l’habiter si ce n’est pas la paralysie.

La reconnaissance précède son devenir cavalière en des langues fictives affiliatives et recombinantes. Elle projette des mémoires de langues. Déplace sous le visage d’emprunt une altération d’un savoir possible, cette grammaire entre l’anonyme et du mendiant. Un Nous tente toujours de pluraliser. Même si elle le reconnaît la scansion poétique défamiliarise. Tresse les sons des mots perdus. Dans la mortelle douceur des chants. Coupés. C’est ça le réel, elle dit à en. Jouant des mauvaises et terrifiantes rencontres. Animal totémique. La Bête ou un corps horde au tournant refaisant place ou vide. Ou sa place. A la faveur de quoi le monde peut avoir lieu de cette résistance. Elle voudrait dire, des pratiques de déterrement et faire circuler une mémoire, une grammaire vivante de l’interdit. Elle synthétise cette fonction : mi dieu, mi-homme, mi bête, avec ce côté cuiseur à faire gémir le verbe. Mettre en acte un verbe d’état, de transformation, faire vibrer cet état de commencement en un rejaillir vivant. Faire battre ce temps des croyances et des coexistences.

Cette idée centrale et diffuse d’un commencement et d’un revenir. Revenir reviens : au-delà du simple abord du redoublement, un temps à jouer avec les seuils pour lequel le temps ne se laisse pas absorber, faire croiser des lieux de grandes solitudes que ces voix creusent, testent par leur résistance et redistribuent en des franges dangereuses, des espaces d’isolements qui permettent le développement du jeu avec le langage, ça vous sauve, ce jeu, ni passé, ni futur, ni d’ailleurs, pris dans cette incertitude insurrectionnelle, ce champ de manœuvre, ce mouvement d’un monde où il faut faire retour, de passeurs et de mondes culbutés, où les rêves décomposés se consument et se consomment comme des chairs, des retrouvailles comme dans l’évocation même des morts, comme autant de cristallisation et de floraisons, enfant un peu, et s’il peut y avoir dérive c’est pour que cela se rejoue aussi au plan de l’infantile dans la répétition ou l’énumération, l’extraction vaporeuse et stuporale, si elle se met en fureur, c’est pour mieux nous faire porteur de ces courants, de ces limons, saillies ; où chaque courant est la prise non figée d’un commencement, puisqu’elle tisse d’affronts ses propres débandades.

 

Il sera malaisé de scinder les deux premiers opus tant ils se répondent, par une forme d’unité, de récitatif qui les subsument, justement. Un décentrement porté dans et par la danse même. D’imagines et dérives. De galop fracturé, qui renvoie là aussi à la précision des coupes, de la métrique à ouïr, discrète, dans l’écoute quasi physiologique de position mobile dans ces parlers. Elle rassemble des parlers composites ; qui bruissent d’expressions archaïques, apprend à lire, dé-lire dans son petit conservatoire vivant ; ce corps traversé, la respiration vigoureuse qu’elle déclenche à la moindre corporéité du verbe ; Claude Favre puise au pneumatique, à la composition-devenir des pompes, entre enfoui et perdu, même si du montage préfiguré dispose l’allant, toujours du phrasé, le versant et la coupure en avant sec, car la coupe est l’apnée au sec. Elle explore les voix comme des traces mnésiques, les collige : quel chaos boite pandore.

 

Un peu agnostique, épiscopalienne, mystique sans créance en ce qu’elle interjecte ces noms d’absence au monde en cette sacralité du commencement, dans ces modes de touches, et ces sauts. Le saut dans le vide pouvant constituer son mode d’enquête. Ne dit-elle pas admirablement, ou plutôt faussement (facétie des biais) admirablement, qu’elle n’est pas métaphysique. Voudra brouiller avec finesse toute cette généalogie qu’elle jugerait pesante. Préférer l’esquive (voie naturelle plus ou moins incorporée des sans crédos ou des sans parts) pour mieux replonger dans ces phases d’excavations. Cette grammaire, par le travers. Les biais. Tenter d’autres nouages même si le corps la langue ça tourne et quelque fois pire. Ce pire telle une indicialité (et le revers d’indocilité) de cette reprise métaphysique qu’elle semblait vouloir faire refluer, faussement.

 

Le recueil précipité apparaît plus ramassé. Quelques novations typographiques, telle l’esperluette. Un peu comme changer de virgule. Faire amas et coalescence. Produire aussi du différent en cet alignement. Cela confère de la tonicité dans l’insistance. Du renforcement dans ce qui est convoqué. Le temps fuit. Et nous sommes pas bien équipés. Dans l’attente. Une attente qui assigne. Qui fera sarcophage. Alors tout un biais papillon. Rat. Chiens chacals. On pense effraction. Exfiltration. D’aller en déchié, nous prenant par l’encolure d’une cécité qu’il y a toujours cette fonction défécatoire et excrétoire (Rabelais, Guyotat) dans la langue, propitiatoire pour tendre vers cet allant, dans l’ordre de la connaissance (et ce mouvement du défait). Tout un art du bruissement, du bruissement au bruire, et du bruire au bruit, à la carcasse, déjà à l’œuvre. Grenades en têtes. Ce corps dans l’articulation des voix. Rappel d’une incise du grand Vitez. Plus loin, une note de Quignard, quasi cosmogonique. Et l’on sait que ces encoches-là, ne sont pas dues au hasard. Qu’elles font partie vivante de cette toile. De cette mise en espace. Qu’elles peuvent être de nature à infléchir. Des langues pleins la bouche. La parole ne négocie rien. Si ce n’est un jeu de disparition. Je serai tout de viande agonisée pour ne justement pas agoniser et se faire piège mortel.

Comment pourrait-on se faire ajuster ? Dans ces cadrages d’histoires d’histoires, dans ces mal monde qui confinent aux marges de l’histoire, en des centres gravités qu’elle refuse de prendre pour de pures images, à nous braquer son télescope pour nous faire sortir de soi, en des plongées d’attentions aux bords inconsolés ; nous sommes touchés par le beau voir. Même si on fait l’ange / de quoi que voir saisir ? Entendre ce qui fait œuvre. Le doigt sur la bouche. Et ce petit décalage : quel œil quand le doigt sur la bouche ? Suspection inspection. L’auteur perpétue son régime de l’enquête sur une fugue plus ou moins continue qui se dérobe. Et ce désir qui fait décalage. Nous rappelant une nouvelle fois que la vie est non seulement ajustements face aux cordes, mais aussi cette force comique et non tragique (cf. Lacan) ; Précipité serait donc un monde d’arrière passages, un monde d’arrière fond, d’arrière geste, un fond, et une façon de glisser sur tous les tableaux. Quelques requis seraient presque à considérer : la concentration et le décalage.

 

Le dernier opus de l’ouvrage nous laisse des traces mnésiques, pathiques, quasi électriques. Long déroulé de chute, avec cette pesanteur. Froideur sèche. Clinique. Et lyrique. La dureté des chiens errants de l’Histoire. De vers ciselés comme des couteaux. On ne nomme pas les femmes. Mais les filles. Comme des grandes, seules. Elle les englobe dans sa langue, qui n’est qu’un filet dans le dispositif de chutes, leur insuffle une forme secrète d’affection, de dernier rempart contre la barbarie. Longue exécution. Arrachement. Sorte de monolodie puissante et fractionnée qui joue sur cette scansion dans la disparité forclosante de l’atteinte au corps. De la colonisation et du sursaut. Les filles dans l’orbite de ce schéma exécutoire Du-Il.

 

Ce Il qui désanthropise les filles, tout en réanatomisant en d’autres plans leurs corps puisque seul point d’entrée, d’intrusion, par la radicalité de gestes négateurs et du langage crevé, d’invasivité et perforatives séries : touchers, touchers, prolongées d’un savoir ou pré-savoir, où l’impensé d’un savoir dans l’angle aveugle de ces nominations. Rivés à ces suspensions, le fait de défaillir et de se reprendre à terre par le langage. Qu’elle relativise avec cette vue radicale, Les filles ça va pas comme il. Les filles ça toujours ça pire. Les filles pour dé-génériser un langage qui ne peut, au final, qu’accompagner cette chute. Qui accompagne l’opération dévitalisante de ces annexions. Dans l’émeute et la discordance. Des bouches colères. Ce nom de la colère ressassée. Au milieu de ces terres incultes. Est-ce que la chute peut ruiner ce nom de la colère. (« Le monde s’en est allé nous a quitté… » – cf. Celan). La colère ça un genre à tomber. Est une catastrophe qui n’est pas seulement subjective. Elle n’est pas cette fois-ci cet écart, cette ruse ou ce délitement du signifiant. Elle est là. Même si de mauvaise manière. On ne peut pour autant l’assimiler à de la glose qui tombe et qui borderait ainsi le vide. La tombée ou la chute ne fera pas sépulture ni protection d’une mauvaise mort ; la chute qu’elle parvient à polyphoniser, cette chute qui finira par porter, par ces remâches, ces syncopes, qui humanise en retournant celle-ci en parade de colère aggravée. Des dédoublements, des redoublements, des retours secs. Un champ d’honneur qu’elle métabolise avec des circuiteries d’hallucinations. Des rixes et grenailles. Toutes ces filles pas toutes ne relèvent pas du nom vidé ou des effets d’une purge. Deviennent personne par ce qui les rattache à la terre. En cette gravitation. Jamais terrassée, même à terre. Une oscillation entre impuissance et résistance. A terre, le vocabulaire presque à l’envers. Certaines se relèvent. Encore de la place pour de la motricité d’une colère. Que la chute diffracte. La colère est cette présence qui les relie secrètement au péril de la chute. Pas toucher à terre : les corps increvables. Exilé dans le devenir du regard sans altérité de Il qu’elle brise par cette déflagration de tombée, rendue perméable ; qu’une voix ouvre le peu d’espace de transmission. La chute n’est pas immuable. Et résister à la colère. Y fixer non pas un terme, mais un différé. Une trame apparaissante. Et tenter de réécrire l’humanisation du nom : les filles. Face à ces Il d’oubli et d’effroi. Que la chute fait communauté dans la diffraction. Quelles tombent de partout. Qu’il y a bien une forme de commandement ou une injonction au destin que la voix tentera de ralentir. Celles des vivants déjà morts qui savent honorer leur morts et vivants. Pas de saintes. L’errance lourde et légère. La chute ou la tombée faisant figure de topos où peut surgir l’imparlable. Avec des mots tombés, eux aussi, d’où querelle. Comment parler ou faire silence dans ces machineries de désinterprétations des liens, dans la césure entre les vivants. Se ressaisir dans la logique même de la chute à forger les puissances créatrices qui sauvent leurs corps.

5 avril 2014

[Création] Laura Vazquez, TOUT TOMBE [Libr-@ction – 18]

Cette dix-huitième livraison de Libr-@ction se présente sous la forme d’une vanité inédite : un agencement répétitif qui nous entraîne jusqu’au vertige dans une méditation sur la dégradation de toutes choses. Nulle action possible contre l’universelle entropie ; la libr-@ction poétique de Laura Vazquez nous invite donc à perdre toute chose, mais en mesure – lentement.
Selon le principe de Libr-@ction, écoutez/voyez/lisez et partagez de toutes les façons cette fascinante création de la talentueuse Laura Vazquez. /FT/ [Libr-@ction – 17]

Voir la vidéo (cliquez ici si vous n’arrivez pas à la voir) :

 

La maison tombe, lentement,
elle tombe lentement,
les enfants tombent lentement,
ils tombent lentement,
leurs bouches tombent lentement,
les bouches des enfants vont lentement,
et leurs jambes tombent lentement,
leurs jambes tombent lentement,
tout tombe lentement,
la ville tombe,
elle tombe, elle tombe lentement,
la ville tombe, elle tombe doucement,
depuis longtemps,
depuis beaucoup de temps,
la maison tombe et les gens tombent,
les bouches tombent et les gens tombent

et le dessus des yeux et le dessous du ventre et le dedans du ventre et le dedans des joues et le dessus des cils, et le dessus des mains et le dedans des pieds et le dessous des tables et le dessous des seins, et le dessus des tombes et le dessus des crânes et le dessous de soi et le dessus de soi, et le dedans des ventres et le dessus des ventres et le dessous des ventres et le dedans des ventres,

tout tombe tombe

tout tombe lentement,

les pierres tombent

et les échanges

et les histoires

et les objets

et les liquides

et les ruisseaux

et les vidanges

et les serpents

et les échanges

et les liquides

et les échanges

et les salives,

tout tombe tombe

tout tombe lentement,

dans les organes,

dans les maisons,

dans les chemins,

dans les échanges,

c’est la tournure,

c’est le chemin,

c’est la méthode,

c’est la mesure,

c’est un échange,

c’est une idée,

c’est un problème,

c’est une idée,

c’est un chemin,

c’est un échange,

c’est un rapport,

c’est un chemin,

c’est la tournure,

c’est la méthode,

c’est la mesure,

tout tombe tombe
tout tombe doucement,
tout tombe lentement,
tout tombe doucement,

dans les maisons,

dans les tournures,

dans les endroits,

dans les bordures,

dans les forêts,

dans les histoires,

dans les paroles

et sans arrêt
et sans vitesse et sans vacarme, et sans penser et sans souffrir, c’est la tournure.
C’est ce qui tombe

et le dessous des bras et l’idée des figures et l’idée de la mort et l’idée de la honte et l’idée de la fonte et l’idée des liquides et les liquides eux-mêmes et les personnes lentes et les personnes biens
et la vie est bien lente
et la vie est tombée
et la vie est bien calme
et la vie est bien lourde
et la vie est bien belle
et la vie est la vie
et la vie est tombée
et la vie est en train de tomber,
mais lentement

tout tombe lentement
dans les personnes et dans la gorge des personnes et dans les ventres des personnes
et tout avale et tout avale les personnes et dans la gorge et lentement et tout va dans la gorge mais lentement

dans la maison des hommes,

dans la maison des loups,

dans la maison des mères,

dans la maison très noire,

toutes les mères noires,

on se donne de l’eau,

on se donne des branches,

on se donne des ventres,

on se donne des langues,

on se donne du pain

et tout tombe dessus.

4 avril 2014

[Livres] Libr-kaléidoscope (2), par Périne Pichon et Fabrice Thumerel

Le principe du Libr-kaléidoscope est de présenter une sélection des nombreux ouvrages reçus – qu’ils fassent ensuite ou non l’objet d’une chronique à part. Dans cette deuxième livraison de 2014 : Laurent ALBARRACIN, Le Citron métabolique (éditions Le Grand Os) ; Luis BEÑITEZ, Les Imaginations (L’Harmattan) ; revue AKA, série Z :/ (Marie Cosnay, Stéphane Korvin, Christophe Manon et Marie de Quatrebarbes).

 

â–º Laurent Albarracin, Le Citron métabolique,  éditions Le Grand Os, 71 pages, 9 euros, ISBN : 978-2-912528-18-6.

Le citron y est ici pressé, épluché, pressurisé dans toutes ses formes et dans tous ses sons :

beaucoup de

mais aucun pour empêcher

la hache

du chaque

dans le tronc

de l’ici

L’acide du fruit ainsi disséqué semble avoir altéré le langage ; celui-ci se décompose en syllabes « ci » et « on », et « tronc », pour composer le poème. Une conséquence de l’épluchage : cet adverbe « ici » qui ne cesse de s’affirmer. Il creuse, par sa présence incisive, un moule pour le fruit absent mais pourtant « ici » et presque « là ». Transformé en nom, « ici » en vient également à désigner le texte comme un lieu ; dans le mot « citron » se crée alors comme un espace-lettre doté d’une ampleur et d’une profondeur où prennent place des « pépins /comme des ballons ».

Ce lieu reste hypothétique puisque le poème est au conditionnel. Un mode sous-tension, entre le possible et l’inexistant, pour décrire un monde aux allures de promesse. On est suspendu au « presque », piqué par l’acidité de l’agrume. Et par les jeux de langage du poète qui dessine un univers sphérique, où les extrémités se touchent et le peu devient « [ …] l’ombre/ du beaucoup ». Partis du jeu des sons, les mots se rapprochent : « côtelé » et « cauteleux » ; « oscillation », « vieille scie du monde », et fournissent l’illusion d’une similitude tronquée. Les lettres sont toujours les mêmes, pourtant les noms changent. Ce processus familier devient étrange quand il part d’un zeste d’agrume.

Attention, le citron n’est pas le support du poème (comme chez Francis Ponge), mais bien sa matière. Il est transformé plutôt que révélé. Toutefois, cette transformation s’inscrit dans un cycle : il donne la matière pour créer le texte, et le texte retourne au citron, comme dans ce petit chiasme : « citron tel/ que citron/ se donne ». La forme même du poème – des vers coupants parfois réduits à un mot – participe à la décomposition du signifiant « citron ». Décomposition nécessaire pour produire quelque chose de nouveau, comme d’autres mots s’agençant autrement, pourtant soumis au même processus de dégradation/transformation. Ainsi se crée un « métabolisme » poétique. /PP/

 

â–º Luis Beñitez, Les Imaginations, traduit de l’espagnol par Jean Dif, L’Harmattan, hiver 2013, 74 pages, 10,50 €, ISBN 978-2-343-01558-3.

 

La poésie de Luis Beñitez relève d’un jeu de collage et de surimpression d’images, dans la continuité des poètes surréalistes. Il s’ensuit une rupture dans le poème, une dissonance qui fait basculer le texte dans l’absurde. Cette mise en scène de l’absurde va de pair avec un regard désenchanté, facilement cynique, sur le monde. On perçoit la figure d’un énonciateur-observateur regardant et jugeant avec distance, son monde, son écriture voire la situation du lecteur en train de lire : « Dans cette salle où le poème, parcouru ligne à ligne,/ Est écouté ou lu distraitement,[…] ». Le lecteur se trouve d’ailleurs mis à contribution à plusieurs reprises.

Ainsi, les objets, événements sont réfléchis par l’écriture, comme dans un miroir qui permettrait à la fois de les éloigner et de les observer :

« Le bateau que je vois dans le miroir

Demeure difficilement gouvernable

Bien que

Nous entrions comme des bovins

Dans cet autre enclos du temps 

[…]»

(« Bucoliques/Théologie »)

Ces techniques de montage par collage, de mise à distance, rapprochent l’écriture des techniques cinématographiques et photographiques. Ces deux moyens de production d’images nous ramènent finalement au titre : Les Imaginations. Le livre de Luis Beñitez apparaît comme un lieu d’agencement d’images, voire « d’imaginations », celles-ci entretenant un léger malaise chez le lecteur, dans son rapport à une certaine réalité. /PP/

â–º Revue AKA, Paris, série Z :/, printemps 2014, ISBN : 978-2-37128-001-4.

Cette livraison se présente sous la forme d’un objet poétique singulier : quatre dépliants recto/verso sous rabat, signés Marie Cosnay ("le – termite – zéro que – j’ai- inventé"), Stéphane Korvin ("et tu disparaîtrais"), Christophe Manon ("l’animal, ce n’est pas lui") et Marie de Quatrebarbes ("l’animal le plus moche de la terre"). De subtils liens les unissent : lyrisme inventif, interrelations entre humanité et animalité, Eros/Thanatos… Homme : "un individu pourvu d’une touffe de poils sur la tête"… Et cet homme est-il "l’animal le plus moche de la terre" ? Se distinguent, sans doute, l’animalangue de Christophe Manon et l’agencement de Marie de Quatrebarbes, dont les répétitions et translations font termiter le texte dans les galeries du souvenir halluciné. /FT/

 

3 avril 2014

[Livre-chronique] P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire

Plutôt qu’à un OVNI littéraire (on ne peut que remarquer aujourd’hui la rapidité avec laquelle le discours promotionnel recycle le discours critique), on a affaire ici à objet littéraire excentrique, un dispositif poétique cancérigène, un manuel technopoétique…

P.N.A. Handschin, Traité de technique opératoire, Argol, printemps 2014, 364 pages, 19 €, ISBN : 978-2-915978-87-2.

Présentation éditoriale

Sont employés à des fins non identifiées dans le Traité de technique opératoire des instruments de toutes sortes, instruments de mesure, chirurgicaux, à clavier, etc. On y traverse  aventureusement des déserts chauds ou froids. On y arpente des villes tentaculaires, voire universitaires. Et si l’on plonge tête la première jusqu’aux fonds océaniques abyssaux, il n’est pas exclu de se retrouver sitôt au sommet des plus hautes montagnes. On y confond tout ; on ne nous épargne rien. Au lecteur(trice), de vraies fausses questions sont incessamment et spontanément posées. L’auteur – savant naturaliste à la curiosité anxieuse toujours en éveil – brosse des portraits en creux. D’ingénieuses et séduisantes hypothèses sont allègrement lancées par-dessus bord.

On scrute le vaste horizon fuyant et les moindres détails ; on décortique distraitement des cacahouètes (premier producteur mondial, actuellement : la Chine) comme on désosse la langue. On règne minéral, on règne végétal, et croisons autant de méchants personnages historiques que de gentils animaux sauvages (à fourrure ou pas, du Crétacé ou non). On se perd en joyeux inventaires, on dresse des chevaux rétifs et un panorama de l’état des stocks.
Qu’y dissèque-t-on ? À peu près tout (l’Univers).

 

Note de lecture

Ce Traité de technique opératoire est un curieux objet poétique qui constitue une technologie intellectuelle productrice d’imaginaire – formule calquée sur celle de Franck Leibovici dans ses Documents poétiques (Al dante, 2007) pour mieux accentuer les différences. Plutôt que de proposer la modélisation d’une nouvelle réalité sociale, de retraiter les représentations médiatiques usées, ce drôle de manuel subvertit les discours dominants : en ce temps d’hypercommunication où le cadre énonciatif suffit à garantir l’énoncé, P.N.A. Handschin – "le seul écrivain dont le pseudonyme est le véritable nom" – introduit un jeu entre la forme objective (333 chapitres qui revêtent quasi exclusivement l’aspect d’un QCM : jeux, tests, enquêtes…) et des développements tout à fait inattendus. Dans cette optique, les deux milliers de notes apparaissent comme autant de métastases provoquées par la cancérisation discursive. S’imposent ainsi des propositions incongrues, des hypothèses farfelues, des paradoxes et paralogismes, des évidences déconcertantes…

Prenons quelques exemples, complétés par les photos ci-dessous et en arrière-plan. On nous demande le "nombre de jours dans une année bissextile", en nous proposant trois réponses possibles : "7 (dont le Mardi gras)" ; "29" ; "566 (jours fériés compris)"… Et bien sûr "29 (vingt-neuf) est l’entier naturel qui suit 28 et précède 29"… Et, à votre avis, quel est l’emblème de la Croix-Rouge ? "Un coq gaulois" / "Une croix gammée" / "Une faucille et un marteau" ?… Et si d’aventure la Lune "venait brutalement à se décrocher", elle tomberait sur… la France – "celle qui vote à l’extrême droite"… Par ailleurs, on nous apprend toute une série de choses que nous n’avons pas faites ou que nous ne connaissons pas, ou encore d’événements auxquels nous avons échappé ou n’avons pas participé : attentats, noyades, révolution russe de 1905, Révolution Française…

 

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