Libr-critique

29 avril 2015

[Livre] François Cusset, Les Jours et les Jours, par Périne Pichon

François Cusset, Les Jours et les Jours, P.O.L, février 2015, 352 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-8180-1488-2.

 

Si la vie vraiment vécue était l’imaginaire ? Sous le patronage de Saint-Marcel, François Cusset livre les pages de ce journal aussi intime que fictif, un « journal infime plus infirme qu’intime », clin d’ œil à Proust qui lance cette idée du « Dernier Journal », à faire « exploser, déborder du côté de la fiction, de l’imaginaire ». Le défi est lancé, le décompte des jours commencé.

 

Pas de précision sur l’année : n’importe laquelle sera la bonne. Mais le journal reste un témoin du « jour », aussi vide d’occupation et de signification qu’il puisse être. Aussi, le « je » de François Cusset campe la silhouette d’un baroudeur du dimanche qui, s’occupant à ne rien faire, est occupé à regarder faire les autres. En marchant dans les rues ( le plus souvent parisiennes), il croque les excès d’une « fashion week » au Louvre, commente la manifestation des personnages de cartoon et croise des célébrités politiques, artistiques et sportives de toutes époques : de Gainsbourg à Pernette du Guillet en passant par Jaron Lanier. Dans ces rencontres, programmées ou hasardeuses, le diariste conserve ce rôle de témoin silencieux de plusieurs siècles de noms historiques.

 

Mais il est aussi (parfois) dans l’action : armé de ces quelques « gadgets », il pourrit la vie de people peu sympathiques. Activités de farces et attrapes qui permettent de remplacer le mot par le geste lorsque le ras-le-bol menace de se transformer en ras-de-marée. Activités imaginaires contre des noms bien réels pourtant, accordant à ce journal fictif un point d’ancrage dans une réalité.

 

 

« J’ai le même rapport en yo-yo avec ce journal qu’autrefois avec ma vieille psy : j’y vais à reculons, n’ai rien à y dire, lui en veux de me servir à rien ; puis dès que la petite colère retombe, s’impose à nouveau le besoin brut, un peu bêta, silencieux et sans contenu, que je continue à en avoir, vaille que vaille. »

 

 

Le journal fictif est finalement presque plus contraignant que le journal intime : non seulement il faut y écrire presque tous les jours pour lui conserver sa forme, mais on ne peut l’abandonner aussi facilement que son homologue. Ce que résume le paradoxe entre le constat d’un journal qui ne sert à rien et le « besoin » d’en avoir un. Sans doute le journal, même fictif, reste-t-il le lieu où l’on peut « dire » avec contradiction, voire avec vagabondage de parole et de raison. Mais c’est le cynisme dans toutes ses nuances qui prédomine dans cette tension entre écriture du jour et fiction de l’écriture. On peut être déçu par le réel, mais quand le réel est une fiction, comment en sortir ?

 

 

« Longtemps je m’étais couché très tard, de peur de mourir, ou d’être seul. Maintenant que je ne suis plus grand-chose, que je suis en bon terme avec le vide, je peux enfin me séparer – puisque c’est ça me coucher, se mettre au lit, dormir, c’est juste se séparer, rien de plus, comme me l’avait fait comprendre Mathilde Troper-Friedman après huit ans de séances deux fois par semaines. »

26 avril 2015

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’avril, après un Pleins feux sur Christian Prigent, nos riches Libr-événements : Annocque à Paris, exposition Doppelt (Paris), 9e édition du fiEstival (Belgique), Ernaux au CNL et Varetz à Lille. [LC sera présent sur plusieurs fronts…]

 

Pleins feux sur Christian PRIGENT

â–º Vendredi 22 mai à 20H, Maison de la Poésie, "Le désir de littérature, en somme" (157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Christian Prigent avec Bruno Fern, Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel. Dix mois après le colloque international de Cerisy, "Christian Prigent : trou(v)er sa langue" – et trois livres publiés de l’auteur (dont un avec B. Fern et T. Garnier) -, à l’invitation de nos amis de Remue.net, cette rencontre autour de l’écrivain vise à débattre/échanger sur quelques questions essentielles, à esquisser quelques mises au point et perspectives.

Entre autres questions, devant les pratiques actuelles de lire et d’écrire, les invités poseront, ensemble et séparément, des questions à « l’illisibilité en questions » à l’intérieur de « la langue trou(v)ée » de Christian Prigent, qui a publié en 2014 La Langue et ses monstres, recueil de vingt essais portant sur des écrivains de la « modernité » (de Sade à Christophe Tarkos, en passant par Gertrude Stein, Burroughs, Bernard Noël, etc…).

â–º Autour de Christian Prigent : sur le blog, chroniques sur La Langue et ses monstres (P.O.L, nov. 2014), Berlin sera peut-être un jour (La Ville brûle, mars 2015) et Pages rosses : craductions (avec B. Fern et T. Garnier, avril 2015).

â–º Mise en ligne de la revue d’avant-garde TXT : grâce au travail de José Lesueur, qui a lancé un blog dédié à cette revue désormais historique, nous en sommes au supplément au n° 12.

 

Libr-événements

 

â–º Mercredi 29 avril 2015 à 19H30, Librairie La Belle Lurette (26, rue Saint-Antoine 75004 Paris) : rencontre avec Philippe Annocque pour sa Vie des hauts plateaux (Louise Bottu).

 

â–º Suzanne Doppelt, Amusements mécaniques VERNISSAGE LE JEUDI 7 MAI À 19H

/ Exposition du 7 mai au 6 juin 2015. Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 19h. [LC assistera au vernissage]

LOCO / L’ATELIER D’ÉDITION: 6, rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris, France. T. 01 40 27 90 68

ÉDITION : ANNE ZWEIBAUM (anne.z@latelierdedition.com) / ÉRIC CEZ (eric.c@latelierdedition.com)

 

â–º "neuF. Qu’est-ce qui est neuf ? Qu’est-ce que le neuf ? Et quel est son rapport à l’ancien ? Interroger la racine et la cime. Se nourrir du minéral et du fruit. Voir comment l’horizon se dessine déjà dans les pas que nous plantons sur la terre à chaque instant…"
(Dante Bertoni)

La 9e édition du fiEstival se déroulera :
INdoor : du 7 au 10 mai 2015 à l’Espace Senghor & à la Boutique maelstrÖm 4 1 4
OUTdoor : à partir du 3 mai à la Boutique maelstrÖm 4 1 4 et en ville ! (infos ci-dessous)…

***************************************************************
LES INVITÉS D’HONNEUR de cette 9e édition seront :
Serge Pey (FR) . Chiara Mulas (IT) . Laurence Vielle (BE) . Antoine Wauters (BE) . Charles Ducal (BE) . Jean-Marc Desgent (CA) . Troy Von Balthazar (USA) . Petr Váša (CZ) . Félix Jousserand (FR) . Daniel De Bruycker (BE) . Ivan Tirtiaux (BE) . Détachement International du Muerto Coco (FR) . Rimbaud Mobile (FR) . Les éditions du Dernier Télégramme (FR) & le Belgium Bordelio (WA-BXL-VL)
***************************************************************
INFOS PRATIQUES :
P.a.f. : 7€ prix plein / jour – 5€ tarif réduit – PASS 4 jours : 25€ (prévente 20€)
Contact : info@fiestival.net – www.fiestival.net – Tél : 02 230 40 07 – Gsm: +32(0)498 60 72 53
Réservations : Espace Senghor – 362, chaussée de Wavre, 1040 Etterbeek – info@senghor.be – Tél : 02 230 31 40
et à la Boutique maelstrÖm 4 1 4 – 364 chaussée de Wavre, 1040 Etterbeek – ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h

***************************************************************
PROGRAMME :

DAY #-1
DIMANCHE 3 MAI 2015 – 16h
"Thé des écrivains, 1"
Boutique maelstrÖm 4 1 4

Lectures et sorties de nouveautés dans le piétionnier de la Place Jourdan : le Dimanche 3 mai c’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection “Bruxelles se conte” et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Milady Renoir, Karen Guillorel, Kenny Ozier-Lafontaine, Christophe Lombardi…)

*** *** ***

DAY #0
MERCREDI 6 MAI 2015 – 20h
PIANOFABRIEK – 35 rue du Fort – St Gilles

En pré-ouverture du fiEstival, poésie et musique avec : Pierre Guéry (FR), Fabrice Caravaca (FR), Frédérique Soumagne (FR), Olivier Orus (FR), Aliette Griz (FR) Marc Guillerot (FR), et Célestin De Meeûs (BE)

*** *** ***

DAY #1
JEUDI 7 MAI 2015 > 18h
"la Preuve par (le) neuF, I"
Espace Senghor

Lectures, performances poétiques et multimédias – Salle 1900

18h00 > Inauguration et apéritif musical dinatoire (piétonnier)
Au cours de l’inauguration : lancement du nouveau livre/CD de Laurence Vielle (BE) “Ouf”

20h00 > "Poésie soufie. Le rituel des renversements ou la montagne secrète du soleil". Performance inédite de poésie-action et danse sufi par Serge Pey (FR), Chiara Mulas (IT) et Abdeslam Michel Raji (FR).

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

21h00 > "Spinoza in China". Marc Perrin (FR) nous livre la sortie de son tout nouveau livre avec cette performance accompagné en musique (contrebasse et objets) par Benoît Cancoin (FR).

21h20 > "Jin". le poète Tom Nisse (LU) rend hommage à la volonté d’émancipation, d’égalité et au courage des femmes kurdes. Accompagné par Nicolas Ankoudinoff (BE) au saxophone.

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

22h00 > "Aporie.org". Antoine Wauters (BE) nous livre pour la première fois le texte et performance « Aporie.org », une exploration du rapport à internet, les réseaux dits sociaux et les nouvelles technologies.

22h20 > "Fuen", création multimédia de Luvan (FR) et de Thomas Giry (BE) aux synthés.

Innovation : dans les interludes, dans le bar du Senghor, l’artiste et chanteur Marco Parente (IT) réalisera un Poetry set avec de multiples voix de poètes du passé et du présent…

*** *** ***

DAY #2
VENDREDI 8 MAI 2015 > 18h
"la Preuve par (le) neuF, II"
Espace Senghor

Lectures, performances poétiques et multimédias – Salle 1900

18h00 > Apéritif musical dinatoire (piétonnier)

20h00 > "Je suis toujours neuf Book Performance". Une performance-livre et performance d’une vie, en plusieurs langues (turc, anglais, français) de ÇiÄŸdem y Mirol (TU) et Nestor (BE).

20h20> "Rise Up ! Femmes poètes de la Beat Generation". Performance poétique et musicale de Ruby-Théâtre (FR) de et avec Mirabelle Wassef (FR) et Séverine Morfin (FR) au Violon Alto et pédales d’effets. Textes inédits en français.

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

21h00 > "Le nouveau monde amoureux de Newton". Performance de Boris Crack (FR) avec des poèmes qui tentent de se réapproprier de manière iconoclaste la révolution scientifique que constituent les découvertes de Newton ainsi que son destin solitaire sur un mode décalé. Accompagné à la contrebasse par Ghislain Gabrelle (FR)

21h20 > "Tempête". Lectures de textes inédits du poète québécois Jean-Marc Desgent (CA) accompagné à la guitare et à la basse par Gauthier Keyaerts (BE).

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

22h00 > "New". Troy Von Balthazar. En finale de la soirée, chansons et poèmes inédits du chanteur Troy Von Balthazar (USA), chanteur du groupe Chokebore. Il présentera également son premier bookleg, avec pour la première fois des textes traduits en français !

*** *** ***

DAY #3
SAMEDI 9 MAI > 11h
"Belgium Bordelio"
Espace Senghor

Big FiEsta et Rassemblement ! dans tout l’Espace Senghor
Le samedi est LE jour du rassemblement annuel rituel… Où toutes les activités deviennent moins formelles, où les publics se croisent et où les artistes et le public partagent tout : le temps, la poésie, la nourriture, et une Slam-Jam finale…

11h00 > 14h00 Ateliers d’écriture Kalame Pour adultes et enfants à partir de 7 ans.

15h00 > 16h00 Les Habits neufs de l’Empereur (jeune public et adultes). Création originale pour le fiEstival.
Laurence Vielle il y a un an a réécrit à sa façon Les cygnes sauvages. Une version poétique, musicale, avec la musique de Bertrand Binet (guitares, voix) et Vincent Granger (clarinettes, voix). Pour le fiEstival «NEUF», ils nous racontent à trois les habits neufs de l’empereur. Le spectacle est composé des deux contes réenchantés, revisités par leur univers où les mots et la musique nous emmènent dans une scansion, une envolée, un lyrisme mêlé d’actualité. L’empereur demande des habits neufs, les plus beaux du royaume. L’empereur exige. On l’appelle aussi «le roi nu». Nous vous racontons cela. Pour tous les âges et toutes les âmes.
Accompagnement artistique: Hélène Ninerola
une coproduction de stoc ! asbl, la cie carcara et le fiestival 9

16h00 > La Roue des Poètes “Belgium Bordelio” Sur le thème de la “Babel des langues” plus de 30 poètes (dont certains néerlandophones et francophones ayant participé à l’anthologie “Belgium Bordelio”) se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de “stations”. Un itinéraire poétique pour le public circulant d’un emplacement à l’autre… Certains de ces emplacements seront de véritables installations artistiques et performances qui durent tout le long de cette Roue, avec notamment “Glossolalie” de Frédéric Dumond (FR) et “Butho An Neuf” de BramP (BE) et Eugenio Sanna (IT).

18h00 > Petr Váša – performance de l’artiste tchèque Petr Váša, artiste de poésie visuelle et sonore, ayant inventé tout un langage propre… Dans les jardins du Senghor.

18h30 > Banquet poÉthique… Buffet préparé par l’équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités, buffet qui bénéficie également d’une participation grandissante des commerçants (restos, snacks, etc.) du quartier Jourdan. Un grand classique et un moment de convivialité.

20h30 > 0h00 Méga Slam-Jam Finale…
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (BE) et Andy Fierens (BE), sera lancée par le slameur français Félix Jousserand et par quatre des meilleurs slameurs belges : Joy, Youness Mernissi, L’Ami Terrien et Volauvent. La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade. Dans le courant de la Jam, nous découvrirons aussi le Prix Paroles Urbaines 2015 section Slam !

*** *** ***

DAY #4
DIMANCHE 10 MAI > 10h15
"Thé des écrivains, 2"
Espace Senghor

10h15 > 11h45 Petits matins de la poésie – pour enfants. La Bellone.
Première collaboration avec les Midis de la poésie pour ce détachement matinal à la Maison du Spectacle La Bellone. “LES MORTS RIGOLOS”, par Victor, Lucas et Antoine Boute (BE) : Lucas (5 ans) et Victor (7 ans) n’arrêtent plus de questionner leur papa (Antoine) à propos de la mort.

13h30 > 17h00 Masterclass-e avec Hubert Haddad et Christine Van Acker. Maison d’Erasme.
Le Réseau Kalame & la Maison d’Érasme invitent Hubert Haddad et Christine Van Acker à animer une masterclass-e Et un atelier d’écritureS dans un détachement du fiEstival à la Maison d’Érasme (Bruxelles). Inscriptions obligatoires et limitées à 20 personnes.

… et à l’Espace Senghor…

15h00 > 18h00 La Hutte des petits musiciens. Piétonnier – Espace Senghor.
Installation avec des matériaux de récupération et animation pour enfants (0 à 6 ans) par Dadadoum avec Laetitia Lowie (BE) et Akram Haissoufi (MA).

16h00 > Thé des écrivains #2…
Présentations et lectures d’extraits de nouveaux livres publiés par maelstrÖm et l’Arbre à paroles : Neuvaines de Daniel De Bruycker (BE), Le Chevalier rouge de Luvan (BE), Delia on my mind de Kenan Görgün (BE), Le Livre de Wod & Snobble de Martin Wable (FR), Mille gouttes rebondissent sur une vitre de Otto Ganz (BE) et S’éclipser de Aliette Griz (BE)…

19h > Concert de clôture…
Avec grande joie nous accueillerons le chanteur belge Ivan Tirtiaux autour de la sortie de son nouvel album L’ENVOL (OCTAVE de la Musique pour la Chanson Française 2015).
http://www.ivantirtiaux.com/

***************************************************************
FiEstival OUTdoor : du 3 au 10 mai

…when poetry comes to town!

Le fiestival s’exporte dans la ville.
Les moments phares 2015 pour l’OUTdoor :
Programme détaillé : www.fiestival.net

1. Dimanche 3 mai dans le piétonnier de la Place Jourdan Lectures et sorties de nouveautés. C’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection Bruxelles se conte et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Milady Renoir, Karen Guillorel,
Kenny Ozier-Lafontaine …).

2. Mercredi 6 mai à 20h au Bar Le Viaduc
En pré-ouverture du fiEstival : poésie et musique. Pierre Guéry (Fr), Fabrice Caravaca (Fr), Frédérique Soumagne (Fr), Olivier Orus (Fr), Marc Guillerot (Fr), Aliette Griz (Fr) et Célestin De Meeûs (Be).

3. Jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 mai à partir de 13h
– Le Détachement International du Muerto Coco. Une caravane se déplacera dans la ville de Bruxelles (Marolles, Flagey, St Gilles) et s’installera pour accueillir le public qui assistera à des lectures [z] électroniques. Une expérience vivifiante de la poésie !
– D’autres toi.
Poèmes et dessins à emporter à prix libre par le MEDEX muséum, le musée éphémère de l’exil.

4. Samedi 9 mai de 11h à 16h
La Rimbaud Mobile.
Une vieille mais tenace voiture emporte avec son conducteur 4 poètes (Laurence Vielle, Pierre Guéry, Tom Nisse, Jean-Marc Desgent) et 1 musicien (Gauthier Keyaerts) qui parcourent la ville de Bruxelles jusqu’au piétonnier de la Place Jourdan (Senghor) pour y essaimer la poésie !

5. Dimanche 3 mai, jeudi 7 mai et vendredi 8 mai de 16h à 19h : Novellus. Dispositif 9.0.
Aliette Griz (Fr) et Anne Versailles (Be), depuis le Centre-Ville, vont écrire des histoires qui progressent à des rythmes différents autour de la question du Neuf. Ces histoires, le public les entendra et les lira sur un écran disposé dans la Boutique-Librairie maelstrÖm 414.

6.
Jeudi 7 mai et vendredi 8 mai à 18h dans le piétonnier Jourdan : Participe Présent.
Performance de Vincent Matyn-Wallecan (Be). Action socio-poétique où l’artiste va dessiner les contours de plusieurs personnes (poètes, artistes et public) sur un même support et en garder une image unique composée par les traces de la multitude…

 

â–º Lundi 11 mai 2015, 19H au CNL (53 rue de Verneuil, 75007 PARIS) : présentation de l’ouvrage issu du colloque Annie Ernaux, le temps et la mémoire (éditions Stock), animée par Francine Best et Francine Dugast, avec la participation d’Annie Ernaux, des interventions de Christian Baudelot, Pierre-Louis Fort, Raphaëlle Leyris, Capucine Ruat, et des lectures de Dominique Blanc. [Cerisy ERNAUX sur LC]

Réservation obligatoire
auprès de edith.heurgon@ccic-cerisy.asso.fr

 

â–º Le , Librairie Le Bateau Livre : rencontre avec Patrick Varetz pour son dernier livre, Petite vie (parution le jour même chez P.O.L), qui constitue la suite de Bas monde.

Patrick Varetz est né en 1958 à Marles-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, où il a passé sa première nuit dans un carton à chaussures (pointure quarante-et-un). Il vit et travaille à Lille, dans le Nord, à quelque cinquante kilomètres de là.

La rencontre sera animée par Fabrice Thumerel (Université Artois / Libr-critique).

 

23 avril 2015

[Chronique] Sonia Chiambretto, Etat-civil, par Emmanuèle Jawad

Sonia Chiambretto, État-civil, éditions Nous, coll. "grmx", avril 2015, 80 pages, 12 €, ISBN : 978-2-370840-11-0.

 

Questionnant remarquablement les rapports document/création, proximité/distance dans une visée descriptive et critique où le politique met en situation les points de vue d’une réalité sociale, Etat civil se compose de témoignages, de dialogues entre administrés et agent public issus des Bureaux Municipaux de Proximité à Marseille.

 

Ces bureaux permettent l’obtention de renseignements et l’accomplissement de démarches administratives. Ils font l’objet d’une liste en dernière partie du livre. L’objet des demandes mises en situation dans Etat civil se réfère à des contextes familiaux et sociaux complexes et souvent difficiles : certificat d’hérédité, passeport, carte d’identité, sortie de territoire, naturalisation, annulation de reconnaissance d’un enfant, demande de rectification du prénom et nom (inversion) où la fiction s’immisce dans les méandres administratifs (irruption de Walter Benjamin), carte électorale, changement d’adresse sur carte d’électeur, changement de nom dû à une reconnaissance tardive etc…

 

S’apparentant à ce qui pourrait être une succession de saynètes dans une approche théâtrale, les dialogues entre administrés et agent public sont introduits par une numérotation (suite numérique en ordre croissant supposée par ordre d’arrivée des demandeurs), des didascalies (indications vestimentaires), notations concernant sexe, âge approximatif éventuellement, mention de la filiation entre les personnes présentes où peuvent s’ajouter, au cours des dialogues ou les clôturant, des apartés (à part).

 

Si les difficultés concernant les situations familiales et sociales de référence restent prégnantes dans ces dialogues et si ces derniers apparaissent décalés, entre l’agent et l’administré, marqués par l’indifférence le plus souvent des représentations administratives, Etat civil parvient à faire émerger de cette matière sociale et humaine sombre une incroyable drôlerie dans ce décalage rendu entre les attentes des administrés et les propos émis par le représentant de l’administration et la mise en évidence d’une machinerie administrative jusqu’à l’absurde.

 

Ces dialogues laissent transparaître la dureté des situations sociales dans lesquelles se trouvent certains administrés. En émerge également, au regard de ces situations, le caractère froid d’une réponse donnée par l’agent public pris dans l’argumentaire administratif.

Ainsi L’AGENT PUBLIC. Je n’y suis pour rien, vous n’y êtes pour rien.

La carte est repartie le 2 février. Et quand un document repart, il

faut recommencer à zéro. Vous devrez patienter jusqu’à mi-avril.

LA FEMME. Je vais avoir de gros problèmes avec le juge.

L’AGENT PUBLIC. Je n’ai pas le temps Madame, j’ai du monde.

Ou encore une situation se rapportant à des personnes hébergées, risquant l’expulsion du territoire français.

 

Sonia Chiambretto, dans un travail s’attelant à rendre visible des réalités sociales, questionne la place de l’auteur dans un cadrage ici large, le champ d’observation et de restitution des échanges incluant ainsi les dialogues entre administrés et agent public ainsi que les commentaires éventuels de l’agent public sur une situation donnée, exprimée frontalement à l’administré ou sous forme d’un aparté, d’un commentaire à part :

« Pourquoi venir à tout prix en France, alors que son mari a une bonne situation là-bas ? » ou, à part, « Mayotte, Comores, je ne me risque pas. Ils se prêtent les enfants », ou encore, à part toujours, «  Lui, il n’est pas net. Il pose beaucoup trop de question. »

L’attitude du représentant public peut néanmoins exprimer une forme de bienveillance (ainsi l’agent compatissant face à l’inquiétude d’une mère p. 29).

 

Les réalités mises en évidence dans Etat civil se rapportent à un registre à la fois social et administratif (circuits administratifs, circulation de documents et règlementations, quantité de papiers listés pour l’obtention de documents, « ça fait beaucoup » p. 31) ainsi que professionnel révélant dans un monologue entre un agent remplaçant, de renfort, et un agent public, les conditions de travail difficiles des employés.

 

Si les dialogues occupent une place prépondérante sous une forme réitérée, Sonia Chiambretto introduit, dans ce qui pourrait être un document poétique, les marques d’une intervention graphique où l’on retrouve un espace poreux entre témoignage et inventivité formelle (ainsi les dernières lettres du mot cheveux éclatées dans le haut de la page 20, la ponctuation des échanges par des émoticônes graphiques et en exergue de l’ensemble, une émoticône graphique de grand format marquant un sourire indifférent).

 

Dans l’articulation des formes et du rythme, un bloc de texte en lettres capitales avec motif et réitérations, un document iconographique d’un document administratif introduisant paradoxalement un caractère fictif au texte, un panneau-affiche dans la clôture du livre ainsi qu’un avant-dernier texte intitulé Rêve sur une thématique des migrants où la porosité faits/ témoignages/création est à son comble, viennent rompre l’homogénéité formelle de l’ensemble.

Avec Etat civil, Sonia Chiambretto poursuit ainsi son travail d’écriture en lien avec l’oralité et le témoignage ; grâce à sa démarche parfaitement maîtrisée, elle réussit à mettre en évidence l’enjeu éthique et politique visé.

 

21 avril 2015

[Chronique] Pascale Petit, Le Parfum du jour est fraise, par Bruno Fern

Ne nous fions ni à la couverture, ni au titre : Bruno Fern nous montre qu’il y a des fraises qui tournent au vinaigre…

 

Pascale Petit, Le Parfum du jour est fraise, éditions de l’Attente, coll. "Philox", avril 2015, 148 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-052-8.

 

À force de feuilleter le livre, en tombe une carte de couleur rose où figurent quatre citations, les trois premières – dont le titre de l’ouvrage – étant issues de la série télévisée britannique The Prisoner1 et la dernière d’un album de Tintin, On a marché sur la Lune. La quatrième de couverture ajoute à ces références celle de L’Inquisitoire de Robert Pinget avant que l’on soit emporté dans une suite ininterrompue de consignes adressées par un nous – que l’on imagine désigner un jury qui demeurera indifférencié – à un individu dont le lecteur pourrait être un double.

L’objectif de la tâche est précisé d’emblée (« Vous allez avoir à construire un village. ») et ne peut évidemment qu’intriguer si l’on ignore que c’est là un test classique de personnalité2. Au-delà de l’allusion au village où le Prisonnier se retrouve retenu dans tous les épisodes, ce terme renvoie-t-il également à celui dit planétaire où chacun d’entre nous aurait la possibilité (technique) de connaître l’autre ? Car il s’agit bien ici d’acquérir la connaissance d’autrui, quel qu’en soit le coût. Au début, le ton des sujets supposés examinateurs se veut léger, rassurant et pédagogique à outrance par le recours à des répétitions qui frisent la tautologie, traduites dans un inévitable anglais basique : « La moitié droite est la moitié droite du village. La moitié gauche est la moitié gauche du village. L’entrée est en face de vous, la sortie est à l’opposé. The right half is the right half of the village. The left half is the left half of the village. The entrance is in front of you, the exit is on the opposite side.” Cependant, ce discours devient très vite inquiétant en raison de sa dimension normalisatrice et le malaise s’accentue quand, loin des prétentions originelles de clarté, l’énonciateur collectif s’empêtre progressivement dans le jargon d’une psychologie de management. D’ailleurs, le vernis finit par craquer en révélant les véritables intentions du discoureur : « Retenez qu’il s’agit d’un simple mode d’évaluation de vos capacités dans un climat de détente et de confiance en vue d’un diagnostic visant la meilleure utilisation et gestion de ces capacités au sein d’un système qu’il nous revient de rendre le plus efficace possible en même temps qu’il nous oblige à la mise en œuvre de certains moyens et méthodes dans un souci d’opérationnalité maximum. » De pseudo-bienveillante, l’ambiance tourne à l’intrusion tous azimuts (« Le moindre soupir, le moindre écart et nous débusquons, spécifions, quantifions, calibrons, classons, incorporons, assimilons, synchronisons. ») et au dressage comportemental dans les règles : « Vous devez être dé-ten-du, vous devez sentir votre corps s’apaiser, vous devez sentir votre respiration super-fluide. » Une fois le village censé être construit, commence un interrogatoire pour déceler le moindre défaut du cobaye, au moment même où le texte, lui, s’écarte de plus en plus d’une écriture normée – par exemple, en sortant des rails habituels de la syntaxe (« L’optimisation des fonctions n’est possible que par le contrôle et le renforcement des cadences, par l’enchaînement rapide des actions dans une harmonie maximum. Au sens de. Au sens de oui oui oui. Yes yes yes. We swim. […] L’axe é-ner-gé-tique qui.») et en accumulant les énoncés catégoriques jusqu’à saturation : « On ne dit pas que. L’important, c’est pas de participer. No. Yes. L’erreur est pas humaine : le fil rouge sur le bouton rouge et le fil bleu sur le bouton bleu. Les cris clouent pas le silence. » Peu à peu, les propos a priori rationnels se délitent tout en cherchant toujours à pénétrer plus avant dans l’intimité de celui dont on évalue les ressources (humaines) : les questions posées deviennent absurdes par décontextualisation (« Qui sait ? Qui con-naît ? »), en se focalisant sur des détails (« Que pensez-vous des plateaux-repas en général ? ») ou par impossibilité d’y répondre (« Pourquoi ou pourquoi pas ? » ou bien : « Mettez les mots qui manquent qui conviennent. […] Il vaut mieux mettre son … dans la … sans trouver de … que de trouver des … sans y mettre son … »). Le dérèglement de cette machine à dépersonnaliser est alors sensible jusque dans les pronoms qui désignaient les protagonistes et l’auteur multiplie les effets (de surprise), comme si l’ambiguïté fondamentale du discours initial (qui prétend favoriser l’épanouissement du candidat mais uniquement dans la perspective d’un meilleur rendement professionnel) ne pouvait que provoquer à la longue sa propre dislocation sur un infracassable noyau : « C’est une réaction typique de déclarer que tout va bien et qu’on désire rester seul. Dis-nous. Nous sommes là. Nous sommes là avec toi. » – ce qui permet au moins, en créant des espaces, de ménager d’éventuelles issues3.

Pascale Petit a donc plus d’un parfum dans son sac et propose ici un livre aux antipodes de ceux qui s’autoproclament politiquement forts mais sont parfois littérairement faibles, un livre à déguster même s’il laisse un goût doux-amer, tant la difficulté réside justement dans cet alliage réussi entre cette langue faussement soft qui, aujourd’hui omniprésente, tente de masquer la brutalité des rapports sociaux et son détournement grâce à une écriture où affleure souvent un humour efficace4.

 

3 « Non, ce n’était pas la liberté que je voulais. Une simple issue ; à droite, à gauche, où que ce fût ; […] » Rapport pour une académie, F. Kafka.

 

4 « Je ne plaisante jamais avec l’humour. » (Frigyes Karinthy) 

 

18 avril 2015

[Texte] Daniel Pozner, Le film (chanson)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 9:07

C’est avec plaisir que nous retrouvons un texte de Daniel Pozner : une chanson syncopée toute en évocations…

 

Le film

(chanson)

 

 

 

Je revois le film. Sous la pluie. Le film.

Merveille, tache, délice des possibles.

Il pleut. Je peux, je pleus – jusqu’à plus soif.

Eh, détails, abstraction, humanité !

 

Sais-tu dire au revoir ?

Plus court chemin

À travers souvenirs

Les lignes dansent.

 

Avance quand nous. Noir. Serons bien vieux.

Le soir à la chandelle. Projo débran.

Débranché matins déjà oubliés.

Les mains dans l’eau s’enfuient s’enfuient.

 

Sais-tu dire au revoir ?

Plus court chemin

À travers souvenirs

Les lignes dansent.

 

Jeunesse – reflets. Des gouttes. Dans les flaques ?

Je recule. Sous la pluie. Je reviens.

Cueillons dès. Aujourd’hui les yeux ouverts.

Les roses débranchées merveilles impossibles.

 

Sais-tu dire au revoir ?

Plus court chemin

À travers souvenirs

Les lignes dansent.

15 avril 2015

[Livre] Louise Bourgeois, L’Araignée et les tapisseries, par Jean-Paul Gavard-Perret

Les anglophones et amateurs d’art contemporain ne peuvent que se délecter à la découverte de ce livre révélateur d’une trajectoire singulière, celle de la plasticienne et sculptrice Louise Bourgeois (1911-2010).

 

Louise Bourgeois, The Spider and the tapestries (L’Araignée et les tapisseries), texte en anglais, Hatje Cantz, 2015, 102 pages, 28 €, ISBN : 978-3-7757-3997-9. 

 

Pour Louise Bourgeois, l’art est une suite de surfaces de "réparation" face aux douleurs de l’enfance. L’araignée, les tapisseries et les visages en passementeries lui permirent la visualisation métaphorique de ses traumatismes comme de ceux subis par son ascendante. Sortant la figure maternelle de sa chambre (à coucher ou de torture), l’artiste trouva dans le travail du textile un lieu et un lien impossibles à penser. Elle y a "reprisé l’océan sombre" de sa propre histoire dont  la création plastique est devenue une forme d’autobiographie sans concession au moindre narcissisme d’usage.
 
Cette esthétique de reconstruction allégorique offrit le transfert du singulier familial  à l’expérience d’enfermement et de violence que connaissent les femmes. Par ce qu’elle nomma "déguisement, travestissement et détachement", Louise Bourgeois mit en scène et en relief le plus perturbant selon une forme d’horreur qui ne manque jamais de puissance grâce à la force des images.
 
 
La créatrice éloigne d’un art-réalité en des œuvres ce qu’elle nomme "les pièces à conviction". Sont-elles chargées d’espérance fantasmatique ou d’espoir dévasté par avance ? Il y a fort à parier que la seconde proposition reste la plus probable. Sidérante, violente, radicale l’œuvre répond à une forme de harcèlement. En sa rhétorique spéculaire particulière, elle parvient à déboulonner le surmoi des pères et des maîtres. L’œuvre textile "rejoue" ce qui surgit soudain de la mémoire et du  magasin de confection de ses parents. Elle renvoie des images sourdes et ravageuses, un foyer de fureur où s’active la lente rotation du plein et du vide.

9 avril 2015

[Chronique] Jacques-Henri Michot, Un ABC de la barbarie

À l’occasion de la très belle réédition de cet ABC de la barbarie (d’abord paru dans la collection "Niok" des anciennes éditions Al dante, en 1998), qui nous permet de rencontrer un auteur rare (RV ce soir à KHIASMA, aux Lilas), revenons sur les enjeux et formes de ce livre essentiel.

Jacques-Henri Michot, Un ABC de la barbarie, Al dante, hiver 2014, 256 pages, 20 €, ISBN : 978-2-84761-757-3.

 

"Qu’était-ce que les amis de l’ABC ? une société ayant pour but,
en apparence, l’éducation des enfants, en réalité le redressement des hommes.
On se déclarait les amis de l’ABC. – L’Abaissé, c’était le peuple. On voulait
le relever. Calembour dont on aurait tort de rire. Les calembours
sont quelquefois graves en politique
[…]" (Hugo, Les Misérables, cité p. 94).

"L’opium du peuple dans le monde actuel n’est peut-être pas tant la religion
que l’ennemi accepté… (Je souligne, B. B.). Un tel monde est à la merci,
il faut le savoir, de ceux qui fournissent un semblant d’issue à l’ennui.
La vie humaine aspire aux passions et retrouve ses exigences
" (Georges Bataille, cité p. 31).

 

 

Cette somme se présente sous la forme d’un dispositif tridimensionnel : liste / contre-liste / notes. Tout d’abord, la mise en scène éditoriale – qui nous renvoie aux pactes narratifs excentriques proposés de Montesquieu à Rilke – a de quoi nous laisser bouche bée : ces Carnets annotés nous égarent dans un subtil jeu de miroirs entre trois B (Barnabé, Jérémie B et François B). Mais surtout, ce centon polyphonique et multiforme nous fait méditer par le biais de citations comme celles reproduites en exergue, tout en nous offrant le b.a-ba de la doxa hypermoderne. À cet égard, ce nouveau dictionnaire des idées reçues mériterait d’être distribué à tous ceux qui ont opinion sur rue, à tous les auxiliaires de l’idéologie dominante, qui aiment claironner/prophétiser/ergoter (sur) l’argent des contribuables, l’avant-goût de ce qui nous attend, les baromètres de popularité, les barres fatidiques du chômage, les basculements à droite, les crises d’identité, les devoirs de mémoire, les déçus du socialisme… Et comme toujours, les clichés sont des plus révélateurs : étrangers en situation irrégulière, Faut-il avoir peur de l’immigration ?, Frontières : de véritables passoires… Dans cet ABC, sont particulièrement dévoilés les nouveaux mots et slogans du pouvoir : "asociaux", "fin des idéologies", "faillite des idéologies", "flexibilités", "flux monétaires", "front de l’emploi", "fruits de la croissance", "gagneurs", "immobilismes", "leaders charismatiques", "lois du marché", "mondialisation", "pesanteurs", "plans sociaux"…

Collage moderne (cut-up), montage critique, cet ABC est également un document poétique, au sens où l’entend Franck Leibovici : une technologie intellectuelle qui procède au redécoupage modélisé et hétérogène du réel médiatiquement uniformisé (réalité spectaculaire uniforme) ; autrement dit, la transposition des discours et représentations dominants dans cet autre mode de présentation qu’est le dictionnaire permet un transfert paradigmatique qui met à nu la barbarie ultra-libérale (anti-intellectualisme, dérives sécuritaires et spectaculaires, violences diverses…).

â–º Ce Jeudi 9 avril à 20H30, le festival Hors limites s’associe à l’Espace Khiasma et aux Archives nationales (France) pour accueillir l’une des cartes blanches ponctuant la résidence d’écriture de Frank Smith. Marqué, comme beaucoup d’autres, par la parution d’Un ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot, celui-ci a donc convié son auteur à en proposer une lecture, à l’occasion de la réédition de l’ouvrage aux éditions Editions Al Dante.

Entrée libre à KHIASMA (15, rue Chassagnolle 93260 Les Lilas).

[Création] Thomas Déjeammes / Gwénaëlle Rébillard [Dreamdrum-19]

 "Les vies se déploieront bientôt sans heurt ni retenue"… C’est avec plaisir que nous accueillons le 19e post de cette série originale initiée par le photographe Thomas Déjeammes, qui, cette fois a travaillé en duo avec Gwénaëlle Rébillard – à la fascinante poésie visuelle de laquelle on sera sensible. [Lire/voir Dreamdrum 18]

 

 

8 avril 2015

[Livre] Back-Stage & Bas-Fonds (à propos de Sue Rynski, End of the night), par Jean-Paul Gavard-Perret

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 17:58

Jean-Paul Gavard-Perret nous ouvre un portfolio fascinant, que nous devons au duo Rynski/Pop.

Sue Rynski, End of the night, texte d’Iggy Pop, Chez Higgins, Montreuil, 200 Euros.

 

 

Après la sensualité flashy des feux d’artifice des tigresses rock-star et la foudre de leurs accords sauvages, Sue Rynski  restitue leur autre ivresse plus délétère. Elle monte lorsque derrière les reines des spotlights surgissent les perdantes magnétiques. La clarté est moins lumineuse, elle est même obscure et non seulement car il se fait tard. Néanmoins, des mains se tendent de désir vers les Vénus défoncées. Aux  heures tardives, elles ouvrent de manière parfois inconséquente leurs courbes de guitares pour mettre encore le feu à l’encens des chairs. Dans la fuite de la nuit, le jour ne se lève pas encore.  La photographe y demeure inaltérable et saisit les déesses des scènes alternatives en "back-stage"  lorsque les noctambules y apprennent d’autres accords que ceux des guitare-héros : celui de l’alphabet de l’infini dans la reddition de regard (sous les cils d’iris noir) de ces rock ladies qui retournent bon gré mal gré à la source de leurs blessures, au plomb de leurs réalités déconcertantes, au feulement d’un désespoir, à la disparition de l’or et des strass. 

 

La force des portraits de Sue Rynski tient à leur violence sourde : celle dont chaque personnage est victime et bourreau et dont la photographie devient la narration. L’artiste ose mettre à mal la « frime » et les (im)postures.  Reste un érotique désir d’exister. Ce qui mène la photographie à l’anaesthésis, là où le corps ne voudrait plus souffrir et prend divers produits pour ça. Une fois le « show » terminé demeure une misère de bas-fonds, de cours des miracles que la photographe saisit. Les couleurs sombres et intenses prouvent que la cendre a remplacé le feu. La photographe touche au bout de l’impossibilité d’être. Une fulgurance visuelle marque la puissance progressive de thanatos qui ronge l’éros. L’artiste se détache pourtant de toute mélancolie : le présent est fractal.

 

Sue Rynski s’y dévoile à la recherche de ses « sœurs » et l’attention qu’elle leur porte. Exit les rêves. Mais la médiocrité du monde est tout sauf complaisante. La photographie engage donc le corps dans une expérience impressionnante. De telles images  ne  se quittent pas : elles traversent le regard de leur puissance délétère et leur magie paradoxale. De tels portraits sont des romans noirs, des nouvelles tragiques. Un cinéma muet aussi. Plus besoin de dialogue de cire ou de circonstance. Ce sont aussi des réponses "militantes" à la cruauté d’un réel souvent passé sous silence. Dans les lieux que fait découvrir l’artiste, les allers sont sans retours.  Toute conscience lucide en est extraite. Les corps l’ont perdue. Et leur âme avec. Ça a un nom. C’est l’existence. L’existence dépouillée. Une fois que la fête est finie. Avant qu’elle ne recommence.

5 avril 2015

[News] News du dimanche

La question s’impose en ces temps hypermodernes : êtes-vous au TOP ? (UNE). Suivent vos Libr-événements : rencontre avec Etel Adnan, RV avec les éditions de l’Attente, Dominique Quélen… RV pour les 20 ans de Cassandre/horschamp.

 

UNE : Au TOP ! /FT/

La société des égaux est bel et bien devenue celle des EGO, qui doivent se développer jusqu’à l’hypertrophie. Dans la société du simulacre, comme dans la téléréalité, place aux Top-EGO, à la trappe les losers !

Dans l’EGO-society, il faut être au TOP :
au TOP les sportifs,
au TOP les productifs,
au TOP les industriels,
au TOP les lunes-de-miel,
au TOP les commerciaux,
au TOP les fonds spéciaux,
au TOP les chercheurs,
au TOP les producteurs,
au TOP les animateurs,
au TOP les spéculateurs,
au TOP les popolitiques,
au TOP les anxiolytiques…

Tout au TOP, et sans hic…

Et tout consommateur, parce qu’il le vaut bien, a droit au TOP :
au TOP des produits,
au TOP du fortuit,
au TOP des spectacles,
au TOP des pinacles,
au TOP des voyages,
au TOP des mirages,
au TOP des livres,
au TOP délire…

Au TOP de toutes les listes, listages, listings…

Au TOP des lycées, nonobstant l’égalité des chances – comme de bien entendu. Et le Grand-Public plébiscite les listes qui guident ses envies en lui évitant les prises-de-tête : faut être réaliste, on va quand même pas se prendre  la tête à réfléchir sur les critères de sélection/promotion des bons-vins, des bons-livres, des bons-alcools, des bonnes-écoles…

Aujourd’hui, on a atteint
le TOP-nigaud !

Libr-événements

â–º Rencontre avec Etel Adnan le jeudi 9 avril à 19h30 autour de LÀ-BAS (conversation avec Jean Frémon).

Tschann Libraire 125 bd du Montparnasse
75006 Paris Tél 0143354205

librairie@tschann.fr

M° Vavin, Raspail, N-D des Champs RER Port-Royal Bus 68, 83, 91

 

â–º Du 10 au 12 avril, les éditions de l’Attente seront présentes à l’Escale du livre de Bordeaux, sur le stand L29 de 10h à 20h.

Vendredi 10, signature de Laurence de la Fuente et Bruno Lahontâa de 17h à 20h pour leur livre Performances éthologiques de Font.

Samedi 11, signature de Juliette Mézenc de 17h à 20h pour son livre Elles en chambre.

Dimanche 12 à 16h, rencontre "Une chambre à soi" à l’espace Comptoir des mots avec Juliette Mézenc autour de son livre Elles en chambre. Rencontre animée par Elsa Gribinski, critique littéraire.

♦ Juliette Mézenc, Elles en chambre, éditions de l’Attente, hiver 2014, 140 pages, 15 €, ISBN : 978-2-36242-049-8.

"Woolf nous ramène à l’évidence : la liberté intellectuelle dépend des choses matérielles.
La poésie dépend de la liberté intellectuelle
" (p. 54).

"J’ai besoin de cette espèce d’exosquelette qu’est ma chambre-bibliothèque", nous confie l’auteure. D’où cette interrogation, qui, à défaut d’être originale, a le mérite de déboucher sur une démarche personnelle : "quels liens entre chambre et création, entre conditions matérielles et productions littéraires ?" La visite se limite à quelques chambres d’écrivaines postérieures à Virginia Woolf : Danielle Steel, Sylvia Plath, Shahrnoush Parsipour, Monique Wittig, Nathalie Sarraute, Hélène Bessette, Gertrude Stein. /FT/

 

â–º IVY WRITERS PARIS vous invite à une soirée de lectures bilingues le 14 avril 2015 AU DELAVILLE CAFE avec les poètes :

Gillian Conoley (USA)
et Dominique Quélen (France)
accompagnés par Barbara Beck (traductrice, USA)

14 April from 19h30: Ivy Writers Paris says DELAVILLE is back and we are going to bask in the ambiance with fabulous readings by visiting American author Gillian Conoley and French poet who is making a special trek to Paris for us, Dominique Quélen. Barbara Beck will also share some of her translations of Quélen!

At : Delaville Café (1er étage—mais rdv au bar)
34 bvd bonne nouvelle
75010 Paris
M° Bonne nouvelle (ligne 8 ou 9)

Notre blog: http://ivywritersparis.blogspot.fr/
Notre groupe FB—rejoignez-nous ! https://www.facebook.com/groups/101898279922603/
Notre nouvelle page « Ivy Writers Paris communauté » sur FB : https://www.facebook.com/ivywritersparis?fref=ts

 

â–º Les 20 ans de Cassandre/Horschamp à la Maison de l’Arbre les 24-25-26 avril

Trois jours de partage artistique et de débats ininterrompus avec toute l’équipe de Cassandre/Horschamp et beaucoup d’invités
(illustration en arrière-plan ; voir le programme détaillé avec ce lien : http://www.horschamp.org/spip.php?article4467)

Réservation indispensable à resa2@horschamp.org

La Parole errante à la Maison de l’Arbre
9, rue François Debergue
93100 Montreuil
(Métro Croix de Chavaux – ligne 9)

2 avril 2015

[Chronique] Un poème écrit à la vitesse de 3 cm par minute (à propos de S. Moussempès, Sunny girls), par François Crosnier

Voici le second volet du diptyque consacré au dernier livre de Sandra Moussempès, Sunny girls : une chronique de François Crosnier qui met en évidence le fait poétique même. [Premier article sur Sunny girls ; autre article de F. Crosnier sur A. Moussempès]

Sandra Moussempès, Sunny girls, Flammarion, février 2015, 216 pages, 17 €, ISBN : 978-2-0813-4191-3.

 

Comme l’héroïne dans la scène finale de Zabriskie Point (Antonioni 1970) – film générationnel, dont le texte qui donne son titre au livre apparaît comme un commentaire décalé –, Sandra Moussempès observe les retombées au ralenti des éléments du récit épique qu’elle a fait exploser :

 

J’ai décidé d’écrire ce poème à la vitesse de trois centimètres par minute

 

Rien d’étonnant, dès lors, que la construction de Sunny Girls relève du mouvement brownien (comme s’intitule la cinquième partie de l’ouvrage, qui en compte quinze) plutôt que d’une trajectoire linéaire. Et certes, le lecteur est averti d’emblée que rien ne doit être explicable si l’explication est la seule chose qui reste.

 

Certaines lignes apparaissent cependant avec évidence, et tout d’abord l’ancrage autobiographique matérialisé par des lieux (j’habitais Londres, puis de nouveau Paris), par des fragments de passé tantôt clairs :

 

Punks en 78 à Worthing. J’ai 13 ans, en discothèque je danse le slow avec un garçon dont le copain me plaît davantage je rentre manger dans la maison de brique de la jelly et des spaghettis on toast, chaque nuit dans ma chambre, j’entends une clé tourner dans la serrure

 

tantôt énigmatiques (l’auteur affirmant ne choisir que par distillation des éléments portés à votre connaissance) :

 

 J’ai pensé à la « nymphette » de treize ans que je fus / Avec un bruit de fusil derrière moi, un bruit pour seul compagnon / Et ce n’est pas une métaphore

 

et par un poème entier (Cluedo) qui évoque de nouveau, comme dans Acrobaties dessinées, la figure paternelle.

 

L’humour ensuite, qui est consubstantiel à la poésie de Sandra Moussempès, fait de fantaisie :

 

mad men, mad cow, madly in love, mad’moiselle 

 

de rapprochements cocasses :

 

un cerveau

un oeuf

un insecte

un employé de banque

 

ou d’autodérision :

 

Ensuite ils s’expliquèrent sur la façon d’amener du monde aux lectures de poésie et du monde il y en eut davantage lorsque de poésie on passa à performance zodiacale / Et de patience psychique à ambiance post-transcendantale

 

Mais là n’est pas l’essentiel. On sait que tout recueil de poèmes est plus ou moins délibérément un Art Poétique, et Sunny Girls, à cet égard, est probablement le plus explicite de tous les livres de Sandra Moussempès. Sans entreprendre le relevé exhaustif des passages qui renvoient à l’écriture même – ils sont trop nombreux –, j’emprunte à la section VIDEOGRAPHIA les trois propositions suivantes (extraites du texte L’illusion des dernières choses) :

 

Faut-il attendre une REPONSE, on écrit ce qu’on pense vouloir écrire parfois on arrête d’écrire pensant frôler la volonté d’écrire

 

En ne sachant pas ce que j’écris du livre futur, dans les moments d’attente, je deviens ce qui sera écrit plus tard

 

Une fois introduite dans une proposition la volonté d’écrire devient déjà une abstraction co-écrite

 

Je voudrais, par ces citations, attirer l’attention sur quelque chose qui dépasse le dispositif biographique/fictionnel/fantasmatique mis en œuvre de manière récurrente par l’auteur dans cet ouvrage et dans les précédents, et largement commenté ailleurs. Ces affirmations définissent en effet une poétique subtile où la « volonté d’écrire » est déjà écriture, où le corps même de l’écrivain devient écriture (corpoème selon la belle expression de Jean Senac). Peut-être marquent-elles l’amorce d’une évolution dans le travail de Sandra Moussempès.

 

Powered by WordPress