Libr-critique

30 mars 2007

[Livre] Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, coll. sous la direction d’Alain Jugnon

avril_22.pngAvril-22, ceux qui préfèrent ne pas, coll, sous la direction d’Alain Jugnon, éditions Le grand souffle, ISBN : 978-2-916492-31-5, 13,40€
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
Voter, pourquoi ? C’est la question. Voter, pour qui ? Ce n’est pas la question. La vérité est celle-ci : tous les candidats aux élections présidentielles veulent vous voir voter et vous savoir votants. Ils veulent tous que vous y alliez. Car voter est un devoir, disent-ils, car c’est un droit, poursuivent-ils. Autrement dit : le droit de vote est un fait. Alors faites ! Pourtant jamais le droit ne dit le fait : le droit est ce que vous en faites ou ce que vous n’en faites pas.

La question est : désirez-vous voter ?
Notre réponse est : pourquoi , cette fois-ci, ne pas y aller.
Français, encore un effort pour être la démocratie, absolument ! Nous sommes, vous êtes la démocratie, contre tous ceux qui la rappellent à leur ordre, contre tous ceux qui n’attendent que la confiscation totalitaire de votre puissance populaire et constituante !
Ne pas voter, aujourd’hui, c’est continuer à être le pouvoir, toujours.
Alain Jugnon

Ni « mouvement », ni « courant », c’est un geste pluriel d’un autre type qui se déclare ici : le refus, blanc de tout vote, comme seul préalable nécessaire et indispensable à tout nouvel inspire de l’Agora, comme un Contre-CÅ“ur d’abondance face à la complaisance tragique du « nihilisme contemporain », car tout peut être autrement, et le sera forcément, tôt ou tard, mais qui, quoi, comment ? Cet inconnu seul s’offre comme le premier et le dernier défi d’habitation de nos souffles pour un respire plus léger de nos vies.
Cyril Loriot

avec Agence_Konflict_SysTM, Malek Abbou, Thierry Acot-Mirande, Eric Arlix, Pierre Audard, Alain Badiou, Mehdi Belhaj Kacem, Bertrand Bonello, Philippe Boisnard, Alain Brossat, Gilles Châtelet, Sylvain Courtoux, François Cusset, Jean-Pierre Dépétris, Laurent Jeanpierre, Alain Jouffroy, Cyril Loriot, Jean-Clet Martin, Jean-Luc Moreau, Olivier Pourriol, Nathalie Quintane, Bernard Sichère, Christophe Spielberger, Bernard Stiegler, Michel Surya, Laurent de Sutter, Sarah Vajda.

Premières impressions :
Deuxième livre portant sur les élections présidentielles, avec celui déjà brièvement présenté de Inculte, mêlant recherche littéraire et d’autre part philosophie.
À l’inverse du premier, ici il ne s’agit pas [mais je reviendrai sur cela dans mon article général] de la construction d’un objet intégrant tous les rédacteurs, mais il s’agit d’une suite de participations distinctes, toutes signées par leurs auteurs. L’enjeu d’emblée n’est pas le même, chaque participant engage ici en son nom, sa propre perspective concernant les élections, et le fait que le refus de voter puisse être un acte politique. Il s’agit donc, non pas d’un projet commun, mais de l’exposition de la variation d’angularités par rapport à une décision plus ou moins identique.
Toutefois les interventions sont de plusieurs ordres, aussi bien purement philosophiques, que de l’ordre de la fiction philosophique, que littéraires voire théâtrales [Alain Badiou] ou bien schématiques [A_K_S]. Le prisme d’intervention est ainsi variable, à savoir l’expression ne revendique pas seulement l’analyse et le développement objectif, mais s’engage aussi dans la construction aussi bien de fictions, de dialogues, que de travail de Cut-Up [Courtoux]. En ce sens, ce livre s’insère dans une collection qui porte bien son titre : Poélitis.
Nous le percevons, les fondements et les effets entre les deux livres présentés ne sont pas les mêmes et n’envisagent pas de la même manière le champ politique. Dans l’article que je présenterai prochainement, il s’agira de comprendre assez précisément les deux types de mécanique en oeuvre, et de là leur horizon d’efficacité politique, au sens où, destinés à un espace civique, ne pas se poser cette question, serait manquer la question même de leur présence./PB/

[Livre] Changer tranquillement la France de toutes nos forces, c’est possible, collectif Inculte

inculte_election.jpgInculte, Changer tranquillement la France de toutes nos forces, c’est possible, éditions Inculte, 216. p, ISBN 13 : 978-2-915453-96-6, 9€.
[site des éditions]
4ème de couverture :
Les présidentielles ont bien eu lieu. Une équipe de spécialistes analyse les résultats, revient sur les faits marquants du scrutin et vous fait revivre ses meilleurs moments, ses surprises, ses scandales et ses coups de théâtre.

Premières impressions :
Je vais présenter successivement deux livres qui croisent à leur façon, d’un côté la question politique des élections présidentielles, et de l’autre la littérature et philosophie. Deux livres aux approches distinctes : le premier, celui édité par Inculte, le second, celui auquel j’ai moi-même participé, édité sous la direction d’Alain Jugnon aux éditions Le grand souffle : Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, qui réunit au niveau philosophique Jean-Clet Martin, Cyril Loriot, Alain Brossat, Michel Surya, Mehdi Belhaj Kacem, … et au niveau des expériences littéraires, Eric Arlix, Nathalie Quintane, Sylvain Courtoux, Alain Badiou (à travers un dialogue théâtral court mais fulgurant)… Il s’agira, in fine, de montrer deux types de logique liant la philosophie à la littérature afin de voir tout à la fois les qualités de ces modes opératoires et de l’autre leurs limites, mais aussi leur horizon de constitution.
Le livre d’Inculte d’emblée précisons-le, ne se donne pas, à proprement parlé, selon une logique dichotomique entre le travail littéraire et le travail de réflexion politique. En effet, le livre se compose selon une logique où les deux versants sont entrelacés, même lorsqu’à la fin des deux tiers du livre nous avons deux approches réflexives qui sont proposées : celles de François Bégaudeau et de Gaëlle Bantegnie, car ces deux phases d’analyse, même si elles sont en liaison avec la réalité politique que nous vivons actuellement, pourtant sont temporellement constituées selon une logique de politique fiction puisqu’elles sont écrites après l’élection présidentielle et ses résultats.
Ce livre sur les élections retrace donc toute la campagne présidentielle, et l’après campagne, selon un mode informationnel, de brèves, de rapides comptes rendus, assez proches par moment, je m’en suis rendu compte, du Canard Enchaîné. Nous suivons jour après jour à partir du 22 mars jusqu’à la formation du gouvernement, les tournants, les sursauts, les tensions de la campagne. Et ceci selon plusieurs régimes d’approches.
On l’aura compris, partant du fait réel, et introduisant un certain nombre d’éléments politico-fictionnels qui agissent comme des bifurcations possibles de la réalité électorale, se constitue une ligne possible de réalité, qui implique alors une résolution spécifique. Bien évidemment je ne dévoilerai pas ici cette résolution, à savoir le candidat qui à travers cette fiction-politique, est élu./PB/

28 mars 2007

[Livre] Pierre Jourde, Catherine Langle et Dominique Massonnaud dir., Présence de Jaccottet

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colljac.jpgPierre Jourde, Catherine Langle et Dominique Massonnaud dir., Présence de Jaccottet, Éditions Kimé, coll. « Détours littéraires », 2007, 266 pages, 26 €
ISBN : 978-2-84174-420-6

Quatrième de couverture

Voilà un demi-siècle que Philippe Jaccottet assume la tâche poétique d’un porte-voix. Par ses traductions, ses textes critiques essaimés dans ses différents carnets ou rassemblés en volumes, par ses écrits poétiques, il déplace et vivifie sans relâche les genres littéraires. De texte en texte, croisant les voix d’auteurs multiples, Jaccottet suscite, dans son phrasé propre – vers et prose conjugués -, des polyphonies neuves, et aménage ce faisant les voies à venir de « transactions secrètes ». D’année en année, l’écriture de Jaccottet redessine la figure absentée, et d’autant plus exemplaire, du poète.
On trouvera dans ce recueil des analyses portant sur tous les aspects de l’oeuvre de Philippe Jaccottet, le poète, le traducteur, le prosateur, le critique.

Premières impressions

Avec Yves Bonnefoy et Jacques Dupin, Philippe Jaccottet (né en 1925) fait partie du Panthéon universitaire. Sans doute parce qu’il appartient au pôle dominant, celui de l’écriture classiquement lyrique.
On ne considérera ici ce volume que pour sa valeur emblématique : il illustre en effet ce qu’est le plus souvent la réception universitaire de la poésie contemporaine.
Ces Actes d’un colloque qui s’est déroulé en 2004 à l’Université de Valence / Grenoble III offrent ainsi la classique panoplie du savoir-faire universitaire : étude de motifs (le corps comme perte, la ville onirique, le verger, les chouettes et hiboux…) et de formes (la poésie comme requiem et prière), analyse de l’image et des réseaux métaphoriques. Sont également abordés la « phénoménologie de l’intime » et le rôle de la trace dans cette poésie du visible (griffure, stèle, tâche de sang). /FT/

27 mars 2007

[News de l’édition] Déplacements au Seuil, collection dirigée par François Bon

image-39.pngVient d’être présentée lors de ce salon du livre 2007, la nouvelle collection du Seuil, Déplacements, dirigée par François Bon. D’emblée, l’horizon est donné dans la plaquette de présentation : il s’agit d’une collection ouverte à l’expérimentation littéraire, et c’est pourquoi François Bon exprime le fait que le titre de cette collection est repris à Henri Michaux.
On le comprend immédiatement, et ceci par le pluriel qui marque le titre de la collection, il ne s’agit pas de marquer un mouvement, ou encore de faire école, mais bien de donner à lire, une diversité de lignes littéraires consistantes, qui peuvent tout à la fois se recouper et être hétérogènes.

Pour renforcer cette prégnance, François Bon a demandé à chaque auteur — ce qui est absent par exemple dans la collection Fiction & cie, dirigée actuellement par Bernard Comment et qui vient d’éditer Emmanuel Rabu dont nous avons parlé — d’écrire une postface libre qui vient expliquer, indiquer ou témoigner des enjeux d’écriture que l’auteur engage dans son texte. Ceci est à souligner, au sens où, il est vrai que certains textes parfois peuvent paraître se dérober de l’appréhension immédiate, mais aussi permet de comprendre comment, des enjeux littéraires interrogent notre monde, aussi bien politique, que social, technologique ou économique. On retrouve ici le souci de François Bon, qui s’indique dans le terme de contrer présent dans la présentation. La littérature comme lieu de mise en oeuvre et en crise de l’état du monde, en-deçà de ce que le monde et ses représentations conventionnelles représentent comme leur propre état.
De plus il va renforcer la présence de ces auteurs en leur laissant une place sur son propre site, présentant dès lors des travaux encours, ou de nouvelles voies explorées [tierslivre.net]
Livres prévus :

  • enfin on fera silence, Béatrice Rilos, 3 mai 2007.
  • manière d’entrer dans un cercle et en sortir, Pascale Petit, 3 mai 2007.
  • la loi des rendements décroissants, Jérôme Mauche, octobre 2007.
  • abadôn, Michèle Dujardin, octobre 2007.
  • où que je sois encore, Arnaud Maisetti, février 2008.
  • balayer fermer partir, lise beninca, février 2008.
  • 26 mars 2007

    [Livre] Morts de Low Bat de Patrick Poulin

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    poulin204.jpgPatrick Poulin, Morts de Low Bat, éditions Le Quartanier, 148 p., ISBN: 978-2-923400-16-7, 13 €.
    [site de l’auteur]
    4ème de couverture :
    Low Bat le païen dans l’éclair exécute un bertleman fluvial, et c’est un parfum qui monte de la grotte trois jours durant, en lieu et place du cadavre attendu et disputé d’avance. Il passe ainsi sublimé entre les colonnes sauloises, jeté de Charybde en Scylla, comme s’il était graphiquement pulvérisé sur un train filant contre le rugissant pacifique.

    Premières impressions:
    Ce texte est celui d’une fiction. Fiction trépidante qui est tant l’aventure d’une langue — celle de Patrick Poulin — que celui de corps, d’un corps, celui de Low Bat.
    Le travail d’écriture de Patrick Poulin, s’il sera difficile à suivre pour certains lecteurs, étant dans cette part d’illisibilité de la modernité telle que la décrit Prigent, toutefois est sur bien des aspects remarquable. L’ensemble du texte semble issu d’un travail de moulinettes, où les mots sont découpés en unité phonétique et recombinés selon une dynamique de construction perturbée, produisant de nouveaux lexiques, aux improbables accents ou origines linguistiques, aux horizons de sens qui s’ouvrent, aux protagonistes qui se multiplient à foison. Le texte par ces jeux de transformations sémiotiques, de mutations linguistiques, obtient un rythme effréné, où, sans cesse, les actions s’accélèrent, violentes à l’image du premier combat de catch qui inaugure le livre, ou de la course de Low Bat en compagnie de Miniskin, tous deux « ballon d’auctor auctoritas jouent à dévaler et à dévisager, avalent tragées et chèvres égorgées qui crient, le sang attisant suavement le débit aux tempes. Temps qui cogne tant que le devant se secrète comme une belle étrange couverture, et la bande se cogne sur la lampe. »
    Corrélation entre ce qui a lieu, aventures noueuses où les multiples protagonistes eux-mêmes sont pris dans des métamorphoses, et ce qui est lu, ce livre de Patrick Poulin est comme cet animal décrit dans un secret des « treize-Prologue » (dernier chapitre) : « animal immense dont le contour diffus n’est que trajectoire ».
    Dès lors, d’emblée, Low Bat aura averti, « une longue patience, marche morte ou crotège chaloupé, ridiculissime, qui va d’énigme en énigme jusqu’à plus soif. (…) Haut bordel des frontières en trictrac et que délaissent naturellement les horloges », car, oui, ce texte est davantage sidérant par l’immanente langue qu’il projette que selon la volonté d’en arrêter un sens totalisant. Héraclite nous l’avait prédit./PB/

    25 mars 2007

    [NEWS] Fusées au salon du livre de Paris

    Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 10:47

    salondulivre.jpgLe 27 mars au stand Ile-de-France du Salon du livre de Paris, « Fusées ça décolle ». L’intervention aura lieu de 18h30 à 19h30, avec Mathias Pérez, Philippe Boisnard, Jacques Demarcq, Rémi Froger. Mathias Pérez présentera la revue et sa transformation, tandis que les auteurs feront une lecture.
    [site Fusées]

    23 mars 2007

    [Livre] Lambiner de Charles Pennequin

    Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 18:18

    pennequintelegramme203.jpgCharles Pennequin, Lambiner, éditions Le dernier Télégramme, 15 p. isbn:2-9524151-7-X, 5 €.
    [site de l’éditeur]
    Extrait :
    moi je fais de la merde / moi je fais des poèmes / les poèmes sont merdiques / les miens sont dans la merde / on n’a pas l’intention de relever le défi / on n’a pas l’intention de faire monter la sauce / moi mes poèmes font monter quelque chose / c’est chose merdique / il faut le dire / la pensée est merdique / il faudrait l’avouer / soyons honnêtes / ce que je fais c’est entièrement recouvert / entièrement et honnêtement / il faut l’admettre / la poésie a un petit quelque chose en elle qui la rend quelque part un peu recouvert / et qui demande à sortir / demande à se voir / à se sentir / à s’affronter / à se battre / à se coaguler / à se perforer / performer / pour finir en flaque / en grosse flaque toute mélangée de corps / toute mélangée d’affects et de sueurs de corps / une flaque d’huile de corps / une boue / une grosse mare boueuse qui sent fort la merde

    Premières impressions :
    Ce texte entre en écho avec Poubelle la vie que nous avions publié sur Libr-critique. Il s’agit d’un texte poético-théorique, à savoir qui dans le flux de la langue poétique observe l’apparition de la langue poétique elle-même, ses conditions. Les conditions ne sont pas internes à la langue seulement, ni non plus internes au seul sujet [c’est pour cela qu’il ne peut y avoir de réduction de l’écriture de Pennequin aus seuls motifs psychologiques] mais les conditions sont celles qui apparaissent dans le rapport de tension, entre le contexte époqual de l’Occident et ce corps-là, ce corps qui n’est pas seulement biologique, mais qui est celui synthétique de la langue-corps. C’est en ce sens que d’emblée, tournant autour de [c/s]es conditions, il peut exprimer que « la poésie (la mienne ou celle de quelques autres) se fait en milieu naturel »./PB/

    22 mars 2007

    [création] versions_awake de Clifford Duffy

    Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 15:56

    image-35.png[Clifford Duffy est un auteur canadien qui est traduit par Thomas Sidoli de Lignes de fuite, et qui a été découvert via son blog. Clifford Duffy s’intéresse à Deleuze et Guattari. Son texte est extrait des fictions 2 [ici] qui appartient à son travail « The Fictions of Deleuze and Guattari »]

    appartement wordpad de luxe de style bourgeois à Mona objets d’art non apparentés
    sujet d’art les belles fesses royales à Mona _ elles me parlent _ me disant d’un
    rapide en aparté
    quelle agréable colline est ce vert Jerusalem? Mona fonction’a fictionelle_ la
    reine (reine? reine haut-taloné dans le boisdeboulogne) (reine face arrachée déchirée god
    save the queen elle n’est pas
    une personne humaine) (reine: abeille reine) (reine: sa majesté) (reine: someone qui opprime les autres) et son message « de paix » au monde théâtre mondial des infos ont toujours été ses meilleures pièces_hiver without snow n’était pas un endroit pour faire campagne_. elle a pincé le matin natal de son gros mot son baton à bourbier ton cul sans frais descendant roues et calembours. Busté d’une statue et bouche bée, elle est mint cream de phrase ré-enferrée. St Fatalité a des accidents dans sa culotte sait que sa bite ne sera pas portée à l’envers. Un machin secret de son boulot ne veut pas la laisser jouer aux renards et ours. Un renard reniflait de par les champs entre deux passages souterrains pendant qu’ils conduisaient la nuit menant dans le maîtrisant mix fini de ville. Non menant dans le cliquetant infini. Non, le marchandage infini. Non, merde à tout ça! Elle tournoie ses patins abondent, planche à roulettes jupée elle cul encastré au soleil, jugé sur le meilleur cul de son copain, elle entend des louanges hourra hourra. Est-ce un homme qui apparaît à sa porte, pendant qu’elle faisait tourner de sa manière amusante les roues doxas, les rigolos sur la table de la cuisine où le meurtrier était assis, elle est géorgique à sa perplexité extra-lucide non travaillée par un doigté travaillé exercé par pignon hanté et ennuis à plaquer entendre n’importe quel type de loyer. Elle s’en va vers sa dose loué cachée dans un secret de fesses à l’univers du bon dieu.

    Une voix beuglante venant d’un ventre On ne peut qu’espérer que l’univers va exploser plutôt tôt que tard. Une pensée apocalyptique faussée non pas par des cuisses rivièrées mais par un lit de fleurs vasées. Hmmmm tu crois qu’écrire à la première personne est une perte de temps? Oui, en effet, parce que que que première personne c’est de la fiction qui n’en a pas l’apparence. Fiction du premier moi est le plus moiique comme moi qui dit je est mort et cependant qui se prend au sérieux est plus mort que mort que mort mort mort. Cher mort je ne réponds pas à tes calembours balours sur la rencontre émotion empyrée qui suis-je merde. Qu’est-ce que cette merde. Merde à je. Merde au je.

    ne beugle pas ta voix dans mes j’yeux, elle fétu claire . sur son bras repose. Reposa son coeur clignant sur le sien. Ma douce!

    Traduction de Thomas Sidoli.

    21 mars 2007

    [Recherche] Poésie de face sans fond : quelle fut la prétention faciale ?

    Tarkos, photographie d'Olivier Roller (2000)[Je donne à lire ici un chapitre extrait de Meccano, sans mode d’emploi, [essai sur la poésie contemporaine qui aurait dû paraître chez Al dante] qui tente de mettre en évidence ce qu’est la facialisme, et en ce sens ce qu’a, ce qui a, travaillé l’écriture de Tarkos. Cet article entre en écho avec celui que j’avais consacré à Tarkos, dans le numéro d’Action poétique qui avait été publié en 2005 après sa mort. Alors que le débat sur Libr-critique est ouvert à propos d’Arno Calleja, il me semble pertinent de faire lire cette brève recherche. J’ai retiré un certain nombre de notes qui étaient inutiles.]

    La poésie faciale n’aura été, en définitive, présentée que dans une seule et unique revue : Facial, revue qui n’eut, de plus, qu’un seul et unique numéro. Quelque soit ensuite la volonté de Pennequin de renouer avec ce qui s’est donné intuitivement avec celle-ci, toutes les autres tentatives semblent maladroites, avortées [1], manquant tout simplement ce qui fut annoncé dans ce seul et unique numéro ayant eu la prétention de marquer un « mouvement littéraire » [2]. La poésie faciale serait alors peut-être de l’ordre d’un échec, d’un de ces nombreux mouvements qui naissant et meurent rapidement, que cela soit faute d’énergie, des relations humaines mouvementées ou tout simplement et plus essentiellement de l’impossibilité réelle de la logique de mouvement.
    C’est dans ces limites que je vais tenter de mettre en évidence ce que furent les recherches facialistes et en quel sens, cette littérature s’est en quelque sorte échappée de la logique de négativité liée à la modernité, pour se poser en rapport avec une poétique ne se définissant que selon la circulation horizontale de la langue.

    Topos
    Le nom l’indique, la poésie faciale détermine un topos, la question de l’espace même du poétique, de la langue, de sa surface. En conclusion de la revue, est énoncé le fait que la poésie faciale est une poésie à une face, à savoir une poésie sans arrière pensée, sans profondeur, tout en aplat de langue. 1er constat : si en effet c’est une poésie sans arrière pensée, pensant dans la mobilité des seuls mots en présence, cela pose la question d’une possible stratégie de mouvement.
    Mais cet aplat de langue, de la langue à plat, aplatie sans pourtant être affadie, n’est qu’un des versants. L’autre facialité, en jeu, est celle de l’existence et du monde. Le monde est considéré comme surface sans épaisseur, comme lieu de la décharge immédiate et totale des choses. Poétique qui relie à la fois une question linguistique et de l’autre une question ontologique.
    Ceci ressort parfaitement de la déclaration initiale de la revue : « brut et non épais le poème à plat exactement étalé sous les yeux dans toute sa longueur y s’embarrasse pas d’intérieur » [Facial, p.5]. En frottement au monde, la poésie faciale ne s’élabore pas comme plongée dans les obscurités du monde, vers un ou des fondements en retrait, mais traite la réalité phénoménale du monde en tant que bouillonnement, en tant que variation en surface de causalités à définir linguistiquement. [Généalogiquement, même si les auteurs dont il est question ici ne les avaient pas forcément découverts, il y a un trait partant de Stein en passant par Beckett.] Et ceci sans détour, sans que se creuse des plis où s’enfleraient, se dilateraient la possibilité d’un récit, ou encore s’amplifierait la présence chargée des choses [3]. Pennequin le rappelait lorsqu’il donnait la ligne d’horizon du blog facial : « Facial parle de la poésie qui a une face la poésie à une face est une poésie qui ne fait pas de détours il ne sert à rien de faire un détour si on veut perdre la face c’est pour ça qu’il existe une poésie de face à une face dite facial pour perdre la face sans faire de détours ». Le topos de cette poésie, son lieu de porosité au monde n’est pas dans l’épaisseur des choses, comme si elles portaient en elles une épaisseur substantielle à retrouver, comme s’il y avait certaines vérités à en énoncer, mais il est de l’ordre du superf[i/a]ci[e/a]l.Dire qu’il n’y a pas d’intériorité à trouver cependant ne signifie pas que la parole n’ait pas une source propre au sujet. En effet les poésies faciales loin de se constituer comme une littérature où il y aurait neutralisation de la subjectivité écrivante — comme c’est le cas souvent dans les littératures cognitives qui interrogent l’époque post-moderne — se construisent autour de la chambre d’échos de la réception singulière du monde de chacun des écrivants. À noter : la prépondérance de la monologie, de la position centrale du regardant-parlant hyper-subjectivé. L’exploration du topos n’est pas objectivante, mais hyper-subjectivée dans une position proche de l’idiotie de chacun des poètes. Le topos est le lieu d’une dissection de ses logiques selon l’arbitraire de la perception idiote.
    Proche de l’idiotie au sens où ils expriment chacun à leur manière des logiques de connexion au monde où se révèle un permanent étonnement, une sorte de précipitation naïve, voire proche de la folie. « L’idiot est sérieux. Le simplet simplet. Le carré carré. On ne sort pas de là. Rien à trouver en dehors de là » [Facial, p.6]. Le sujet s’exprimant, ne tente pas ainsi de parvenir à une vérité qui lui serait fondamentale, mais de tourner au carré son rapport au monde, au carré, à savoir rigoureusement, le plus sérieusement du monde. Le carré implique une quadrature rigoureuse, dissécant chaque phénomène, monrant un archi-visible totalement inaperçu. Que l’on considère le rapport à la chaussure de Nathalie Quintane. Ce rapport n’est pas issu d’une neutralisation/abstraction de la subjectivité, mais d’une connection hyperdensifiée à l’objet chaussure de la part du sujet. D’une intériorisation de l’objet en tant qu’objet de langage, posé dans un ordre de causalité propre à la subjectivité écrivante qui perçoit. Cela ressort de même du simple titre Remarques. La remarque n’est pas seulement la marque, mais l’effort tendu d’un sujet à propos de la marque, de ce qui vient l’impressionner, l’imprimer, l’impacter.
    Le sujet n’est pas absent, n’est pas construit, n’est pas en souvenir, mais en quelque sorte en parage du titre de Pierre Alferi, il se tient dans le chemin naturel d’un frayage de la réalité. S’il est combattif, pour poursuivre le rapprochement, sa lutte est d’abord et avant tout linguistique, de l’ordre d’une langue à l’œuvre qui désoeuvre le topos rencontré par une refonte des causalités et des contenus. Cette poésie percevante déconstruit la réalité, en immobilise certains effets, en monrent d’autres, et tout ceci sans an avoir l’air, selon la voix d’idiotie singulière.
    Dans le signe =, Tarkos tente d’articuler cette question du sujet et de sa conscience du monde, articuler, à savoir définir que la conscience éveillée n’est autre, par ses manipulations du sens/flux que l’articulation du monde. Tel qu’il l’énonce : a/ la conscience est tout d’abord impactée par ce qui vient la toucher (« Une chose sensible au hasard flottant directionne l’entendement ») ; b/ il y a saisie, conscience de cet impactage (« il y a toujours sa captation ») ; c/ ce qui vient impacter et qui est saisi, en tant que hasard flottant, va être tactilement modeler, expérimenter par la conscience, comme si elle possédait d’abord et avant tout comme propriété une plasticité de devenir, et non pas la staticité d’être (« ça a une forme bouleversée monstrueuse modifiée modifiable modelée caoutchouc » [Le signe =, p.83]).
    Cette hyper-subjectivation du sujet implique donc une hyper-subjectivation du monde et des choses. Tholomé lors d’un entretien définit bien ce processus de caisse de résonance du sujet avec à ce qui l’entoure, le sujet rencontre dans le quotidien des masses verbales, et donc « le texte est donc comme une réaction à cette « masse ». Comme ce qui frappe est souvent plus entendu que lu, l’écriture et la composition visent à intensifier cela en singeant les manières de parler, en les exagérant. Déformation qui va jusqu’à la caricature parfois. Ou la grimace. De là, l’usage du mauvais parler. Mauvais usage des pronoms. Usage plus qu’indéterminé des structures des phrases, etc. Répétitions abusives et n’ayant aucun sens. Comme dans la vie réelle, en fait. » [Entretien avec Jan Baetens, Romaneske, 1999]
    Ainsi, l’idiotès du facialisme ne rejoint pas l’idolectal de l’illisibilité moderne, mais est l’hyper-sujet de surface d’un rapport de dérapage au monde et aux choses.

    Anodin
    La poésie faciale est d’abord et avant tout une poésie de l’idiotès donc, de la posture sans recul face au monde, où le monde s’articule dans sa crudité absurde. S’il y a décrochement du langage communicationnel intramondain, ce n’est aucunement pour consttruire une autre langue, un idiolect singulier qui pourrait atteindre un réel voilé, mais c’est pour en sentir les articulations biaisées, les aléas obligés qui pourtant ne font pas sens, pour en noter, parfois quasi-scrupuleusement, d’une manière carrée, comme chez Quintane ou bien Tarkos, les zones d’opacité de surface.
    Tension entre le prédit et le dire, entre ce qu’il convient de dire et ce qui pourrrait peut-être se dire. Tarkos énonce parfaitement cela dans le champ/contre-champ de deux de ces carrés : il met en opposition le falloir de la langue communicationelle et le pouvoir de la langue de l’idiot face au monde : « je n’aime pas que cela se dise ainsi. Je n’aime pas qu’il faille le dire ainsi. Je n’aime pas que cela ait été dit qu’en le disant ainsi. Je n’aime pas le fait qu’il faille le dire ainsi pour l’avoir dit » // « je ne sais pas si ça peut se dire ainsi, je ne sais pas si ça peut se penser, je ne sais pas s’il est juste de penser ainsi » [Ma langue, I. Carrés, respectivement p.24 et p.25. La question de la possibilité du dire est une des lignes directrices de la lecture de ce premier tome de Ma langue].
    Il s’agit de faire face au monde dans sa phénoménalité anodine, selon une certaine forme d’étonnement. Ainsi, si on peut penser pour une part à L’art poetic’ de Cadiot, qui les précède de plus de dix ans, ce ne sont pas les mêmes enjeux qui se jouent dans le rapport à l’anodin. Pour Cadiot, dès ce livre, ce qui est visé tient surtout à la question de la verbalité et de ses enjeux, de la manière dont se distribue et se constitue le langage. Son objet n’est alors autre que la trivialité communicationnelle, ou bien encore ce qui définit une règle de style. C’est en ce sens que sa dernière partie, Davy Crockett ou Billy le kid auront toujours du courage , n’interroge rien d’autre que le genre littéraire même du roman d’aventure et se propose ludiquement d’en démonter les rouages. La littérature faciale, si elle plonge dans les masses verbales du quotidien, c’est en tant que celles-ci déterminent des ordres de connections au réel, des ordres relationnels aux personnes, des vécus de sens d’une subjectivité. Dans les Remarques de Quintane ou dans ses Chaussures, aucun sujet proprement littéraire, seulement une saisie de ce qui entoure et qui reste inaperçu, surface des choses et surface du langage. Dans chacun de ces livres, Quintane, met en évidence des traits phénoménaux ininterrogés, passés sous silence, non pas volontairement, mais parce qu’inapparent. Parce qu’il semble inutile de les mentionner, marce que le regard dressé du regardeur régulier est dans l’incapacité de se connecter ainsi à ce qui lui fait face. Poésie faciale = poésie idiote = poésie d’un rapport singulier à la platitude de l’apparence = poésie voyante en touché superficiel de choses .
    Tarkos énonce aussi cela, disant que cela ne se « trouve pas dans le vide, se trouve par terre, sur la table, sur le mur, sur les genoux, sur le rebord du fauteuil, sur la planche de tilleul, sur le marbre, sur le banc de bois ». Cela : la langue qui se fait flux. Tholomé, de même n’énonce rien d’autre : ce qui l’impacte : « une voix, le texte d’une affiche ou d’une publicité, ce que dit un père à sa fille, une bribe de conversation. N’importe quoi en fait ». Pennequin, idem, comme je l’ai déjà analysé à plusieurs reprises, est traversé, transpercé à longueur de temps par cet anodin qui se révèle dramatiquement existentiel pour la conscience.
    L’anodin, la silencieuse masse matérielle de ce qui fait monde est le lieu à partir duquel s’écrit la poésie faciale. Elle a évacué les instances métaphysiques, d’une certaine manière la question du sujet, le posant dans son idiotie étonnée, qui fissure l’insignifiance de la conception du monde. De même qu’elle se détourne de tout rapport savant à la langue et à la culture, au profit d’interrogations sur les causalités qui lient les choses .
    Dans son texte home made, Tholomé insiste sur cette caractéristique de l’anodin propre au poétique : « cher ami à partir de 1998 il se fait que vincent tholomé entama le long processus des poèmes faits maison poèmes composés à partir des matériaux qu’il trouva chez lui et que jusqu’alors il avait négligé alors que toutes ces choses lettres papiers peints (…) toutes ces choses là il les avait chez lui et constituaient qu’il en ait consciencee ou non le substrat même de l’activité mentale de vincent tholomé » [Facial, p.73]. Tel qu’il l’écrit l’anodin, l’accessoire, ce qui n’est pas en rapport d’essence avec la conscience, est pourtant la matière même de la conscience, ce qui la constitue. La poésie de l’anodin n’implique pas un désépaississement du monde, mais un rapport accru à sa matérialité de fait, à ses articulations données, sans que soit réinjecté l’idéalisme d’une subjectivité qui voudrait en trouver un sens caché.

    Sans fond et langue : la poésie est la trace d’un dérapage
    Si la facialité tient bien de cet anodin, elle est aussi attachée à la logique de flux des mots, comme j’ai commencé à le dire.
    Ce ne sont pas des mots employés que la poésie faciale trouve sa consistance car si la langue de Tarkos est poétique, « elle ne s’agence pas par l’accumulation de poids de plus en plus lourds d’un appareillage de torchis, de briques, de pierres et de parpaings »[Ma langue, I, p.7].
    Le facialisme est d’abord l’ouverture à un dérapage tant logiques que linguistique.
    Ces dérapages, on les conçoit selon l’ordre des remarques, des jonctions, des précipitations des liaisons logiques. Déraper signifie être emporté par la masse en mouvement, celle-ci laissant une trace (de pneu ?) dans son effort d’arrêt, ou dans la rectification de son mouvement. Le dérapage pose toujours la question d’un se laisser emporter, d’un se laisser entraîner, tracter, déporter par une masse quelconque. Ici en l’occurrence la masse des mots et de leur liaison.
    Si on considère le texte de Tholomé ou de Tarkos dans la revue Facial, ils traduisent bien cette idée du dérapage, du jeu de déplacement selon la masse mobile du langage. La question de ce dérapage de la langue obéit au fait que la langue ne se construit pas par points, par étapes, mais selon un processus d’empiettements constants des mots les uns par rapport aux autres.

  • 1. ce qui suppose qu’aucune chose qui est inscrite dans la langue ne puisse avoir un terme.
  • 2. ce qui suppose que le langage est, au sens de Derrida, travaillé par une différance.Le dérapage de ces langues amène à penser qu’il n’y a pas de réelles unités organiques aussi bien dans les mots que dans ce qui est dit. Il y a toujours un différentiel qui hante les expressions, qui poussent à briser la dîte en l’amenant à son déport dans un perpétuel à-dire. Derrida, dans Positions, expliquait que la différance, ne renvoie aucunement bien évidemment à une réalité substantielle extérieure. Mais qu’elle désigne dans le langage le jeu essentiel de différentiels, faisant que toute énonciation se donne selon les conditions même de son manque, de ce qui lui est extérieur, en tant que conditions intérieures de son énonciation. La différance « est une structure et un mouvemennt du jeu systématique des différences, des traces de différences, de l’intervalle par lequel les éléments sont reliés les uns aux autres, sans quoi les termes pleins ne signifieraient rien, ne fonctionneraient pas ».Poésie faciale = poésie de merde
    Poésie de l’anodin, à une seule face, celle d’une langue en dérapage, langue flux, langue résiduelle du corps en espace de monde, cette poésie a été appelée par Tarkos : poésie de merde. Mais en quel sens, car d’emblée est précisé que « la poésie de merde n’est pas la poésie de merde comme on l’entend » [Facial, p.104] . Tarkos, dans Signe =, définissait en 1999 ce qu’était la merde en rapport à la langue, au sens où pour lui s’établit une nécessaire relation . « La merde est la seule chose qui est produite avec les paroles qui vient du ventre, qui vient de l’intérieur et qui est personnel » [Signe = , p.49]. La merde n’est pas ontologiquement négative, mais elle est la trace œuvrée du corps, elle est déterminée positivement ontologiquement. La merde est le travail d’une digestion, de décomposition, recomposition lente et continue, qui n’arrête pas de s’agglutiner, de se recomposer/éjecter du sujet au même titre que la parole. Dans ce processus physiologique personnel, ce qui doit être compris, c’est que pour faire de la merde, il faut avoir absorbé. L’absorption, comme je l’ai indiquée au niveau du langage, tient à l’emplissement constant des énoncés intramondains. Tient au fait qu’il n’y ait aussi de choses que dans le langage et sa saisie en mouvement.
    Lorsque Tarkos définit le pâte-mot, il se réfère surtout au travail de broyage, et aux liaisons compotées entre les éléments broyés. Le broyé et l’aggloméré redoublent ce que j’ai déjà énoncé sur le topos de surface et l’anodin : par rapport à la chose « il n’en va pas de son apparence intérieure » + « il n’y a pas de loi, les lois ne sont pas en cohérence, les lois sont molles » = « le pâte-mot est la substance »[Signe = , p.32-33] . Véritable épistémologie du langage, Tarkos, ici, indique que le réel n’est de l’ordre que de cette pâte-flux de mots, et que s’y tenir, ne tient qu’au déport constant de cette dissolution des fausses unités organiques données aux choses et à leur ressaisissement dans la fluctuation des assemblages de la langue.L’impossible pérénité : l’idiotie ne se copie pas
    Alors que la poésie faciale a une existence mort-née en tant que mouvement — puisque ce qu’elle implique est contradictoire avec l’idée même de mouvement littéraire — bien que dans la pratique elle soit toujours en Å“uvre chez des poètes comme Pennequin, elle a marqué, et semble avoir fait des adeptes. Langue idiote que chacun pour soi, on entend, qui se décline et dérape selon les circonstances, en quelque sorte, l’idiotès hante, et hante ainsi aussi la voix singulière de Tarkos, ou de Pennequin. Toutefois, chez ceux qui tentent de pratiquer une écriture facialiste, il ne semble pas que cela soit de même nature. Qu’il y ait le même travail en Å“uvre, il suffit de regarder le travail par exemple d’Arno Calleja, qui a participé très activement à la création du blog de merde avec Pennequin.
    Lorsque l’on lit les textes de Calleja, il est bien évident, que formellement, cela semble se donner facialement : flux ininterrompu, glissement constant des motifs, réduction du langage à des séquences mastiquées, pensée crisique du surgissement du poème. Toutefois, la ressemblance s’arrête-là, du fait que chez cet auteur, l’ontologie de la langue appartient davantage à celle d’une modernité inquiète par le sujet et sa réification, qu’au chantier mis en Å“uvre par les facialistes. Nous avons vu que la facialité tenait à un rapport personnel et singulier à la langue, qui refuse justement l’intériorisation, à savoir qui ne repose pas sur l’axe vertical d’un sujet intérieur qui s’exprime, mais qui se compose horizontalement sans identité selon l’ordre des glissements linguistiques. Le sujet facial, n’est pas habité par une intériorité, n’est pas en proie à des contradictions psychanalytiquement déterminables, mais est dans un multiple machinique de soi qui se compose/décompose linguistiquement [en ce sens Jacques Sivan serait certainement plus proche du facialisme que beaucoup qui pensent en être proches par la mimétique de la langue]. Cette singularisation, où s’élabore la poésie de merde est en ce sens, hétérogène à toute forme de substantialisation de la langue comme réalité ontologique autonome. De même, elle ne se pose pas dans la logique du trou, mais de la surface, du déplacement. Sa négativité est celle de l’effet opérée sur des structures établies et non pas en tant que cause [sujet, ou bien réalité].
    Or quand on considère ce qu’énonce par exemple Calleja, on fait face à une substantialisation de la langue et régulièrement à une mise en perspective du trou.

    [1]Pennequin, en 2004-2005 a tenté de réactiver le champ de la poésie facial en créant sur internet le « blog de merde », en liaison avec Arnaud Calleja. Or, s’il a pu y avoir des textualités qui s’en sont rapprochées, à commencer par celle de Pennequin et de Calleja, ce blog retranscrivait bien d’autres formes de textualité, ce qui ne permit aucunement de comprendre ce qu’était l’angularité de l’approche poétique du facialisme.
    [2] Sur la couverture, en effet, nous pouvons lire : mouvement littéraire. Il s’agira bien évidemment dans cet article d’interroger la possible constitution d’un tel mouvement. Était-il possible de le constituer, est-ce qu’une telle volonté n’était pas tenue en échec à partir de la compréhension de la langue véhiculée dans cet horizon poétique ?
    [3] Ce que l’on pourrait trouver en quelque sorte chez des écrivains contemporains comme Hubert Lucot ou bien Didier Garcia. En effet, chez Lucot, par exemple dans Langst, l’écriture n’arrête pas de s’amplifier, et ceci depuis le grand graphe qu’il a accompli au début des années 70. Le récit, impossible en sa structure, se tisse par la jonction, autour de chaque motif, de la diversité des temporalités relatives aux motifs lui-même. Le flux de présence est sans cesse coupé, déporté, relié à des fondements qui en sont les soubassements, vers des remarques qui le rectifient, et ceci au rythme d’un jeu de ponctuations, de retours, de remarques, par ce qu’il enveloppe, comme s’il était nécessaire pour chaque énoncé d’envelopper et d’exprimer avec lui la totalité du champ à dire, du champ du dire qui le concerne. L’épaississement alors du phrasé, qui a influencé Didier Garcia, et que l’on constate dans Fragments pour l’aimée, ne vient pas d’un dérapage de surface mais d’un engrossement intérieur de la phrase par le jeu des résonances propres à la mémoire et la pensée de celui qui écrit.

  • [réponse] Sur Arno Calleja

    Filed under: News,recherches,UNE — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 3:05

    Suite à l’article sur le n°6 de la revue le Quartanier, et à la note sur le travail de Arno Calleja, les réactions furent rapides, énervées, pleines d’injures pour certaines, et de mécompréhension pour d’autres, je vais donc essayer d’éclaircir le propos tenu dans cette chronique. Ce petit article devait être une simple réponse aux commentaires de Antoine Hummel et Ludovic Bablon, mais se faisant au fur et à mesure de son écriture plus longue et plus précise, j’ai pensé qu’il pourrait être publié ici.

    Si je peux reconnaître ma critique rapide, et peu argumentée, à propos de Calleja, elle n’est pourtant ni un dédaigneux revers de la main, ni un a priori, ni le signe d’une lecture rapide de cet auteur, elle est plutôt la manifestation d’un certain agacement et même d’une certaine colère face à son travail, que je connais bien le suivant déjà depuis trois ans environ (à travers des textes sur le net, revues, livres, lectures…). Elle se voulait aussi un petit coup de pied alors qu’il est de bon ton de dire les choses entre soi, plutôt que d’affirmer clairement des partis pris, afin d’ouvrir le dialogue, et pourquoi pas la polémique, à propos de ses textes et des questions qu’ils soulèvent, les réactions d’ailleurs n’ont pas tardé. ( y compris de l’intéressé qui m’a écrit une très belle lettre à laquelle j’ai répondu, lettre qui engage un dialogue justement et qui n’est pas simple invective et insulte, contrairement à d’autres mails et commentaires reçus).

    Tout d’abord, dans ma chronique du Quartanier n°6, je n’ai jamais parlé ni utilisé les critères de « nouveauté » et de « modernité », qui d’ailleurs n’est pas simplement un vieux concept, mais un concept classique qu’il ne faut cesser d’interroger, et qui n’en finit pas d’être interrogé lui-même par les travaux littéraires en train de s’écrire …
    (NB : par ailleurs, oui, quand j’ai découvert Tarkos, je me suis dit que je n’avais jamais entendu ni lu un truc pareil, oui c’était nouveau, et je pense que le travail de Tarkos est vraiment inédit, « jamais dit », je ne trouve rien qui lui ressemble, et cet inédit est tellement fort dans son cas, que le critère de nouveauté peut être un critère, même s’il n’est pas le seul, de qualité.)
    Cependant, je ne juge pas Calleja à l’aune de ces concepts, mais je ne peux pas non plus le lire détaché de toute relation dans le champ littéraire, de toute histoire, de toute généalogie, et il se trouve qu’avant lui il y a eu Tarkos, et Pennequin (qui est toujours là lui) __ la proximité avec ces auteurs est flagrante, je ne vois même pas comment cela pourrait être autrement, ne pas le reconnaître serait de la malhonnêteté et de la mauvaise foi. Par contre, je reconnais n’avoir fait qu’affirmer ce fait sans l’argumenter, ce que je vais donc faire :

    En effet, Calleja n’est pas un « plagiaire », le terme ne convient pas (je ne l’ai d’ailleurs pas employé), mais la proximité entre Pennequin et Tarkos et lui me semble indéniable, donc de quelle proximité s’agit-il ?
    Des travaux qui sont proches de ceux de Pennequin et Tarkos, il y en a beaucoup, poursuivre les pistes, les interrogations, les formes qu’ont lancées ces deux auteurs, pourquoi pas, il peut y avoir des choses intéressantes …
    Mais dans le cas de Calleja, une chose me gêne profondément : c’est une proximité qui veut se masquer elle-même, qui ne reconnaît pas la généalogie dans laquelle elle se situe, je ne trouve pas cela correct (aucune morale là-dedans, même si je ne trouve pas d’autre mot), vis-à-vis de Tarkos, qui est mort, et qui ne peut plus rien dire. Je pense que c’est un auteur majeur, dont la reconnaissance n’est pas encore assez solide et établie, il est donc encore facile de le recouvrir par d’autres travaux qui sont dans la reprise et la continuation de son travail. Déjà des gens rencontrés m’ont dit « ah alala que c’est bien Calleja » et ils n’avaient pas lu Tarkos, je trouve ça intolérable, comme si on enterrait une deuxième fois Tarkos, peut-être mon côté historienne que d’être comme ça préoccupée par la mémoire, mais je pense que c’est important …
    2ème chose : la proximité d’entretient Calleja avec Tarkos et Pennequin est une proximité qui me semble en deçà des possibilités qu’ont ouvertes Tarkos et Pennequin dans la langue.
    Car Calleja est dans la reprise d’une forme, (et oui on peut parler d’une forme, comme on parle de forme en peinture, en cinéma, en musique, etc…toute création est faites d’idée(s), de matière(s) et de forme(s)), d’une mécanique, d’un rythme, d’une construction qui est parfois plus celle de Tarkos, parfois plus celle de Pennequin __ forme qu’il n’arrive pas à renouveler, et dans laquelle, toute la singularité de son écriture, toutes les pistes et idées personnelles qu’il ouvre (car oui il y a des choses intéressantes dans ses textes) ne peuvent véritablement se déployer tellement elles sont prises dans et recouvertes par cette forme. Ainsi tout ce qui pourrait se jouer vraiment dans son texte est déjoué par cette forme, à mon sens.
    En effet, les formes, les mécaniques, les logiques respectives de Pennequin et Tarkos sont tellement singulières, tellement définies, dessinées, abouties, qu’il est à mon sens très difficile de les reprendre ; mais elles sont en apparence tellement simples, élémentaires (tout en étant aussi complexes quant aux éléments qu’elles mettent en jeu et dans la manière de les agencer) qu’il peut sembler très facile de se les réapproprier.
    La question qui se pose alors est : le travail de Pennequin et Tarkos peut-il trouver des successeurs qui parviennent à le reprendre tout en le renouvelant ? peuvent-ils laisser des enfants qui ne soient pas de mauvais ersatz ? je ne pense pas, mais j’attends que l’on me prouve le contraire, que ce soit de façon théorique ou pratique.
    Ainsi, Calleja me semble échouer dans la reprise des langues de ces deux auteurs auxquels il reprend de nombreux éléments et caractéristiques, et n’être que dans une duplication qui rate, en plus, ce qui est en jeu dans le travail de Tarkos, c’est-à-dire cet étirement, cet étalement de la langue, d’où ce mot de facial, sans profondeur, simplement en surface, poésie de l’horizontalité, dont les seules profondeurs ou perspectives sont des jeux de géométrie produits par les agencements particuliers qu’il fait de la grammaire et du sens. Chez Calleja il y a, dans la petite mécanique de syllogismes finement huilés mais trés rhétorique, les profondeurs d’un sujet qui tourne autour de son propre abîme, et qui réintroduit de la verticalité, d’où la mise en échec de la grammaire de son écriture, qui paraît alors d’autant plus comme un emprunt.
    Là où la rumination schizophrénique de Pennequin ouvre sur une multiplicité de voix et d’énoncés du monde qui le traverse de toute part, là où sa langue macératrice et ravageuse est un forage qui détruit, déjoue l’ego, Calleja rate ce forage de lui-même (contrairement à ce qu’il écrit – texte « poésie crisique » dans la revue Los flamencos no comen p.48) en maintenant un sujet unifié, enfermé dans une rumination de lui-même, qui ne fait que répandre et déverser sa psychologie dans un fleuve, un ruisseau, un égout, ou dans ce qu’il appelle « une psychidité », de psyché et liquidité (cf. texte dans le pdf Reprise 4 des Cahiers de Benjy).
    « je suis en train de me singulariser, je ne parle jamais de moi au pluriel, parce que je n’en suis pas encore là, j’en suis encore au singulier, à chaque fois qu’on dit je c’est toujours singulier, pour plusieurs je, on ne met pas de s à je non plus, bien qu’il s’agisse du pluriel » (Hargne)
    « j’me sauve par moi. au trou de moi. le trou c’est moi. c’est moi qui sent pas bon. je sens moi. que j’ai une fuite. ma salive coule à l’égout. à l’ego d’moi-même. j’me sauve au ruisseau. par l’ruisseau d’ego. je coule le moi. dans la salive. pour qu’il se sauve. » (texte sur Inventaire/Invention, Cheval)

    Calleja se cogne frontalement au monde, il se pense lui-même face au monde et aux choses, là où Pennequin n’est qu’une éponge traversée de part en part, là où Tarkos est immergé, dissolu dans les éléments du monde et dans le langage.
    Là où la poésie de Tarkos est une poésie des choses du monde, une poésie d’objets, bâton, caisse, bidon, merde, terre, oiseau, air, argent, etc … la poésie de Calleja parle seulement de lui, et ce n’est pas parce qu’il prend la voix d’une femme dans plusieurs de ses textes (dans la revue le Qr, ou dans son texte sur remue.net « Légen ») que ce n’est pas toujours lui, ou un sujet … d’ailleurs il le dit « Je suis moi-même mon autre c’est totalement identifié. » Alors que l’on ne me refasse pas le coup de la différence entre l’auteur et le narrateur, on n’est plus à l’école.
    Cet affrontement face au monde se traduit par une position peu originale et assez basique dans son expression__ à savoir une critique de la dévastation sociale par le Capital (cf. le texte de la revue Qr, le texte sur remue.net)__ et donc par des figures binaires récurrentes : « légen riches et légen pauvres », la parole libre et la « parole d’esclave », les maîtres et les opprimés (cf. texte sur remue .net) ,
    Et cette position a son pendant dans l’écriture : Calleja ne rentre pas dans l’écriture, dans la langue, mais ne cesse de tourner autour, de la poursuivre. Contrairement à ce qu’il dit à la fin d’un texte Hargne : « je suis dans la langue », si il y était peut-être n’aurait-il pas besoin de le dire ? mais accordons-lui le fait qu’il y soit s’il le dit, je dirais alors qu’il n’est non pas dans la langue, mais dans les mots, pris dans les mots, empêtré dedans, à tel point qu’il ne parvient pas à toucher l’écriture. Il poursuit les conditions de possibilités du surgissement de l’écriture (la pauvreté, la maladie, la crise, la vitesse, la lutte contre l’aliénation, ect…), il parle de l’écriture, il est dans un vouloir de l’écriture avec ses « je veux », « il faut » mais il n’est pas dans l’écriture, comme le sont Tarkos ou Pennequin :
    cf. texte Cheval, « je veux être dans la vitesse » « je veux que personne n’arrête ma vitesse. je veux pas qu’elle s’arrête la vitesse. on arrête pas la vitesse. tout est vitesse. rien ne s’arrête. dedans rien ne s’arrête. »,
    « il y a encore du travail à faire, il faut être, il faut être dans la philosophie, être dans la parole, le soir on continue une parole qui n’est pas la même parole que la parole du jour au travail, le travail est la parole qui ne travaille pas, le travail se fait la journée, la journée c’est esclave que je suis la journée, et le soir je dois trouver une autre parole, une parole qui n’est plus une parole d’esclave, mais qui est une parole du soir, du libre soir de soi, »

    On peut se rendre compte de cela dans une lecture de Calleja à Montévidéo en 2006, il parle de la respiration, du souffle, il parle de cela, mais sans y être. Alors que dans une lecture de Tarkos sur le site des éditions Cactus, (cliquer sur CD, expressif le petit bidon, puis sur « le bonhomme de merde »), on entend Tarkos respirer de façon forte et régulière, il respire, il respire, puis il dit « je gonfle », et continue de respirer, respirer …
    C’est là toute la différence entre Tarkos et Calleja, le premier n’a pas besoin de dire, de parler de, il est dans le souffle, dans la respiration, alors que le second ne fait que tourner autour en en parlant …

    Il faut aussi aller regarder une lecture de Tarkos au CEP à Lyon (surtout la lecture 2, en bas de page) __ et là, on voit bien que Calleja reprend complètement la façon de lire, de dire, entre l’improvisation et l’explication, de Tarkos, tout en reprenant des questions de Pennequin comme par exemple, l’idée selon laquelle c’est pas moi qui parle, c’est la parole qui parle toute seule, c’est la parole qui parle en moi , quand il dit : « je souffle avec des mots dedans » « c’est pas moi qui est mis des mots dans le souffle », « les mots viennent dedans, s’inscrutent », « c’est eux qui ont quelque chose à dire, moi rien ».
    On retrouve aussi cette reprise de l’idée de Pennequin notamment (car on pourrait faire encore de très nombreuses comparaisons, entre Pennequin et Calleja, ce ne sont pas exemples qui manquent) dans un texte publié sur le blog Les Cahiers de Benjy, dans le pdf Reprise 1 : « i paraît que j’ai rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à faire. me dit l’être. je dis à la parole que je criture l’être. elle me dit ah bon. je dis à l’être que je me laisse parler. »

    « Criture est une nouvelle langue dans le français. Criture s’écoule quand ça lui vient, car criture n’est assujetie a rien. Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. Criture n’est assujetie, criture n’est aliénée qu’à elle-même. Criture est à la langue ce que bougnoule est au français. »
    Avec son concept assez flou et vague de « criture », qui fait surtout penser à la trace scribouillarde d’un malade de l’écriture, on peut aussi se demander si Calleja n’essaye pas d’inventer un concept opératoire de son travail, comme Tarkos a pu le faire avec « pâte-mot », qui était une idée bien plus complexe et intéressante me semble-t-il.
    Car pâte-mot n’était justement pas pour Tarkos une langue différente de la langue commune, il travaillait avec cette pâte-mot commune, à tous, avec cette langue banale que nous partageons, et il y avait là une dimension politique intéressante. La poésie de Tarkos ne s’extrait pas de la langue commune, elle est faite de celle-ci, donc il maintient ce commun, pour en souligner les fonctionnements, les absurdités mais aussi pour nous indiquer tout ce qu’il est possible de faire avec, pour le réanimer autrement, de façon vivante, pour lui donner de nouvelles intensités, dans une lecture que j’ai entendu de lui, il parlait de cette idée « d’intensification du texte».
    Alors que la criture de Calleja (cf. citation ci dessus) se pense comme une langue étrangère dans le français, et comme une langue pauvre, une langue du pauvre, une langue pour les pauvres __ mais en fait cette langue n’est qu’un idiome singulier, qui ne vaut que pour lui-même, qui ne peut ni être partagé, ni créer du commun, elle lui appartient trop, et d’ailleurs il le dit lui-même, « Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. », il reste donc enfermé dans sa criture, impartageable, incommunicable, sa criture tautologique, qui ne parle qu’à lui, à travers laquelle il se parle à lui-même et non aux autres.
    Par ailleurs, on peut encore souligner une proximité avec Tarkos, à travers cette question d’une langue pauvre, simple, “prolétaire”, et les implications politiques qu’elle contient. Tarkos et Molnar avaient réfléchi à cela à travers la revue Poézi Prolétèr de façon plus fine et plus intéressante à mon sens que ne le fait Calleja.

    Chez Calleja, il y a aussi, derrière une naïveté factice, artificielle, une tentation philosophique, une tentative de faire une poésie philosophante, qui pense et qui se pense elle-même, il élabore une sorte d’art (faussement) brut qui philosophe, il y a déjà là une contradiction __ on retrouve d’ailleurs de nombreuses références à Heidegger, à Aristote … (cf. texte dans le pdf Reprise 1 des Cahiers de Benjy : « l’être et la parole sont un couple divorcé, et moi je suis l’enfant séparé », cela signifierait-il que Calleja ne parvient à être ni dans l’être ni dans la parole en même temps, c’est peut-être pour cela qu’il n’est pas dans l’écriture … ?)
    Alors que Tarkos parvient à créer de véritables outils de pensée dans sa poésie, ainsi que des objets de pensée quand il parle d’un bidon, d’une caisse, de l’argent, et en créant des situations cognitives perturbantes, il interroge de façon très vive à mon avis la philosophie, mais sans faire le philosophe, sans être dans une poésie pensante, qui se veut un pensée, il interroge vivement le langage, mais à l’intérieur du langage lui-même, il questionne la parole depuis la parole, c’est pourquoi ses lectures étaient si fortes. Chez Calleja, il y une interrogation de la pensée et du langage de l’extérieur, il tourne autour, s’y frotte, s’y cogne, violemment (et cela peut produire des choses intéressantes) mais il n’y entre jamais véritablement ; on sent ainsi beaucoup trop les lectures philosophiques qui transpirent dans son écriture … Comme le disait si bien Bernard Desportes, il faut apprendre à désapprendre pour pouvoir entrer vraiment dans l’écriture …

    Enfin, pour reprendre la distinction entre les trois rapports à la vérité qu’opère C. Hanna dans un article en hommage à Tarkos sur le Web de l’Humanité , on peut vite se rendre compte en relisant le travail de Calleja qu’il est en fait dans un rapport classique à la vérité, celui que C. Hanna appelle “métaphysique”, et selon lequel la poésie est un outil critique de dévoilement de la vérité du réel, et de celle du sujet face à celui-ci.
    C’est à cela que je voulais faire référence en disant « une posture classique de l’écrivain maudit », et non pas “romantique”, comme l’ont mal lu certains.
    La poésie de Calleja repose sur la croyance que les conditions de possibilité d’une poésie vivante, sa poésie, sa langue “prolétaire”, c’est la pauvreté (cf. texte dans la revue le Qr), la hargne, la souffrance (la crise, la poésie crisique «c’est dans la crise qu’on travaille. on n’est travaillé par la crise. c’est dans la crise qu’on travaille la parole. »
    « la parole crisique fait du corps une chose qui questionne librement. la parole crisique fait du corps une chose libre ».
    Ainsi finalement la poésie crisique, la poésie qui se fait dans la crise, a une vertu thérapeutique qui libère le corps et l’esprit de l’aliénation, on est finalement entre l’art brut et l’écriture automatique (car quand Calleja dit qu’il faut laisser la parole parler, se déverser, sans réfléchir, il réhabilite d’une certaine façon un automatisme de l’écriture), et on sait à quelles illusions et impasses à la fois politiques et littéraires mène cette conception de l’écriture. Car la crise, oui la crise, mais n’est pas Artaud qui veut…

    Mais peut-être que tout cela n’est pas très important compte tenu de ce que peut écrire Calleja :
    « je ne parle pas du résultat je parle du geste ce qui est intéressant c’est le geste, le résultat c’est pas intéressant, le résultat toumonde a des résultats des bons et des mauvais résultats des résultats qui plaisent ou des résultats qui ne plaisent pas mais un geste peu de gens sont dans un geste, un geste est une manière de faire qui est une manière de vivre, un geste de criture fais vivre un texte »
    Ainsi, si le résultat n’est pas important, mais que seul compte le geste, alors laissons Calleja faire des gestes de criture, laissons le brasser de l’air et des mots, allons relire Tarkos, et continuons à lire Pennequin .

    20 mars 2007

    [Livre] Tryphon Tournesol et Isidore Isou de Emmanuel Rabu

    Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 13:20

    cliquez sur l'imageEmmanuel Rabu, Tryphon Tournesol et Isidore Isou, éditions Seuil, coll. Fiction & co, 97 p., ISBN : 978-2-02-093498-5, 15 €.
    4ème de couverture :
    Et si Tryphon Tournesol, personnage de Hergé, était le pécurseur de quelques grandes audaces artistiques de notre siècle, comme le cinéma expérimental ou la poésie sonore, des inventions dont se serait bien vite emparé Isidore Isou, le fondateur du Lettrisme ?

    C’est à partir de ce renversement des rôles et des hiérarchies artistiques, à la fois inattendu et drôle, qu’Emmanuel Rabu, empruntant aux techniques du détournement situationniste, livre un essai joyeusement fantaisiste et solidement érudit. Une relecture comique et inédite de notre époque et de l’histoire des avant-gardes.
    Emmanuel Rabu est né à Nantes en 1971. Écrivain et musicien, il a publié dans de nombreux collectifs, revues et fanzines.

    Premières impressions :

    [lire la chronique]
    Tout d’abord, c’est avec joie que je donne ces quelques premières impressions sur le livre d’Emmanuel Rabu, que je connais depuis de nombreuses années et qui a su durant celles-ci montrer à quel point, loin de toute mode, il construisait tant poético-musicalement, que littérairement, une oeuvre réellement singulière.
    Loin de toute analyse à l’emporte pièce, de quelques rapprochements heureux, le travail d’Emmanuel Rabu est tout d’abord une analyse sérieuse et référencée des rapprochements possibles entre Tournesol et Isou, et plus exactement, comme il le dit d’emblée, une analyse de l’interférence entre les objets fabriqués par Tournesol et Isou. En ce sens, il est utile de le préciser immédiatement, ceux qui aiment Tintin, et qui veulent comprendre, ou apercevoir certaines angularités spécifiques au niveau de ses aventures, trouveront là, un livre précieux, qui éclaire d’une façon peu commune cette création d’Hergé.
    Toutefois, le livre d’Emmanuel Rabu n’est pas un essai au sens propre du terme. S’il débute par une contextualisation plutôt liée à l’essai, celle-ci est rapidement évacuée, au profit d’une forme d’énonciation fonctionnant par sidération d’énoncés, récurrence, répétitions, fixation cognitive d’une identité, ainsi si Aristide Filoselle est « un sujet expérimental qui échappe au contrôle » qui vient préfigurer Tryphon Tournesol, ce dernier en tant que révélateur de ce qui est préfiguré, sera « un prototype » qui « Ã©chappe au contrôle », venant « modifier sans cesse la perception du réel », étant même le motif déclencheur et agençant des aventures de Tintin.
    Ce que montre peu à peu E. Rabu, notamment et surtout avec l’approfondissement du Supercolor Tryphonar, c’est que Tournesol aurait peut-être réussi, là où toutes les avant-gardes ont échoué : une transformation non pas rétinienne du réel, comme dans l’Op art « qui parvient à provoquer un trouble oculaire », mais une transformation de tous les codes d’appréhension du réel, et même de la trame matérielle du réel.
    Livre donc à découvrir aussi bien pour les passionnés de Tintin que ceux qui s’intéressent à la poésie contemporaine et Isou en particulier, qui de plus dans sa seconde partie réserve une belle surprise : la réécriture hypergraphique de L’affaire Tournesol.

    19 mars 2007

    [création] pastisch bourgeois de Thomas Sidoli

    Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 7:08

    image-31.png[Thomas Sidoli a été rencontré via son blog Lignes de fuite, qui sur bien des points, notamment esthétiquement, est remarquable [voir +]. Loin de toute écriture convenue, il développe un travail littéraire expérimental qui nous a intéressé, au point de lui proposé de publier un de ses textes sur Libr-critique.]

    je suis un prolétèr d’avant-garde, je suis un prolalter d’avant-garde, dans mon avant-gardisme je suis un jeune réactionnaire, je suis un jeune copieur de vieil avant-garde, comme, non, bannissons la métaphore, non, comme est une simile, je suis d’avant-garde, i therefore speak english, je ne connais pas le mot simile en français car je parle anglais car je suis d’une vieille avant-garde, comme l’indique ce processus répétitif que je suis en train d’établir ici, alors qu’il a été toujours déjà établi par d’autres déjà, il y a longtemps de ça, longtemps en terme d’avant-garde, il y a quelques années de ça, non je suis avant-garde de cela veux-je dire, voulais-je dire, je suis un prolétèr bourgeois d’avant-garde, je ne paye pas mon loyer, c’est papa-maman, c’est l’état, je suis un exemple stratifié de déstratification pas trop brusque, non, allô mère, l’agence me dit que vous n’avez pas payé mère, veuillez y remédier mère, car nous sommes bien indisposés comme vous pouvez bien vous l’imaginer mère, je suis un prolétèr bourgeois d’avant-garde, j’écris des textes o texto kom ca. jkiff trop ta mèr espès di pèrvèr ouaish. je suis un prolétèr bourgeois, je ne suis plus de l’avant-garde, c’est la promo de ma khâgne de quelques années après moi maintenant l’avant-garde, ils sont plus prolétèr que nous encore, ils sont moins bourgeois mais ça personne ne le remarquera, pas tout de suite, je suis un bourgeois prolétèr ayant appartenu à l’avant-garde, je revendique le terme d’arrière-garde, je suis un bourgeois prolétèr d’arrière-garde. l’arrière-garde met un peu d’ordre dans l’ancienne arrière-garde. et dire que ces pauvres cons se sont crus d’avant-garde, il y a longtemps maintenant, mais pas comme nous, non eux , ils étaient sûr de leur réalisme, hahahaha, quel je de mots. je suis un bourgeois d’arrière-garde. je suis un bourgeois vivant de mon clavier et surtout de celui de ces jeunes cons de soit disant avant-garde m’envoyant leur merde inétalable sur les pages de mon journal. oui, je suis un bourgeois.

    18 mars 2007

    [Salon du livre de Tanger] Coup de gueule de Bernard Desportes contre les services culturels français de l’ambassade et du consulat au Maroc!

    Filed under: News,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 11:01

    image-29.pngDernier entretien qui a été réalisé à Tanger. Retour sur le 11ème salon international du livre de Tanger par son commissaire, l’écrivain Bernard Desportes. Un coup de gueule contre les services culturels aussi bien du consulat que de l’ambassade, qui se comportent selon une attitude colonialiste, méprisante aussi bien pour la culture que pour le Maroc et les marocains. À voir et à diffuser le plus largement !

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    Si vous souhaitez reprendre la vidéo, elle est disponible, sur dailymotion [ici]

    [Salon du livre de Tanger] 5ème jour, interview de Patrick Beurard-Valdoye

    Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 9:01

    image-28.pngInterview de Patrick Beurard-Valdoye lors du 11ème salon international de Tanger [Durée 35 mn]. Beaucoup de thèmes sont abordés, notamment un qui me tient très à coeur : celui de la question de l’écriture d’une histoire de la poésie contemporaine. En effet, qu’est-ce que comprendre et mettre en évidence les liens qui constituent la succession des écritures qui traversent ce siècle ?

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    17 mars 2007

    [Livre] Hériodade de Laurent Contamin

    Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 18:07

    ragagetheatr.jpgHériodade de Laurent Contamin, éditions Ragage, 127 p. ISBN : 2-915460-35-3, 14 €.
    [site de l’éditeur]
    Présentation éditeur :
    L’histoire se passe en Popolskie, c’est-à-dire n’importe où : parce qu’un deal mettant en jeu des organes humains ne se passe pas tout à fait comme prévue, une tête doit tomber dans la bonne ville de K.
    Une tête, oui; mais laquelle ?
    Et surtout : qui sera le bourreau ?

    Une hériodade, ce pourrait être un drame burlesque, une comédie désespérée, un polar un peu foireux. Un enchaînement malheureux de circonstances, de grands désirs et de petites lâchetés qui aboutirait à un meurtre. Hériodade est un conte moderne qui interroge, dans une langue éclatée et fiévreuse, la question de l’être humain dans un mone marchand.

    Laurent Contamin écrit pour le théâtre (Dédicace, Sténopé, Lisolo), la radio (prix « Nouveau talent SACD » en 2005). Il publie des nouvelles (Brèches).
    Il est également metteur en scène et comédien. Hériodade, écrite en 2002 grâce à une bourse « En Quête d’Auteurs » (Beaumarchais/AFAA) est sa sixième portée à la scène.

    Premières impressions :
    Quand on parle de littérature contemporaine, on aurait tendance à oublier, qu’elle n’est pas seulement dans la poésie, ou bien la fiction, mais que le théâtre lui-même en est le lieu, une forme de mise en scène. Le texte de Laurent Contamin s’inscrit parfaitement dans la recherche moderne et critique des littératures qui nous intéressent. Toutefois, il s’agit de théâtre.
    Le théâtre est souvent minoré dans le milieu poétique. Et pour cause, car ce qui est pensé comme théâtre n’est pas de l’ordre de la création, mais de la reprise théâtralisée des textes poétiques, comme cela peut apparaître souvent lors de créations de lecture par des institutions ou des associations, tel par exemple il n’y a pas si longtemps, lors des Escales hivernales organisées par l’association Les escales des lettres (Nord/pas-de-Calais) qui au lieu de faire lire Chloé Delaume, Lucien Suel ou Charles Pennequin, a fait lire leur texte par Pierre Arditi. Certes si le résultat séduit le chaland, permet un coup médiatique pour ce type d’association, reste que cela s’apparente surtout à une dénaturation des textes, tant on sait que l’écriture poétique est liée à la voix du texte. Imaginez un texte de Pennequin lu avec la suave voix d’Arditi …
    Mais cette appréciation théâtrale a tendance à faire oublier qu’il y a une vraie création contemporaine liée à la scène, et qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui a traversé le siècle.
    Valère Novarina, qui vient d’entrer à la comédie française en est l’un des signes vivants, de même que Bernard-Marie Koltès, qui loin d’être un auteur classique, déployait certains de ses textes dans une langue exigeante, langue hantée par cet innommable effroyable apparaissant par le noir, le nègre, la nuit, le néant, peu loin parfois de cet impossible bataillien, tel que l’expliquait déjà Bernard Desportes en 1993 dans son essai sur Koltès.
    Laurent Contamin appartient bien à cette descendance, croisant une langue tout à la fois théâtrale et liée à la ritournelle parfois, à l’idiotie, au leïtmotiv politique. Son théâtre, éminemment politique, s’il s’inscrit ainsi dans la modernité critique, c’est qu’il est lié, comme l’explique Urszula Mikos en préface, à une généalogie théâtrale qui prend ses racines au XIXème siècle, notamment chez Juliusz Slowacki, qui pose la question « de la disparition de l’humain dans la société-ogre qu’il a créé mais qui le dépasse, la réréliction des esprits ou des âmes ». Toutefois, le travail d’écriture de Laurent Contamin, s’il est dans cette ligne généalogique, n’en répète pas les traits romantiques d’écriture, mais tout à l’inverse, réinvestit cet héritage dans une langue qui interroge ce que peut être l’identité des hommes aliénés.
    Au théâtre, nous le savons, ce qui fait corps, ce ne sont pas d’abord et avant tout les éléments qui contextualisent les paroles, mais ce sont les paroles elles-mêmes. Ainsi, Laurent Contamin crée ses personnages à partir des mots qu’il place dans leur bouche. Bribes de langues médiatiques, bribes idiotes et sans profondeur, souvent phrases de rien qui tout en étant dites, n’énoncent rien d’autre que la difficulté d’être, de dire, de s’ouvrir à l’autre. Banalité écrasante alors de certains dialogues, qui ne trahissent aucunement une faiblesse d’écriture, mais qui tout au contraire donne avec insistance l’impossibilité pour la vie de trouver accès à une expression la déterminant authentiquement.
    En bref, car il ne s’agit ici que de présenter rapidement ce nouveau livre publié par les éditions ragage, une pièce de théâtre à découvrir, avant peut-être de la voir sur scène./PB/

    16 mars 2007

    [création vidéo] Comme à la télé, Philippe Castellin

    Filed under: créations,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , — philippe castellin @ 14:28

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