Comme le précisent aussi bien Pierre Assouline [ici] que François Bon [ici], s’il y a une émission à ne pas manquer ce 1er janvier, jour éminemment calme comme il se doit, c’est celle que consacre Jean Lebrun à Robert Walser dans Travaux publics de 18h30 à 19h30, et plus précisément aux lecteurs de Robert Walser.
Sur le blog de Pierre Assouline on pourra voir, entre autre, des photographies de la mort de Robert Walser, prises par la police. Dont celle-ci,visage mort, gelé de Robert Walser.
31 décembre 2006
[NEWS] Emission sur Robert Walser (France Culture)
[Vlog] Georges Hassomeris [II] (Généalogi-Z 2.1)
S’est terminé le dimanche 26 novembre à Calais, le festival Le triangle d'[N]or[d], organisé par l’association Trame-Ouest. Nous mettons en ligne progressivement, des extraits des lectures/performances qui ont eu lieu à Arras à l’hôtel de Guînes et à Calais à la Galerie des 4 coins. Pour la soirée d’Arras nous donnons les extraits dans l’ordre chronologique de passage, au sens, où une véritable ligne/dynamique de construction sonore s’est construite tout au long de cette soirée.
Dans l’ordre : Tibor Papp, Joël Hubaut, Georges Hassoméris [I] et [II] et pour finir Michel Giroud [I] et [II].
Cinquième extrait : Georges Hassoméris, Ste Eulalie. Cette pièce est à la suite de la lecture art-thérapie. [durée 2 mn]
30 décembre 2006
[Chronique] Tumultes de François Bon [I]
Temps et décombres
Quelques réflexions sur Tumultes de François Bon [I]
[Cette chronique s’insert dans une suite de réflexions amenées par la lecture de Tumultes. Les deux suivantes : Impossibilité du livre [II], Écrire avec la main [III].]
En 1993, avec Temps Machines, François Bon explore la ruine des mécaniques selon le rythme de la mémoire et du fonctionnement des machines, du temps de ces machines qui peu à peu n’est plus qu’écho d’une époque révolue, qu’il caractérise d’une manière
récurrente comme celle de la main. Le livre s’articule à partir de la mémoire.
Dès le premier chapitre, alternent deux formes résiduelles du temps passé : les fantômes et les témoignages. Tout deux distincts, tout deux impliquant un rapport différent. Le fantôme est ce qui revient, sans qu’on le veuille. Le fantôme, vient comme dans Hamlet, nous faire promettre de nous souvenir, il est ce qui passé, ne cesse d’insister sous une forme fragmentaire mais insistante dans sa présence. Ces fantômes chez F. Bon, sont des souvenirs liés à l’entreprise, l’industrie, aux chantiers, aux acteurs de ces théâtres du travail mécanique. Il n’y a pas un fantôme, mais c’est la pluriversalité du monde des machines qui hante, une multitude de dates, de lieux, de fragments de vie. Le témoignage, c’est ce qui est appelé par les fantômes, par cette mémoire indéfectible de ce qui a eu lieu. Car, si en effet comme il l’énonce, lors de ces années passées dans les chantiers, « à la mort même nous étions aveugles quand tout déjà s’écroulait dans le grand mouvement qui tout figeait » [TM.p.100], reste alors à dire ce qui a eu lieu et dont on ne perçoit à travers le monde, que les traces désuètes, évacuées, abandonnées sans même être parfois effacées. Les témoignages liés aux fantômes ne sont pas ainsi des fictions, des inventions, mais les traces visuelles, informationnelles d’un passé qui a été balayé, mis au ban, par l’évolution historique du monde du travail. Mais comme le narrateur le dit : quelque soit le milieu salarial ou ouvrier la « loi physique d’un homme sur d’autres hommes pour un inégal profit n’a pas variété d’un poil malgré leurs cols blancs et leurs mots de caricature. » [TM.p.39]. Ce qui traverse toute l’oeuvre de F. Bon tient à cela : témoigner face aux fantômes de ce qui a été, non pas dire « où est la vraie vie », mais dire « seulement là où elle est diminuée » [T.p178], où elle n’est plus qu’à l’état de décombres, de ruines, de traces parfois infimes.
Temps machine est ainsi l’assemblage de la question de la mémoire et des traces qui s’y fixent et s’y perdent et du rythme du monde, de sa temporalité liée aux machines et aux hommes qui y travaillent, qui obéissent à leur rythme. Ce temps machine, du cerveau machine, du cerveau qui mémorise, n’est pas celui d’une fiction, car chaque flash qui y apparaît, tient sa nature d’une trace réelle, chaque moment est relié intentionnellement, mais pas forcément réellement, au trajet existentiel de F. Bon. Le témoignage n’est ni fiction, ni objectivité, il est cet entre-deux, pli où le réel et l’imagination se rencontre : il est littérature par excellence.
Toutefois, loin de tomber dans un simple journal, dans le flux ininterrompu d’une linéarité, donc dans un récit chrono-logique, F. Bon tisse les lignes temporelles et les horizons géographiques selon le processus même de la mémoire : de sa mécanique associative : affectes, obsessions, lieux, actions, détails, mots. Et c’est ici qu’entrent en écho le processus temporel narratif et la pensée des usines qu’il poursuit de livre en livre.
Les usines sont le lieu même de la mémoire, lieu de la mémoire tout à la fois personnelle, lieu d’origine [« Qu’une usine est partout et aujourd’hui toujours comme d’entrer à nouveau dans une maison d’enfance » TM.p.67, car on oublie pas sa jeunesse immergée dans l’univers des garages] et mémoire des hommes. Elles donnent accès au rapport direct des hommes au travail, « à leurs mains », la main étant lieu de mémoire. Mais ce qui est intéressant, c’est que toute usine implique et enveloppe, une autre usine et qu’il ne peut y avoir de mouvement et de fabrications pour une usine sans qu’une autre lui ait
29 décembre 2006
[recherche] Hugues Marchal, Le coup du canon : Christian Prigent lecteur des anciens
Le coup du canon :
Christian Prigent lecteur des anciens
Hugues Marchal
( Université de Paris III – Sorbonne nouvelle / CNRS )
Début
Si l’avant-garde se pense de manière polémique, voire polémologique, conformément à l’origine militaire du terme, c’est bien qu’elle juge et déjuge une pratique littéraire antérieure. Venue périmer, elle attaque des cibles existantes et produit des lectures contre des textes que ses acteurs, selon l’un des premiers éditoriaux de la revue TXT, « se donnent pour propos de viser et d’abattre ». Aussi Christian Prigent parle-t-il avec raison des « exigences métapoétiques de la position avant-gardiste » : elle discrimine, et par là avance une critique. Cependant, tout commentaire est postface : le métatexte arrive, comme les cavaliers d’Offenbach, après la bataille – en l’occurrence après une parole première. Et, dans un élan forcément rétrograde, il reconduit l’œuvre commentée vers notre présent, en la répétant par des citations ou des allusions. Le geste n’est donc pas aussi aisément conciliable qu’il ne paraît avec la double visée disruptive et prospective associée, à tort ou à raison, à l’avant-garde – cet avant-regard qui volontiers va prophétisant. Dans nos représentations les plus courantes, les avant-gardes résolvent cette tension en utilisant la visée rétrospective du commentaire précisément pour rompre avec le texte commenté, en affirmant son caractère inactuel et périmé.
28 décembre 2006
[Chronique] Holeu-lone de Mylène Lauzon
Holeu-lone est écrit par Mylène Lauzon suite au processus de création de Holeulone/chorégraphie par Karine Ponties.
Alors qu’une chorégraphie se passe sur une scène, selon la création d’une spatialité au rythme des corps, Mylène Lauzon invite à une autre forme de spatialisation : celle du crâne où se passe l’action, « le sien. Le mien. Le crâne » mais aussi celle de la langue. L’action ? Celle d’une distanciation, d’une rupture, d’un rappel, d’un revenant, de la revenance de ce qui a eu lieu et des paysages qui y sont rattachés, de la mer, du cerveau, de la langue de la rupture qui ne peut oublier les mots de la rupture. L’action ? Comment commencer ? à oublier, à dire, à demander, à questionner, à assommer, oui à assommer les mots qui se disent par la bouche et s’écrivent par les mains.
Le texte de M. Lauzon en se posant comme voix intérieure, narrativité disloquée du dedans, implique une création de l’espace qui part du dedans vers le dehors. « Contaminer sa vision du dehors, dehors n’existe pas » [titre de la partie I]. On comprend son projet en suivant cette contamination qui commence, par la simple création d’un volume, d’un lieu où le faire revenir : « définir pour lui couloir, mur, puits, table. Une mer non un cerveau oui ».
L’action est celle d’un jugement, celui d’un monologue poétique envers un autre, mais qui rapidement est celui d’une pensée sur elle-même, reprise critique de soi qui avoue que ce qui est, n’est que par la création que la pensée a elle-même faite.
Ce rapport à soi s’incarne par une violence du corps, violence des corps entre eux. Le désir est mêlé à la violence, au fait de « vouloir dans l’histoire déchirer sa cervelle », car « il faut suspendre le mot vie avec lui » « lui fracasser la tête » . Le texte devient la scène d’une forme de règlement de compte, où celui ou celle qui parle veut comprendre ce qui n’aura de cesse de s’échapper, l’autre, inappréhendable.
La violence trouve son apogée dans la très belle partie III, qui décrivant tout d’abord l’action de deux mains autour du trou de la bouche [extrait], et ceci selon des éclats d’action rendus admirablement par le rythme prosodique, en vient peu à peu à montrer le démontage shizoïde d’un corps où les mains, la tête, les yeux, les oreilles, la jambe témoignent d’un fonctionnement détaché du reste de l’organisme :
Ma main droite au bord, ma main reste au bord, pas dans le trou au bord du trou ma main prend lève mène au bord ma main laisse tomber, pas ma main le pain laisse tomber le pain dans le trou, ma main gauche reste loin du trou, ma main droite fait forme, pince, prend, recommence, lève haut dé-po-se au bord prend lève haut dépose au bord, ma main droite prend pain prend verre prend verre pince tenir plus long-temps pas laisser tomber ma main droite en poing, non ma main gauche en poing posé sur le bord de la table, ma main droite prend lève mène au bord en pince, pince ma main gauche roche ma main droite prend lève haut dépose.
La fragmentation de soi provient du fait que cet autre mis en scène, dans sa propre pensée, est le motif central de la pensée, l’abîme où elle perd l’unité de son monde. « Sa place dans ce trou », où il est « all alone » implique l’impossible unité de soi de la voix qui écrit : donc ses mots, les bribes dites ou bien écrites.
L’ensemble de ce texte de Mylène Lauzon, s’il donne à voir parfaitement ce que pourrait être une spatialisation à partir de lui, nous amène surtout à explorer cette pensée humaine qui se boucle sur elle-même qui a la charge de sa propre histoire et de l’ensemble de cette foule qui intervient au-dedans.
[Livre] Mylène Lauzon, holeu-lone
Mylène Lauzon, holeu-lone, éditions Le Quartanier, 93 p., ISBN: 978-2-923400-17-4, 12 €.
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
J’aurais aimé qu’il soit de ceux qui savent sortir du bruit. Mon intention est que dans le bruit il réussisse à se créer une allée. Que cette allée soit protégée de murs. Que dans ces murs il n’y ait aucun trou. Que le seul trou qui soit soit l’entrée dans l’allée. Qu’il puisse avancer dans le trou d’un bruit qui signifierait vraiment sortir, partir. Pour que je l’en empêche
Premières impressions :
[NEWS] Prix Hercule de Paris
C’est par le blog de Cynthia 3000 que nous avons découvert ce prix, que nous ne connaissions pas, et que nous souhaitons ici faire découvrir. Il s’agit du Prix Hercule de Paris, dont le commissaire est Jean-Marc Baillieu. Avant d’en venir aux lauréats de cette année, voici un bref historique de ce prix, qui nous a été envoyé par Jean-Marc Baillieu que nous remercions.
– Il y a tout d’abord eu les publications (photocopiées et gratuites) HERCULE de PARIS, qui ont été diffusées de 1982 à 1992 : une revue, un bulletin d’informations (« Hop!Hercule »), des collections de recueils : poésie des mots aux images (tirage 100 exemplaires). Une collection complète des publications H2P a été déposée au cipMarseille et, partiellement, à la « Bibliothèque Nationale de France ».
– Ensuite est apparu le prix HERCULE de PARIS, créé en 1984. Il est attribué annuellement à l’unanimité par un jury de 3 personnes à un recueil. S’il n’y a pas unanimité, le prix n’est pas attribué : il y a eu des années sans prix. Hubert Lucot, Joseph Guglielmi, Jean-François Bory, Patrick Beurard-Valdoye, Anne Parian, Tita Reut,… ont, entre autres été lauréats du prix. Depuis 3 ans, co-existent un prix H2P « catégories filles » et un prix H2P « catégorie garçons ».
Cette année le prix 2007 (livres publiés en 2006) a été attribué à :

– Pierre Parlant pour Le rapport signal-bruit aux éd. Le Bleu du Ciel [lire +]
En outre, le jury a attribué:
– une triple-distinction H2P (texte, direction de collection et maquette) Ã :
La Blondeur de Cécile Mainardi, coll. »Les Grands Soirs » dirigée par Jérôme Mauche aux éditions Les Petits Matins, direction artistique William Hessel; La Blondeur dont nous avions dit tout le bien que nous en pensions [ici].
– un prix « catégorie Couples » à Etant donnés de Céline Brun-Picard et Grégory Haleux aux éditions Cynthia 3000.
La nature du prix a longtemps été une oeuvre d’art, depuis l’an 2000, il est adapté au lauréat (en fonction de ses centres d’intérêt par ex. : une édition originale d’un auteur apprécié, un déjeuner gastronique, un week-end à la mer, etc…)
Une initiative comme cela a le mérite de sortir des prix littéraires qui consacrent les bons genres, à savoir ceux des maisons d’éditions reconnus, qui par avance ont déjà joué bien souvent l’attribution de telle ou telle récompense.
27 décembre 2006
[livre] Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne, de Jacques Roubaud
Jacques Roubaud, Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne. 12 (+1) autobiographies. Fayard, 20 euros ISBN : 2-213-62613-8
Quatrième de couverture
J’ai recueilli et adapté dans ce livre douze (plus une) des nombreuses vies de Jacques Roubaud, un peu partout dans le monde, à des époques différentes. Stylite, il est monté à vingt-trois ans prier sur une colonne. Troubadour, il s’est retiré dans une cabane en attendant le pardon de sa dame. Devenu Sir James Roubaud, il a rendu ses lettres de noblesse à Robert Hooke, dont Newton a volé honteusement les travaux sur la gravité. Compagnon de Sébastien Châteillon, il a, sous le nom de Jacobus Robaldus, défendu, en plein seizième siècle, l’idée de tolérance religieuse. Il a été Pierre Corneille Roubaud, abrégeant les pièces classiques pour redonner un plaisir nouveau au public et faciliter le travail des comédiens. Et Orson Roubaud, auteur du fameux chef-d’oeuvre cinématographique La Nuit des lapins géants.
Octavius J. Cayley, professeur émérite de l’Université de Saint-Andrews à Lochgelly (Ecosse).
[Visuel] Inédit de Joël Hubaut [2] (cahier de 1972-1974)
[sont présentés ici 3 nouvelles pages inédites de Joël Hubaut, tirées du cahier 1972-1974, qu’il nous a confié. Nous sommes heureux de les diffuser, afin que l’on puisse voir son travail. Ces graphismes viennent compléter la précieuse édition de L’Esthétique de la dispersion, qu’a dirigé Michel Giroud pour les Presses du réel.]
23 décembre 2006
[Texte] Bon de Vannina Maestri
[Au vue de la qualité de mise en page des textes de Vannina Maestri, nous avons avons pris le parti de les mettre en image, et non en texte. Cela permet de respecter le travail de spatialisation de ses assemblages. Pour voir les montages, cliquez sur l’image, elles s’afficheront grâce à la technologie light-box]
22 décembre 2006
[Livre] Marie Delvigne, rouge
Marie Delvigne, rouge, éditions Le bord de l’eau, 70. p. ISBN : 2-915651-33-7, 10 €.
[site]
4ème de couverture :
Faire l’amour à une mourante…
lentement le narrateur nous entraîne dans ce labyrinthe où l’amour et la mort parfois, parviennent à parler la même langue.
Marie Delvigne est professeur de Lettres à Douai (59). Elle est aussi photographe et anime un site consacré à la photographie [www.houyet.photo.be].
Elle a réalisé des performances de Barnaba (poésie) dans le cadre du Festival In d’Avignon en juillet 2005. Elle prépare des écrits sur l’oeuvre de l’écrivain américain raymond Federman.
Rouge est son premier roman.
Premières impressions :
Chloé Delaume, qui vient de découvrir ce livre, écrit sur son blog : « Rouge de Marie Delvigne, c’est un tout petit livre, aux Editions Le Bord de l’Eau. C’est juste stupéfiant. Violent, dérangeant, très étrange. Je ne m’attendais pas à ça. Je pense qu’on ne peut pas s’attendre à ça. C’est la raison pour laquelle vous devez le lire. Et acquérir un nouveau réflexe, celui de la Carte Bleue. »
En effet, comme j’y reviendrai dans ma chronique, derrière les pages écrites par un narrateur, sur l’amour/mort qui le lie au corps vivant et déjà putride d’une femme, d’une enfant, « petite fille de trois ans qui gambade sur la plage », se dévoile la rage de la passion, le rouge, tout à la fois celui de la chambre, celui du sang qui coule du sexe, sang pivoine, celui qui s’échappe des croûtes arrachées, se dévoile l’interdit même de nos désirs.
21 décembre 2006
[Recherche] Darwin comme un roman, Philippe Castellin
Rapide- répons à 2 textes de C. Hanna [lire +] et Ph. Boisnard [lire +]
Musique : Keyboard Study #2 – Terry Riley
À juste titre, me semble-t-il, Philippe Boisnard dans un article qu’il consacre à DOC(K)S, commence par constater qu’il existe un souci commun à beaucoup des contributions qui constituent ce numéro “théorique†, celui-ci les agençant (là encore PH. Boisnard voit juste) d’une manière significative, calculée ou se voulant-t-elle. Souci commun : l’action. Mais aussi matière à divergences et discordes, que Philippe Boisnard, dans la suite, propose de structurer à partir de la confrontation entre deux textes qu’il estime caractéristiques à cet égard, celui d’Alain Frontier et celui de Christophe Hanna. Il est vrai que le fait que les pages d’Alain Frontier concernent de manière polémique l’un des livres publiés par Hanna (Poésie action directe) rend plus patentes, à certains égards, ces divergences, vrai également que la dimension nominative des choses pourrait bien contribuer à obscurcir le débat. Pour moi, je tiens à souligner que les critiques, les débats « théoriques » voire, ne sont pas chose négative et stérile, au contraire – Même si, en définitive, ce sont les Å“uvres qui importent, et l’emportent. En tout cas si, maintenant, je tente de « répondre » à Ph. Boisnard et, indirectement, à C. Hanna, ne pas y voir le signe d’une animosité ou d’une hostilité mais au contraire celui de l’intérêt et de l’estime que j’éprouve à leur égard.
Comment donc A. Frontier, – Ph. Boisnard dixit – aborde-t-il l’action ? – Le socle « épistémique » de la position de Frontier serait constitué par une conception déterminée de la poésie que Ph. Boisnard rattache à la « modernité ». Dans cette conception, la poésie est envisagée comme langage visant à l’expression des limites mêmes du langage, rapporté au « Réel » donc. Pour citer Boisnard : « la poéticité mise en avant est donc celle de l’arrachement de la situation symbolique, sociale, politique qui détermine le sujet, en direction d’un réel voilé… nous comprenons que le langage doit faire trouée… ». Jusqu’ici, si l’on accepte d’oublier le texte même d’Alain Frontier (je me garde bien de demander s’il correspond ou pas aux assertions de Philippe Boisnard, Alain Frontier étant bien capable de se défendre ou de rectifier si besoin est) on peut convenir que le type de poétique évoquée se trouve effectivement formulée et présente dans l’histoire de la poésie, au XIX° et XX° siècle. On songera aux romantiques allemands, aux surréalistes. Et il est possible que certains des poètes réunis par « THÉORIES-DOC(K)S » soient également porteurs, dans leur poétique sinon dans leur pratique de la poésie – ce n’est pas nécessairement la même chose – de cette conception qui, structurée par le rapport poésie/Réel, est évidemment susceptible de multiples variantes selon « le » Réel (ou l’ « Etre ») dont on parle. En tous les cas cependant, la poésie s’y rattache à une thématique du forçage et de l’indicibilité. Il suffit, pour cela, qu’un référent absolu, un Réel Majuscule soit posé, hors d’atteinte sauf par Voie et Voix poétique.
Il est tentant d’approfondir cette structure afin d’y retrouver, ainsi que le fait Ph. Boisnard, la marque expressive d’une onto-théologie basée sur une transcendance verticalisée, entre zénith et nadir déclinable. Au poète, à l’Artiste, il appartient d’avoir relation privilégiée avec les cieux ou les abîmes, la chose est ancienne et connue, et chargée de conséquences précises dans les modalités de monstration (de « rencontre ») de l’art, ou dans les procédures éditoriales et le rapport au « livre » où elle s’exprime de manière concrète à travers ce que C. Hanna qualifie « d‘ hypocrisie », soit ce que j’ai appelé « l’ensemble des procédures très intéressées par lesquelles la poésie ou le poème neutralisent formellement leur insertion dans le monde, en occultant globalement la relation qu’ils entretiennent à l’univers des medias, des techniques, des circuits de diffusion et de production… » (« DOC(K)S mode d’emploi ») – Calme bloc ou météorite, le poème-alien tombe dans un monde qui lui serait étranger et, comme dans le film auquel je songe autant qu’à Mallarmé, la foule, mystérieusement instruite de l’événement, s’assemble muette, pour adorer la pierre noire. J’ajoute que, comme Ph. Boisnard, j’estime que nous sommes loin d‘en avoir fini avec cette vision théologique de l’art, toujours prompte à ressurgir malgré les coups qui lui ont été assénés, notamment, par les avant gardes du XX° siècle. Nul hasard si l’article que j’ai écrit dans le même numéro s’achève par l’injonction, ironique, d’avoir à « en finir avec le moyen Age » – sentence à laquelle je
[audio] Le continent invisible, entretien avec Michel Giroud
Lors d’un entretien avec Michel Giroud nous avions évoqué la question de la communauté invisible. Nous poursuivons, ici cette question de la communauté invisible, mais cette fois-ci à partir de Le Clézio, que Michel Giroud nous fait redécouvrir, sous un autre visage, celui du penseur du continent invisible. Ce deuxième entretien a été enregistré à la fin du festival Généalogi-Z, dans lequel s’est investi particulièrement Michel Giroud. Nous le remercions encore de sa précieuse aide et de son énergie.
20 décembre 2006
[Livre] S.O.S Albatros de François Vert
François Vert, S.O.S Albatros, éditions Contre-Pied, 27 p. ISBN : 2-916252-04-5, ISSN : 1263-9729, 4 €.
[site]
4ème de couverture :
« je soupe en pantoufles »
« je mange à la va-vite »
« Je me consacre aux roses »
François Vert a publié dans les revues Action Poétique et Java. SOS Albatros est sa première publication séparée.
Premières impressions :
Le titre original de ce petit texte publié par Contre-pied est celui-ci : SOS Albatros, ou trois études en vue d’une réintroductiob de la truite et du saumon dans les eaux de la Seine et de ses affluents. Cela pourrait être étrange pour un petit traité de callistique au niveau des vers, si ce n’était que François Vert joue avec son titre sur un double registre : à la fois au niveau du signifiant et au niveau de ce qui est signifié.
Au niveau du signifiant, le titre est une mise en application approximative de la théorie qu’il développe par la suite, voici : s.O.S albatrOS, ou trois études en vue d’une réinTRoduction de la TRuite et du SAUmon dans leS EAUX de la SEIne et de SES affluents. Certes, cette déclinaison n’a pas la qualité calligène que lui-même insuffle à partir de son traité. Car le but de ce traité est de fournir une nouvelle règle de versification fondée sur la redondance phonétique au niveau des vers. Il s’agit bien alors de sauver le poète, qui tombé dans le monde, ne voit plus comment versifier et trouver de beauté. Baudelaire n’est pas loin, l’albatros non plus.
Sauver par une nouvelle règle de versification : ce traité explique comment donner de la beauté dans un vers :
ex : « Attendant mon éPOUX POUr le désabuser » ou encore « Que le soleil déssèCHE AUX CHAUDS jours de l’été ».
Comme nous le percevons, une réelle harmonie sort de cette versification et donne à contempler la qualité calligène de la redondance phonétique.
On l’aura compris, ce petit traité qui se décompose en plusieurs parties très didactiques [Première étude, épellations primitives, étude n°2 : combinaisons libres, étude n°3 : versification calligène, appendice et manifeste] est empli d’humour et de fantaisie, et il se lit avec beaucoup de facilité tant les jeux entrepris et l’inventivité de cette nouvelle qualité de versification est amusante et justement maladroite quant à ses résutats : ainsi en reprenant Corneille : « D’une atTEINTE IMprévue aussi bien que mortelle », il y a du HerGÉ GÉnéré…. /PB/
19 décembre 2006
[Chronique] La « crise » des intellectuels
En cette fin d’année pré-électorale s’impose à nouveau la question de la « crise » des intellectuels en France.
Mais que font les intellectuels ?
Le Pen arrive au second tour de l’Election présidentielle française, la France est en danger, mais-que-font-les-intellectuels ?
La France est dans un flagrant état d’émeute, la France est en danger, mais-que-font-les-intellectuels ?
La Terre est en flagrant état de pollution et de réchauffement, la Terre est en danger, mais-que-font-les-intellectuels ?
Mais qui pose cette sempiternelle question : « Mais-que-font-les-intellectuels ? » Et de qui parle-t-on ?
Si par « intellectuels » on désigne les « intellectuels médiatiques », il n’y a guère de danger qu’ils « s’engagent » – ce qui s’appelle s’engager – sur des problèmes compromettants. Sommés de s’exprimer, déboussolés, ils se placent infailliblement dans le sens du vent.
Si par « intellectuels » on entend « intellectuels critiques », c’est-à -dire tous ceux qui, quelle que soit leur activité au sein du champ des savoirs et des pratiques esthétiques, recourent à tous les moyens théoriques et artistiques pour porter un regard critique sur notre société, alors la réponse à cette sempiternelle question est simple : ils ne font rien d’autre que d’agir pour nous faire réagir – cette action et cette réaction étant bien entendu spécifiques.
Ainsi ont fait, font et feront des auteurs défendus par Al dante, Le Bleu du ciel, Comp’act, La Découverte, Le Dernier Télégramme, La Dispute, L’Esprit des péninsules, è®e, Farrago, Galilée, Hermaphrodite, Inventaire/Invention, Léo Scheer, Libr-critique, PPT, Les Presses du réel, Ragage, Raisons d’agir…(Mais il ne s’agit évidemment pas ici de prétendre dresser le long inventaire des auteurs et des éditeurs critiques).
Parmi les nombreuses oeuvres récentes qui peuvent être qualifiées de critiques, je ne prendrai que quelques exemples. Outre les effets critiques que j’ai analysés dans Peep-show de Christian Prigent et Nouvel âge de Patrick Bouvet, et les parasitages des discours hégémoniques entrepris par cette machine ludique de guerre que constitue Talkie-Walkie (cf.La revue des revues, n°38, juin 2006), j’aimerai revenir brièvement sur un roman de Pierre Jourde, dont sera exposée ci-après la position sur la controverse littéraire : Festins secrets (L’Esprit des péninsules, 2005), qui met en scène un « homme sans qualités » au pays des ogres (à savoir, le Système de l’Education nationale, mais également les caïds comme les notables de la petite ville de Logres) en se rattachant à la modernité critique par son indétermination générique, sa polyphonie et sa polymodalisation, mêle satire carnavalesque, humour, ironie, pathétique et tragique apocalyptique, sans oublier roman zolien, récit fantastique, écriture du fragment, journal, ou encore autofiction, pour nous interroger sur une crise des représentations sans précédent qui affecte aussi bien notre intégrité mentale que notre culture et nos rapports sociaux et amoureux.
Et si les « intellectuels critiques » sont pour la plupart quasi invisibles par et dans les médias, qui empêche ces derniers de les écouter, de les lire, voire de les inviter ? Pourquoi ne donner presque exclusivement la parole qu’aux chercheurs-de-consensus, aux intelloshowmen et aux intellobusinessmen ?
Le SILENCE-DES-INTELLECTUELS
Le SILENCE-DES-INTELLECTUELS est avant tout le fantasme – masqué par des questions faussement naïves, faussement effarouchées, franchement inquisitrices – que nourrissent en toute mauvaise foi tous les esprits positifs, tous les dominants et leurs chiens de garde.
La tactique est bien connue :
1) on décrète le SILENCE-DES-INTELLECTUELS;
2) on les remplace par des pseudo-intellectuels qui animent de faux débats.
D’ailleurs, les « responsables » des sphères homohégémoniques (Derrida) ont bien compris, qui s’adressent directement aux Français et leurs hérauts (Bové, Hulot, et tous les showmen enregistrés par les baromètres de l’Air du temps). Exit les « intellos » : la politique, l’information et le monde des livres sont choses trop sérieuses pour les leur abandonner.
L’intellectualisme est comme le communisme naguère et le terrorisme aujourd’hui : l’épouvantail qu’on agite pour mieux rallier (railler !) les masses. L’intellectualisme est comme le schmürz de Vian : un exutoire à toutes nos failles, nos lâchetés, nos incompétences – à notre bêtise crasse.
A vrai dire, la société spectaculaire ne saurait supporter la mise en crise que proposent les intellectuels critiques : si « crise » il y a, elle est due au déni de cette crise du sens positif qu’ils déclenchent, au mépris et à la méprise qui les concernent.
Signe de ces temps de mé-crise, les univers sociaux (enseignement, journalisme) d’où, au siècle dernier, émanaient de nombreux intellectuels, n’ont aujourd’hui de cesse que de réduire leurs recrues au rang d’éléments systémiques, d’instruments : la presse-productiviste a besoin de techniciens compétitifs de l’information pratique; l’Education-productiviste a besoin de techniciens compétitifs de la formation pratique, formés à lutter-contre-la-fracture-sociale (enseignement secondaire jusqu’aux premières années d’université) et à faire fonctionner les pôles de compétitivité scientifique (recherche).
Pour une réflexion plus approfondie sur les intellectuels critiques, on me permettra de renvoyer à un long article paru dans la rubrique « Recherche » le 20 janvier dernier – et dont paraîtra une nouvelle version début 2007.
Interdit de controverses
Dans le dernier numéro de la revue Conflits actuels (n°17 : « Controverses »), déjà présenté [ici], Frédéric Guillaud pose cette question salutaire : « Y a-t-il une vie intellectuelle en France ? », et Pierre Jourde cette constatation : « La controverse littéraire introuvable ».
À la question « Que font les intellectuels ? », Frédéric Guillaud répond : de l’agitation pour les animateurs de la vie intellectuelle, « à savoir les journalistes, experts médiatiques, économistes, sociologues, psychologues, politologues, littérateurs, acteurs engagés, chanteurs militants et autres grandes consciences » (p.7); visiblement rien pour les autres, vu le « caractère quasiment underground de la vraie vie intellectuelle en France ».
Aux premiers, donc, il reproche un moralisme irréaliste qui a engendré « ces deux monstres de la pensée que sont les « idées généreuses » et les « arguments réactionnaires » » (p.8). Autrement dit, une « parole idéologique » dont il montre les ravages en examinant intelligemment plusieurs « sujets de non-pensée », et qu’il explique ainsi : au rationalisme universaliste s’est substitué un « subjectivisme humanitaire anti-politique », idéologie qui, bien que ne provoquant pas mort d’hommes, s’avère néanmoins pernicieuse, dans la mesure où c’est l’homo sapiens sapiens qu’elle remet en question par son anti-intellectualisme et sa disqualification des choses de l’esprit au nom de la liberté et de l’égalité. Aussi, pour l’auteur, n’y a-t-il plus de véritable débat intellectuel, les discussions étant contaminées par cette nouvelle bien-pensance anti-élitiste, « le relativisme hypermoderne », et par les partis pris claniques qui remplacent le dialogue par des réactions irrationnelles.
Pierre Jourde, quant à lui, pose d’emblée cette question : « La libre critique est-elle possible dans le champ littéraire français contemporain ? » (p. 76).
Pour être empirique, son analyse sociologique n’en est pas moins pertinente. S’appuyant sur son expérience et les « quatre figures d’intimidation culturelle qui, d’après Jean-Philippe Domecq dans Le Pari littéraire (éditions Esprit, 1994), sévissent dans les champs picturaux et littéraires » (« l’argument psycho-social de l’envie et du ressentiment, l’argument tactique du complot, l’argument politique du « fascisme », et enfin le refus de discuter sur le texte même de la critique pour ne considérer que d’hypothétiques intentions »), le romancier et polémiste passe en revue les mécanismes de censure qui tendent à imposer à tous le consensus, et aux esprits forts le silence : la « censure journalistique » – dont il a été victime avec La littérature sans estomac (L’Esprit des péninsules, 2002), qui protège les intérêts des médias et des maisons d’édition, mais aussi l’occupation du terrain par de pseudo-débats autour de la violation de la vie privée, du racisme ou de la pédophilie, et surtout l’annexion de l’imagerie moderniste par le Marché, qui fait passer « l’exhibitionnisme littéraire contemporain, l’industrialisation de la confidence intime, pour un acte d’insoumission » (p. 82), et ce différencialisme individualiste qui finit par préférer le témoignage au jugement par respect aveugle de la soi-disant singularité. Et, ajoute le critique, « comme toute idéologie, celle-ci convainc ceux qui en sont les porteurs qu’ils n’obéissent pas aux intérêts objectifs du système, mais à des motivations honorables et idéalistes »…
Débat
Parce que, contrairement à ce que laisse entendre Arnaud Hurel dans l’éditorial de Conflits actuels, Libr-critique ne pense pas que l’activité sur internet soit « un exercice essentiellement solitaire de la communication », nous invitons tous nos weblecteurs, suite à leur lecture de « L’intellectuel critique« , à entrer dans le débat, et à participer à cette critique nécessaire.
18 décembre 2006
[Videopoetry] Koundri /Boisnard + Sivan/ [9 mn]
Koundri [zone intensité] provient d’une idée de Jacques Sivan, proposée à Philippe Boisnard. Le but était de lier deux matières organiques : l’une orale, la voix de Sivan lisant le texte Koundri, l’autre visuelle : le travail vidéo de Boisnard. Lors de la création vidéo, est devenu évident de lier à la lecture de Jacques Sivan, une troisième couche organique : el son de Cédric Pigot. C’est ainsi qu’est née, une version live de Koundri [war intensité], où le son est un mix-live de Cédric Pigot travaillant avec la voix de Jacques Sivan, de même que Philippe Boisnard mélange la captation en temps réel de Sivan et la vidéo Koundri créée pour cette version.
La version ici présentée est celle qui l’a été à Montevideo en octobre, où Jacques Sivan était invité. Le son a été créé à partir de morceaux de Cédric Pigot et remixé par Philippe Boisnard. Elle dure 9 mn.





