Libr-critique

26 février 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de février, cap vers le printemps : deux RV à la Maison de la Poésie Paris, un à Marseille pour des lectures à ne pas manquer ; enfin, trois jours à Nantes pour réfléchir sur un monde sans travail…

â–º Vendredi 3 mars à 19H, Maison de la poésie Paris : Revue de(s) génération(s), avec Michaël Batalla, Jean-Christophe Bailly et Stéphane Bouquet – soirée animée par Philippe Roux

« La revue de(s)générations est un affront ouvert à trente ans de crispations réactionnaires. Cet affront n’a pas de légitimité, il est une logique. Nous contribuerons à l’entretenir, en interrogeant le politique, le poétique, l’esthétique : leurs modernités. Aller là où il y a frictions, ambiguïtés, écarts. Dégager, par-delà le cynisme et le nihilisme de cette période qui nous a voulus tristes, des puissances d’agir. »

Voilà l’engagement posé en 2005 lors de la création de la revue par Philippe Roux, historien des idées, enseignant à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne et coordonnateur de recherches au Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne. Parmi les auteurs plus ou moins réguliers de la revue, citons Alain Badiou, Alain Brossat, Marie-José Mondzain, Éric Hazan, Giorgio Agamben, Jean-Christophe Bailly, Jacques Rancière, Jean-Luc Nancy, Georges Didi-Huberman…

À lire – la revue de(s)générations est éditée chez Jean-Pierre Huguet éditions.

â–º Mardi 7 mars à 19H, Maison de la poésie Paris : Colette Fellous & Arthur Dreyfus, soirée animée par Sylvie Tanette

Dans la nuit qui suit l’attentat sur la plage de Sousse le 26 juin 2015, une femme écrit, face à la mer : «Il faut que je raconte avant demain, que je témoigne, très vite, ce livre sera mon nocturne, puis je rendrai les clefs, je partirai.» Par la voix de sa narratrice, Colette Fellous raconte l’histoire de son père et l’histoire de ce village de Tunisie qu’elle va devoir abandonner dans cette terrifiante année 2015, aux couleurs nouvelles du XXIe siècle.

« Plusieurs secondes ont passé, durant lesquelles Bernard s’est efforcé d’ordonner les mots qu’il venait d’entendre, et qui s’enchevêtraient dans son esprit : Sousse, la Tunisie, un attentat, ce matin, Véronique – tout cela n’avait aucun sens, Monsieur, vous m’entendez ? Qu’est-ce qui est arrivé à ma femme ? » Sans Véronique est le troisième de roman d’Arthur Dreyfus.

À partir du drame tunisien, Colette Fellous et Arthur Dreyfus évoquent le temps de “ l’après attentat ”. Comment faire pour continuer ? Que faire de l’absence ?

À lire – Colette Fellous, Pièces détachées, Gallimard, 2017   /   Arthur Dreyfus, Sans Véronique, Gallimard, 2017.

 

â–º Samedi 11 mars à 17H, Transitlibrairie à Marseille (45, Bd de la Libération) : Lectures

Présentation de l’ouvrage La porte rouge coédition Fidel Anthelme x L’Antre Lieux. Préfacé par Julien Blaine et Anne Vuagnoux. Lectures de Liliane Giraudon, Sarah Kéryna et Frédérique Guétat-Liviani. 

â–º Du 24 au 26 mars, Quai Ferdinand Favre à Nantes : La fin du travail ?

Trois journées de philosophie organisées par Philosophia, en partenariat avec le Lieu unique et le soutien de la Ville de Nantes, de la Région Pays de la Loire et du département de Loire atlantique (Entrée libre et gratuite).
http://philosophia.fr/activites-rencontres/rds-les-rencontres-de-sophie/la-fin-du-travail-2017

La fin du travail ?

L’apparition et l’installation, semble-t-il durable, d’un chômage de masse lié à la révolution informatique puis numérique optimisant la productivité, mais aussi les profits d’actionnaires oisifs, a brutalement remis à l’ordre du jour la question de « la fin du travail », en en renversant la signification même. À l’espoir de l’avènement d’une société « post-moderne » des loisirs, censée permettre aux hommes de jouir sans entraves des bienfaits du progrès technique et social, s’est substitué le désespoir de la perte d’un emploi qui demeure encore aujourd’hui, pour le plus grand nombre, le seul moyen de gagner sa vie, voire de lui donner un sens (une fin, un but). Alors même que les nouvelles conditions techniques mais aussi sociales du travail engendrent de nouvelles souffrances qui le font à nouveau considérer comme une aliénation plutôt que l’émancipation promise par les idéologies progressistes modernes.

N’est-il pas urgent, alors, de s’interroger non seulement sur les formes actuelles d’un travail en pleine mutation technique et sociale mais aussi sur son essence et sa fin, c’est-à-dire sa finalité pour l’existence humaine ? Ne peut-on envisager, à la fois, de lui redonner un sens émancipateur et de ne plus en faire dépendre complètement la vie des hommes, de ceux qui ont encore un emploi comme de ceux qui n’en ont plus ? Que penser (parmi bien d’autres mesures possibles) d’une allocation de ressource universelle sans condition d’emploi mais qui pourrait être la condition d’un travail choisi et non plus subi ? Sauf à continuer de produire la déshumanisation du monde du travail (et bien au-delà) et donc à engendrer, à terme, la relégation puis la sécession des classes laborieuses (toujours plus nombreuses malgré leur invisibilisation médiatique), du fait de politiques économiques à court terme toujours plus dangereuses et donc potentiellement ruineuses pour la société, voire l’humanité, tout entières.

PROGRAMME :

Vendredi 24.03
14.30-15.30 Conférence inaugurale, Qu’est-ce que le travail ?, Jean-Luc Nativelle
16.00-17.00 Conférence Philo/Ciné, Le travail du cinéma, Hugo Clémot
16.00-17.00 Cabinet de l’historien, Karl Marx par Franck Fischbach
17.30-18.30 Cabinet de l’historien, Hannah Arendt par Olivier Dekens
17.30-19.30 Deux courtes conférences suivies d’un débat, Quelle fin du travail ?, Emmanuel Renault/ Vincent Valentin
20.30-22.00 Conférence, Le travail nous dépossède-t-il de nous-même ?, Danièle Linhart

Samedi 25.03
14:00-19:30 Abécédaire, série de 13 courtes conférences (A-M), voir programme ci-dessous
14.30-15.30 Conférence, Refaire travail : le pari de l’autonomie, Michel Lallement
15.00-16.30 Atelier enfants, Edwige Chirouter
16.00-17.00 Conférence, Travail et pouvoir d’agir, Yves Clot
18.00-19.00 Conférence, La révolution numérique du travail – aspects technologiques, Olivier Landau
18.30-19.30 Cabinet de l’historien, Simone Weil par Nadia Taïbi
20.30-22.00 Entretien, Écrire le travail aujourd’hui, Corinne Grenouillet

Dimanche 26.03
11.30-12.45 Débat, Deux visions du travail (syndicaliste/ chef d’entreprise) Dominique Goubault/
14:00-19:30 Abécédaire, série de 13 courtes conférences (N-Z), voir programme ci-dessous
15.00-17.30 Deux courtes conférences suivies d’un débat, L’avenir du travail, Raphaël Liogier /Jacques Le Goff
17.00-18.00 Cabinet de l’historien, Max Scheler par Patrick Lang
18.00-19.30 Conférence de clôture, Quel avenir pour le travail ?, Dominique Méda

Programme des conférences de l’Abécédaire :
Samedi 25 mars 2017
14h00 A Aliénation Yvon Quiniou
14h25 B Burn out Armelle Grenouilloux
14h50 C Cure Christophe Meignant
15h15 D Deuil Nathalie Labrousse
15h40 E Entropie Michel Elie Martin
16h05 F Fainéantise Jean-Claude Dumoncel
16h30 G Gouvernementalité Guillaume Fauvel
16h55 H Harcèlement Adrien Bordais
17h20 I Intermittent Julie Cloarec-Michaud
17h45 J Jouir (Peine à …) Dominique Pécaud
18h10 K Khomry Raphaël Edelman
18h35 L Loisir Jacques Ricot
19h00 M Main (Tour de …) Jean-Luc Nativelle

Dimanche 26 mars 2017
14h00 N Numérisation Murielle Durand-Garnier
14h25 P Performance André Guigot
14h50 O Open space François Leroux
15h15 Q Quatrain Franck Robert
15h40 R Retraite Evelyne Guillemeau
16h05 S Social (Lien …) Camille Dreyfus Le Foyer
16h30 T Table de travail Jean-François Crépel
16h55 U Ubérisation Nadia Taïbi
17h20 V Valeur Jean-Marie Frey
17h45 W Walden Gabrielle Marion Ledru
18h10 X Xristos tou agrou Philippe Cormier
18h35 Y Yakafokon Pascal Taranto
19h00 Z ZoGa Sylvain Portier

Télécharger le programme des Rencontres de Sophie 2017 : https://issuu.com/lieuunique/docs/lesrencontresdesophie2017
En savori plus :
http://www.philosophia.fr/

[Album CD] COUAC, no[NOUS]us, par Fabrice Thumerel

COUAC (Duo Sébastien Lespinasse et Heddy Boubaker), no[NOUS]us, CD, Paris, Trace Label / 044, hiver 2016, 10 € [acheter le CD].

1. Train-train #1
2. Solitude (publicité)
3 . Questions rhétoriques
4 .Interlude
5. Solitude (écouter l’autre)
6. Esthétique de la noyade #1
7. Esthétique de la noyade #2
8. Interlude
9. Solitude (pelote)
10. Kyrie Eleison
11. Interlude
12. Esthétique de la noyade #3
13. no(nous)us
14. Train-train #2

Heddy Boubaker : Basse électrique
Sébastien Lespinasse : Voix, textes & souffles
Enregistré les 21 et 22 avril 2016 au studio DE LA PIERRE VIVE.
enregistrement/Mixage : Rodolphe Collange.
Mastering : Patrick Müller.
Remerciements : Marie Baltazar, A.C. Hello, André Rober, Théâtre le Hangar, collectif IPN, La Poutre.

Présentation éditoriale

Duo vibratif & performatoire : Sébastien Lespinasse défait les identités, marche sur la crise, bruisse le quotidien à pleine bouche, improvise des noms d’oiseaux au bout de la langue, pendant que Heddy Boubaker maltraite sa basse électrogène avec amour et philosophie.

 

Note de lecture

En ce temps de régression où "le présent presse", allons-nous assister à "l’épuisement du possible" ? à notre effacement ?

"Ça nous parle / à travers / en travers / nous"… Quoi ? L’absurdité… Ce n’est pourtant pas le ON qu’il faut écouter, mais l’Autre…

Dans notre univers régi par les flux marchands et médiatiques, Sébastien Lespinasse et Heddy boubaker veulent introduire un COUAC. Le mixage et le montage de sonorités dramatiques associées à un sociotexte recyclé (sonotexte) leur permettent de déconstruire le discours dominant, de passer à la moulinette critique les mots du pouvoir : "identité", "naturalisation", "Français d’origine musulmane", "immigration", "jeune immigré"…

Souffles, bruitages, bourdonnements/bégaiements ressortissant à une "esthétique de la noyade" traduisent l’engloutissement de la subjectivité dans la masse. Contre cette aliénation, les deux compères proposent une rare écriture du NOUS : « Nous disons "nous", non pour résoudre mais pour commencer la question qui nous fonde »… Et si l’on suit Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu, ce NOUS opère le passage au réel démocratique. Ce NOUS est donc à mettre en pratique : une écoute collective est possible sur le site de Trace label. À nous de partager cette expérience inouïe avec nos proches, nos amis, nos élèves, nos étudiants !

25 février 2017

[Livre] Michel Tournier, Romans suivis du Vent Paraclet (Pléiade), par Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Tournier, Romans suivis de Le Vent Paraclet, édition établie par Arlette Bouloumié, La Pléiade, Gallimard, Paris, février 2017 (en librairie depuis avant-hier), 1824 pages, 66 € jusqu’au 31/12, ISBN : 978-2-07-014610-9. [Projet de volume en accord avec l’auteur, mort en 2016 ; il contient : Vendredi ou les limbes du PacifiqueLe Roi des AulnesVendredi ou la vie sauvageLes MétéoresGaspard, Melchior et BalthazarGilles et Jeanne.]

Au sein de la fiction Michel Tournier, apparemment sans y toucher, a  bouleversé les interdits moraux, sociaux. Il a donc bien caché son jeu : le roman philosophique se transforme en roman d’aventure  discrètement pervers. Plutôt que d’analyser des concepts, la subversion de la fiction devient une manière efficace de mettre à mal non la pensée mais ceux qui s’en croient les maîtres.

Dans une époque qui se disait (ou se croyait) libérée mais qui était corsetée de théories fumeuses, Tournier  a dénoncé implicitement ceux qui sont toujours prêts à donner des leçons de morale. Et à qui veut chercher une littérature sans tabou et libre, il la découvre chez Tournier. L’auteur ose des utopies que des idéologies et des pseudoavant-gardes n’osaient assumer.

Nourri de Platon, Aristote, Spinoza, Leibniz, celui qui fut philosophe, germaniste et surtout écrivain exécra la théorie en préférant la « fantaisie ».

Sa tabula rasa cultive formellement un  certain classicisme afin de faire passer la pilule d’une subversion. Tournier tourne normes et souverains poncifs d’une masse de faiseurs idéologues qui ne firent que répéter de prétendus gestes iconoclastes pures copies parasitaires des gestes initiateurs.

Le progressisme libertaire de Tournier est même devenu pernicieux. Pour preuve, l’œuvre est occultée au même titre que celle d’un Tony Duvert. Plus question de dévier d’une morale du respect au nom de la défense de toutes les minorités,  et l’on ne juge plus une œuvre sur son résultat mais sur sa prétendue intention au moment où le concept d’éthique est devenu une rodomontade, une commodité de la conversation ou « une rémoulade » comme aurait dit Céline.

22 février 2017

[Chronique] Jean Follain, Célébration de la pomme de terre, par Tristan Hordé

Jean Follain, Célébration de la pomme de terre, illustrations Marfa Indoukaeva, postface Élodie Bouygues, Héros-Limite, 2016, 64 p., 12 €, ISBN : 978-2-940517-51-0.

Repris par les éditions Deyrolle en 1997, le livre de Jean Follain a d’abord paru en 1966 dans la collection "célébrations" que publiait Robert Morel — collection aux titres variés, où l’on a pu lire une célébration de l’âne et une de l’épingle à nourrice, du pissenlit et de la sardine, du maïs (par Frédéric Jacques Temple) et de la boule (par Jean-Christophe Bailly). La célébration de la pomme de terre convenait bien à Jean Follain : quel légume est plus banal ? Il retrace rapidement l’histoire de son introduction en Europe, au xviiie siècle, rappelle son adoption rapide dans plusieurs pays, dont l’Irlande, mais son absence en Angleterre et son peu de succès en France jusque dans les années 1780. Les quelques pages d’histoire s’achèvent sur les noms qu’a portés le tubercule, par exemple "truffe (rouge)" (on ajoutera, parmi d’autres, "poire  de terre") et sur les couleurs de la fleur (« celle de l’Estetingen blanc verdâtre, celle de la Pépo, rose, celle de la Belle de Fontenay, bleue [etc.] » et sur le moyen de cultiver la pomme de terre en toutes saisons, si l’on dispose d’une cave.

On achète rarement telle ou telle espèce de pomme de terre, puisqu’un nombre très restreint est disponible sur les étals ; elles sont pourtant très nombreuses et Follain développe quelques considérations à propos de l’une d’entre elles, la Early Rose (littéralement, « levée de bonne heure »), espèce hâtive cultivée autrefois dans le Cotentin et l’on allait chercher du sable d’estuaire (la « tangue »), entreposé à Saint-Lô, pour obtenir de belles récoltes. Souvenir d’enfance : « Mon père, chaque année, y venait pour commander cet engrais indispensable à nos Early. » Un juge des environs ayant donné quelques plants de vitelotte à sa grand-mère, Follain se souvient « des purées violettes : joie d’enfance » qui étaient préparées à partir de cette chair « peu succulente ». Il a aussi le souvenir d’une spécialité de sa grand-mère, « un excellent entremets » à base de pomme de terre.

Élodie Bouygues note que Follain était attentif « aux plus infimes détails du monde qui l’entoure » et c’est pourquoi il relève les emplois variés du légume (soupe, salade, gratin, purée, chips, etc.). Il énumère quantité de recettes, s’étonne qu’un chef ne cuise pas les pommes de terre dans le ragoût au prétexte qu’elles se défont : il déplore cette pratique qui gâte l’accompagnement et ajoute que, pourtant, il en est qui se tiennent à la cuisson, « ne serait-ce que des rouges de Bretagne » — Follain écrivait avant l’envahissement de la culture intensive…

Outre le plaisir de se remémorer les jours de l’enfance et d’aligner les recettes possibles, la célébration est aussi prétexte à citer des écrivains, Ponge pour l’épluchage de la pomme de terre en robe des champs, Barthes à propos des frites, Alexandre Dumas pour une recette, Ilarie Voronca dont il propose un poème, le hongrois Gyulia Illyes pour une "ode au champ de pommes de terre" qu’il a adaptée en français. Pour Robert Morel, que cite Élodie Bouygues, la collection des « Célébrations » visait « mettre en arrêt le lecteur du xxe siècle devant les mille riens de la vie quotidienne qui, à force d’usage, perdent couleur, saveur, présence. » C’était un des soucis de Follain de ne jamais oublier les simples faits et gestes de la vie ; il a écrit un poème autour de la pomme de terre qui a trouvé place dans le recueil D’après tout, où l’on peut lire aussi ce premier vers d’un poème, « Le cœur des vaches bat dans le pré »…

20 février 2017

[Chronique] Fabrice Thumerel, Les aventureux de Tinbad : une restauration littéraire ?

Les Cahiers de Tinbad, revue bi-annuelle, Paris, 14 € la centaine de pages : du n° 1 (hiver 2016) au n° 3 (hiver 2017).  // Guillaume Basquin, (L)ivre de papier, Tinbad, 2016, 240 pages, 21,50 €, ISBN : 978-2-9553035-3-5.

"Et si c’est terminé, qu’est-ce qu’on va devenir ?
Devenir moderne trop tard, c’est idiot" (Olivier Cadiot, Providence, P.O.L, 2015, p. 83).

C’est toujours un plaisir que de découvrir une nouvelle revue et/ou maison d’édition. Qui plus est si elle se propose de poursuivre l’aventure des avant-gardes, chose pas si courante de nos jours. On lit donc de près le programme affiché dans l’en-tête du site des éditions Tinbad :

"On trouve cette assonance de Sinbad (le Marin) dans une suite de jeux de mots dans Ulysses de James Joyce, livre exemplaire de l’écrivain qui a poussé le plus loin les recherches en modernité formelle dans la Littérature. Oui, les avant-gardes sont défaites et défuntes, tout le monde a abandonné ce combat-là ; mais on peut encore en raconter l’histoire, sans se contenter pour autant de « mâcher les reliques du savoir » comme disait Laurence Sterne dans son Tristram Shandy. Nous nous sentons une cause commune avec les premiers Cahiers de l’Herne  : la remise au goût du jour de la création littéraire la plus contemporaine ; aussi lancerons-nous une revue, irrégulière, qui sera un atelier pour les futures publications : Les Cahiers de Tinbad. Nous publierons aussi des essais très littéraires et personnels sur les ultimes œuvres s’inspirant de la dernière avant-garde littéraire, « Tel Quel ». Comme nous estimons que les deux décennies s’étalant entre 1910 et 1930 (Futurisme, Dadaïsme, Surréalisme, Proust, Joyce) constituent  la période la plus féconde en modernismes de notre Histoire et que c’est donc de là qu’il faut repartir nous ne nous interdirons pas de publier des inclassables qui seraient au croisement de la poésie et du roman moderne : un violent « je » autobiographique sera recommandé et même essentiel".

Certes, on tique bien un peu : emboîter le pas aux avant-gardes revient-il à opérer un retour sur ("remettre au goût du jour", "repartir") ? Tel Quel n’est pas la dernière avant-garde historique, mais le groupe TXT (Prigent, Verheggen, Novarina, Clémens, Minière, Frontier, Le Pillouër…), dont l’impact sur le champ est actuellement bien plus important. Par ailleurs, avoir pour ligne éditoriale le lancement d’"inclassables" – lieu commun de la critique journalistique – peut prêter à sourire… D’autant que la seule précision nous renvoie dans le topos (post-)moderniste : l’écriture à la première personne – et l’on sait à quelles dérives autofictives elle a pu donner lieu… Mais sont pour nous rassurer le (L)ivre de papier de Guillaume Basquin – "montage général polyphonique de l’histoire littéraire" (p. 25) qui mérite le détour -, la belle tenue de certains textes, les ouvertures sur le cinéma, les contributions de Philippe Jaffeux et de Jacques Cauda – sur les derniers livres desquels nous reviendrons bientôt… Assurément, la revue porte l’empreinte de son directeur, Guillaume Basquin : "les écrivains les peintres et les cinéastes ne se parlent plus il y a bien encore des individus isolés à l’avant-garde de leur art philippe garel jean-luc godard pierre guyotat de ce côté de l’atlantique jonas mekas thomas pynchon de l’autre mais ils sont très isolés" ((L)ivre de papier, p. 69).

On s’aventure donc plus avant, confrontant l’édito du premier numéro de la revue à la présentation éditoriale du site et au contenu des trois numéros parus… C’est alors qu’aussitôt apparaît cette stratégie élémentaire qui consiste à noircir le tableau pour mieux rayonner : heureusement que Tinbad arrive, car tout fout le camp… Les "revues littéraires en France aujourd’hui : un mélange pas détonnant du tout d’idéologie, de politique et de dossiers en béton armé autour de grands auteurs du passé"… "Les lettres françaises aujourd’hui ? Un véritable lieu de restauration esthétique à tout va, inimaginable désert métaphysique !" Et là on se frotte les yeux : de quels lieux parlent-ils, à part médiatiques – mais autant enfoncer des portes ouvertes ou s’attaquer à des moulins à vent ? Dire que nombreux sont les critiques et/ou chercheurs à courir après le temps vu le nombre de revues et de créations inventives à explorer… Quant au numérique, c’est tout un et c’est l’ennemi numéro un : Facebook-Twitter-blogs-revues en ligne, c’est le même désert – que n’arpente plus grand monde… Fabrice Pastre emboîte le pas à Guillaume Basquin pour fustiger – non sans talent, du reste – l’"uniformisme virtuel"… Mais comment peut-on sans ciller asséner autant d’âneries ? Quelques années après la querelle entre poésie en vers et poésie scénique (voir Disputatio), assistons-nous à une nouvelle étape de la restauration littéraire ? Qui peut sérieusement avancer que l’inventivité est consubstantielle au support – que l’écrit-sur-le-papier est forcément meilleur que toute publication numérique ? Et si ces aventuriers littéraires étaient un peu aventureux ? Pour la petite histoire, voilà où conduit ce parti pris aveugle pour le Tout-papier : "De l’amour choit, je me dégoûte à petit feux / Pour ne pas la nier elle, il me faut l’atteindre / L’existence de cet acte enjoint de l’éteindre / J’émèche mon sursis, tombe à l’auge -aune d’eux"… Au ridicule, donc. Que le texte soit dactylographié à la vieille machine à écrire, est-ce une raison suffisante ?

Au reste, les lieux numériques ne sont pas tant boudés que cela : ils peuvent toujours s’avérer utiles… C’est précisément sur un blog autour de Sollers que Guillaume Basquin recense un livre de Pascal Boulanger, lequel l’encense dans le dernier numéro des Cahiers de Tinbad : "La démesure littéraire manque à notre panorama. Il fallait ce nom propre : Guillaume Basquin"… Mais ce n’est pas le seul : Cyril Huot admire la folie de celui qui ose défendre le livre de papier et écrire un livre de 95 500 mots sans aucune respiration (comme c’est nouveau, non ?!) ; Murielle Compère-Demarcy va plus loin encore, décortiquant en six pages ce chef-d’œuvre (de quoi couper l’herbe sous le pied au moindre critique volontaire !)… Au plan de l’autopromotion, la Maison fait mieux que dans le système éditorial rejeté.

Outre ces pratiques curieuses dans ce type d’entreprise indépendante, on peut déplorer un modernisme navrant (on y apprend qu’Artaud c’est "effarant de vérité")… un aristocratisme hautain, un moralisme élitiste pour s’attaquer à l’actuelle nullité éditoriale et, plus généralement, démocratique… aux intellos de gauche, au bon-sentimentalisme d’Al dante qui s’engage auprès des Roms, à "la clique cultureuse, narcissique et néo-progressiste"… Et si leurs véritables tentations étaient Cioran et Nabe ?… Et quand on sait que Laurent James, entre autres dans l’équipe, est un proche de Soral, présent sur le site Égalité et réconciliation… Alors, on comprend leur stratégie : se nimber de l’auréole "anti-système" pour rallier le plus d’esprits critiques possible dans le champ… Qui sait, en ces temps de confusionnisme axiologique, ça pourrait marcher, hein ? Leur propre arme critique se retourne contre eux, ces antimodernes : s’il y a "un véritable lieu de restauration esthétique" et politique, ne serait-ce pas chez Tinbad ?

19 février 2017

[News] News du dimanche

Ce soir, commençons par méditer en souriant avec une nouvelle page du Libr-carnet critique ; suivent nos riches Libr-brèves (Courtoux, revue RIP, soirées Messe’ grise et revue Muscle, Festival Théâtre des images à Bordeaux).

 

Libr-Carnet critique /Fabrice THUMEREL ; dessin de Joël HEIRMAN/

Il n’y a pas d’"affaire Fillon" : juste une saynète d’ « une pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » – pour le dire à la façon d’Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu. Une fois encore, le moralisme n’est évidemment pas un humanisme, mais une posture de dominant qui a tout de même failli fillonner nombre de Belles-Âmes de tous poils.

SYSTÈME.
Il fut un temps – pas si lointain – où il en fallait un à tout prix. Aujourd’hui, il faut être CONTRE-LE-SYSTÈME – et bien entendu le claironner pour se faire attribuer à bon compte le label de "subversif". CONTRE-LE-SYSTÈME au nom de l’Art, la Politique, etc. – bref, à coups de capitales… Ce capitalisme est un moralisme.

♦♦♦♦♦

Sur Facebook – dont la tartufferie est sans égale, le suppôt libéral-puritain n’hésitant pas à excommunier tout membre FBAïe pour la moindre poitrine affichée, fût-elle empruntée à une œuvre d’art -, j’ai reçu une demande d’ami de la part d’une "vraie fille", pas d’une "putain" – rien qu’une "sexy girl" en somme… Comme quoi l’éducation des filles n’est plus ce qu’elle était : elles ont oublié la plus élémentaire des prudences…
Ne sait-elle pas que je suis vieux, sale et méchant ? gras, sadique et pervers ?
Mais de toute façon, le commerce de la Maison étant prospère, l’affaire est close.

J’en dirai même plus…
Sans vouloir dévoiler des faits classés Secret-Défonce, ni sans vouloir vous rendre jaloux, j’avoue qu’en cette nouvelle année qui fait de moi ce qu’on appelle un homme-bien-mûr, huit jours ont suffi pour au moins égaler un quart de siècle de vie sexuelle : 22 propositions indécentes… On n’arrête pas le progrès : Facebook le Grand-méchant-Look !

 

Libr-brèves

â–º À découvrir : l’album de Sylvain COURTOUX, "À notre tour d’en sortir" !

â–º À découvrir : le n° 1 de la revue RIP – Revue critique et clinique de poésie (chronique complète de FT).

â–º MESSE³ GRISE – CELLULES DE DÉGRISEMENTS : collectif chôSe + invité.es / le samedi 25 février 2017 19H, au BUKTAPAKTOP, rue Simonis_Simonisstraat 20, 1050 BRUSSEL_BRUXELLES
Lectures, performances, vidéos

Avec :

Simon Allonneau
Oriane Amghar
Jeanne Bathilde
Mona Convert
Anne Destival
Mathilde Garcia-Sanz
Carole Louis
Benoît Toqué
Mélanie Yvon

+ vidéos
Clara Thomine
Laura Vazquez
Annabelle Verhaeghe

â–º Mercredi 1er mars 2017 : 20h00 : Soirée autour de la Revue Muscle à l’occasion de la sortie du numéro 14 qui réunit un auteur islandais : Eiríkur Örn Norðdahl et une auteure chinoise : Xiao Hanqiu.

Au programme, comme toujours avec Muscle, plusieurs formes courtes :
– Une lecture de Frédérique Soumagne – "autres avions"
– Une lecture vidéo de Eiríkur Örn Norðdahl
– Lecture de la traduction du texte par Arno Calleja et Laura Vazquez
– Une lecture vidéo de Xiao Hanqiu
– Lecture de la traduction du texte par la traductrice du texte : Yuhang Li
– Des lectures vidéo de Ben Lerner, Jason Héroux, Oscar Garcia Serra, et Tao Lin
– Lecture des traductions par Laura Vazquez et Arno Calleja

En présence de la Librairie Histoire de l’oeil

INFOS PRATIQUES
Tarif 3€ + adhésion
Ouverture du bar de 19:30 à minuit et restauration sur place de 19:30 à 23:00.
www.montevideo-marseille.com

â–º Du 7 au 9 mars 2017, Festival Théâtre des images à Bordeaux :

17 février 2017

[Chronique] Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, Folio Essais, Gallimard, février 2017 (en librairie depuis hier), 420 pages,7,70 €, ISBN : 978-2-07-270480-2.

La honte serait-elle une manière de rompre avec soi-même ou du moins avec le pacte entretenu pour la sauvegarde de notre (mauvaise) conscience ? Jean-Pierre Martin prouve qu’en littérature (comme dans la vie) ce n’est pas si simple. Il existe donc diverses torsions dans l’écriture de la honte. Celle-ci peut devenir autant une haute morale que le masque du masque. Preuve que toute finalité éthique ne transcende pas forcément l’esthétique. La honte est autant une impuissance à rompre avec soi que de se transformer soi-même.

Ajoutons d’ailleurs que la littérature n’a pas pour but une utilité pratique et n’est pas là pour justifier ce qui a du mal à l’être. En ce sens, l’exemple le plus développé par Martin – celui de Gombrowicz – est significatif. Son œuvre prouve que sous un sentiment « très polonais »  (étant donné le passif chrétien du pays) se glissent des raisons qui ne tiennent pas forcément à la haine de soi (comme elle se développe par exemple chez Primo Levi ou Kafka). 

La honte peut être un repli sur soi par excès de sens du ridicule, mais elle peut prendre d’autres figures : non seulement elle s’exorcise alors mais contre-attaque. Et l’écrivain peut même brandir ce « masque » pour assurer la mort de dieu. Si bien que le bouffon jouant de sa honte n’est pas forcément un des Karamazov mais Dostoïevski lui-même.

À l’inverse de ce qui se passe chez Charlotte Delbo, Zorn ou Beckett, sur le corps défectueux l’auteur peut effectuer toute une pratique de caviardage, de retouche et d’autocensure dont Rousseau serait l’exemple parfait. Mais même chez Jouve ou Michaux se révèlent des phénomènes de feintes et de reformulation. Si bien que la honte peut se tourner en une forme oxymorique de dignité. Et le « honteur » peut devenir un spécialiste de ce que Martin nomme une « parthénogenèse » des plus habiles. Bref, écrire la honte ne serait-elle pas dans la plupart des cas une manière de la reconsidérer pour s’en tirer « blanchi » ?

16 février 2017

[News] Libr-événements

Voici quatre rendez-vous incontournables d’avant-printemps : à Paris, soirée Poésie civile – hypothèse poétique #1 ; festival Concordan(s)e du 25 février au 2 avril ; à Marseille, les Écrits du numérique #3 ; à Reims, une Nocturne de poésie contemporaine…

â–º Lundi 20 février 2017 à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris) : poésie civile – hypothèse poétique #1 – l’acte magique de la parole.


Extérioriser via l’écoute et la transmission, l’appropriation énoncée (donc à assumer) de la parole ou du geste d’autrui : les nuances que l’on ne devinait pas encore de son for intérieur. Chaque phrase est à prendre comme une ouverture à sa propre conscience : que vais-je dire, comment vais-je le dire, à qui vais-je m’adresser ?

L’acte le plus anodin contiendrait en cela la clé d’une parole honnête, une parole anodine contiendrait la même (clé) portée d’un geste. À préciser.

Se confier aux confins du sens de l’instinct, employer l’instant léger d’un temps pour, et saveurs, que nous nous attacherons à développer, nourrir.

De la nourriture à la bouche, à la parole.

La poésie civile provient de choix et de pratiques. La poésie civile est d’humeur politique. Chaque participant,e est chaleureusement invité,e à venir accompagné,e d’un livre, d’une envie, d’un silence : de son nombre.

Poésie civile propose des rendez-vous mensuels pour explorer des hypothèses poétiques, la première sera celle de l’acte, magique, de la parole : comment la parole, l’est-elle ?

Format proposé par Laura Boullic, Marie Fouquet, A.C. Hello, Anne Kawala, Élodie Petit et Marie de Quatrebarbes.

â–º Concordan(s)e#11 – du 25 février au 2 avril 2017
7 duos – 4 créations & 3 reprises // 30 lieux
rencontre inédite entre un chorégraphe et un écrivain

Février_programme

Samedi 25 février / 17h – Médiathèque L’Echo_ Le Kremlin Bicêtre
Gilles Verièpe_chorégraphe & Ingrid Thobois_écrivain
53 avenue de Fontainebleau 94270 Le Kremlin-Bicêtre
01 49 60 15 25 / entrée libre

Samedi 25 février / 18h – bibliothèque Audoux_Paris
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
10 rue Portefoin 75003 Paris
01 44 78 55 20 / entrée libre

Mardi 28 février / 20h – Librairie Le comptoir des mots_Paris II extrait du duo  & discussions
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
239, rue des Pyrénées  75020 Paris
01 47 97 65 40 / entrée libre

Mars_programme

Mercredi 1er mars / 19h30 – Librairie la Manoeuvre_Paris II extrait du duo & discussions
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
58 rue de la Roquette 75011 Paris
01 47 00 79 70 / entrée libre

Jeudi 2 mars / 19h30 – Médiathèque Marguerite Duras_Paris
Mylène Benoit_chorégraphe & Frank Smith_écrivain
115 rue de Bagnolet 75020 Paris
01 55 25 49 10 / entrée libre

Vendredi 3 mars / 19h – bibliothèque Françoise Sagan_Paris
Gilles Verièpe_chorégraphe & Ingrid Thobois_écrivain
8 rue Léon Schwartzenberg 75010 Paris
01 53 24 69 70 / entrée libre

Samedi 4 mars / 17h – Mac Val_Vitry-sur-Seine
Mylène Benoit_chorégraphe & Frank Smith_écrivain
place de la révolution 94400 Vitry-sur-Seine
01 43 91 64 20 / tarif 5 et 2,5 euros

Mardi 7 mars / 20h –  Librairie L’atelier_Paris II extrait du duo & discussions
Maud Le Pladec_chorégraphe & Pierre Ducrozet_écrivain
2 bis rue Jourdain 75020 Paris
01 43 58 00 26 / entrée libre

Mercredi 8 mars / 19h30 –  La Briqueterie / CDC du Val-de-Marne_Vitry-sur-Seine
Maud Le Pladec_chorégraphe & Pierre Ducrozet_écrivain
– en partenariat avec La biennale de danse du Val-de-Marne –
7, rue robert Degert 94400 Vitry-sur-Seine
01 46 86 17 61 / tarif 5 euros

Jeudi 9 mars / 19h30 –  la maison rouge_Paris
Mylène Benoit_chorégraphe & Frank Smith_écrivain
10 boulevard de la Bastille 75011 Paris
01 40 01 08 81 / tarif 10 et 7 euros

Vendredi 10 mars / 19h30 – bibliothèque Pierre et Marie Curie_Nanterre
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
5 place de l’Hôtel de ville 92000 Nanterre
01 47 29 51 61 / entrée libre

Samedi 11 mars / 15h – Bibliothèque Faidherbe_Paris
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
18-20, rue Faidherbe 75011 Paris
01 55 25 80 20 / entrée libre

Samedi 11 mars / 16h30 – Médiathèque Hermeland_Saint-Herblain
Maud Le Pladec_chorégraphe & Pierre Ducrozet_écrivain
rue François Rabelais 44800 Saint-Herblain
02 28 25 25 25 / entrée libre

Mercredi 15 mars / 20h – Maison de la poésie_Paris
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
passage Molière – 157 rue Saint-Martin 75003 Paris
01 44 54 53 00 / tarif 10 et 5 euros

Jeudi 16 mars / 19h30 – Le Carreau du Temple_Paris
Gilles Verièpe_chorégraphe & Ingrid Thobois_écrivain
Raphaëlle Delaunay_chorégraphe & Sylvain Prudhomme_écrivain
Edmond Russo et Shlomi Tuizer_chorégraphes & Bertrand Schefer _écrivain
4 rue Eugène Spuller 75003 Paris
01 83 81 93 30 / tarif  20, 15 et 10 euros

Vendredi 17 mars / 19h – Théâtre Louis Aragon_Tremblay-en-France
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
24 boulevard de l’Hôtel de ville 93290 Tremblay-en -France
01 49 63 70 58 / entrée libre

Samedi 18 mars / 16h30 – Bibliothèque_Viroflay
Gilles Verièpe_chorégraphe & Ingrid Thobois_écrivain
74 avenue du Général Leclerc 78220 Viroflay
01 39 24 34 40 / entrée libre

Samedi 18 mars/ 17h – Bibliothèque_Bagnolet
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
– en partenariat avec le festival Hors Limites –
1 rue Marceau, 93170 Bagnolet
01 49 93 60 90 / entrée libre

Samedi 18 mars / 20h30 – Le Colombier_Bagnolet
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
Maud Le Pladec_chorégraphe & Pierre Ducrozet_écrivain
20 rue Marie-Anne Colombier, 93170 Bagnolet
01 43 60 72 81 / tarif 13, 9, 8 et 6 euros

Dimanche 19 mars / 16h – Parc Culturel – Michel Chartier de Rentilly
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
1, rue de l’Étang  77600 Bussy-Saint-Martin
01 60 35 46 72 / entrée libre

Lundi 20 mars / 20h – Maison de la poésie_Paris
Maud Le Pladec_chorégraphe & Pierre Ducrozet_écrivain
Mylène Benoit_chorégraphe & Frank Smith_écrivain
passage Molière – 157, rue Saint-Martin 75003 Paris
01 44 54 53 00 / tarif 10 et 5 euros

Mercredi 22 mars / 16h  – Bibliothèque André Malraux_les Lilas
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
– en partenariat avec le festival Hors Limites –
35, place Charles-de-Gaulle, 93260 Les Lilas
01 48 46 64 76 / entrée libre

Jeudi 23 mars / 19h30 – La Terrasse, espace d’art _Nanterre
Mylène Benoit_chorégraphe & Frank Smith_écrivain
57 boulevard de Pesaro, 92000 Nanterre
01 41 37 52 06 / entrée libre

Jeudi 23 mars / 20h – Le Bal _Paris
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
6, impasse de la Défense, 75018 Paris
01 44 70 75 50 / tarif 6 et 4 euros

Samedi 25 mars / 15h – Bibliothèque Robert Desnos_Montreuil
DD Dorvillier_chorégraphe & Catherine Meurisse_écrivain
– en partenariat avec le festival Hors Limites –
14, boulevard rouget de l’Isle, 93100 Montreuil
01 48 70 69 04 / entrée libre

Lundi 27 mars /12h – La Chaufferie – Université Paris 13_Villetaneuse
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
– en partenariat avec le festival Hors Limites –
99, avenue Jean-Baptiste Clément – 93430 Villetaneuse
01 49 40 30 27  / entrée libre

Mardi 28 mars / 19h – Bibliothèque Cyrano de Bergerac_Clichy-sous-bois
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
– en partenariat avec le festival Hors Limites –
10 allée Maurice Audin 93390 Clichy-sous-Bois
01 41 70 31 80 / entrée libre

Jeudi 30 mars / 19h – MJC Aimé Césaire _Viry-Chatillon
Raphaëlle Delaunay_chorégraphe & Sylvain Prudhomme_écrivain
– en partenariat avec Le festival Essonne Danse –
13 avenue Jean Mermoz 91170 Viry-Chatillon
01 69 12 62 20 / entrée libre

Jeudi 30 mars / 19h30 – La Briqueterie / CDC du Val-de-Marne_Vitry-sur-Seine
Frank Micheletti_chorégraphe & Charles Robinson_écrivain
– en partenariat avec La biennale de danse du Val-de-Marne –
7, rue robert Degert, 94400 Vitry-sur-Seine
01 46 86 17 61 / tarif 5 euros

Avril_programme

Dimanche 2 avril / 11h – bibliothèque Niemeyer_Le Havre
Mylène Benoit_chorégraphe & Frank Smith_écrivain
– en partenariat avec Le Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie –
2 place Niemeyer 76600 Le Havre
02 35 19 70 00 / entrée libre

â–º Les écrits du numérique #3
Alphabetville, La Marelle, la Salle des Machines, en partenariat avec l’Institut de Recherche et d’Innovation
 
Jeudi 2 mars 2017, Friche Belle de Mai, Marseille
Journée de 10h à 17h30, salle Seita : Repenser ce que nous faisons. Quels savoirs à l’œuvre ?
Soirée à partir de 18h30, librairie la Salle des machines : Faits divers
 
 
Dans le cadre d’une action de création littéraire et d’édition numériques, Alphabetville, laboratoire des écritures multimédia, et La Marelle, résidences d’écrivains et création littéraire, sont associés dans une démarche collaborative de ces acteurs installés à la Friche Belle de Mai à Marseille.
Liées à une résidence d’écriture numérique, les « Ecrits du numérique » sont des temps de rencontres, d’échanges et d’information sur ces pratiques, dont l’objectif est de : transmettre autour des expériences récentes de création et publication numérique ; considérer l’actualité et les perspectives technologiques des supports d’édition numérique ; découvrir les formes littéraires numériques avec des auteurs et/ou développeurs informatiques…
 
Cette nouvelle édition s’oriente vers des enjeux pratiques et théoriques liés aux processus de fabrication des œuvres et objets éditoriaux de l’écriture numérique et constitue la première d’une série ayant pour thème général : « Repenser ce que nous faisons. »
 
 
Session 1/ année 2017 : « Quels savoirs à l’œuvre ? »
 
Dans l’histoire de l’écriture, les technologies numériques font « époque » en tant qu’elles constituent un autre stade de la grammatisation, ou de l’inscription des traces mentales dans des supports matériels : ces écritures sont d’une complexité et d’une dimension sans précédent, incluant et intriquant des langages et des codes variés (alphabétiques, mathématiques, informatiques…) ; des machines, concrètes et abstraites, automatiques (algorithmiques) ; des mémoires (des sujets et des objets et leur interaction), des strates ou stocks (de données et archives) ; des articulations et réticulations (dont les fragments sont hétéroclites et infinis) ; des temps et des espaces, des lieux (communs ?), des circulations, de signes et gestes (du local au global)….
Comment cette « hétérogénéité des éléments langagiers » fait-elle écriture, c’est-à-dire signe et sens ? Qu’apparaît-il dans la (dé)taille du numérique et par quelles techniques, face à une uniformisation des matériels et logiciels, et de leur tendance vers une automatisation intégrale ?  A quels savoirs faut-il recourir pour être l’auteur de ces énoncés ?
Multimedia, hypermedia, intermedia : quel que soit la terminologie appliquée à cet appareillage scriptural, dont la publication se formalise aujourd’hui essentiellement par le « world wide web », il s’agit de savoir ce que l’on y fabrique ensemble, et comment ?
Dans cette fabrique des écritures numériques, quelles expériences et quels savoirs sont à l’œuvre ? Quelles pratiques s’ouvragent-elles, à quoi ouvrent et oeuvrent-elles ? A quoi contribuent-elles ? Et, pourrait-on se demander avec Bernard Stiegler : « quels genres d’hommes pour quels genres d’œuvres  – s’il s’agit bien d’ouvrer, d’ouvrir et d’œuvrer – ? » (La société automatique, Fayard, 2015)
 
Intervenants :
Colette Tron, auteur, critique, directrice artistique d’Alphabetville, laboratoire des écritures multimédia ; Pascal Jourdana, directeur de la Marelle, résidences d’écrivains, édition, actions littéraires ; Vincent Puig, directeur exécutif de l’Institut de Recherche et d’Innovation (Centre Pompidou) ; Camille de Chenay, réalisatrice, photographe, auteur, Samuel Leader, écrivain et enseignant, Celio Paillard, écrivain, artiste multimédia, créateur sonore, lauréats de la résidence d’écriture numérique 2016, pour le projet d’écriture collective L’observatoire ; Matthieu Duperrex, philosophe, artiste, directeur artistique du collectif Urbain, trop urbain ; Yannick Vernet, responsable des projets numériques de l’ENSP à Arles, coordinateur scientifique de l’Observatoire des pratiques de l’Image Numérique (Obs/IN)
 
Informations et programme complet : http://alphabetville.org/rubrique.php3?id_rubrique=61
 
Entrée libre
 
Inscription indispensable : alphabetville@orange.fr
 
Lieu : Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille

â–º Vendredi 10 mars à 19H, Le Cellier (4, rue de Mars à Reims) : Nocturne de poésie contemporaine

Partage de poésie et succulences
10 auteurs contemporains à découvrir en voix et en musique
Un éditeur indépendant à explorer : les Éditions Al Dante
Une exposition des Artistes de la Mine

Soirée aux profits des migrants : projet *À PORTÉE DE MAIN*

Entrée : 5 € (gratuit moins de 14 ans)
Avec repas sur place : 15 €



La Nocturne de Poésie INgens se mobilise pour les migrants qui traversent Reims et fait entendre le chœur contemporain des Éditions Al Dante
Mise en musique, chaque lecture puisera dans le catalogue vivant de cet éditeur indépendant pour vous faire savourer un chant contemporain, une voix singulière, le texte d’une expérience inédite, l’écho d’un engagement d’humains

Déployés et rediffusés dans plusieurs salles du Cellier, vous pourrez vous restaurer en direct sans perdre une goutte des évènements.

Les profits et les dons seront reversés aux Collectifs des associations prenant en charge les migrants en difficulté actuellement à Reims et leur offrant l’hospitalité.

14 février 2017

[Chronique] Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes (réédition Fata Morgana), par Jean-Paul Gavard-Perret

Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, illustrations de Philippe Hélénon, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2017, 64 pages, 13 €, ISBN : 978-2-85194-981-3.

Beaucoup ont pris Félix Fénéon pour un écrivain qui, comme certains peintres, auraient été « du dimanche », et qui plus est serait mort un samedi au pied d’une page blanche. Et ce pour le simple fait qu’il écrivait des « Nouvelles en trois lignes » – ce qui soulignerait un certain je-m’en-foutisme. C’est – et entre autres – oublier que l’auteur fut un critique informé et pénétrant, et un personnage énigmatique jusqu’en ses allures de Diable (visage long et maigre ponctuée d’une barbiche).

L’auteur que Jarry avait surnommé « Celui qui silence » possédait le goût des travaux indirects qui caractérise les auteurs de l’effacement. Son œuvre est restée longtemps dispersée en milliers d’articles signés ou non. La postérité a entériné la plupart de ses choix : il a su imposer Seurat et les néo-impressionnistes, et a édité Rimbaud et Jules Laforgue.

Son rôle est resté souterrain mais considérable. Et ses nouvelles le demeurent tout autant. On en citera trois – pour l’exemple :
« Un cadavre carbonisé, tel l’aspect de Mme Desméat, d’Alfortville, victime d’une lampe à pétrole. Pourtant, elle respire encore.
Tout le plomb destiné par M. Pregnart aux perdreaux des Alluets-le-Roi, c’est son ami Claret qui le reçut, et dans la croupe.
Des rats rongeaient les parties saillantes du chiffonnier Mauser (en français Ratier) quand on découvrit son cadavre à Saint-Ouen. »

Mystificateur flegmatique imperturbable au verbe rare et assassin, celui qui fut rédacteur au ministère de la Guerre tout en collaborant activement à la presse libertaire évita de faire pleuvoir à tout crin des phrases. Sa polyphonie du monde tel qu’il est pratiqua une médecine littéraire aussi douce que fractale donc efficiente.

Ses minuscules nouvelles créent une vitrine poétique d’un monde hors de ses gonds. L’auteur cultive l’incongruité en contre-allée du réel. Et quoi de plus propice à la liberté. Et pas seulement de ton. Il inflige à la réalité des camouflets, avec doigté en rien de castrateur. Bien au contraire. Si l’avant-garde veut encore dire quelque chose, elle jaillit chez Fénéon. Là où tant d’écrivains encombrent de leur logos, l’auteur fait éclater le quotidien cadenassé. Le tout dans sa fausse paresse. Elle cache des impulsions foudroyantes. L’écrivain sut s’extraire la nuit du monde au sein de sa solitude épanouie.

11 février 2017

[Création] Daniel Cabanis, Suivi d’un car de touristes (6/6)

C’est la dernière fois que nous retrouvons la terrible Mme Jabert : pour le meilleur et pour le rire… [Lire/voir la 5e livraison].

SIXIÈME JOUR

Bonjour, c’est encore Mme Jabert. Plus pour longtemps, direz-vous. Pourtant le voyage vous aura profité. Je vous trouve plus civilisés que le premier jour. Hier soir, par exemple, quand le feu a pris Chez Aligieri, vous êtes sortis sans finir les desserts, ni bousculade. Personne n’a été brûlé. La paillote est partie en fumée en cinq minutes, et vous à l’hôtel en dix. Ce sang-froid m’a étonnée. Filer sans payer l’addition, c’est ce qu’il convenait de faire. INCENDIE JUSTIFIE GRIVÈLERIE, évidemment ; et tant pis pour Aligieri. Bon. Quelles sont les suite et fin de notre petit périple ? Beaucoup de route pour le dernier jour. On peut se dispenser de l’arrêt à Boisse. Le jubé de l’ancienne église des Dominicains n’est pas si admirable qu’on le dit, je passe, et si M. Loujine ne mollit pas on peut être au Settier à midi. Le Settier, ville moyenne autrefois sinistrée, a repris des couleurs depuis l’ouverture, il y a cinq ans, de son fameux zoo. Je précise pour les ignares qu’il s’agit du premier zoo humain, ce qui explique son succès international, car soutenu autant qu’universel est l’intérêt que l’homo sapiens lambda se porte à lui-même via le filtre puissant du des disons à travers l’altérité des autres. Du charabia cette phrase, je suis fatiguée, mais vous avez compris. Le zoo s’étend sur un peu plus de mille hectares. C’est grand. Vous ne pourrez pas tout voir. Je conseille de ne pas rater les Pygmées, les Roms, les Indiens Guarani, les Cannibales et les Berbères. Il y a aussi les Suisses et les Hottentots. Il faudra faire un choix. Le vivarium contient des Grecs in naturalibus qui passent leur temps à copuler. Amusant ? Si on veut. Une méchante rumeur a couru selon laquelle toutes ces espèces humaines ne seraient que comédiens au chômage. C’est difficile à croire tant ils sont criants de vérité. Quoiqu’il en soit : cacahuètes et pourboires interdits. Merci. Ensuite nous aurons une heure et demi de route avant de gagner Giré-Montrin. Tour de ville. Vieux pont, beffroi, rocher des archers : ça sera vite expédié. Puis visite de l’orphelinat et pour finir en beauté, à vingt heures, concert avec la célèbre chorale des orphelins de Giré-Montrin. Enfin, nuit en car et retour à la maison. Je vous libère demain à l’aube.

5 février 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de février, pleins feux sur Valère NOVARINA, regard sur le n° 56 de La Revue des revues et Libr-brèves (Varetz, Vazquez/Allonneau, Appel de Chamoiseau)…

UNE : Pleins feux sur Valère NOVARINA

â–º En ce mois de février va bientôt paraître La Voie négative aux éditions P.O.L (288 pages, 13 €).

Présentation éditoriale :

Valère Novarina a effectué deux séjours en Haïti pour préparer et jouer sa mise en scène de L’Acte inconnu (P.O.L 2007). Il relate cette expérience dans une première partie de Voie négative intitulée Ecrit dans l’air. Il y est question du travail avec les acteurs, de théâtre et de peinture, de l’accord profond qui s’est produit lors des répétitions et du travail plastique. C’est un texte joyeux. La deuxième partie du livre, son deuxième acte, Voie négative, donne son titre au livre, donc. Elle développe cette idée de plus en plus ferme chez Valère Novarina que ‘l’esprit respire’. Et s’il respire, c’est parce qu’il renverse, parce qu’il passe par ce que l’auteur appelle le niement (quelque chose comme une négation positive, dialectique). Le lien entre la pensé et la respiration, Valère Novarina le ressent très concrètement. Pour lui, il saute aux yeux, lorsque l’on regarde de près travailler les acteurs, la respiration animale préfigure la pensée, l’annonce. La troisième partie s’intitule Désoubli. C’est un texte qui parle de la présence mystérieuse en nous de toutes les langues, la langue maternelle bien sûr, mais aussi d’autres langues, insolites, secrètes, apparemment mortes, vivant toujours au fond de nous… Valère Novarina tourne ici autour de l’idée que le langage est un fluide, une onde, une ondulation, un geste dans l’air, une eau…Chaque « parlant » porte en lui un peu de la mémoire de toutes les langues. La quatrième et dernière partie du livre, Entrée perpétuelle est une métamorphose, un déguisement, une autre version, en tout cas un regard nouveau sur la mystérieuse machinerie organique du Vivier des noms (P.O.L 2015). C’est une réduction – ou plutôt un précipité du livre (au sens chimique) – une nouvelle entrée, sous sa forme active, agissante. Et sa version nouvelle pour la scène.

â–º PEINTURES ET DESSINS : DisparaiÌ‚tre sous toutes les formes : exposition Valère Novarina aux Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

Du 5 février au 28 mai 2017 – Les Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

ValeÌ€re Novarina peint, écrit, dessine et met en sceÌ€ne : le geste, le mouvement sont au centre de sa création. Selon lui, « l’organe de la pensée, c’est la main ». Il travaille l’espace comme de la matieÌ€re et les couleurs comme du langage. Son théaÌ‚tre cherche aÌ€ rendre la parole saisissable et visible par son déploiement dans l’espace. Il manie depuis le début des années 1970 une langue vitale, éruptive et fiévreuse : elle parle de l’homme, qui hante son univers, prolifeÌ€re, s’incarne en 2587 personnages dans son chef d’œuvre, Le Drame de la vie (1984). Par la plume, l’artiste appelle, dénomme, esquisse quelques silhouettes — ou creuse des corps ; il poursuit ses expériences d’inquiétude rythmique : renversements des sons des couleurs et des mots. Autant d’épreuves ; de variations d’un texte aÌ€ l’autre, jusqu’aÌ€ son tout récent opus, Le Vivier des noms, présenté en 2015 au Festival d’Avignon.
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On range volontiers ValeÌ€re Novarina parmi les artistes inclassables, sans doute parce qu’il progresse aÌ€ contre-courant, non seulement aÌ€ l’écart des autres mais aussi au-delaÌ€ de soi. Il se reconnaiÌ‚t pourtant quelques affinités électives, avec Jean Dubuffet, Louis Soutter, Pierre Lucerné ou Antonin Artaud, peintres et poeÌ€tes, écrivains ou dessinateurs tout comme lui, ou avec ces artistes qui, sous la bannieÌ€re de l’art brut, font de leur œuvre nécessité et souffle de vie. Alors oui, l’homme, son verbe, sa vie, motivent l’oeuvre de ValeÌ€re Novarina. Mais il les prend bel et bien aÌ€ l’envers, aÌ€ rebours, aÌ€ la recherche d’un autre langage, de formes inconnues, qui n’appartiennent aÌ€ personne, et surtout pas aÌ€

leur auteur, mais s’échappent et saisissent. Ainsi ValeÌ€re Novarina pratique-t-il un art paradoxal et tendu, qui fait rimer engagement et dessaisissement, organisation et précipitation, un art du geste, qui ne s’arreÌ‚te pas aÌ€ une discipline mais les convoque toutes et les fait circuler, de l’espace sans dimension de la sceÌ€ne au blanc de la toile ou du papier. Et au centre, donc, reste l’homme, sa main, son corps, sa voix, que Novarina traverse, égare ou dirige dans son théaÌ‚tre de « vrai sang » ouÌ€ une kyrielle de personnages, féroces ou cocasses, compose et se décompose comme autant d’apparitions et de métamorphoses d’une humanité captive et se délivrant : « Allez annoncer partout que l’homme n’a pas encore été capturé ! ».
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Exposition proposée en partenariat avec Le grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon.
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Visites guidées de l’exposition les 19 février, 12 mars, 16 avril et 14 mai aÌ€ 15h

Musée de l’abbaye sainte-croix
Ville des sables d’olonne
Rue de Verdun
85100 Les Sables d’ Olonne

Périodes scolaires
Du mardi au vendredi de 14h à 18h
Le week-end de 11h à 13h et de 14h à 18h

AUTOUR DE L’EXPOSITION

♦ Le jeudi 30 mars à 18h30

Conférence de Marion Chénetier-Alev, maître de conférences en études théâtrales – Université François Rabelais – Tours : « Nous n’avons pas de figure du tout » : les correspondances de Jean Dubuffet et Valère Novarina



♦ Le 20 mai à partir de 19h30
, à l’occasion de La Nuit des musées

Paysages parlés, suite pour voix (Agnès Sourdillon, comédienne) et cordes (Mathias Lévy, violon improvisé), sur des textes de Valère Novarina

♦ Visites guidées les 19 février, 12 mars, 16 avril et 14 mai à 15h

Parution du Cahier de l’Abbaye Sainte-Croix n° 133

Vacances scolaires (Toutes zones)
Tous les jours de 11h à 13h et de 14h à 18h (sauf les lundis)
Plus d’informations : http://www.lemasc.fr/masc/

La Revue des revues /Fabrice Thumerel/

La Revue des revues, Paris, Entrevues, n° 56, 907702-71-3.

Quel est le point commun entre ces revues : Les Cancans (1830-1832), Le Monte-Cristo (1857-1860), L’Escarmouche (1893-1894), Perhindérion (1896), Le Sonnet (1897-1898), Le Sourire (1899-1900), Le Bloc (1901-1902), Le Poil civil (1915), Les Pavés de Paris (1938-1940), La Condition humaine. Calendrier des jours de honte, ou encore Le Petit Poète illustré (depuis 2000) ? Ce sont des revues d’un seul, revues uninominales ou encore revues personnelles : respectivement signées par Bérard, Alexandre Dumas, Georges Darien, Alfred Jarry, Charles Guérin, Paul Gauguin, Georges Clémenceau, Tristan Bernard, Emmanuel Berl, Roger Nimier et Jacques Réda. Dans son passionnant article (p. 46 à 105 !) qui ne recense que les publications sans aides majeures (sont donc ignorées The Mask de Craig ou Les Cahiers de la Quinzaine de Péguy), Éric Dussert analyse les motivations des auteurs : élaboration d’un outil stratégique ou satirique, création de formes, passion de l’information… Avant de distinguer divers types : les marginaux, les indifférents au pouvoir ou à l’actualité, les rétifs, les joueurs…
Dans cette même riche livraison, notons l’article de Fanny Lorent sur l’hétérogène revue Poétique, du trio initial (Cixous, Genette et Hamon) à nos jours.

Libr-brèves

â–º Jeudi 9 février 2017 à 19H, Librairie Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille), rencontre avec Patrick VARETZ autour de son dernier livre Sous vide, qui paraît le jour même chez P.O.L (soirée animée par Patrice Robin).

â–º À écouter : Laura Vazquez – Simon Allonneau : "Ça va".

â–º À lire : Patrick Chamoiseau, "Frères migrants. Déclaration des poètes".

4 février 2017

[Chronique] Fernando Pessoa, Bureau de tabac, par Jean-Paul Gavard-Perret

Fernando Pessoa, Bureau de tabac, édition définitive (bilingue) : traduit du portugais par Rémy Hourcade, illustrations de Fernando de Azevedo, préface de A. Casais Montero et postface de Pierre Hourcade ; Nice, éditions Unes, 2017, 64 pages, 14 €, ISBN : 978-2-877041-75-1.

Avant Beckett Pessoa nous a appris que le « je » n’est pas forcément un autre mais personne. La dénomination de Pessoa le prouve puisqu’elle signifie « personne ». A savoir « quelqu’un » dont l’unicité et l’identité ne brillent pas.

Bureau de Tabac – œuvre majeure et reprise plusieurs fois par l’auteur même quelques mois avant sa mort – rappelle à chaque instant que l’être est à personne. Et pas même à lui-même. C’est donc peut dire qu’il n’y a jamais rien d’acquis. Et l’auteur le prouve dans l’évidence d’un poème qui souligne le plus extrême dénuement qui nous guette – pour peu que nous soyons lucides – à tout instant de notre vie. Il suffit pour s’en convaincre de faire comme Pessoa : se mettre à la fenêtre ou regarder dans la rue, voire se déplacer jusqu’au bureau de tabac du coin telle une moindre semence poussée par le vent.

Du temps creux, de l’homme vide le poète fait son miel. Et d’une certaine manière il en tire partie. Car ce qui nous détruit jour après jour, dans un enfouissement lent, sinon nous construit du moins nous tenons en vie sans nous chérir pour autant. Dès lors l’ « autofiction » (si l’on peut dire) prend un aspect particulier : elle n’élit jamais personne et à peine Personne (à savoir l’auteur lui-même).

Il n’est pas deux qui s’aimaient. Il avait mieux à faire : fonder un certain bonheur (des plus incertains) qui repose sur le rien. Celui-ci reste plus profond que le néant – au sens capitaliste ou sociétal du terme. Si bien que dans le poème il n’a pas de réalité autre que dans la façon dont tout prend feu en l’imaginaire et la lucidité du Lusitanien.

Reste néanmoins la beauté de l’œuvre. Or – à part le rien – quoi de moins saisissable, de plus évanescent, que la beauté ? Celle du livre ramène à l’envie de vivre. Preuve que l’œuvre, lorsqu’elle est sans abri, reste majeure : elle délivre et module l’esprit aux heures creuses de la pensée. Bref, le vide de Pessoa allège nos angoisses. En jouxtant le néant, sa poésie reste ce qui enfin nous sauve. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes. A nous d’en titrer partie.

1 février 2017

[Création] Corinne Lovera Vitali, Voudrais savoir (C’est la valise #2)

Au commencement, une valise pleine de notes devenues illisibles – et donc poétiques… Et une série : "C’est la valise".

Après l’épisode #1 de la série "C’est la valise", “mon clavier”, nous continuons le dialogue avec Corinne Lovera Vitali pour cet épisode #2 tout en clics comme un jeu de pistes (construit dans l’amitié de Christine Jeanney) : ”voudrais savoir”.

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