D’abord, 10 invitations à la lecture avec les Livres reçus ; puis, vos premiers RV de mars : avec les revues La Vie manifeste, Vacarme et Catastrophes… Et aussi Cécile Richard, Manon/Oberland, « Le Cinéma des poètes », Hans Limon, les Écrits du numérique #4…
Libr-10
â–º Pierre Albert-Birot (1876-1967). Un pyrogène des avant-gardes, sous la direction de Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa, collection « Interférences », Presses Universitaires de Rennes, en librairie le 14 mars 2019, 254 pages, 24 €.
► Manuel CANDRÉ, Des voix suivi de Genèse du rabbi, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2018-2019, 216 pages, 20 €.
► Guillaume CONTRÉ, Discernement, éditions Louise Bottu, Mugron, automne 2018, 120 pages, 14 €.
► Élisabeth FILHOL, Doggerland, P.O.L, 2019, 352 pages, 19,50 €.
► François LEPERLIER, Destination de la poésie, éditions Lurlure, Caen, en librairie le 5 mars, 192 pages, 19 €.
â–º Dawn LUNDY MARTIN, Discipline, traduit de l’américain par Benoît Berthelier, Maël Guesdon et Marie de Quatrebarbes, Joca Seria, 2019, 80 pages, 13,50 €.
â–º Robert MENASSE, La Capitale, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Verdier, 2019, 448 pages, 24 €.
► Ivan STRPKA, Un fragment de forêt (chevaleresque), traduit du slovaque et présenté par Sylvia Majerska, Le Castor Astral, mars 2019, 150 pages, 15 €.
► Patrick VARETZ, La Malédiction de Barcelone, P.O.L, en librairie le 7 mars, 176 pages, 18 €.
► Annabelle VERHAEGHE, Viens, Les Soudaines Editions Sauvages, Toulouse, 2019, 148 pages, 14 €.

Libr-événements
â–º Enragez-vous avec La Vie manifeste… On ne manquera pas non plus de lire le dernier dossier de la revue Vacarme et le n° 15 de Catastrophes (« L’Aleph et son double », février 2019).
â–º Vendredi 1er mars, La Chouette Librairie (72, rue de l’Hôpital Militaire à Lille) : Soirée-performance avec Cécile Richard.
► Mercredi 6 mars à 20H30, DAda (27, avenue Honoré Serres à Toulouse) : G.W Sok (the ex) • Christophe Manon & Frédéric D. Oberland.

â–º Lundi 18 mars à 21H, Cinéma Le Champo (51, rue des Ecoles 75005 Paris) : Le Cinéma des poètes – André Delons.
En lien avec la collection « Le cinéma des poètes » dirigée par Carole Aurouet aux Nouvelles éditions Place, le cycle trimestriel « Le cinéma des poètes » du Champo se propose d’éclairer les rapports qu’entretient la création littéraire avec le cinéma.
Au programme de ce lundi 18 mars : Carte blanche à Karine Abadie sur les rapports avec le cinéma de André Delons
projection-débat autour de TEMPÊTE SUR L’ASIE (Vsevolod Poudovkine – 1928).

► Mardi 19 mars à 18H, Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille), rencontre avec Hans Limon pour son Poéticide.
► Du 21 au 23 mars 2019, Friche Belle de Mai, salle Seita Marseille : Les écrits du numérique # 4 (Rencontres, démos, échanges, workshop)
Alphabetville / La Marelle
Pour cette quatrième édition des Ecrits du numérique, Alphabetville, laboratoire des écritures multimédia, avec La Marelle, littératures actuelles, proposent un focus sur l’édition expérimentale et alternative, tout en construisant un discours critique sur les modes opératoires et d’existence de ces formes, c’est-à -dire sur la publication.
Publication au sens large ou étymologique de mise en public, comprenant les contenus, les formes, les supports, les lieux, les interactions que cela implique, ce dans la culture numérique, avec ses technologies et l’appareillage qui s’y constitue, et en regard du nouvel espace public qu’est le web. Et qui devrait établir la possibilité d’un espace public expérimental.
L’expérimentation suppose une expérience, pratique et/ou théorique, intuitive ou rationnelle, ayant pour objet d’éprouver le réel, sa facture, de révéler sa ou ses vérité(s).
Traversant le domaine de l’art aussi bien que les sciences et les technologies, l’expérimentation en est un paradigme et informe le processus de production, passant par la recherche, le développement, la création, l’invention…

Les interventions présenteront des processus de recherche et leurs enjeux expérimentaux dans des domaines variés comme la création littéraire ou artistique, les revues d’arts et sciences, de critique ou de recherche scientifique. Et relateront les éventuelles hybridations, entre disciplines, entre technologies, entre espaces de publication.
Un workshop proposera de découvrir et d’expérimenter des processus de fabrication d’édition hybride avec des outils numériques libres.
21 et 22 mars : rencontres, présentations, échanges. Avec Antoine Hummel, Lucile Haute, Julie Blanc, Quentin Juhel, Lucas Friche, Laurence de La Fuente, Jean-Paul Fourmentraux (sous réserve), Vincent Puig, Roger Malina…
23 mars : workshop dirigé par Lucile Haute, Julie Blanc et Quentin Juhel
Tarif : gratuit pour les rencontres, forfait 15€ pour le workshop. Inscription obligatoire : alphabetville@orange.fr

Au réel aristocratique dé-figuré succède un réel impressionniste, bien que post-einsteinien : « La matière avait renoncé au jeu subtil des apparences, tout n’était qu’exhalaison, brouillard, vapeur, vains simulacres, tout suintait et transpirait, tout se dissolvait. Dieu avait dû bifurquer ou s’était égaré dans quelque recoin sordide du réel […] » (17)… Ce monde sensible en fusion, dans lequel les êtres et leurs passions sont portés à l’incandescence, ce monde sans Dieu est celui du Chaos : « Les flux de molécules circulaient librement et s’entrechoquaient sans finalité. L’énergie n’obéissait plus aux principes élémentaires de la physique et le centre avait rejoint la périphérie. Des puissances aveugles et impitoyables étaient à la manÅ“uvre sans se soucier des causes ni des effets et toutefois elles convergeaient vers un même point invariable et pourtant fluctuant. Le visible et l’invisible refusaient de se dissocier et s’attelaient à l’édification d’un ordre sensible inédit, régi par des forces redoutables » (11-12). Et si c’était ici une mise en abyme textuelle ? Car, de quel « ordre sensible inédit » pourrait-il s’agir sinon celui de l’écriture, ce monde chaotique dans lequel nous sommes d’emblée irrésistiblement entraînés, régi par Éros et Thanatos ? Qu’est-ce que l’écriture, pour Christophe Manon, si ce n’est un univers du télescopage, une fission lexicale et grammaticale, « un immense tumulte de figures et de formes inachevées » (56) ? En témoigne tout particulièrement la seconde partie, dans laquelle la cella du sujet scriptural, « aussi instable qu’un mélange de matières explosives » (86), devenue « le théâtre d’un combat de spectres » (69), est saisie par un maelström de vertigineuses visions : « Je vois des villes en ruines abandonnées par les belligérants puis livrées aux pillards et aux hordes de sauterelles. Je vois des corbeaux au blanc plumage et des agneaux carnassiers » (64)…
finissant par former une série de répétitions-variations : « il y a une saison pour toute chose, un temps pour tout, temps de détruire et temps de bâtir, temps de rire, temps de pleurer, un temps pour danser et un temps pour se recueillir, temps d’aimer, temps de haïr, temps de naître et temps de mourir, toute chose vient à son heure, chaque chose l’une après l’autre, tout n’est que vapeur et pâture de vent sous le ciel immobile […] » (40-41)… Ce relativisme fataliste est une façon pour le poète de prendre du recul, de transformer une/des vie(s) en destin(s), à commencer par celle du petit frère mort-né. Son rêve : « avoir un destin non pas plus accompli, car cela ne signifie rigoureusement rien, mais bien plein comme un gros galet et chargé d’intensité » (86) – en somme être en-soi-pour-soi, dynamisé et magnifié par l’écriture. Mais 
« C’est ainsi que tout a commencé »… Quoi ? L’Éternité… C’est la mer allée avec le soleil… Car « l’écriture permet de rendre grâce, c’est à la fois une célébration et une révolte contre l’oubli, c’est une chose vivante que la mort n’a pas encore figée et qui permet de témoigner de l’intensité des événements, de la beauté des êtres et de la vie, qui permet de saisir avec d’infinies précautions le cÅ“ur palpitant des hommes et d’en observer les complications, l’émouvante profondeur, la noirceur et la noblesse, la grandeur et la faiblesse » (41). Une écriture salvatrice et/parce que lyrique, même si l’auteur avoue détester son « lyrisme grandiloquent » et son « sentimentalisme exacerbé » (97)… Contrairement au premier volume, Extrêmes et lumineux, celui-ci débouche sur la confession, car nous entrons dans l’oeil du cyclone autopoéfictif : cette fois, celui qui a « vécu dans la fureur et dans l’excès » (85) remonte à des origines qui expliquent sa duplicité et sa culpabilité.
temps que « des choses », des bagues d’évêque, avant d’inventer leur spatialisme en d’étranges calligrammes. Ils renvoient les apolliniens au magasin des antiquités. Ils ont inventé d’étranges visions minimalistes entre « poésure et poétrie » dans une sorte de vide spatial où les lettres claquent dans le « s i l nce »…
Chaque corps-texte de tels livres-poèmes faussement historiographique renvoie à son propre pouvoir de reconfigurer la hantise en forçant le cortex. Moins délirante qu’il n’y paraît, la poésie est convulsive. Les mots possèdent un impact inédit. Il ne s’agit plus de lire en longeant le talus des lignes d’un langage-doigt. Il s’agit d’en remodeler l’argile.
implacable : « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie » (p. 103). En cause, la « civilisation des Machines », à propos de laquelle l’écrivain pamphlétaire pose une question cruciale : nous fait-elle gagner en humanité ?
Typhaine Garnier Christian Prigent et Yoann Thommerel. Et les voix de : Eric Clémens, Alain Frontier, Valère Novarina, Charles Pennequin et Jean-Pierre Verheggen.
Labyrinthe, présentation, lecture et signature de « D’ù qui sont chés viaux ? », ouvrage bilingue picard-français édité par cette même librairie.

Sur l’archipel des Palaos un espion américain des années vingt exclu pour ivrognerie du corps des Marines, sautant d’île en île et confiant à tout indigène ou Japonais qui veut l’entendre sa qualité d’espion, sur ses brisées un pharmacien en chef hagard censé enquêter sur sa mort suspecte, nous projettent au travers d’une cascade de relations d’auteurs combattants ou documentés sur celle (l’île) de Peleliu qu’en un carnage mirifique de Japs les Américains investirent à la Pyrrhus et qu’il est recommandé de randonner à vélo avec l’auteur.





Celle de ce dernier était du genre évaporée. Elle mérita bien son nom de « La Chamaille ». Pour harceler son monde elle n’eut jamais sa langue dans sa poche. Celle qui a tout fait pour avoir son enfant (Aimé Ratichaud) et surtout le nécessaire lui a donné en héritage une telle langue de tamanoir. Si bien que l’enfant de semence est devenu celui des « semonces ».
Celui qui ferraille encore pour publier et faute de temps pour la bagatelle n’a plus fait l’amour depuis « quelques olympiades ». Ce qui ne l’empêche pas de jouer les bravaches avec de vieilles femmes fans de ses premiers opus et qui sont surpris de le revoir. Il faut les comprendre : elles le croyaient mort depuis la première guerre du Golfe… Néanmoins, le temps ne fait rien à l’affaire et le monstre s’affaire à son entreprise de démolition du théâtre dérisoire et pathétique de l’édition « officielle ».
Penchons-nous un peu sur PISE. C’est grâce à David Lespiau que nous pouvons disposer rassemblés en un volume des notes de cours (dont les fameuses leçons de grammaire, structurées par les trois notions : Ethique, Logique et Poétique – ELP), textes de création et lettres aux Pisans qui composent cette imposante somme placée à l’enseigne de Wittgenstein et de Deleuze. On y trouve bien entendu des exercices caractéristiques de ce type d’atelier : « procédure de fabrication du poème collectif » (323), « procédure expérimentale d’écriture : l’éponge » (371)… Sans oublier cette invitation adéquate : « Je me souviens de Pise. Trouver une forme » (221). En piste, les étudiants pratiquent le cut-up et le cut-out, mènent à bien leur tour de Pise jusqu’à produire un « voyage à Pise« … Et l’auteur n’est pas avare de jeux de mots : « Pise & Love », « Let it Pise »…
être surpris que, dans un cours sur la tautologie – ce « modèle logique de vérité » (Wittgenstein) -, il préfère à la métaphore « la plénitude de la littéralité » (287). On est avant tout admiratif devant l’indépendance d’esprit du héraut de la modernité négative, qui a toujours su résister aux mots d’ordre, à commencer par ceux constitutifs de l’avant-garde : « La notion d’avant-garde ne peut se comprendre et s’expliquer que dans une perspective historique liée à l’idée de progrès, qui a marqué l’ensemble de notre culture depuis plusieurs siècles et fondé, au siècle dernier, ce qu’on a appelé la modernité » (408). L’histoire littéraire n’est pas en reste : « L’Histoire de la littérature est un agencement de mots d’ordre. Ça n’a rien à voir avec les faits : j’écris, je peins, je sculpte, je photographie, je filme, etc. L’Histoire littéraire, c’est la troisième personne du discours indirect, avec les verbes au passé : il a écrit, elle a peint, ils ont sculpté, elles ont photographié, etc. » (262). La Poésie même « est une réserve d’élection pour les mots d’ordre et les gros mots. Ils y pullulent et y prolifèrent ouvertement. Denis Roche avait raison de dire que la poésie est inadmissible, mais il avait tort d’ajouter d’ailleurs elle n’existe pas. Il est pratiquement impossible d’échapper aux mots d’ordre et aux gros mots quand on écrit de la poésie, parce que poésie est déjà un mot d’ordre. Quand vous voyez, imprimé sur une couverture de livre, le mot Poésie, Poème, ou, pire, Poèmes ou Poésies, vous êtes d’emblée confronté à un mot d’ordre » (246).