Libr-critique

28 février 2019

[News] Libr-News

D’abord, 10 invitations à la lecture avec les Livres reçus ; puis, vos premiers RV de mars : avec les revues La Vie manifeste, Vacarme et Catastrophes… Et aussi Cécile Richard, Manon/Oberland, « Le Cinéma des poètes », Hans Limon, les Écrits du numérique #4…

Libr-10

â–º Pierre Albert-Birot (1876-1967). Un pyrogène des avant-gardes, sous la direction de Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa, collection « Interférences », Presses Universitaires de Rennes, en librairie le 14 mars 2019, 254 pages, 24 €.

► Manuel CANDRÉ, Des voix suivi de Genèse du rabbi, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2018-2019, 216 pages, 20 €.

► Guillaume CONTRÉ, Discernement, éditions Louise Bottu, Mugron, automne 2018, 120 pages, 14 €.

► Élisabeth FILHOL, Doggerland, P.O.L, 2019, 352 pages, 19,50 €.

► François LEPERLIER, Destination de la poésie, éditions Lurlure, Caen, en librairie le 5 mars, 192 pages, 19 €.

â–º Dawn LUNDY MARTIN, Discipline, traduit de l’américain par Benoît Berthelier, Maël Guesdon et Marie de Quatrebarbes, Joca Seria, 2019, 80 pages, 13,50 €.

â–º Robert MENASSE, La Capitale, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Verdier, 2019, 448 pages, 24 €.

► Ivan STRPKA, Un fragment de forêt (chevaleresque), traduit du slovaque et présenté par Sylvia Majerska, Le Castor Astral, mars 2019, 150 pages, 15 €.

► Patrick VARETZ, La Malédiction de Barcelone, P.O.L, en librairie le 7 mars, 176 pages, 18 €.

► Annabelle VERHAEGHE, Viens, Les Soudaines Editions Sauvages, Toulouse, 2019, 148 pages, 14 €.

Libr-événements

â–º Enragez-vous avec La Vie manifeste… On ne manquera pas non plus de lire le dernier dossier de la revue Vacarme et le n° 15 de Catastrophes (« L’Aleph et son double », février 2019).

â–º Vendredi 1er mars, La Chouette Librairie (72, rue de l’Hôpital Militaire à Lille) : Soirée-performance avec Cécile Richard.

► Mercredi 6 mars à 20H30, DAda (27, avenue Honoré Serres à Toulouse) : G.W Sok (the ex) • Christophe Manon & Frédéric D. Oberland.

â–º Lundi 18 mars à 21H, Cinéma Le Champo (51, rue des Ecoles 75005 Paris) : Le Cinéma des poètes – André Delons.

En lien avec la collection « Le cinéma des poètes » dirigée par Carole Aurouet aux Nouvelles éditions Place, le cycle trimestriel « Le cinéma des poètes » du Champo se propose d’éclairer les rapports qu’entretient la création littéraire avec le cinéma.
Au programme de ce lundi 18 mars : Carte blanche à Karine Abadie sur les rapports avec le cinéma de André Delons
projection-débat autour de TEMPÊTE SUR L’ASIE (Vsevolod Poudovkine – 1928).

► Mardi 19 mars à 18H, Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille), rencontre avec Hans Limon pour son Poéticide.

► Du 21 au 23 mars 2019, Friche Belle de Mai, salle Seita Marseille : Les écrits du numérique # 4 (Rencontres, démos, échanges, workshop)
Alphabetville / La Marelle

Pour cette quatrième édition des Ecrits du numérique, Alphabetville, laboratoire des écritures multimédia, avec La Marelle, littératures actuelles, proposent un focus sur l’édition expérimentale et alternative, tout en construisant un discours critique sur les modes opératoires et d’existence de ces formes, c’est-à-dire sur la publication.
Publication au sens large ou étymologique de mise en public, comprenant les contenus, les formes, les supports, les lieux, les interactions que cela implique, ce dans la culture numérique, avec ses technologies et l’appareillage qui s’y constitue, et en regard du nouvel espace public qu’est le web. Et qui devrait établir la possibilité d’un espace public expérimental.
L’expérimentation suppose une expérience, pratique et/ou théorique, intuitive ou rationnelle, ayant pour objet d’éprouver le réel, sa facture, de révéler sa ou ses vérité(s).
Traversant le domaine de l’art aussi bien que les sciences et les technologies, l’expérimentation en est un paradigme et informe le processus de production, passant par la recherche, le développement, la création, l’invention…

Les interventions présenteront des processus de recherche et leurs enjeux expérimentaux dans des domaines variés comme la création littéraire ou artistique, les revues d’arts et sciences, de critique ou de recherche scientifique. Et relateront les éventuelles hybridations, entre disciplines, entre technologies, entre espaces de publication.
Un workshop proposera de découvrir et d’expérimenter des processus de fabrication d’édition hybride avec des outils numériques libres.

21 et 22 mars : rencontres, présentations, échanges. Avec Antoine Hummel, Lucile Haute, Julie Blanc, Quentin Juhel, Lucas Friche, Laurence de La Fuente, Jean-Paul Fourmentraux (sous réserve), Vincent Puig, Roger Malina…
23 mars : workshop dirigé par Lucile Haute, Julie Blanc et Quentin Juhel

Tarif : gratuit pour les rencontres, forfait 15€ pour le workshop. Inscription obligatoire : alphabetville@orange.fr

24 février 2019

[Chronique] Christophe Manon, Pâture de vent, par Fabrice Thumerel

Christophe Manon, Pâture de vent, Extrêmes et lumineux II, Verdier, 2019, 112 pages, 13 €, ISBN : 978-2-37856-005-8. [Sur Extrêmes et lumineux, prix Révélation de la SDGL 2015 : lire la chronique et voir/écouter la rencontre à Lille]

« L’écriture est une activité solitaire et dégoûtante
qui ne devrait pas exister dans une société civilisée.
Il faut être absolument dénué de scrupules et de pudeur
pour écrire, pour être capable de saisir des phrases
de façon authentique, de les déballer et de les jeter
sur le papier au regard de tous et de chacun » (p. 103).

En son temps, ça avait commencé ainsi : « Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu’il ne voulait. Si ses chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d’un demi-quart d’heure ; mais, au lieu de tirer de toute leur force, ils ne s’amusaient qu’à faire des courbettes […]. Pour parler plus humainement et plus intelligemment, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans »…
On aura reconnu l’ouverture excentrique du Roman comique de Scarron, qui d’emblée donne le ton : le contraste entre la référence mythologique et la chute triviale introduit le lecteur dans un univers burlesque où le Destin même prend l’aspect d’un personnage de comédie.

Avec Pâture de vent, la seconde autopoéfiction de Christophe Manon, le comique rémanent cède le pas au cosmique – mais, bien entendu, un cosmique qui ressortit à une autre cosmologie :
« C’est ainsi que tout a commencé. Le jour était venu. Un jour comme un autre, pas plus. L’univers était en expansion et le monde tournait mollement sur son axe sans qu’on s’en aperçoive. Humblement les êtres et les choses convergeaient et s’appliquaient à participer à l’édification d’un réel à peu près recevable, aussi confus, aussi fugace et inconsistant qu’il puisse paraître. Le soleil pataugeait mollement dans une grande bassine de ciel blanc […]. Jamais il n’avait été si haut ni si brutal ni si accablant, sauf peut-être sous d’autres règnes sous d’autres cieux, avant ce commencement » (p. 11)…
Au réel aristocratique dé-figuré succède un réel impressionniste, bien que post-einsteinien : « La matière avait renoncé au jeu subtil des apparences, tout n’était qu’exhalaison, brouillard, vapeur, vains simulacres, tout suintait et transpirait, tout se dissolvait. Dieu avait dû bifurquer ou s’était égaré dans quelque recoin sordide du réel […] » (17)… Ce monde sensible en fusion, dans lequel les êtres et leurs passions sont portés à l’incandescence, ce monde sans Dieu est celui du Chaos : « Les flux de molécules circulaient librement et s’entrechoquaient sans finalité. L’énergie n’obéissait plus aux principes élémentaires de la physique et le centre avait rejoint la périphérie. Des puissances aveugles et impitoyables étaient à la manÅ“uvre sans se soucier des causes ni des effets et toutefois elles convergeaient vers un même point invariable et pourtant fluctuant. Le visible et l’invisible refusaient de se dissocier et s’attelaient à l’édification d’un ordre sensible inédit, régi par des forces redoutables » (11-12). Et si c’était ici une mise en abyme textuelle ? Car, de quel « ordre sensible inédit » pourrait-il s’agir sinon celui de l’écriture, ce monde chaotique dans lequel nous sommes d’emblée irrésistiblement entraînés, régi par Éros et Thanatos ? Qu’est-ce que l’écriture, pour Christophe Manon, si ce n’est un univers du télescopage, une fission lexicale et grammaticale, « un immense tumulte de figures et de formes inachevées » (56) ? En témoigne tout particulièrement la seconde partie, dans laquelle la cella du sujet scriptural, « aussi instable qu’un mélange de matières explosives » (86), devenue « le théâtre d’un combat de spectres » (69), est saisie par un maelström de vertigineuses visions : « Je vois des villes en ruines abandonnées par les belligérants puis livrées aux pillards et aux hordes de sauterelles. Je vois des corbeaux au blanc plumage et des agneaux carnassiers » (64)…

Dieu est absent, et pourtant, dès l’incipit plane un fatum sur ce monde instable : des forces obscures sont en mouvement ; quelque chose est venu rompre l’équilibre, un événement a entraîné la perte (« C’est ainsi que tout a commencé » / « C’est ainsi que tout a basculé »)… Dieu est absent, et pourtant certains passages de « L’Ecclésiaste » (« Un temps pour tout ») sont repris sous formes de litanies qui scandent le texte bipartite, finissant par former une série de répétitions-variations : « il y a une saison pour toute chose, un temps pour tout, temps de détruire et temps de bâtir, temps de rire, temps de pleurer, un temps pour danser et un temps pour se recueillir, temps d’aimer, temps de haïr, temps de naître et temps de mourir, toute chose vient à son heure, chaque chose l’une après l’autre, tout n’est que vapeur et pâture de vent sous le ciel immobile […] » (40-41)… Ce relativisme fataliste est une façon pour le poète de prendre du recul, de transformer une/des vie(s) en destin(s), à commencer par celle du petit frère mort-né. Son rêve : « avoir un destin non pas plus accompli, car cela ne signifie rigoureusement rien, mais bien plein comme un gros galet et chargé d’intensité » (86) – en somme être en-soi-pour-soi, dynamisé et magnifié par l’écriture. Mais « L’Ecclésiaste » aboutit au dégoût et au renoncement : « j’eus de l’aversion pour tout ce qui se passe sous le soleil, voyant que tout est vanité et pâture de vent ». Le poète, pour sa part, trouve la paix au bout de son cheminement : « Me voilà à présent presque nu, pauvre de sens et de savoir. Tout bouge, tout varie, tout fluctue, nous-mêmes nous ne cessons de changer. […] Et si toutes ces heures de vertige, d’ivresse, de grâce ou de détresse ne m’ont certes pas rendu meilleur, peut-être m’ont-elles au moins permis de saisir plus intimement l’inconcevable beauté des êtres et des choses, d’approfondir ma science très partielle du vivant […] » (86).

« C’est ainsi que tout a commencé »… Quoi ? L’Éternité… C’est la mer allée avec le soleil… Car « l’écriture permet de rendre grâce, c’est à la fois une célébration et une révolte contre l’oubli, c’est une chose vivante que la mort n’a pas encore figée et qui permet de témoigner de l’intensité des événements, de la beauté des êtres et de la vie, qui permet de saisir avec d’infinies précautions le cÅ“ur palpitant des hommes et d’en observer les complications, l’émouvante profondeur, la noirceur et la noblesse, la grandeur et la faiblesse » (41). Une écriture salvatrice et/parce que lyrique, même si l’auteur avoue détester son « lyrisme grandiloquent » et son « sentimentalisme exacerbé » (97)… Contrairement au premier volume, Extrêmes et lumineux, celui-ci débouche sur la confession, car nous entrons dans l’oeil du cyclone autopoéfictif : cette fois, celui qui a « vécu dans la fureur et dans l’excès » (85) remonte à des origines qui expliquent sa duplicité et sa culpabilité.

Une autre transfuge de classe, Annie Ernaux, confiait écrire pour « venger sa race » ; Christophe Manon, lui, cultive son sentiment de révolte. D’où ses éloges/remerciements paradoxaux adressés aux persécuteurs, aux journalistes, « aux professeurs et aux instituteurs qui enseignent aux enfants la crainte de la connaissance et le dégoût du savoir et de ceux qui les possèdent » (99)…

20 février 2019

[Chronique] Ilse et Pierre Garnier – deux poètes face au monde, par Jean-Paul Gavard-Perret

Christine Dupouy dir., Ilse et Pierre Garnier – Deux poètes face au monde, coll. « Perspectives littéraires », Presses Universitaires François Rabelais, Dijon, 2019, 300 pages, 22 €, ISBN : 978-2-86906-687-8. [Anthologie Al dante]

Pierre et Ilse Garnier resteront comme deux voix ou deux signes de la poésie spatialiste et lettriste. Pierre reviendra à plus de lisibilité mais leurs deux noms resteront au firmament de la poésie expérimentale et « lisuelle ».

 

Le couple a cherché l’inconditionné tout en ne trouvant un temps que « des choses », des bagues d’évêque, avant d’inventer leur spatialisme en d’étranges calligrammes. Ils renvoient les apolliniens au magasin des antiquités. Ils ont inventé d’étranges visions minimalistes entre « poésure et poétrie » dans une sorte de vide spatial où les lettres claquent dans le « s i l nce »…

Souvenons-nous par exemple de leur « Jeanne d’Arc et Othon III » et leurs flux dynamiques qui continuent de hanter la poésie contemporaine d’une sorte d’iconologie puisque plus que les mots ce sont leur agglomérat plastique qui fait sens.

Chaque corps-texte de tels livres-poèmes faussement historiographique renvoie à son propre pouvoir de reconfigurer la hantise en forçant le cortex. Moins délirante qu’il n’y paraît, la poésie est convulsive. Les mots possèdent un impact inédit. Il ne s’agit plus de lire en longeant le talus des lignes d’un langage-doigt. Il s’agit d’en remodeler l’argile.

 

Avec « Jeanne », la langue devient un feu sacré tissé en torsades et échos épars où se laissent capturer les linéaments de la plastique de la Sainte. Il en sort non un goût de mère mais de mer immense dont la surface fait peau neuve par effet de plis et de vagues des vocables.

 

Le tout, dans des reprogrammations agrammatiques des mots et les olarités habituelles des linéarités mises en charpie ou en miettes jusque dans des expérimentations cosmiques (« Apollo XI ») où les Tintin ont envahi les vieilles lunes pour remonter aux origines du langage.

Il est en fission et en friction au sein d’une sorte de dystopie d’avant la « lettre » au sein d’une recherche qu’il va falloir enfin prendre au sérieux et analyser pour sortir des logos admis là où se recrée la langue loin de ses horreurs sémantiques.

17 février 2019

[News] News du dimanche

On commencera par (re)découvrir un brûlot de Bernanos qui ne peut que nous concerner aujourd’hui ; ensuite, deux Libr-événements à la UNE (Novarina/Orain et le groupe TXT) et l’agenda de Lucien Suel.

UNE : À (re)lire absolument, La France contre les robots de Bernanos /Fabrice Thumerel/

Georges Bernanos, La France contre les robots (1947), rééd. Louise Bottu, coll. « Inactuel / Intempestifs », février 2019,
132 pages, 10 €, ISBN : 979-10-92723-20-5.

Riche idée, en ce début de siècle assez catastrophique, que de republier cette réflexion à la fois intempestive et inactuelle dans une édition soignée !

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le constat est implacable : « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie » (p. 103). En cause, la « civilisation des Machines », à propos de laquelle l’écrivain pamphlétaire pose une question cruciale : nous fait-elle gagner en humanité ?

L’auteur des Grands Cimetières sous la lune a parfaitement saisi les ressorts de nos démocraties technocratiques : « La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité » (107) ; elle n’est pas tant le fruit des savants que le dispositif mis en place de façon pragmatique par des hommes d’argent, cupides et cyniques… Et comme la masse éprouve plus le besoin de confort que de vertu, son triomphe est assuré ! D’autant que les « machines à bourrer le crâne » sont redoutablement efficaces et que cette société de masse est gangrenée par les spéculateurs…

Si la dictature qui venait de sombrer n’était que « la Masse incarnée » (108), la société capitaliste qui l’emporte désormais sous le nom de « Démocratie » n’est qu’un monde ignoble régi par les désirs préfabriqués de cette Masse. Y prédominent les Imbéciles au détriment des « inconformistes » (savants, artistes, écrivains ou originaux divers). Imbéciles : y compris et surtout ceux qui exercent des professions intellectuelles – car ils brilleront au service de la Technique ! Les perspectives ouvertes en fin de volume ne peuvent que nous glacer : « Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? » (114) ; « La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre » (11)…

Libr-événements à la UNE

â–º Jusqu’au 2 mars au Théâtre de la Cité internationale (75014) : Cédric Orain, Notre parole, textes de Valère Novarina.

Tout commence par un article, sobrement intitulé « Notre Parole », publié en 1988 dans Libération. L’auteur ? Un poète inclassable à la langue vive et pointue, Valère Novarina. Avec ce style qui n’appartient qu’à lui, il y dénonce le traitement de la parole par les médias et la façon dont ils s’acharnent à lui ôter sa profondeur et son étrangeté. Dans un dispositif proche du plateau de télévision, les corps enfermés dans un langage médiatique sont poussés à éprouver leurs propres limites, avant que l’amplitude poétique de la parole ne vienne enfin les délivrer.

Théâtre de la Cité internationale : 17 bd. Jourdan 75014 Paris / 01 43 13 50 50 – accueil@theatredelacite.com.

► Samedi 23 février 2019, de 15h à 17h au Reid Hall (4, rue de Chevreuse 75006 Paris) : soirée TXT, avec Jacques Demarcq, Bruno Fern, Typhaine Garnier Christian Prigent et Yoann Thommerel. Et les voix de : Eric Clémens, Alain Frontier, Valère Novarina, Charles Pennequin et Jean-Pierre Verheggen.

En mai 2019 paraîtra TXT n° 33, entremêlant une littérature qui cherche à produire un bruit neuf, des œuvres de plasticiens et des rubriques almanachiques : solutionnages miraculeux, célébrages farcesques, craductages trilingues, délectages littéraires et force décervelages pour chaque mois !
La Mél et la librairie Tschann s’associent au groupe TXT pour fêter ce retour à l’occasion d’une rencontre au Reid Hall. Entrée libre, dans la limite des places disponibles. Directrice de la Mel : Sylvie Gouttebaron = s.gouttebaron@maison-des-ecrivains.asso.fr / Contact Presse : Lisette Bouvier (l.bouvier@maison-des-ecrivains.asso.fr).

Agenda de Lucien SUEL

► PARIS, le 8 mars 2019, à partir de 19h30, à l’Hôtel Marignan, lecture-performance dans le cadre des vidéo-poèmes réalisés par Pierre Lamassoure. Entrée libre.

► SENLIS, le 9 mars 2019, à 15h30, à la Librairie « Le Verbe et l’objet », lecture-rencontre signature autour des ouvrages récemment parus.

► AUXI-LE-CHÂTEAU, 15 mars 2019, à 19h, Médiathèque de l’Auxilois, rue Roger Salengro, projection du documentaire réalisé par Jean-Michel Jacquemin « Le jardin et le poète », suivi d’un entretien avec Lucien Suel. En partenariat avec Elea.

► PARIS, présence au Salon du Livre le 18 mars 2019 après-midi, sur le stand des éditions Cours toujours.

► CHÂTEAU-THIERRY, le 19 mars 2019, dans l’après-midi, au lycée Jean de La Fontaine, lecture-rencontre.

► AMIENS, le 22 mars entre 16h et 19h, dans la librairie du Labyrinthe, présentation, lecture et signature de « D’ù qui sont chés viaux ? », ouvrage bilingue picard-français édité par cette même librairie.

► AMIENS, le 23 mars 2019, à la bibliothèque Louis Aragon, présence au Salon du Livre de poésie avec les éditions Cours-toujours et la Librairie du Labyrinthe. Lecture publique (15 mn), horaires indéterminés.

► BONDUES, le 24 mars 2019, l’après-midi présence au Salon du Livre sur le stand des éditions Henry pour la signature de Sur ma route (octobre 2018).

15 février 2019

[Texte] Mathias Richard, Mes mots sont animaux

Nos Libr-lecteurs connaissent très bien Mathias Richard, l’un des auteurs les plus présents sur le site depuis une dizaine d’années. Le directeur des Caméras animales nous livre ici, en lieu et place d’un traité, une litanie de/sur l’animalité…

[Écouter ce texte]

Mes mots sont animaux. Mes mots sont animaux. Mes mots sont animaux. Mes mots sont animaux. Mes mots sont animaux. Mes mots sont animaux.

MES MOTS.
SONT ANIMAUX.

MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.
MES MOTS SONT ANIMAUX.

MON ÂME EST ANIMALE
MON PÈRE EST ANIMAL
LA GUERRE EST ANIMALE
LA TERRE EST ANIMALE

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

LA MORT EST ANIMALE
MON CORPS EST ANIMAL
LES FLEURS SONT ANIMALES
LES PIERRES SONT ANIMALES

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

MA BOUCHE EST ANIMALE
MA MÈRE EST ANIMALE
LA VILLE EST ANIMALE
LE CIEL EST ANIMAL

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

MA SÅ’UR EST ANIMALE
MON CÅ’UR EST ANIMAL
LA BAVE EST ANIMALE
LA VAGUE EST ANIMALE

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

LA ROUTE EST ANIMALE
LA LANGUE EST ANIMALE
LA BAISE EST ANIMALE
LA LUNE EST ANIMALE

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

LA PORTE EST ANIMALE
LA BOUE EST ANIMALE
LE PUNCH EST ANIMAL
LA VIE EST ANIMALE

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

LA BALLE EST ANIMALE
LE MAL EST ANIMAL
LE SOL EST ANIMAL
LE FEU EST ANIMAL

L’IDÉE EST ANIMALE
L’ESPACE EST ANIMAL
LE WEB EST ANIMAL
ROBOT EST ANIMAL

MA TÊTE EST ANIMALE
MA BITE EST ANIMALE
PENSÉE EST ANIMALE
LOGIQUE EST ANIMALE
MON FRÈRE EST ANIMAL
LA GUERRE EST ANIMALE
LE MONDE EST ANIMAL
LE MONDE EST ANIMAL

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

LES YEUX SONT ANIMAUX
LES PIEDS SONT ANIMAUX
LES BRAS SONT ANIMAUX
LES DOIGTS SONT ANIMAUX

LES MAINS SONT ANIMALES
LES CHATTES SONT ANIMALES
LES LARMES SONT ANIMALES
LANGAGE EST ANIMAL
LE SEXE EST ANIMAL
LE SANG EST ANIMAL
CIRCUIT EST ANIMAL
ORDI EST ANIMAL
CHAUSSURE EST ANIMALE
VOITURE EST ANIMALE
L’AVION EST ANIMAL
LE TRAIN EST ANIMAL
FUSÉE EST ANIMALE
L’ESPACE EST ANIMAL
ALIEN EST ANIMAL

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

MON CRÂNE EST ANIMAL
MON VENTRE EST ANIMAL
L’HUMAIN EST ANIMAL
LE SANG EST ANIMAL
LE FER EST ANIMAL
BITUME EST ANIMAL
LE FLINGUE EST ANIMAL
LES DIEUX SONT ANIMAUX

Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.
Mes mots sont animaux.

L’AMIBE EST ANIMALE
L’INSECTE EST ANIMAL
LA MOUCHE EST ANIMALE
LES DIEUX SONT ANIMAUX
LES SEINS SONT ANIMAUX
LES CHEVEUX SONT ANIMAUX
LE TORSE EST ANIMAL
LE CUL EST ANIMAL
L’AMOUR EST ANIMAL
LE LUXE EST ANIMAL
MUSIQUE EST ANIMALE
LES DANSES SONT ANIMALES
LES DIEUX SONT ANIMAUX
MUSIQUE EST ANIMALE
LES DANSES SONT ANIMALES
LES DIEUX SONT ANIMAUX
MON ÂME EST ANIMALE
MON PÈRE EST ANIMAL
LA GUERRE EST ANIMALE
LA TERRE EST ANIMALE
LA TÊTE EST ANIMALE
L’ESPACE EST ANIMAL
COSMOS EST ANIMAL
COSMOS EST ANIMAL

COSMOS EST ANIMAL

COSMOS EST ANIMAL

(souffle)

Animal est animal.
Animal est animal.
Animal est animal.

ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL, ANIMAL EST ANIMAL.
Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal.
Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal.
Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal.
Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal. Animal est animal…

13 février 2019

[Chronique] Jean Rolin, Peleliu (réédition poche), par Christophe Stolowicki

Jean Rolin, Peleliu (P.O.L, 2016), rééd. La Table Ronde, « La Petite Vermillon », 2019, 192 pages, 7,30 €, ISBN : 978-2-7103-8987-3.

Discrètement jubilatoire ou clins d’yeux appuyés, un récit à la manière de – de la pléiade d’auteurs jaillit Blaise Cendrars en son premier roman, L’Or, brassant l’écume de poèmes, encore que près d’un siècle en ait raboté les traits saillants. Littérature efficace, d’aventures menées à conclusion d’échos.

Tout en « autodissolution dans l’alcool et dans le Pacifique ». En éclaboussures à la manière de Jackson Pollock.

Sur l’archipel des Palaos un espion américain des années vingt exclu pour ivrognerie du corps des Marines, sautant d’île en île et confiant à tout indigène ou Japonais qui veut l’entendre sa qualité d’espion, sur ses brisées un pharmacien en chef hagard censé enquêter sur sa mort suspecte, nous projettent au travers d’une cascade de relations d’auteurs combattants ou documentés sur celle (l’île) de Peleliu qu’en un carnage mirifique de Japs les Américains investirent à la Pyrrhus et qu’il est recommandé de randonner à vélo avec l’auteur.

Suit un long entremets de tourisme que coupe, à hauteur de Robbe-Grillet, « un plan perpendiculaire à celui qu’occupent réellement les objets ainsi reflétés. »

Nautique, la guerre : une « flotte de débarquement […] cinq cuirassés, trois porte-avions lourds et cinq porte-avions d’escorte, enveloppés d’une nuée de croiseurs, de destroyers et de torpilleurs […] peut-être le sillon zigzaguant que tracent à la surface de la mer tous ces navires est-il pailleté de luminescences, encore qu’aucun récit de la traversée ne mentionne un tel phénomène » – la guerre, alternée de plans paisibles comme dans tout bon film d’action, alternance que sublime dans d’autres registres Le Satyricon de Fellini.

Mais oui, l’auteur y est allé. Folie ici a pris de « nostalgie » le nom, Freud à la lettre et le voyage, de rêve en rêve des écrivains sources à leur débarquement dans le fracas des shrapnells, les teintes douces mères d’un retour du refoulé. Maintenant que nous y sommes, auteur, jouons à qui perd gagne – son statut dans l’île d’un livre souple qu’illustre en couverture un tank rouillé sur fond d’éden, signé Loustal.

Reporter d’après-guerre, un métier. Regard acéré, connaissance encyclopédique des végétaux exotiques reconnus de loin (ou par Wikipédia ?), méticulosité, sens de l’orientation. Il ressemble (le métier) à celui d’écrivain par la solitude. Mais quel soulagement de revenir à la bataille, à son pittoresque pic de tuerie qu’allègent les visites nourricières de l’auteur à une fratrie de cinq chiots quasi abandonnés dans un repli du semblant de jungle. « Aux débris repérés dans des grottes (« grenades, bouilloires, étuis de munitions, gourdes »), « on dirait que la fin des combats remonte à la semaine précédente. »

Il faut relever le courage physique d’une telle prospection déambulatoire solitaire, un « holster virtuel » à la ceinture, ou le pari de la dissuasion. D’un baroudeur ès lettres.

10 février 2019

[News] News du dimanche

Pour terminer en beauté ce mois de février :

► Vendredi 15 février, de 16 à 19H, CENTRE POUCHET CNRS (59/61 rue Pouchet 75017) : La Genèse borgésienne.

La cinquième séance du séminaire doctoral « Génétique des textes et des arts : théories et pratiques » sera l’occasion de présenter les études génétiques les plus récentes sur la genèse de l’œuvre borgésienne. Attention! La séance aura lieu au Centre Pouchet, 59-61 rue Pouchet, en salle 255.

Daniel Balderston (Pr., University of Pittsburgh) présentera ses derniers travaux. Federico Calle Jorda (Doctorant, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis), présentera le livre de Julio Premat (Pr., Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis), Borges (Presses Universitaires de Vincennes). Chacune des interventions sera suivie d’une discussion.

► Vendredi 15 à 19H30 : Rencontre avec Virginie Poitrasson.

► Samedi 16 février, de 15H30 à 20H, Bibliothèque Rilke (88ter, Boulevard de Port-Royal 75 005 Paris) : RV avec LES PARLEUSES pour une réhabilitation du matrimoine littéraire

🛸 Au programme : des ateliers d’écriture ou de lecture et une rencontre explorant l’œuvre de James Tiptree Jr. (1915-1987), autrice de science-fiction féministe, avec la participation de Ïan Larue, autrice de La Vestale du Calix, Chloé Delaume, marraine du projet et autrice des Sorcières de la République, et Aurélie Olivier, fondatrice de l’association Littérature etc.

🎧 18h – 19h30 Rencontre – Enregistrement du podcast sur l’œuvre de James Tiptree Jr. par Ïan Larue (entrée libre).

15h30- 17h30
📚 Atelier de lecture par arpentage autour des textes de James Tiptree Jr. mené par Aurélie Olivier de Littérature, etc. : on divise le livre, chacun.e des participant.e.s lit une partie isolément, puis chaque participant.e partage sa lecture personnelle jusqu’à ce que la discussion collective embrasse le livre dans son ensemble. (COMPLET)
OU
✏ Atelier d’écriture inspiré des procédés d’écriture de James Tiptree Jr. imaginé par Chloé Delaume (COMPLET).

â–º Mercredi 20 février, 20H30 : soirée Montévidéo à l’occasion de la sortie du n° 48 de la revue IF (3, impasse Montévidéo 13006 Marseille).

Accueillis en résidence à Montévidéo, les artistes et écrivains Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, en lien avec le Groupe d’information sur les ghettos (g.i.g.), ont activé à Marseille un nouveau groupe d’information rassemblant habitants, artistes et chercheurs, tous impliqués dans la création de protocoles d’enquêtes : écriture de questionnaires, diffusion, récolte de données, traitement.
Cette étape marseillaise s’inscrit dans un circuit de travaux collectifs menés depuis plus de quatre dans des zones urbaines ou rurales en France (Aubervilliers, Saint-Ouen, Caen, Carentan, Strasbourg, Lille…) ou à l’étranger (Brésil, Canada, Belgique…). Chaque étape permet d’alimenter un fonds documentaire régulièrement convoqué par ce groupe pour alimenter une réflexion portant sur les mécanismes d’exclusion et de repli.
Partant de cette expérience collective, Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel ont écrit un questionnaire poétique et frontalement politique intitulé « Questionnaire élémentaire » et paru en 2017 dans une coédition Laboratoires d’Aubervilliers / Groupe d’information sur les ghettos (g.i.g).
Ce questionnaire est la trame de ce numéro spécial g.i.g de la revue IF dont la réalisation leur a été confiée
.
L’historien Philippe Artières ouvre ce numéro en revenant sur les sources historiques des instruments convoqués poétiquement par le g.i.g. Les autres contributeurs, écrivains, poètes et artistes (Gauz, Anne-Sarah Huet, Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (Le peuple qui manque), David Lopez et Christophe Pellet) ont été invités à choisir une question de leur choix pour y apporter des tentatives de réponse. En réalité, aucune réponse définitive n’est jamais donnée aux questions posées : CE SONT CES DERNIÈRES QUI PRENNENT LA PAROLE, ET LA PAROLE N’ARRÊTE PAS D’ÉLARGIR LES QUESTIONS, DE LES MULTIPLIER EN CASCADE.

Ce dossier sur le g.i.g. est complété par un portfolio des œuvres de l’artiste visuel Gilles Desplanques.

Tarif : 3€, réservation conseillée auprès de Montévidéo au 04 91 37 97 35.

► Jeudi 21 février à 18H, CNES (2, place Maurice Quentin 75001 Paris) : Studio Cosmique #4. Soirée de lancement du numéro 17 de la revue Espace(s).

– Espace(s) 17 –

Le dix-septième numéro de la revue Espace(s) a pour thème « Nos géographies mentales ». À travers les contributions d’auteurs, d’artistes et de chercheurs en sciences humaines, il dresse un panorama d’un genre inédit, constitué de trajectoires personnelles ou collectives et tourné vers le plaisir de la déambulation. Cet ensemble d’histoires minuscules, seul mode d’entrée véritable vers l’Espace dont nous disposions, ouvre de nouvelles voies à une création contemporaine originale et audacieuse.

Une balade littéraire et artistique dans nos géographies mentales –

Le Studio Cosmique ouvre ses portes pour une soirée dédiée à la littérature et aux arts visuels. Eric Pessan, membre du comité de rédaction de la revue, recevra quelques uns des contributeurs de cette livraison”. Il explorera en leur compagnie les itinéraires de création qu’ils ont empruntés. Interventions originales, lectures et entretiens, voilà qui composera le programme de cette curieuse balade.

Le programme :
– Errance géographique avec Gérard Azoulay, directeur de la rédaction

– Décryptage de l’année 2018 dans l’atelier de la photographe Sylvie Bonnot
– Doubles jeux sur la revue Espace(s) avec les auteurs Maël Guesdon et DAVID CHRISTOFFEL
– Visite guidée d’Anecdopolis, la cité des anecdotes spatiales, avec Jakuta Alikavazovic, Karin Serres et André Ze Jam Afane

– Sentir et penser sans gravité, par le philosophe Elie During

Sur réservation à l’adresse : observatoire.espace@cnes.fr

â–º Vendredi 22 février, la sixième séance du Séminaire Doctoral « Génétique des textes et des arts : théories et pratiques » portera sur Alejandra Pizarnik & André Pieyre de Mandiargues (ENS 46 rue d’Ulm, salle des Conférences).

Mariana Di Ció (MCF, Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3) évoquera la correspondance entre deux grands écrivains, l’un français, l’autre argentine. Ainsi, Mariana Di Ció présentera son ouvrage paru récemment : Alejandra Pizarnik & André Pieyre de Mandiargues, Correspondance Paris – Buenos Aires 1961-1972 (Ypsilon éditeur).

Quant à elle, Bahia Dalens fera part de ses recherches les plus récentes autour de ce qu’elle désigne comme « l’écriture du trouble » dans la genèse de l’oeuvre de Mandiargues.

9 février 2019

[Texte] Romain le GéoGrave, Grand Débat

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Au nain versé (commande expresse d’une certaine J.)

Du grand débat à la grande débâcle, un seul petit pas, que le monsieur
tout petit, encore plus petit dans son costume, le petit tout petit monsieur
qui parle de chez nous, de national, le petit tout petit monsieur est en
train de faire le pas, pas chassé, chassant, sachant, petit pas de travers,
le pas décalé, coupé décalé, non pas, le pas zozotant, le pas petit tout
petit monsieur qui propose et qui lance décide pense légitime

Du grand débat à la grande débâcle, quelques fumigènes, pas la
grande classe, de celui de la haute, le jésuite zozotant,
grand inquisiteur, déconcertant de concertation
grand blablateur en chef, le banquier
grand inconnu auparavant

Du grand débat à la
grande débâ
Cle…

7 février 2019

[Chronique] Durable effet mère (à propos de Patrice Delbourg, Fils de Chamaille), par Jean-Paul Gavard-Perret

Patrice Delbourg, Fils de Chamaille, éditions Le Castor Astral, Le Pré Saint-Gervais, en librairie ce 7 février 2019, 304 pages, 18 €, ISBN : ISBN 979-10-278-0202-9.

Patrick Delbourg est en littérature comme le héros de son livre : un vieux de la vieille. Celle de ce dernier était du genre évaporée. Elle mérita bien son nom de « La Chamaille ». Pour harceler son monde elle n’eut jamais sa langue dans sa poche. Celle qui a tout fait pour avoir son enfant (Aimé Ratichaud) et surtout le nécessaire lui a donné en héritage une telle langue de tamanoir. Si bien que l’enfant de semence est devenu celui des « semonces ».

L’auteur a trouvé dans son héros un double idéal qui couvait en lui depuis longtemps. Ratichaud devient l’histrion et le bouffon des rois du si petit monde de la littérature incarné par Gaetan Malinois, jeune pousse de l’édition et parfait « sparring-partner » du mal Aimé.

Son vis-à-vis aura peut-être le dernier mot mais Ratichaud l’aura néanmoins mis K.O. Grâce « aux souvenirs mordants de sa parentèle », il réduit le « jeune benêt » à de la mortadelle. Et si le fils se veut le maudit de sa tribu il fait siennes des imprécations à sa mère chienne et vénérée. Ses mots dits succèdent aux siens et achèvent sa Saint Barthélémy littéraire.

Celui qui ferraille encore pour publier et faute de temps pour la bagatelle n’a plus fait l’amour depuis « quelques olympiades ». Ce qui ne l’empêche pas de jouer les bravaches avec de vieilles femmes fans de ses premiers opus et qui sont surpris de le revoir. Il faut les comprendre : elles le croyaient mort depuis la première guerre du Golfe… Néanmoins, le temps ne fait rien à l’affaire et le monstre s’affaire à son entreprise de démolition du théâtre dérisoire et pathétique de l’édition « officielle ».

Face à ses règles d’adhésion, d’euphorie du liant, de l’illusion d’un avenir en amélioration, le geste romanesque de l »‘hygiéniste » d’un nouveau genre propose sa non-menclature, sa désillusion cruelle face aux démagogues volubiles auxquels il coupe la parole mais aussi le kiki.

La vindicte comique fait un sort aux assujettissements radicaux des prétendus éditeurs qui propagent des produits lamentables. Ratichaud propose son désordre dans la machine savamment huilée. Et c’est peu dire que le semblable, le frère de Delbourg, entame un sacré coup de torchon.

Par son humour, le romancier n’a cessé d’offrir la fraîcheur et la liberté du délié, du désaccordé ouvert à la jouissance – même s’il existe un peu d’effroi devant la puissance de perte que cela suppose.

Néanmoins, ce désaccord majeur fait vivre, rire et grincer la littérature. Courant le risque de ne pas retenir la vindicte (voire pire…), Ratichaud possède le souffle expressif qui permet de respirer enfin face au « freluquet » Malinois dont la fin était inéluctable. Le fils de la Chamaille en son « In Memoriam » aura donc bien fait le travail. Le résultat est un régal.

3 février 2019

[video] L’enterrement de Philippe Boisnard

Filed under: créations,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 5:49

L’enterrement est une courte nouvelle publiée par Philippe Boisnard dans La femelle du Requin au début des années 2000. Il a réalisé, avec pour rôle principal Vincent Boisselier, un court-métrage à partir du texte.
Dans cette création, réfléchissant à l’art vidéo, on croise des références aussi bien à Chris Marker ou Bill Viola.
Synopsis : Un homme marche avec un cadavre sur le dos. Qui est-il ? On ne le saura jamais. Où va-t-il ? Et qui est ce cadavre ?

2 février 2019

[Chronique] PISE (Poésie Indéfinie Sans Emphase – Hommage à Emmanuel Hocquard), par Fabrice Thumerel

Dimanche dernier 27 janvier disparaissait l’une des figures majeures de la modernité négative, Emmanuel Hocquard (1937-2019) : Libr-critique avait eu l’occasion de présenter le Colloque international qui s’était tenu sur son Å“uvre en juin 2017 à la Sorbonne ; la réédition de ses Élégies en 2016 dans la collection « Poésie » de Gallimard ; sa Terrasse à la Kasbah
L’impressionnante somme parue au printemps dernier est l’occasion de saluer un parcours singulier.

Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, 2018, 616 pages, 23,90 €, ISBN : 978-2-8180-4188-8.

« Ã‰crire, c’est aussi une école de lecture » (p. 304).

« Je crois avoir bien saisi dans son ensemble ma proposition à l’égard de la philosophie, quand j’ai dit : la philosophie, on ne devrait l’écrire qu’en poésie » (Wittgenstein, Remarques mêlées, cité p. 406).

De 1993 à 2005, Emmanuel Hocquard a enseigné à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux : à partir de 1998, son cours « Langage & écriture » s’est transformé en ARC (Atelier de Recherche et de Création), auquel on trouve un nom grâce à un autre acronyme, PISE (Procédures Images Son Ecriture). D’emblée, le poète arbore deux prises de distance. D’une part, aux termes de « création » et de « procédure » il préfère ceux d' »expérimentation » et de « dispositif ». D’autre part, il ironise sur la mode, importée des USA, des « creative writing » : comme si l’on devenait écrivain à coups de recettes… En fait, pour lui, ces ateliers d’écriture « sont surtout récréatifs : on y joue à l’écrivain » (p. 12).

Penchons-nous un peu sur PISE. C’est grâce à David Lespiau que nous pouvons disposer rassemblés en un volume des notes de cours (dont les fameuses leçons de grammaire, structurées par les trois notions : Ethique, Logique et Poétique – ELP), textes de création et lettres aux Pisans qui composent cette imposante somme placée à l’enseigne de Wittgenstein et de Deleuze. On y trouve bien entendu des exercices caractéristiques de ce type d’atelier : « procédure de fabrication du poème collectif » (323), « procédure expérimentale d’écriture : l’éponge » (371)… Sans oublier cette invitation adéquate : « Je me souviens de Pise. Trouver une forme » (221). En piste, les étudiants pratiquent le cut-up et le cut-out, mènent à bien leur tour de Pise jusqu’à produire un « voyage à Pise« … Et l’auteur n’est pas avare de jeux de mots : « Pise & Love », « Let it Pise »…

L’intérêt d’une telle somme réside dans les sujets traités : analyse critique du langage ordinaire (distinctions personnel/privé, morale/éthique, notion/concept…), écriture objectiviste, écriture discontinue, idiotie, séries répétitives/séries différentielles, ponctuation… Mais surtout dans les prises de position fondamentales. Tout d’abord, on ne peut être surpris que, dans un cours sur la tautologie – ce « modèle logique de vérité » (Wittgenstein) -, il préfère à la métaphore « la plénitude de la littéralité » (287). On est avant tout admiratif devant l’indépendance d’esprit du héraut de la modernité négative, qui a toujours su résister aux mots d’ordre, à commencer par ceux constitutifs de l’avant-garde : « La notion d’avant-garde ne peut se comprendre et s’expliquer que dans une perspective historique liée à l’idée de progrès, qui a marqué l’ensemble de notre culture depuis plusieurs siècles et fondé, au siècle dernier, ce qu’on a appelé la modernité » (408). L’histoire littéraire n’est pas en reste : « L’Histoire de la littérature est un agencement de mots d’ordre. Ça n’a rien à voir avec les faits : j’écris, je peins, je sculpte, je photographie, je filme, etc. L’Histoire littéraire, c’est la troisième personne du discours indirect, avec les verbes au passé : il a écrit, elle a peint, ils ont sculpté, elles ont photographié, etc. » (262). La Poésie même « est une réserve d’élection pour les mots d’ordre et les gros mots. Ils y pullulent et y prolifèrent ouvertement. Denis Roche avait raison de dire que la poésie est inadmissible, mais il avait tort d’ajouter d’ailleurs elle n’existe pas. Il est pratiquement impossible d’échapper aux mots d’ordre et aux gros mots quand on écrit de la poésie, parce que poésie est déjà un mot d’ordre. Quand vous voyez, imprimé sur une couverture de livre, le mot Poésie, Poème, ou, pire, Poèmes ou Poésies, vous êtes d’emblée confronté à un mot d’ordre » (246).

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