Philippe Boisnard _ moi bébé
Lecture faite au festival de Lodève [2006]. Le texte est extrait de Poéthique de la méchanceté Download Link
27 août 2006
[audio] Philippe Boisnard, moi bébé
[vidéo] Lecture de Julien Blaine [Lodève 2006]
Lecture de Julien Blaine, qui s’est déroulée lors du festival de Lodève [2006], sur la place de la mairie, en mémoire de Martine qui participait au festival de Lodève depuis des années.
voir :
26 août 2006
[Chronique] SIEGES de Christian Zorka
SIEGES est une narration poétique. Entre monde du conte, et monde contemporain, Christian Zorka décrit, selon une logique de déplacement poétique, tout à la fois le contexte de la prise d’otage de l’Opéra de Moscou, une Russie en doute sur elle-même en voie de capitalisme triomphant de façade. La première partie décrit le contexte intra-muros, dans l’urbs :
« les portes sont lourdes et les repas sont simples :
pissenlits, mauvaises herbes, toc toc.
(…)
Les derniers-nés ont des mentons fuyants
et des pouces sans victoires.
(…)
La stérilité est un mode de vie. »
Ce contexte apparaît comme dans un conte. C’est ce glissement qu’opère Christian Zorka : le référentiel est présenté dans une sorte de conte, cependant sombre, qui décrit une ville dominée par un Roi, qui trône dans le château.
C’est avec le deuxième exergue de la seconde partie que se révèle explicitement la référence : Nous buterons les terroristes jusque dans les chiottes, Vladimir Poutine.
La seconde partie (Le cirque) relate la prise d’otage, celle d’un opéra, et de sa résolution par l’intervention des agents spéciaux :
« les bronches se rétrécissent,
les bonhommes roulent par terre,
et les sauveurs n’ont pas peur,
ils peuvent entrer en trombe et buter les cadavres »
Ce texte de Christian Zorka, et sa recontextualisation poético-narrative de cette prise d’otage sont vraiment réussies, au sens où il fonctionne par une lente progression de la mise en lumière de la relation entre la narration et l’événement. Chaque phrase apparaît comme le dévoilement d’un nouvel élément permettant de lire cette relation. Du conte, on passe peu à peu au fait historique.
De plus, loin de tomber dans une sorte de manichéisme politique, il l’écrit in fine, à l’ouest rien de nouveau :
» De l’ouest se lèvent les gloussements
des « peuples épris de liberté » :
Voici la liberté :
« Personne ne nous mettra à genoux,
nous remplirons les paniers d’osier,
nous sommes prêts à vivre des siècles de peur ».
[Livre] SIEGES, Urbs flammis delebatur, Christian Zorka (Le Quartannier)
Christian Zorka SIEGES / Urbs flammis delebatur, Le Quartanier , isbn : 2-923400-10-0, 31 pages, 7 €.
Quatrième de couverture :
Cela pourrait se passer dans une salle d’opéra ou de ballet, entre une saillie de princesse et la survenue de bergers. Une annonce diffusée par les haut-parleurs interrompt la pièce : le roi qui faisait la guerre chez les voisins pour leur voler des dragées, a été assassiné. Bref, c’est le désordre, mais aussi le retour de l’ordre. Les spectateurs, affolés, montent sur scène et renversent les comédiens pour gagner les cintres et voir la rue par un oeil de boeuf.
23 août 2006
[création] Beaucoup Mieux seul de Claude Yvroud
Ce texte a été lu à Lodève le 30 juillet à la galerie art en cours. Nous avons proposé à Claude Yvroud d’en publier un extrait sur Libr-critique.
« La douche du matin soude quelques bribes incohérentes de la vie de H.
N toute à sa joie et ne sait pas pourquoi.
F préfère rire de tout pour ne pas se tromper.
Entre temps de l’eau à coulé sous les fenêtres de D.
Enlève moi mes anneaux E les uns après les autres que je commence mon numéro !
Aujourd’hui c’est aujourd’hui A et je n’ai pas à me justifier !
L’air que respire R est le même pour tous.
M n’est pas omnivore mais insatiable. »
[lire la suite] .
22 août 2006
[Livre] théoriRe, actes (essai), Denis Ferdinande
Denis Ferdinande théoriRe, actes (essai), Atelier de l’agneau , isbn : 2-930188-85-5, 101 pages, accompagné du DVD : » Dolly ou les oies sauvages » 15 €.
4ème de couverture :
« … la voix, telle voix comme il est plus que susceptible d’en passer dans l’air du temps, de qui passe et pense : « Où en est-on (où en êtes-vous, littérateurs) avec cela qui s’appelle « littérature » ? Que s’y passe-t-il encore ? Y a-t-il une justification (un sens) à cet « encore » de la littérature ? Qui peuvent bien être les acteurs d’un tel « encore » à l’heure où se pose la question de sa justification (de son sens) ? Quelle heure est-il d’ailleurs, ou alors : … de quand date-elle, cette heure ? Sauraient-ils — fût-ce un seul d’entre vous ces acteurs — se dérober à la question, voire : sauraient-ils s’y dérober si la question leur était posée de sorte qu’ils ne puissent s’y dérober ? Si oui, qu’advient-il ? Et qu’advient-il de la question si rien n’advient ? À l’inverse, qu’advient-il si aucun ne s’y dérobe ? »
Un essai — voire « essai d’essai » — essai de réponse, réponse si possible, en fait : façon (singulière) de réponse, à la demande — hier formulée par nombre d’aînés, non des moindres, à l’adresse des jeunes auteurs — de s’atteler à quelque chose comme la théorie-en-littérature… Théorire, donc : il y aura eu de toute évidence malentendu de ma part, ou alors aurais-je initialement souhaité répondre de façon stricte, avant la survenue de tel incident, fâcheux : l’auriculaire dérapant sur le clavier, faisant intervenir dans le mot « théorie » la lettre dont la chance voulait qu’elle ne fût pas complètement méconnue… Pas méconnue, en effet, depuis A. Jarry qui au début du XXème siècle » l’introduisit, puis reprise à bon compte par C. Prigent (Ceux qui merdRent) et J.-P. Bobillot (la FaRce cRachée de la pRoésie au XXème siècle). — Vous avez dit (et rit) « filiation » ? ThéoriRe, donc : ou un certain sens du toucher, au sens exactement mallarméen du terme (traduisez : » on a touché… à la théorie en littérature ! »). Toucher de prime abord irrecevable — est-ce à dire sacrilège ? — qu’il s’agira de maintenir comme tel afin d’explorer ou plutôt exposer, en tant que fable, le socle ou le principe de toute recevabilité en la matière. Est-ce à dire de façon toute théorique ? Ne serait-ce pas là précisément le risque, risque d’aporie ? Pour autant…
Denis Ferdinande est né en 1978 à Lille et vit actuellement à Montpellier. Il a déjà publié, chez le même éditeur, Critère du cratère (collection architextes), et anime la revue littéraire et critique Marge 707.
Premières impressions :
Ce texte, accompagné d’un DVD, se présente bien en effet comme un essai sur l’essai. Essai, non pas à comprendre en tant qu’objet intellectuel, formaté universitairement, mais essai compris dynamiquement, en tant que tentative. Ce livre se présente comme un essai : il regroupe par fragments, par grappes de remarques, par colonnades, par chapitres qui se juxtaposent, par textes qui sont biffés, ordonnés, un ensemble de remarques, d’injonctions, de détails, concernant cette question de la possibilité d’une pensée théorique concernant la langue, la poésie. Essai qui dès lors se découvre théorire : à savoir qui en chacun de ses instants vient nier le sérieux de ce qui est énoncé, le travestit, le parodie, en montre les mécanismes, les logiques, les stratégies et ceci par le glissement constant tout aussi bien de la langue que de ses argumentations.
D’emblée, le livre de Denis Ferdinande, frappe par sa qualité et sa maturité critique. De même le DVD, « Dolly ou les oies sauvages », film documentaire fictionné sur la possibilité de faire un film, de raconter cette histoire là dont il sera question, témoigne d’un travail très maîtrisé, entre Godard et Léo Carax.
À n’en point douter je reviendrai sur ce très bon livre de Denis Ferdinande en chronique. PB
20 août 2006
Lecture de Joël Hubaut [Lodève 2006] par Philippe Boisnard
Lecture de Joël Hubaut, qui s’est déroulée le 25 juillet au son des cigales lors du festival de Lodève. À partir d’une captation, réalisation d’un travail vidéo/son de philippe boisnard. Cette vidéo est la version v.1 de cette adaptation. Elle est conçue selon la prolifération sémiotique des éléments picturaux, qui ne sont rien d’autres que des fonts de caractères, des alphabets à tapoter sur le clavier.
voir :
16 août 2006
Présentation
Lire la présentation du dossier « Avant-garde, critique et théorie », écrite par Francis Marcoin, avec qui nous collaborons pour la réalisation de ce partenariat.
[recherches] Francis Marcoin : Le complexe d’Attila
Francis Marcoin [Université d’Artois]
Le complexe d’Attila
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15 août 2006
13 août 2006
Serge Martin, Situations critiques et théoriques de « l’avant-garde »
Serge Martin [IUFM de Caen]
Des identifications aux inventions, des formes aux rythmes, des termes aux relations Vive les poètes libres ! Situations critiques et théoriques de « l’avant-garde »
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10 août 2006
[chronique] DHead de Xki Zone, par Philippe Boisnard
Répétition et modernité
Une nouvelle fois, un livre très bien réalisé par Le Quartanier, qui s’attache à poursuivre l’exploration de nouvelles voix de la modernité. En effet ce texte, très graphique, en composition électroencéphalographique, se présente bien comme un portrait du cerveau pris et désintensifié dans le monde technologique, portrait alors du cerveau en lutte pour son propre être, en lutte contre la déperdition zombie qui touche les cerveaux du monde.
Cette déperdition est développée dès le début du livre : tout à la fois thématiquement et linguistiquement. Xki Zone énonçant l’annihilation du « je » et sa ligne de fuite salvatrice en soi, exprime le constat que la perte de soi est liée à l’ensemble des informations qui conduisent le moitête à n’être que The radio Head, une sorte de Cortex Mix. Et c’est par le jeu du langage qu’est témoigné de ce phénomène, jeu qui croise toutes les expériences modernes du détournement phonique, du glissement sémiotique qui travaillent la littérature depuis les années 60-70. On peut penser par moment à certaines associations créées par Verheggen ou encore à des rythmes prigentiens, même si ce travail linguistique de Xki reste inventif et personnel. Ce qui est critiqué tient ainsi à la zombification des individus dans ce monde saturé de messages/slogans et de technologies au point qu’il ne reste au moitête qu’un « micro monde avarié« . Le zombie = symptôme de l’époque, ce qui correspond à l’analyse classique de la société post-moderne, comme le rappelait d’une manière critique, il y a déjà longtemps (1983), Lipovetsky dans L’ère du vide disant que la dénonciation de l’époque tend à faire penser que l’individu ne serait plus qu’un « nouveau zombie traversé de messages« . C’est en ce sens que Xki Zone, rappelle la description classique du zombie :
« Le zombie ne dit rien, ne tait rien non plus
le zombie cultive le non-dit le non-tu
le zombie dit tout c’est sa manière de se taire
le zombie s’entête à dire
tout et son contraire » (p.15)
DHead est ainsi un texte critique, qui pose comme négativité le cerveau par rapport au monde. Ce que l’on retrouve dans la liste définitionnelle du moitête (p.19), qui croise les références à l’art de la folie ou bien à Artaud :
« le moitête est mystère dont le dépositaire est inconnu
Le moitête est nécessaire à la construction d’une identité psychotique
Le moitête ne se traite pas comme un appendice
Le moitête est inapte à la communication autre que glossolalique »
Ainsi derrière une réelle attention à la forme et à la dynamique de progression qui mène vers la possibilité masticatoire d’expression de ce moitête (référence à une poésie orale), ce qui est exprimé reste très convenu, emprunt des thématiques traditionnelles de la modernité et du ressassement critique qui la définit. La vision défendue de la modernité est en ce sens assez manichéenne et monolithe.
[livre] DHead, Xki Zone
Xki Zone DHead, éditions Le Quartanier , 32 pages, ISBN : 2-923400-11-9, 7 €.
4ème de couverture :
Et vox in tabula rasa, échos, symptômes, et vox en coulée gargouille, vous dit, vous dit, tout ce que le skull-être vomit de dB, de pathos, de délires, en dolby technicolor. Et le gore ne suffit pas, ni le stupre, ni la haine de soi, in vitro pourriture de l’ego gâchis, vous dit, vous dit, tout ce que les trépans ont foré, profond de profundis dans les tranchées nerveuses, jusqu’au bulbe en extinction, jusqu’aux neurones en friture, alors on comprend mieux le sens de cette mort cérébrale, dégorgée et scénarisée ici sous le nom de code DHead.
7 août 2006
[Livre] Joël Hubaut Re-mix épidémik — Esthétique de la dispersion
Joël Hubaut Re-mix épidémik Esthétique de la dispersion, éditions Les Presses du réel (col. écart absolu) , 320 pages, ISBN : 2-84066-160-8, 32 €.
4ème de couverture :
» Joêl Hubaut épidémique, en tout et partout, est une figure et une force excentrique dans le paysage de l’art contemporain en France : hors limite, irrégulier, à l’entrecroisement des domaines (dessinateur, peintre, vidéaste, chanteur, écrivain, organisateur d’événements, enseignant). C’est une entreprise proliférant qui zigzague en France depuis plus de trente ans.
Si l’art est Action alors Hubaut est un actant qui construit des échanges et des interactions. Artiste trans-media, doué d’une énergie centripète et centrifuge, il est l’architecte mobile d’une chaotique trans-historique. Oeuvre vivante en gestation permanente, Hubaut est devenu une entreprise de projets collectifs, en utopien rebelle à toutes les soumissions. On the road, avec Kerouac et Pelieu, Satie et Duchamp, Picabia et Beuys, Malevitch et Filliou, Pierre Dac et Rabelais, Fourier, Brisset, Artaud et Luca. Vociférateur burlesque, tendance carnaval, Guignol et Pinocchio, terrien et vivant. Cette première monographie donne le ton de la sarabande qu’il danse depuis 1972 et les divers témoignages tentent de cerner (avec ses commentaires) ses activités dipersives et mouvantes
La collection l’écart absolu, dirigée par Michel Giroud, se consacre aux formes de pensée novatrice, dans les arts, dans le domaine social et spirituel, refusant la frauduleuse séparation entre la transformation sociale et l’innovation esthétique » »
Premières impressions :
Livre extraordinaire aussi bien quant à sa confection (de très nombreux documents couleurs, de nombreux dessins des projets d’installations et de performances), que quant à la présentation du travail de Joël Hubaut : d’assez bonnes préfaces — qui cependant n’interrogent pas assez la question politique, comme nous tenterons ici d’y revenir —. Cet ensemble donne un aperçu de l’ensemble de la trajectoire de Hubaut et permet de saisir une réelle cohérence dans cette diversité d’expériences qui le caractérise. Un livre essentiel pour qui s’intéresse aussi bien à ce créateur de génie qu’à l’art contemporain français. PB
articles en rapport à cette entrée : [Chronique sur Lissez les couleurs (Aldante) par P. Boisnard] [lire +]
vidéo en rapport à cette entrée : [Lecture à de Joël Hubaut Lodève-2006 remixée P. Boisnard] [voir]
6 août 2006
[CD audio] R de Sébastien Lespinasse
Sébastien Lespinasse R, éditions Pneuma 01 , CD 15 pièces sonores, 12 €.
renseignements : seblesp@voila.fr
commande : Sebastien Lespinasse – 20 rue Henri Moissan – 31200 Toulouse
présentation par Sebastien Lespinasse :
» Les poèmes partitions présentés ici ne sont que des points de départ pour construire des improvisations vocales et verbales. Tous ces textes – ou prétextes devrais je dire – ne cessent de se réécrire au fur et à mesure que je les interprète, ils ne sont en aucun cas fixés, ils dessinent seulement pour moi une direction à suivre, un chemin possible entre le sens et le sensible. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas hésité à faire entendre sur ce disque des versions différentes d’un même poème »
Premières impressions :
C’est à Lodève que nous avons découvert et rencontré Sébastien Lespinasse. Qui apparaît comme l’un des poètes sonores les plus remarquables de la jeune génération. Nous l’avons entendu lors des soirées off à l’atelier de Sophia Burns et Karim Blanc, soirées organisées par Franck Doyen 22MdP. Outre le fait qu’il soit un très bon lecteur (travail de voix, travail d’intonation, de bruitisme, de respiration), ses poèmes-partitions réfléchissent en plus intensément la tradition de la poésie sonore née depuis le début du siècle. Loin de toute fausse originalité, ou encore de jeux quelconques comme on peut l’apercevoir de temps à autre chez certains poètes sonores qui confondent calembours ou jeux de mots avec poésie sonore, Sébastien Lespinasse réfléchit dans chacun de ses travaux la question de la densité sonore, de son rapport à la langue et à son contenu. C’est pourquoi aussi bien les 4 versions du poème R que les 2 versions du poème Z, ne sont pas accessoires, mais témoignent de la réélaboration, de la réécriture sonore de chaque interprétation. PB