Libr-critique

30 mars 2014

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de mars – jour de second tour des municipales, pour la petite histoire -, on commencera par méditer sur le Libr-clin d’œil de Cuhel sur la démocrazie. On ne manquera pas, ensuite, de lire l’appel de la revue Nioques. Enfin, des Libr-événements à foison : Michel et Monique Pinçon à Lille ; Eric Sadin, Eric Chevillard, la soirée Flammarion, Sandra Moussempès, Virginie Poitrasson, Véronique Pittolo à Paris ; les éditions de l’Attente à Bordeaux (avec Jérôme Game) et au Poulinguen (avec Eric Pessan)…

Libr-clin d’oeil de Cuhel : DÉMOCRAZIE

Salut les Bellezâmes ! – pour qui le vote est l’action politique à la portée des caniches.

DÉMOCRAZIE

Droit de voter
de vovoter
de revoter
de reroter
de vivoter
d’ex-voter

Droit au tout-à-l’ego
droit au tout-à-gogo
droit au tout-au(x)-gogo(s)
Démogogolisez-vous !
Démogogolissez-vous !
Démomolissez-vous !

Droit d’être gaveur
gaffeur
baveur
acheteur
spectateur

Droit d’être hystérhic
boulimhic
anorexhic

Droit de panser
crever
dé-penser

Droit d’être marrant
engageant
conciliant
transparent

Droit de niquer
de communiquer

Droit de voir
d’être vu
de ne pas savoir
de se faire avoir

Droit au ressenti psychométéorologique
au déni psychopathologique

Droit au cynisme
au voyeurisme
au vampirisme
au populisme

Droit au choix entre

kapit®@lisme™ 1 = devoir de servir à
vous asservir
l’immondyalisation
libérer la fin’démence

kapit®@lisme™ 2 =Liberanalité
EgalAustérité
Fraterniqué
Libérez la liberté des libéranaux !

kapit®@lisme™ 3 = droit à la démosecturité
au lisse et à la police
lissez vos peaux et drapeaux
lissez vos fanions, vos croupions et vos opinions
lissez vos races
lissez vos traces
lissez-vous !
listez-vous !
vissez-vous !

 

TOUS POUR NIOQUES !

Nous relayons l’appel de la revue Nioques, l’un des piliers de notre modernité littéraire.

" Comme vous le savez peut-être, après avoir quitté les éditions Le mot et le reste, Nioques a pris un nouveau départ adossée aux éditions de la Fabrique, via une convention aux termes de laquelle l’éditeur fait bénéficier la revue à la fois de son imprimeur et de son diffuseur, et ce, depuis deux numéros. “Adossée” signifie qu’il s’agit d’un partenariat, l’association « Nioques-Outside » restant l’éditeur de la revue les frais de fabrication et les coûts d’impression sont à sa charge.  

Cette situation nouvelle nous a conduits à ouvrir une campagne destinée à nous faire retrouver un nombre d’abonnés suffisant pour envisager la publication de nos deux prochains volumes dont les sommaires sont d’ores et déjà en notre possession.  Il se trouve par ailleurs que les critères permettant de solliciter l’attribution d’une « aide aux revues » auprès du CNL ont été sensiblement durcis, si bien qu’en l’état actuel des choses il ne nous est plus possible de solliciter une telle subvention, alors même que le CNL a toujours soutenu la revue de façon significative, depuis ses premiers pas en 1990.  Un tel soutien, nous n’en doutons pas, nous serait de nouveau accordé, si nous retrouvions un mode de fonctionnement stable et conforme aux exigences en vigueur.

C’est pourquoi nous sollicitons aujourd’hui l’aide de  tous ceux qui ont participé à l’aventure Nioques, que ce soit en tant que lecteurs, ou comme auteurs, écrivains, poètes ou artistes. Nous avons besoin d’abonnements supplémentaires pour sortir de ce moment difficile, pour mettre en fabrication le volume qui devait paraître ce printemps, et pour prétendre à une nouvelle aide de la commission dont nous dépendons au CNL.   

Si vous ne pouvez pas vous abonner, vous pouvez néanmoins manifester votre soutien par un don de l’ordre de vingt euros, ou davantage si vous le croyez possible

Merci d’avance à tous. "

♦ Pour soutenir concrètement la revue :

abonnement pour deux numéros

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code postal ville pays

téléphone

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pour deux numéros
• France : 42 euros + 7 euros de frais de port : 49 euros
• Étranger : 42 euros + 14 euros de frais de port : 56 euros
• Règlement par chèque ou mandat à l’ordre de Nioques outside
• Virement à l’ordre de Nioques outside
iban : fr 76 1460 7000 8266 0135 7916 058 / bic : ccbpfrppmar
Facture sur demande
Bulletin à retourner à :
Jean-Marie Gleize
"Les Cèdres", 62, boulevard Jean Giono
04130 Volx (France)
pour toute demande, écrire à nioques@gmail.com

Libr-événements

â–º Débat public sur la "Violence des riches" – Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot – 1er Avril 18h30 à Science Po Lille

ATTAC, les Amis du Monde Diplomatique et Espace Marx
vous invitent à un débat public avec

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Le mardi 1° avril 2014 à 18h30 à l’IEP de Lille (Sciences Po),84, rue de Trévise, métro Porte de Valenciennes

LA VIOLENCE DES RICHES

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dressent le constat d’un monde social fracassé. Fracassé par quoi, par qui ? Par une violence de classe, une classe qui n’est pas sans visage, pas sans acteurs ni sans stratégies. Cette violence est organisée, d’abord, par « les plus riches parmi les riches », avec leurs réseaux d’alliés. Cette classe oligarchique est celle des grands patrons, financiers, hommes politiques, propriétaires de journaux, intellectuels « chiens de garde »,experts aux ordres. Les dirigeants politiques, alternance ou pas, ont une part écrasante de responsabilité dans l’exercice de cette domination. Une caste casse le reste de la société. Les modalités d’une contre-offensive existent pourtant.

â–º A l’occasion de la parution de Softlove aux éditions Galaade, Etienne Armand Amato s’entretiendra avec Eric Sadin : jeudi 3 avril à 20H, Le Monte-en-l’air (71, rue de Ménilmontant 75020 Paris).


« J’enclenche la montée graduelle de l’intensité lumineuse que je décide vu l’historique passablement agité de son sommeil d’ajuster degré ultrasoft > 77 lux | Elle redresse son oreiller contre le mur s’y adosse les yeux tendus vers un interstice des volets j’opte pour une ambiance chromatique abricot méditerranéen douceur pastel que je sais bienvenue l’entends aussitôt dire : ʺC’est bien comme ça tellement bien si agréableʺ | »

Un système intelligent connaît tout de la personne dont il a la charge exclusive, l’accompagnant à chaque instant de son quotidien. Administration domestique, assistance professionnelle, conseils sur des offres commerciales avantageuses, alertes à l’égard de risques imminents. À toute heure du jour ou de la nuit, cette entité invisible et omnisciente est programmée pour anticiper ses désirs. Or la machine tombe secrètement amoureuse…

Softlove relate vingt-quatre heures de la vie d’une femme à travers le regard avisé et éperdu de son assistant numérique. Cette fiction à la langue précise et fluide poursuit la réflexion que mène Éric Sadin à l’égard de notre environnement technologique contemporain.

 â–º Vendredi 4 avril à 19H, Nospheratous, expo photo et collage de Tomagnetik, MANIFESTEN (cf. photo en arrière-plan) / Al dante (59, rue Thiers à Marseille).

 â–º Samedi 5 avril 2014 à 20H, Maison de la poésie de Paris : lecture par Christophe Brault du Désordre Azerty de Eric Chevillard.

 â–º Les 4, 5 et 6 avril 2014, de 10h à 19h, stand L 23 à l’Escale du livre de Bordeaux, RV avec les éditions de l’Attente (présentation des nouveautés et d’une partie du catalogue).

Vendredi 4, performance "Fabuler, dit-il" de Jérôme Game (texte, voix) et Olivier Lamarche (musique), salle de l’Atelier à 18h30. A l’issue de cette performance, signature de Jérôme Game pour son livre DQ/HK.

 

â–º Soirée SPRING BREAKERS le 8 avril à 19h30 : Sandra Moussempès vous attend pour fêter l’arrivée du printemps et questionner le lien entre poésie et cinéma à la librairie Texture (94 av. Jean-Jaurès 75019 Paris, métro Laumière). Voici la présentation que l’auteure en fait elle-même :

" Je lirai pour cette soirée une majorité de textes inédits extraits de mon prochain recueil à paraître dans la collection Poésie/Flammarion début 2015, mais aussi de livres précédents, autour de Mulhohand Drive de David Lynch, Zabriskie point d’Antonioni, Code : inconnu de Pete Haneke et de Spring breakers d’Harmony Korine, avec comme figure centrale, le personnage féminin, silhouette dissonnante ou héroïne flottante.

Je présenterai également une performance sonore sous forme d’audio-poèmes afin d’évoquer une certaine Californie intérieure, toute cinématographique avec en vrac des passages d’icônes préfabriquées, du groupe Cocteau Twins, de Sharon Tate, de chirurgiens esthétiques, de piscines et catalogues rouges sang.

Mon invitée pour cette seconde soirée sera Virginie Poitrasson, poète, plasticienne et performeuse qui proposera une lecture performée « surprise » en réponse à ma propre proposition.

J’évoquerai avec elle ainsi qu’avec l’audience les « découpés visuels », plans séquences matérialisés puis textualisés sous forme de fragment. En quoi le cinéma devient-il support métaphorique de l’écriture, passant de l’image muette à la bande-son, comment s’intervertit le désir d’une réappropriation sensorielle, entre cosmétologie de l’inconscient et choix formels.

Une réponse est-elle possible ? "

â–º Les 11, 12 et 13 avril, RV avec les éditions de l’Attente : stand au salon du livre "Nau Belles Rencontres" (Le Pouliguen – 44), pour la sortie du livre d’Éric Pessan, Le Syndrome Shéhérazade.

Dimanche 13 avril, Apéro lecture-rencontre-signature, Salle Baudry à 12h ; à 15h, table ronde : "Un salon d’éditeurs, quel rôle pour la chaîne du livre ?" Animée par Éric Pessan, avec les éditions de l’Attente, Les ronds dans l’O et Quidam.

â–º Mardi 15 avril à 19h, rencontre / lecture de Véronique Pittolo à la librairie Texture (Paris 19e) pour son livre Une jeune fille dans tout le royaume, qui vient de paraître aux éditions de l’Attente dans la collection "Propos poche".
Librairie Texture
94 avenue Jean Jaurès
75019 Paris / Tél. : 01 42 01 25 12

28 mars 2014

[Livre-chronique] Giovanni Fontana, Déchets, par Emmanuèle Jawad

L’examen des rejets produits par une société permet d’en dresser une critique virulente. Giovanni Fontana replace le politique au centre et l’auteur dans l’engagement, questionnant un système dans lequel « la poubelle est précisément le masque tragique de la consommation ».

Giovanni Fontana, Déchets, préface de Serge Pey, Dernier Télégramme, 2014, 208 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-917136-70-6.

 

Il s’agit ici de considérer les déchets issus des productions et consommations (déchets d’équipements électriques et électroniques, matériaux toxiques, solvants, pollutions, déchets organiques, nucléaires…) en prise étroite avec la société qui les produit et de percevoir les formes les plus radicales de rejets auxquelles se prête une société, par la mise à l’écart, l’exclusion d’individus (dans des camps, des bidonvilles, des ghettos, des décharges…).

«  Etre rejeté et expulsé (…)

N’est pas un hasard que nous

soyons parmi les vies écartées.

Rejetées.

Dans la vie des déchets. »

 

La société capitaliste, dans sa production massive, n’offre plus qu’un « produit culturel bien normalisé » dans lequel « la technique de la pollution de l’imagination » est mise en œuvre et dont le système de consommation s’avère fondé « sur la génération d’un état de perpétuelle insatisfaction » .

 

Le texte est scandé par un leitmotiv – « Pas par hasard » – situant le rôle, l’intervention et la responsabilité d’un système dans cette « apocalypse », reprenant ainsi le titre de la préface de Serge Pey. Les lieux sont divers dans leurs situations géographiques (Chine, Naples, Afrique…) et leurs formes d’exclusion (camps de réfugiés, ghettos, décharges…).

 

Le texte, dans une recherche typographique, incorpore des mots de polices différentes, insérées parfois au sein d’une même phrase, se heurtant visuellement par leurs styles et leurs tailles, souvent dans de très gros formats.

 

Le travail de montage permet de prélever et d’assembler des éléments appartenant à des registres différents, ayant trait au textuel et à l’iconographie. Une quarantaine d’images (souvent en doubles pages ou par quatre), alternent avec des textes, ces derniers faisant l’objet eux-mêmes d’une composition par assemblage, collage et alternance de discours politique, poétique, critique. Des parties du texte, adressées au sociologue Zygmunt Bauman, l’interpellent. Une séquence du texte fait référence également à Pier Paolo Pasolini.

 

Les écritures introduisent des phrases en boucle et contaminent les images, desquelles s’échappe de l’écrit, rendant effective la porosité entre texte et image. Cet assemblage d’éléments, comme une superposition de voix simultanées dans une bande-son, s’organise avec les montages iconographiques que Giovanni Fontana réalise à partir de dessins, partitions de musique, bandes-dessinées, dessins animés, photographies, imagerie médicale radiographique. L’image apparaît déchirée tel le papier d’un journal. Des fragments humains (partie d’un visage zoomé, partie d’une chevelure) sont représentés, des individus enfermés dans des camps (clôtures, barbelés) ainsi que des fragments d’objets. Les images dans leur montage associent également les arts dans leur pluralité (représentations de partitions musicales, négatif de film, reproduction d’une peinture…). Les bribes de textes issus des images sont, quant à elles, en langue italienne. Le livre Déchets, écrit directement en français, s’appuie sur un livre italien de Giovanni Fontana «  Questioni di scarti », La question des déchets. La préface intéressante de Serge Pey permet de resituer le travail de Giovanni Fontana en lien avec les penseurs de nos sociétés contemporaines. Déchets prend la forme ainsi d’un manifeste dans lequel Giovanni Fontana livre et suscite une critique acerbe de notre civilisation.

 

 

26 mars 2014

[Chronique] Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique, par Jean-Nicolas Clamanges

Suite à la première présentation du livre, voici la lecture lumineuse de Jean-Nicolas Clamanges – que nos Libr-lecteurs connaissent bien maintenant.

Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou, éditions de la Revue des Ressources, février 2014, 146 pages, 10 euros, ISBN : 978-2-919128-07-5.

[Ce volume reprend A.R.N. – que nous avons eu le bonheur de publier dans le dossier Claude Favre en 2013 – et Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre, développe Comme quoi un mot est un galop et propose Précipités].

 

Certains écrivains sont des sismographes : ils anticipent les désastres en voie de coagulation dans leur époque, et sans doute les précipitent au sens chimique du terme, voire en son sens historique, comme des accélérateurs. Précipités est d’ailleurs le titre de l’un des ensembles du recueil, et quant à l’accélération, un autre titre se passe de commentaire : Comme quoi un mot c’est un galop. À lire Claude Favre, si la langue va mal, c’est qu’elle est fille d’un siècle en ruines (le précédent) et si elle survit, c’est pour rire en pleurs faute d’espoir car c’est devenu « un drôle de mix » ; c’est en effet un précis de décomposition in process que livre son A.R.N. agencement répétitif _ voyou, composé du texte éponyme suivi de trois autres ensembles dont une réédition (Interdiction absolue de toucher les filles même tombées par terre, éd. Cousu main, 2011).

« Zoom la pagaille la langue »

Dans cet accélérateur de particules verbales qu’est l’emportement de son écriture, la langue est soumise à de telles vitesses mentales et à de telles contraintes formelles qu’elle y entre en mutation : les liaisons grammaticales fondamentales se déchirent ou disparaissent, les syntagmes implosent, les mots de liaison se volatilisent ou se regroupent vaille que vaille en chaînes aléatoires. Quant à la ponctuation, soit elle disparaît quasiment, soit elle combat rythmiquement ce qui reste de la syntaxe de l’écrit avec les scansions de l’oralité.

Par exemple :

Elle, dit, d’efforts à je suis de, n’être suis si
je n’ai, tant pis pour moi si la mort est plus
cruelle que la vie, elle dit je n’ai plus la tête à,
trésor en peines, tous les gens dans ma tête
qu’on enlève, l’hôpital en bras-de-fer avec
la charité, la mort est ma vivante elle dit,
parodie elle dit, qu’on me l’enlève, et litres
litres de sang rouge ça vif tort travers belle
nature traduis elle dit, qu’on me l’enlève,
je suis fatiguée
                                                  A.R.N., p. 33

Imaginons la langue comme une nébuleuse autour d’un trou noir qui aspire violemment toute matière verbale attirée dans sa proximité et dans lequel disparaissent en vrac tous les vocabulaires possibles, toutes les façons de dire, du plus trivial de l’expression au plus littérairement sophistiqué, où « elle s’en va jusqu’à trop & tard & tohu plus que diable bohu » (Précipités, p. 86). Supposons votre esprit suffisamment éloigné du trou pour ne pas y passer mais assez bien équipé pour observer ce qui s’y perd en tourbillons affolés, que verriez-vous passer ? Le tohu-bohu, c’est la Genèse ; mais aussi Le Bateau ivre : « Et les péninsules démarrées/N’ont pas subi tohus-bohus plus triomphants » ; et puis la mythologie « parce que des enfers descendus sont revenus Gilgamesh, Dionysos, Orphée et Tirésias et Énée » ; d’ailleurs la voilà l’Énéide, avec le mythe de Palinure, ce pilote d’Énée voué par les dieux à périr sacrifié en échange de la vie de tous, si bien « _que Palinure plouf à la mer s’est fait la belle » ; plongeons, chutes, sauts et vertiges, c’est l’axe de chute dans le champ gravitationnel du temps humain :

_à traverser les bouches précipités d’histoires
quand Kafka dans son journal évoque si
fréquemment le saut par la fenêtre comme
unique solution
                                               Précipités, p. 117

Défilent des lambeaux de récits des atrocités sans précédents du XXe siècle : les meurtres déguisés en suicides par les tortionnaires, les massacres en masse, les dictateurs qui monnaient leurs peuples, et Primo Levi récitant Dante à Auschwitz « pour se dire vivant se dire je suis un être humain ». S’emmêlent à cela les paroles, comme citées de mémoire, de la misère, de la faim, du froid et de l’extrême solitude de la grande pauvreté contemporaine :

Un corps traversé du froid c’est crispes an-
kyloses, est-ce le temps qui se ralentit, ou
est-ce le cœur, sécessions, faims amères et,
relents sens dessus dessous et, esprit lent, elle
dit non, ce n’est à côté rien, loin de, non,
voudrais me taire, taillé cœur, nos réveils
lents, que de plus nous, quand certains
geignent vacances certains dorment sous
des tentes l’hiver dehors, dorment on dit,
café chaud
                                                      A.R.N., p. 41

Et puis tous les lexiques : les mots du besoin, du désir, de la souffrance, ceux du corps, de la mémoire et de l’amour, ceux du déchet et de l’avoir, du cosmos et de la poussière, du silence et des mots, de l’insomnie et de l’extase, de la métaphysique et du quotidien, des humeurs et du sang, des tempêtes et de l’aridité, de l’animalité et de l’angélitude, de l’art et de la barbarie, du dicible et de l’ineffable, de la mort et de la joie et de la farce aussi : comme un abrégé de tous les langages, parlures, styles, tons, niveaux de langue tournant en sorte de maelström dans un creuset sorcier qui aurait l’échelle de l’infini, « un drôle de mix » :

scories des langues, beautiful crânes,
calvaire variante oh les beaux, tempes
hurlent j’entends mes loups chambres
d’échos, alors que finira, beau pas q’un
peu fou bestiaire comme quoi un mot
mâchoires, à langue la pendouille, bien
pendue crocs, mal ma tête, est-ce tête,
plus qu’un plus qu’un, galop fracturé,
contre les tempes du labyrinthe, vous
m’auriez dit vous dites du sang mon
amour votre bouche c’est du sang,
j’aurais dit, sans doute ut pictura poesis,
un peu panache à mal encontre, toujours
un tantinet […]
         Comme quoi un mot c’est un galop, p. 73

Dans le cosmos, un trou noir s’observe par déduction car on ne peut pas le voir, la lumière y étant capturée comme le reste par la densité du champ gravitationnel. Ici, on nous donne l’illusion du direct parce que les textes sont presque tous adressés, que l’infinitif et l’indicatif y tournent à plein régime, nous procurant l’illusion d’assister à la chose (même si aucun des autres modes n’est exclu, en particulier le conditionnel, mode des possibles), que la syntaxe tend à la concaténation, à l’agglutination en chaînes de mots ou au contraire à leur dissémination, comme si nous assistions, le temps d’une lecture, à un abrégé de l’histoire de la langue passée, présente et à venir :

[…] les heures ça tourne, nous arrange
ça débande, aveuglé, pas drôle des
fois, d’envies faire tant pagaille, des
fois boules, ça tourne, matins bonjour,
matins traduire, encore et déjà, qui
noue le corps la langue ça tourne, et
quelquefois pire, qu’il m’en souvienne
          Comme quoi un mot c’est un galop, p. 65.

 

« La grammaire ça échappe »

Parfois, on dirait qu’on nous emmène au cœur de la spirale où tout s’engendre et se défait. Ce n’est pas pour rien que le titre A.R.N. est décalqué de la chimie du vivant où, nous dit l’encyclopédie, l’acide ribonucléique est une copie, une transcription, autant dire une traduction engendrée à partir de l’ADN en double hélice dans le noyau des cellules : « hélice force motrice c’est-à-dire la vie pousse, succombe, implosive, preuve de l’inexistence de dieux » (p. 52). Et puis le verbe traduire qui engage ici une genèse balbutiante, comme d’après déluge, comme un recommencement du désir de dire-vivre, tel un « agencement répétitif névralgique » où les noms sont encore mal différenciés des verbes :

c’est pas dit, de traduire c’est pas dit,
d’extension débandades, d’apercevoir
ce n’est pas rien, et des fois pavanes,
ça surprises des fois, et des fois aussi
gambades, et dépouilles, ça fait toute
une histoire assombrie, ça colle aux
basques, l’effroi, certains soirs sont des
riens, vous comprenez mon amour,
ce qui palpite, de parler, de parler
commencer à, de parler commencer,
on ne sait quoi, on ne sait quoi des
dépouilles, faire quoi, sinon traduire à
l’envers à l’endroit, en dérives […]
            Comme quoi un mot c’est un galop, p. 64.

Écrire procède d’absence : il manque des mots : pas d’adjectif en français « pour dire qui ne pleure pas » ; les dictionnaires se trompent : contrairement à ce qu’ils prétendent, « abominable veut dire qui ne peut pas avoir de nom » ; et puis la mort n’est pas un substantif « mais un verbe malmené, défectif » ; quant au verbe se rendre, il n’est pas classé dans la bonne liste, le bon paradigme, car c’est « un verbe insistant, ça ne peut être qu’après, après le chaos, après apprendre » ; la grammaire n’est pas si morte ou si formelle qu’on croit (Baudelaire l’avait dit et pratiqué), « dire est un verbe qui bouge », il faut inventer une « grammaire vivre ». Et c’est tout un art. En principe, on considère que la poésie s’occupe de ça pour l’essentiel, cependant, méfiance :

Elle dit sables mouvants elle dit poussière de
foin, elle dit blatte dans la soupe, elle dit on
ne peut pas me séparer de la vie elle insiste,
brutale, si, il faut attaquer la poésie […] elle
dit bravo, ne ménagerai mes points de fuite
                                                  A.R.N., texte d’ouverture.

C’est dans la série intitulée Précipités qu’on trouve, à peu près au centre de l’ensemble, des textes qui disent de quoi il retourne, en mode d’ailleurs aussi facétieux qu’énigmatique. Quelques mots ici de la structure de cette série qui exhibe assez ouvertement les paramètres formels dont les variations règlent moins ostensiblement l’agencement des textes de tout le recueil : marquage des frontières par tiret bas ou par crochets ; présence ou défaut de ponctuation ; usage de l’esperluette ou conjonction « et » ; énonciation à l’indéfini ou à l’impersonnel, énonciation en Je explicitement adressée ou non, et leur mélange aussi ; nombre de lignes des textes, disposition en paragraphes ou en versets séparés par un, deux ou trois blancs typographiques selon les cas, etc. Cela donne cinq dispositifs textuels agencés et enchaînés fermement selon différentes combinaisons de ces paramètres, sans négliger les transitions entre les agencements, ni la place réglé de deux citations (l’une de Vitez, l’autre de Quignard) qui annoncent deux thématiques majeures de l’ensemble. Du travail d’orfèvre, ou de fée brodeuse (mais l’énonciation évite absolument le féminin, à la différence des autres ensembles du recueil).

C’est aussi un ensemble très questionneur, voire auto-questionnant, particulièrement à partir de la petite série intitulée « Devinettes », qui débouche sur une réponse en forme d’énigme joueuse qu’on peut lire comme une sorte d’art poétique à l’envers :

[On ne sait quoi ni répondre que cette
question -sous des dehors facétieux s’en
cache- est celle de l’art ; c’est-à-dire
l’œuvre. Ajustement, des histoires d’histoires
& carcasses.
Tendre des cordes sur les murs ?
L’occasion de se faire entendre, rien de plus.
Qu’entendre ?
L’histoire de quoi qu’entendre ?
Suspections ? Inspections ? Beau voir.
Quel œil quand le doigt sur la bouche ?
On se concentre -désir fait décalage- &
voilà on ne sait plus, on se mêle pinceaux
& corbeaux.
On s’enrage trompettes, on fait l’ange.
De quoi que voir saisir ?

Une façon de glisser ?]
                                       Précipités, p. 107

« Le doigt sur la bouche » est la troisième occurrence d’une formule apparue dans les pages précédentes, qui dit muettement le secret, l’exigence intimée de tenir sa langue (c’est aussi une figure classique du dieu Harpocrate, censé signifier le silence des initiés sur les mystères d’Isis dans l’Antiquité). Autrement dit, c’est la nécessité hermétique de l’art qui se trouve à la fois affirmée et questionnée ici : on touche peut-être le fonds mallarméen (ou trobar clus ?) de la poétique de Claude Favre, selon une interrogation sur ce que fait voir le dire, autrement dit sur ce que peint la voix et ce que figure ou représente l’œuvre, comme si l’inusable ut pictura poesis, qu’on avait lu plus haut se trouvait renversé en disjonction – en contre-ut ou en contre-comme, si l’on peut dire : « l’histoire de quoi qu’entendre ?» La réponse est qu’on ne sait plus, sinon que dire-entendre-voir-saisir, etc., tout cela est glissade à la chute.

 

« On préfère renseigner les frontières »

Pourtant, il y a peut-être (ou peut-être eu) une alternative vers le haut, une sorte d’escalade : quand je lis « tendre des cordes sur les murs ? », je pense à cette phrase des Illuminations : « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » Le mot « cordes » apparaît un peu en amont, lié au mot « ombrage » dans un verset au passé qui semble évoquer une rébellion vitale : « On était prévenu contre. Perdu la tête, on manquait d’air. Par cordes, ombrages, de langues prévenu ». Sur la page d’en face, en revanche, quelqu’un paraît plus calme : « Il existe aussi ce que certains appellent l’oubli, on dépose les cordes on ne prend pas ombrage pour un oui non, on n’est pas loin de la langue, celle des autres ». Pas loin, mais pas dans : une sorte de paix armée en somme, à l’égard de cette langue étouffante : « on cherche des mots » est la phrase suivante, elle conclut la page.

Rimbaud danse sur les cordes de ses métaphores inouïes et se ramasse: « Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! » (« Adieu », Une saison en enfer). Dans Précipités, quelqu’un dit qu’on sait bien ça, qu’ « on regarde la danse des plongeurs tellement/qu’on ne sait plus », sauf que tout tourne à perte, cf. Icare : « _une si petite mer intérieure s’y jeter c’est déjà fait » – car enfin tout défaille :

[On n’est pas toujours bien équipé.
On sait des cœurs lourds le plongeon. On se
trompe dans les mots & plombs.
Un cri nous rappelle. Alors on regarde les
corbeaux mais où ils vont.
On s’emmêle les souvenirs, y a du collage
, contes et défaits. Cela peut coûter cher à
chercher forces quand raison n’est.
On se mêle aux cordeaux & trompettes mais
où elle va la langue on peut se demander
pourquoi on a failli on peut se demander.]
                                                 Précipités, p. 100

Beaucoup serait à étudier de ce côté des contes, des corbeaux-augures, du montage, en lien avec d’autres contemporains (je pense au travail de Philippe Beck sur Grimm dans Chants populaires), mais je fais l’impasse pour m’en tenir au travail du texte avec l’ancien vers et ce qui s’y dissimule ouvertement, si j’ose dire (c’est le côté facétieux de Claude Favre). J’entends ici une citation d’un fameux monostiche d’Apollinaire : le poème « Chantre » d’Alcools :

Et l’unique cordeau des trompettes marines.

On pense au cordeau du maçon ou du jardinier qui dessine la ligne virtuelle d’un mur ou d’un semis. Dans Précipités, Ce thème est inscrit dans une suite de quatre versets dont voici le second et le troisième :

_le doigt sur la bouche bornoyer on peut se
demander et pourquoi se jeter

_pleine tête tempête les vendanges sont
faites qu’est-ce qu’on perd à
                                                 Précipités, p. 104

Bornoyer, c’est cligner de l’œil pour vérifier un alignement, sa rectitude. Traduction : à quoi ça sert encore d’aller à la ligne dans la langue ? Et pour vérifier quoi ? Pour chanter quel air quand « le monde radote en magasin », quand « on se bluffe trompettes on se trompe et blues » ? Circulez, plus rien à voir : est-ce que tout n’a pas été déjà fait dans cet ordre, pourquoi semer au cordeau quand les vendanges ne sont plus à faire ? Et risquer sa tête dans l’affaire ? Traduction encore, pourquoi s’acharner à écrire des ‘blocs justifiés’ (comme dans Des os et de l’oubli ou Pas de titre ni rien et peut-être encore ici) pour faire parler autrement la langue en la comprimant à mort entre les marges, sachant que « poésie c’est crevé », comme l’a écrit Denis Roche au siècle précédent ? « [… Aussi il arrive qu’on ne soit pas loin de dépasser les bornes, même si quelqu’un./Cela arrive mais./C’est trop tard./Pourquoi on ne sait pas. C’est trop & tard & pourtant./On préfère renseigner les frontières.] »

Travailler aux frontières, aux bords, à flanc d’à-pic. Par exemple avec des tirets soulignés, des crochets, des paragraphes aux lignes comptées, des points à la ligne ou pas de point final, et tout le reste ; et puis encore (surtout) en soumettant la prose à la puissance rythmique du vers, c’est-à-dire en effaçant quasiment leurs frontières puisque « rien, rien, rien, limons, rien, rien, sauf la scansion poétique qui défamiliarise, cœur, craque dire, simplement rien, mais cela suffit ».

Ainsi scandez comme on ne scande plus, c’est-à-dire classiquement, et vous trouverez que les deux premières lignes des versets cités de la p. 104 sont des 12 syllabes, idem pour les deux dernières de la p. 100 ; et vous vérifierez aussi en passant que « le doigt sur la bouche » et « pleine tête tempête » sont des segments à césure lyrique (accentuée sur le ‘e’ caduc interconsonantique comme souvent chez Rimbaud : « Périssez! puissance, // justic(e), histoire, à bas! », tandis que « où elle va la langue » et « on peut se le demander » sont des hémistiches réguliers. Ce n’est qu’un fragment minuscule du travail métrique de vaste envergure qui se poursuit – à la syllabe près il semble –, dans l’écriture de Claude Favre, et pas seulement dans tels lignes ou versets mais quasiment partout. Je ne puis qu’en suggérer la réalité car c’est trop technique pour en faire matière de chronique à peu près lisible. Mais essayez un peu d’entendre/voir ce qui se passe là, y compris en comptant sur vos doigts, pourquoi non ? S’y confronter, sera s’assurer de ce que la musicalité proprement unique de sa diction en performance présuppose un art aussi raffiné que trop un petit peu voyou – comme elle dit ; un art qui est aussi, parfois, joie de la langue vive, jouissance du joglar et de son gai savoir, car si « _Palinure ne croit pas savoir ne croit pas/savoir gouverner ne croit pas au retour ni aux/mythes », croyons, puisque Claude Favre nous l’écrit, que :

[…] certains jours à l’endroit de la
langue je me rends, hospitalière, sauvée,
des tempêtes si vous saviez certains jours,
d’un mot à l’envers, la renverse étourdie,
je me brouille bruisse, ça palpite la vie
comme ça et on peut écrire comme
ça, paille, étourdissements, lièvres en
débandade
                       Comme quoi un mot c’est un galop, p. 63

« Et puis… »

Tout de même, après ces enthousiasmes et ces étourdissements, on sait qu’il faut retourner « à la rudesse qui fait la lecture » des lignes bornoyées au cordeau, pour aller voir « les gouttes de pluie sur le fil à linge » – le fil de ligne où ça s’écrit la chute des temps. Cap au fond :

_d’aller en déchié serait-ce progrès &
contestable dans l’ordre de la connaissance
& à grandes plongées s’esquiver léger léger
                                                                    Précipités, p. 83
– Vous avez vu Le Grand Bleu ?

25 mars 2014

[Texte] Corinne Lovera Vitali, But for now you can exit

Ce n’est pas un hasard si une partie de la poésie contemporaine interroge les relations entre communication, idiolecte, plurilinguisme et galimatias. On appréciera cet agencement répétitif en français fautif qui ressortit à ce que l’on pourrait nommer le mailing-art – et on ne manquera pas de visiter le site de Corinne Lovera Vitali.

 

From: farawayslut

To: manathome

Sent: Monday, October 31, 2011 3:24 PM

Subject: Traduisez en quelques phrases concises ce que vous avez compris de la proposition épistolaire

Mon bureau est une personne, vous pouvez à mon avis là samedi et dimanche, avec un acte résolument dans la relation, qui peut être fixée. Vendredi parce qu’alors je ne dormirai pas bien, peut-être vous devrez commencer au même ami et ensuite été assis dans moi et le soleil ?

Ma chambre simple, vous pouvez pour moi le samedi et le dimanche, avec un tapis qui peut être fixe. Vendredi parce que je ne dors pas bien, alors peut-être vous pouvez arriver à cela et puis à mon ami sam et dim ?

Ma chambre est unipersonnelle, tu peux ce que moi concerne le samedi et le dimanche, avec un matelas que car alors je veux rattraper un manque de sommeil bien, peut-être tu peux donc d’abord qui l’ami et lors de moi et du soleil ivre ne peut pas être le soleil fixe ?

Ma chambre est unique, vous pouvez aussi je crains il samedi et dimanche, y compris un tapis, qui peuvent être fixés. Non pas parce que je veux dormir bien, vendredi que vous pourraient dans un premier temps si cet ami et ensuite à moi le samedi et le dimanche ?

Ma chambre est unipersonnelle, tu peux en ce qui me concerne le samedi et le dimanche, avec un lit que peut à titre définitif bien. Le vendredi car alors je veux rattraper un manque de sommeil bien, non-peut-être tu peux donc d’abord qui l’ami et lors de moi et du soleil ivre ?

Ma chambre simple, tu peux être pour moi le samedi et le dimanche, avec un tapis qui peut être fixé si. Le vendredi non pas parce que je veux bien dormir, alors peut-être que tu peux être à cet ami, puis à moi samedi et dimanche ?

 

From: slutathome

To: farawayslut

Sent: Monday, April 9, 2013 12:17 PM

Subject: Imaginez une brève réponse à l’épistolière

 

Pauvre de vous. Je vous conseille de ne jamais. Parce que j’ai de samouraï une ceinture et de ne pas sauter et ancré mon périnée se situe entre les cieux et la terre, me fait bondir sur ma proie et les pincements réatterrir qui touchent directement les yeux bandés. Le périnée samouraï, qui pourrait supprimer l’acclamation vice articles pour la nourriture à jeter les crabes.

Pauvre de vous. Je vous conseille de ne jamais. Parce que j’ai une ceinture de samouraï et de ne pas sauter et ancré mon périnée est entre le ciel et la terre, me fait bondir sur ma proie et presser reatterrir affectent directement les yeux bandés. Le samouraï du périnée qui était l’acclamation vice pour retirer les aliments de jeter les crabes.

Pauvre de vous. Je vous conseille de ne jamais. Parce que j’ai une ceinture de samouraï et de ne pas sauter et ancré mon périnée est entre le ciel et la terre, il me fait craquer sur ma proie et presser reatterrir affectent directement les yeux bandés. Le périnée samouraï était acclamation vice crabe pour enlever la nourriture de lancer.

Pauvre de vous. Je vous conseille de ne jamais. Parce que je suis la courroie de samouraï et de ne sauter est ancré mon périnée qui s’étend entre le ciel et la terre, me fait bondir sur ma proie et reatterrir douceur que directement connecté. Je samouraï périnée, son adjoint pourrait vous arracher à la racine de la nourriture à jeter les crabes.

Pauvre vous. Je vous conseille de ne jamais. Parce que j’ai la ceinture de samouraï et fait sauter et ancré mon périnée de tronçons entre ciel et terre, me fait bondir sur ma proie et réatterrir en douceur que la droite bandée. J’ai samouraï périnée, ce qui pourrait déchirer son vice vôtre à la racine pour la nourriture à jeter des crabes.

Pauvre femme de vous. Je vous recommande de ne pas jamais. Parce que j’ai du samouraï la ceinture qui le fait et s’est levé d’un bond et a jeté l’ancre, l’étendue mon périnée entre la terre et le ciel, me faire se lever d’un bond sur ma proie et reterrain sans conflit, plus que le droit, bandé. J’ai du samouraï le périnée, qui pourrait sans doute aucun de son étau d’établi déchirer le vôtre à la racine pour le lancer dans la nourriture aux crabes.

 

From: perineum

To: man

Sent: Monday, April 9, 2013 12:17 PM

Subject: Dites

 

My darling poupou not ti preoccupare, has fa per me at the mi bene, molto. La rabbia mia come tu tendini le braccia must be. Giurare per l’orecchio della goddess of true love must be too. Per bisogno del juice del mio dolore to spray out così sto vivendo spugna. I wait tuo ritorno by day and by night. And ti at the manco tanto a mi.

21 mars 2014

[Chronique] Eric Chevillard ou le désordre autobiographique

Le diptyque d’Eric Chevillard sème le désordre en territoire autobiographique…

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres, L’Arbre vengeur, janvier 2014, 234 pages, 15 €, ISBN : 979-10-91504-10-2.

 Eric CHEVILLARD, Le Désordre AZERTY, Minuit, janvier 2014, 202 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-7073-2336-1.

 

« Que changerais-je à ma vie, si je pouvais la recommencer ? Les idées me vinrent par dizaines, et je me lançai confiant dans la rédaction de mon autobiographie. » C’est sur ces mots que s’achève le sixième tome d’un journal singulier qu’il nomme Autofictif, histoire de souligner qu’il importe moins de raconter sa vie que de la réinventer : toute autobiographie, en somme, ne serait qu’une autofiction. Et l’auteur de rejoindre ces piliers de l’écriture de soi contemporaine que sont Serge Doubrovsky et Alain Robbe-Grillet.

Seulement, ce serait oublier qu’Éric Chevillard s’attaque à « l’hystérique impudeur de l’autofiction » dont Christine Angot est le parangon (L’Autofictif, 2009, p. 214). Mais comment échapper à ce genre honni de l’autofiction ? Par l’excellente tenue de la réflexion, qui nous vaut ce genre d’analyse littéraire : « Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise » (p. 14).
Par la tenue d’une véritable revue satirique de notre temps. Dans L’Autofictif en vie sous les décombres, sont visés la vanité de l’écrivain, les clichés et topos journalistiques ou littéraires… Dans Le Désordre Azerty, l’anthropocentrisme littéraire : « L’ennui de ces pages où jamais ça ne rugit ni ne hennit ni ne barrit ni ne cacarde – où ça ne fait au contraire que déblatérer » (21) ; la pantinisation de l’écrivain actuel et le ridicule phénomène de la rentrée littéraire : « Les écrivains sont rentrés. Dans le rang »…
Par une fictionnalisation de soi qui débouche sur l’autodérision ou l’inattendu. L’autodérision fait partie intégrante de la démarche chevillardienne : « Voici donc la deux millième page de L’Autofictif. La formule est aujourd’hui un peu usée et j’ai résolu de lui substituer dès la rentrée trois motets quotidiens dédiés à la Vierge Marie » (p. 216)… Inutile, donc, d’essayer de le prendre en flagrant délit d’auto-aveuglement : « L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans » (p. 85). Au reste, dans Le Désordre Azerty, on trouve ce paradoxal autoportrait en humoriste : « L’humoriste n’est pas un joyeux drille. […] L’humoriste n’est pas très sensible non plus à la poésie burlesque du clown. […] L’humoriste a pris son corps dans la langue. […] l’humoriste est un rabat-joie » (119-120). Quant à l’inattendu… Un fait incongru : « J’introduisis le rhinocéros dans la pièce où j’exposais ma collection de toiles d’araignées en prenant bien garde à ne pas laisser entrer la mouche » (33). Une déclaration loufoque : « Je suis la réincarnation de Jules Laforgue, mais personne ne veut le croire » (88)…

En fait, si Eric Chevillard se met en scène dans la plupart de ses écrits, c’est pour subvertir l’actuelle spectacularisation de l’écrivain. Et quand enfin on croit qu’il va se livrer, c’est sous la forme d’un carnet pseudo-autobiographique qui doit son nom à sa méthode de composition : Le Désordre Azerty (2014) est un texte réflexif qui s’ordonne selon la logique du clavier. Ainsi, AZERTY comme : « Aspe », « Zoo », « Ennemi », « Rentrée », « Théorie », « Yeux ». Ensuite, de « Utilité » à « Nuit Neige Noël », en passant par « Quinquagénaire », « Style », « Genre », « Humour », « Journal », « Littérature », ou encore « Chevillard », zigzague le cheminement scriptural. Qu’il retrace son demi-siècle ou le récit arbitrairement journalier qu’il rédige depuis 2007, l’auteur suit la même logique paradoxale : refusant tout principe chrono-logique, toute hiérarchie, il procède au télescopage de micro-événements plus ou moins insignifiants, le court-circuitage des signifiés comme des signifiants confinant à l’incongruité et générant « des effets de surprise ou de reprise, de coïncidence ou de dissonance » (p. 127). Le décousu et l’incongru comme principes d’écriture autobiographique.
On terminera en soulignant que cet autoportrait oblique aborde avec humour la cruciale question du portement du nom. A considérer l’étymologie de son patronyme, rien d’étonnant à ce que l’on se torde souvent la cheville dans son univers… Et quand on songe qu’est un « chevillard » celui qui maîtrise l’art de planter à la cheville, le voici « rendu au sol »… « Paysan ! » (174). D’où la nécessité pour lui de se faire un nom, et pour cela, de se démarquer du label Minuit ; ce qui explique sa charge contre l’écriture blanche : chevillé au style, il fustige cette « littérature de miroitier bègue à l’usage des singes et des perroquets » (92).

18 mars 2014

[Texte] Annie Ernaux Regarde les lumières mon amour (montage d’extraits)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 21:27

A l’occasion de la sortie imminente du prochain ethnotexte d’Annie Ernaux, voici une sélection de courts extraits que l’auteure a bien voulu nous donner – et nous la remercions chaleureusement. Suivra bientôt la chronique.

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Seuil, coll. "Raconter la vie" (dir. : Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz), mars 2014 (bientôt en librairie), 78 pages, 5,90 euros, ISBN : 978-2-37021-037-1.

 

Le centre des Trois-Fontaines constitue un centre-ville d’un nouveau genre : propriété d’un groupe privé, il est entièrement fermé, surveillé et nul ne peut y pénétrer en dehors d’horaires déterminés. Tard le soir, quand on sort du RER, sa masse silencieuse est plus désolante à longer qu’un cimetière.

[…]

Longtemps j’ai ignoré que Auchan appartenait à une famille, les Mulliez, qui possède aussi Leroy Merlin, Kiloutou, Decathlon, Midas, Flunch, Jules, etc. Sur le nombre de gens qui sont venus ici aujourd’hui, j’imagine que peu le savent. Je me demande ce que l’apprendre a changé pour moi. Ce sont des ombres. Des êtres mythiques. À Annecy, le bruit courait autrefois que la famille Fournier – créatrice dans cette ville du premier Carrefour – mangeait dans de la vaisselle d’or.

[…]

Sortant d’Auchan, un très vieil homme plié en deux, flottant dans un imperméable, avance tout doucement avec une canne en traînant des chaussures avachies. Sa tête tombe sur la poitrine, je ne vois que son cou. De la main libre , il tient un cabas hors d’âge. Il m’émeut comme un scarabée admirable venu braver les dangers d’un territoire terrifiant pour rapporter une précieuse nourriture.

[…]

Est-ce que venir dans le Centre n’est pas une façon d’être admis au spectacle de la fête, de baigner réellement – non au travers d’un écran de télé – dans les lumières et l’abondance. De valoir autant que les choses. On peut, dans cet endroit, se sentir désorienté, mal à l’aise, mais jamais dégradé.

[…]

J’ai arrêté mon journal.
Comme chaque fois que je cesse de consigner le présent, j’ai l’impression de me retirer du mouvement du monde, de renoncer non seulement à dire mon époque mais à la voir. Parce que voir pour écrire, c’est voir autrement. C’est distinguer des objets, des individus, des mécanismes et leur conférer valeur d’existence.

16 mars 2014

[News] News du dimanche

Avec le printemps qui arrive cette semaine, c’est le moment de tapiner et de foutre le BoXon avec Julien d’Abrigeon – surtout si comme lui vous pensez que la littérature a existé avant et existera après le livre. Après notre Libr-Net, place aux deux Libr-événements majeurs : le RV Electrochocs et le festival Poema.

 

Libr-Net : le nouveau tapin est arrivé !

Julien d’Abrigeon nous fait savoir qu’il "ne sera pas au salon du livre. Sera dehors. Au salon hors du livre. En extérieur. Ou du moins, pas dans le salon. Dans le couloir du livre, à la cuisine du livre, ou, plus vraisemblablement, aux chiottes. Aux chiottes du livre. Ou dans le jardin du livre. Ou sur la route du livre. Bref. Pas dans le salon en tout cas, j’ai pas de patins. Juste un tapin deux, hors du livre. Sur les autoroutes de l’information du livre. Une voie rapide du livre. Ou un truc dans le genre du livre"…

Et le lancement de ce tapin2 est un véritable événement : Totalementotale Action Poésiepoetrypoesia Internationalementinadmissible et Nouvellenappe v.2.0

Pensez donc, vous y retrouverez – mais plus vraisemblablement compléterez votre collection – la totale de la déjà mémorable revue BoXon (28 numéros et deux CD compris)… Déjà 71 auteurs en ligne qui poétapinent : de D’Abrigeon à Weiter, en passant par Agostini, Blaine, Bobillot, Boute, Braichet, Bret, Cabut, Chaton, Courtoux, Espitallier, Fontana, Hassomeris, Heidsieck, Justamante, Limongi, Manon, Pennequin, Prigent, Quintane, Rabu, Richard (Mathias), Tarkos, Tholomé, Torlini, Vassiliou, Vazquez…

 

Libr-événements

â–º Electrochocs / concert acousmatique / performance sonore : mardi 18 mars 2014 à 19H, Cité de la musique à Marseille (4, rue Bernard du Bois).

* Pauline Parneix
Mirage – 3′ (extrait)
Entre l’illusion et la réalité, il y a un mirage.

* Adeline Debatisse
Monophonisme en E – 3’00
Contrainte de l’OULIPO, un monovocalisme est un lipogramme d’où sont bannies toutes les voyelles, sauf une. Et si on s’intéressait aux sons qui font E ?
EUH ?!? ( …)

* Delphine Fouquou
COSMOS – Etoiles Mortes – 3’00
Si elles ne s’effondrent pas sur elles-mêmes, c’est parce qu’elles sont chaudes.

* Nicolas Lebar
Étude aux mouvements – 3’00
L’auditeur est entouré de choses variées qui passent autour de lui.

* Jérémie Bourgeois
Tromploreï – 3’33
Et c’est demi-rage son or, il eut Zionzo’ dit Yves Fata Morgana…

* Jérémie dessertine
Duvaldor – 6’30
"L’immersion dans le sommeil, c’est le moment où le sur-moi, le douanier dort. C’est ce douanier qui fait le tri dans la zone subconsciente entre ce qui peut affleurer à la conscience et ce qui, trop chargé d’affect, trop douloureux, trop immoral, ne peut franchir ces filets. Le sommeil est la meilleure hypnose, tous les souvenirs émergent tels des chevaux sauvages, jusqu’aux souvenirs archaïques de la petite enfance.
Je trouve que les sons se prêtent bien à ce sentiment de "conscience libre". Voici la cartographie d’une conscience, libre à vous d’y cheminer à votre gré.
J’assume et ajoute que toute œuvre porte le poids de sa propre psychanalyse, on n’y échappe pas !"

* François Wong
En attendant la guerre – 6′
J’attends. Une guitare à la main.
Autour du poème "La grande guerre" de Nicolas Bouvier.

* Pauline Gervais
À quoi tu joues ? – 3′
Le dé dans la main droite, les cartes dans la main gauche… et la mécanique du jeu se met en place.

* Laura Vazquez
Minute – 2’00
Autour du silence.

* Sand, Terra incognita (vidéo sonore) – 4’16
"Qu’est-ce que le temps? Un mystère! Sans réalité propre, il est tout puissant. Il est une condition du monde phénoménal, un mouvement mêlé et lié à l’existence des corps dans l’espace , et à leur mouvement. Mais n’y aurait-il point de temps s’il n’y avait pas de mouvement? Point de mouvement s’il n’y avait pas de temps? (…) Le temps est-il fonction de l’espace? Ou est-ce le contraire? Ou sont-ils identiques l’un à l’autre? (…) Le temps est actif, il produit. Que produit-il? Le changement. "A présent" n’est pas "autrefois", "ici" n’est pas "là-bas", car entre les deux il y a mouvement. Mais comme le mouvement par lequel on mesure le temps est circulaire, refermé sur lui-même, c’est un mouvement et un changement qui l’on pourrait aussi bien qualifier de repos et d’immobilité; car l’"alors" se répète sans cesse dans l’"à présent", le "là-bas" dans l’ "ici"." (Extrait tiré du roman La montagne magique de Thomas Mann).

* Laurence Grobet
Chimes – 7′
Inspirée par le bazar des sons estampillés Nature et Découverte, j’ai choisi d’entrer dans la danse en jouant avec les résonances hypnotiques d’un carillon pour ouvrir dans un deuxième temps un espace méditatif d’un genre nouveau qui pourrait s’intituler Fake Fengshui Music.

* Jean-Henry Ferrasse
Extrait la porte close – 2’05
Si vous entrez, n’abandonnez pas toute espérance.

* Laure Latronche
De l’eau sous les ponts – 4’30
Avec la participation de Laurence Grobet, in et out.
Depuis la nuit des temps l’Homme n’a cessé de s’interroger sur son devenir.
La parole des Femmes aujourd’hui forme une matière intense.
L’eau n’a pas finit de couler sous les ponts.
Je travaille depuis quelques années sur la manière dont la voix, les mots, le langage humain peuvent faire alliance avec des sons fabriqués par la magie de l’abstraction électroacoustique.
Dans le langage humain, je m’intéresse à ce qui se loge en creux, dans les suspends, les tics de langage et la manière dont l’esprit, la pensée joue au prestidigitateur entre deux jaillissements de mots. En amputant le discours de son contenu sémantique, subsiste le résidu de langage qui devient la matière même de cette composition sonore. Je provoque ainsi des déviations auditives vers les non-lieux du discours, que je télescope avec des montages hybrides, des chimères sonores et quelques nappes en circonvolution qui sont autant de chemins se perdant dans la nature infinie de la pensée humaine. La voix des femmes est à mes yeux aujourd’hui essentielle dans le jaillissement d’une liberté de parole acquise depuis peu. Les profondes amputations que je fais subir à cette voix de femme, m’évertuant vainement à la rendre anecdotique, n’en révèlent que la force profonde posée sur le chaos du monde.
Laurence Grobet, comédienne et personnage principal de cette pièce, intervient parfois en direct et au milieu du public lors de la diffusion.

* Clara de Asís
Pêche de nuit – 4’00
Introduction.
En cours de composition.

* Gérard Ninauve
À la manière de "François Bayle: Jeîta" – 2’48

* Jeîta, ou murmure des eaux
L’oeuvre originale de François Bayle est inspirée des grottes de Jeîta, près de Beyrouth (Liban). Lors du concert inaugural pour l’ouverture des grottes au public, le 11 janvier 1969, fut joué Nadir, première version de Jeîta, pour ensemble et bandes.
Jeîta, ou murmure des eaux, est une suite concrète composée pour le disque, à partir de sons naturels de la grotte.
A la manière de "F. Bayle: Jeita" est un essai didactique de reproduire l’œuvre à partir de son étude, un peu comme font les peintres en recopiant les tableaux des grands maîtres.

* Laure Latronche
Marge – 03’00
Cette pièce est une extension vocale sur partition graphique de la pièce électroacoustique "De l’eau sous les ponts".

* Clara de Asís et Laura Vazquez
Maintenant le chevalier (Guitare préparée et voix) – 7’00
Maintenant le chevalier est une lecture performée avec guitare préparée, qui naît de la volonté d’exploration du processus d’écriture compositionnelle de deux champs connexes : la création textuelle et la création sonore. À partir de l’idée de variation de la langue dans l’acte de performation poétique en interaction avec les sonorités plurielles de la guitare préparée, nous interpréterons cette pièce dans la totale interdépendance des supports acoustiques et phoniques. Considérant les substrats de la langue poétique sonore : le souffle, l’intensité du son de la voix, les rythmiques phonatoires, etc., comme autant d’éléments sémantiques intégrables et nécessaires à la création sonore.

 

â–º POEMA-festival réunit comme partenaires : le CCAM – Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, l’Université de Lorraine et la librairie L’Autre Rive à Nancy.

Jeudi 27 mars :
Librairie L’Autre Rive, Nancy
18h30 / Lecture de Dominique Maurizi et de Marie Huot
à l’invitation des éditions Isolato

Vendredi 28 mars :
Faculté de lettres de Nancy
14h30 / Table ronde "Existe-t-il une poésie de plateau ?", organisée en partenariat avec l’Université de Lorraine.
Il semble acquis, pour le monde du théâtre contemporain et de la presse culturelle, qu’il existe une catégorie de spectacles que l’on peut qualifier de « poétiques ». Qu’est-ce au juste que ce « poétique » ? Un raccourci commode ? Une véritable catégorie esthétique ? La manifestation d’un usage particulier des signes scéniques, que l’on pourrait nommer « poésie de plateau » ?

Animée par : Yannick Hoffert et Florence Fix
Intervenants : Marie-Noëlle Brun – metteur en scène…, Estelle Charles – metteur en scène, Aurore Gruel – danseuse et chorégraphe, Fred Parison – plasticien et scénographe, Valérie Suss et, journaliste

CCAM – sc ène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy
19h / Lecture de Charles Pennequin
20h30 / Fo Biné de Jean Dubuffet
compagnie Le Théâtre 27

Samedi 29 mars :

11h / Lecture de Sébastien Lespinasse suivie d’un apéro
14h – 16h / Table ronde "Poésie en questions"
Cette rencontre vise à déchiffrer le paysage de la poésie contemporaine, à ouvrir des pistes et tracer des lignes d’horizons propres à témoigner de l’éclectisme des pratiques et des formes poétiques actuelles.

Animée par : Frank Smith, écrivain et producteur d’émissions radiophoniques

Intervenants :
Claude Ber, poète et dramaturge
Jean-Pierre Bobillot, poète et maître de conférences à l’Université de Grenoble
Christian Prigent, poète, romancier et critique littéraire

16h30 / Lecture de Anne Kawala
suivie de la commande POEMA à Aurore Gruel, Amandine Truffy et Emilie Weber
18h30 / Lecture de Frank Smith
20h30 / Lecture à deux voix de Christian Prigent et Vanda Benes suivie de la commande POEMA à Loris Binot et Denis Jousselin
22h30 / Lecture-performance de Sebastian Dicenaire

Dimanche 30 mars :

11h / Lecture performée de Lucien Suel et lecture de Bernard Noël, suivies d’un apéro
14h – 16h / Table ronde "Diffuser la poésie aujourd’hui"
De l’édition traditionnelle à la publication en revue, de la médiation à l’événement culturel, de la poésie écrite à la poésie performée, quelles sont aujourd’hui les voies offertes à la poésie pour exister, accéder à la visibilité et aller à la rencontre du public ?

Animée par : Anne Cousseau, maître de conférences à l’Université de Lorraine

Intervenants :
Magali Brazil, directrice de la Maison de la Poésie de Nantes
Yves di Manno, poète et directeur de la collection Poésie/Flammarion
Frédéric Jaffrennou, éditeur (éditions Isolato) et libraire
Jean-François mani er, éditeur (Cheyne éditeur), ainsi qu’un représentant du C.N.L. (Centre National du Livre)
17h / Lecture de Cécile Mainardi
suivie de la commande POEMA à Jean-Philippe Gross , Romain Henry et Lætitia Pitz
Entrée libre pour la librairie L’Autre Rive

Du 28 au 30 mars au CCAM : pass week-end 3 jours : 30€ tarif plein / 20€ tarif réduit ou, chaque jour, entrée payante à partir de 16h30 / de 4 à 13€.

13 mars 2014

[Livre-chronique] Jacques Jouet, Le Cocommuniste

Le dernier roman de Jacques Jouet, impressionnante somme qui intègre autobiographie, conte, essai, poésie et théâtre, comporte sept parties : "Les Chiens pavillonnaires" (roman de tiroir), "La Voix qui n’en faisait qu’une", "Une ronde militante, poésie et théâtre" (pièce à contraintes), "Roman de papier", "Enfantin" (projet de "roman documentaire"), "Histoire de Povarine" (conte) et "Les Chiens pavillonnaires 2, retour en banlieue".

 Jacques Jouet, Le Cocommuniste, éditions P.O.L, janvier 2014, 496 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-8180-1999-3.

 

Présentation éditoriale

Ce roman se veut un parcours panoramique sur la confrontation épineuse entre l’idée communiste et le concret de ses tentatives.
Il propose sept approches successives à partir de situations historiques ou imaginaires différentes, à partir aussi de points de vue différents.

1. Les chiens pavillonnaires : en banlieue parisienne dans les années 1970, l’auteur est membre du PCF. Le roman fait un retour personnel sur cette période. La scène est à Viry-Châtillon, là où se trouvait au début du xxe siècle le premier aérodrome de l’Histoire. Un certain Lénine y venait voir voler les premiers coucous.

2. La voix qui n’en faisait qu’une : en URSS, entre la mort de Lénine et celle de Staline, un employé du Kremlin raconte son métier : c’est lui qui téléphonait, au nom de Staline, aux acteurs fameux ou obscurs de la période soviétique : faire peur, rassurer, donner confiance, terroriser, jouer avec le feu, avec les vies, avec la mort.

3. Une ronde militante, poésie et théâtre : dans le bassin creillois entre 1950 et 2010, à quoi ressemblait le militantisme communiste ? Des poèmes-portraits sont là pour en témoigner (poèmes documentaires parlant de personnes bien réelles, que l’auteur a rencontrées). Une pièce de théâtre tente de rendre compte, décennie après décennie, de l’histoire de ces hommes et de ces femmes dans leurs luttes.

4. Roman de papier : dans une « démocratie populaire » après la destruction du rideau de fer, un écrivain se débat avec la nouvelle réalité libérale triomphante. Tous se passe sur fond d’ouverture d’archives sans discernement, phénomène dont nul ne sort vraiment indemne, et surtout pas le personnage principal.

5. Enfantin, roman documentaire : en France avant Karl Marx, les saint-simoniens ébauchent une idée plus ou moins communiste qui sera capable d’agiter tout le siècle, et cela contradictoirement, tant du côté de l’industrie en gloire que du côté de la révolution. Cette partie du roman n’est pas achevée, elle est une ébauche d’un futur « roman documentaire » au sens de Hans Magnus Enzensberger.

6. Histoire de Povarine : en Amérique latine aujourd’hui (le pays précis est imaginaire), le roman raconte une prise du pouvoir exemplaire de type communiste, l’exercice de celui-ci, volontariste et chaotique, et la nécessaire autodestruction du pouvoir étatique, du moins selon la réflexion du personnage central, Povarine.

7. Les chiens pavillonnaires, retour en banlieue : on revient, pour finir, en banlieue parisienne aujourd’hui. Le tissu social est encore un peu plus tendu et, là encore, les tentatives collectives (communistes peut-être encore ?) se détournent de l’idée de l’État et de la prise du pouvoir. Qu’en est-il de l’idée, après tout ce concret d’un siècle et demi ?

 

Note de lecture

"On parle de passéisme, dit Pavel, mais jamais d’avenirisme ou de présentéisme.
L’aveniriste est toujours un mauvais coucheur et prophétaillon de bonheur ou de malheur.
Les lendemains qui pètent, les lendemains qui ventent…" (p. 255).

 

"Les livres n’ont plus la moindre importance, depuis qu’on est dans le capitalisme" (p. 284)… Et lorsqu’on était dans le communisme ? Qu’on en juge un peu : Lénine estimait que, pour ne pas gâcher le précieux papier, il était préférable de tirer du 150 000 000 de Maïakovski 1 500 exemplaires plutôt que 5 000, c’était bien assez, « "pour les bibliothèques et les toqués" ! » (123)… Au reste, même dans les années 70, un roman critique ne saurait être conseillé par "le réalisme démocratique et socialiste" (77).

Dans cette somme polymorphe, l’expérience cocommuniste est présentée à la fois comme un échec (impasse idéologique et morale – absence de fraternité), un moyen d’émancipation – au travers du militantisme – et une nécessité : "- C’est quoi, un truc communiste ? / – C’est la seule chose qui nous reste, la seule qui ne soit pas propriété du capital" (466) ;  "Et si je nous déclarais cohommunistes, tu aurais encore peur du co- ?" (484)… En fait, nous est proposée dans ce septuor la généalogie d’une relation particulière ou collective au (mot) communisme : "Ce qu’il advint à ce moment par le mot communisme était une réaction rationnelle, rationnelle et rationaliste" (37)… Non sans humour : "le stalinisme était un spiritualisme !" (135). La prise de conscience critique débouche sur un bilan linguistico-idéologique des plus singuliers : "Le co- et le ca-, le coco et le caca, le cocommunisme et le cacapitalisme. Le co a fait la preuve de son incapacité économique ; le ca a fait la preuve de son incapacité sociale" (474).

Mais, si discours de la méthode il y a, il concerne la forme même du livre. Pour attrayant qu’il soit – en raison de sa capacité à absorber les autres genres (poésie, théâtre et essai) -, le roman n’en demeure pas moins "un genre […] pléthorique, éphémère, facile, c’est-à-dire difficile, le genre le plus guimauve qui soit du champ littéraire, le plus apparemment invertébré"… Et de mettre en garde : "… mais c’est une illusion, car il est tout un art du roman qui a très bien su se vertébrer et continuer de le faire" (318). Aussi Jacques Jouet – toujours aussi enjoué ! – va-t-il chercher du côté de la culture, de la structure et de la mise en abyme – et du récit et de l’auteur – de quoi redynamiser cette forme galvaudée et lui assurer une excellente tenue. Ainsi, dans ce texte multiforme, ce "roman gonflable" qui procède "par grossissement embryonnaire" (31), trouve-t-on ce genre de mise en abyme : "Dans son Roman de papiers, Milos sera un personnage nommé Milos. Le personnage est une potentialité d’un être vivant. Mais aussi, réciproquement, un être vivant peut bien un jour être quelque chose comme la potentialité d’un personnage. Puisque Milos avait été dans le communisme, il serait dans Le Cocommuniste et dans Roman de papier et dans Roman de papiers" (290)… Et le lecteur de se perdre avec humour et philosophie dans une galerie des glaces, un jeu de miroirs entre réalité et fiction, personnes et personnages, textes de l’auteur et textes imaginaires.

12 mars 2014

[Chronique] La contrainte faite style (à propos de Bruno Fern, Reverbs), par Typhaine Garnier

Suite à la première présentation de ce livre stimulant dans Libr-kaléidoscope 1/2, et tandis que l’auteur vous donne rendez-vous demain jeudi 13 mars à 19H30 (Textures Librairie, 94, avenue Jean Jaurès 75019 Paris), voici l’analyse fouillée de Typhaine Garnier.

Bruno Fern, Reverbs phrases simples, éditions Nous, février 2014, 144 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-913549-93-7.

 

 Comment faire trou dans l’ordure verbeuse sans tomber dans la pure dérision ? Bruno Fern est un poète qui sait se tenir à la règle qu’il s’est donnée.[1] D’ailleurs, il n’écrit le plus souvent que sous la contrainte. Dans reverbs, elle est affichée à l’entrée : « Ce livre est uniquement composé de phrases simples » (p. 7). Le poète se coupe ici les ailes, mais la contrainte est inventive : autour de et contre cette automutilation exhibée se trament de multiples complexités (sémantiques, thématiques, rythmiques). Leurs lignes de force, brisées, s’entremêlent.

 

Quel est donc cet objet ? Ce pourrait être la question centrale de ce livre qui s’écrit et se décrit « en temps réel » (p. 11) ou presque (« Le décalage est la seconde mamelle », p. 34). L’écrit est sa propre représentation, c’est-à-dire qu’il croît au fil des définitions successives qu’il se donne : c’est l’homme-même.[2] Nulle prétention à l’exhaustivité, dans cette autoréflexion, ce ne sont que des éclats dispersés et disparates : « Certains considèrent ça comme un vrai bordel » (p. 59), « C’est une litanie de disjonctions » (p. 124), « Une série de lancers, voilà ce que c’est. » (p. 93). Parfois ce sont d’ailleurs plutôt des intentions que des définitions : « Le but est de donner de l’amplitude et pas qu’au son » (p. 93).

Au vertige du rien (à raconter, à déclarer) répond la sensation de toucher la langue, dans une sorte de délectation qui rappelle la « langue poétique » de Christophe Tarkos[3] : « Une recherche de fluidité la phrase est malléable, poreuse et pas qu’aux extrémités en dépit des résistances » (p. 126). Par ce retour sur soi, le discours échappe à la fatalité du flux verbal : il résiste à la disparition instantanée des phrases lues. Des « remarques » pince-sans-rire viennent commenter ce qui précède[4],  le lecteur est invité à reculer (« Cet adjectif devrait faire reculer de  8 phrases », p. 27), la lecture patine.

« Mine de rien », Bruno Fern repose ici les questions essentielles qui travaillent la (ou du moins une certaine) modernité poétique : forme / informe, continu / discontinu, prose / vers[5], phrase / phrasé[6] . Parmi les questions récurrentes, celle de l’implication de « l’auteur »[7]. Evidé, « pas évident »[8], le « je » emprunte les mots d’un autre (Corbière) pour récuser le régime lyrique centralisé : « Je parle sous moi. / Ou à côté c’est une variante reliée souterrainement au phénomène à la petite cuillère multipliant les évasions »[9] (p. 78). Car en réalité, ce centre est partout, et non simplement dans les quelques tracés biographiques repérables : « [il] y est même sans y être apparemment toujours. / Avec un air de ne pas y toucher le masque. / Le contient dans chacune de ses fibres » (p. 21). À la fin, « la question du qui »[10] reste ouverte. De celui qui parle, on saura seulement qu’il est « définitivement inadapté à la situation » (p. 135).

 

Pour autant, reverbs n’est pas un livre imperméable, clos sur lui-même. Loin d’être sourd aux choses du monde qui, « pendant ce temps », suivent leur cours immonde, il en organise la réverbération[11]. Sans rupture formelle, le propos métapoétique ne cesse de dériver vers le terrain de la « réalité ». On y trouve des lambeaux de scènes, on y rencontre de l’humain : angoisse existentielle (« Le tout est d’échapper. / À quoi est la question. », p. 18), « tragédie ordinaire » du rapport impossible (« Nos rapports sont parfaitement dissymétriques », p. 42), joies et scandales quotidiens. Mais c’est toujours avec humour et auto-ironie que le poète considère le « drame de la vie » : « Un matin, on peut tomber sur un os. / S’il est long, le percer pour en faire une flûte. / On en tirera donc tout de même quelque chose. » (p. 128).

Comme chacun, il parle la bouche pleine des maux de l’époque : celle d’un individualisme décomplexé, où le « sujet capitaliste tardif » est principalement soucieux « d’aménager son intérieur au moindre coût » (p. 61) en profitant des « promos d’enfer » (p. 111), celle des prothèses médicalisées pour tous[12] et du « nettoyage » généralisé des corps, âmes, territoires et lexiques. Bruno Fern est de ceux pour qui l’origine de l’opération poétique se situe dans le dégoût de cette langue à « zéro déchet » qui nous cerne sans parvenir à nous faire avaler sa fable idyllique. Il s’agit donc toujours de « parler contre les paroles »[13] : « Les contraintes s’exercent sur les paroles. / Celle-là ou une autre ça chamboule tout » (p. 125-126). Si le poète ne dispose que de cette langue impersonnelle, pétrie de bêtise et raidie d’automatismes, il a aussi le pouvoir de la soumettre à sa loi. Celle de reverbs est parfaitement ironique puisqu’elle est issue du discours même contre lequel elle se retourne.  En manipulateur distant et caustique, Bruno Fern scande et « roul[e] dans la farine »  la prose des médias. Il détisse et retisse[14] autrement le réseau des expressions consacrées, plaçant le lecteur face à ses automatismes.[15] On a ainsi affaire – c’est la particularité saisissante du cut-up – à une langue impersonnelle dans ses éléments et personnelle dans son mouvement, dans son enchaînement singulier de gambades « hors de la grammaire ». La ponctuation devient une affaire de respiration : syntaxiquement, elle « compte pour des prunes » (p. 24), « la ligne continue se prolonge » au-delà du point (p. 56). La disjonction phrase / syntaxe produit ainsi d’heureux événements sémantiques[16] : « L’origine des mots est loin. / D’être indifférente […]. » (p. 15).

Ici, la contrainte engendre donc véritablement un style, qui est un acte d’insoumission au monde communiquant dans son idiome impeccable. D’où l’insistance tout au long du livre sur la nécessité du « ratage »[17]. Ce monologue haché, difficultueux, au phrasé elliptique et heurté, progresse par « succession de déséquilibres compensés » (p. 18), de maladresses et d’à-peu-près[18]. C’est bien sûr une gaucherie calculée, une programmation de vices plus ou moins cachés[19]. La forme ne cède pas devant l’informe : elle le contient.

 

Plutôt que de chercher à le recouvrir sous une couche de « poétique » convenu, Bruno Fern fait ainsi résonner autrement le bavardage du monde dont nos ouïes sont gavées (« C’est une lutte engagée contre la surdité », p. 117). Le dispositif est bien un appareil amplificateur : chaque fragment, décontextualisé, reste suspendu au-dessus d’un blanc qui le fait ressortir violemment. Pour autant, l’opération n’évince pas d’autres procédures verbales : des jeux de mots, des effets de polysémie et des gerbes d’inanité sonore[20] animent joyeusement le texte de l’intérieur, faisant de reverbs un livre singulièrement vivant.

 



[1] Voir par exemple Des Figures, éditions de l’Attente, 2011, ou « 4 lignes », revue Grumeaux, n°2, Nous, 2010.

[2] « Un livre est-il mort ou vivant ? », p. 32.

[3] Christophe Tarkos, Ma langue est poétique in Écrits poétiques, P.O.L., 2008.

[4] Par exemple : « Le verbe est au commencement. / Remarque 10 : c’est un air connu. », p. 49.

[5] « Ex. : ici les vers sont desserrés mais pas tant que ça. / À vue de nez il n’y en a pas. / Remarque 12 : l’inverse est fréquent. », p. 55.

[6] « Un phrasé simple, c’est plus compliqué à définir. », p. 59.

[7] « Ce n’est pas si facile d’identifier l’auteur. », p.17.

[8] « C’est un portrait en creux. / De qui n’est pas évident. / S’évide en évitant de trop se croiser. / Par conséquent, il est primordial d’apprécier les intervalles. »

[9] Bruno Fern multiplie aussi les invasions : dans sa voix résonnent de nombreux échos de lectures diverses (philosophie et poésie). Voir la liste des présents p. 135.

[10] Citation extraite du Beau Monde de Philippe Boutibonnes, Nous, 2010.

[11] « Phénomène de persistance du son lorsque sa source a cessé d’émettre, dû à une réflexion des ondes sonores qui reviennent aux oreilles de l’auditeur avec un certain retard. » (Trésor de la langue française).

[12] « Chacun a droit à une assistance auditive à domicile à des conseils pratiques », p. 66.

[13] Francis Ponge, «Des raisons d’écrire», in Proêmes, Gallimard, 1977, p. 163.

[14] « Tissage est l’une des mamelles. / La structure doit être semi-flexible. / C’est plus pratique à enfiler » (p. 27).

[15] Par exemple : « le bourreau s’en lave les dents », « Dort sur ses deux », p. 69.

[16] L’opération relève bien de l’expérimentation (donc du pari) : imprévisibles, les effets de la contrainte ne sont pas toujours surexcitants : « Certains sont éventuellement indésirables. / Ils ne suscitent pas la moindre excitation » (p. 28).

[17]  « La souplesse entre également en ligne. / De compte des mots ratent. / Leur cible se tirent. / Des balles partent en l’air ou dans les pieds » (p. 34).

[18] « Cela étant, ils noircissent à l’œil nu » (p. 23).

[19] « Les dissonances sont prévues dans le programme » (p. 93). Parmi les exceptions (les phrases complexes) que contient le livre, une seule est signalée au lecteur, les autres passent généralement inaperçues.

[20] « Engloutit la déglutition de l’agglutiné », p. 124.

9 mars 2014

[News] News du dimanche

Avec l’arrivée du printemps, Libr-critique vous offre un citron poétique grâce au drôle d’opus signé Laurent Albarracin (Le Grand Os). Suivent des RV tout aussi printaniers à ne pas manquer : rencontres avec Bruno Fern et Sébastien Doubinsky à Paris ; lancement de la résidence de Laure Limongi au Monte en l’air (75020) ; Anne-James Chaton & Andy Moor, et aussi E. Rabu et Cécile Portier à DATABAZ (Angoulême).

 

LC a reçu et recommande (Périne Pichon)

Laurent Albarracin, Le Citron métabolique,  éditions Le Grand Os, 71 pages, 9 euros, ISBN : 978-2-912528-18-6.

Le citron y est ici pressé, épluché, pressurisé dans toutes ses formes et dans tous ses sons :

beaucoup de

mais aucun pour empêcher

la hache

du chaque

dans le tronc

de l’ici

L’acide du fruit ainsi disséqué semble avoir altéré le langage ; celui-ci se décompose en syllabes « ci » et « on », et « tronc », pour composer le poème. Une conséquence de l’épluchage : cet adverbe « ici » qui ne cesse de s’affirmer. Il creuse, par sa présence incisive, un moule pour le fruit absent mais pourtant « ici » et presque « là ». Transformé en nom, « ici » en vient également à désigner le texte comme un lieu ; dans le mot « citron » se crée alors comme un espace-lettre doté d’une ampleur et d’une profondeur où prennent place des « pépins /comme des ballons ».

Ce lieu reste hypothétique puisque le poème est au conditionnel. Un mode sous-tension, entre le possible et l’inexistant, pour décrire un monde aux allures de promesse. On est suspendu au « presque », piqué par l’acidité de l’agrume. Et par les jeux de langage du poète qui dessine un univers sphérique, où les extrémités se touchent et le peu devient « [ …] l’ombre/ du beaucoup ». Partis du jeu des sons, les mots se rapprochent : « côtelé » et « cauteleux » ; « oscillation », « vieille scie du monde », et fournissent l’illusion d’une similitude tronquée. Les lettres sont toujours les mêmes, pourtant les noms changent. Ce processus familier devient étrange quand il part d’un zeste d’agrume.

Attention, le citron n’est pas le support du poème (comme chez Francis Ponge), mais bien sa matière. Il est transformé plutôt que révélé. Toutefois, cette transformation s’inscrit dans un cycle : il donne la matière pour créer le texte, et le texte retourne au citron, comme dans ce petit chiasme : « citron tel/ que citron/ se donne ». La forme même du poème – des vers coupants parfois réduits à un mot – participe à la décomposition du signifiant « citron ». Décomposition nécessaire pour produire quelque chose de nouveau, comme d’autres mots s’agençant autrement, pourtant soumis au même processus de dégradation/transformation. Ainsi se crée un « métabolisme » poétique.

 Libr-événements

 

â–º Jeudi 13 mars 2014 à 19H30, Texture Librairie (94, av. Jean Jaurès 75019 Paris), rencontre avec Bruno Fern pour ses Reverbs (déjà présentés dans le récent Libr-Kaléidoscope 1/2 ; paraît cette semaine la longue chronique de Typhaine Garnier).

â–º Jeudi 13 mars à 19 h, débutera de la résidence de Laure Limongi à la librairie-galerie Le Monte-en-l’air (75020) : L’Hospitalité.

 Premier invité : PACÔME THIELLEMENT.

Puis, CLARO, dont l’essai vient de paraître aux éditions Inculte : Cannibale lecteur : « “On peut juger de la beauté d’un livre, à la vigueur des coups de poing qu’il vous a donnés et à la longueur de temps qu’on met ensuite à en revenir” : cette phrase de Flaubert, qui fait de la lecture une empoignade, dit assez clairement ce dont il s’agit ici : non pas simplement évoquer des livres, mais tenter d’écrire depuis leurs turbulences… » ainsi débute la présentation de ce livre qui évoque Michel Butor, Tarkos, Claude Simon, Imre Kertész, Éric Chevillard, Antoine Volodine, Jérôme Ferrari, André Hardellet, Hélène Bessette, Pierre Michon, Thomas Bernhard, Ramón Sender, Jonathan Littell, William Faulkner, Louis-Ferdinand Céline et William Gass. [Bientôt sur LC]

â–º Samedi 15 mars 2014, 20H30 au Centre Databaz (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême), PERFORMANCES ET LECTURES AUGMENTÉES : Anne-James Chaton & Andy Moor / Emmanuel Rabu / Cécile Portier

Une soirée pour jouer avec les codes du langage, pour déplier des listes, pour se laisser porter par les rythmes frénétiques des flux de paroles, de mots, de phrases au coeur des boucles de guitare, en collision et synchronisation avec des espaces graphiques et sonores, une soirée où les mots en boucles vous entraîneront dans de nouvelles spirales du sens …..

_ Anne-James Chaton & Andy Moor
Opérant régulièrement ensemble depuis un concert initiatique en 2004, le Français Anne-James Chaton – l’une des voix les plus magnétiques de la poésie (sonore) contemporaine – et l’Anglais Andy Moor – intrépide guitariste, membre du crucial groupe post-punk The Ex – forment un binôme tout à fait épatant. Eminemment singulières, leurs productions combinent élaborations textuelles et musicales en un langage hybride de haute précision, mû en profondeur par un virulent désir d’expérimentation.

_ Emmanuel Rabu
né en 1971. Il a publié quatre livres : Èv-zone (Derrière la salle de bains, 2002), Tryphon Tournesol & Isidore Isou (Le Seuil, Fiction & cie, 2007), Cargo Culte (Dernier Télégramme, 2007), Futur fleuve (LaureLi/Léo Scheer, 2011). Écrivain et poète sonore, il a créé et dirigé des festivals et événements autour de la poésie sonore et de la musique improvisée. Il a également dirigé plusieurs revues et collectifs notamment la revue PlastiQ (éditions MeMo, 1999) revue papier + CD consacrée à la poésie et aux musique dites expérimentales, et Écrivains en séries (Laureli/Léo Scheer, deux volumes, 2009 et 2010) collectif faisant se rencontrer écrivains et séries télé. Il travaille en duo depuis 1999 avec le musicien Basile Ferriot : nombreuses programmations en France et à l’étranger.

_ Cécile Portier
Elle mène une activité d’écriture, a écrit deux récits et des textes courts dans différentes revues littéraires. Elle tient un blog, www.petiteracine.net, où, à travers différents projets conçus comme des chroniques où images et textes se répondent, elle s’attache à explorer comment s’articulent aujourd’hui le social et l’intime. Elle travaille aujourd’hui à un projet « d’écriture augmentée » visant à interroger par la fiction la mise en données croissante du réel et de nos vies.

 

â–º Lundi 17 mars 2014, 17H-19H, rencontre avec Sébastien Doubinsky à la Librairie Parallèles (47, rue Saint-Honoré). A l’occasion de la parution numérique de deux textes inédits La solitude du baiseur de fond suivi de La bataille de Koursk, Parallèles vous propose une rencontre avec l’auteur Sébastien Doubinsky, spécialement venu du Danemark et E-FRACTIONS éditions.

Sébastien Doubinsky est né à Paris, en 1963. Bilingue, il écrit en français et en anglais. Il a publié des romans et des recueils de poésies en France, en Angleterre et aux USA. Il vit actuellement à Aarhus, au Danemark, avec sa femme et ses deux enfants.

Interview : http://salon-litteraire.com/fr/interviews/content/1811121-sebastien-doubinsky-je-suis-toujours-en-exil

Blog : http://sebdoubinsky.blogspot.fr/
https://www.facebook.com/pages/Sébastien-Doubinsky/51129079766

Biblio sommaire :
Romans :
Le Feu au Royaume, Marseille : éditions L’Écailler, March 2012.
La Trilogie Babylonienne, Paris : Joelle Losfeld/Gallimard, 2011.
Quién es?, Paris : Joelle Losfeld/Gallimard, 2010.
Poésies :
Danmark. Marseille : Editions des États-Civils, 2011.

E-FRACTIONS ÉDITIONS
Éditeur de littérature contemporaine exclusivement, sur support numérique et papier.
Cette jeune maison a la particularité d’avoir imaginé un concept d’ eBook-Cartes pour diffuser "physiquement" chez les libraires la version numérique de leurs publications. Pour chaque oeuvre, la version numérique est publiée en première instance, à un prix accessible, dans le but de faciliter l’accès de tous à cette littérature contemporaine qu’ils éditent et défendent.
E-FRACTIONS Éditions vient également de mettre son concept d’eBook-cartes au service d’autres éditeurs indépendants de littérature contemporaine, afin de favoriser la diffusion de leurs catalogues en version numérique.
http://e-fractions.com/
https://www.facebook.com/pages/E-FRACTIONS-EDITIONS/247352058701586?fref=ts

6 mars 2014

[Libr-relecture] Christophe Marmorat, Complexe, par Périne Pichon

Après La Direction des risques et La Fille du froid, Périne Pichon aborde le 5e tome de la série "Ancrage", C o m p l e x e. Nos remerciements à l’auteur pour ses précisions et le dialogue ouvert.

Christophe Marmorat, C o m p l e x e, série « Ancrage », t. 5, 2010, 270 pages, 18 €, ISBN-978-2-9535444-4-2.

 

L’être humain est « complexe », fait d’un enchevêtrement de facettes. S’affirmer consiste à prendre conscience de cette tissure et à l’assumer, aussi bien dans ses teintes sombres que dans ses teintes claires. Juste avant La Direction des Risques, C o m p l e x e, l’antépénultième tome d’Ancrage, de Christophe Marmorat, cherche à exprimer cette tissure, qui est aussi fissure puisqu’elle révèle une fragilité et une obscurité dans l’individu.

C o m p l e x e apparaît donc comme un tournant de la série, non pas au sens exact d’un changement de direction mais plutôt comme une intensification de la démarche d’Ancrage. On peut donc évoquer, sur plusieurs points, un « carrefour » ou « croisement ». D’une part, cette situation de « carrefour » se trouve représentée par ces phrases tirées des livres passés et ces autres, anticipant le livre futur, La Direction des Risques :

« Prendre des risques,
S’afficher complexe,
Prendre des risques,
Homme ou femme,
Peu importe,
le sexe. »

(« C o m p l e x e », Lose Yourself, Eminem)

Ce double regard, un sur ce qui est passé, l’autre sur ce qui est à venir, interpelle sur la position singulière de C o m p l e x e. D’autre part, l’opposition « Face a/ Face b » constituante de l’individu est réfléchie dans C o m p l e x e. Toutefois, cette humaine ambivalence ne se présente pas sous la forme de deux objets opposés, mais se représente dans le tressage, la superposition ou l’ambiguïté des mots.

Déjà, la mise en forme du titre symbolisait cet entremêlement des faces, avec une attente blanche glissée entre chaque lettre : C o m p l e x e. Pour ce qui est de la mise en forme, on retrouve tout de même, comme dans les précédents livres, des séquences de textes regroupés par thème : « Les années », « Les sentiments », « Tentatives Philosophiques » etc. Mais entre les textes, des insertions de phrases reprises des tomes précédents alertent ou appellent le lecteur, cherchent surtout à « l’interpeller* » : « Les phares projettent leurs bras jaunes, Ils zèbrent la nuit. » (nom du livre+référence). Ensuite, par cette page « Famille » qui réunit les noms d’influences de l’auteur (Sartre et Bergson, entre autres), et par une nouvelle pornographique, dont le récit est découpé en fragments intercalés entre les autres textes. Ainsi, cette nouvelle « Transatlantique » perturbe aussi bien la lecture que l’esprit, surpris et pris de malaise face à une description d’une apparente candeur.

Ce mélange fait de C o m p l e x e un lieu d’expérimentation, notamment de l’ambivalence humaine. Cette idée d’expérimentation est présente dans l’exergue, un extrait des Beatles, avec ce verbe « to try » qui se répète. Le livre explore les pulsions, les désirs de jouissance aussi bien que ceux de beauté, voire la perversité :

« Ma conscience dérivait, incapable de se fixer aux dents crantées de la roue du temps. »

(« J’ai connu la souffrance et le néant », « Nausée »)

« Oui c’est le tableau de chairs,
La musique des jambes, en l’air,
Le claquement des cuisses contre les culs. » (Tableau de chairs, « Nausée »)

Située presque au milieu du livre, cette brève séquence précède les « Tentatives philosophiques II ». Le choix de cette disposition, un espace de noirceur juste avant un espace de réflexion, est éclairant : comme si, pour pouvoir avancer dans l’affirmation de soi, il fallait être capable de passer par cette phase de « nausée ». La descente dans les égouts et dans le dégoût de l’humain apparaît comme nécessaire pour assumer pleinement la qualité d’homme. Ce que suggère le texte « De la théâtralisation de la pulsion de jouissance » ou comment assumer et dépasser sa pulsion de jouissance : « Discerner ces deux faces de l’individu permet alors de tracer une frontière et procéder au confinement, à l’endiguement de la pulsion. »

Mais, à travers l’enchevêtrement des pôles négatif et positif de l’homme, on se trouve confronté à un flirt avec les « limites » plutôt qu’à un dépassement de cette opposition Face A/Face B. Il y a un jeu de désir et de tentation d’aller jusqu’à la transgression, de descendre le plus profondément possible sans toutefois passer complètement en-dessous ; juste jouer sur la frontière en un jeu comparable à celui de l’érotisme si on se réfère à la nouvelle lesbienne « Transatlantique ». Cette frontière est ce qui rattache la Face A et la Face B, ce qui enclôt peut-être l’essence humaine. Un jeu d’équilibre donc, ou plutôt d’acrobatie et de défi d’équilibre, où toujours le lecteur est interpellé, perturbé. Et dans ce jeu, l’auteur insiste également sur son vœu de « casser les codes* », d’expérimenter en provoquant une rupture. Curieuse tension entre équilibre et rupture, provoquer une rupture amenant à rechercher un nouvel équilibre, à travailler l’harmonie de soi avec l’autre, avec son environnement.

Cette quête d’équilibre est présente dans C o m p l e x e, à travers l’image de la relation amoureuse. L’une des tentatives philosophiques, « La Cathédrale amoureuse », pose un modèle idéal d’équilibre amoureux, autant dans la relation de soi avec l’autre que de soi à soi et dans « l’amour transcendant ». Un équilibre triangulaire, par conséquent.

Sur des textes plus artistiques, on retrouve cette interrogation par rapport à la relation de couple. Et ce notamment dans les extraits de « Lucie, une femme folk, tentative de roman musical ». La forme de ces extraits par rapport aux autres textes est sujette à des variations : tantôt elle a la densité de la prose, tantôt elle reprend les cassures du vers (selon les définitions conventionnelles de l’une et de l’autre), mais toujours musicale. Lucie est un personnage permanent d’Ancrage, un de ces personnages en évolution qui rythme l’imaginaire de l’auteur. Son histoire se déroule par plans, suivant une rythmique cinématographique. Malgré les coupures entre les fragments, la présence de flash-back musicaux, on arrive à reconstruire l’histoire de cette « femme-sabre » en cours de métamorphose. Ces questions autour de l’amour, du désir et de la relation de couple demeurent cependant ouvertes : d’une part, parce que la réflexion commencée ici se poursuit ailleurs, d’autre part parce que le lecteur est lui-même invité implicitement à réfléchir sur les questions avancées par l’auteur. Tout comme il est amené à reconstruire de lui-même l’ensemble de l’histoire de Lucie.

La réflexion sur la relation à l’autre, qu’elle soit de nature amoureuse ou pas, parcourt Ancrage, mais dans C o m p l e x e elle apparaît comme « plus incarnée* ». On peut d’ailleurs mentionner une tentative d’incarnation musicale dans « La grâce des sentiments » :

Le piano marche au milieu de
La forêt des violons.
Une haie de cuivres sur ce chemin de forêt,
C’est la forêt des violons.

 

            Entrée en scène
…C’est la grâce des sentiments.

 

C’est la délicate,
C’est l’élégante
C’est
L’éclatante,

 

Une évidence. »

(« La grâce des sentiments » Golden Shumbers, The Beatles. Ce texte avait déjà été publié dans La Fille du Froid)

Le corps humain ou le personnage humain sert souvent de médiateur à la musique et aux émotions, notamment à travers l’image récurrente de la danse : Lucie, par exemple, danse en boîte, dans son salon, l’image de la « danse des âmes » apparaît plusieurs fois. Ici le mouvement est entièrement pris en compte par les instruments et les émotions, plus besoin de médiation. On pourrait évoquer une personnification, à travers ce piano acteur d’une marche en forêt. Mais c’est plutôt le procédé inverse : la musique a pris tellement d’ampleur qu’elle semble avoir métamorphosé l’instrument et l’instrumentiste, le sentiment et celui qui le ressent. Plus probablement, elle engendre la perception d’un autre univers, rendu lisible par la métaphore « la forêt des violons ». Un « univers-spectacle », avec des effets de mise en scène, que ce soit par les démonstratifs utilisés, ou par la mise en valeur de cette petite phrase détachée des autres à la fin de l’introduction : « Entrée en scène. » C’est donc bien à une mise en scène musicale et visuelle de la grâce qu’on assiste. Or, Christophe Marmorat tient à cette dimension de spectacle. Ses textes sont marqués par le rêve de faire entrer le lecteur dans un univers multi-sensoriel. Un espace « hors-temps », un « instant esthétique* » où le lecteur lirait, verrait et entendrait en même temps, un « instant d’intensité* » également qui s’assimilerait à une « transe-ploration ».

 

 

 

5 mars 2014

[Livres] Libr-kaléidoscope (1)

Le principe du Libr-kaléidoscope est de présenter une sélection des nombreux ouvrages reçus – qu’ils fassent ensuite ou non l’objet d’une chronique à part. Dans cette première livraison du premier trimestre 2014 : Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou ; Bruno Fern, Reverbs ; Eric Clémens, D’après la poésie d’amour ; Eugène Nicole, Le Démon rassembleur ; Patrice Robin, Une place au milieu du monde.

 

â–º Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou, éditions de la Revue des Ressources, février 2014, 146 pages, 10 euros, ISBN : 978-2-919128-07-5.

Parce qu’"il faut attaquer la poésie", Claude Favre nous offre ses "mésécritures crincrin".
Parce que "le réel n’a pas de régimes régiments de vérité" et que "c’est comme ça la grammaire ça échappe, toujours", la poésie est.

Elle est au galop, dans les étourdissements, les éblouissements, les assourdissements… dans des précipités de langues de guingois qui défient la raison comme la grammaire… Allez, pour le plaisir : "_ d’aller en déchié serait-ce progrès & contestable dans l’ordre de la connaissance & à grandes plongées s’esquiver léger léger" (p. 83).

[Ce volume reprend A.R.N. – que nous avons eu le bonheur de publier dans le dossier Claude Favre en 2013 – et Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre, développe Comme quoi un mot est un galop et propose Précipités].

 

â–º Bruno Fern, Reverbs, phrases simples, éditions Nous, février 2014, 144 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-913549-93-7.

Pour l’auteur, "voici un livre qui tente (au moins) de résister à lui-même".

On peut prendre comme fil rouge théorique les 26 citations intégrées dans le texte en italiques, parmi lesquelles les plus révélatrices que voici : "Il faut passer du raisonnement à la résonance" (Patrick Beurard-Valdoye) ; "En vérité, il n’y a pas de prose" (Stéphane Mallarmé) ; "Parler double le monde" (Paul Celan) ; "Je parle sous moi" (Tristan Corbière) ; "De sa lutte avec la langue, le poète, finalement, sort complètement épuisé" (Geoffrey Hill) ; "Le discours publicitaire est devenu le maître des discours" (Dominique Quessada)…

La force de ce livre qu’il faudrait remettre dans toutes les mains dès le collège réside dans la portée poétique et sociale d’énoncés qui semblent au premier abord ressortir à la sphère grammaticale. Bruno Fern y interroge la charge sémantique, consonnantique et symbolique des mots : en ce temps d’hypercommunication, rompre l’accoutumance, c’est sans aucun doute nous ouvrir à l’ouïssance (Prigent), en nous rendant attentifs à la "biographie du mot" (Zanzotto), à sa polyphonie, aux contraintes et aux ambiguïtés liées à ses éléments constitutifs ou au contexte ("contenir peut s’employer dans des sens différents. / Ex. : la police contient la foule des manifestants" ; "En réalité, il n’y a pas de source véritablement authentifiée" ; "Une simple inversion de lettres joue un rôle" ; "Les mots déportent – mais attention à ne pas se méprendre sur ce dernier verbe" ; « "Possède", c’est beaucoup s’avancer » ; "Contre les murs (du verbe contrer)"…) ; aux effets d’un zeugme ("A ceux qui font l’actualité et l’impossible pour écourter") ou d’autres procédés ("Le regard phrase le passage clique en un éclair" – translation et personnification) ; à l’incongru et au loufoque nés de subtils télescopages ("L’accès aux sous-vêtements est strictement réglementé" ; "L’écriture oublie parfois de mettre son clignotant" ; "(Soyez prudents en descendant du livre)" ; "L’identification des corps est un souci majeur leur traçabilité" ; "Il trouve le sommeil en un clic" ; "L’obscurité est en accès libre"…) ; en revivifiant ou dénonçant les clichés et idées reçues ("Il y a du lancer puis du retour à l’envoyeur" ; "Nous sommes responsables mais pas coupables. / Nous sommes témoins mais pas responsables. / Nous sommes spectateurs mais pas témoins"…).

 

â–º Eric Clémens, D’après la poésie d’amour, dessins d’Anne Leloup, L’Âne qui butine, 2014, 132 pages, 22 euros, ISBN : 978-2-919712-06-9.

De r’tour, l’auteur de Opéra des Xris et de Mythe le rythme. De la dénature des choses – ancien de TXT né la même année que Christian Prigent.

Pour nous déparler du jeu de la mourre, avec clin d’œil appuyé à l’époque avant-gardiste ("carnaval d’éros et coup de dés").

Dans ce volume soigné et élégant – made in L’Âne qui butine ! -, vous attendent cure d’idiotie carnavalesque, évidement formel et psychologique, jeux de langue et de formes… un véritable dé-lyre ("dé sans chanté") ! Et un zeste de philosophie zamoureuse : le texte s’inscrit d’après et parfois près de la poésie d’amour.

Extrait : "Salut Eros / philosophique / au vulgaire plein de santé

          Carnaval caché / de ton théâtre / le goût des loups / aux yeux éclairs / de chairs / nos dés jetés / aux corps- / à-corps" (p. 17).

 

â–º Eugène Nicole, Le Démon rassembleur, P.O.L, février 2014, 224 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-8180-1992-4.

"Tout se polarise et fait récit, soudain" (Pascal Quignard).

Présentation éditoriale. À partir de titres d’ouvrages sortis de l’imagination de son ami Manlio, et de quelques autres qui se sont jadis imposés à lui dans l’heure de midi, Borman, le capitaine du Pyjama, écrit des histoires. Peut-être veut-il ainsi oublier l’interminable et futile croisière que programme d’un lieu inconnu son patron, l’énigmatique Jean Bellair, représenté sur le paquebot par son seul pyjama qu’installe chaque soir dans une cabine différente une jeune fille tirée au sort dans un groupe de lingères expressément embauchées pour ce service ? Il est vrai que, dans la cabine 21, réside Madame Adélaïde, l’épouse de Jean Bellair, qui ne semble plus avoir toute sa tête, et que la 12, toujours fermée, abrite les Archives pour servir à l’histoire du Bureau des Objets trouvés à l’Opéra-Comique.

Dans ce roman où il est tant question de titres, le démon rassembleur figure-t-il la force cohésive qui doit tant bien que mal faire tenir ensemble tant de personnages (humains ou non), d’objets hétéroclites et de mondes possibles ? Ce serait en somme Borman au travail. À moins que ce ne soit Borman lui-même (auteur, narrateur et personnage) qu’ait inventé, pour ainsi dire en amont du récit, le démon rassembleur – si, par exemple, le texte qu’on va lire était la fusion d’une série de nouvelles déjà écrites ?

Premières impressions. Belle construction/réflexion narrative, avec des miroitements du côté du Nouveau Roman et de l’Oulipo. Mais rien de bien nouveau sous le soleil du roman.

Extrait : "Plusieurs fins sont possibles. Je penche pour une forme théâtrale, ou cinématographique. J’envisage un grandiose tableau final que la linéarité du récit serait bien en peine de produire, quelque chose qui ressemblerait au dernier travelling de Citizen Kane…" (p. 189).

 

â–º Patrice Robin, Une place au milieu du monde, P.O.L, mars 2014, 128 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-8180-2048-7.

Présentation éditoriale. À la Fabrique, Pierre, écrivain, tente, avec quelques autres, éducateurs et enseignants, de donner une place au milieu du monde à des adolescents en grande difficulté scolaire et sociale. Parfois avec succès : Lissah venue d’Afrique après la mort de ses parents et réussissant à trouver du travail, Djamil remis sur le chemin des études via des cours par correspondance. Parfois en y échouant totalement : Franck gagné par les idées d’extrême droite ou Aude tentant de se suicider. C’est dans l’approfondissement de cet engagement, à La Fabrique et ailleurs, que Pierre trouvera, lui aussi, au fil des années, sa place au milieu du monde.

Premières impressions. Dans le sillage d’Annie Ernaux, Patrice Robin poursuit son exploration parmi ceux qui n’ont pas/ ne se sentent pas à leur place dans le monde social. Ce sixième opus nous fait découvrir la Fabrique : l’atelier d’écriture est sans doute aujourd’hui un lieu d’accueil préférable à cet autre atelier qu’est celui de l’usine. [Dernier livre : Le Voyage à Blue Gap, 2011].

2 mars 2014

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de mars, pleins feux sur une actualité dense, avec Libr-Net (blog Prigent ; C. Pomparat sur  Matton, Remue.net) et nos Libr-événements (Les écrits numériques #2, festival Concordan(s)e, Déjeammes/Kraums Notho).

Libr-Net /FT/

â–º Blog Autour de Christian Prigent : dans la première dizaine de posts déjà en ligne, deux Carnets inédits permettant une réflexion sur son travail précis d’écriture, la relation prose/poésie, ou encore son rapport au contexte (Carnets de Grand-mère Quéquette et de Demain je meurs), des infos sur le proche colloque de Cerisy, un hommage de Thierry Rat, les premières Traversées (situation actuelle de l’écrivain, étude sur ses archives, le réelisme prigentien) ; dans la deuxième dizaine, sont prévus : des documents inédits, le Carnet de La Météo des plages, une mise au point sur les entretiens (mise en ligne de celui paru dans Les Temps Modernes sur Bataille), deux articles de recherche (de Bénédicte Gorrillot et de Typhaine Garnier)…

Autres infos prigentiennes :

— Montreuil, mercredi 19 mars 2014, 19 h. Soirée d’inauguration du festival Hors limites. Lecture de Christian Prigent (Les Enfances Chino), suivie de Peep-show, performance de Vanda Benes. A la Bibliothèque de Montreuil, 14 Bd Rouget-de-l’Isle, Montreuil (93). Contacts : 06 08 55 89 83  /  01 48 45 95 52.

— Vandœuvre-les-Nancy, samedi 29 mars 2014, 20 h 30. Festival Poema. Lecture à deux voix (Vanda Benes & Christian Prigent). Au CCAM, Scène Nationale, rue de Parme, 59500-Vandœuvre. Contact : S. Gironde  06 63 14 52 70.

 

â–º Les pratiques de François Matton, dessin et écriture, invitent à la "ballade". Catherine Pomparat a accueilli l’invitation : "Une suite de 4 dessins en suspension et de 4 ressorts d’écriture balade dans leurs traces la charrette-théâtre de mes sensations. L’ornière creusée par les mots est plus ou moins profonde mais le dessin toujours devant guide ce petit théâtre en roue libre."
À la faveur allègre et grave de cette œuvre dessinée et écrite, voici le quatrième moment d’une "ballade énamourée" http://remue.net/spip.php?article6537 qui mène vers la rencontre avec François Matton du 4 avril prochain au Centre Cerise (46 rue Montorgueil, Paris 2eme).

 

Libr-événements

Les écrits du numérique #2, jeudi 6 mars 2014, 14H30-20H,

Friche La Belle de Mai (41, rue Jobin Marseille)
Création, écriture, édition numériques

 

A l’Espace éphémère de 14h30 à 17h30

> Nanodrames par Jean-François Magre

(JPG) En empruntant plusieurs types de langages (écriture, photographie, découpage cinématographique…) et en les combinant à la manière des techniques utilisées par les médias et Internet pour asséner leurs messages (multimédialité, médialité mixte), les nanodrames proposent une narration plus mystérieuse et lacunaire. Ils se lisent comme un paysage mental ou géographique au gré d’une dérive où chaque lecteur/regardeur remarquera, tel un flâneur, des détails sans pour autant que l’histoire (ou le programme comme on dirait en architecture) n’impose sa domination. Hiéroglyphes ou arrêts sur image, les photos-textes qui composent les nanodrames sont des images à deux foyers comme l’ellipse est une courbe à deux foyers (et la figure emblématique du Baroque selon Eugenio d’ors) ainsi qu’une figure de rhétorique de l’omission de mot, du raccourci, du sous-entendu.

Jean-François Magre est né à Toulouse en 1972.
Artiste, il associe activité d’écriture et réalisations graphiques, sonores, audiovisuelles. Citant Jacques Derrida : « L’écriture est tout ce qui peut donner lieu à une inscription en général, qu’elle soit ou non littérale et même si ce qu’elle distribue dans l’espace est étranger à l’ordre de la voix : cinématographie, chorégraphie, certes, mais aussi « écriture » picturale, musicale, sculpturale, etc… ». Parmi ses productions, quelques publications papier et en ligne sur des sites pluridisciplinaires. Jean-François Magre a été le lauréat de la première résidence d’écriture numérique à La Marelle en mai 2013.
Plus d’informations sur la résidence : http://villa-lamarelle.fr/ ?p=2752
Pour consulter des nanodrames : http://legrandos.blogspot.fr/search/label/Nanodrames

> Fenêtre augmentée et Flatland par Thierry Fournier

(JPG) Conçu et dirigé par Thierry Fournier, le projet Fenêtre augmentée propose une fenêtre interactive sur un paysage comme protocole d’exposition collective. Sa 3e édition a été coproduite et présentée par Zinc à la Friche dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture. L’édition interactive de Fenêtre augmentée sur iPad rend désormais cette expérience mobile et accessible autour du globe. Co-dirigé par l’artiste et le critique J. Emil Sennewald, le catalogue sur iPad Flatland rend compte de cette création innovante à travers une forme éditoriale spécifiquement conçue pour tablette. Les publications simultanées de Fenêtre augmentée et Flatland permettent ainsi un dialogue entre l’expérience directe des œuvres et une approche critique, sur le même support. Publiées par Pandore, jeune éditeur numérique en art contemporain qui invente de nouvelles propositions sur tablettes, elles présentent une des premières publications en art intègrant démarche critique, design spécifique aux tablettes et navigation interactive.

Artiste et curateur, Thierry Fournier a développé une pratique qui englobe à la fois l’installation, les médias numériques, la vidéo, le son et la performance et aborde la manière dont le corps et la perception qualifient notre relation au monde, dans un sens aussi bien poétique que social ou politique.
En relation étroite avec ce travail, il poursuit une démarche de curatoriat en invitant régulièrement des artistes et auteurs dans le cadre de protocoles et dispositifs qu’il met en œuvre. Après avoir débuté comme musicien, compositeur et architecte et collaboré à plusieurs galeries et projets curatoriaux, il donne une forme autonome à son travail à partir de 2000. Il enseigne et mène des recherches à l’École nationale supérieure d’art de Nancy, à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs et à Sciences Po Paris.
Site web : www.thierryfournier.net
Site Pandore édition : www.pandore-edition.fr

> Additional documents par Documents d’artistes

Revue web de création et de réflexion, additionaldocument.org, est une édition web développée par Documents d’artistes. A l’occasion de New Orders, la programmation art contemporain du Cartel à la Friche Belle de Mai Marseille, elle est née de l’invitation faite à l’artiste Atelier Van Lieshout d’éditorialiser une programmation 6 mois durant, en lien avec son exposition « The butcher ». Il a en dessiné l’interface et son travail a par ailleurs déterminé la ligne éditoriale de cette revue. additionaldocument.org tire donc le fil de la réflexion générée par la proposition artistique et invite des artistes et des auteurs à porter un regard, une analyse, à raconter une histoire…En mettant côte à côte artistes, philosophes, sociologues, critiques, additionaldocument.org se présente comme un objet hybride ouvrant les champs de savoir et les pratiques artistiques autour d’un thème et de ses variations, pour les inscrire chacun dans le concret d’un réel qu’il conviendrait sans doute de ré-inventer.
Une conception technologique développée par Silex taille numérique

Documents d’artistes, un site internet dédié à l’art contemporain.
Documents d’artistes a pour but de rendre visible la densité et la diversité de l’activité des artistes de la région PACA à travers l’édition en ligne de dossiers d’artistes contemporains et leur diffusion auprès de publics professionnels et amateurs d’art. Les dossiers sont réalisés en collaboration avec les artistes et actualisés régulièrement pour suivre l’évolution de leurs productions. Relais entre la création, le milieu professionnel et les publics, cette entreprise vise plus directement à inciter les opérateurs de l’art à la prospection pour concourir à une meilleure circulation du travail des artistes à un niveau local et international. documentsdartistes.org travaille en réseau avec les associations documents d’artistes en Bretagne, Rhône-Alpes, Aquitaine et Piemont (Italie).
Site web : www.documentsdartistes.org

Au Transistor à 18h30

> Reading Club par Annie Abrahams et Emmanuel Guez

Lire en réseau, sur le web, c’est aussi écrire. Que se passe-t-il lorsqu’on lit et on écrit en commun, sur la même "page" et simultanément ? Quels sont les effets de cette lecture/écriture sur les lecteurs/écrivains, sur leur manière d’être ensemble à ce moment-là ? Comment matérialiser une pensée commune en train de se faire ? Quel type de textes construit-on ? Comment le public perçoit-il une telle performance de lecture et d’écriture ?
Le Reading Club est un site web destiné à des performances de lectures en commun impliquant des performances d’écritures. Pour cette édition des « Ecrits du numérique » et dans le cadre de « Nice to meet you#37 », le Reading Club propose trois sessions de lecture / écriture de 10 minutes chacune sur un texte de Luc Dall’Armellina, "Ce pas qui nous élève – pour des écritures numériques créatives, un manifeste". Pour chaque session, nous inviterons quatre personnes, parmi le public, à venir lire et écrire ce texte, au sein même du texte d’origine. Le public, qui assiste à ce processus, sera également invité à commenter la session sur le tchat du Reading Club. Site web : http://readingclub.fr/

â–º Festival Concordan(s)e, du 6 mars au 6 avril 2014

Jeudi 6 mars à 20H, Maison de la poésie (Passage Molière, 157 rue St Martin 75003 Paris) : SOIREE D’OUVERTURE festival Concordan(s)e
avec Arno Bertina, Fabienne Yvert, Béatrice Massin, Fabrice Ramalingom, Emmanuelle Bayamack-Tam

lancement du LIVRE CONCORDAN(S)E 3
qui retrace les éditions 2012 et 2013 du festival

LECTURES par ARNO BERTINA, FABIENNE YVERT et BEATRICE MASSIN des textes inédits écrits pour le festival

PERFORMANCE avec FABRICE RAMALINGOM chorégraphe & EMMANUELLE BAYAMACK-TAM écrivain, présentation du Duo
« EN AMOUR, IL FAUT TOUJOURS UN PERDANT »
En amour, il faut toujours un perdant , mais chacun préfèrerait que ce soit l’autre. Ce que notre création interroge, c’est précisément le sens de la défaite et la nature de la perte. Cela prend entre autres formes spectaculaires, celle de la passe, échange dont on sait bien que tout le monde sort perdant. On pourra réécouter avec profit la chanson de Julio Enrique Melanie Iglesias

Le festival continue du 6 mars au 8 avril
4 créations dans 18 lieux d’île de France
www.concordanse.com

♦ vendredi 7 mars 20:00 Librairie L’Atelier – Paris, lecture/performance
Cécile Loyer / Violaine Schwartz

mardi 11 mars 20:00 Librairie Le comptoir des mots, lecture/performance
Myriam Gourfink / Eric Suchère

mercredi 12 mars 18:30 Librairie de Paris, lecture/performance
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi

vendredi 14 mars 19:30 Médiathèque Marguerite Duras – Paris
Cécile Loyer / Violaine Schwartz

samedi 15 mars 20:30 Maison populaire – Montreuil
Cécile Loyer / Violaine Schwartz
(programme partagée avec le duo Violaine Schwartz, texte et Hélène Labarrière, contrebassiste)
Réservations 01 42 87 08 68 www.maisonpop.fr

mercredi 19 et jeudi 20 mars 20:30 Centre National de la Danse – Pantin
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi
Myriam Gourfink / Eric Suchère
Réservations 01 41 83 98 98 www.cnd.fr

vendredi 21 et samedi 22 mars 20:30 Théâtre Le Colombier – Bagnolet
Cécile Loyer / Violaine Schwartz
Hélène Iratchet / Pauline Klein
Réservations 01 43 60 72 81 www.lecolombier-langaja.com

samedi 22 mars 16:00 Médiathèque Hermeland – Saint-Herblain
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi

mardi 25 mars 19:00 Médiathèque du Pôle culturel – Alfortville
Myriam Gourfink / Eric Suchère

samedi 29 mars 18:30 Bibliothèque Marguerite Audoux – Paris
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi

mardi 1er avril 12:00 Université Paris 13, La Chaufferie – Villetaneuse

Hélène Iratchet / Pauline Klein
(en partenariat avec le festival Hors limites)
Réservations 01 49 40 38 27 www.univ-paris13.fr

mercredi 2 avril 16:00 Bibliothèque André Malraux – Les Lilas
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi
(en partenariat avec le festival Hors limites)

jeudi 3 avril 19:30 la maison rouge – Paris
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi
Réservations 01 40 01 08 81 www.lamaisonrouge.org

samedi 5 avril 18:30 La Briqueterie / CDC du Val-de-Marne
Hélène Iratchet / Pauline Klein
Dans le cadre de la journée de l’édition en danse
01 46 86 17 61 www.alabriqueterie.com

dimanche 6 avril 15:00 CNEAI – Chatou
Fanny de Chaillé / Pierre Alferi
Réservations 01 39 52 45 35 www.cneai.com

â–º Après quelques semaines de résidence à Eclats, Thomas Déjeammes et Kraums Notho vous invitent à la sortie de résidence de Liaisons.

Liaisons est une performo(t)sonance de 45 minutes. A la croisée de la poésie contemporaine, du rock alternatif, de la musique électronique et de la projection vidéo cette œuvre ouverte explore la relation souffle/son/sens dans un dispositf sonore hexagonal conçu spécifiquement pour l’occasion.

RV le 13 et 14 Mars 2014 à 20h à Eclats (18 rue Vergnaud à Bordeaux) pour la sortie de résidence.

S’en suivra une dégustation de vin (sans insecticides ni désherbants !) par le château Couteau (Château Couteau 33550 Capian France) : la réservation pour les deux soirs est vivement conseillée, les places étant limitées à 35.

Réservation à Eclats au 05 56 52 52 64 ou par mail à thomasdejeammes@yahoo.fr / tarif : 5 euros ; 3 euros pour les adhérents d’Eclats ; 10 euros pour soutenir le projet Kraums Notho.

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