Libr-critique

29 août 2019

[Livres] Libr-vacance 4

Pour terminer en beauté cet été 2019,  une dernière invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique à partir de sept livres publiés en 2018-19 et signés Bobillot, Brérot, Chaton, Mézenc, Nowak-Papantoniou, Taïeb et Vipaldo… L’occasion de présenter l’essentiel de ces Å“uvres remarquables dont nous n’avions guère pu parler encore. [Libr-vacance 3]

â–º Jean-Pierre BOBILLOT, Prose des rats. Textes pour la lecture/aXion, Atelier de l’Agneau, St Quentin-de-Caplong, 2e édition revue & augmentée, coll. « Architextes », 96 pages, 17 €, ISBN : 978-2-374280-22-6.

Le [Ra] dans tous ses états… Quel Rat-fût ! C’est « comm’ le Réel sans les fiXions »…

Le texte est un accélérateur de particules lexicales sur l’axe paradigmatique afin de créer des calembours tous azimuts : « Mot-rat… toire / Mot-rat… tomique / Mot-rat… via / Mot-rat… Venise / Mot-rat… vagine… Mot-rat… crédit / Mot-rat… lité »… Ce poètàraz-du-rat est par ailleurs grand amateur de litanies – ah lITANIE ! (Cf. « Poème trop long » : « C’est comm’… »).

Avec ces bobillards, vive l’oRATlité poétique !

â–º Béatrice BRÉROT, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon, Barjols (83), éditions Plaine page, coll. « Calepins », 2018, 98 pages, 12 €, ISBN : 979-10-96646-16-6.

mais la po.é.sie
elle vit
putain
la po.é.sie
elle vit
ailleurs que dans les salons
la po.é.sie
elle explose la langue
les sons
la respiration
la poésie
c’est un corps
la poésie
c’est un corps caverneux
surgi du chaos
elle branle l’univers (p. 91).

Pour celle qui écrit « dans le beat / de notre génération » (90) et qui allie poésie & musique, la suite infinie du monde est dans le colimaçon poétique qui en inventorie les éléments par télescopages de blocs compacts, nuages de mots ou litanies. Nous sommes transportés sur le bord du vivant par une vision cosmologique du corps et du monde humain.

« ce corps / où tu manges / où tu bois / où tu marches / où tu nages / ce corps / où tu glisses / où tu lâches / où tu parles /où tu froid / ce corps / ton corps / tu y tiens » (49).

Dans ce monde aliénant, par la poésie réinventons nos « cartographies intérieures » (17).

â–º Anne-James CHATON, L’Affaire La Pérouse, P.O.L, printemps 2019, 160 pages, 16,90 €, ISBN : 978-2-8180-4723-1.

On savait le poète attiré par le narratif/fictif depuis Elle regarde passer les gens (Verticales, 2016), superbe fresque historique multibiofictionnelle. Avec L’Affaire La Pérouse, Anne-James Chaton procède un peu à la manière de Pierre Bayard, alliant ludique et théorique. Narrer, n’est-ce pas toujours (s’)interroger ? Le texte hypothétique atteint son summum de loufoquerie dans l' »Addendum n° 2″ : comme s’il avait suffi au célèbre explorateur français d’adopter un tas de précautions aussi farfelues les unes que les autres pour se prémunir des dangers qui l’ont fait disparaître en 1788… Un exemple de loufoque, dès la page 39 : « Une fois identifié, le suspect sera soumis à un interrogatoire dont les questions ont été élaborées avec le concours du poète Charles Baudelaire« …

Pour son plus grand plaisir, le lecteur se perd dans un dédale de références et d’hypothèses (22 exactement, de l’accident au suicide) et ne peut qu’apprécier un exercice de virtuose consistant à mêler tons, styles et modes/modèles narratifs (de l’épique au dramatique… S’y rencontrent chansons, genre policier, robinsonnade…).

â–º Juliette MÉZENC, Des espèces de dissolution, éditions de l’Attente, printemps 2019, 168 pages, 16 €, ISBN : 978-2-36242-080-1.

En un temps où ressurgit le discours eschatologique, où la disparition des espèces fait l’actualité – de toutes les espèces, y compris l’espèce humaine –, vite de l’air… c’est bon, c’est beau… de l’air ! Dans une dernière partie qui constitue un hymne à la vie, la scriptrice en vient à ce qui s’appelle vraiment découvrir, non pas l’existence tel le Roquentin de La Nausée, mais la respiration : « pour la première fois de ma vie je respirais, mais respirer c’est l’affaire de toute une vie, respirer c’est l’affaire, la grande affaire de la vie, ce n’est pas rien , c’est phénoménal, c’est la merveille des merveilles, et personne pour s’extasier, ou même s’étonner, personne pour consacrer une fresque ou même une trilogie ou ne serait-ce qu’un roman, un court roman, à la respiration, j’en étais stupéfaite […] » (p. 140).

Ce punctum est l’aboutissement d’une ascèse cosmologique : disparition / rumination / absorption mentale / « puits d’espace-temps » (82)… Alice ultra-moderne, je/il/elle traverse, non pas le miroir, mais diverses strates de réalité virtuelle : nul lapin blanc dans un paysage virtuel tout droit issu des jeux vidéos, mais « un panneau qui parle », Miss Fluo, des « femmes-chevreuils », des « femmes-marmotes »…
Allez, rendez-vous au mont Mézenc (cf. p. 104) !

â–º Stéphane NOWAK-PAPANTONIOU, Nos secrets sont poétiques, Presses du réel/Al dante, printemps 2019, 64 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-060-5. [Écouter « une déclinaison sonore de Nos secrets poétiques« ]

Celui qui préfère l' »histoyr » à l’histoire ne va pas nous faire le coup du roman, mais nous proposer une poétique du secret, lequel se révèle par ailleurs politique et érotique : « Le secret se raconte mais le secret n’est pas un spectacle. Il ne se raconte pas comme une histoire avec une dissimulation et une révélation. Ça c’est pour les polichinelles, les détectives ou les psychologues » (p. 23). Cet inventif agencement répétitif est animé par une série de tensions entre masque et révélation, visible et invisible, mensonge et vérité, lisible et illisible, jusqu’à nous perdre dans un espace voilé/dévoilé – érotique, donc.

► Lucie TAÏEB, Peuplié. Fragments Fredinand, suivis du Cahier de Liesl Wagner, éditions Lanskine, printemps 2019, 136 pages, 15 €, ISBN : 979-10-90491-85-4.

Le peuple y est-il ?
« le peuple n’y est pas » (p. 103).

« Ma poésie s’est peupliée ? » Le peuple déplié dans un arbre à Paroles… Une histoire d’amour tragique aussi.

Ça commence comme au bon vieux temps, par un « Liminaire » indiquant la provenance des fragments et du cahier d' »Ã©crits post-mortem & posthumes ». Suivent des textes qui attestent que nous sommes des « héritiers de la déraison hölderlinienne » (66), mais aussi d’inventifs axiomes, et même un drôle de « nopéra furtif » (47-49)… Terminons par une phrase extraite de la lettre au « cher Fritonnant », car elle pose un problème poétique central : « Ã  quoi bon avoir lu et digéré les avant-gardes du siècle passé pour en finir avec ces platitudes » (122)…

► Jules VIPALDO, Le Banquet de plafond, éditions Tinbad, 2018, 148 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-11-3.

« Quels lecteurs espérer dans  un futur analphabète
(un futur de « trous du cul ») ? » (p. 23).

Ce Banquet de plafond est évidemment bas de caisse – au niveau du plancher des rats et des souris. Et tant pis pour la « RATputation » d’un auteur « anti-confort triste » que l’on apprécie pour « son rythme de scieur effréné, ses ruptures de ton inopinées », « ses phrases qui déraillent, son fatras fantaisiste », « ses formules gauches, ses proverbes à la noix, ses aphorismes claudicants, sa littéralité glissante et gauloise, et, plus généralement, de son envahissante culanthropie ! »

28 août 2019

[Chronique] Chienne de vie (à propos de Lamarche-Vadel, État stationnaire), par Jean-Paul Gavard-Perret

Bernard Lamarche-Vadel, État stationnaire, édition du Faisan, 1985 ; rééd. Editions Unes, Nice, août 2019, 48 pages, 12 €, ISBN : 978-2-87704-206-2.

Dans la famille de Larmarche-Vadel (1949-2000), on était vétérinaires de pères en fils selon une « décision implacable voulue par tous et décidée par personne ». Et l’auteur d’ajouter : « D’informations dans les collèges et les lycées, sur les métiers, il n’y en a pas, et d’orientation professionnelle, pas plus ; et chacun selon le hasard de sa condition de naissance ou ses goûts superficiels est doucement mené à embrasser une carrière pour laquelle il n’a pas de goût, et peu de capacité ». Bref, l’auteur n’a pas eu le moindre choix.

Et c’est le point de départ d’État stationnaire, bref récit de 1985 repris en partie en 1994 en ouverture de son premier roman, Vétérinaires, suite de tableaux hallucinatoires où se mélangent drame et farce. Ce texte est apparemment plus calme. Néanmoins, entre la violence et la douleur, le rythme du livre épouse le fil d’un temps qui s’éternise en bord de Marne. Entre deux visites à des animaux malades, l’auteur tente de s’accrocher aux arbres du bord du fleuve. Un plus habile que lui pourrait jouer la sociabilisation dans « la politesse comme l’altitude la plus efficace protection de soi-même ».

Mais rien n’y fait. Ne reste qu’un soliloque avec soi-même. Preuve que l’auteur est déjà tout dans ce livre. Il « tient » tant et comme il peut dans un monde où les mots des autres mitraillent et où le meilleur moyen de se sauver est de les regarder filer. En réponse, il s’agit de parler peu et de bouger le moins possible pour préserver un « Ã©tat stationnaire ».

La littérature et la pulsion de mort sont – et si l’on peut dire – déjà en accord  et comme dans le premier recueil de l’auteur  Du chien les bonbonnes (1976, chez Bourgois). Un temps, il trouvera dans l’art un divertissement pascalien en créant la revue Artistes et en défendant Arman, Beuys, Giacometti, Pincemin, Villeglé, etc.. Suivront aussi trois romans, avant qu’il ne se donne la mort en 2000 dans son château de la Rongère en Mayenne.

Ce texte révèle une manière passive et indifférente de vivre dans un croire-entrevoir sans que ceux que rencontrent le narrateur ne soient – pour et comme lui – que des fantômes à la destinée indéchiffrable. L’aphasique scripteur les affronte du regard et les interroge en silence. Il ne subsiste plus de point de fuite. Aucun indice ne permet de sortir du forclos.

26 août 2019

[Libr-relecture] Marcel Moreau, À dos de Dieu, par Fabrice Thumerel

Il y a tout juste un an reparaissait un apocalivre du fulgurant écrivain belge qui, faisant le grand écart entre Rabelais et Guyotat, arborait en exergue ce jugement d’Émile Cioran daté du 25 mai 1980 : « Je suis presque atterré par l’importance que dans À dos de Dieu vous conférez au Verbe, dont verve heureusement dérive… » La phase d’incubation achevée, voici quelques bubons…

Marcel Moreau (1933), À dos de Dieu ou l’Ordure lyrique (1980), postface de Hans Limon, Quidam éditeur, coll. « Les Indociles », rééd. 2018, 140 pages, 16 €, ISBN : 978-2-37491-089-5.

« faut voir ça comme l’éducation, la culture, la bienséance,
tout ça fout le camp dans les trous, ça viscose,
ça gluose, ça crapatouillose, ça  grenouillose-stuprose » (p. 109).

AHON ! C’est à dos de Dieu qu’assurément le lecteur sera transporté par cette infernale stuprose, recueillant dans ses oreilles « des confessions comme jamais de mémoire de lecteur littérature n’avait osé en produire, des histoires de torture, des connaissances vertigineuses de la souillure, de parfaites ignominies tout cela en phrases convulsives » (88)… Cela dit, le sexte est plus carnavalesque que sadien : imaginez un peu « le défilé des ordureux, femmes en peignoir encore, hommes déjà costumés, narines bouchées tant c’est méphitique. et les Assitadins évacuent, éliminent, rejettent, dégorgent inlassablement sur les montagnes. et tout ce qui leur pultace la paluche, leurs jutances jugulaires et autres brenures troudculatives, prend le chemin des pyramides cacaïennes » (92-93)… Ces figures carnavinfernalesques s’accompagnent d’un phrasé et d’une inventivité verbale qui défigurent la langue officielle. Au reste, à la fin, la figure auctoriale rend compte de cet « impitoyable aventure du verbe » : « On ne travaille pas sur les infra-langages, dans le boyau des boyaux des hypoténèbres, avec l’espoir d’y cueillir des fleurs de rhétorique. […] Les mots, c’est du solide, du révélant, du prémonitoire. Plus bas on descend pour les trouver, plus loin ils vous emmène dans le pire ou le sublime. Le reste, c’est de la… littérature » (128-129).

Tout commence en Suisse, là où tout n’est qu’ord(u)re et Nausée. Et après une époustouflante litanie de l’ORDURE, surgit, haute en couleurs, « une BÊte semant l’eFFROI » (21) : « poussé par une force rythmique irrésistible » (48), Beffroi a pour cervelle « un cervolcan revolverisé » (34) et pour tic de langage l’expression « Ã€ dos de Dieu » – comme son auteur a pour péché mignon la crase. Beffroi, celui qui convoite le con de Marianne : « Et quel Con ! Sélénoscopique, multimouilleur, dynamocloacal, flic-flacophonique, arborivore, anthropicide, macrolippu, et on en passe » (50). C’est dire à quel point il affole la langue, la tirant à hue et à dia comme une bête : « Carne-moi plus et j’te plus carnivore Vorprends mon charnuvit dans tes charnelles et sursuce à gogorge déployautée ployée ma carne que j’te langouille l’anus nuss à l’boyau del gouillaloyau mouille et j’fouille et merde ouillpisse en gueulle comme pisse-mer barbouille et heurg Kcé bon cul lapculboncé ké miam miam […] » (75)… Beffroi, c’est l’estocade donnée à l’ordre et à l’ordure dans une épopée horriblement drôle « jusqu’aux Boues notariales » et au quartier du « Consortium bureaucrado » (113-115).
AHON ! Réjouissant, car des plus rares dans notre lissetérature hexagonique !

 

® En arrière-plan : Le Christ aux limbes, par un suiveur de Bosch.

 

23 août 2019

[Libr-retour] Jean Le Houx, Chansons bachiques, par Christophe Stolowicki

Jean Le Houx, Chansons bachiques, éditions Lurlure, préface d’Emmanuel Caroux, 2018, 144 pages, 19 €, ISBN : 979-10-95997-04-7.

Pourquoi chansons à boire, si simples, étaient et demeurent poétiques, même quand elles dérivent vers plus modeste que le vin, le cidre – ce qui se conçoit d’un natif de Vire en Calvados composant des vaudevires, qui soit dit en passant n’ont aucune étymologie commune avec les virelais. Oui, pourquoi – alors que féru des progrès de l’œnologie, fort de la longueur en bouche des plus grands crus on tombe toujours à plat, à gras, à suffisance élaborée.

Chez Jean Le Houx (1545 ou 1555 – 1616), né un demi-siècle après Rabelais, rien de gargantuesque ni de superlativement érudit. D’emblée l’aveu : « Faible en complexion, je hais l’ivrognerie ». Et « De latin je n’appris guère, / Y pensant être assez savant / Puisque bon vin j’aimais à boire » (bouère est la prononciation de l’ancien français, qu’ont conservée le bas-normand et le percheron). Loin de la prose excessive rabelaisienne, la poésie a ici le sens rassis – ce qui appelle toutefois la boutade de Wilde : only excess succeeds.

Prudence de bon bourgeois (probablement avocat) en un temps de guerres de religion (Vire plusieurs fois pillée). L’intérêt de ce livre, que le génie n’effleure pas de son aile, est ailleurs : dans la chanson, en répétition de thèmes courus (l’eau sied aux avares, le vin est bon pour la santé), dans sa richesse et variété prosodiques. De strophe en strophe l’hexamètre y alterne avec l’alexandrin, sert de chute à l’octosyllabe. L’heptamètre préfigure Verlaine, de liquidité il est vrai plus de piot que de langue. Avec « maîtresse » rime « perse », exceptionnellement. Quelques vers libres (jusqu’à dix-sept syllabes) impriment le cachet d’aveux personnels.

L’absence de génie confine au génie, plain et plein chant. Ainsi, dans ces remerciements à qui, souffrant d’une rage de dents, a régalé ses amis, « trop volontaire / Pour avoir le cœur marri / D’avoir vu la bonne chère / Que nous avons fait chez lui. / Monsieur l’hôte, / Voyez, j’hôte / Mon bonnet honnêtement. / On me prie / Que je die / Qu’on vous rend grâce humblement. / Mais si le vin reste au pot, / Qu’il est encore de l’écot, [écot : note à payer chez un restaurateur] // Faites-en laver la bouche / À quelques-uns d’entre nous, / Avant qu’un valet n’y touche / – Puisque tout dépend de vous ! / Je ne cure, / Je vous jure, / Jamais ma bouche autrement. / Notre hôtesse, / Je vous laisse / Mille mercis en paiement. / Ceci serait éventé… / J’en bois à votre santé ! », en quatre laisses de vers impairs de structure subtile identique, à faire pâlir la villanelle et la sextine.

Même maîtrise à rapporter tous sujets au vin par choix délibéré (son amie qui repousse l’ivrogne, la guerre qui détruit les vignes) de compagnon raisonnable (« Buveur quant au renom mais non pas de nature ») qu’à structurer ou lâcher ses vers. Alors qu’il s’agit de bon vin non de piquette (il y revient souvent) – vin et poésie font chez lui grand bon ménage parce que « Denis » (Dionysos ! le français génial simplificateur) en grandes Dionysies ne s’est pas encore spécialisé dans l’œnologie.

L’orthographe adoptée, la discrétion des appels de notes (corps diamant sinon poudre de pépite) traquant l’anecdotique mais non ce qu’éclaircit facultativement le glossaire, la pertinence des notes et variantes rendent ce texte particulièrement lisible à chacun.

21 août 2019

[Création] Yves Justamante, création sonore à partir d’un extrait de Mille plateaux

C’est avec plaisir que nous retrouvons Yves Justamante pour une création sonore à partir d’un passage de Mille plateaux : Deleuze et Guattari machinés par le poète acousmatique.

6 août 2019

[Livres – News] Libr-vacance (3)

Redisons-le pour tous ceux qui nous ont rejoints depuis peu : Libr-vacance ne propose nullement une sélection « cool » de livres-de-vacances : c’est une invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique… En ce début août, dans nos Libr-brèves, une spéciale BEURARD-VALDOYE et un retour en vidéos sur « Les Écrits numériques #4 » ; après avoir lu en zigzaguant, des Libr-lectures les plus diverses (livres intéressants dont nous n’avons pu rendre compte jusqu’à présent, parus entre le printemps 2018 et l’été 2019)… [Libr-vacance 2]

Libr-brèves

► Patrick Beurard-Valdoye, À travers Le Cycle des exils : Lectures / Rencontres le vendredi 13 septembre à 20h30, au Vélo Théâtre, à Apt / tarif : 5 €
Les cris poétiques (hors série) de Patrick Beurard-Valdoye
Une invitation de Alt(r)a Voce / Florence Pazzottu

Le samedi 14 septembre à 17h, au cipm : Le Cycle des exils : qu’est-ce que c’est que cette histoire ? [tarif : 3€ | soutien : 5 €]

Autour de Patrick Beurard-Valdoye : Jaqueline Merville(écrivain et dramaturge) et Jean de Breyne (écrivain et fondateur des Cris poétiques) qui introduiront la soirée ainsi que Florence Pazzottu (poète et cinéaste) et Michaël Batalla (poète et directeur du Cipm) qui liront quelques extraits des premiers volumes du Cycle. Patrick Beurard-Valdoye donnera ensuite une performance intitulée Artaud chez les Irlandais (extrait du huitième livre, en chantier).

Patrick Beurard-Valdoye donne forme depuis les années 1980 à l’une des œuvres majeures de la poésie contemporaine, que Libr-critique suit depuis sa création (entretien avec Philippe Boisnard). Vaste épopée de la construction européenne, Le Cycle des exils compte aujourd’hui 7 volumes publiés. Le dernier en date, Flache d’Europe aimants garde-fous, a paru en mars 2019 aux éditions Flammarion.

♦ Dans l’attente des projections en festivals, voici le teaser d’un magnifique portrait du poète Patrick Beurard-Valdoye, film d’Isabelle Vorle projeté à la Maison de la poésie le 23 mars dernier : Vibes & Scribes

â–º En ligne, les communications des Écrits du numérique #4 (21 mars 2019), parmi lesquelles : « Arts, littératures et formes numériques du livre » par Lucile Haute, artiste et enseignante-chercheuse.

En lisant, en zigzaguant

â–º « Je cherche au long de mes plages la différence entre l’écrit et le lisible, entre le lisible et le visible. »
« La différence entre le poème et le reste n’est pas une différence linguistique. De prétendus poèmes ne sont pas des poèmes. […] De bons, voire d’excellents poèmes n’ont ni l’allure ni la facture de ce que l’on appelle, faute d’avoir accepté mille réflexions passées et présentes, ou d’avoir opté passionnément pour l’ignorance, un poème » (Dominique Meens, L’ÃŽle lisible, P.O.L, hiver 2018, p. 76).

â–º « Nous voulons du chaud. Que l’on crève de chaud. Qu’il n’y ait plus que ça. La chaleur. […] Plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira de toute part. C’est nous qui le voulons. Nous et nous seuls. Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. […] Nous voulons cuire. Nous voulons la cuisson des corps. Que ça nous brûle au-dehors et aussi en dedans. […] Que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées » (Charles Pennequin, Gabineau-les-bobines, pp. 200-201 : cf. ci-dessous).

Libr-lectures

► Marianne Simon-Oikawa, Les Poètes spatialistes et le cinéma, Nouvelles éditions Place, printemps 2019, 112 pages, 10 €, ISBN : 978-2-376280460.

Pour le couple renommé Ilse (née en 1927) et Pierre Garnier (1928-2014), le cinéma constitue « un des possibles de la poésie » (p. 12), dans la mesure où « les mots doivent être vus » (Å’uvres poétiques, éditions des Vanneaux, t. 1, 2008, p. 78) ; d’autre part, ces chefs de file du spatialisme conçoivent la poésie comme une pratique cinétique. D’où l’incursion de Pierre dans les domaines de la vidéo et du dessin animé, et les deux « ciné-poèmes » créés par Ilse en 1996, Voyage cosmique et Poème cinématographique.

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Dans ses Déplacements, recueil d’énoncés dénonciateurs, Claude Favre rappelle  « l’expérience d’Énée, rêve d’une ville ouverte à tous les étrangers » (p. 35)… Hélas, nous sommes bien loin de l’hospitalité inconditionnelle que préconisait Derrida : nous assistons bien au contraire à l' »accélération des déplacements » (37)… Les chiffres dépassent l’entendement : « fin 2015, on compte 65,3 millions de déracinés » (39) , « déplacés de force ou migrants, 48 millions d’enfants, dans le monde »… La mondialisation produit en séries des millions d’exclus, qu’ils soient « réfugiés, migrants, exilés, demandeurs d’asile » (38)… D’où cette litanie de la misère que propose Claude Favre en 1672 assertions/respirations.

Le monde de la mondialisation est un monde ouvert, disent-ils. Or, peu de temps après la Chute-du-Mur (Berlin, 1989), c’est l’Occident qui fait dans le mur, qui s’emmure : « on finance la sécurisation de la frontière » (Carnets de murs, p. 51).

Que veut-on protéger ? Les Intérêts des dominants.
Que veut-on sécuriser ? Les Propriétés – toutes sortes de propriétés.
Logique : les ex-colonisateurs ne veulent pas être colonisés ; l’impérialisme n’est pas un humanisme.

Quel horizon s’en dégage-t-il ? Aucun autre horizon que celui de l’ostracisme et du différentialisme : « Une frontière, c’est ce qui permet de séparer une chose d’une autre chose, il faut séparer pour pouvoir faire une différence, pour pouvoir dire que l’un est l’un et que l’autre est l’autre », peut-on lire dans Exploration du flux de Marina Skalova, apologue critique qui traite la crise migratoire en télescopant les isotopies pour faire déraper les significations. Voici un exemple de la façon dont elle expose l’implacable logique d’exclusion immondialisée : « Il y a les migrations provoquées par les guerres, on appelle ça des exodes. Et il y a les migrations des barbares, on appelle ça des invasions. Les exodes, c’est quand beaucoup de gens partent en exil, et l’exil, c’est quand on peut demander l’asile. Pour demander l’asile, il faut un papier, une carte de vÅ“ux, une invitation. Sans invitation, on appelle ça une invasion » (16)…
« Bienvenue au Mirador, dernier-né d’une idée d’avenir », tel pourrait être le message délivré aux indésirables – emprunté à la toute récente dystopie de François Bizet, Dans les miradors, parue aux bien nommées Presses du réel.

♦ Claude FAVRE, Crever les toits, etc., suivi de Déplacements, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-034-6.
♦ Emmanuèle JAWAD, [carnets de murs], Lanskine, automne 2018, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-70-0. [Sur cette poésie qui fait le mur : ici]
♦ Marina SKALOVA, Exploration du flux, Seuil, printemps 2018, 70 pages, 12 €, ISBN : 978-2-02-139401-6. [Extrait LC]
♦ François BIZET, Dans le mirador, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-033-9.

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► Attaques, #2, Les Presses du réel/al dante, printemps 2019, 544 pages, 27 €, ISBN : 978-2-37896-089-6.

« La poésie est-elle une forme de résistance ? » (p.  127).

« C’est quand on va au tribunal
qu’on sait dans quel pays on vit »
(Jérémy Gravayat, p. 232).

À l’âge de la post- (histoire, vérité, politique, littérature, critique) qui croît sur un compost d’imposture, cette deuxième salve d’Attaques est la bienvenue parce que rare. Tous azimuts, bien entendu : de l’Europe à l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Mexique, Vénézuela), en passant par l’Algérie, le Mozambique, la Palestine ou l’Iran… Et de convoquer tous moyens et tous domaines : textes théoriques/manifestaires, satiriques, polémiques, didactiques ou lyriques, entretiens, photographies et photomontages ; sphères poétique, politique, philosophique, socioculturelle, artistique…

Entre autres et brièvement, sont interrogés / analysés / dénoncés :
– la violence de l’État, au service des dominants ;
– le concept de « nation », dont Rada Ivekovic nous invite à nous méfier (chimérique, elle « fonctionne à coups d’identifications et d’imaginaires commu-nautaires naturalisés ») ;
– le français comme langue de la domination : « Cette langue hautaine, arrogante, aveugle et coloniale qui fabrique une littérature subalterne autochtone au service des instituts français locaux » (Jalal El Haknaoui, p. 16) ;
– l’art de la rue, pas forcément subversif (Clemente Padin) ;
– la situation du Brésil : « nous sommes sortis du cycle du populisme de gauche rien que pour nous installer dans celui, dit « nouveau », du populisme de droite » (Horácio Costa, p. 111) ; au Brésil, « les institutions fonctionnent bien et mieux »Â â€“ mais le texte sérié par André Valias est contaminé par un processus viral…
– l’art de perruquer, c’est-à-dire, en milieu professionnel, de détourner les moyens de production à des fins personnelles (Jan Middelbos)…

Au plan politique, saluons l’article de Laurent Cauwet sur le phénomène des Gilets jaunes, fustigeant la violence étatique comme le mépris de classe, y compris dans les milieux artistique et intellectuel – où, du reste, peu se sont exprimés sur le sujet. On regrettera seulement l’amalgame, courant à gauche, entre totalitarisme et fascisme – lequel correspond à une idéologie et des pratiques bien définies. Sans compter qu’il faut être vigilant et rigoureux dans l’usage d’une certaine terminologie : pour se faire l’auxiliaire d’un totalitarisme ultra-libéral ou propre au capitalisme financier, au plan des institutions politiques l’état français ne saurait encore être taxé de « totalitaire »Â â€“ autoritaire, policier, voire illibéral plutôt. Au plan poétique, signalons le lyrique agencement répétitif de Claude Favre : sa « Caravane » est un chant universel en faveur des exilés et des exclus. Quant à Sylvain Courtoux, c’est le seul poète français à inventer des formes originales à partir de la sociologie critique : nourri des théories de Pierre Bourdieu, Bernard Lahire et de Howard Becker, en suivant les modèles du Jeu de l’oie et du Monopoly, il met à jour de façon ludique et subtile les fondements du Jeu littéraire.

► Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, éditions ONLIT, Bruxelles, automne 2018, 272 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87560-102-5.

Toujours différente et toujours la même, avec la verve et l’inventivité verbale qui la caractérisent, cette fois Véronique Bergen nous fait vivre la folle histoire – dite « moderne » – de l’humanité à travers le regard lucidement halluciné de chiens célèbres, de la Révolution Française à l’austérité capitaliste en Grèce, en passant par l’extermination des Indiens, la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la conquête spatiale (mémorable Laïka !)… Dans cet univers où l’on s’exprime en canidien standard, le regard porté sur les humains – dont s’avère consternante « la pauvreté spinocortico-connective » (116) – ne peut être que distancié (drôle, ironique, sarcastique, satirique) : « Quelle aberration de sacrifier deux pattes pour bipéder comme des autruches… De toutes les lubies, de toutes les tocades des humains, regarder des heures durant des images qui défilent sur un écran, se tartiner le visage de confit de bananes, courir sur place sur un tapis volant qui ne décolle jamais, manger avec des ustensiles qui blessent les aliments sont celles qui me darwinent à l’envers » (p. 9). Les translations concourent à l’effet d’étrangeté : à « bipéder » et « darwiner », ajoutons que le chien statistique, waf waf, etc. Homoncules, prenons en pour notre grade : « J’ai honte de votre manie narcissique, immature des autoportraits, de vos défécations de selfies » (10) ; « Ce n’est qu’au prix de la mort de l’homme que la planète aura chance de survivre ; la sélection naturelle cosmique exige son éradication » (35)…

â–º Grégoire CABANNE, Michel, Leïla (Lui, Elle, Toi), éditions MF, coll. « Inventions », printemps 2019, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37804-013-0.

Dans sa préface qui multiplie les références au discours savant, l’auteur présente ainsi son projet : « Le pari de Michel, Leïla est de raconter une histoire sans aucune narration, uniquement thématisée par le titre […], et la détermination quasi-arbitraire de deux pronoms » – le pronom étant du reste « la marque de l’homme dans le langage ». Ainsi : Lui, Elle, Toi, qui font parfois Eux : « Et ils se marièrent / et n’eurent qu’autant /   d’enfants » (139). C’est dire qu’il s’agit ici de parodier et détourner les clichés romanesques, de redonner vie aux lieux communs au moyen de dérapages plus ou moins contrôlés : « Il est / capitaine / de désindustrialisation » ; « Il voit la vie / par le bout d’une / sornette » ; « Il a les poings suspensifs »… Et parfois, au passage, des clins d’Å“il appuyés à ce que l’on appelle des références littéraires : « Il a six trous bleus / au côté gauche / de l’arme droite » (Rimbaud) ; « Elle écrit / ton nom / sur des murs de nuages » (Éluard)… Et, bien entendu, les diverses variations de ces micropoèmes demandent à être prolongées ad libitum.

â–º Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €, ISBN : 979-10-96415-13-7.

Une bien belle invitation, même s’il est moins question ici de cul que de culot : l’écrivain invisible qui moud l’essence-ciel – par ailleurs homme-surnuméraire – s’attaque à notre monde lisse : « Comme vous avez besoin de vous rassurer ! Vous vous jetez sur vos rasoirs et votre savon à peine sorti du lit. Ça en dit long… Vous ne supportez pas votre propre odeur. Une femme ne se déshabille jamais devant qui que ce soit sans avoir préalablement gommé sa pilosité » (p. 29). Monde du simulacre et du Tout-à-l’Ego : « Savonne ton ego avec tes propres vomissures » (11)… L’écrivain contemporain n’est pas épargné, vu les actuelles « règles du Je » : « Le Moi s’éparpille s’immisce dégouline sur la tartine de sa création littéraire » (71)… Qu’à cela ne tienne, optimisons notre pouvoir de séduction et prenons soin de notre névrose (fiches pratiques offertes !).

De culot et d’humour, celui qui n’aurait « pas voulu être un écrivain raté ordinaire » (chap. VIII) n’en manque pas. Il en faut pour nous donner à mordre l’essentiel de ses publications les plus diverses en revues entre 2004 et 2018 : ce « livre résolument post-Dada » (4e de couverture) va jusqu’à nous livrer des « quatrièmes d’imposture » et des couvertures fantaisistes (Naître et autres domaines dans lesquels j’aurais dû m’abstenir ; Respirer c’est déjà cautionner un système ; Démantèlement de la structure paradisiaque en vue de satisfaire les actionnaires…).

Mais que cela ne vous empêche pas de répondre à cette question cruciale : « L’homme libre dont personne ne peut prouver scientifiquement l’existence, est-il lui aussi répertorié dans des bases de données informatiques ? » (310).

â–º Alain MARC, Actes d’une recherche. Carnet 1986-2019, Z4 éditions, coll. « La Diagonale de l’écrivain », juin 2019, 306 pages, 14,50 €, ISBN : 978-2-490595-47-1. [Écouter un extrait]

Au fil des décennies, le poète du cri cherche sa voie/voix, la renforce, l’améliore, portant son attention à « l’organisation de la voix intérieure » (p. 139), au rythme, au « jeu phonique et sonique » (149), à la posture… Un exemple : « Lire la tête en bas, ou renversée à l’arrière, gosier écrasé. Et voir comment le corps réagit, comment le geste influe sur la voix, sur la lecture » (179). L’auteur/le noteur s’interroge sur l’articulation entre poétique et politique, développe une poésie existentielle qui doit beaucoup à la poésie spatiale et concrète, et s’oppose au formalisme : « C’est une poésie du dit et non du dire, une poésie du sens et non de la forme. C’est le sens, des mots même, qui fait rythme, et non les syllabes voyelles et consonnes… » (131). L’ensemble est stimulant ; on lui pardonnera juste l’aspect disparate ou redondant de certains passages, tout comme son rapport traditionnel à la langue : « La langue de Christian Prigent est une sorte d’argot anglophonisé » (225).

► Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines, P.O.L, novembre 2018, 208 pages, 18 €, ISBN : 978-2-8180-4631-9. [Un extrait]

« l’écrit est  un bruit prolétaire. un bruit prolétaire
est un son qui ne cherche pas à reprendre les discours  »
(Les Exozomes, P.O.L, 2016, p. 71).

Si, à la fin surtout, on retrouve celui qui fait merdRer la langue avec son oralité syncopée et ses Agencements Répétitifs Névralgiques (ARN), toutefois le dépaysement est  grand pour les lecteurs de Charles Pennequin : exit l’emmerdReur que l’on connaît, celui qui fulmine contre les grands-écrivains, les foulosophes et zinzintellectuels, les graveurs de marbre et penseurs à majuscules… Cette fois le discursif a cédé le pas au narratif : la retrempe aux origines permet à celui qui merdRe de laisser émerger avec une certaine tendresse tout un monde populaire, celui des années 70 et 80 − et par là même affleurer un « nous » possible, celui d’une communauté authentique.

Comme un lointain écho à Jésus la Caille de Carco, Gabineau-les-bobines fait ainsi revivre des personnages hauts en couleur aux savoureux sobriquets (Momo, Lulu, Gégène, Peigne-Cul, le Grand- et le Petit-séquin, Nono, la Tchitchette, Avec-plaisir, etc.), avec le parler et les habitudes sociales de ce microcosme du Cambraisis : le « maroilles arrosé de grands Picon » (30), les jardins ouvriers et leurs pigeons, les blagues de Cafougnette, les virées en 4L, le « toubaque à Gégène » (198)…

4 août 2019

[News] La « rentrée » sera novarinienne : votre « animal imaginaire » vous attend…

Tandis que se prépare la publication des Actes du Colloque international de Cerisy Valère Novarina : les quatre sens de l’écriture, de fin août à fin novembre, plusieurs temps forts : sur Aix/Marseille et à Paris (Théâtre de la Colline). NOVARINA dans tous ses éclats !

► VALÈRE NOVARINA, Les noms et les figures. Dessins et autres pièces : Exposition du 30 août au 12 octobre au cip Marseille : Vernissage Samedi 7 septembre à 16h30 / Finissage Samedi 12 octobre à 16h30 : lecture de Valère Novarina en coproduction avec le Festival Actoral

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’œuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Elles viennent. Valère Novarina le dit : « les figures me viennent ». Et elles viennent… quand elles le veulent. Il faut se tenir prêt à les accueillir.

Commencement du travail : accueil de ce qui vient.

Et le nom de chacune apporte un monde. Dans les dessins, le rapprochement du nom et du tracé forme encore un autre monde. Finalement, monde de mondes : le monde de Novarina. Dans les livres et sur les scènes, observables, les figures sont verbales, typographiques, animales, corporelles et orales, géantes et colorées aussi dans la peinture. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent. [© cipM]

► VALÈRE NOVARINA : UN PARCOURS, du 30 août au 29 novembre 2019 à Aix-en-Provence et Marseille
En collaboration avec le Théâtre Joliette Lenche-Minoterie et le Théâtre Antoine Vitez – Aix-Marseille Université

• Lecture musicale « Une langue inconnue » par Valère Novarina et le violoncelliste Mathias Lévy
Mercredi 27 novembre à 19h au Théâtre Antoine Vitez : Valère Novarina dévoile les liens mystérieux qu’il entretient avec la langue hongroise depuis sa tendre enfance

• L’ANIMAL IMAGINAIRE
Texte, mise en scène et peintures : Valère Novarina
Vendredi 29 novembre à 20h et samedi 30 novembre à 19h au Théâtre Joliette Lenche-Minoterie

• AVANT PLATEAU
Vendredi 29 novembre à 18h au Théâtre Joliette
Conversation avec Valère Novarina animée par Louis Dieuzayde, Maître de conférences en esthétique théâtrale en partenariat avec La Maison du Théâtre – AMU

• PROJECTION FILM DOCUMENTAIRE
Samedi 30 novembre à 17h au Théâtre Joliette
Projection du documentaire Ce dont on ne peut pas parler, c’est cela qu’il faut dire de Raphaël O’Byrne, 2002

► Valère Novarina, L’Animal imaginaire au Théâtre de la Colline du 20 septembre au 13 octobre (parution chez P.O.L fin septembre). [Ci-dessous, © Valère Novarina, Ossifère]

1 août 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (5/6)

Filed under: UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 20:46

C’est vraiment folie en cette fin de série – avec toujours un graphisme épatant… [Lire/voir le Projet n°4]

Projet n° 5

L’USINE DE PANTIN SERA RECONVERTIE EN HÔPITAL PSYCHIATRIQUE

Je n’y crois pas. Un revirement complet. Pendant des années, on nous a bassinés avec un projet d’orphelinat international, et maintenant tout serait changé ? Pourquoi ? Je déteste les orphelins. Ils sont mal élevés, vicieux, fourbes, sans hygiène (pleins de pellicules et d’eczéma), mais je m’étais fait à l’idée d’avoir à supporter leur présence parmi nous, au parc, à la piscine, à la bibliothèque le cas échéant — si ça les amuse. Il n’y aura dans le lot ni polios ni lépreux avait dit Mme Lacx, directrice des services sociaux ; pas de Russes, au pire quelques irradiés Japonais inoffensifs. Ah, voilà du clair ! Ça m’avait plu, ce ton, cette assurance. Elle connaît son affaire, la directrice ! MAIS quand j’ai demandé (pour rire) si l’adoption de deux ou trois de ces gentils petits parias était UNE chose envisageable, Mme Lacx n’a PAS ri. D’aucuns pourront adopter, a-t-elle dit ; pas vous, cher monsieur ; vous êtes sale et tenez des propos d’ivrogne ; d’ailleurs vous sentez à plein nez la vinasse et l’urine ; vous avez davantage le profil clochard que celui d’un père adoptif, désolée ; à présent, allez vous laver, merci. Moi, un clochard ! Certes, je suis un pauvre développeur Java au chômage mais je suis loin d’être tombé si bas, j’ai encore des droits. J’ai replié la chaise sur laquelle j’étais assis et l’ai lancée de toutes mes forces à la tête de Mme Lacx. Je ne l’ai pas ratée. Elle a eu NEUF jours d’incapacité. J’ai casqué moi aussi, de mon côté. Sans regret. Et nous y voilà : on me dit que le projet d’orphelinat a CAPOTE, que la mère Lacx a laissé tombé l’affaire, etc. Désormais, il est question d’un hôpital psychiatrique ouvert à tous. Drôle d’idée ! Je crains les complications, et je déteste les fous autant que les orphelins.

 

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