Libr-critique

28 juin 2015

[News] News du dimanche

Avant la présentation de quelques Libr-événements (Manifesten à Marseille, le "Paris des écrivains" à Paris, le "Repas des langues" à Villeneuve d’Ascq), pour terminer la saison : notre projet LIBR-VACANCE…

 

LIBR-VACANCE

En cette période estivale, prenez le temps de vous mettre en "vacance". Nous avons demandé à plus d’une centaine d’auteurs de nous faire partager leurs libr-choix de (re)lectures et d’événements et de nous faire part de leurs projets. Pour lancer la rubrique, deux auteurs LC :

♦ Emmanuèle JAWAD (poète et critique) : en projet, une libr-relecture des Enoncés-types de Dominique Quélen et une chronique prochaine à la parution du livre d’Anne Kawala Le Déficit indispensable (éditions Al Dante).

♦ Fabrice THUMEREL : en projet, un dossier BLAINE ; chroniques à venir sur Badiou, Dufeu, Rongier, Verheggen… Relecture complète de Alain Touraine, La Fin des sociétés (2013, rééd. 2015)… Et je vous recommande d’ores et déjà un texte qui va paraître juste avant septembre, un théâtre d’ombres poétique fascinant : Christophe MANON, Extrêmes et lumineux (Verdier).

Libr-événements

â–º Mercredi 1er juillet à 20H, MANIFESTEN – Al dante (59, rue Thiers 13001 Marseille), "Brève histoire des superhéros Black Panther et Magneto dans l’univers Marvel" :
– Comment sont construites les représentations des héros racisés dans la culture pop américaine et française ?
– Qu’est-ce que ces représentations disent du racisme ordinaire ?
-Comment inventer des personnages de fiction dont la dimension politique coïncide avec les réalités sociales
des non blancs dans la culture occidentale ?
En présence d’Angles Morts, collectif de lutte contre les violences policières et traducteur du texte « Super pouvoir noir. Les comics à l’épreuve du Black Power » (Jef Klak N°2)
&
et de Pierre Chopinaud, membre du collectif La voix des Rroms, pour parler du personnage de Magneto et, au-delà, des Rroms parmi les mutants
&
du collectif de la revue Jef Klak.

En partenariat avec la librairie Le Lièvre de Mars.
Une caisse de soutien pour le "Comité Vérité et Justice pour Morad" sera proposée.

Entrée libre.

â–º Jeudi 2 juillet, 16H30-19H30, le Pari des libraires : rencontre autour du Paris de deux écrivains, Modiano et Prévert. Dans le cadre du pari des libraires, coordonné par l’association Paris Librairies, la Librairie Nordest propose une après-midi autour de deux livres de la collection « Le Paris des écrivains » des Editions Alexandrines.

Danièle Gasiglia-Laster, grande spécialiste de Jacques Prévert et co-auteure avec Arnaud Laster des 2 volumes des œuvres complètes de Prévert en Pléiade, va présenter son livre sur le Paris de Prévert.

Béatrice Commengé, auteure de nombreux romans et traductrice entre autre du Journal non-expurgé d’Anaïs Nin, présentera son livre sur le Paris de Modiano.

Chacun à leur façon, Prévert et Modiano ont exprimé leur attachement à la liberté et dénoncé avec force l’oppression sous diverses formes. Nous demanderons à nos deux auteures de s’exprimer sur ce sujet précis.

Des lecteurs seront invités à venir parler d’un livre sur le thème de la liberté qui compte pour eux et qu’ils ont envie de faire partager.

Librairie Nordest
34bis, rue de Dunkerque 75010 Paris
01 48 74 45 59 / librairienordest@orange.fr
http://www.librairienordest.fr/

http://www.alexandrines.fr/alexandrines-la-france-des-ecrivains/25-le-paris-des-ecrivains
http://quefaire.paris.fr/programme/115668_le_pari_des_libraires

â–º Jeudi 2 juillet 2015 à partir de 19h30 (lectures dès 20h) à la Galerie Une Poussière Dans L’Oeil (17bis, Chemin des Vieux Arbres 59650 Villeneuve d’Ascq – Métro Hôtel de Ville).

L’Association La Belle Epoque [Arts Contemporains] organise un nouveau REPAS DES LANGUES [texte, poésie, performance contemporaines] avec des lectures proposées par Laura Vazquez et la Revue Muscle (lectures de Laura Vazquez, Simon Allonneau et Benoît Toqué).
La sortie de : "Les spectres de la ligne 79" d’Emmanuelle Gailliez dans la collection "Or" (dessins) ; "Papi jute dans la sauce aux câpres" de Christophe Siébert (texte porno-trash culinaire) ainsi que la dernière "Grande tentation" de Marc Brunier Mestas : sérigraphie 6 couleurs, 32×32 cm (voir visuel de l’événement).

26 juin 2015

[Livre] Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, par Périne Pichon

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils. Trilogie des rives, I., POL, février 2015, 208 pages, 15 €, ISBN 978-2-8180-3556-6.

Une voix pour une histoire sur deux temps : le temps de la fabrique de Chante-Merle à laquelle Alexandre Ligne, le fils de personne, un immigré, se trouve attaché. Et le temps de la narratrice qui cherche à renouer avec son fils, dans un hôpital. Or en partant du « fil » travaillé à la fabrique, elle atteint son « fils », le point d’arrivée d’une trame généalogique dont le point de départ est la rivière, la Ligne. Le cours de l’eau, sinueux, accompagne le récit.

 

Le décor de Ligne & fils est un espace d’entre-deux. La narratrice habite une vallée parmi d’autres, avec une grande ville pas trop loin, et un paysage de roche et d’eau. La nature y rencontre l’industrie humaine. Là, les vers à soie tissent leurs cocons et produisent le fil magique, simple « bave durcie » à l’origine. Dans la fabrique dominant le paysage, les cocons sont plongés dans l’eau bouillante. Le fil est ensuite dévidé par les mains puis par les machines de l’homme. Les techniques modernes trouvent leur place au bout du fil et de la ligne. Car la soie a aussi sa généalogie.

 

La fabrique est encore là, bien connue dans notre pays, ce pays incisé de vallées presque parallèles aux creux desquelles l’eau décide des paysages. La fabrique se tient comme altière, large maîtresse, adossée depuis plusieurs siècles au versant toujours mouillé de la montagne, et mitoyenne de la rivière.

 

Les détails d’une industrie minutieuse sont racontés avec la légèreté et la délicatesse que requiert la matière. Mais le travail de la soie est rude et cruel. Les habitants de la fabrique, prisonniers d’une toile qu’ils tissent malgré eux, en font l’expérience. Les rêves d’ailleurs sont progressivement étouffés par le mouvement du fil s’enroulant sur les canettes. On s’oublie soi-même pour produire la précieuse soie.

 

La narratrice devient alors une sorte de témoin, remémorant l’histoire de sa famille, racontant les transformations du paysage et la langue de l’eau. Un témoin qui ramasse les feuilles tombées le long de la rivière, qui touche, sent, voit ce qui l’entoure avec acuité. Le style éveille les sens en peignant un microcosme rendu familier par la voix narratrice. En parque contemporaine, elle déroule du fuseau un fil vocal et liquide. L’eau est ainsi omniprésente, vivante, bouillante, courante, glaçante et chantante… Elle baigne le fil et le récit.

 

Elle crache, elle parle, elle salive.

 

À travers le je racontant, la romancière prolonge encore une tradition de conteurs. C’est une histoire racontée au bord de l’eau.

24 juin 2015

[Texte] Philippe Jaffeux et Carole Carcillo Mesrobian, IL

Du spirituel en poésie avec Philippe Jaffeux et Carole Carcillo Mesrobian : ces cinq pages inédites constituent un dialogue radical in abstracto entre deux nombres entiers multiples de 2…

 

N°8 : Le trajet de nos répliques délimite un territoire inabouti. Personne n’ose y remuer car les déplacements résonnent par delà un champ dialectal. Une trappe y aspire les mots lorsqu’ils tentent de s’aboutir.

 

N°6 : IL hante des coulisses qui se répartissent sur la profondeur de notre scène dérobée. L’intensité de notre attente éprouve la santé de nos sensations inopinées. IL nourrit son silence avec des lettres qui orthographient la fin de l’écriture.

 

N°8 : Le terme de son accomplissement se confond avec le commencement de notre disparition. Des lettres s’articulent autour d’un point focal où IL rencontre le centre de notre scène.

 

N°6 : IL prévoit la fin de tous ses espoirs en définissant la disparition de ses désirs. Le rôle de son absence désorientée joue avec la place de notre attente. IL entretient ses objectifs impénétrables grâce à nos tergiversations abstraites.

 

N°8 : – Son ineffable vacuité retranche les lettres d’une chronique apocryphe. Nous conjuguons des verbes dissyllabiques avec des mouvements échelonnés sur une diachronie inaboutie.

 

N°6 : L’action de ses jours immensurables désigne la substance de sa lumière. L’être des choses nomme le flottement de son silence outrancier. La position de son rythme inspire la gestuelle de notre dérive surréelle.

 

N°8 : IL capture chacune de nos inhalations dans une densité recouverte d’une masse translucide. L’épaisseur de son masque ne se devine que lorsque nous ajoutons le vide à son absence.

 

N°6 : L’unité de ses pages se combine avec les lois d’un cercle vide. IL purifie son union avec des cycles cosmiques au moyen de son absence extatique. Nos consciences sont absorbées par une ivresse qui transfigure son irréalité irresponsable.

 

N°8 : IL entoure l’espace de notre disparition. Sa circularité se calcule à partir d’un nombre continu.

 

N°6 : Notre respiration se situe dans la source de sa transparence théâtrale. Nous créons une attente qui se projette dans le lieu d’une image immanente au cosmos.

 

N°8 : La racine de nos paroles s’encre sous une souche analphabète. Nous articulons des sons avec des regards d’aphasiques.

 

N°6 : Sa lumière soulève une peinture qui inspire le cadre de notre attente. Nous parlons pour nommer la mesure entre chacune de ses interlignes. Nous fabriquons une conversation qui s’accorde avec la fréquence de ses pauses dissonantes.

 

N°8 : IL disparaît à chaque fois que nous effaçons son absence. Un chiffre incalculable le découvre lorsque nous calculons l’allégorie de notre métamorphose.

 

N°6 : Une circulation d’énigmes traduit une information de nos traces. Nos contemplations sont créées par les objectifs d’un chaos divin. Son silence émane d’un dogme qui met en péril le langage de nos regards.

 

N°8 : Nos mouvements laissent des traces mensongères sur un inventaire extradiégétique. IL expire un oxygène imaginaire comme les entrées d’un dictionnaire.

 

N°6 : Séparons son histoire de nos illuminations pour solidifier notre rotation autour d’une grâce solaire. Son ordinateur menaçant éclipse la créativité de nos oublis. La nature de son silence prend la forme d’une vibration impossible. Notre spectre prend la place d’une radiation opportune. La décomposition de nos rôles personnifie l’intensité de sa transparence. L’intimité d’une énergie intemporelle exprime l’évidence de son inexistence.

 

N°8 : Une respiration acronymique suspend l’espace d’une page immémoriale. IL altère la douleur de notre ignorance en recouvrant le récit de sa disparition de l’attente de sa réalité.

 

N°6 : Une foule d’octets étonnés communie avec le chant de ses lettres hallucinées. Ses intuitions se connectent avec nos immersions dans une vision contradictoire de son absence. Le tranchant de nos illusions exprime la finalité de son existence symbolique. Nous échappons à l’autonomie étouffante de son espace pendant que nos paroles se confondent avec notre respiration.

 

N°8 : Notre conscience inhume une terreur apocalyptique. Nos pensées enferment le chaos dans un discours amphigourique. IL oppose une vérité tentaculaire à la certitude des anamnèses.

 

N°6 : Le fond d’un couple de nombres habille un effondrement de nos apparences. Notre ignorance est un mouvement qui configure une désagrégation de son inexistence silence. Une rencontre entre nos voix et son alphabet détermine une fuite du présent.

 

N°8 : La parabole de notre manque anthropophage dessine une ombre allégorique. Nous ne la suivons que parce que nos masques tamisent la lumière de notre absence.

 

N°6 : IL réglemente sa paresse pour planifier l’apprivoisement de nos efforts. IL modèle son double avec des gestes qui saisissent les lois d’un hasard. Son réseau de pauses équilibre sa séparation avec nos cordes vocales.

 

N°8 : L’énergie d’une écriture tribale retourne le silence contre lui-même. IL aspire le son de nos voix pour absorber l’édifice de son absence.

 

N°6 : La danse de notre jeu rebondit sur une scène hantée. Notre hôte habite l’atmosphère d’un manque qui capture le terrain de notre liberté. Piégeons les limites de son alphabet avec la trace de nos nombres.

 

N°8 : Le calcul de notre liberté retranche son mutisme de notre scène. IL compte avec des nombres dont la totalité est égale à la soustraction.

 

N°6 : Maudissons l’intelligence de son alphabet afin d’adorer l’ignorance d’une ponctuation divine. IL créé les lois d’une aventure qui détermine notre rencontre avec le hasard. La dynamique d’un chaos construit notre gravitation autour d’un vide vital.

 

N°8 : IL tisse une toile imitée du vide. Sa transparence cosmique s’aperçoit lorsque nous achevons de croire en sa disparition.

 

N°6 : La cinétique de son silence transgresse l’allure vigoureuse de son destin. La marche de son avenir emporte nos pas vers son absence illuminée.

 

N°8 : La restitution d’une opération algébrique retranche le début d’un sommaire à la quantité des pages d’un Ex-libris. Un discours holophrastique retient le terme de sa disparition.

 

N°6 : Les emplacements inespérés de notre attente révèlent les formes de son jeu imprévisible. Le relief de nos répliques assure le spectacle de ses interlignes esseulés. Nos illusions désignent une expression inaudible de sa hauteur.

 

N°8 : Nous apercevons l’altitude de son absence en penchant nos corps vers nos ombres. Ses dimensions inimaginables dépassent notre culture. Notre histoire assimile des coïncidences à un discours microcosmique.

 

N°6 : Un passage vers l’inconnu nous relie aux ouvertures de son alphabet. La géographie de ses dissolutions pénètre l’histoire de nos personnages. La place de notre pièce circule entre des portes qui nous enferment dans son mutisme.

 

N°8 : Une bousculade hors de l’espace de notre théâtre clôt l’entrée de notre décor sur le vide. Nos rôles suspendent nos déplacements par dessus une ébauche du chaos.

 

N°6 : IL donne un sens à son absence en cachant nos paroles avec ses pages absurdes. Ses pensées ennuyeuses jouent avec une expression magique de nos rôles. Exposons la mécanique de nos répliques à la précision rhétorique de sa vacuité.

 

N°8 : Un mouvement oscillatoire recouvre un vide exogène qui travestit l’asthénie alvéolaire de toute transcendance.

 

N°6 : L’air est brûlé par nos paroles à l’instant où nous communions avec le foyer de son absence. IL relie le rayonnement de notre dérive aux appels géométriques de sa transparence. Sa rage se niche dans le vide car IL attache sa meute de lettres à un nuage d’octets invisibles.

 

N°8 : Notre imaginaire prend appui sur un écran culturel primitif. Nous traçons des lettres avec des mots archaïques.

 

N°6 : Nos corps sont possédés par nos voix. Car IL s’enferme dans un silence qui ne lui appartient pas. Le feu de nos nombres conjure la tiédeur de son alphabet. Un débordement de notre imagination attise la crise d’un chaos trop exact.

 

N°8 : IL disparaît par ellipses parce que nous parlons avec des lettres invisibles.

 

N°6 : Son relief statufie la dimension d’une fresque barbare. L’architecture de nos apparitions encadre un jeu entre ses pauses et le travail de nos voix. IL habille ses excès avec le décor de notre ignorance minimale. Une lumière surnaturelle fête ses disparitions dans le paysage d’une intuition nue.

 

N°8 : Un opuscule recense nos tentatives de nous taire. Nos personnages s’appuient sur une marge verticale pour ne pas disparaître sous la linéarité de notre discours.

 

N°6 : Le rôle de nos paroles joue avec un texte qui est habillé par la gestuelle de son silence. Le message de notre attente est mis en scène par son jeu fantomatique. Nous interprétons le drame d’une création qui est représentée par le spectacle de son absence.

 

N°8 : La surface de sa disparition reflète l’illusion d’une fiction spectaculaire. Notre décor aspire la représentation de notre scène. Nous n’existons qu’autour du cercle de notre incorporation.

 

N°6 : Echappons-nous dans un vide qui accèdera aux réponses d’un mouvement divin. Questionnons sa voix perdue en écoutant l’éclat de ses interlignes. Les lois de son rôle obéissent à une libération absurde de notre interprétation.

 

N°8 : Nous parlons avec la sauvagerie d’arrêter de nous taire. IL regarde notre crâne par au-dessus parce qu’IL sait qu’aucun mot ne se prononce.

 

N°6 : Nous attendons la chute d’un rideau qui nous enveloppe dans une cape en papier. Enfermons-nous dans une arène afin de combattre ses pages rectangulaires. Notre scène illusoire démasque un fantôme de toréro qui rougit de honte.

 

N°8 : Le pas chimérique d’une mythologie du chaos abroge toute mesure pour évaluer l’altitude de nos croyances dénaturées. IL raconte une histoire préhistorique car son texte occupe l’espace de sa disparition.

 

N°6 : Nos paroles transfigurent son absence pour formuler une trace surnaturelle de son silence. Nos voix se mêlent à l’écoulement d’un air qui exclu la résistance de ses pages. La marche de nos intuitions accompagne une disparition de son alphabet démonstratif.

 

N°8 : IL énonce dans une langue holophrastique pour voir l’envers des mots.

 

N°6 : Sa transparence illustre les blessures de ses interlignes tranchants. Son tissu d’émotions inaudibles aiguille les découvertes de notre attente. L’énergie de notre pureté se conforme à la férocité de sa transparence expérimentale.

 

N°8 : La rupture de nos mouvements déplace l’abstraction d’une évasion. Les planches de notre scène soutiennent le répit de notre disparition.

 

N°6 : La puissance de son absence investit l’intensité de notre conversation. L’univers de son silence se confond avec la dimension d’un vide inouï. Nos présences dévoilent des apparences qui décrivent ses pauses irresponsables.

 

N°8 : Un déséquilibre fait pencher nos costumes du côté d’une nudité transfigurale. IL attend dissimulé sous une absence contradictoire car il sait que nous sommes découverts à chaque représentation. Le théâtre de notre destitution édifie le canevas de notre évasion.

 

N°6 : Nous parlons pour trahir des nombres qui habillent la vérité de nos corps. Le potentiel de notre langue détermine notre relation avec son alphabet virtuel. Les continuels recommencements de notre attente reflète la force d’un théâtre imaginaire.

 

N°8 : La transparence d’un rythme perpétuel configure l’impossibilité d’établir une terminologie conceptuelle. Nous habitons un espace archaïque parce que nos néologismes s’écrivent sur une page interminable.

 

N°6 : La flamme de son théâtre se déroule sur une vague de planches. Glissons nos lèvres entre l’écume de ses interlignes bestials. Flottons sur l’étendue de sa blancheur enragé. Nous chevauchons des ondes qui dépassent son démembrement insaisissable. Une fuite de l’air nous enferme dans son cauchemar instable. Nous chutons dans des rôles qui redressent la direction de son déséquilibre.

 

N°8 : L’énumération de son amenuisement masque l’accroissement de son retranchement. Nos répliques construisent une agglutination de morphèmes vernaculaires. IL destitue nos néologismes parce qu’IL connaît le radical du silence.

 

N°6 : IL agit à l’aide d’un alphabet qui nous éloigne de nos corps. Applaudissons un public de nombres miraculeux. Encadrons l’élaboration de nos visions avec des paroles comprises.

 

N°8 : IL accrédite le mensonge de notre représentation avec une démesure paralogique. Nos personnages affectent la chair de leur substance en renversant la texture de leurs répliques. Leur monologue délie l’ambition de leur discours.

 

N°6 : IL glisse la tenue de son corps sous le vêtement de sa chair. La nature de l’air recouvre une expression de sa vacuité. L’élégance de son absence exhibe l’uniforme d’un manque. IL dévoile ses renaissances en se camouflant sous sa peau nue.

 

N°8 : L’immanence de sa bestialité innerve nos personnages. Nous croyons en l’édification d’un spectacle indigène parce que nos mouvements s’articulent dans un idiolecte parasynthétique.

 

N°6 : IL associe son jeu à la fonction d’un rôle qui accélère ses disparitions. La maîtrise de nos paroles résiste à son utilisation irresponsable du papier. Le visage d’une abstraction rythme la figure de notre langue.

 

N°8 : Une enluminure monochromatique absorbe la trace de son passage. L’illusion d’un imaginaire ontologique endigue la fuite de sa disparition.

 

N°6 : Une électricité primitive transforme notre présence en un souffle psychique. La chimie de son absence illuminée fait barrage à l’énergie de notre salive.

 

N°8 : Son absence s’insinue dans notre culture. La redondance de notre vocable avec le vide édifie une réalité phonétique.

 

N°6 : Son silence approximatif optimise ses disparitions sur une scène dévastée. IL entend ce qu’il attend et IL est donc compris par une parole erronée. IL transporte la chaleur de son absence dans l’énergie d’un trouble qui conserve le foyer de sa transparence.

 

N°8 : Nous habitons nos rôles pour ne pas absorber nos personnages. Une énergie circulaire rend l’oxygène inhabitable. IL sait recouvrir nos costumes par un déguisement anachronique.

 

N°6 : L’intérieur de nos visions recouvre un rayonnement mystique de son spectre. La trajectoire de notre trac traverse sa transparence pour traduire les traces transcendantes de notre transe tragique. IL oppose son dualisme à des contradictions qui incarnent l’unité paradoxale de son absence supraterrestre.

 

N°8 : Notre dialogue divulgue des paroles qui n’existent pas. Un discours facsimilé alourdit le poids du silence. Nous parlons dans une langue doublée de sa substance.

 

N°6 : IL construit le fond de son silence avec des objets qui contiennent la destruction de notre relation. Echappons-nous dans la création inexplicable de sa transparence dévorante.

 

N°8 : IL épaissit l’ambiguïté d’un miracle apocryphe en relativisant l’exactitude de nos invraisemblances. Nous assemblons des lettres paroxysmiques pour masquer notre ignorance.

 

N°6 : L’histoire de nos rôles commente notre conversation avec une trace de ses oublis. Un alphabet de l’infini oriente la base cosmique de ses positions. Neutralisons sa métaphysique inaudible avec le corps d’un dialogue électrisant.

 

N°8 : IL parle comme ce qui n’existe pas parce qu’IL ressemble à son immanence. Nous perpétuons l’absence de sa finitude en tentant d’affirmer la permanence de notre imperfection.

 

21 juin 2015

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’été, une musique libr&critique : une UNE offensive (dessin de J. HEIRMAN / texte de F. Thumerel) ; un livre en UNE qui donne également à réfléchir (Thinez, Dictionnaire de trois fois rien) ; des Libr-brèves qui vous donnent RV chez Al dante et qui vous invitent à ouvrir vos écoutilles…

UNE /Joël HEIRMAN & Fabrice THUMEREL/

C’est avec plaisir que nous retrouvons dans cette UNE le caricaturiste Joël HEIRMAN, qui a fait son chemin.

Tandis que celui qui a rebaptisé son parti "Les Républicains" joue les pêcheurs d’eau trouble – technicien des égouts politicomerdiatiques -, dans les coulisses de la scène internationale s’activent les lobbies ultralibéraux pour faire aboutir deux traités qui solderont ce qui reste de démocratie dans la bonne vieille Europe : celui avec le Canada (CETA) et avec les États-Unis (traité transatlantique : TTIP). Rien d’étonnant, donc, à ce qu’en France l’on assiste à l’américanisation du champ politique : les "Républicains" sont bel et bien là, mais que restera-t-il des démocrates et de la démocratie lorsque les intérêts privés prendront le dessus sur les états comme sur les droits des citoyens ? Sont-ils "républicains" ceux qui s’apprêtent à livrer la France et l’Europe tout entière aux intérêts privés des multinationales ?

Voulons-nous perdre nos AOC pour des hormones et des OGM ? Voulons-nous la privatisation de tous les secteurs de la vie sociale, y compris celui d’une justice qui pourrait désormais permettre aux entreprises d’attaquer les états si leurs profits sont en jeu ? Voulons-nous que toutes nos décisions en matière de questions sociales, de droit du travail ou de réglementation sanitaires soient subordonnées à un organisme supranational qui ne représenterait que les intérêts privés ?
On ne s’y trompera pas : cette dictature ultralibérale en marche est beaucoup plus dangereuse que l’"invasion-immigration".
Si vous ne voulez pas vivre dans une Europe made in USA qui attente à vos libertés comme à votre santé, réfléchissez et agissez avec Pour écrire la liberté.

 

 Livre à la UNE /FT/

Marc-Émile Thinez, Dictionnaire de trois fois rien, suivi d’un Dictionnaire de rien du tout, éditions Louise Bottu, printemps 2015, 70 pages, 9,50 €, ISBN : 979-10-92723-07-6.

Après 1402, nous retrouvons la famille Thinez : Jean, le père, ouvrier communiste, et le fils qui veut devenir écrivain (Marc-Émile). Mais cette fois, la contrainte n’est plus les 140 signes d’un tweet, mais celle du dictionnaire. Un dictionnaire, le seul livre qui trouve sa place dans un milieu populaire, c’est rassurant… comme une grille de mots-croisés : chaque chose a son mot et chaque mot se range selon un ordre rigoureux. De la cellule communiste à la grille du cruciverbiste, il n’y a qu’un pas, en somme. Toute idéologie n’offre-t-elle pas une grille de lecture du monde ? Une grille qui "fige le regard"…

Subtilement, cet opuscule nous interroge sur la notion de représentation, les mots étant inadéquats aux choses : le code que nous utilisons est "cimetière du réel" ou "parodie de réel". C’est dire à quel point il convient de traquer les fausses représentations idéologiques : "MARXISME, SITUATIONNISME, CRUCIVERBISME… Variétés de bovarysme ; réactualisation du mythe de la caverne s’adressant à la part de soi en délicatesse avec le réel" (p. 35)…

Libr-brèves

â–º Retour sur la soirée Remue.net du 22 mai dernier, "Le désir de littérature, en somme" (autour de Christian Prigent : Bruno Fern ; présentation de Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel) : écouter l’intégrale audio sur Remue.net.

â–º RV le mardi 23 juin de 13H56 à 14H, sur France Culture : Sandra Moussempès lit Sunny girls.

â–º Jeudi 25 juin à 19H, aux éditions Al dante (1, rue du Loisir 13001 Marseille), exposition "Poésie totale*" : oeuvres de Pierre Garnier – Julien Blaine – Jean-François Bory – Bernard Heidsieck – Tarkos & Co…
Présentation par Sarenco
Lectures & interventions performatives de
Nadine Agostini – Julien Blaine –
Liliane Giraudon – André Robèr

(*à l’occasion du catalogue "Poésie totale, 1950-2010 – La poésie visuelle et concrète à travers le monde. Vol. 2 : France". Publié par la Fondazione Sarenco. Le premier volume est consacré à l’Italie. À venir : Angleterre Écosse, Espagne, Portugal, USA, Russie, Chine, Autriche, Allemagne, Belgique, Hollande, Danemark, Suède, République Tchèque, Pologne, Hongrie, Serbie, Grèce, Slovénie, Chili, Argentine, Uruguay, Brésil, Japon…).

19 juin 2015

[Chronique – news] Expositions Arnaud Cohen, par Jean-Paul Gavard-Perret

Arnaud Cohen, « Rémission + Rétrospection », Palais Synodal, Sens, 14 juin – 20 septembre 2015 ; « A l’ombre d’Eros – une histoire d’amour et de mort »,   Monastère Royal de Brou, Bourg-en-Bresse, 19 juin 2015 – 4 janvier 2016.

Dans la salle synodale du Palais de Sens (redessiné par Viollet-le-Duc), Arnaud Cohen convoque, à travers ses mises en scène et ses sculptures, une critique de notre époque. Dans « Rémission », l’artiste cultive deux ambitions ou espérances qu’il définit lui-même  : « celle d’un sursaut vital et d’une rémission du cancer qui nous ronge, celle d’une rémission de nos péchés à l’heure du jugement dernier ». Entre préoccupations physiques et métaphysiques, le créateur montre en filigrane comment «  une Europe malade de ses doutes et de ses peurs roule à tombeau ouvert vers un suicide collectif ».

L’œuvre est ambitieuse, profonde, habitée, mais non sans humour. Un Saint Sébastien est fléché de seringues, et dans un hôpital de campagne les opérations en cours ou passées font surgir divers monstres et hybrides. Quant aux Lilith du créateur, elles deviennent le théâtre de nos passions complices – voire de nos défaites individuelles et collectives à travers les éradications et les crimes de lèse-majesté qu’elles fomentent. C’est pourquoi il faut chérir (en regardeurs regardés) ces divines traîtresses et prêtresses dont la beauté impeccable semble perpétuelle, puis se glisser de leur théâtre de majesté dans la coulisse de bien des cruautés.

Apparemment moulées dans les lutrins paisibles du langage admis quant à l’apparence première des sculptures, les œuvres accordent à Eros et Thanatos des accents différents selon les moments d’une même exposition comme dans leur évolution d’un lieu à l’autre. Chaque fois, le créateur tient lieu du contexte : lorsqu’il est « moderne », l’œuvre est plus rose et enjouée. Dans un milieu plus marqué par l’histoire, elle se fait plus grave, impressionnante. Dans les deux cas, elle demeure résolument critique. A Sens comme à Brou, angelots suspects, égéries tirés des réserves des musées servent à des scénographies aussi délétères que coruscantes et en toute majesté.

Toutes les œuvres toisent de haut le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elles rameutent tout en signalant – par la bande – le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse. Les œuvres de Cohen ont donc beau être fantomales dans leur fixité, elles secouent le regard. Au seul charme ou beauté fait place un exercice de la laideur « programmé » afin de soulever les cœurs ou les électriser non sans froideur et humour.

Face à de telles œuvres, l’être devient un Janus qui voit devant lui les deux faces de sa complexité. Des ténèbres surgissent en frissons et  rafales glacés dont il faut subir l’impact. Néanmoins, à la laideur soulignée se marie une beauté presque classique et formelle. Le mixte porte le travail vers une forme de zénith : mais pas forcément celui que le regardeur pouvait espérer. Tout joue entre séduction et terreur, Apocalypse et Eden. A la pesanteur des viscères s’oppose une froideur majestueuse qui rappelle l’homme à l’ordre là où louvoie ça et là une forme de volupté. Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever. Du moins que faire se peut. Arnaud Cohen rappelle qu’il y a urgence : ses images font de nous les captifs enfin consentants de ce qui devrait être une évidence.

18 juin 2015

[Chronique] Pierre Le Pillouër, Ça et pas ça, par Tristan Hordé

Pierre Le Pillouër, Ça et pas ça, éditions Le Bleu du ciel, printemps 2015, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-915232-96-7.

 

On se souvient de Michel Leiris écrivant ses rêves et l’on sait que Virgile Novarina consacre une partie de son œuvre à garder la trace de mots et de figures qui surgissent pendant son sommeil. Les « visions » et « auditions » réunies par Pierre Le Pillouër sont d’un autre ordre, ce qui est explicité en quatrième de couverture : elles sont « issues de l’état de semi-conscience qui se dissipe vite dans le sommeil ou dans le retour à la norme. » Leur notation prend deux formes distinguées par la typographie ; une image (ou une série d’images) est présentée en caractères romains et, précédés de « la voix dit » (ou « la voix se tait »), sont notés en italique quelques mots qui n’ont que très rarement une relation avec l’image. On lira des variantes : seulement des images ou des transcriptions de mots entendus ; on lira aussi, page 114, la source du titre : « la voix dit / C’est pas ça mais c’est souvent ça ».

La partie relative à ce temps indécis qui précède l’endormissement ou le réveil, très brève dans le temps, est peuplée ici de personnages et d’objets qui appartiennent pour une bonne partie d’entre eux à l’ordre policé, plus ou moins lisse de notre quotidien, mais ils apparaissent dans des contextes ou sous des formes tels qu’ils perdent souvent leur aspect habituel. Ils deviennent parfois acteurs dans un univers qui serait complètement déréglé, avec une apparence défiant toute logique. Souvent, le décalage d’avec la réalité repose sur un détail : soit « un filet de pêcheurs / constitué uniquement / de sang ». On ferait aisément le relevé de ces altérations de la réalité, parfois très mineures ; par exemple, les visages sont dissimulés ou déformés, les masques abondent, notamment ceux des clowns ; etc.

Est-ce à dire que les visions évoquent toujours un univers plus ou moins proche de certains dessins de Max Ernst, où choses et personnes perdent, partiellement, leur assise ? Les visions, dont on ignore pendant combien de temps elles ont été notées, sont très variées et certaines semblent d’autant plus étranges qu’elles renvoient à quelque chose qui pourrait être observé : une parmi bien d’autres, « Une vieille femme passe son index sur son cou ». Il y a régulièrement dans ce qui s’impose quelque chose à la fois « inconnu et familier » que le lecteur rapproche de ce qui est inconnu et étrange, et c’est la proximité de ces énoncés différents qui construit l’harmonie dans le désordre.

La plupart des énoncés attribués à "la voix", fragments de discours sans contexte, même lorsqu’ils sont complets peuvent être paraphrasés de bien des manières, comme « Tu donnes ton mec s’il te plaît », et, de là, être rattachés à certaines images. On relève dans cet exemple le décalage entre les niveaux de langue (pour reprendre la formule du bon usage…), et une majorité appartient à ce registre dit familier, transcription toujours approximative de l’oral. Ce qui importe, c’est que certains fragments ont un statut analogue à celui des images, renvoyant à des règles autres dans l’univers, ainsi : « …pour que tu n’embryonnes plus ta boîte… ».

Isoler et classer les "visions" aboutirait à esquisser un portrait de l’auteur, qui ne pourrait être que partiel puisqu’on oublierait que ces visions sont données en bloc. Les images sont rarement prises en charge, parfois par un "on" (« On dirait… », « On ne voit rien… »), et le pronom "je" n’est pas totalement absent ; la description d’une femme penchée à la fenêtre suscite le commentaire « je crois la reconnaître », et le prénom "Pierre" apparaît — ce n’est pas un hasard — à la dernière page : « Pierre ça suffit les prénoms hein ». Mais les relevés, quoi qu’on ajoute, n’aboutiraient qu’à une esquisse éloignée de ce qu’est l’auteur.

Il faut lire dans chaque page l’ensemble du texte — visions et auditions —, exploration de moments très fugitifs et que nous gommons, pour apprécier pleinement les bouleversements, légers ou violents, apportés à nos manières de voir et d’entendre — parce que c’est ainsi qu’ « On voit c’qui se noue » pour citer ce que "la voix dit" pour clore le livre.

16 juin 2015

[Création] Kraums Notho, EN( )GRAMME

La présentation de cette nouvelle création précède la bande audio.

Présentation de Thomas Déjeammes : 

Tous les sons issus de ce morceau proviennent de la captation que fait Thomas Déjeammes avec un micro (voix/enregistrements/objets trouvés sur le lieu, etc…) et sont  transformés sur le moment même par Krunoslav Pticar à l’aide de pédales et de samplers, diffusés par un système multivoie.
Engramme : n.m.-1907. Du grec en « dans » et gramma  « trait, caractère, écriture ». Trace organique laissée dans le cerveau par un événement du passé individuel et qui serait le support matériel du souvenir.
Presque rien. Quelques grammes de pensées. Un souvenir. Un amas de souvenirs débris, de souvenirs présents, faisant trace et modelant la matière physique du cerveau. EN( )GRAMME. Des bouts d’essais s’entassant. De l’oubli, du mouvement, du retour, de la survivance, du symptôme, de l’inconscient.
La plupart des textes de cette pièce sonore existent déjà dans d’autres morceaux de Kraums Notho et sont modelés ici  comme souvenirs qui travailleraient incessamment le corps.

14 juin 2015

[News] News du dimanche

Des livres reçus pour commencer (de Daniel Franco, de Florence Pazzottu et de Frank Smith) ; des nouvelles du côté de chez P.O.L, ensuite ; enfin, des Libr-événements (rencontres avec le Bureau d’Investigations Poétiques, Philippe Annocque, Anne Savelli/Joachim Séné, Mathieu Brosseau)…

Livres reçus /FT/

â–º  Daniel Franco, Quelques cages, Argol, printemps 2015, 80 pages, 16 €, ISBN : 978-2-37069-0076-4.

« Pourquoi des "cages" ? Parce que la cage est le lieu de départ du chant, en direction du ciel qui ne s’atteint pas », précise Daniel Franco, qui poursuit ici un travail ouïthanatographique commencé avec Je suis cela. Celui qui ne croit pas à la mémoire s’évertue à cartographier le territoire de la mère et de l’enfance – une mère dont la mort lui a fait perdre cinquante kilos et lui a ouvert les yeux – dans une écriture du deuil, "langue brisée par la douleur et recollée dans l’espoir que s’arrête la douleur" (36)…

â–º Florence Pazzottu, Hymne à l’Europe universelle (sic), Al dante, printemps 2015, 40 pages, 7,50 €, ISBN : 978-2-84761-747-4.

Un conseil d’ami : achetez un maximum d’exemplaires possible et distribuez-les… Car cet opus salutaire évoque sans pathos ce que c’est qu’être Rrom aujourd’hui : « le poème organise, avec les ressources mêmes de la lanque, la résistance à ce qui, dans la langue (dans le monde), assigne et aliène, détruit la place  du "je-ne-sais-qui", poussant hors de ses frontières ou renvoyant à l’invisibilité, à l’inexistence sociale, celui qui (parmi les "n’importe qui") est aux yeux de l’époque (de la société) le plus irréductiblement autre […] » (p. 35)…

â–º Frank Smith, KATRINA Isle de Jean Charles, Louisiane, éditions de l’attente, juin 2015, 136 pages, 11 €,ISBN : 978-2-36242-055-9.

Alternant listes et passages lyriques en italiques, annonces, circulaire sur les mesures à prendre en cas d’ouragan, descriptions objectives et scènes dialoguées, le texte évoque les Indiens d’Isle de Jean Charles ; il pousse "les cartes routières dans leurs retranchements" et explore une langue à part, celle des Cajuns, qui remonte au XVIIIe siècle : "Entre chaque mot, il y a une mer de non-dits et des flots et des rivières et des trous de silence. Ce sont des people, des gens qui s’expriment peu. Ils bredouillent, la plupart du temps. Avec des accidents entre ce qui est dit et leurs dents"…

Du côté de chez P.O.L

En librairie entre le 20 août et le 10 septembre 2015
·         Nathalie Azoulai Titus n’aimait pas Bérénice
·         Lise Charles Comme Ulysse
·         Mary Dorsan Le présent infini s’arrête.
·         Nicolas Fargues Au pays du p’tit
en librairie le 3 septembre 2015
·         Edouard Levé Œuvres  collection #formatpoche
en librairie le 10 septembre 2015
·         Trafic 95
 
Rappel juin 2015
·         Édith Azam, Caméra
·         Jean-Luc Bayard, P.O.L nid d’espions
·         Paul Fournel, Le Bel Appétit
·         Valère Novarina, Le Vivier des noms (Festival d’Avignon)
·         Albane Prouvost, meurs ressuscite
·         Trafic 94

Libr-événements

â–º Le bureau d’Investigations poétiques présente :

⟼ Lundi 15 juin, à partir de 19 heures
Dans le cadre du lancement des Cahiers d’À bras le corps #2 :
LES FILMS DU MONDE // 9 CINÉTRACTS
Installation vidéo (27’)
Les Laboratoires d’Aubervilliers
 
⟼ 28 juin — 4 juillet 
GUANTANAMO
Installation vidéo (16’)
WARM Festival
Sarajevo
 


bip  bureau d’investigations poétiques | bureau of poetic investigations 
bip  63 rue de lancry 75010 paris | 2825 2nd st santa monica ca 90404
          www.franksmith.fr  

â–º Jeudi 18 juin à Paris, rencontre signature à la librairie Le Comptoir des Mots à 19h30 avec deux auteurs des éditions de l’Attente : Philippe Annocque pour Mémoires des failles et Pascale Petit pour Le parfum du jour est fraise.

239 Rue des Pyrénées, 75020 Paris Métro Gambetta
Tél : 01 47 97 65 40

â–º Vendredi 19 juin à 19H, Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris) : De l’île ronde à l’aiR Nu, lecture/son/image, par Anne Savelli et Joachim Séné (d’après Anne Savelli, île ronde, Joca seria, hiver 2014).

â–º Lundi 22 juin à 19H, Maison de la poésie Paris, Data transport de Mathieu Brosseau, par Jean-Marc Bourg et l’auteur.

13 juin 2015

[Texte] Mathias Richard, prenssée #a

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 17:25

Nous sommes très heureux d’accueillir une nouvelle série de syntextes, "prenssées" – signées Mathias Richard, qui prépare une suite au Manifeste du mutantisme. Mathias Richard : celui que les poètes mêmes ont détourné de la poésie…

 

 Point de départ : ouvrir une brèche. Où l’ouvrir ? N’importe où.

 

un jour je me suis réveillée | hack : OK |

et j’étais là | mi-femme, mi-MST | des roses rouges dans la cuvette des toilettes | au terminus de cette ligne (la ligne de bus n°40) appelé "La Solitude" | sans tatouages, sans piercings : feuille blanche, tableau noir (veux pas me figer) | sculpture vivante sonore | la musique est le sexe du son : j’a musique place sexe | masques anti-pollution : rupture de stock | Tous les sous-titres sont mélangés. | Le muscle, la tête, le cœur.

Se concentrer sur.

Mettre la main dessus.

Y penser.

| Ceux qui sont jeunes, avec le temps deviennent de plus en plus jeunes. | Et si on tombait dans une minute de plusieurs années ? | Séjourner dans l’espace déforme le cœur des astronautes. | on a 4 paupières, 2 en haut et 2 en bas | Ta chatte est googlée dans 15 langues. | L’Inde reconnaît les dauphins comme "personnes non humaines". | Un cerveau ça ne sert pas à penser, ça sert à agir. | l’information double tous les 9 mois ! | Convertir un fichier à l’Islam | Notre résolution donne naissance à la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation. | C’est tellement cool que c’en est incompatible avec la vie. | Je connais par cœur les horaires des cimetières. | Où sortir ? Où rentrer ? |

Tu n’as aucune idée de la souffrance à l’intérieur de moi. | Où sortir ? Où rentrer ? | De ma difficulté à rester entier sans m’effondrer. | Où sortir ? Où rentrer ? | J’ai raté ma journée avant même de l’avoir commencée. | Où sortir ? Où rentrer ? | Professeur d’expression interdite | Où sortir ? Où rentrer ? | in : Centre de Détention Multifonctions des Résidus Urbains | Où sortir ? Où rentrer ? | in : poésie body musique (POETRY BODY MUSIC) : PBM |

Où sortir ?

Où rentrer ?

Les choses, ça se passe dans des lieux. Ce qui n’est pas toujours vrai d’ailleurs.

Où sortir ?

Où rentrer ?

Tu sais ce qui m’a détourné de la poésie ? Les poètes. | Vous aviez de grands projets pour votre vie ? Laissez tomber. | Mes cauchemars sont pires que les vôtres. | elle m’exhorte : "parle d’autre chose que ce que tu n’arrives pas à dire !" | attache mon cerveau à un lance-pierre et balance

pfffffiouh

 

l’après-midi d’une foune

 

pays-visagiste

 

Morsures enragées de crânes… traînant leurs lambeaux telles des comètes. | C’est bon comme des bonbons sans paupières. | n°1 dans vos pensées | voyage dans le temps : montres interdites | 2012 : introduction du "like" sur Facebook _ 2022 : guerre civile | faire des publicités pour des emplacements publicitaires, c’est un bon créneau | Musique du salon au jardin, Le barbecue sans fumée, Épilation définitive : comment choisir ? | Il existe de plus en plus de mots compris dans une majorité de langues du fait des voyages et des loisirs : plus de 400 mots dans 20 langues. Taxi, OK, aéroport, whisky, soda, caméra, banque, télévision, musique, sport, dollar, passeport… | lire tous les livres

pour en écrire un seul

qui les détruit tous

11 juin 2015

[Chronique – news] Hypothèses sur la peinture (Gérard Garouste à la Fondation Maeght), par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gérard Garouste, « En chemin », 27 juin – 29 novembre 2015, Fondation Maeght, Saint Paul de Vence.

 

 

Les questions de théorie esthétique ne sont  pas au centre des préoccupations de Gérard Garouste. La réussite non plus, même si elle n’est pas anecdotique pour le face à face à distance avec le père biologique comme avec ceux qui tiennent les registres de la loi artistique. On comprend mieux dans l’exposition Maeght ce qui dans la peinture de l’artiste pourrait sembler un laisser-aller ou un désordre apparent.  La « logique circulaire » de l’œuvre prend sa source dans la nécessité de se sauver presque confusément par la volonté de peindre jusqu’à l’épuisement afin de remonter une pente existentielle dont Garouste se sentit l’héritier honteux

 

Le travail du peintre, à l’origine, fut  élaboré, d’une part par le besoin quasi inconscient de dessiner contre la « parole » paternelle, et d’autre part à travers la recherche consciente de « preuves » d’actes quasi insoupçonnables qui empêchèrent de vivre non celui qui les a commis mais son descendant. Le fils – « enjuivé » selon son père – découvrit par sa propre enquête les crimes de ce dernier, comme il découvrit le caviardage de l’existence d’une arrière-grand-mère aux mœurs trop libres par une famille bourgeoise aux mœurs si honorables… Voilà pour les bas-fonds.

 

Quant aux conséquences, elles sont parfois dramatiques. Il y a l’œuvre, bien sûr, mais éclate chez l’artiste lors de la naissance de son premier fils la première d’une série de crises de délires et d’hallucinations. Elles aussi permettent de mieux comprendre l’imagerie développée par Garouste lorsque les crises s’éloignent et qu’il peut à nouveau peindre. Dans cette création, l’hébreu (que le peintre apprend méthodiquement) n’est pas pour rien. De Aleph à Lamed, de la première à la dernière lettre de son alphabet, ses toiles deviennent une manière de relire, reprendre, défaire les noeuds des images pour qu‘en suinte plus un « j’étais » qu’un  « je serai ».

 

Ce « je » jaillit comme une vague de fond qui rameute –  à la manière des toiles du peintre – des images « éclaboussantes ». La peinture de l’artiste les voit, les touche, il se rapproche toujours au plus près d’elles dans sa manière de créer pour voir ce qui  passe et ce qui ne passera jamais.  Il rampe jusqu’à elle. Se redresse. Se bat. Il est plus nu que nu en ce brasier d’images. Avec son histoire  en elles et l’Histoire d’elles – mais pas seulement –  en lui.  Peu à peu Garouste n’en meurt plus : il était mort avant.  Peut-on parler pour autant de re-naissance ? En partie seulement, car chacune de ses toiles ramène le créateur à son abyme pour se perdre dedans.  Il en reste le gisant brûlé, incandescent.

7 juin 2015

[News] News du dimanche

Ce soir, retour en images et audio sur l’exposition Amusements de mécanique (Suzanne DOPPELT) ; libr-événements : riches soirées à Angoulême (SUPERSONIQUE littérature) et 33e Marché de la poésie à Paris.

 

Retour sur l’exposition Amusements de mécanique (7 mai – 6 juin 2015),

par Fabrice Thumerel

Les œuvres présentées sont issues des corpus reproduits dans ses trois derniers livres, tous publiés aux éditions P.O.L. : Lazy Suzie (2009), La plus grande aberration (2012) et Amusements de mécanique (2014).

À l’occasion du vernissage, le jeudi 7 mai, Suzanne Doppelt a fait une lecture d’extraits de son dernier livre Amusements de mécanique. Écouter un extrait :

LOCO / L’ATELIER D’ÉDITION: 6, rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris, France. T. 01 40 27 90 68 / ÉDITION : ANNE ZWEIBAUM (anne.z@latelierdedition.com) et ÉRIC CEZ (eric.c@latelierdedition.com).

On doit cette exposition à Éric Cez, l’enthousiaste directeur des éditions LOCO, spécialisées dans les interrelations entre photographie, poésie et sciences humaines (on ne manquera pas de consulter leur catalogue).

 

Toute exposition de Suzanne Doppelt est à mettre en relation avec son concept d’IDO (Installation Déréalisante d’Objet).

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est quête d’une harmonie optique/poétique/géométrique et le poète « une tête chercheuse qui n’en finit pas de chercher des figures et des rapports, une série de rapports qui bougent l’ensemble à mesure. » D’où les divers dispositifs qui stimulent l’imagination et nous font VOIR le monde autrement, et même à l’envers : bande magnétique, appareils optiques et réflexifs, boîtes à malice, machines à donner le tournis – et même un simple trou, car « voir c’est toujours voir par un trou, le monde s’y perd et s’y ramasse à la fois »…

Avec Suzanne Doppelt, le poète ne nous met pas tant la puce à l’oreille que la mouche à l’œil – et cette vision panoramique/kaléidoscopique nous plonge dans une réalité spectrale. Mieux, la poésie est ici perçue comme « chemin sonore où l’œil rivalise avec l’oreille. » Comme mimèsis tympanisée, donc.

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est enquête et épopée cosmopoétique : « on est au spectacle, celui des obscures méditations. »

 

Libr-événements

â–º 33e Marché de la poésie, place St Sulpice (75006 Paris), du mercredi 10 au dimanche 14 juin 2015 : télécharger le programme.

â–º Angoulême, 12 et 13 juin : SUPERSONIQUE LITTERATURE

poésie / performance / film / art sonore

////// vendredi 12 juin _ au Conservatoire d’Angoulême

18h30 _ projection

Bernard Heidsieck, la poésie en action (56 min, 2014)

un film de Anne-Laure Chamboissier & Philippe Franck, en collaboration avec Gilles Coudert

Bernard Heidsieck la poésie en action – extrait VaduzCe film dresse un portrait intime de Bernard Heidsieck, pionnier dès 1955 de la poésie sonore et fondateur en 1962 de la poésie action. Il invite à un voyage dans sa « double vie » d’artiste et de banquier et dans son œuvre, à travers un ensemble de conversations et de documents audiovisuels inédits. Des entretiens avec d’autres figures majeures de la poésie sonore viennent enrichir ce témoignage et dessinent un tableau vivant de l’histoire de la poésie sonore et de ses développements actuels.

suivi d’une discussion avec Philippe Franck

20h30

lecture – performance de Charles Pennequin

# Charles Pennequin est poète, un poète debout, et en action. Publication dans de nombreuses revues. Performances et concerts dans la France entière et un petit peu à côté. Vidéos à l’arrache. Écriture dans les blogs. Dessins sans regarder. Improvisations au dictaphone, au microphone, dans sa voiture, dans certains TGV. Quelques cris le long des deux voies. Petites chansons dans les carnets. Poèmes délabrés en public. Écriture sur les murs. Charles Pennequin écrit depuis qu’il est né.

///// samedi 13 juin _ à DATABAZ _ 16h_18h30

CITY SONIC afternoon

avec Philippe Franck

# Présentation du livre City Sonic, les arts sonores dans la cité (Ed.La Lettre Volée)

coordonné par Philippe Franck, directeur de Transcultures et du festival international des arts sonores City Sonic à Mons (Belgique).

# City Sonic MIX (productions originales, sound art, poésie sonore, électro expérimental…du festival) par Paradise Now (Sub Rosa, Optical Sound, Transonic).

Buvette et petite restauration sur place !

Philippe Franck (Belgique)

Historien de l’art, concepteur et critique culturel, Philippe Franck est directeur de Transcultures. Il est le fondateur et directeur artistique du festival international des arts sonores City Sonic (depuis 2003) et des Transnumériques, biennale/plate-forme des cultures numériques (depuis 2005).

4 juin 2015

[Texte] Claude Favre, Thermos fêlé

C’est avec plaisir que nous retrouvons Claude Favre sur Libr-critique, avec un texte que l’on ne qualifiera pas de "journal poétique", vu la distance que l’auteure entretient à ce que l’on appelle ordinairement "poésie". Il s’agit plutôt d’un journal de misère en mal langue, que nous vous laissons méditer dans sa typographie particulière, par delà le blanc et le mal. /FT/

 

 

À ceux qui, sans nom, sans toit, sans paix, sans soins, sous les coups de la douleur, du froid, de la faim, du mépris, de la haine, du feu, la lâcheté des pierres, des bombes, du silence et des cris, regardent le monde, entendent les cris du monde et la peur, la peur et l’intolérance, recueillent la violence sans nom se recroquevillent, et meurent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce qu’un homme

peut jamais cesser de l’être ?

Federico García Lorca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 29 décembre, ici, 3° ce soir, dehors

on parle de la température ressentie c’est

autre chose que dormir sous une tente au Liban

 

 

 

pour les réfugiés syriens, et tout le malheur autour

et jusqu’où en Grèce la politique d’austérité

savoir sur le sens précis des mots le plus près

serait un beau projet du jour déjà et, merci

Amandine m’envoie une photo de Todd Hido

caravane en guingois qui fait pencher le sol

l’horizon engorgé il y aurait plus loin

à ne pas bien comprendre, tenter, plus loin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 30 décembre, nuit, plus âpre, dedans

qui m’intéresse le plus le long terme

il faut tenir, pense aux amis, aux hommes

qui a sens, texture, surprises parfois, toujours

 

 

 

chacun en particulier

au court terme ne va pas bien

observe cela tout autour le monde obscurci

dans le contexte, ensemble

quand de nouveaux séparatismes exploitent

les peurs, les envies, les identifications

caravane est un lieu, précieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 31 décembre 2014, je lis

"Moujik moujik" de Sophie G. Lucas, ça

j’use mes bras à que/ ça s’envole pas de/

bout/ de, et à plusieurs tenir à ne pas

ni rien oublier des histoires de

ceux qui meurent et pas que le froid jusqu’

aux fosses communes pour les indigents se

serrer dans les bras les cœurs, hiver m’attaque/

je me ivre lire, c’est ça avec elle, aller plus loin

plus loin que soi, merci pour nous les autres

Je voudrais être demain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 1er janvier 2015, s’arc-bouter

contre butées, si, préfère l’impair, mais

able est un suffixe de qualité dans ce pays

pleureur crispé sur ce qui serait in

dubitable une et seule identité n’est pas

l’autre, quoi qu’il lui, n’est-ce pas Don Quichotte

le plus à l’ouest n’est pas celui qu’on croit

qui croit n’a pas le verbe nouveau mais l’intérêt

sélectif quand caravane a beaucoup d’ex

ploits et pas que les renards font les poubelles

en mer, meurent des étrangers, sans nom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi 2 janvier, un peu je me rappelle

rien d’un exercice d’écriture ni d’un seul

marronnier, d’autres rêves, pas la première fois

Beckett aidant, revenir et repartir rappelé

et repoussé, ménages ce matin, suite de fêtes

obligatoires s’achève terrible qui me rejette en bloc on

est en famille comme on est entre soi comme on s’en fout

des autres comme on est dans, préposition indiquant

la situation d’une personne par rapport à ce qui la contient

et je vais m’enrager laver crasse saloperies jusqu’au

vomi que je reçois comme étrennes ça doit s’appeler avec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 3 janvier, lever 3h30 pour

longeant les hautes marées, long chemin, pour

chez un mareyeur la brutalité, les prix

augmentés avec l’arrivée des touristes

pas toujours la qualité, j’use mes mains

de cette période, être demain

étrange de vivre tantinet d’écart

quand il y aurait même des dindes

au Japon et des pères Noël et 6 personnes

en quelques jours mortes en France

d’hypothermie, 6 retrouvées, pour combien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 4 janvier, me voilà à penser ou

tenter, au locus amœnus, me dis-je c’est ici

pas tant de petits oiseaux, mais goulus goélands

qui font de la ville une poubelle à ciel et noises

et chacun sous la pluie l’air d’une baleine échouée

pas à bon port, ici, il n’y a pas, ni d’espoir

amarrés à la peur que la vie remue

et riches, aussi, et le ressentiment, faire payer

l’état français, pour s’être couchés, rapaces

surtout que rien ne change, profiter, mesquins autant

qu’avides, mais rien, dans la langue, qui, bouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 5 janvier, il fait doux, je n’aurais pas et déjà

l’an dernier tenu dans le Doubs ou le Nord

hypothermie, malaise cardiaque, il suffit, de quelques

heures longues douloureuses, pour, mourir

des milliers de personnes, en France, ne trouvent pas

à se loger, où, ce n’est qu’au-dessous de moins 5°

que les préfectures ouvrent des places

supplémentaires, à Paris, 54% des demandes ne

donnent pas lieu à un hébergement, pour

avoir appelé le 115, nul ne peut comprendre

la honte, la déshumanisation, il me faut dire, dire, redire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 6 janvier, jour malaisé, Qu’on patiente et

qu’on s’ennuie/ C’est trop simple.

Fi de mes peines, temps de renouer avec les poèmes

des autres je me demande comment on dit par cœur

dans les autres langues, et qu’il en a beaucoup

Vieux Rimb à jouer des presque doubles et pas sonnets

tout à fait et diérèses Rien de rien ne m’illusionne

note pour noter que je note garder le cap capitaine t’es

seul en ton navire prends l’eau rien de nouveau sous

le soleil tant mieux il pleut Que

notre sang rie en nos veines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 7 janvier, ce vers, aujourd’hui

terrible, d’apprendre que ceux qui prenaient le risque

de rire par le dessin des travers et des maux de

notre époque, plutôt que d’en venir aux mains

aux armes, ont été, lâchement, assassinés

leur sang de leurs veines a coulé ce sont nos larmes

pour eux que nous n’avons pas assez soutenus

eux qui n’ont pas été trop loin, qui ont, juste

été très loin tandis que nous n’allions pas assez

combattre la bêtise, la lâcheté et la haine, ils ont le nom

de ma liberté, à ne jamais encore céder

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 8 janvier, se réveiller

hier soir me suis retrouvée, allée, parmi quelques

personnes, en état de choc, gueule de bois

300, on dit, à Ploucville, 2000 pour des mêmes villes

j’ai peur ici, mes amis manouches ont peur

rien ne se fait ici sans intérêt, rien hors de son clan

sa communauté, peur, hébétée

sans mots, il faudra, je le sais, renouer, écrire

les mots travailler, pas que pleurer pour

tous ceux qui, loin de moi

tout au long de l’histoire sont morts pour moi, et pas que

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi 9 janvier, de soi aussi, se défaire après

la sidération, et ces larmes tout venant

des mots de colère, brusques qui ne savent, quoi

faire et comment, chercher ces mots, tourner autour

creuser le sens, les conversations désirer les

contradictoires, celles qui secouent mais font espérer

les amitiés sont notre espoir, quand 48h après

la condamnation par Riad de l’attaque contre Charlie Hebdo

un blogueur saoudien a reçu 50 coups de fouet pour

insulte envers l’islam dans ce royaume qui n’accepte

aucun écart, perdre le nord l’épuisement, dormir, ne pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 10 janvier, cœur à mal, mes amis aussi

menaces contre des lieux de culte musulmans

messages antisémites sur réseaux sociaux

la haine s’exprime, fait couler le sang et ailleurs

des centaines de corps qu’on ne peut dénombrer

d’enfants qui n’ont pu s’enfuir, corps éparpillés

de personnes âgées, une attaque de Boko Haram

noyée sous le feu de l’actualité tout comme

des morts des morts des morts, un génocide au Congo

nous ne sommes, rien, si nous ne faisons, ensemble

combat contre, à aimer les contradictions mais contre

ceux qui arment, d’une bombe, une toute petite fille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 11 janvier, éloignée je suis des vôtres

conjurer le chagrin conjurer le chagrin

marcher, marcher avec des mots de travers avancer

avec sa petite mal langue à soi qui aux autres, doit

marcher, à Paris, cette puissance du non

ce n’est pas vivre que perdre sa part d’humanité

mort aux arabes écrit en breton, mort aux juifs

dans tant de bouches ici et encore

qu’est-ce qu’un slogan, ce mot gaëlique

qui signifie cri de guerre

et qu’en penserait Abdelwahab Meddeb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 12 janvier, l’idée que les gens ont

de la poésie

heurte ma sensibilité, je retiens les chiens

l’extrême mitraille, mes tigres

et je lis Marie-José Mondzain sur la question

de la représentation de la figure

figure est une image, l’iconoclasme

est une façon de ne pas s’en laisser conter

et dans certaines traditions, suivant l’époque

représenter Mahomet qui n’est que le portrait

est possible, et la vie, ensemble, à vivre

 

2 juin 2015

[Livre-chronique] Le pas au delà de la fiction (à propos de Jean-Pierre Faye, Analogues), par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Pierre Faye, Analogues, Notes de Nuit éditions, mai 2015, 271 pages, 21 €, ISBN : 979-10-93176-04-8. [Première parution : Seuil, 1964, coll. "Tel quel"]

 

Jean-Pierre Faye a établi une opération d’élargissement de la fiction sous le titre de « récit autocritique » qui prend sa source sur trois textes antérieurs de l’écrivain. Ce texte s’inscrit sous l’incipit d’Emile Littré : " On donne le nom d’analogues à des organes qui, sans avoir la même forme dans divers animaux offrent les mêmes connexions avec les organes voisins".  Son texte devient l’ajointement de sa triple racine sans  décider de le fermer lorsque le texte se termine ou plutôt reste en « suspens ». Le livre ne « décide » donc pas vraiment : néanmoins – à travers des personnages féminins et des fragments de leur histoire -,  certaines décisions amoureuses et politiques sont implicitement esquissées  là où la narration  propre au roman du réel se trouve soumis à un décrochement. L’historique du monde tel qu’il est habituellement filé se trouve soudain cassé.

Surgit une sorte de diagnostic de l’impossibilité à la fois du roman et de l’histoire ou plutôt leur mise en crise.  Des fragments (descriptions, évocations, scènes dialoguées) surgit une paradoxale  pulsion épique d’un genre inédit. Elle détruit l’intension classique de l’écriture et comme son récit du monde. La « marche » proposée transforme la narration  afin que  la représentation du monde interne et celle du monde extérieur se constituent parallèlement en avançant  selon une « marche » particulière.

Contre les fadasseries romanesques s’interpose une prose en liberté : elle n’est pas là pour rythmer l’action mais pour la devancer. Faye propose donc un pas au delà à la fiction selon un matérialiste qui n’exclut pas au besoin une forme érotique du romantisme. La fiction est comme donnée et refusée dans la fracture de la dimension politique du monde telle que les idéologies en place la produisent.

Le « récit autocritique » devient exploratoire, il excède le roman ou ce qui est considéré comme roman depuis ses premiers temps. Le récit devient le genre de l’agitation où la masse de la langue est présente, alertée  scandée de manière à ce que l’histoire non se poursuive mais soit reprise selon un nouvel angle littéraire. D’une certaine manière, l’histoire de la fiction recommence. L’avancée s’ouvre en taillant son chemin à partir de ce qui a été dit ou écrit même dans les livres premiers de Faye – même si le texte reste sans  précédence.

L’engrangement brique par brique, fragment par fragment, bâtit une maison de sens qui traverse la narration en faisant abstraction de tout ce qui pourrait être le discours. Un nouveau béhaviourisme  suit son cours. Il ne construit pas de maison, il n’est qu’un hall d’entrée, une suite de halls d’entrée d’où à chaque instant le lecteur peut ressortir pour revenir plus tard au cœur de l’agitation du langage – elle ne « plie » pas  le texte en direction d’un but mais pour l’éclosion d’un sens que l’idéologie et l’esthétique en place oblitèrent.

Powered by WordPress