Libr-critique

31 octobre 2013

[Livre] Eric Chevillard, Péloponnèse, par Jean-Paul Gavard-Perret

D’abord parus sur le site associé au Théâtre du Rond-Point, Vents contraires, ces textes irrésistibles qui constituent un parti pris des choses chevillardien viennent d’être publiés par les éditions Fata Morgana : balai, escalier, miroir, pierre, porte, ou encore poêle à frire vous attendent pour le meilleur et pour le rire…

 

Eric Chevillard, Péloponnèse, dessins de Jan Voss, éditions Fata Morgana, Fontfroide le haut, octobre 2013, 104 pages, 19 €, ISBN : 978-2-85194-879-3.

Les chroniques de Chevillard sont une suite de résonances intempestives au conditionnement du réel. Elles permettent de le rendre absurde par effet de drôlerie au sein des actions et réflexions inattendues qu’elles distillent. Quittant le roman où il excelle, Chevillard trouve dans la chronique un autre champ fabuleux d’exploration. Car si le roman peut isoler un individu, l’éclairer, il reste ici célibataire de tout, même de son visage lorsqu’il se regarde dans le miroir le matin. A l’inverse du héros romanesque, il se fond dans l’anonyme en dépit de son penchant pour l’éternité. Tout est bon pour souligner la « misère » de l’être, et avant tout celle de l’auteur lui-même. Il reconnaît qu’à sa grande honte et en dépit de sa « sa vaste et pointilleuse érudition  », il n’a jamais pu lire Les Guerres du Péloponnèse de Thucydide, ce livre lui tombant des mains…. Ce n’est là qu’un des avatars des nombreux jouets de nos illusions dont Chevillard devient le « dépeupleur », en fidèle descendant des thuriféraires des Editions de Minuit où il publie ses romans.

Au temps présent douloureux et flou, Chevillard accorde moins une trêve qu’un regard sarcastique en traitant l’absurde par l’absurde. Ses chroniques intempestives sont un délice. Manies et tics s’y trouvent décodés avec une espièglerie incisive. Par exemple, lorsqu’il va dans un musée, l’auteur n’a qu’une curiosité : à l’insu des gardiens, soulever les toiles pour voir ce qui est inscrit derrière… Il piste de la sorte tous les lapins que le réel nous pose. D’une chronique à l’autre, le temps devient un sable émouvant. Les choses telles qu’elles sont deviennent (presque) des choses en « soie ». Tout cela ne fait pas un pli. Même aux  pantalons dont, pour l’écrivain, le pluriel est douteux, voire incompréhensible, puisqu’on n’en met toujours qu’un. Il rappelle soudain Beckett, qui se plaignait de la lenteur de son tailleur en lui rappelant qu’il lui fallait un mois pour la couper à façon, alors que Dieu avait fait le monde en huit jours. Ce qui lui valut la réponse cinglante et imparable : « Tu as vu le monde ? Regarde mon pantalon ». Dans la même veine, Chevillard – comme il le professe  – « déblaye, plafonne, chauffe et suspend le temps à une patère ». Avec l’auteur, cette patère n’est jamais austère.

30 octobre 2013

[Agenda] Est-ce une bête qui t’anime, au centre ? (Bibliothèque Marguerite Audoux)

Dans le cadre de Paris en toutes lettres 2013, un spectacle proposé par la Maison de la Poésie et la Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris) : Est-ce une bête qui t’anime, au centre ?, samedi 9 novembre 2013 à 19H.

 

Et si le poète était forcément soufflé par l’animal, en lui, par désirs projetés ? Et si la langue humaine ou sa recherche, et si la pensée n’était qu’air brassé, comme dans toutes les gueules ? Et si les sciences voyaient par cécité ? Et si rien n’avait séparé l’homme de la bête, jamais. Et s’il fallait préférer chanter ? Et si rien n’avait jamais séparé l’homme de sa tête ? Et si le devenir-animal n’était pas un devenir-autre mais un devenir-soi.

Quand on pense à l’être ou au devenir, on cherche qui parle… Et plus précisément qui parle qui. Dans qui. Ou dans quoi. Cela pour éviter les fantômes, l’image des spectres qui repousse la spontanéité du sauvage.

Et si les gueules animales sont faites de viandes, les poèmes pneumatiques de Sébastien Lespinasse, de Vincent Tholomé (avec Maja Jantar) respirent au grand air, VUAZ, et répondent au deuil et au vide par la tête charnelle, celle qui n’a qu’un temps. Le corps de chair du poète devient instrument, instrument conjurateur, crâne animal, animal central. Animal sensible. Car la sensibilité n’a qu’un temps.

Poètes sonores, poètes performeurs, Sébastien Lespinasse et Vincent Tholomé viendront dire quelques uns de leurs textes autour d’un thème fondateur, celui de l’animalité. De celle qui nous parle.

♦ VINCENT THOLOMÉ

Poète, lecteur-performeur, belge, né dans les années 60, ayant commis une quinzaine d’ouvrages où les genres (fiction, poésie, BD, harangue, etc.) croisent le fer, où la langue pulse avec joie

Des livres : CAVALCADE (2012), paru chez 2 éditeurs, dans 2 versions un peu différentes et VUAZ (2013)

En tant que lecteur-performeur, a fait partie et fait partie de divers groupes et groupuscules, dont le Trio WYRD, la Troupe Poétique Nomade, et bon nombre de duos, notamment avec Xavier Dubois (guitare) et Maja Jantar (voix) + + +

Travaux en cours : suite de VUAZ + + + co-adaptation en ciné-poème de CAVALCADE, avec Maja Jantar et Gaëtan Saint-Remy + + + CD et perfs autour de VUAZ et de sa suite, avec Xavier Dubois + + + bande-son et CD de CAVALCADE

♦ MAJA JANTAR

est une artiste vocale pratiquant la polypoésie. Polypoésie = poésie + souffles + arts visuels + bruits de bouche + arts sonores + land art + rituels + arts de la scène + (…) + (…) + (…) = une pratique poétique sans limite.

♦ SEBASTIEN LESPINASSE : né le 8 décembre 1975 à Marseille ; vit, dort, rêve et travaille entre Toulouse & Montreuil.

Entrepreneur d’expériences, laboureur de langues, activiste polyglotte, redécouvre et interprète les pionniers de la poésie sonore (futuristes, dada, lettristes… ), tisse étroitement les sons et les sens dans des improvisations poétiques, prend les mots à la gorge et les jette par dessus page, perfore les métaphores lors de performances souvent ludiques, bute, cogne, frotte les oreilles, tympans, peau, yeux, œsophage, estomac, tripes, etc…

« On gonfle les mots ils gonflent leur peau de mots autour de nos souffles ils me regonflent quand j’expire on ne se dégonfle pas je continue la pression mes doigts crissent le long de la peau plastique ils sont gonflés à bloc parfois les mots me gonflent parfois les mots nous crèvent parfois les mots éclatent. »

Des livres : Tendresses Animales, avec Sabine Petit, éd. Le Chant des Muses, Béziers, 2010.

&, avec Maëlle Chastanet, éd. Book Machine Press, Beaubourg Paris, 2013.

Fougax et Barrineuf vont en bâteau, éd. Gros Textes, Châteauroux-les-Alpes, 2013.

Des disques : "Pneuma-R", mars 2012 (éd. Trace Label)

"Pneuma-Récital, live in Barjols", avril 2008 (éd. Z.I.P / Plaine Page).

Des créations pour la scène : Animaux du Sensible, dispositif de lecture, création au Théâtre Le Hangar (Toulouse) en mars 2011 pour le festival Les Perforeilles puis nombreuses reprises dans d’autres lieux et festivals.

Une voie vers les Bouches-Poubelles, conférence-action avec Yves Le Pestipon, création en mai 2012 au Théâtre Garonne (Toulouse).

29 octobre 2013

[Création] Matthieu Gosztola, Vivre I

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Dans ces toiles-textes (quatre de gauche à droite et de haut en bas + celle en arrière-plan) se tissent des interactions entre le peint et l’écrit (huile, acrylique et feutre sur toile, 100 x 100). De Matthieu Gosztola, vient de paraître aux éditions des Vanneaux un long poème dramaturgique accompagné de dessins à l’encre : Rencontre avec Lucian Freud.

 

27 octobre 2013

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, nous entrons dans le maelström automnal : VUAZ de V. Tholomé et Tout dort en paix, sauf l’amour de Claude Chambard (livres reçus) ; Agenda Christian Prigent ; Citéphilo et Festival NEXT autour de Lille, "Paroles d’éditeurs" à Merdignac, Sandra Moussempès à la Maison de la poésie de Paris (libr-événements).

Livres reçus (Fabrice Thumerel)

â–º Vincent Tholomé, VUAZ, éditions Maelström, coll. "CompAct", Bruxelles, automne 2013, 108 pages, 8 €, ISBN : 978-2-87505-158-5.

Si Bernard Heidsieck avait son Vaduz, Vincent Tholomé, lui, a son VUAZ.

Cependant, il ne s’agit pas ici de partitions, mais de trois marches  – lyriques/bucoliques/épiques.

Et zou, et zou, au fond du trou,
au fond de l’existence,
VUAZ.

 Prenez et tenez en tous sens ce livre relevant à la fois de la poésie visuelle et de la poésie orale,

et laissez-vous emporter par le flux de ce rythme capricant.
Prenez votre souffle,
et par monts et par vaux,
prenez votre envol
entre brailleries et "langue bébé"…

"Blagueurs de VUAZ.
Les 3000 et 2 fois 15 matins.
Les 8 3 et 14 ans millénaires passés ensemble.
Dans le trou.
La faille.
Le fond.
Le tout au fond à l’ombre."

 

â–º Claude Chambard, Tout dort en paix, sauf l’amour, Un nécessaire malentendu V, éditions Le Bleu du ciel, Coutras (33), automne 2013, 112 pages, 16 €, ISBN : 978-2-915232-88-2. [Site de l’auteur]

"Vivre, c’est comme écrire, mais sans pouvoir rien corriger" (António Lobo Antunes).

Que ceux qui, à la seule considération du titre, soupçonneraient une quelconque cuculerie, se rassurent en lisant ne serait-ce que la page 17 : "Oui, tout dort en paix, sauf l’amour, me disais-je, pris par une redoutable envie de pisser"… Ou 17 : "C’est la mi-nuit, les sexes sont sur les tombes, ils regardent la nostalgie & les bougies & le canal & le vent secoue tout vers le bas & les sexes rétrécissent & ma tête pèse sur les vagues gonflements & prend les baisers rouges"… Dans ce "récit incontinu" ressortissant à la proésie (p. 51), nous fascine un art subtil de l’ellipse et du télescopage, du figuré comme de l’incongruité, un phrasé mêlant affects et percepts, souvenirs et visions hallucinées, réflexions et évocations. Écrire pour Claude Chambard : "Comme un saut dans le vide                               de la langue" (69). Son livre : "l’histoire enfouie en moi & dont personne ne comprendra rien" (87). Une archéologie de la mémoire – sensible et culturelle – que rend encore plus critique le jeu de notes en fin de volume.

 

Agenda : Christian PRIGENT

â–º Samedi 23 novembre 2013, dans le cadre de Citéphilo 2013.

14h30 > 16h30 : Projection de La belle journée (1h07, coul., 2010)
en présence de la réalisatrice :
Ginette Lavigne, réalisatrice, monteuse
A également réalisé : La nuit du coup d’Etat, Lisbonne, avril 1974 (2001), Un voyage en Israël (2008), Jean-Louis Comolli, filmer pour voir ! (2013)
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Jacques Lemière, Institut de sociologie et d’anthropologie, CLERSE (UMR 8019 CNRS), Université Lille 1
Monteuse (notamment des films de Jean-Louis Comolli, L’Affaire Sofri, la série des films sur Marseille, et beaucoup d’autres), Ginette Lavigne est aussi réalisatrice. Dans La Belle Journée, elle se met au défi de la réalisation du film sur et avec un poète, Christian Prigent, sur son monde et sur son œuvre, à partir (texte et chansons du film) d’extraits de quatre ouvrages de l’écrivain : Commencement (1989), Une phrase pour ma mère (1996), Grand-mère Quéquette (2003), Demain je meurs (2007), tous parus chez POL. Rigoureux et inventif travail cinématographique, qui sera reçu en tant que tel, et aussi, parfaite introduction à la rencontre-lecture avec Christian Prigent, qui suivra, deux heures plus tard, à la Médiathèque Jean Levy de Lille.

 

 
Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République – Lille
 
18h30 > 20h30 : Christian Prigent ou l’acte poétique
En partenariat avec les médiathèques de Lille
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Gérard Briche, professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure d’Art de Tourcoing
L’homme qui parle scande les phrases, éclate les mots, triture la langue. Cet homme, c’est Christian Prigent, et il dit de la poésie. Mais cette poésie passe par le corps – littéralement. Car c’est dans l’acte que la poésie, la vraie, advient. Dans cet acte, dans cette performance, c’est toute la réalité matérielle qui passe, et d’abord la réalité biographique du poète. Ainsi la poésie est-elle pétrie de toute la matière de la vie, et jusqu’à ses aspects les plus triviaux, mais les plus rigolos aussi. Christian Prigent : la poésie, c’est d’abord ce qu’on imagine être le plus étranger à la poésie.
 
Médiathèque Jean Lévy – 32/34 rue Edouard Delesalle – Lille

â–º Lecture/conférence de Christian Prigent : "Martial, grande brute !" (quelle traduction contemporaine de l’obscène latin ?).

" Rapide, vacharde, pittoresque, rigolote, souvent obscène, toujours à la fois savante et désinvolte, la poésie épigrammatique de Martial s’inscrit dans la tradition, mineure mais vivace, d’une poésie non idéaliste qui « sent l’homme » quotidien. Du coup, elle tente l’effort de traduction des « modernes » de toutes les époques. Les 650 textes que j’ai essayé de « recycler » dans une forme méticuleusement métrée et travaillée par la distance des anachronismes paraîtront chez POL en avril 2014." (C. Prigent)

Dans le cadre du séminaire de MASTER 1 & 2 "L’obscénité en perspective : antiquité/ modernité", le jeudi 12 décembre 2013 de 11H à 13H – Université de Valenciennes , Site du Mont Houy, Bâtiment Matisse, Salle 208 -, B. Gorrillot invitera Christian Prigent, l’un des grands poètes français actuels, à l’occasion de la publication prochaine de sa traduction de DCL épigrammes de Martial (Paris, P.O.L, 2014). Cours ouvert à tous.

 Libr-événements

â–º Du 6 au 26 novembre 2013, autour de la métropole lilloise, Citéphilo : "Pseudo. Ressemblances et faux-semblants". Avec cette année, le Japon comme invité d’honneur. Rens. : 03 20 55 66 34. On notera d’ores et déjà les RV du mercredi 13 novembre : "Les identités numériques" ; Vincent Descombes, "Les Embarras de l’identité". [Programme]

â–º Exposition "Paroles d’éditeurs" de Mélanie Gribinski à la médiathèque de Mérignac du 25 octobre au 16 novembre 2013.
Les Éditions de l’Attente, L’Atelier de l’agneau éditeur, les Editions Finitude, Le bleu du ciel, Gaïa et le Castor Astral exposent des livres, livres d’artistes, manuscrits et autres objets rares, introuvables, inédits ou jamais vu…
Rencontre le 8 novembre à 19h en présence des Editions Finitude.

â–º Du 15 au 30 novembre 2013, Festival NEXT (métropole lilloise, Courtrai et Tournai). Avec en particulier la dernière création de Jan Fabre, Tragedy of a friendship (© photo en arrière-plan).

â–º Jeudi 21 novembre 2013 à la Maison de la Poésie de Paris, 19H-20H : "Résurgences momentanées des sensations visuelles", lecture performée de Sandra Moussempès. En écoute : https://soundcloud.com/user9376239
Infos :
http://www.maisondelapoesieparis.com/programmes/y/2013/mois/11/

 

25 octobre 2013

[Chronique] Pierre Jourde, La première pierre, par Périne Pichon et Fabrice Thumerel

Maintenant que l’honneur est sauf (pensez donc : faisait partie de la première liste des nominés au prix Goncourt 2013 celui-là même qui, depuis La Littérature sans estomac (2002), s’était fait une réputation de "Tonton flingueur" en s’attaquant à toutes les médiocrités et complaisances du petit milieu – et donc à la spécificité française en matière de prix littéraires), revenons sur un roman qui, succédant au carnavalesque Maréchal absolu, – selon un mouvement de balancier propre à l’auteur – développe une méditation mélancolique sur son pays perdu comme sur le pouvoir de la littérature. Et comme cette Première Pierre est marquée du sceau de la dualité, cette chronique le sera également (FT puis PP).

 

Pierre Jourde, La Première Pierre, Gallimard, septembre 2013, 192 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-07-014215-6.

"Tu prends la mesure, petit bonhomme, de la déflagration produite par les quelques dizaines de pages publiées par un écrivain obscur chez un petit éditeur. Ce n’est pas seulement ta vie qui s’en trouve changée, mais c’est, définitivement, celle de tout le village, et d’une bonne partie de ceux qui le fréquentent. Toi qui ironisais volontiers sur ceux qui débitaient de grands discours sur le pouvoir de la littérature…"

Pour n’avoir pu prendre suffisamment de distance par rapport aux histoires locales, ou s’être perdu dans les fictions villageoises, il est arrivé à Pierre Jourde dans son pays auvergnat ce que n’a pas connu Richard Millet en limousin : en ce pays des pierres et des taiseux, pays perdu dans ses légendes, l’écrivain a failli se faire lapider un an après la parution de Pays perdu (L’Esprit des péninsules, 2003), qu’il était loin de considérer comme une offense à son (mi)lieu originel : "Le livre ne se voulait pas réaliste, parce que la réalité n’est pas réaliste. Ou plutôt parce que le réalisme est impuissant à délivrer toute la charge d’imaginaire qui bonde le réel. Le livre était une élégie pour une jeune fille morte, une tragédie se déroulant en un même lieu en un seul jour, une épopée, un conte mythologique" (p. 135). C’est alors que le péquenot rattrape l’intello

La Première Pierre est un dialogue avec le premier Pierre – le "péquenot" -, son habitus primaire de paysan conservateur ; un récit écrit par un "tu" – celui du "petit bonhomme", du dépositaire – pour dire le "je" du père qui s’est toujours tu – et à jamais depuis la tombe. Rien d’étonnant à ce que ce récit sobre et émouvant de la dualité interne soit dynamisé par toute une série de couples antinomiques : secret/révélation, étrangeté/familiarité, rêve/réalité, honte/honneur, propre/sale, ombre/lumière, merde/poésie, régional/universel, absence/présence… /FT/

♦♦♦♦♦

Il y a peu, l’écrivain Pierre Jourde s’est vu décerner le prix Jean Giono pour son livre La Première Pierre. Ni roman, ni pamphlet, ce discours à la recherche de son “je” propose une analyse des effets d’un livre, Pays perdu, sur les habitants d’un village d’Auvergne l’ayant inspiré. En prenant racine dans les fictions intimes des paysans, Pierre Jourde a enfreint un tabou qui appelle un châtiment : la lapidation. L’écrivain et sa famille sont accueillis par des jets de pierre. Mais, dans ce pays perdu qui a vu naître le premier Pierre, qui est responsable de la première pierre ? La Première Pierre ressemble à une enquête intime, servie par un pronom “tu” vindicatif, scrutateur. Cette quête nous projette dans une époque légendaire où l’écriture est considérée comme une pratique sacrilège et mortifère. Le temps, dans ce village d’Auvergne, a perdu sa linéarité, et les morts du Coudair sont appelés à parler eux aussi, à sortir de leurs tombeaux.

La pierre est à la fois fondatrice et destructrice ; et son double jeu sert le jeu binaire sur lequel se construit le texte. Les alliances de contraires, déjà soulignées par F. Thumerel (familier/étranger, obscurité/lumière, etc.), révèlent la tension et l’écart entre ce qui se passe sous la pierre et sur la pierre. C’est d’ailleurs d’un "lourd vêtement de pierres" que les habitants du village se parent, pour garder intact un "je" intime, un "noyau de silence" sous la "fiction de l’être". En écrivant Pays perdu, l’écrivain avait malgré lui lancé une pierre contre ce manteau et rompu l’équilibre du village en perforant le mur de la fiction. La fiction est un mode de vie dont il faut scrupuleusement respecter les rites, en commençant par ne jamais la désigner comme fictive. Les habitants du village vivent dans la nécessité de se représenter dans une fiction codifiée. Les histoires secrètes et intimes de chacun conservent leur saveur à partir du moment où la fiction vécue maintient son charme à l’extérieur des enveloppes de pierre. “Car s’entourer d’un lourd vêtement de pierre, que renforcent encore les interdits et les rites, visibles toujours en transparence sous les postures calculées de la simplicité paysanne, c’est créer la fiction de l’être en entourant de formes son noyau de silence.” (p. 126). La fiction est une nécessité, une nourriture de la réalité, un rideau poreux où s’abrite le "je" intime et silencieux. Nécessité dans le petit village décrit par Pierre Jourde, où les histoires sur les familles des uns et des autres se transmettent de la bouche des uns aux oreilles des autres. Montrer l’histoire est le rôle du livre, la montrer c’est également briser un "tabou", une loi sacrée, c’est faire basculer la représentation jouée par les villageois. La pierre découverte montre l’abîme secret, l’angoisse du "je" jusque là masqué par les histoires trop racontées et l’honneur chevaleresque de comédie. De quoi nous interroger sur le pouvoir et le pourquoi de nos propres fictions.

C’est d’ailleurs en remontant le fil des histoires des autres que l’écrivain revient à sa propre histoire, ou plutôt à celle de son père, la « première pierre ». La Première Pierre nous convie donc à remonter jusqu’à la parole hésitante et conciliante du père. Le “je” qui finit par faire face au “tu” utilisé au début de l’enquête se veut le “je” du père, un retour à une parole qui n’a jamais osé se dire et s’est retrouvée emmurée dans le tombeau. Là commence la filiation dont est issu l’écrivain, mais également l’origine de son attachement à la terre. Le village devient à la fois si présent, tentant, et pourtant absent, intouchable, pour l’écrivain excommunié comme pour son lecteur, qu’il oscille entre fiction et réalité fantasmée. Le pronom « tu » indique la rupture, la déchirure avec le lieu des origines, lieu de l’enfance. On en ressent l’absence de concession et la violence comme un dernier hommage au lieu et à ses habitants, à leur brutalité mais aussi à leur dignité singulière. /PP/

24 octobre 2013

[Agenda] 10e Festival Poésie Marseille « Nous irons partout »

Du jeudi 7 au dimanche 10 novembre 2013 aura lieu la 10e édition du Festival Poésie Marseille, dont la présentation aura lieu demain, vendredi 25 octobre à 17H au pavillon M (avec Nadine Agostini, Julien Blaine, Liliane Giraudon et Jean-Jacques Viton).

 

La poésie internationale présentée par les poètes eux-mêmes. Là, se succéderont les poètes des 2 mers et des 3 océans avec force et voix, geste, déplacement. Cette poésie est devenue désormais « classique »…

Sur 4 jours seront proposées des performances et des lectures de poésie dans différents lieux : galerie, librairie, musée…

Au programme :

les poètes locaux : Nadine Agostini, Julien Blaine, Liliane Giraudon, Jean-Jacques Viton, Fabienne Yvert.

les poètes nationaux : Edith Azam, Henri Deluy, Hortense Gautier, Serge Pey, Nicolas Vargas.

 les poètes internationaux : Démosthène Agrafiotis (Grèce), Hacen Aymen  (Tunisie), Katalin Ladik (Hongrie), Chiara Mulas (Sardaigne), Hagit Grossman (Israël)

 

Les Lieux : 

Intervention en soirée.

Librairie L’Odeur du temps 07.11.13

Librairie Histoire de l’Oeil 08.11.13

MAC ( musée d’art contemporain ) 09.11.13

Galerie Jean-François Meyer 10.11.13

23 octobre 2013

[Texte] Thierry Rat, Canal libéral [Libr-@ction – 11]

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Toujours en verve, Thierry Rat, pour sa deuxième contribution à Libr-@ction – qu’il a inaugurée [lire Libr-@ction 1] ! Reste à relayer/mettre en voix/partager…

 

Canal libéral

Libéral liberté anale de chier fée morale jambe bancale pisse pas mal par trou fécal artère d’arrière sale. N’est pas pâle qui empale bulbe papale à poil cardinal 0 coins carrés bestial libéral bulle rose des vents pue gland sorti du dedans des enfants du dortoir, voilà grand-père foutoir croque-mitaine signé bavoir, déambule aléatoire choisi crachoir 12 ans d’âge, appellation contrôlée par complices déjà essuyés. Cannibale libéral allez zo zoo voir bestiaux si t’as mal animal cage ton sort tourne en rond petit patapon à coup de bâton bergère règlera ton compte avant d’aller se faire foutre par pater ronron petit patapon morale pâte à patron sans vergogne ça cogne dans boîte à caca, fils de tulle dentelle abcès tisse ridules d’excitations pimentées émeraude fait danser séant turgescent lorsqu’il fleurira y aura des pommes et tout le monde en mangera sauf scélérats ratés du pâté dominical alléluia pour qui fait caca sans tracas patatras. Libéral mon amiral n’avale pas giclée rame sans faiblir vers terres libérales, patries corsaires des rois faussaires torche derche des forbans patentés, liberté chérie muse capitale l’état tas c’est ton dada l’état mine ta vitamine mettre à bas la vermine. Statue de lumière cœur des idées farces, dinde sidérante signale l’entrée du poussier, actions de graisses s’envolent à lipide city, in gode we trust bien fourré dans l’anal lustré, ça fait rêver torchon d’étoiles voie libérale du système salaire, circulez y a rien à voir prend ta part mon gaillard sinon crève au placard. Libéral canal ripe peau de banane gamelle patatras le chibre pensée du veiné dressé, caniche mumuse nonosse plastoche petits bonds saute-moutons condescendant l’escalier façon accordéon fête à neuneu du champ montent clameurs barbecue fanfare célèbrent nanar le briscard apothéose des névroses vite fait bien fait passe en caisse mon lascar. Hume la loque avachie de principes moraux vaches de taches meuglent au pré tendre pousse humus fertile des idées rectiles. Libéral trou de balle liberté des Huns crame steppe des autres avec application méthode et précision tout l’art du pyromane. Tout l’art du libéral.

22 octobre 2013

[Texte] Marc Perrin, Ernesto 22 octobre 2013

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Spinoza in China ? fragments Spinoza ? Ernesto…

 

ERNESTO 22 OCTOBRE 2013

 

il y a quelques mois tu m’as demandé ce que je pensais de tout ça aujourd’hui je vais de te répondre il y a

 

quoi derrière ces fenêtres et quelles informations transmises ou reçues par ces paraboles sont des

 

questions qui me passent par la tête quand je marche dans le quartier au pied des immeubles faut pas

 

filmer ici ne filmez pas là ça va encore mais derrière la barre d’immeuble c’est le quartier qui commence

 

vous faites quoi ici ne me filmez pas ne me filmez pas je me demandais si opriéla accepterait d’être

 

filmée cependant je crains de n’avoir pas l’occasion de lui poser la question car depuis quelques semaines

 

je ne la vois plus sur le parking devant le supermarché de la rue félix thomas opriéla n’est pas la bienvenue

 

sur le parking devant le supermarché de la rue félix thomas je pense aux larmes d’opriéla quand elle m’a

 

raconté comment le type qui manage le supermarché de la rue félix thomas l’a jeté viré humilié je me

 

demande où ce type habite est-ce qu’il habite dans une des ces maisons devant lesquels je passe en

 

marchant depuis le quartier de la bottière à nantes jusqu’à la rue alexandre gosselin je me demande où

 

habite ce type qui a jeté les affaires d’opriéla sur le trottoir sur la chaussée c’était il y a un mois je sais

 

qu’opriéla habite dans une caravane quelque part à carquefou je me dis qu’opriéla et le type qui manage le

 

supermarché de la rue félix thomas partageaient le même lieu de travail opriéla aurait bien voulu mais le

 

type qui manage le supermarché de la rue félix thomas lui ne veut pas opriéla pleure en me racontant

 

elle dit égoïste et raciste en pleurant c’est les deux mots qu’elle emploie pour parler du type qui manage le

 

supermarché de la rue félix thomas c’est quoi le travail de ce type et toi c’est quoi ton travail et où est-ce

 

que tu habites et quelle distance entre le lieu où tu dors et le lieu où tu travailles et d’ailleurs as-tu un lieu

 

pour dormir as-tu un lieu pour travailler où est-ce que tu travailles où est-ce que tu dors avec qui tu dors avec qui tu travailles est-ce que tu habites ici et tu es là pour combien de temps moi je vis entre nantes et

 

stuttgart en ce moment je peux travailler n’importe où là où je suis je peux travailler opriéla s’assoit où

 

elle veut et demande de l’argent aux gens qui passent elle s’assoit où elle veut si on la laisse faire opriéla

 

s’assoit pas où elle veut si elle croise l’existence du type qui manage le supermarché de la rue félix thomas

 

ou d’un représentant de l’état qui applique la loi si tu as l’argent et que tu veux le garder c’est super tu as 2

 

bonnes bases pour développer mauvaise conscience et honte et si honte et mauvaise conscience te lattent

 

un peu trop violemment tu peux réagir et foutre en l’air les affaires d’opriéla et ensuite aller te défouler en

 

humiliant tes employés c’est possible tu les payes tu peux aussi réagir en expulsant les femmes et les

 

hommes adultes ou enfants en situation irrégulière c’est légal et mais si la loi est injuste la justice passe

 

avant la loi voilà chère essa quelques unes des pensées aujourd’hui tandis que je marche entre le quartier

 

de la bottière à nantes et la rue alexandre gosselin où nous allons vivre avec angela à partir du printemps

 

prochain voilà chère essa quelques unes des pensées aujourd’hui tandis que je marche entre la rue

 

alexandre gosselin à nantes et la rue félix thomas et entre la rue félix thomas et le château solitude à

 

stuttgart et entre le château solitude et les caravanes à carquefou et entre les caravanes à carquefou et la

 

roumanie je t’écris aujourd’hui depuis nantes oui c’est en france et toi là où tu es comment vont les choses

 

amicalement → ernesto

20 octobre 2013

[News] News du dimanche

Pour donner du chien/du relief/de la profondeur à vos longues soirées automnales, deux livres reçus (Véronique Vassiliou, Échantillons ; Hubert Lucot, Je vais, je vis) et trois Libr-événements remarquables (parution du numéro 6 des Cahiers de M@gm@ ; rencontre poétique à la Bibliothèque Marguerite Audoux ; le spectacle C’est la faute à Rabelais (Durif/Compagnie de l’Envers du décor). /FT/

Livres reçus (Fabrice Thumerel)

â–º Véronique Vassiliou, Échantillons, Le Bleu du ciel, Coutras (33), octobre 2013, 72 pages, 12 €, ISBN : 978-2-915232-89-9.

"D’abord la couleur, puis la matière puis la forme. Exercice de style" (p. 43).

Memento vestibus

Celle qui "se demande ce que serait un mot-robe, un mot-soutien-gorge, un mot-short, un mot-jupe", préfère les cache-cœurs aux cache-nez et cache-sexe… se pose des tas de questions : "Une robe, comme mythe, ça mène où ?" ; "Une histoire de fil en aiguille ou un écheveau maëlstrom touffu de fibres et de couleurs ? Les deux ?" ; "Qu’est-ce que le contraire de l’uniforme ? L’hybride, le multicolore, l’informe, le déformé ?"… Rien d’étonnant à cela : "Poesia visiva – les vêtements vêtent, se voient, posent des points d’interrogation, suscitent des questions, des réponses, engagent la conversation. Ce sont des histoires. Et ses histoires sont ses vêtements." Car la poésie ne vient pas forcément du dedans : "ça vient aussi du dehors"… D’où ce clin d’œil à Proust : "Le second souvenir est stimulé par l’encolure. Un manteau à col châle dans un magnifique cachemire, jeté pour cause de mitage. A chacun, ses madeleines." Poesia visiva : "La langue maternelle, la langue des vêtements, silencieuse et visible. Une langue concrète."

À coup sûr, Véronique "a dû trop lire de contes ou s’est fait trop de films"…

Curieuse "histoire en écheveau" que celle inventée par Véronique Vassiliou, qui n’hésite pas à se mettre en scène via un avatar particulier (une figurine/un idéogramme). C’est dire qu’il faut vous attendre à perdre le fil, à en voir de toutes les couleurs…

Exercice de style loufoque, cette autofringographie jongle avec les mots et les couleurs, joue avec les expressions toutes faites comme avec les normes littéraires, agence avec virtuosité listes, collages, éléments autobiographiques et interrogations sur les mythologies contemporaines… mais aussi ce genre de réflexion esthétique : "Une belle composition s’épuise visuellement. C’est la différence avec un Cézanne ou un Caravage. D’eux, on ne se lasse pas. La composition n’est pas un paysage."

â–º Hubert Lucot, Je vais, je vis, préface de Martin Winckler, éditions P.O.L, octobre 2013, 672 pages, 25 €, ISBN : 978-2-8180-1945-0.

"[…] mon corps est-il tout ce qui me reste ? La conscience d’être est mon plus grand bonheur"…

Au moment même où les éditions P.O.L rééditent en format poche Autobiogre d’A.M. 75 (1980), paraît une impressionnante somme qui constitue en partie le journal de la maladie et de la mort d’A.M. (Anne-Marie, son épouse, décédée le 9 août 2012) – AMour… Amour et Maladie/Mort… Celui qui n’éprouve "nul désemparoi" à la perte d’une compagne avec laquelle il a construit un "nous" pendant plus d’un demi-siècle est aussi celui qui, au milieu du sang et de la merde, ne baisse pas les bras, embrassant au contraire celle en qui il continue de voir une Vénus – laquelle pose les lèvres sur le "pénis enfantin" de celui qui fait tout rentrer dans l’ordre… (Scène d’un sublime aussi rare que sobre).

Comme Liliane Giraudon après avoir terminé Le Noyau de toute chose, on "comprend et apprécie mieux la vie après cette lecture"… D’autant que Je vais, je vis combine journal existentiel et journal intellectuel : le moment étant venu pour le septuagénaire de contempler le monde dans sa tête, sans nulle nostalgie du reste, s’enchaînent de subtiles réflexions politiques et esthétiques. On en restera momentanément sur celle-ci : "Tous les peuples de la planète font le procès du capitalisme, les équipes ayant pour loi la déréglementation capitaliste l’imposent à tous."

Libr-événements

â–º Parution annoncée pour le 31 octobre 2013 : "Le magma constitutif de l’imaginaire social contemporain", Les Cahiers de M@gm@, vol.6, Aracne Editrice, Roma – (dir.) Georges Bertin, Orazio Maria Valastro, Alberto Abruzzese, Jean-Michel Barreau, Massimo Canevacci, Panagiotis Christias, Augusto Debernardi, Cecilia Edelstein, Mabel Franzone, Philippe Joron, Maria Immacolata Macioti, Michel Maffesoli.

Introduction

Le magma constitutif de notre être ensemble ou le jeu du solide et du fluide
Georges Bertin p. 11

Le magma constitutif de l’imaginaire social contemporain

Magmas réactionnaires Est-Ouest/Nord-Sud: invariants de civilisation
Jean-Michel Barreau p. 17

Le magma castoriadien et l’intelligence des situations de crise, de François Rabelais à Michel Maffesoli, la crise comme révélation
Georges Bertin p. 31

Dionysus redivivus
Michel Maffesoli p. 45

Damanhur: una federazione di comunità
Maria Immacolata Macioti p. 53

Disabilità
Alberto Abruzzese p. 67

Le magma poétique du kaïros et le métissage de l’écriture de soi
Orazio Maria Valastro p. 75

Magma énergétique et dépense anthropologique
Philippe Joron p. 95

Le sens commun à l’ère de la mondialisation
Panagiotis Christias p. 111

Il senso comune nell’era della mondializzazione
Panagiotis Christias p. 119

Sur le dos d’un âne
Mabel Franzone p. 125

Sul dorso di un asino
Mabel Franzone p. 131

Libero accesso
Cecilia Edelstein p. 137

Epigrammi di sociologia qualitativa: per un possibile istituente
Augusto Debernardi p. 149

Gramsci e Keats: il poetico e il politico discutono in un cimitero romanticamente antropologico
Massimo Canevacci p. 159

â–º Dans le cadre de Paris en toutes lettres 2013, un spectacle proposé par la Maison de la Poésie et la Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris) : Est-ce une bête qui t’anime, au centre ?, samedi 9 novembre 2013 à 19H.

Et si le poète était forcément soufflé par l’animal, en lui, par désirs projetés ? Et si la langue humaine ou sa recherche, et si la pensée n’était qu’air brassé, comme dans toutes les gueules ? Et si les sciences voyaient par cécité ? Et si rien n’avait séparé l’homme de la bête, jamais. Et s’il fallait préférer chanter ? Et si rien n’avait jamais séparé l’homme de sa tête ? Et si le devenir-animal n’était pas un devenir-autre mais un devenir-soi.

Quand on pense à l’être ou au devenir, on cherche qui parle… Et plus précisément qui parle qui. Dans qui. Ou dans quoi. Cela pour éviter les fantômes, l’image des spectres qui repousse la spontanéité du sauvage.

Et si les gueules animales sont faites de viandes, les poèmes pneumatiques de Sébastien Lespinasse, de Vincent Tholomé (avec Maja Jantar) respirent au grand air, VUAZ, et répondent au deuil et au vide par la tête charnelle, celle qui n’a qu’un temps. Le corps de chair du poète devient instrument, instrument conjurateur, crâne animal, animal central. Animal sensible. Car la sensibilité n’a qu’un temps.

Poètes sonores, poètes performeurs, Sébastien Lespinasse et Vincent Tholomé viendront dire quelques uns de leurs textes autour d’un thème fondateur, celui de l’animalité. De celle qui nous parle.

♦ VINCENT THOLOMÉ

Poète, lecteur-performeur, belge, né dans les années 60, ayant commis une quinzaine d’ouvrages où les genres (fiction, poésie, BD, harangue, etc.) croisent le fer, où la langue pulse avec joie

Des livres : CAVALCADE (2012), paru chez 2 éditeurs, dans 2 versions un peu différentes et VUAZ (2013)

En tant que lecteur-performeur, a fait partie et fait partie de divers groupes et groupuscules, dont le Trio WYRD, la Troupe Poétique Nomade, et bon nombre de duos, notamment avec Xavier Dubois (guitare) et Maja Jantar (voix) + + +

Travaux en cours : suite de VUAZ + + + co-adaptation en ciné-poème de CAVALCADE, avec Maja Jantar et Gaëtan Saint-Remy + + + CD et perfs autour de VUAZ et de sa suite, avec Xavier Dubois + + + bande-son et CD de CAVALCADE

♦ MAJA JANTAR

est une artiste vocale pratiquant la polypoésie. Polypoésie = poésie + souffles + arts visuels + bruits de bouche + arts sonores + land art + rituels + arts de la scène + (…) + (…) + (…) = une pratique poétique sans limite.

♦ SEBASTIEN LESPINASSE : né le 8 décembre 1975 à Marseille ; vit, dort, rêve et travaille entre Toulouse & Montreuil.

Entrepreneur d’expériences, laboureur de langues, activiste polyglotte, redécouvre et interprète les pionniers de la poésie sonore (futuristes, dada, lettristes… ), tisse étroitement les sons et les sens dans des improvisations poétiques, prend les mots à la gorge et les jette par dessus page, perfore les métaphores lors de performances souvent ludiques, bute, cogne, frotte les oreilles, tympans, peau, yeux, œsophage, estomac, tripes, etc…

« On gonfle les mots ils gonflent leur peau de mots autour de nos souffles ils me regonflent quand j’expire on ne se dégonfle pas je continue la pression mes doigts crissent le long de la peau plastique ils sont gonflés à bloc parfois les mots me gonflent parfois les mots nous crèvent parfois les mots éclatent. »

Des livres : Tendresses Animales, avec Sabine Petit, éd. Le Chant des Muses, Béziers, 2010.

&, avec Maëlle Chastanet, éd. Book Machine Press, Beaubourg Paris, 2013.

Fougax et Barrineuf vont en bâteau, éd. Gros Textes, Châteauroux-les-Alpes, 2013.

Des disques : "Pneuma-R", mars 2012 (éd. Trace Label)

"Pneuma-Récital, live in Barjols", avril 2008 (éd. Z.I.P / Plaine Page).

Des créations pour la scène : Animaux du Sensible, dispositif de lecture, création au Théâtre Le Hangar (Toulouse) en mars 2011 pour le festival Les Perforeilles puis nombreuses reprises dans d’autres lieux et festivals.

Une voie vers les Bouches-Poubelles, conférence-action avec Yves Le Pestipon, création en mai 2012 au Théâtre Garonne (Toulouse).

â–º Du jeudi 14 au samedi 30 novembre 2013 à 20H, Théâtre de l’Athénée à Paris, Eugène Durif et la Cie l’envers du décor présentent : « C’est la faute à Rabelais »
– Théâtre musical et burlesque –
D’Eugène Durif. Chef de troupe : Jean-Louis Hourdin. Musique : Pierre-Jules Billon
Avec Eugène Durif et Pierre-Jules Billon.

Contact compagnie / Invitations pros :
Cie l’Envers du décor
06 83 35 27 77
cie_enversdudecor@yahoo.fr
www.cie-enversdudecor.com

> DU 14 AU 30 NOVEMBRE <
Théâtre de l’Athénée – Louis Jouvet
Paris

Deux saltimbanques s’arrêtent dans un lieu qu’ils vont habiter un instant. Ils vont faire naître du théâtre avec trois fois rien…. Sans rime ni raison, mais en musique, chansons et calembours, contrepèteries, recettes de cuisine et blagues, mots-valises et coqs à l’âne, onomatopées, et autres…

« L’accueil à la Durif, c’est une dégelée de mots bazardée à la face des « gueux emmitouflés ». Dans son théâtre de troubadour, fait d’un petit chapiteau-coulisse et d’accessoires saltimbantesques – des instruments, une caisse et la dive bouteille car « propos de bien ivre sont propos de bien vivre » –, il exhume moult fatrasies délicieuses et chansonnettes tristes, même un blason de Clément Marot sur le téton. Non content d’être l’une des plumes de théâtre les plus riches, élégantes, et imagées, M. Eugène est aussi l’un des plus aimables lettrés. Son sourire et sa douceur ravissent. Air bonhomme émerveillé, pour qui la bonne chair n’est pas triste, notre troubadour est de ces humoristes noirs tendance pince-sans-rire, à penser que « ceux qui ont un pied dans la tombe ont toujours l’autre pour s’en sortir ». Spectacle sans une once de vulgarité, mais émaillé de joyeusetés d’amour et de mort, sans queue ni tête. »
Cédric Enjalbert – Les Trois Coups
(21 juillet 2011)

 

19 octobre 2013

[Livre] Eric Houser, Hello Ernest, par Emmanuèle Jawad

On lira avec intérêt cet impressionnant recueil de textes divers.

Eric Houser, Hello Ernest, éditions Les petits matins, coll. « Les grands soirs », octobre 2013, 253 pages, 12 €, ISBN : 978-2-36383-6.

 

Hello Ernest d’Eric Houser rassemble différentes publications, un choix de ses travaux – parus entre 2000 et 2012 – répartis dans le livre en trois sections permettant une approche transversale et éminemment riche de son travail d’écriture et ce, dans le domaine poétique mais également critique (articles à teneur psychanalytique notamment).

Cet ensemble s’apparente à une mise en lumière de la diversité de ses écrits en même temps qu’il décline, décompose scrupuleusement par l’importance des textes collectés, les différents modes d’écriture poétique.

 

Le travail d’écriture d’Eric Houser multiplie les expériences sur la langue et la composition graphique introduisant à chacun des textes un nouveau traitement, de nouvelles formes (blocs de textes, récits, quatrains, suites de propositions, courts énoncés…). Les propositions s’effectuent par glissements de mots répercutés d’une phrase sur l’autre, réitérés, en boucle, dans une abondance de signes graphiques (soulignements usage de crochets, guillemets, tirets, signes mathématiques, =, +, différentes polices, caractère gras), propositions avec glissements des significations et glissements homophoniques introduisant de légers décalages, suite d’arguments, listes et travail de recherche dans l’élaboration de la liste (liste d’objets, de couleurs, de notions, mots-clés dont la première lettre suit l’ordre alphabétique, mots barrés, jeux sur les sons). Les douze petits récits qui occupent une importante séquence du livre agencent des petits blocs de texte souvent non liés marquant des effets de ruptures (sémantiques et formelles), des amorces de récits, segments de phrases, extraits, avec interjections, composant ainsi un assemblage hybride d’éléments introduisant ce qui semble parfois des coupes de dialogues, bribes de récits, sursauts de l’actualité et de l’histoire pouvant à l’occasion emprunter un vocabulaire juridique (le roi Ptolémée, la vache folle, un réquisitoire…). Dans un saisissant et superbe texte Patch !, les phrases dans une apparente discontinuité (avec intrusion d’une lettre en capitale à la fin de certains mots) convergent vers la thématique de la langue, du récit, de l’écriture elle-même et de la poésie. Le travail de montage usant de l’imbrication des différents temps de conjugaison, déploie ainsi des structures d’expérimentation agencées sur l’espace de la page, réduction des énoncés jusqu’à l’occupation seule de l’espace inférieur et supérieur de la page avec condensation des fragments ou strophes, blocs textuels occupant largement l’espace maintenant un dialogue avec des œuvres littéraires (références à Anne Portugal, Stacy Dories…). Des textes en version bilingue complètent l’ensemble proposé. Un choix d’articles sur l’art contemporain et sous l’angle de la psychanalyse lacanienne clôture cet ensemble dense mettant en évidence, dans d’autres approches, le traitement du corps et le rapport à la langue.

17 octobre 2013

[Agenda] Translation (MIRE) à DATABAZ

TRANSLATION : du côté d’Angoulême, on embarque avec MIRE (orchestre de table de mixage)… RV demain, vendredi 18 octobre 2013 à 20H30, au centre DATABAZ (100, rue du Gond 16000 Angoulême).

 

///// MIRE (orchestre de table de mixage), par Djamila Daddi-addoun, Lionel Palun et Alice Prédour

TRANSLATION (par HP Process [aka Philippe Boisnard et Hortense Gauthier ] )


_ MIRE est une formation qui se définit comme un orchestre de tables de mixage vidéo. Elle explore la notion de partition et d’orchestre pour des objets audiovisuels non pensés au départ comme des instruments.

MIRE part d’une approche sensible de l’image pour aller vers une écriture visuelle et sonore. Cette écriture est abstraite dans le sens où elle ne propose pas une narration mais une approche musicale de l’image. Elle convoque l’imaginaire du spectateur à travers une poétique minimaliste ( la fragilité de la danse organique d’une ligne à l’écran) et des temps plus baroques ( explosions syncopées de couleurs ).
La musicalité visuelle de Mire est créée par la respiration propre du larsen vidéo accompagnée tout autant qu’instrumentalisée par les interprètes. C’est une construction polyphonique orchestrée par la partition et accompagnée par des sons en lien direct avec la dynamique des images.

En coproduction avec le Lieu multiple (Poitiers), Jazz à Poitiers (Poitiers) et Databaz (Angoulême) avec le soutien de la région Poitou-Charentes, de l’association 720 Digital, du Conseil Général de l’Isère et du Conseil Régional Rhône-Alpes et Les Abattoirs de Bourgoin-Jallieu.

_TRANSLATION est une performance audiovisuelle sur la vitesse et l’espace-temps, sons et images sont produits en temps réel dans une logique synesthésique et hallucinatoire. A partir de films réalisés lors de voyages dans divers moyens de transports, HP Process construit en temps réel un travelling infini qui explore les variations et déformations visuelles générées par la vitesse, et par les diffractions temporelles et spatiales produits par les déplacements, les trajets, des connexions, les translations

C’est à la fois la traversée de multiples territoires et une plongée dans la matière vibratoire de la vidéo et du son, qui se déploie à partir d’une hybridation entre voix, textes et sons électroniques, pour aller vers une densification noise hypnotique. C’est une plongée dans la mémoire, et une interrogation de la mémoire comme base de données. L’archivage numérique n’est pas la remédiation à l’identique de traces mémorielles, mais l’exploration de cette mémoire par des affects qui se font algorithmes.

TRANSLATION est une expérience cinétique, une dream-machine numérique qui transcende l’opposition entre vision réelle et projection imaginaire, entre espaces géographiques et espace mental. Distance et dilatation, rythme et compression, défilement et suspension, synchronisation et décrochage sont les dynamiques de ce projet de live cinema.

5€ / 3€ pour les membres de l’association

16 octobre 2013

[Agenda] Al dante/ Manifesten

Voici votre agenda Al dante / Manifesten pour l’automne : prochaines rencontres et publications (LC a déjà reçu et apprécié Eric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire), en plus des rappels importants.

 

1/ LES PROCHAINES RENCONTRES : – Le 17 octobre à partir de 19h > soirée de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, avec Chloée Delaume, Nadir Dendoune, Serge Quadruppani et Jean-Marc Rouillan. Libérable depuis 1999, ce militant communiste est toujours en prison. Il vient d’entamer sa trentième année d’incarcération… – Le 22 octobre à partir de 19h > rendez-vous avec le philosophe-performeur bulgare Boyan Manchev (Ses recherches se concentrent sur les champs de l’ontologie, de la philosophie de l’art et de la philosophie politique.) Il a publié récemment "Logique du politique" (Sofia, 2012), "Miracolo" (Milan, 2011), "L’Altération du monde : pour une esthétique radicale" (Paris, 2009), "La Métamorphose et l’instant – Désorganisation de la vie" (Paris, 2009), "Quel sujet du politique ?" (Paris, 2010, en collaboration avec G. Basterra et R. Ivekovic).

2/ À VENIR : prochain Face A / face B, avec Sylvain Courtoux et Jérôme Bertin (Face A / Face B est un journal-tract produit par laviemanifeste.com, à parution aléatoire et diffusion incontrôlable. Ces publications sauvages sont totalement et uniquement soumises au désir de ces protagonistes). Le premier Face A / Face B réunissait Amandine André et Frédéric Neyrat. Disponible sur simple demande par courrier, il suffit de nous communiquer votre adresse postale.

3/ PROCHAINES PUBLICATIONS AL DANTE :

Procès d’un homme exemplaire d’Eric Toussaint (rappel sur le rôle criminel du FMI et de la banque mondiale, à travers Jacques de Groove, ancien directeur de ces… "institutions"). En librairie à partir du 16 novembre, déjà disponible à Manifesten.

La démocratie d’Alain Brossat (la démocratie : La démocratie, le mot qui fond dans la bouche, le concept qui fond dans la tête…. Ou que devient cette notion dans la bouche de nos dirigeants). A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.

La sphinge mange cru de Liliane Giraudon (poésie : À l’origine le sphynx était la sphinge. Mais l’égyptien masculin se substitue au féminin. Il pose le mystère – tandis qu’elle est son propre mystère. Ici, elle a la bouche malade. La parole toujours est à naître d’un mystère à élucider… ) A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.

Première ligne : 105 mesures pour une guerre de Jérôme Bertin (Manifeste poétique pour une guerre à mener… qui n’a jamais cessé…). A paraître fin novembre. En librairie le 16 janvier 2014.

4/ RAPPEL : Sur Radio Manifesten, vous avez accès aux enregistrements de certaines interventions qui ont eu lieu ici : Amandine André, Stéphane Nowak + motif_r, Jérôme Bertin… Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio

5/ RAPPEL SECOND : Si vous désirez participer activement à l’aventure Manifesten, vous pouvez bien entendu adhérer à l’association.

Adresse: Manifesten – 59 rue Thiers – 13001 Marseille – Mail : evenement.manifesten@gmail.com / Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio / Editions al dante: www.al-dante.org

14 octobre 2013

[Texte] Bernard Desportes, Baal – extrait [Libr-@ction – 10]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 19:40

Pour cette dixième livraison de Libr-@ction, nous sommes très heureux de vous donner à lire/déclamer en exclusivité un extrait du prochain roman de Bernard Desportes – dont la parution constituera un véritable événement. On retrouvera dans Baal la même géographie mentale que dans L’Éternité ou Une irritation.

 

Baal est une vaste cité en collines et terrasses qui surplombent l’océan, hauts fourneaux aciéries métallurgies tréfileries peausseries tannages fabriques de pneus de goudron de cordes plâtreries tuileries, fumées ocre rouille âcres, ville infinie industrieuse miséreuse ouvrière aux rues grises et noires d’émanations toxiques de suie de poussier aux mendiants croupissants amputés ou sans yeux, rues sans nom encavées encastrées au fond de hauts immeubles de brique ou de béton délavés battus par les pluies le grésil les vents de sable, rues couvertes de serviettes de draps sur des fils qui flottent comme des voiles et descendent de quartiers populeux en cités laborieuses sombres tristes en pente douce et rêveuse vers la mer aux abords de laquelle elles se transforment alors par une sorte de miracle barbare en un lacis de bidonvilles et minuscules ruelles violemment blanches ouvertes odorantes et criardes tout autour du port sous des éclairs soudains de soleil entre les grues et les mâts dans des quartiers de gouailles de rires et de putains au long de trouées grouillantes ivres et puantes qui chavirent et s’entrelacent, à l’est autour des chantiers navals des docks et du port, à l’ouest jusqu’à l’immense cimetière marin qui longe l’océan derrière des terrains vagues succédant à d’autres terrains vagues où campent au milieu de millions de tonnes d’ordures à ciel ouvert des gueux des errants des malades de vieilles putes et des travelos épaves des incurables logeant à dix douze ou quinze parmi des vieillards largués par leur famille des enfants nus venus de nulle part des aveugles des estropiés des mutilés des idiots ou des fous que l’abandon la solitude la douleur ont conduits à se réfugier ici, ultime étape dans le chaos de leur vie, parmi les leurs, avec ces hommes et ces femmes qui n’ont plus d’humain que ce qu’il leur reste de mémoire et ce fond de dignité invisible, si raillée, désuète, archaïque, grotesque aujourd’hui, qui parfois protège encore, comment est-ce possible ? les plus démunis de la folie des assauts voraces du monde,

ils vivent tous là ces intouchables, pour les plus chanceux dans des baraques de tôle ou de carton des abris de toile éternellement battus par les vents âpres et salés venus de l’océan, pour les autres à même le ciel où au milieu des immondices des rats des chiens et des oiseaux, hommes femmes enfants mangent dorment urinent défèquent et s’accouplent, chacun parmi tous, les hommes et les adolescents prenant indifféremment femmes ou enfants qu’ils engrossent ou possèdent sans répit, sans compter, sans autre regard sur l’avenir que la faim immédiate et la longue nuit qui marche et descend sur l’immense décharge comme elle descend sur la terre et la couvre, la recouvre, l’enserre dans ses peurs, ses rêves et ses cris, la mer les berce et les protège, le mer, la vaste mer qui quelquefois les appelle et les emporte en secret, elle leur offre alors en ses vagues l’accueil qu’ils n’ont pu trouver sur la terre, dans la lumière et les senteurs, les murmures, sous le soleil d’août ou les pluies de novembre, sous les grands vents de l’automne qui tant bouleversent les âges ou ceux du printemps qui tant affolent le sang l’esprit et le désir des hommes dans toute la pourriture, la sordide beauté du monde,

aux abords du cimetière de Baal, gigantesque usine de recyclage de cadavres pour nourrir la terre, se trouve sur l’un des tout derniers terrains vagues proches de l’océan parmi les monceaux d’ordures assaillis de mouettes et goélands le terrier de Majah, négresse décharnée sans âge édentée borgne qui fut jadis mère de deux adolescents de quinze et dix-sept ans, disparus un jour il y a près de vingt ans sans que nul ni en ville ni sur les décharges ne sache ni pourquoi ni comment, devenus putains esclaves ou transformés en pourvoyeurs d’organes, dans tous les cas morts aujourd’hui, forcément morts, elle persiste, elle, à croire qu’ils ont survécu jusqu’à ce jour et qu’elle les verra un matin venir vers elle du fond de ces terrains chaotiques où campent les charognards, du fond de ces routes désertes éventrées par le soleil, oui, ses fils reviendront arracher leur mère à la décharge du monde, ou peut-être sont-ils morts mais alors elle verra leur dépouille arriver jusqu’ici, au cimetière, par le camion qui chaque matin ramène tous les morts de la nuit ramassés dans la ville, et pour cela chaque jour à l’aube elle grimpe sur cet arbre centenaire sorte de baobab dressé à l’entrée du cimetière d’où elle peut voir tournés vers le ciel les visages des morts, tous ces corps entassés emmêlés les uns les autres dans la benne, quand celle-ci s’arrête quelques instants au pied de l’arbre attendant l’ouverture des grilles du cimetière, de son œil unique, étincelant, immobile, elle regarde, elle regarde, elle cherche ses fils, elle sait qu’elle doit revoir ses garçons avant que la terre les prenne, elle ne pourra à son tour offrir son corps aux vents aux saisons aux oiseaux qu’à ce moment-là,

en ce mois de septembre brûlant accablé exténué de soleil brûlé rongé par le sirocco et les insectes, la morgue qui jouxte le cimetière semble endormie,

mais il n’en est rien,

il est cinq heures de l’après-midi, on voit par les grilles du bâtiment ouvertes sur la route et l’étroit terre-plein qui le sépare de l’océan la cour déserte de la grande morgue de Baal,

les bourrasques font s’envoler par tourbillons le sable qui recouvre le sol de la cour et apporte emporte renvoie loin au-delà des murs d’enceinte du cimetière, couvrant en partie toute la ville, cette odeur venue d’une autre cour derrière, invisible d’ici, odeur fade et persistante, lancinante, obsédante qui tant aura imprégné la mémoire de Baal en liant irrémédiablement à ses années d’adolescence ces relents nauséeux dont il parlera longuement plus tard à Annah, un soir, dans un de ces instants si rares où la paix mon Dieu est-ce possible semble prendre possession du corps, lui parlera de cette odeur dont on ne pouvait se défaire, dira-t-il, et ce sera une des raisons qui l’auront forcé à fuir cette ville (raison aussi forte aussi dure que ce dont il savait déjà que la Fossoyeuse ne tarderait plus à exiger de lui), cette odeur comme celle des tourbières trop longtemps ouvertes et souillées, décomposées, odeur pitoyable et honteuse, odeur obscène des morts abandonnés depuis un jour ou deux en plein soleil, cadavres ou agonisants ramassés en ville et déposés là, nus, en vrac, à ciel ouvert, certains encore vivants mutilés blessés plaintifs les yeux crevés ou déjà morts, entassés les uns sur les autres, mêlés, exposés au soleil, épaves pourrissantes sur lesquelles s’acharnent les mouches et, déjà, hésitants mais revenant sans cesse à la charge, les oiseaux, les grands oiseaux blancs puissants et voraces que l’océan ramène avec la marée,

cinq heures en cet après-midi vibrant sous la chaleur, le silence étale et profond du ciel uniformément bleu, ciel brisé, hanté par le grondement sourd, violent, répété des vagues vertes et noires montées de l’océan à l’assaut du rivage, des rochers, des murs d’enceinte de l’immense cimetière marin de Baal,

sous les ordres secs et brefs de Kamal une dizaine de jeunes nègres de seize à dix-huit ans trient les vivants et les morts, ils prennent du tas grouillant, mouvant comme un nœud de vers, par une jambe un bras une tête les corps nus emmêlés les uns dans les autres, ils les dénouent, les séparent, tranchent parfois à coups de machette, ceux qui vivent encore sont immédiatement remis dans la benne et emportés plus loin dans un bâtiment fermé, secret, où l’on procède à la récupération des organes, trafic particulièrement lucratif ne bénéficiant qu’aux blancs les plus riches et à quelques noirs dont la collaboration active et sans faille constitue un atout essentiel à la survie du régime, tout est récupérable chez ces jeunes nègres : le sang, les yeux, la langue, le larynx, la trachée, les poumons, le cœur, le foie, la rate, les reins, les veines, l’estomac, les intestins, la vessie, le sexe, les testicules, les bras et les jambes, les pieds, les mains, la peau, le cerveau seul faute d’une connaissance scientifique suffisante échappe encore au recyclage pour la réparation le rajeunissement la prolongation permanente des nantis qui ainsi retrouvent l’éclatante jeunesse d’un corps recomposé prolongé d’une tête couverte d’implants, sans rides, hagarde et décérébrée au sourire immobile : la tête idéale d’un speaker d’informations télévisées,

les morts, anonymes pour la majorité d’entre eux, jetés en tas, sont envoyés au lavage, la plupart de ces anonymes, des adolescents, sont déjà amputés, ils ont été violés et torturés, égorgés, certains décapités, une fois lavés ils seront encore, pour les plus beaux et les plus jeunes, par ces adolescents perdus désœuvrés sans avenir à qui ils sont confiés pour qu’ils les lavent, longuement et collectivement violés, ouverts, découpés, saccagés, rendus méconnaissables avant d’être enfin, comme des jouets cassés, jetés indistinctement dans ces vastes fosses creusées dans la terre à cet endroit où elle est la plus meuble et tendre, au sud du cimetière, contre les murs qui font barrage à l’océan, ils s’écouleront là en paix, leurs restes seront drainés par les eaux, emportés par bribes dans les fonds marins où ils serviront de nourriture d’appoint aux grands poissons avides et muets,

les jeunes nègres employés au nettoyage des morts, comme ceux chargés de leur mise en terre, ont tous été abandonnés, enfants trouvés ramassés au hasard des rues et des rafles ils sont tous à présent les enfants de la Fossoyeuse qui se déclare la mère de chacun, c’est elle qui les a choisis à l’Assistance quand ils avaient dix ans, elle les a conduits à l’école jusqu’à la puberté puis ils ont été mis au travail, chez elle, à la grande usine du recyclage des morts, Kamal, aidé d’une douzaine de gardes-chiourmes armés d’un flingue et d’une matraque électrique, se charge de leur surveillance de leur obéissance de leur soumission, vers quatorze quinze ou seize ans selon leur taille et leur développement ils sont envoyés dans le lit de la Fossoyeuse, nus, le corps débordant de sève, ils doivent, sous le regard impassible de Kamal, gravir cet énorme tas de chair de graisse et de plis pour s’engouffrer entre les cuisses de leur mère et tâcher de la faire jouir, s’ils échouent ils seront mis au pain à l’eau et à une viande crue dont nul ne connaît la provenance, le corps fouetté pour aviver leur force, leur sang, leur laisser peut-être une seconde chance de monter quelques nuits durant ou quelques jours la Fossoyeuse, leur mère à tous,

la nuit, tandis que s’accomplit sans fin le viol silencieux des cadavres et le lourd labeur toujours recommencé acharné insatiable de l’impossible apaisement des chairs de la Fossoyeuse, on entend les cris et les hurlements de ceux qui, mis avec les morts, vivent encore et dont on arrache à vif les organes, et dans les rares moments de silence si l’on tend l’oreille on perçoit, du côté de l’océan, au-dessus de la morgue et au-dessus du cimetière, comme un vol lent parcourant la ville de Baal qui jamais ne s’endort, la longue plainte de ceux dont on vide le sang,

dans le basculement du monde au cœur de la nuit barbare monte vers le ciel le hurlement âpre sombre lent et sans joie de l’océan qui jamais ne s’endort,

au matin, à l’aube, le ciel est bleu pâle,

12 octobre 2013

[Agenda] Electronic©#01

C’est demain que débute au Théâtre Confluence de Paris (75020) un événement important de cet automne.

 

Électronique©#01

[fin d’une première journée d’automne]

Teatime / Concerts / Fooding / Pop-up_Store / Chill-out / Exposition / Dj / Bar / Meeting / Surprises.

@ Confluence_théâtre de Paris – [190 Boulevard de Charonne 75020].


13/10/13 _ 16h00> 14/10/13 02h00 _ 12€


SUJET :
Une présentation de travaux électroniques & acoustiques singuliers, immersifs, poétiques, subversifs, concrets.
.

DETAILS :
Un endroit unique de qualité et audacieux vous est enfin proposé au sein de Paris. Il vous sera possible – entre autre – d’y déguster de la cuisine "fait-maison" japonaise sucré/salé, d’écouter de la musique "différente", d’acheter un peu de tout mais de grande qualité, de danser à l’aide d’alcool (?) là aussi de qualité, d’y entrevoir l’exposition "?" et enfin d’y rencontrer de nouvelles personnes, choses, susceptibles de vous convenir tout à fait, car venues ici pour les précisément mêmes raisons. Le tout dans un cadre exemplaire unique (extérieur & intérieur) pour ce genre de manifestation.

N.B =
Les concerts, eux, commenceront exactement au début durant le Tea-Time (collations sucrées faites maison bien sûr) musical et se continueront tout au long de la nuit auprès des plats raffinés/salés japonais élaborés sur place.


CONCERTS :

Henri Chopin
Œuvre revisitée par Joachim Montessuis sur une proposition d’électronique©.
(Instrument : quadriphonie augmentée)
Site : http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Chopin
Extrait : http://youtu.be/mg3NrR7_jYk
http://www.autopoiese.org/
http://www.soundcloud.com/joachim_montessuis


Vidéophage
(Instrument : Vhs préparée)
Extrait : https://vimeo.com/75763896


Frédéric Nogray
(Instrument : silicium)
Extrait : http://www.youtube.com/watch?v=2U_x-EDwOiA&feature=youtu.be


Thomas Tilly
(Instrument : Insecte)
Site : thomas.tilly.free.fr/

Kassel Jaeger & Discipline
(Instrument : bande magnétique)
Site : www.kasseljaeger.com/
Site : josephghosn.wordpress.com/
Extrait :
http://youtu.be/oWc0U-zFj-k
http://www.youtube.com/watch?v=KraN5afMSbw

Strom Varx
(Instrument : Électronique)
Site : https://soundcloud.com/stromvarx-news/a-cogent-heavy-high-technology
Extrait : http://youtu.be/Z7Ilxsu-JlY

Stephan Mathieu
(Instrument : Electronique)
Site : http://www.bitsteam.de/
Extrait : https://soundcloud.com/schwebung/recto-verso/s-yskB1

CHILL-OUT :

Dj.Satok : Ambiance : http://www.youtube.com/watch?v=QljmViz0W5E

Dj.Joseph Ghosn : ambiance : http://www.mixcloud.com/YGR_RADIO/joseph-ghosn-mixtape/

Dj.imagenumerique : ambiance : http://youtu.be/s2EYjL3zaC8

FOODING :

Atsunobu kohira (chef) : Salé = atsunobukohira.wordpress.com/
Misato (chef) : Sucré = from Laduré.

POP_UP_STORE :

Bimbotower : Cool Stuff : http://bimbo.tower.free.fr/
Prêle record : Musique : www.prelerecords.net/
Erratum : Musique : http://www.erratum.org/
And More…
en cours de booking…

INFORMATIONS :
site : http://electroniquesfestival.blogspot.fr/
event : https://www.facebook.com/events/1417112958502172/©©

11 octobre 2013

[Texte – 8 et fin] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

Voici la fin de ce long poème inédit : avec Claude Favre, cueillez "les phrases dans leur remuement balancé"… [Lire la 7e livraison]

 

Elle dit c’est un nom d’absence au monde, heurtée, comme syncope et prodromes de quoi, tu vivras vite elle dit plus commentaires in petto, tombe peinte, comment je pourrai écrire son nom, pour la reconnaître et son nom étranger comment, pour mémoire, l’oubliée, hélice force motrice c’est-à-dire la vie pousse succombe, implosive, preuve de l’inexistence de dieux, réveils longs en sursauts, boucans, douleurs, ne me, que, la Syrie, où, dit-elle, en est-on

 

Elle dit le réel n’a pas de régimes régiments de vérité, c’est comme la grammaire ça échappe, toujours, à l’œuvre la faim, elle dit d’autres mots ce sont toujours d’autres mots, pour qui ne pleure pas

 

Sombre plainte de sa bouche/Je veux, elle dit, respirer, tout beau tout simple pas rien, tendre l’oreille ma parole, je veux elle dit, cueillir les phrases dans leur remuement balancé, écouter à l’envers l’expérience bisque rage apaisée, oui, dire la vie, la mort c’est encore trop pour moi je veux, elle dit répète la mort c’est encore trop pour moi, je veux je serai mon cheval devenir un cavalier

 

 

 

Ni d’ici ni d’ailleurs, elle dit la grammaire ça vous sauve la peau, d’arrache, fouette les sangs, c’est de l’air dans les poumons, descente dans les veines, quand la tête se dissocie du corps, les nuances elle dit foutues grinces, vieux guingois, intempestif galop de langues, on ne revient de certaines nuits, avant c’est aussi après l’entrée dans certaines nuits, effiler des tissus les réduire en charpies toujours c’est un verbe d’aujourd’hui, advenir elle dit, veux commencer c’est un verbe rêvant, l’évocation des morts vieille lune, parce que, revenir reviens, commencer est un verbe pour les cendres jetées du haut de la falaise, pour se jeter à l’eau

 

Comme on fait le difficile, dire, tout de même dire été trop un petit peu voyou

 

 

10 octobre 2013

[Agenda] Festival Le Grain de la Voix à Pau

Du samedi 12 au samedi 19 octobre 2013, se déroulera à Pau le Festival Le Grain de la Voix ; y participent, entre autres, des auteurs que défend LC (dont quelques "dreamdrumistes") : Edith Azam, Sonia Chiambretto, Thomas Déjeammes, Antoine Emaz, Olivier Mellano, Bernard Stiegler, Yannick Torlini, Nicolas Vargas…

 

> SAMEDI 12 OCTOBRE :

13H03 > MUSIQUE INATTENDUE > Place Reine Marguerite

"Urbaphonix" sonorise la ville (Cie décor sonore)

14H34 > THÉÂTRE > Place de la Déportation

Un clown qui s’appelait Socrate (Théâtre du caniveau)

17H02 > FILM & RENCONTRE > Médiathèque André Labarrère

La faute d’orthographe du Front National / Film de Bernard Stiegler & Discussion

Conclusion avec un film poétique de Thomas Déjeammes intitulé Projet 125/20.

21H08 > CONCERT > Bar L’imparfait

Un récital poétique de Nathalie Richard et Olivier Mellano

 

> DIMANCHE 13 OCTOBRE

14H34 > LECTURE POP UP & THÉÂTRE CHORÉGRAPHIÉ > Chez quelqu’un.

"Mon écriture est laid" de et par Nicolas Vargas ; Suivi de

"L’homme assis dans le couloir" de M.Duras. (T. Escarmant / Cie Écrire un Mouvement)

18H02 > DINONS-ENSEMBLE > Studio Cie Écrire un mouvement

Danse Buto / Installation / Soupe & Fromage (Quelques instants pour Jacques Dupin)

> LUNDI 14 OCTOBRE

21H06 > LECTURE À VOIX NUE & THÉÂTRE CHORÉGRAPHIÉ > Chez quelqu’un

Extraits de "Caisse Claire" de Antoine Émaz / Poésie Contemporaine ; suivi de

"L’homme assis dans le couloir" de M.Duras (T. Escarmant / Cie Écrire un Mouvement)

> MARDI 15 OCTOBRE

21H04 > LECTURE POP UP & THÉÂTRE CHORÉGRAPHIÉ > Chez quelqu’un.

"Mon écriture est laid" de et par Nicolas Vargas ; Suivi de

"L’homme assis dans le couloir" de M.Duras (T. Escarmant / Cie Écrire un Mouvement)

> MERCREDI 16 OCTOBRE

13H06 > THÉÂTRE & IMPROVISATIONS > Place Royale

Ronan Tablantec / Clown marin pêcheur, cynique, satirique, mais tendre

14H34 > LECTURE > Chez quelqu’un

"Polices !" de Sonia Chiambretto lu par l’auteur

16H07 > JEUNES PUBLICS & P’TIT GOÛTER > Théâtre Bourbaki

Minifocus / Concert électro blues forain pour bambins / Adultes accompagnés tolérés

18H02  > THÉÂTRE & IMPROVISATIONS > Palais des Pyrénées

Ronan Tablantec / Clown marin pêcheur, cynique, satirique, mais tendre

21H05 > THÉÂTRE & IMPROVISATIONS > Bar l’Imparfait

Ronan Tablantec / Clown marin pêcheur, cynique, satirique, mais tendre

21H24 > CONCERT > Bar l’Imparfait

"Les Angles" un Récital Poétique de Frédéric Jouanlong et Ryan Kernoa / Voix & Guitare

> JEUDI 17 OCTOBRE

21H02 > CONCERT > Casino de Pau

ARLT, un récital de chansons d’Éloïse Decazes et Sing-Sing

> VENDREDI 18 OCTOBRE

18H02 > RENCONTRE > Librairie Tonnet

avec Sonia Chiambretto, auteur de Chto

21H07 > LECTURE PRÉPARÉE & CONCERT > Chapelle des Réparatrices

"Chto, Interdit au moins de 15 ans"

Théâtre Contemporain pour deux paires de cordes vocales et une guitare.

Par Fanny Avram, Frédéric Jouanlong et Ryan Kernoa ; suivi de

Winter Family / Un duo franco-israélien entre berceuse minimale et cri politique

> SAMEDI 19 OCTOBRE

14H34 > LECTURE POÉSIE CONTEMPORAINE > Chez quelqu’un

Textes de Yannick Torlini lu par l’auteur

17H06 > LECTURE & RENCONTRE > Médiathèque André Labarrère.

ATI Éditions présente ses affiches de 4 poètes contemporains ; suivi

d’une lecture performance d’Édith Azam

21H03 > CIRQUE CONTEMPORAIN > La Centrifugeuse

"L’Iceberg" de Florence Caillon (Cie L’Éolienne)



ET DURANT TOUT LE FESTIVAL :

L’ensemble de l’œuvre poétique de JACQUES DUPIN consultable
à la Médiathèque André Labarrère.


LECTURES À LA VOLÉE :
Il s’appelle Fröde et vous pourrez le rencontrer un peu partout dans la ville.
Il viendra peut-être s’asseoir à côté de vous dans le bus ou à la terrasse d’un café,
ou faire quelques pas à vos côtés sur un bout de trottoir…
Il vous proposera de découvrir quelques lignes des auteurs du festival
mais aussi des invités qui n’ont pu se joindre à nous comme :
Charles Juliet, Antoine Émaz, Bernard Stiegler, Fabienne Courtade, Philippe Breton, Sylvain Crépon…
Mais aussi de quelques uns des piliers des mouvements de pensée de ce festival :
Roland Barthes, Antonio Gamoneda, Pierre Bourdieu, Didier-Georges Gabily,
Joël Pommerat, Michel Foucault ou Jean-Luc Godard.
Il sera parfois accompagné des comédiens du groupe Corps 9 ; compagnie étudiante paloise
ou de celles et ceux qui auront répondu à notre appel à participation.

———————

ENTRÉES GRATUITES
LES ADRESSES DES PARTICULIERS SERONT COMMUNIQUÉES SUR RÉSERVATION.
POUR LES AUTRES REPRÉSENTATIONS, LA PLUPART DES JAUGES SONT LIMITÉES, RÉSERVATIONS VIVEMENT CONSEILLÉES.

RENSEIGNEMENTS & RÉSERVATIONS : 05 59 40 72 93

 

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