En ce temps de mondialisation, force est de le constater, les pouvoirs en place affectionnent les usines-à -gaz… Mais de là à … Facétieux Daniel Cabanis ! [Lire/voir : 2/6]
Projet n° 3

L’USINE DE CHARENTON SERA TRANSFORMÉE EN PRISON MODÈLE
Complètement idiot. Une très mauvaise idée, une aberration. Car que veut dire modèle, hein ? Modèle ! Qui respecte la dignité des détenus, c’est ça ? Bien sûr. On sait qu’elle n’est pas respectée dans les prisons ordinaires. Donc, de loin en loin, pour se donner bonne conscience, les pouvoirs publics tirent de leurs cartons leur tout dernier projet de taule idéale. En général, ça fait aussitôt pschitt et on n’en parle plus. Ici, le projet a reçu l’aval combiné de la municipalité et de la pénitentiaire ; il paraît donc particulièrement suspect. Qu’en est-il ? J’ai vu les plans de l’architecte Bo Potzer, ses gribouillis aquarellés, ses perspectives tape-à -l’œil. Le type est un mondain surtout réputé pour ses niches de chien design (il a eu l’Os d’or du fameux concours international de Juan-les-Pins). Bref, il a prévu des cellules individuelles de 30 m2 avec internet, home cinéma, jacuzzi, frigo-bar et vélo d’appartement. Pourquoi pas ? Sur le papier, c’est beau. Mais c’est trop beau ; on a envie d’y aller ! Et je connais en personne un certain nombre d’opportunistes prêts à tuer un préfet OU un amiral pour s’offrir vingt ans de cette vie-là . Si le luxe pousse au crime, il est contre-productif. Ajoutons aux plans du bon Bo Potzer le lit double (+ matelas multispires), une visiteuse pas bégueule DEUX fois par semaine, du papier-cul à fleurs, les romans de Jean D’O sur papier bible et c’est la ruée assurée ! L’émeute ! On se battra pour être écroué ici. Merci ! Caïds et autres gros durs multicartes assureront le spectacle devant la prison ; excellente publicité. Et le prix du foncier va s’écrouler. La natalité aussi. Les entreprises vont fuir. Ça va être un désastre. Ce Potzer va causer de grands dégâts. Sauf s’il a un accident.
compagnon (Claude Royet-Journoud) a décidé de le publer. Il doit devenir « réel » afin de laisser apparaître le mouvement autonome d’un esprit et d’un corps saisi de fulgurance au moment où la « folie » s’empare de la créatrice dans ce texte où les moyens artificiels de la fiction sont peu à peu éliminés.





valises près, on est plus dans la lignée d’une méditation sur le destin de l’écriture de Paradis ou des Cantos que dans un monologue intérieur « à la Molly Boom » : pas de narration dans les Galaxies ; mais un flux de pensées sur la « fin » et les moyens de la poésie en cette deuxième mi-temps du déjà vieux alors 20e siècle : « je m’élance écrire millepages écrire mille-et-une pages pour en / finir avec en commencer avec l’écriture en finircommencer avec l’écriture ». Non plus le nombril de Molly (malgré tout le respect et l’admiration que j’ai pour ce chef-œuvre inouï de la littérature universelle), mais le monde autour du nombril du poète : « tout serait selon un livre-nombril / du-monde un monde-nombril-du-livre un livre de voyage où le voyage est le livre / l’être du livre est le voyage » « où tout serait fortuit » selon les bonnes ou mauvaises humeurs du poète « concret » (du nom du mouvement de poésie que cofonda de Campos au Brésil dans les années 50). Ce qui compte, ce ne sont plus les sentiments du poète, mais la couleur des mots, voire les rapports de couleur locale entre eux, ou les rapports de son, comme ici : « un vermeil si violet qu’il semble bleu un orange si sanguin qu’il glisse / vers le rouge et le jaune caverneux jaune mat œuf jaune d’œuf pourrissant ». Ou bien là : « un essaim de blanc / le blanc un essaim de blanc de la chaux d’espagne la chaussée cailloux ronds et l’arc blanc contenant le / blanc qui caille calla et chaux travaille un mur de blancheur ». La syntaxe devient secondaire dans une telle poésie ; ce qui compte, comme dans les arts plastiques les plus avancés de l’époque (Art conceptuel, Expressionisme abstrait et Nouveau
Réalisme), c’est la compression, le « all over » ; d’ailleurs l’un des « mots d’ordre » du groupe était de ramener le langage à son essence : le mot. Le poème devient une suite de mots ou de sons, sans plus forcément de mélodie ni d’harmonie (comme en musique dodécaphonique) : « et égout et égal et aiguille et vétille et nib et nibergue et niberte et nif ». (On notera qu’un poète contemporain français comme Philippe Jaffeux, et après les poètes objectivistes américains, s’en souviendra, de ce concrétisme.) Les mots peuvent être compressés (comme dans une compression de César : « cette mer cette merlivre », « ocrecuivre du guadalquivir », « dédalejournée », etc.) ou coagulés (comme dans une accumulation d’Arman : « l’aujourd’huidemainhier l’avanthier l’avantdemain le transavanthier » etc.) ; rien n’est interdit ; les vannes de tous les possibles sont ouvertes (quelle joie, pour les créateurs qui viennent après « cela » !)… Peu importe la syntaxe, pourvu qu’on ait l’ivresse auditive : « machines mitraillent trailles criaillent raillent mer morte d’égout ».
furent les emprunts de Campos à notre langue ? Seule une publication bilingue, en vis-à -vis, aurait permis un tel gai savoir… On regrettera aussi qu’une présentation non justifiée du texte ne permet absolument pas de comprendre pourquoi de Campos est allé à la ligne à tel ou tel endroit et pas à un autre ? Et ce d’autant plus que la fiche Wikipédia de la « Poésie concrète » donne ceci : « S’inspirant des arts plastiques non figuratifs, ces auteurs ont cherché à mettre en avant la structure du poème, en l’associant à la disposition spatiale des mots, pour exprimer du sens. Il s’agit de repenser non seulement le poème, mais son support, qui est la page blanche considérée comme espace à part entière. Selon la forme du texte et la disposition des mots, le rythme de lecture diffère du rythme de lecture linéaire habituel. » Seule une consultation du texte original permet de voir/entendre tous ces « o » en fin de vers : « umbigodomundolivro », « o livro », « o começo », « um livro », « do livro », « o conteúdo » (pour s’en tenir au premier chant du livre). Ce livre-futur reste à venir…
décroît et s’entrecroise aux effluves de la teinture rongeante du bain d’abstraction. Trêve de plaisanterie quand l’amer gronde et que du rivage.
Qui ne se souvient de découvrir dans Courants blancs (2014), après deux coups d’envoi, de lever de rideau, un poète se déployant en inextricables mais exorables apories aussi naturellement que Corneille en alexandrins. Ici, dressé un bilan de l’aventure scripturale abolissant le jeu qui l’a suscitée, dans un parti pris d’explicite absolu à bout d’énigmes fertiles (« j’écris avant tout pour questionner le sens des mots », « chaque mot est un événement prêt à transformer une phrase », « les lettres remplacent l’être, toujours à point nommé », « La marche de l’enfant, ouverte sur une dérive séditieuse, imprégnée d’une multitude d’ambiances fugitives »), on croit, à l’œuvre une cohérence là où manœuvrait l’incohérence élective, détordu l’objet noué naguère en foire conceptuelle, rétractée l’expansion du je en jeu à présent que le je est moins haïssable et moins occulté – à une mise à plat de l’aporie que confirme l’emploi nouveau, mouillant le vin de brève, tranchant la veine, d’un (voire deux, trois) point-virgule explicatif léger, effleurant.
l’élémentaire, l’aporie redouble de croiser ses impasses en impair, passe & manque (« Puis-je voir avec mes oreilles pour dévoiler l’énigme d’une image lisible ou d’une écriture visible ? »). Le contraste devient par moments insoutenable entre le corps réduit à l’immobilité par la maladie et l’agilité décuplée de cette pensée qui ne craint plus de s’appesantir où le bât blesse. Une éloquence délocalise la loquacité de la transcendance en immanence heureuse. Je pense à la verve de Matisse, à sa renaissance, très diminué physiquement, dans l’œuvre finale des papiers gouachés découpés en jazz, à son art pensé, toujours créativement pensé – là où Jaffeux enfièvre et dénerve, innerve la pensée. De la mise à plat à la remise en aporie, toutes les nuances de la (dé)raison dialectique à l’œuvre et à l’ouvrage.
le mieux », « au mieux », nuancé en « pour le meilleur ou pour le pire », un enthousiasme d’enfant philosophe passé par les fourches caudines d’une non-vie aporétique – puisatier épuise de la musique, de la peinture suprématiste, de la culture, du rêve même les distorsions fécondes. Exhaustif d’une vie. En un glossaire amoureux d’un soi, celui d’un autre, à vingt-six entrées de l’être alphabet. Quand des théories de théories processionnent et procèdent sans jamais sourdre haleine, ah si l’intelligence pouvait tenir lieu de tout.





processus d’identification à une actrice, sur lequel repose le cinéma populaire hollywoodien, était déjà présent en France au milieu des années 1910. Après ses rôles de femme gangster dans Les Vampires (1915) et Judex (1917) de Louis Feuillade, sa célébrité ne cessa de grandir. Une jeunesse tomba toute entière amoureuse de la sulfureuse Irma Vep, écrira plus tard Louis Aragon. De la scène à l’écran, du mélodrame patriotique au serial à la mode, on reconnaît son style de jeu, son allure, sa mimique, sa sensualité effrontée. Cela aboutit en pleine guerre à la construction d’une forme de vedettariat unique en son genre. Une source exceptionnelle d’environ 300 lettres récemment retrouvées atteste d’un succès public hors du commun. Ces lettres adressées à Musidora disent combien son impact fut alors considérable, à l’avant comme à l’arrière du front.


pleurnichard et aquoiboniste, François Leperlier a raison de juger problématique l’actuelle grande visibilité de la poésie, n’hésitant pas à emprunter la voie polémique, excessive mais drôle : « La moindre commune n’a-t-elle pas droit à un service public de la poésie ? N’a-t-elle pas vocation à bénéficier du label « Villes et villages en poésie », à l’instar des « Villes et villages fleuris » […] » (p. 106)… Et de souligner ce premier paradoxe : « Voilà une activité que l’on a vue animée d’une ambition sans pareille, qui sut porter la contradiction un peu partout, qui s’est distinguée par un fort indice d’asocialité, de résistance et de défi, qui inventa des mondes et fit parler les dieux, qui voulut à elle seule décider du sens de la vie… Et voilà qu’elle doit solliciter les encouragements de l’État, qu’elle doit veiller à sa bonne santé institutionnelle, justifier de son action, rendre des comptes, après qu’elle s’est recyclée dans le déballage littéraire, l’animation culturelle et le vivre ensemble ! » (136). Et cet autre, tout aussi essentiel : jamais la poésie n’a suscité autant d’intérêt et d’investissement financier, et pourtant elle est décrétée en déclin. Et l’essayiste de s’attaquer à un nouveau type de poète, animé par la « fièvre de légitimation » : « La vie d’un poète qui en veut vraiment a fini par s’apparenter à celle d’un petit entrepreneur, chargé d’affaires ou, si l’on y tient, de missions. CV et agenda remplis à bloc. Il sait diversifier ses talents et consent volontiers à certaines tâches complémentaires, telle l’animation des « ateliers d’écriture », eux-mêmes en constante extension » (111-112). Désormais, tous les coups sont permis : s’autoproclamer « subversif » et re-clamer à l’envi que « la poésie est inadmissible » (sic !) fait partie des « bons plans » – comprendre : est une façon efficace de créer puis gérer sa surface de visibilité. Pourquoi « une telle boulimie de représentation » (135), alors même que très souvent il y a incompatibilité entre les types de production et les circuits de médiatisation choisis ?
les distinctions de genre » ? (83)… Mais surtout une tactique des plus malicieuses, que l’on pourrait synthétiser en appliquant à son auteur cette mise en garde : « sous la phraséologie progressiste, qu’elle soit morale, sociale ou esthétique, il faut plutôt s’attendre à trouver une passion conformiste et régressive bien caractérisée » (135). C’est ainsi que François Leperlier adopte une posture moderniste, prônant une conception élargie de la poésie (favorable à une « hybridation généralisée des pratiques »), pour mieux s’attaquer au fétichisme textualiste – qu’il fait passer pour une restauration -, au littéralisme, à la poésie scénique comme numérique. Sa cible principale est la poésie contemporaine, « ce label chargé de couvrir non pas, tout bonnement, l’art actuel, l’art d’aujourd’hui, mais un vaste et interminable chantier de retraitement institutionnel des avant-gardes » (38) : « Notons qu’on est déjà passé, après la « postmodernité des années 70, à « l’extrême contemporain », ça fait bien une quinzaine d’années, et qu’on ne recule pas devant « l’ultra », le « néo » ou même le « post-contemporain » » ! Exit Prigent, Espitallier, Hanna… Rien que cela. Et pour quoi ? Aboutir à la restauration d’une poésie métaphysique fondée sur la métaphore… Remétaphysiquer la poésie, car, vous comprenez, sa « désublimation est sa liquidation pure et simple » (53). CQFD !

Editions La Contre Allée : stand 609.



