Libr-critique

31 octobre 2006

[chronique] News de la blogosphère#2 : itinéraire(s)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 19:03

Xavier Leton nous donne à suivre son itinéraire sur les revues numériques [ici]. A partir de vidéopodcasts et d’audios, il nous permet d’entendre aussi bien Julien Blaine à Marseille, revenant sur la création de DOC(K)S que Philippe Bootz à Villeneuve d’Asq pour la revue Alire. Cet itinéraire est monté un peu comme une enquête/reportage, ce qui nous plonge dans l’atmosphère des lieux traversés. Ce début de parcours, qui le mènera sur les rives d’Ajaccio début décembre, permet de mieux comprendre, notamment avec Bootz, les enjeux de la création de revues numériques, ayant la nécessité de ce support pour le fonctionnement des oeuvres présentées.

Itinéraire(s) sur la poésie, tel semblerait être le cas, avec ce qui s’ouvre comme débat à partir du dernier numéro de DOC(K)S, au sens où suite à ma tentative d’éclaircir, ou plutôt de poser explicitement le débat entre Frontier et Hanna, Pierre Lepillouër sur sitaudis, vient de rendre visible sa recension. Assez rapidement, il prend doublement position, à la fois poétiquement, reliant sa pensée immédiatement à un passage de Frontier, et quant à la pertinence des recherches qui sont ouvertes aussi bien par Hanna que par moi-même.
Il est ainsi amusant de lire que : « le récurrent engouement des jeunes gens pour les gadgets et croyances scientistes de l’époque » conduit à des positionnements illusoires : comme le fait de réfléchir aux porosités entre sciences et poésies, etc… Amusant au sens où beaucoup d’avant-gardes du XXème siècle se sont en quelque sorte appuyées sur certaines angularités scientifiques pour se constituer et fonder théoriquement leur(s) approche(s). Ainsi, je rappelais dans mon article, que les surréalistes — et il faudrait relire Breton et son insistance théorique — se réfèrent à la théorie de l’inconscient, et conçoivent comme médiation-technique à la dimension de l’inconscient certains types d’exercice, telle l’écriture automatique. De même, il faudrait questionner la liaison entre la psychanalyse lacanienne et les avant-gardes des années 60-70. Tout simplement, c’est une forme de leurre que de croire que les théories qui constituent une époque sont excluent, séparées, déliées et n’interviennent d’aucune manière dans un geste d’écriture. Elles peuvent intervenir aussi bien par l’imprégnation technique qui y est liée, que par un écho ou un savoir théorique ou encore dans certaine forme de reprise paradigmatique [Burroughs reprenant explicitement les théories virales de son époque pour expliquer la nature du langage] ou bien thématique [la mise en représentation des conséquences techno-scientifique dans un appareil fictionnel]. Dès lors réfléchir 1/ aux liaisons épistémologiques entre théorie scientifique et connaissance de l’objet poétique; 2/ aux relations internes qui sont jouées dans la formation d’un objet poétique, semble nécessaire si on s’intéresse à la constitution de ces objets et aux faits de comprendre comment ils fonctionnent. Les théories scientifiques, et certaines limites qu’elles peuvent contenir, ne sont pas des gadgets, mais font aussi partie des prismes constitutifs de notre rapport au monde.
Le débat reste encore à poursuivre…

Itinéraire qui prend fin, peut-être provisoirement fin ou bien définitivement : François Bon présente sur remue.net la fin de la Revue Lignes, en citant longuement la préface de Michel Surya :
« Cette cessation constitue-t-elle une fin définitive ou une fin provisoire ? Impossible de le dire au moment où nous mettons la dernière main à ce numéro, le cinquante-neuvième d’une série qui aurait eu vingt ans en 2007. Qui les aura, peut-être, par le jeu de qui sait quelle chance qui l’a sauvée les deux fois qu’elle a déjà failli disparaître. Qui ne les aura peut-être pas : à quoi il faudra chercher des raisons qui dépassent de beaucoup le seul sort de Lignes, et son destin intellectuel. »

[Texte] Salons-nous de Franck Doyen

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — franck doyen @ 10:38

vous placez la tête au sommet du crâne et regardez défiler non sans une certaine appréhension voire même une appréhension certaine ce que vous laissez derrière vous et vos pas derrière le cul du train dont le bruit n’est pas sans rappeler celui des pales d’hélicoptère en langue chiapanèque des pylônes de bosquets d’arbres de longues étendues plates et vertes de longues femmes plates aussi mais ouvertes quelques flèches bleues quelques lignes blanches quand sur chaque paysage informe la moindre parcelle de blé porte une étiquette comme s’il s’agissait encore là et ici et maintenant de la nécessité de dire ou de montrer ou de se rendre pieds et poings mais faudrait pas exagérer tout de même que la furtivité des territoires est un jeu de l’esprit bien qu’elle prenne aisément le pas sur l’accumulation des différentes couches sédimentaires qui reposent pourtant sur un nombre assez considérable de concepts malgré lesquels notez aussi l’apparition de nouvelles drogues sur les campus et entre les barres d’immeubles vous semblez toujours prêt pour le combat malgré tout et malgré l’assaut qui se dessine et malgré cette guerre-ci qui pointe sous de bonnes résolutions intenables et vous penseriez un jour avoir de la place dans votre vie d’écritures pour l’intervalle mais pour l’instant juste retrouver les cadavres de petits oiseaux saignants et de combattants et de footballeurs se mangeant les genoux sans escale et vers leur propre affranchissement

vous placez la tête au sommet du crâne et situez bien tout cela et pourtant n’avez fait aucune réserve ni vivre + ni munition + ni cahier + ni crayon vous sentez bien devant cette lente descente vers le chaos sentez bien tout cela arrive et se place et s’informe et se déplace et si besoin se cale le long des grands murs blancs avec de la brume dans le fond une brume qui erre entre les livres autrement appelés revues jonchant de petites tables blanches et qui tendent si bien à dissimuler si mal les grands débats internationaux sur les sanctions applicables aux petits pays sur la défensive

vous placez la tête au sommet du crâne bien que vous sachiez pertinemment tout cela bonne bien bonne rigolade autour d’un verre ou deux (morgon + cacahouètes + chips + olives) bien que vous sachiez avoir la tête plus dans les talons plus entre les doigts de pieds que derrière la table ou assis sur une chaise ou derrière un micro ou entre les jambes d’une femme

ous placez la tête au sommet du crâne vous qui résistiez si bien à la tentation vous qui regardiez les visages et les corps maniabilité des extrémités avant et après l’heure de l’apéro + agencement des cheveux en contre-point des pieds + balancement outrancier ou non des hanches + situation des jambes au moment juste où la conversation glisse lentement vers le scabreux comme s’il fallait s’y reconnaître et s’il fallait s’y reconnaître alors on pourrait construire tout un tas de relations belles très très et qui permettraient un quelque chose d’extraordinaire un quelque chose de formidable et de fort un font uni et de libertaire et de communautaire un quelque chose peut-être tiens oui de l’ordre de l’écrire dans l’écriture sous les grands arbres il s’agirait alors de nous sauver et de sauver ce qui peut l’être avant que tout spectacle nous prenne à savoir que chaque chose dite ou lue ou dite et lue chaque signe chaque image chaque bruissement de lèvres nous spectaculent mais oui mademoiselle monsieur nous spectaculent mais sans la douceur et l’humidité nécessaires à ces longues promenades en automne et en forêt

29 octobre 2006

[recherche] Théorie(s) de l’action : à propos du Doc(K)s théorique

Il s’agira de parler de deux perspectives sur l’action qui sont exposées dans le premier numéro [n° 1-4] de la 4ème série de DOC(K)S, car en effet, à moins de vouloir développer un essai complet sur la poésie, il apparaît impossible de saisir dans le détail la somme de ce dernier numéro. Seul le choix d’une ligne de structuration peut permettre de comprendre en quel sens se joue des tensions critiques, théoriques et pratiques. Et pourtant… Et pourtant, l’action hante de très nombreux articles, on les croisera, de nombreux en revenant même à sa descendance, à ses origines grecques. Ce numéro n’est pas celui sur l’action, mais il en est ici certainement plus question que ce ne le fut précédemment, même si cela fait moins œuvre. Plus question, car donné par beaucoup comme question même de la poésie, de son ouverture, de sa réalisation.

L’action : le choix de deux textes, celui d’Alain Frontier développant une critique explicite de la théorie de la poésie action directe de Christophe Hanna, et le texte de Hanna renforçant les bases épistémologiques qui sont les siennes dans son livre pris ici en grippe. Choix de deux textes qui ne pourra ignorer cependant ceux qui croisent ces deux axes, tels ceux de Pey, Darras ou encore Leibovici. Pourquoi choisir ces deux perspectives ? Non pas seulement parce qu’elles sont l’une à côté de l’autre, mais parce que l’une et l’autre me paraissent synthétiser deux voies qui s’opposent aussi bien quant à la définition ontologique du sujet, que quant aux spécificités qui déterminent épistémologiquement la possibilité de saisir les enjeux d’une création donnée.

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28 octobre 2006

[chronique] Mar/cel Duchamp 2 temps 1 mouvement de Jacques Sivan

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 15:10

>> Introduction à une politique du ready made, à propos du Mar/cel Duchamp de Jacques Sivan.
sivan_duchamp117.jpgPour comprendre pour quelle raison, Michel Giroud a eu tout à fait raison d’éditer ce petit livre de Jacques Sivan sur Duchamp — même s’il n’échappe pas à certaines critiques —, et avant d’en venir à celui qui a signé le ready made dans l’histoire de l’art du XXème siècle, il est nécessaire de faire un détour, car tout est bien dit dans le titre de ce texte : deux temps un mouvement.

Jacques Sivan s’intéresse depuis longtemps à Duchamp, cela apparaissait déjà en fin de sa Machine manifeste , dans le dernier chapitre, appelé Duchamp premier poète plasticien ou l’identité optique de MAR/CEL [repris et approfondi en première partie de Mar/cel Duchamp]. Au-delà de la reprise de cette graphie dans son dernier livre aux presses du réel, ce qu’il est important de situer, c’est que ce rapport à Duchamp s’inscrit dans la question de l’optique que poursuit maintenant depuis 20 ans Jacques Sivan, et ceci en liaison avec une interrogation sur l’identité. C’est en ce sens que nous pouvons rappeler ici quelques uns de ses livres : Album photos (éditions Atelier de l’Agneau) ou bien Grio, village double (ed. Al Dante), ces deux textes articulant la question de la photographie avec celle de l’altérité/identité.
Dans Grio, village double, [et il n’est pas anodin de parler de ce texte, au sens où la partie centrale du livre publié aux Presses du réel, est une création qui renvoie et poursuit d’une certaine manière à Grio…] on suit la question du dédoublement de Jacques devenant JAKE à travers la question de la vision, de la vision comme prisme qui se réfléchit dans un tourbillon : « pui premièr AKSION / monde é JACQUES ki / prinsipunivèr / (…) / pui mintiintournoiman sur luimèm an / vizionkréater ». Jacques Sivan, et ceci il en témoignait déjà dans son texte paru chez JAVA sur Roche, travaille à la compréhension non pas de la saisie du réel [d’où sa différence affichée par rapport aux théories modernes défendues entre autres par Christian Prigent], mais au fait de savoir en quel sens l’univers en tant qu’identité absolue, n’est et ne peut être que selon la relativité des points de vue qui en accomplissent la présence à partir de la confrontation au langage, au point que d’absolu de l’univers et donc du réel, il n’y a pas autrement que dans le texte se dépliant, s’ouvrant comme l’infini différence du même qu’il est lui-même. Jacques n’est Jacques que parce qu’en effet il y a cette différenciation (JAKE) qui en formule tout à la fois la mêmeté et la différence : « sou forme du double / DOUBLE réplike ègzakte / pour pèrmètr a JAKGERMJACQ ».

sivan_roussel122.jpgLes questions de l’optique et de l’identité (donc du rapport de désignation aux/des choses) sont donc centrales dans l’approche de Jacques Sivan, et sont donc les médiations qu’il choisit pour comprendre Marcel Duchamp : 1/ dans son premier texte il s’interroge sur la formation des machines optiques chez Duchamp, et en quel sens elles impliquent une réflexion sur le rapport entre « l’identité imperceptible » (p.9) de ce que pourrait être par exemple les couleurs de La mariée… et leur désignation. 2/ dans son second texte, se focalisant davantage sur la création du ready-made, il en analyse spécifiquement la réalité et ceci en rapport avec l’écriture ready-made de Raymond Roussel, qu’il connaît bien, ayant permis la réédition chez Al dante des Nouvelles impressions d’Afrique.

Ainsi, l’angularité que choisit Sivan est celle de cette mise en tension du rapport entre d’un côté ce que l’on appelle communément le réel et de l’autre la réalité dans laquelle nous sommes phénoménalement immergée, et ceci en suivant une lecture de Duchamp. Il montre ainsi que pour Duchamp, le rapport entre ces deux dimensions n’est pas celui d’un rapport de rupture, autrement dit en terme plutôt lacanien, n’est pas celui du rapport d’une brisure du langage sur l’indicible du réel. Dans son premier texte, il explique parfaitement que pour Duchamp, si « la vraie couleur, elle, ne recouvre pas la surface. Elle est matière énergétique, donc éclairante, de l’élément qu’elle constitue et anime » (p.29), alors « il y a une certaine inopticité » (Duchamp) de celle-ci, amenant que le rapport pur à elle, se fait avec ce qui est la couleur pure pour nous : le mot « la couleur ». « Paradoxe suprême donc, la vraie couleur, la couleur de toutes les couleurs, la couleur naturelle est celle de la langue » (p.31).

Ce qui relie les deux, c’est l’infra mince, qui est le passage de l’un à l’autre, non pas suivant le régime déterminé de la rationalité [ce qui n’est qu’une des polarisations possible dans le possible co-existentiel des deux dimensions], mais en tant que pur lieu des possibilités relationnelles. « Le possible est infra mince » (Duchamp).

La seconde partie théorique approfondit et poursuit ce qui a été ouvert en première partie, en interrogeant la logique de constitution du ready-made et en réfléchissant ce que pourraient être des mots ready-madés. En montrant d’emblée la différence avec la définition de 1934 de Breton (« Objets manufacturés promus à la dignité d’objet d’art par le choix de l’artiste »), Sivan met en évidence de quelle manière le ready-made est une machine optique ontologiquement établie chez Duchamp; même si certaines polarisations sociales ou politiques [tels les identités signifiés des célibataires de La mariée…] viennent exemplifier certaines dimensions intentionnelles liées au monde déterminé. Le ready-made est, par l’inintérêt de l’objet [ou encore l’indifférence intentionnelle qu’implique l’objectalité]. « Le choix de ces ready-mades ne me fut jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d’indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou de mauvais goût… en fait une anesthétise totale » (Duchamp). Inintérêt qui ouvre au jeu de miroitement indéfinie du langage avec lui-même. Ceci, Sivan l’établit dans la mise en rapport de Brisset, qui avec Roussel étaient les deux écrivains les plus admirés par Duchamp, au sens où ontologiquement les mots ne sont que l’indéfini différenciation du mot en lui-même et par lui-même.
Cette analyse peut nous permettre de comprendre — si on l’approfondit et en tire des implications pragmatiques — l’écart entre les ready-mades actuels ou qui ont succédé à à l’ouverture duchampiennel et l’idée du ready-made de Duchamp. Dans beaucoup de ready-made, ce qui a été oublié c’est la modalité « d’anesthésie » dont fait mention Duchamp, à savoir le choix d’un objet avec lequel nous sommes en relation d’indifférence. Les nombreux ready-made actuels que nous pouvons voir, sont établis selon des modalités et des intensités impactuelles définies et qui correspondent à des situations affectuelles aussi bien politiques, que sociales ou économiques [ils sont donc des exemplifications de déterminations existentielles et symboliques précises]. Alors que Duchamp, en choisissant un objet indifférent, ouvre à la possibilité de sa variation infinie par sa mise en situation, les ready-mades polarisés sur des objets à forte signification, referment le champ des possibles, et établissent des connectivités définies. C’est en ce sens que s’établit des ready-mades qui interrogent des jeux virtuels de sens [ready-mades polarisés], ce qui va déterminer très spécifiquement les choix d’objet; de l’autre le ready-made duchampien est seulement lieu de l’infra mince, de la possibilité de variation infinie des intentionnalités à l’oeuvre dans la rencontre du ready-made. La modalité actuelle des ready-mades est critique, et leur impactualités est réfléchie en tant que devant créer des court-circuits au niveau des relations établies entre les significations sociales, économiques, etc… La modalité ouverte par Duchamp n’est pas critique, mais productrice, constructrice de discours. Et ceci tient à l’ironie du jeu dans lequel il nous entraîne : le choix d’un objet propre au non-choix, ouvrant le langage en lui-même, celui-ci devant enduré le non-choix dans l’indétermination propre au mot qui désigne la chose. Si chez Duchamp, le choix est ouvert infiniment à la discussion entre les prétendants (celle des célibataires face au nu de la femme), au sens où il serait établi sur une esthétique de l’indécidable pour reprendre ici la réflexion de Marc Décimo (Le Duchamp facile, Presses du réel); la perspective de la polarisation est la mise en dispositif seulement d’un ensemble possible de discours, à commencer par celui qui est démonté, mis en critique. Dès lors on peut comprendre que dans la référence généralogique parfois revendiquée à Duchamp, il y aurait sans doute des écarts à définir, des ruptures, voire même je le pense certaines formes d’incompréhension du projet de Duchamp.
Ce qui fait la force de cet essai, tient au fait de l’angularité personnelle choisie par Jacques Sivan, et de là du rapport d’affinité qui anime sa recherche. C’est ce qui apparaît explicitement avec la partie qui sépare les deux analyses, qui est une création revenant sur la question de l’écart entre Jacques et JAKE, au sens où le travail mo(t)léculaire de Jacques Sivan est relié à ce qui a été ouvert par Duhamp ou Roussel : les mots ready-made. Mais cette angularité personnelle on la perçoit aussi par les choix théoriques, les références, et en cela une certaine forme de polarisation sur Duchamp qui n’enveloppe pas, d’autres formes de questionnés. En ce sens, c’est là sans doute sa limite, Jacques Sivan n’en vient pas à une réflexion par exemple politique, comme j’ai essayé de l’initier ici.lyotard_duchamp.jpg Restant au niveau de la seule ontologie du ready-made duchampien, il n’ouvre pas à la question précise de son implication dans le champ concret des institutions symboliques aussi bien artistiques, que politiques ou sociales, ce qui aurait pu être pertinent au regard par exemple de la réflexion ouverte en son temps par Jean-François Lyotard dans Les Transformateurs Duchamp.

[livre] Mar/cel Duchamp 2 temps 1 mouvement, de Jacques Sivan (éditions Les presses du réel)

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 15:10

>> Mar/cel Duchamp 2 temps 1 mouvement de Jacques Sivan, éditions Les presses du réel (collection L’écart absolu), ISBN: 2-84066-153-5, 125 p. 10 €.

4ème de couverture :

sivan_duchamp117.jpgL’écart absolu poche publie une série de textes et documents historiques des avant-gardes, depuis la Révolution française jusqu’à Fluxus. Une collection pratique pour donner à lire (à voir les formes de pensée les plus radicales et cnstruire une petite bibliothèque idéale des individus marginalisés, censurés, mis à l’écart, interdits.

A l’opposé de ce qui se dit encore après Breton, le ready-made n’est pas un « objet manufacturé promu à la dignité d’objet d’art par le choix de l’artiste ». Le ready-made n’est même pas, et en dépit des apparences, un objet. Le ready-made nous dit Duchamp, est un « rendez-vous ». Il est le moment critique par lequel l’art (= « Ministère des coïncidences ») se révèle (problème d’optique c’est-à-dire processus de re-co(n)naissance) n’être, à un moment donné, que le réel qu’il est.

L’art (le réel) n’a pas d’identité parce qu’il est fait d’une multiplicité d’identités. A la fois un et multiple, toujours idiotement le même et toujours autre, il est cette mécanique à deux temps (Mar/cel), dont le basculement perpétuel entre l’un et le multiple, le même et son contraire, génère une rencontre (= une identité, un nom : Duchamp) problématiquement évidente, parce que forcément éphémère.

Cette mécanique identitaire est celle de la langue, même. C’est la raison pour laquelle Duchamp a transposé dans le domaine des arts plastiques les dispositifs mis au point par les grands « opérateurs » de la langue que sont Poe, Mallarmé, Roussel mais aussi Maupassant.

JS

[lire chronique]

27 octobre 2006

[Lecture video] Performance d’Antoine Boute (lire en fête 2006)

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>> [Lire en fête 2006 : lectures de la soirée pour les 10 ans de Fusées qui a eu lieu à Arras. Extrait de la performance d’Antoine Boute et Hugues Warin 9mn. La performance a duré 25 mn en tout. Cet extrait est un montage de plusieurs moments qui redonnent la dynamique générale de leur prestation. Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras. Nous remercions l’office culturel pour son accueil].

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26 octobre 2006

[livre] Le + et le – de la gravité, de Véronique Vassiliou (éditions Comp’act)

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 13:35

>> Le + et le – de la gravité de Véronique Vassiliou, éditions Comp’act, ISBN 2-87661-393-X, 93 p., 16 €.

[site]

4ème de couverture :

vassiliou1120.jpgA la suite de l’attentat perpétré contre les États-Unis, à New-York, en septembre 2001, et pour lutter plus efficacement contre le terrorisme, les services secrets français, allemands, italiens, grecs, espagnols et américains se lancèrent dans une veille du courrier électronique. Cette veille fut organisée avec minutie. Chacun avait son domaine sur la toile, à balayer, ratisser, lire, archiver, analyser. C’est ainsi qu’un cyber flic, Manolo Zanka, qui s’intéessait à Angèle Kalia, physicienne renommée, spécialiste de la gravité, se mit à la surveiller avec une attention toute particulière…

Le + et le – de la gravité est la mise en jeu d’une correspondance par e-mails à lire comme une correspondance classique, parfois légère et anecdotique, comme un dossier sorti de l’oubli, ou comme une suite de poèmes en vers…

N.O., le détournement, Le Coefficient d’échec et Le + et le – de la gravité (trilogie) sont à lire de haut en bas, de droite à gauche et de bas en haut. Enquêtes successives, livrées en kit, elles se faufilent entre les genres.

Véronique Vassiliou, petite-fille de Rose Giovinazzo et Dominique Deiana, de Georges Vassiliou et d’Angèle Caliaros, arrièe petite fille de Grégariou Vassiliou marié à Panoria Engonopoulou, ainsi que Maria Capsis marié à Michel Caliaros, serait l’arrière petite-fille par adoption de Fortena Caliaros. Aurait un lien de parenté étroit avec Angèle Basile-Royal, mnémographe, ainsi qu’Angèle Kalia, physicienne. Est née dans le quartier de Saint-Jean-du-Var à Toulon, in extremis (23h55), le 1er janvier 1962. Collectionne, archive, assemble, observe, aligne, vaque, fabrique, monte…

Premières impressions :
Aurai-je commencer par le bas, pour remonter vers le haut ? Ou bien, est-ce que le haut ne pourrait pas être aussi une forme de souvenir… C’était il y a de cela quelques années, en 2002, au web bar à Paris (RIPE), une lecture qui avait lieu lors du marché de la poésie : une lecture via un échange épistolaire web, entre Nicolas Tardy et Véronique Vassiliou, cela parlait de secrets, de temps, d’une correspondance retrouvée… C’est sans doute pour cela, que des deux livres que je vais chroniquer, j’ai commencé par celui qui se rapproche le plus de ce souvenir. Véronique Vassiliou n’est aucunement inconnue, publiant depuis le début des années 90 [Geste 8 et 5 aux éditions Messidor], elle n’a eu de cesse d’apparaître dans le paysage de la poésie contemporaine, notamment depuis quelques années avec [la revue X], qu’elle anime avec Tardy et Caroline Scherb. Son travail même s’il est visible, cependant n’a jamais eu véritablement l’éclairage qu’il aurait peut-être mérité : celui d’une étude spécifique des objets littéraires qu’elle compose. Peut-être est-ce du à ce qu’elle développe : un croisement de genres (enquête, système épistolaire, réflexion sur le temps et la technologie, détournement), en bref dit plus simplement une réalité littéraire qui s’apparente plus à la post-modernité héritée de Borgès parfois, qu’au travail scrupuleux de la seule langue poétique. Davantage à une réflexion sur certaines dimensions de notre réalité symbolique, que le travail de mise en lumière de la singularité poétosyncrétique de l’individu poète et de son monde. Davantage à une mise en forme à la Lewis Caroll, qu’aux troués idiolectales ouvertes par la modernité. Oui cela tient sans doute à cela. C’est pourquoi à travers la chronique que je ferai de ces deux livres Le + et le – de la gravité et le coefficient d’échec, je vais tenter aussi bien de mettre en avant ce qu’ils enveloppent que l’horizon littéraire dans lequel ils se situent. / PB

24 octobre 2006

[chronique] La blondeur, de Cécile Mainardi

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 22:30

La blondeur, de Cécile Mainardi, publié aux éditions Les petits matins, dans l’intéressante collection les Grands soirs, dirigée par Jérôme Mauche, est un texte en prose étrange, déroutant et superbe. Divisé en neufs chapitres, ce long poème à la trajectoire ondoyante se lit en une seule fois, ce qui est assez rare en poésie, et se relit encore aussi, dans le désordre, chaque page, chaque paragraphe pouvant se suffire à lui-même. Cécile Mainardi parle de la blondeur, de la blondeur de quelqu’un, c’est plutôt énigmatique a priori, mais très vite on entend la voix d’une femme qui parle d’un homme, qui s’adresse à un homme, blond, qui n’est plus là, mais dont la blondeur à la fois recouvre tout, dont la blondeur contient, se déplie en toutes les couleurs possibles, en une foule d’images, de sensations, d’odeurs, d’idées, possibles…

Après avoir été « réduite en charpie dans le broyeur électrique » de l’amour, et par la séparation, La blondeur apparaît comme une tentative de reprise de soi par l’écriture. Les mots sont un moyen de saisir ce qui reste, mais sont aussi ce reste, et ce qui émerge de cette restance, c’est-à-dire de l’absence, du vide, de dissolution de soi et des choses… La blondeur semble être ainsi le nom qui lui est donnée, sorte de matérialisation immatérielle de la vacance de l’autre ; car ce blond, cette blondeur n’est pas vraiment une couleur, c’est un reste, une trace, un évanouissement de couleur, une sorte de brume, de spectre, dans tous les sens du terme (fantasme, lumière), un halo fantomatique de l’être perdu, qui ne cessent de revenir, d’apparaître sous de multiples formes, métaphorisées. Ce manque, cette absence a produit paradoxalement une « anomalie de la vue », l’auteur voit du blond partout, tout est teinté, saturé de blondeur, (« le daltonisme est une anomalie de la vue, liée au sexe »), et avec cette blondeur, qui produit à la fois aveuglement et hyper-vision, émerge « une rétine au fond du langage », la blondeur est alors le prisme par lequel Mainardi voit et déplie le réel, « oui les mots sont aussi une affaire de dégradé ».
Ainsi, de la blondeur affluent de multiples formes, êtres, objets, sensations, car quand un être vous quitte et que tout semble vous quitter à sa suite, cette absence devient aussi hyper-présence, obsession :
« un seul être vous manque est tout est repeuplé, horriblement, partout, à chaque coin de rue, tous membres d’une même espèce, paradoxale, qui t’exclut
un seul être vous manque et nous ne sommes plus nous et tous les autres pronom augmentent dans la conjugaison de la ville ».
Cette absence produit une saturation de présence, une hypertrophie de signes, de manifestations de blondeurs, de souvenirs, de liaisons, de connections entre les éléments du monde, comme si la rupture amoureuse, cassure violente mais re-créatrice, avait permis d’ouvrir le réel et avait fécondé par pollinisations la moindre de choses, comme on brise un et que tous les spores se dispersent et prolifèrent. Comme si de cette destruction, de cette espèce de mort à soi-même qu’une rupture engendre, renaissait toute une profusion de sensations, de couleurs, de formes. Ainsi, c’est « dans l’impossibilité de nommer autant que dans celle de voir » que naît le poème, et dans l’impossibilité aussi à être dans le temps et l’espace, à se positionner parmi les choses quand quelqu’un vous quitte, comment tout à coup plus rien n’est évident, et que l’absence produit une irrémédiable disjonction entre soi et le monde.

Ce blond n’est pas non plus une vraie personne, comme elle le répète plusieurs fois dans le livre (« ô ma fausse vraie fausse blonde oxygénée dans les mots, vous n’êtes pas une vraie personne », « vous n’êtes pas une vraie personne, plutôt un phénomène qui me fuit, qui ne m’entretient plus que de tonalités »), c’est le souvenir, la sublimation, ou la détérioration d’une personne, produite par l’alchimie des mots, c’est les métamorphoses qu’elle subit dans le langage. La blondeur, trace évanescente de l’autre, dont le poème se fait l’écho, le reflet, dans cette instabilité et cette altération de l’image et du sentiment qu’elle provoque, est l’insaisissabilité du flux, même à travers la profusion de métaphores (« ta blondeur qu’aucune métaphore n’obtient en image nette, mais une image-nette une image floue, en surface noyée, ta blondeur sulfate-ophélia »). Les métaphores ne sont pas des descriptions, mais des inventions, des recréations fantasmées, évolutives, éphémères, ce sont les formes floues et déformées qu’emprunte provisoirement et furtivement le fantôme de l’homme parti.
« ta blondeur moissonneuse-lieuse-batteuse à débiter des bottes de visibilité ».
« Sous un ciel bleu supersonique
où le sillage d’un avion découvre la marque de deux reins de fumées blanches
plane sur ta blondeur dobble-blind
sur ta blondeur dobble-bound
que j’arrive à capter sur les fréquences courtes
l’ombre de l’hélicoptère qui la filme »

Toutes ces métaphores sont aussi une façon de convoquer le fantôme de l’autre pour mieux le faire danser dans les circonvolutions du langage __ seul mode de saisissement possible de ce qui n’est plus __ et ainsi le déconstruire, le désamorcer. Le poème, et la nomination proliférante de la blondeur, est une façon d’épuiser ce spectre qui n’en finit pas de partir et de rester, afin de s’en débarrasser, mais c’est aussi une façon de le « maintenir en réanimation », et de redonner vie à ce qui passe, meurt, s’évapore, car de son maintien semble dépendre la propre présence aux choses, au monde, et surtout au langage de l’auteur. La blondeur est un adieu sans cesse retardé, ou qui ne veut, ne peut se clore, c’est le langage dans cette situation instable, fragile, douloureuse, en perpétuelle ouverture, au mouvement fluvial, incessant, mais toujours identique, dont l’écoulement répétitif dit cette impossibilité à se défaire complètement de l’empreinte des amours passées.
La blondeur est alors le canal d’exploration, de dépliement du langage pour en activer les différents spectres de lumières, les multiples potentialités et tonalités. La blondeur est en fait le prisme, le filtre par lequel Mainardi semble voir le monde et les choses, « ta blondeur n’existe pas, c’est moi qui l’ai inventée pour la refléter dans le Tibre, c’est moi qui l’ai inventée pour que les choses est un reflet ». Et le poème se fait fleuve, chevelure, simple écoulement, matière ondoyante, dont chaque mot constitue un éclat. Jamais de fixation, ni de captation, ou de circonscription, Mainardi maintient « les choses dans un état d’éclat », dans « leur constant clignotement », car « la poésie n’arrête pas le va-et-vient », « ni ne le bloque », « elle relance continûment la mise et maintient le monde en état de double/hallucination/rotatoire ».

Ainsi le livre est cette tentative de saisie et de dé-saisie simultanée de ce qui apparaît quand tout s’évanouit, se décompose, car cet évanouissement, cette dissolution de soi et des choses quand quelqu’un vous quitte produit certains effets dans la perception et dans le langage, comme des déformations, des altérations des sens, des distorsions de réels, des hallucinations. Le poème est donc le jaillissement même de cette dissolution, « certains phénomènes ne se manifestent pleinement que dans leur extinction », et le langage dans ce délitement survient donc dans un mode oscillatoire, dans une spectralité.
C’est à travers cette expérience du manque, de l’absence qui hante, que se produit une véritable expérience avec le langage, Mainardi laisse se déployer toutes les potentialités que cet affect lui ouvre dans l’écriture. Sans romantisme, sans sentimentalisme, c’est plus quelque chose de l’ordre de l’opération chimique et physique qui se produit, dans ce que CM nous dit du passage du temps qui ne passe pas, dans cette infinie tristesse qui l’accompagne et emplie l’espace vide de l’être aimé. Et ce n’est plus tant la question de ce blond, de cet autre qui n’est plus là qui est importante, mais plutôt ce que fait naître son empreinte crépusculaire, ce que fait émerger son absence dans la langue. La blondeur n’est plus seulement trace de l’absent, mais l’énergie même du poème (« le négatif phrasé de cette déperdition »), son mode d’apparition et de dépliement, sa matière changeante, évolutive. La blondeur serait ce vide qui creuse la langue, pour en extraire les multiples possibles, et dans la profusion de définitions de la blondeur, c’est la multiplicité des ouvertures du langage qui se déploient. Et la langueur, la furtivité, l’improbabilité même de cette blondeur n’est que la surface de réflexion où se projette la fragilité du mouvement des phrases, de leur impossible écoulement, de leur impossible suspension, surface où se cogne l’impossibilité du dire quand il s’agit de parler d’amour.
Il y a une véritable beauté dans l’écriture de Mainardi, à la fois expérience de ressaisie de soi et du monde, squelette reptilien, corde souple et tendue pour se tenir dans l’espace et dans le temps et en accompagner ses mouvements difficiles. Il faut souligner cette façon très tenue, sans pathos, ni épanchements qu’elle a d’évoquer la perte, l’absence et la hantise que produit l’amour. Le poème malgré la profusion d’inventions et d’images, et la précision de la nomination, qui permet justement la pudeur, ne dit rien vraiment de cet absent qui emplie tout, mais dit avec justesse l’impossibilité même qu’il y a à parler de l’être aimé. Le poème est circonvolutions, méandres, il parle ne parle pas de lui, mais de ce qui se produit autour, à côté, matériellement, dans la perception de l’auteur, dans la langue qu’elle tente de parler, il préserve cet indicible, ne force pas le langage, mais crée au cœur même de cet impossible la possibilité de la poésie.

[chronique] découvrir Al Dante

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>> « La pratique de l’édition a toujours été difficile.

Lorsque nous parlons d’une pratique de l’édition (comme on dit « pratiquer une langue »), nous nommons une activité qui s’apparente à celle d’un lecteur actif, donc d’une prise de parole. Il ne s’agit pas, d’abord et avant tout, d’un métier — encore moins d’un emploi.
Ce que nous appelons ici édition, c’est la production et la diffusion d’écritures qui nous semblent à même d’être des outils pour « penser » et « se penser » au présent, c’est-à-dire qui propose au lecteur d’autres paroles et, partant, d’autres codes que ceux, sans vie, qui forment la culture du confort ».

Laurent Cauwet, extrait de son texte « La pratique de l’édition est difficile.
DONC POSSIBLE
texte entier le dernier DOC(K)S

Nous proposons ici un ensemble de liens internes à libr-critique.com, pour que vous puissiez, découvrir, ou bien redécouvrir les publications d’Al dante. Vous y trouverez à la fois les présentations générales [PG] et les chroniques [CH]. Reportez-vous ensuite au site al dante, si vous désirez obtenir un livre. [site al dante]. Si vous désirez nous envoyer une note de lecture, vous pouvez le faire : trame.ouest[at]wanadoo.fr
Round 99, Jérôme Bertin [CH] [PG]
Les cahiers de la 5ème feuille, Julien Blaine [CH]
Bye Bye la perf, Julien Blaine [PG]
Wpshyché, de Carvalho et Morgaine [CH] [PG]
La Reconstitution historique, Christophe Fiat [PG]
Héroïnes, Christophe Fiat [CH]
épopée, une aventure de Batman, Christophe Fiat [CH]

La sagesse des sorcières, John Giorno [PG]
La poinçonneuse, Bernard Heidsieck [CH]
Lissez les couleurs, Joël Hubaut [CH1] [CH2]
Le derviche/le robert, Bernard Heidsieck [CH]
Mobiles, Vannina Maestri [CH] [PG]

Nouvelles Impressions d’Afrique, de Raymond Roussel, mise en couleur et post-face de Jacques Sivan [PG]
Le tunnel, Jean-Luc Moulène [CH]
Le bazar de l’hôtel de ville, Jacques Sivan [PG]

UP, Ronald Sukenick [PG]

[livre] Un monde sans réel, de Hervé Castanet (ed. association Himeros)

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Un monde sans réel, sur quelques effets du scientisme contemporain, éditions Association HIMEROS, ISBN : 2-9526127_1_4, 15 €

adresse de commande : Association HIMEROS, 16 rue Debussy, 17 000 La Rochelle. himeros[at]wanadoo.fr

4ème de couverture :

castanet_science119.jpgUn monde sans réel rassemble plusieurs textes. un fil les agence : comment rendre compte des attaques dont la psychanalyse a fait les frais ces dernières années ? Ce fil ne dit pas : quelles sont ces critiques ? Dix fois, cinquante fois, l’analyse de ces positions d’attaque a été présentée, les signifiants maîtres isolés : évaluation, classification, résultat, efficacité, hygiénisme, monde des choses, etc. Faut-il les reprendre, en rappeler les enjeux, en montrer les impasses, les erreurs méthodologiques, les limites épistémologiques ? Non. Ce travail a été, grosso modo, déjà fait. N’opposons pas la rigueur de la pensée à ce bric-à-brac conceptuel vague et pauvre. Effectivement une autre question est à poser : comment cela a-t-il pu être possible ? suivie d’une seconde : comment avons-nous pu ignorer que cela était devenu possible ?

Ce monde sans réel fait l’économie de la rigueur de la science et déploie sa face grimaçante — le scientisme. En quoi la psychanalyse nous permet-elle d’y faire barrage en ses effets ? C’est justement l’enjeu de cet essai où s’affirme un monde sans réel, soit que « la structure, c’est le réel qui se fait jour dans le langage » (Lacan — 1972)

Hervé Castanet est professeur des universités, membre de l’École de la Cause Freudienne et de l’association mondiale de psychanalyse. Il est psychanalyste à Marseille.

Premières impressions :

Notre chronique portera sur la liaison entre ce livre critique, qui pose des questions épistémologiques par rapport à la question du réel et de la psychanalyse, et d’autre part sur Le choix de l’écriture. En effet, il nous semble pertinent de relier une pratique de lecture des textes littéraires, à cette mise en question de la science et de son rapport au réel de la psychanalyse.

[audio] Alain Veinstein et Philippe Boisnard : 10 ans de Fusées sur France Culture

>> Le 23 octobre, la revue Fusées n°10 a été présentée sur France Culture, dans l’émission Surpris par la nuit d’Alain Veinstein. Durant les 13 mn consacrées à Fusées, un bref historique a été fait, et d’autre part a été présenté le dossier Charles Pennequin, avec un enregistrement d’une lecture de Charles Pennequin faite lors de la sortie de Mon binôme [POL].

[écouter toute l’émission sur le site de France Culture]

la partie consacrée à Fusées [13 mn] :

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23 octobre 2006

[Lecture video] lecture de Boisnard et Pennequin : l’articulation (lire en fête 2006)

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 7:48

>> [Lire en fête 2006 : lectures de la soirée pour les 10 ans de Fusées qui a eu lieu à Arras. En attendant de finir le montage de la lecture/performance d’Antoine Boute, nous donnons à voir la lecture de L’articulation (texte de Philippe Boisnard). L’articulation est une lecture que Philippe Boisnard fait régulièrement depuis 2002 avec Charles Pennequin, mais aussi avec Julien Blaine (Lodève 2006). Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras. Nous remercions l’office culturel pour son accueil].

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22 octobre 2006

[livre] Les doigts, de Charles Pennequin (éditions Ragage)

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:14

>> Les doigts de Charles Pennequin, éditions Ragage, collection Écrin, ISBN : 2-915460-27-2, 44 p. 10 €.
[site éditeur] / adresse de commande : Ragage éditeur, 12, rue Chartran, Neuilly, 92200.

Extrait :

Chant du 1

je n’ai pas de doigts. le doigt est la pensée. je n’ai pas la pensée du doigt. le doigt en moi pense autrement. il pense à l’autrement moi. autrement que le moi qui pense sans ses doigts. le moi autrement doigt pense aussi sans eux. ou alors il pense, mais il pense contre. il est contre les doigts qui ont voulu pousser de la pensée dedans, qui ont voulu faire de moi un entassé de première main. un moi moignon de lui et de sa pensée autrement main.

Premières impressions :

Nous découvrons avec plaisir un nouvel éditeur. Hortense Gauthier reviendra plus longuement sur ces éditions, en parlannt aussi bien de leur revue, que du livre de Christophe Manon qui vient d’être publié [Constellations]. Les premiers titres contemporains sont alléchants, en effet, on y retrouve Anne van der Linden aussi en livre d’art.

pennequin_doigts116.jpgCe petit livre de Charles Pennequin se tient dans la continuité de sa recherche : exploration de la construction de soi du point de vue organico-psychologique, et ceci selon la question de l’inchoativité de la pensée et de sa mise en jeu comme trou temporel. Dès lors, si tel que le déclarait Aristote, dans son Traité des parties des animaux, « ce n’est pas parce que l’homme a une main qu’il est intelligent, mais c’est parce qu’il est le plus intelligent des animaux qu’il a une main » et si notre intelligence est ce résultat d’un dialogue intérieur sourd, lourd, empêtré du poids du passé, alors devient évident que les doigts sont les bouts extrêmes de ce dialogue, ces bouts d’où les morts en dialogue en nous parlent, d’où les morts se donnent à penser par l’acte de mouvement des doigts.

« ce n’est pas moi les doigts sont les morts tout au bout qui m’écrivent » (p.9)
« (ce sont les morts qui écrivent / dans mes doigts… » (p.38)

Ce livre est comme une approche obsédante de ces appendices qui tentaculaires, nous lient à l’espace, à l’air, aux être et aux choses. Les doigts sont le seuil où se croisent pour l’homme l’intérieur et l’extérieur, et ceci du fait d’une tuchè, bien plus intensivement que par les yeux très souvent :

« les doigts sont les trous où passent l’être »

Les doigts, ainsi, sont une nouvelle angularité de cette symptomatologie que Pennequin a commencé depuis des années, symptomatologie d’une vie née à la mort, d’une vie qui endure tout à la fois son élan irréversible de vie, de sortie du trou, et qui irrémédiablement est aspirée par la pensée du dedans du trou, pensée du dedans, du trou, qui ne laisse pas la vie à la vie, mais qui la noud sans cesse au pourrissement de sa donation.

21 octobre 2006

[audio] Christian Prigent 20 mn [lire en fête 2006]

Filed under: audiocast poétique,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 13:58

>> [Nous diffusons en intégralité — soit 20 mn — la lecture de Christian Prigent, lecture extraite du livre à paraître en janvier 2007 chez POL : Demain je meurs. Cette lecture a eu lieu dans le cadre de Lire en fête, organisé à Arras, à l’office culturel, par l’association Trame-Ouest. Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras.]

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[Texte] Une vidéo, de Fabrice Bothereau

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 8:26

>> [NDLR : dernier ouvrage publié, Pan-Europa, éditions Le Quartanier, lire sa lettre envoyée à Libr-critique.com à propos de la réception critique des livres de poésie]

(Roger Lanzac et le Comte Drakul se tiennent tout près de l’entrée du neuvième cercle. Ils se tournent vers la caméra, et sourient. Ils ouvrent la bouche mais ce qu’on entend ne correspond pas au lipsynchro) :

une vi
déo
deux vies
une video
une je vois monstre !
montre monstre !

coup !
coup de feu !
coup de feu !
feu ! feu !

dans lane
dans lane eije
à la sûre face la neige

en bas du Cho Oyu
sur la pente vers l’Homme Libre
Clac ! Pan ! T’es mort !

Chargeez ! En jouuuue !
Feu !

sur la pente dans le couloir
les bâtonnets tombent
un à un

venez voir
la video je vois monstre !
l’image les images
qui nous monstre

venez voir les images
qui monstrent
une exclusivité de Télé-Drakul

venez voir arrêtez-vous un peu
pour voir
les « gardes chinois en train d’abattre des pèlerins tibétains à la frontière »
dit
ce jour, le …nal
dit ce jour
le lais anal
des puissances fictionnelles

comme il est bon ce lais anal !
tout le monde en veut
tout le monde l’a en tête
tout le monde en tète

cependant
à 7000 kilomètres de sang de là
le caméraman de Télé-Drakul
zoome
sur le garde du huitième cercle

le colonel Kuan-Shu
épaule
et paf dans le lard !

le lais anal dit voir
des « images floues »
mais la « silhouette
semble »
que de poésie dramatique
dans ce « semble
tenir un fu-sil »

c’est lui le héros
le fu sil

20 octobre 2006

[Revue] DOC(K)S POESIE(S)/THEORIE(S)

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 18:20

>> Revue DOC(K)S, Quatrième série, n°1/2/3/4, Poésie(s), théorie(s) + Film (DVD rom)[entre 2 siècles]

[site]

450 pages, 50 €

docks_theorie115.jpgPlutôt que de mettre un extrait, et avant de faire une chronique — travail qui raisonnablement sera impossible et qui demandera de choisir des lignes spécifiques — je préfère d’emblée marquer l’importance historique de ce numéro de DOC(K)S, sans doute, l’un des plus importants depuis sa création.
Il n’échappera à personne, qu’une nouvelle série commence, Julien Blaine revient de son long voyage à travers la performance (bye bye la perf), et voilà DOC(K)S qui se retrouve avec son créateur historique entouré des deux acolytes qui l’ont recueilli et amener à traverser les années 90 et le début du siècle. Si ce numéro a de l’importance, ce n’est cependant aucunement pour cela. Si une nouvelle série peut commencer, cela n’a je crois que peu de rapport avec ce retour, retour de Blaine, qui de fait n’a jamais quitté DOC(K)S son nom y étant attaché, aussi bien que celui de Jean Torregrosa et de Philippe Castellin maintenant.

Si une quatrième série peut commencer, c’est parce que DOC(K)S propose une réponse historique à un certain nombre de questions historiques sur la poésie. Réponse historique qui n’est pas donnée seulement par ses créateurs [thèse], mais qui fait intervenir l’ensemble des participants de la réalité qui fonde la poésie et la littérature contemmporaine. Qu’on lise les noms : Balpe, Blaine, Bootz, Burgaud, Boxon, Castellin, Christoffel, Darras, Dreyfus, Fontana, Frontier, Game, Garnier, Garvard Perret, Giroud, Hanna, Hémion, Hubaut, Kostelanetz, Lebel, Leibovici, Limongi, Malbreil… Qu’on lise et relise les noms, qu’on les poursuive : Maraux, Menoud, Meyer, Minarelli, Molinié, Pey, Prigent, Tanabé, Simon, Sivan… et j’en oublie… Ce numéro est historique, car il pose un répons possible à la mise en question théorique des pratiques poétiques, et ceci aussi bien, par des pratiques, ce qui rejoint en quelque sorte le travail qu’a effectué cette année Denis Ferdinande dans TheoRire actes (essai) en tant que suspension de réponse face à l’injonction prigentienne de Salut les modernes, que par des ouvertures théoriques. Ce répons n’est pas celui d’une école, n’est pas celui confiné d’une édition qui s’auto-promeut, mais il est celui entrecroisé d’une véritable anthologie critique, qui n’avait pas encore été faite en France, amenant — comme j’y reviendrai dans ma chronique — de véritables affrontements non seulement sur la question de la définition de la poésie, mais aussi plus largement sur des questions ontologiques portant aussi bien sur le sujet humain que l’espace politique. Seule une revue comme DOC(K)S pouvait accomplir un tel pari, et ceci du fait que DOC(K)S est une revue de croisement, non pas lieu de fixation idéologique sur la poésie, mais lieu d’ouverture(s) des pratiques.
Le dialogue ainsi ouvert par ce numéro, pris dans la dynamique d’une juxtaposition qui ne suit pas l’ordre alphabétique, met en jeu, en tension chacune des interventions. Un choix de trajectoire a été choisi, il y a un sens à cette édition. Ceci est redoublé par le DVD, véritable film, [Entre 2 siècles], où se croisent les interventions d’Akenaton, Blaine, Giroud, Menoud, Serge Pey … autour d’une ligne de structure qui est celle de trois interventions de Paul Virilio qui de fait met en question ce qui est dit dans ces différentes interviews ou créations.

Certes toutes les interventions ne sont pas de même qualité, mais la préciosité historique de ce numéro tient justement aussi à ces déséquilibres, aux lignes de fracture, qui séparent ces paroles, ou bien ces écrits. Les qualités varient : questionnement, affirmation, cynisme, copinage, errance, impertinence, egocentrique, publicitaire, décalée, à côté, ….

Ce numéro ainsi est historique car il propose, non pas un panorama de pratiques, mais le faisceau théorico-pratique qui détermine les formes de la poésie à partir de ceux qui se situe sur ces lignes généalogiques, et ceci depuis les futuristes (Les idées futuristes après la fin des futuristes, Giovani Lista) ou Dada (Théorie DADA, Michel Giroud), jusqu’à l’usage des micro-ordinateurs (Panorama de la poésie numérique : Vers une écriture verbi-voco-visuelle, Jacques Donguy).

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