Jean-Pascal Dubost, & Leçons & Coutures II, Isabelle Sauvage, mai 2018, 116 pages, 16 €, ISBN : 978-2-917751-96-1.
Autrement dit (qu’en moyen français), lectures et filiations. Une première plaquette d’hommages (et de quelques éreintages, Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, voire Venaille) était parue en 2012 chez la même éditrice. De même propos, archaïsant en gageure les contemporains et brusquant de langue drue bop et rock les anciens peu usités qui composent et renouvellent le fond de culture jubilatoire de Jean-Pascal Dubost, le nouvel opus, glossaire amoureux sans ordre alphabétique, se distingue d’entrelarder plus étroitement Anciens, « Renaissants », Modernes et contemporains, poètes et prosateurs, un essayiste, pâtissés au même moule de madeleines peu proustiennes à la faveur d’une contrainte : neuvains de prose d’une seule phrase, un tiret pour point final. Le lecteur (s’) y rencontrera, méconnaîtra, contrariera, réparera, écartera, écourtera, radoubera, rallongera, rassurera à raz de songeur loisir. Rimbaldiens et mallarméens n’y échangeront pas leurs livrées. Les échoués (Rodanski, Kafka) massacrés ici aussi.
Cela dit, ne boudons pas notre bonheur de lecture du pandémonium second (comme vent favorable) en regard ou contrepoint de fugue du panthéon premier. Ici une croche tient parfois lieu d’esperluette et les auteurs d’appoint nommé, de point perlé, à point recuits de légende, si la plupart moins connus qu’en Coutures premières à quelques éclatantes exceptions près (Nietzsche, actualisant le baudelairien aristocratique plaisir & privilège de déplaire – « élitiste, disent-ils ; élitaire dit-il ; et, eh ! devenir mauvaise conscience de son époque, une gageure, car l’époque est, d’office, fermée, aux poètes » –), les auteurs seconds, dis-je, ceux qui secondent de minutes premières le procès séculaire, appellent déjà un tiers livre de quart rab&lais(s)ien.
Tel Alain Rey le coordinateur de bibles étymologiques illustrant comment « l’engauloisé latin se métissa de langues migrantes et de mots migrateurs comme les oiseaux et de gents mots barbares et forestiers et d’arabe savant ». Tel Bernard Collin ouvrant le bal, donnant le la « à chaque pas de page ï›â€¦ï d’exploser mille fois de grande Joie dans l’urgence et sous la pression de la Mort ». Dans la chambre d’échos d’un ou une (ici Isabelle Pinçon) qui « travaille les livres dans son tablier les mains remplies d’autres mains ». De François Béroalde de Verville à Robert Angot de l’Éperonnière, fidèle à son siècle, entre-deux siècles d’empreinte tardive, jointive – irritant, délectable Jean-Pascal Dubost dont tout est pastiche et rien, rien n’acrostiche sinon sur pointes grasses et mines de couleur.
D’érudition cryptant culture, et la nature à l’avenant, de tropisme réitéré pour le concentré lettré sapide pourvu que vie n’y mêle trop son sel, son amertume – un chef-d’œuvre de l’intelligence goûteuse pure mieux que critique de la quantième raison.
A l’écriture, au théâtre, au dessin et à la peinture, Novarina consacre depuis près de quarante ans une activité proprement boulimique maniant les mots et les images avec une profusion et une ivresse qui déroutent et fascinent tout à la fois. Né près de Genève, d’une mère comédienne et d’un père architecte, Valère Novarina a grandi à Thonon-les-Bains. Il y passe régulièrement de longues périodes se nourrissant sans cesse à la source langagière du patois, à la fréquentation régulière
Esther Tellermann aux réponses admises préfère des interrogations là où elle feint de n’offrir que des états de constatation. Voulant tordre l’image du monde où l’Histoire ne joue que sous les effets de répétitions dans, la poétesse creuse ce qu’il en est des mirages de l’oubli, du sexe – mais pas seulement. Pour beaucoup, achever le roman de l’histoire c’est pour « se pardonner sinon quoi ? ». Mais Esther Tellermann refuse un tel état et prouve qu’avec les vieilles images des livres il est encore possible de réinventer une dernière histoire où ce qui fut si mal raconté trouve un nouveau sens là où beaucoup ont achoppé sur le silence.

À ce jour, trois colloques lui ont déjà été consacrés en France : celui que dirigea Pierre Jourde en 2001 à l’université Stendhal, dont les actes ont été édités sous le titre La Voix de Valère Novarina ; celui qu’en 2004 Louis Dieuzayde, ici présent, dirigea à l’université d’Aix-Marseille, qui a donné lieu à la publication du volume intitulé Le Théâtre de Valère Novarina ; puis, en 2013, le colloque organisé par Olivier Dubouclez, Évelyne Grossman et Denis Guénoun à l’université de Paris 7, intitulé « Littérature et théologie », qui a nourri un numéro spécial de la revue Littérature (n° 176, décembre 2014). À ces manifestations dont les actes sont venus grossir le rayon des ouvrages collectifs (une dizaine à ce jour), il convient encore d’ajouter la journée d’études conçue et dirigée par Enikö Sepsi, « Le théâtre et le sacré », dans le cadre de la création de L’Opérette imaginaire en hongrois au théâtre de Debrecen en 2009, et celle que coordonna Didier Plassard à Montpellier en février 2013.
très serré, qu’on aurait envie de qualifier d’impitoyable, d’une confrontation entre ses textes dits dramatiques, et ses textes dits théoriques issus d’une réflexion continue, aiguë, inquiète sur son activité d’auteur écrivant « vers le théâtre ». Ce faisant, il a instauré entre lui et lui une dynamique de questionnement, de relance et de mise à distance, d’analyse et de synthèse, dont on ne peut que souligner la singularité, la fécondité, la rigueur ; mais il a aussi institué, entre lui et ses lecteurs, un appareil théorique dont la séduction et l’efficacité sont redoutables. Où que se tourne le lecteur dans ces essais admirables, il semble que toute question trouve sa réponse et que toute réponse trouve la voie d’un questionnement plus vaste ; que toutes objections soient anticipées, toutes perspectives déroulées, que tout détail trouve à se ramifier dans l’architecture d’ensemble, que tout thème trouve à se cristalliser dans une de ses formules denses et simples dont l’auteur a le don.

