Libr-critique

30 juin 2017

[Chronique] François Bordes et Ann Loubert, Cosa, par Jean-Paul Gavard-Perret

François Bordes et Ann Loubert, Cosa, L’Atelier Contemporain, printemps 2017, 80 pages, 15 €, ISBN : 979-10-92444-47-6.

Cosa est une fin d’histoire, sa perte : libération ? : peut être. Une lutte ? Sans aucun doute. Dans un pays intérieur et un paysage faits de brûlures et de glaciations rôde un fantôme. Pas n’importe lequel. Mystique et tellurique.  Bordes et Loubert  l’évoquent en reliant des extrêmes : finesse du trait, dureté de la pierre.

Les deux créateurs font beaucoup avec peu. Ils ouvrent des fondrières où la lumière noire s’évade plutôt que de s’amenuiser. Ils ne cherchent pas forcément l’éclaircissement, mais témoignent de la complexité de l’existence. Leur Cosa est aussi mentale qu’affective, c’est la présence de l’absence, le pays de naguère qui est allé retrouver son sillage vers une autre parallèle.

Reste un vide de matière. Les traits et les mots ne le bouchent pas forcément. Demeure un état vibratoire et un vertige. L’image tente de trancher ce que les mots ont du mal à séparer. Reste la perte en gestation. Peu à peu elle est comme une certitude qui brise le carcan de l’idée. Si bien que le livre place en deux feux. Les auteurs tentent de se refaire la peau d’un autre perdu et éternel.

C’est une affaire très complexe, expérimentale et nécessairement évolutive dans ce jeu entre les lignes qui rayonnent sur, dans la matière de. Mais l’unité du livre est celle de la vie et d’un flux ordonné jusque là par l’énergie d’un noyau ou d’un foyer.

Mais viennent les temps d’une forme d’écart ; de spatialité particulière loin d’une conjonction intime. Celle des deux auteurs voudrait la remplacer : les lignes proposent les éclaircies déchirantes. Il y a chaque fois l’esquisse et la totalité d’une fuite impossible puisque l’image n’est plus indivise mais divisée.

Le peu provoque un excès de réalité, une ouverture partielle d’un fragment du réel traversé là où rien n’est projet ou attente. L’événement n’est que celui que l’instant apporte dans l’action réciproque entre les mots et les images qui se voudraient les tenseurs du temps.

François Bordes et Ann Loubert proposent donc une unité harmonique particulière qui émerge le franchissement de ce qui apparemment – et dans une rondeur initiale – semblait parfait, immuable. C’est ainsi qu’un éternel présent affleure de la profondeur de l’absence. Elle se creuse et l’image et les mots ne peuvent qu’en relever encore les indices.

28 juin 2017

[Texte] Mathias Richard, Prenssée F : on appuie sur tous les boutons

Suite des "prenssées" de Mathias Richard, l’auteur du Manifeste mutantiste : patch 1.2 et de syn-t. ext [sur LC]. [Lire "prenssée #e"].

laboratoire de folie contrôlée Ici sont menées depuis ONZE ans des recherches pionnières sur la CONSCIENCE, ayant fait l’objet de plus de 270 publications.

 

Vous n’avez pas besoin de LIRE pour comprendre ce texte. Ceci est une escroquerie. La méthode permet de doubler votre temps – quoi que vous fassiez. Le virement sur votre compte bancaire est en cours. Un cerveau ça sert PAS à PENSER, ÇA SERT À AGIR. J’envoie des SMS mentaux et les gens les reçoivent. Ma tête est piratée, comment récupérer mon compte ?

 

La dure réalité me frappe. Je vais passer le reste de ma vie comme cela – totalement seul. Une vie c’est vrai c’est court, mais d’une certaine autre manière c’est long, il y a beaucoup de jours. Et beaucoup de minutes dans chaque jour. regarder un film encore plus triste que moi, ça va équilibrer tu crois ? Je cherche à me créer les déceptions les plus fortes possibles. Ici j’ai vu tant de cloportes ne souhaitant qu’une seule chose : ramper hors de toute lumière, se vautrer dans l’immondice, y vivre, y prospérer, bafouer avec impunité. centaines de milliers de logements en série, que leur numéro seul permet de distinguer Elle se promène avec des sacs en plastique remplis de sacs en plastique. Barbecue, sèche-cheveux, épilateur… Les indispensables pour l’été

 

8 mini objets Femme chocolat Glaces maison onctueuses au micro-ondes en 5 min, Hommes éviter la panne de batterie 5 Pièges Beauté du lave-vaisselle, Changement d’heure : les clés pour choisir des œuvres fleurissent à l’infini, sans regard pour se poser dessus Nazisme Inceste Nadine Morano Cocaïne Sextoy Porno gay Shakira Marine Le Pen Théorie des cordes Rouler un joint Pokemon Photos de bite Pute de luxe Comment se suicider ? Francis Lalanne Clochard Incinération Pétain Cannabis Youporn Bombe Artisanale GHB Viagra Overdose Twerk Secret Story Hollande Démission C’est un beau jour pour survivre. Nous cherchons 1/ des commerciaux terrain, 2/ des agents de sécurité, 3/ des gardiens de prison.

 

à force de sillonner une ville en vélo, je fusionne avec elle elle se métamorphose en orchidées multicolores, en fleurs de mer ondoyantes, en lys qui s’élèvent comme des spirales Il me reste encore la pellicule de la nuit dernière. Sur la peau. OUI=NOUS Toutes ses qualités sont des mensonges. Je visionne la publicité d’une publicité. NOUS ça veut dire OUI j’ai perdu des dizaines de yeux aujourd’hui OUI ça veut dire NOUS des yeux de whisky : des yeux de vodka : des yeux de bière : des yeux de vin en anglais nous ça se dit oui La nuit s’est pelliculée sur ma peau. je me ronge les angles Je veux dire que tout se passe comme si mon univers ENTIER, tous les lieux où j’ai vécu se trouvaient enfoncés si profond dans ma tête que je ne sache plus où. Et puis tout à coup, ça grandit, ça grandit. C’est grand comme une chambre, puis grand comme un village et ce soir… eh bien, grand comme… Beaucoup plus grand quoi.

 

Comportements et pensées conditionnées par l’architecture. Dans les civilisations sans vaisseaux spatiaux, les rêves se tarissent. Voici une civilisation d’obèses hypersexualisés immatures passant leur temps à se divertir. il y a une faille dans ma structure, que j’essaie de combler par des addictions fumer une cigarette électronique en buvant un déca : impression de fake l’œil et le cœur, deux mots avec des e dans l’o qui reviennent tout le temps

et nœuds aussi

et fœtus

(et œuvres)

– Tu m’as respiré mon air ! – Vous pourrez le mettre sur ma note, heu… sur ma tombe.

 



25 juin 2017

[Texte] Olivier Matuszewski, N’importe où toujours au même endroit (1/8)

Nous remercions Olivier Matuszewski – que l’on retrouvera chez Fissile, Tituli ou Publie.net – de nous avoir donné quelques extraits d’un travail en cours qui se présente comme un objet poétique en français fautif et se distingue par sa fantaisie critique.

Parfois les aniamux me font pelure

– et à chaudes

Surtouc hors de leur habite naturel Oh oui !

Veaux, vaches, cafards, couvées, cavavins, bourrés d’échancrures sur les parois

Parois,

par trois fois

par trois fois j’essaye de me lever sans succès du qu’en-dira-t-on

On / j’essaye de me coucher ni de me lever

Ou de me faire pompier

tiens ! pour apprendre à brûler < et à voler

des pim pam pommes

A brûler hors fréquence narrative

Je penche un peu, beaucoup, pas pas pas passe…

Je penche vodka (enfin, wodka) papa, papa, pas par… tradition ni zéroïsme

Un peu de cul, de cucul, de culture, ne jour et nuit à personne

Ainsi Woda = eau / et ka (suffixe, couché le chien ! d’où qu’y sort)

et ka donc = petit (en gros)

D’où Wodka : « petite eau » / Enfin merde ! quelque chose comme

 

Je suis diverge comme on peut l’être

Comme on peut-être divergent

Ceci ne doit en aucun cas résister entre nous

Never ! Nevermore ! Bandes d’asperges !

J’aime mon prochain moins que ma prochaine

Les maillons, c’est fait pour se sauter entre nous, d’accord !

Comme les bonobos quand il y a embrouille

Enfin, symboliquement / parce que zizi Jeanmaire, j’en passe et d’autres, entre même genre, c’est quand même d’abord une question d’envie, de sensi, de sensib… 

 

Je disais ça, pour entretenir des rapports paciflics, passiflore et tout ces trucs pour dormir tête haute

D’abord, la cruauté c’est pas bon Parce qu’on rentre……………………………… … bourré

Enfin, on rentre… dans des considérations puériles qui sont la preuve de notre fragilité

Or chaque un, chacun sait que…………………………………………………………….. rien

 

Enfin si !

Chacun sait que la cruauté individuelle arrange pas les rapports entre toi et moi

Oui mais faut pas mettre la critique dans la cruauté passque la critique, c’est ringard qu’y commencent à dire là-haut depuis des décennies, depuis toutes ces années qu’ils ont inventé les décennies

 

Faut pas prendre le bon dieu pour c’qu’il est pas

J’préviens, j’préviens toi

Et tous

24 juin 2017

[Chronique] Pierre Tal Coat, L’art et l’écriture, par Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Tal Coat, L’Immobilité battante, photographies de Michel Dieuzaide, entretien avec Jean-Pascal Léger, L’Atelier contemporain, Strasbourg, juin 2017, 120 pages, 20 €, ISBN : 979-10-92444-56-8. [© Pierre Tal Coat, Massacres]

 

Pierre Tal Coat est celui qui a créé une connexion entre l’art et le paysage. L’artiste le rappelle ici à Jean-Pascal Léger qui le défendit dès les années 80. Le livre  devient celui des riches heures de l’artiste où il explique la propre fable (au sens de fabuleux) d’une création paradoxale. L’artiste (et poète) n’a  cessé de capter des seuils, d’ouvrir le dessin. Il est chez lui moins une cosa mentale que l’essence du monde afin que  son invisible ne reste pas un inconnu. Ce qui apparemment tient de l’abstraction  est un moyen de donner au réel une autre vision optique. La littéralité lentement s’abandonne dans l’aimantation proposée au sein de lignes qui ne sont en rien des fuites mais des présences actives. Tout surit dans l’abrupt. Jaillissent des présences dans le blanc avec la pensée en acte qui ne connaît jamais de sevrage.

 

L’œuvre sort de la pétrification en des dessins apparemment – mais apparemment seulement – griffonnés. Tal Coat est devenu un parfait  bouilleur de cru et un brouilleur de cartes. A chaque époque de son œuvre très diversifiée, l’artiste a cherché un pur jaillissement là « où la spontanéité implique la durée. La marche est une suite de chutes » mais aussi de remontées. Le tout fomenté dans la solitude et le silence nécessaires à la méditation et à la création. Et dans ce livre le regard et l’esprit de l’artiste ne se font pas voyeurs de son œuvre mais pénètrent l’intimité de sa profondeur.

 

Apparemment, ce travail est délivré de l’ivresse dionysiaque mais tout autant de la  dictée instinctive. Le « minimalisme » de Tal Coat vient de loin. Et ici sa vision exige qu’il dise tout ce que lui donne la vision et tout ce qu’il trouve dans la vision. Elle est suspendue en une pratique artistique reconduite à l’intérieur d’un même travail de recouvrement et de découverte. Le déploiement des formes n’est pas là pour donner de l’illusion. Il s’agit de créer une durée et une  profondeur à l’épure mise à jour dans la science des variations et des oppositions mineures et des greffes successives. Elles créent une contradiction fondamentale et féconde au sein d’une symphonie plastique portée au plus haut degré d’exigence.

 

Que le blanc revienne au blanc ou que le compact trouve une absence de limites importe peu. Que les couleurs écrasées s’éteignent  et se retirent  permettent une dynamique capable de créer pour l’artiste une gravitation concrète d’où émerge un nouvel alphabet plastique. Tout se démembre, se réconcilie, vaque en diverses  brèches en un état naissant surgi du trait le plus simple et son flux dans l’intensité innommable de son contour qui devient centre.

21 juin 2017

[Revue] Cahiers Robinson n° 41 : Encore Robinson

Le n° 41 des Cahiers Robinson salue les vingt ans de la revue, et pour l’occasion revoici Robinson dans tous ses états… Et pour ce qui concerne le contemporain auquel est consacré Libr-critique, on trouvera le "dossier Robinson" d’Olivier Cadiot…

Cahiers Robinson, n° 41 : "Encore Robinson", Presses de l’Université d’Artois (commander), en librairie depuis fin mai 2017, 240 pages, 16 €, ISBN : 978-2-84832-250-6.

Présentation éditoriale

Les Cahiers Robinson ont été créés en 1997. À l’occasion de cet anniversaire, ils rendent hommage à celui qui leur a prêté son nom.
Encore Robinson : qu’on l’envisage sous l’angle du mythe ou de son histoire « véridique », le personnage, la figure — souvent le nom seul — continue de hanter la conscience occidentale tout en colonisant le reste du monde.
Ce numéro souhaite développer une actualité qui s’exprime aussi bien dans la littérature et le cinéma que dans les jeux de la téléréalité. Si la revue privilégie les oeuvres, les objets culturels et les produits dérivés adressés à l’enfance et à la jeunesse, elle tient compte du croisement des publics que la critique anglo-saxonne range sous le terme de crossover.
Sur un autre plan, on constate aussi une rencontre de significations divergentes, entre une certaine futilité de l’invocation à Robinson et la morosité des apprentis Robinson incapables aujourd’hui de se hisser à la hauteur de leur modèle.

Table des matières

Danielle Dubois-Marcoin
Robinson, le roman de la mauvaise conscience

Isabelle Nières-Chevrel
À la naissance des « robinsonnades » françaises.
Petite bibliographie commentée de La Vie et les Aventures surprenantes de Robinson Crusoé  […] au Robinson de douze ans

Isabelle Arnoux & Christine Chaumartin
Avatars de la robinsonnade. Retour sur l’exposition « Robinson & Cie : de Daniel Defoe à Lost » au Musée national de l’Éducation (Munaé)

Édith Perry

The call of the wild

Isabelle-Rachel Casta
« Vivre ensemble, mourir seul » Les Robinsons tragiques du vol 815 (Lost)

Roland Carrée
Cinéma année zéro. Seul au monde de Robert Zemeckis

Virginie Douglas
Nation de Terry Pratchett,le testament littéraire en forme de robinsonnade du roi de la fantasy anglaise

Christine Guérinet
Les robinsonnades urbaines, reflets de nos comportements

Anne-Marie Petitjean
Des robinsonnades inversées : Anne Hébert versus Michel Tournier

Kathy Similowski
Robinsons en fin d’école primaire : de la réécriture à l’invention

Philippe Blondeau
Robinsons d’eau douce

Julie Saint-Hillier
De l’île du Désespoir à l’île de La Redousse, réécriture bosquienne de la robinsonnade

Fabrice Thumerel
Le dossier Robinson d’Olivier Cadiot

ENFANCES AU CINÉMA

Patrick Louguet
Le voyage vagabond au cœur de l’œuvre cinématographique de Jacques Rozier (Les Naufragés de l’île de la tortue, Maine Océan et Adieu Philippine)

VARIA

Les Cahiers Robinson ont vingt ans

Patrick Tourchon & Leniiw Roman
Éloge de la désobéissance :Georges Bayard et la contre-culture

Fabrice Thumerel : Signé R. Le dossier Robinson d’Olivier Cadiot (extraits)

Cinq ans après un Art poetic’ (P.O.L, 1988) qui, parce qu’il met en valeur le faire en réduisant l’écriture poétique à un inventaire de matériaux hétérogènes, un prêt-à-écrire constitué d’un stock d’éléments prélevés (technique du cut-up), signe une entrée tonitruante dans un champ littéraire recomposé après la fin des avant-gardes, sans dessein préconçu, Olivier Cadiot entame un cycle de prose poétique centré sur la figure mythique de Robinson : « Robinson, c’est l’employé modèle pour un roman. Voilà un type qui se retrouve dans une île avec trois caisses échouées et à partir de ça, nous refabrique un monde complet. On croque une petite madeleine à la plage, et déjà trois mille pages ! Robinson en fait trop, il est le comble en soi. C’est l’archipersonnage. Plutôt que de se fabriquer un hamac, un parasol, et de s’installer en vacances, il se met au travail pour l’éternité » ("Cap au pire", entretien de 2008).

Quel monde l’écrivain entend-il (re)fabriquer en cette fin-de-siècle dite « postmoderne » ? La légèreté du ton – avec un petit clin d’œil à Proust – annonce l’inévitable mise à distance du modèle qui suit : « Au fond, je ne m’intéresse pas au mythe Robinson, je ne fais pas une adaptation ou une dérive sur le thème. Robinson est un nom de code, c’est plus un Neutre, un embrayeur d’impressions et de transport. »

Le fait est que recycler ce mythe fondateur est pour le nouveau venu dans le champ le moyen de se situer par rapport à la modernité capitaliste comme à la modernité littéraire. Afin d’examiner la façon dont Olivier Cadiot s’est construit une position en traitant le matériau-Robinson très différemment au fil du temps, on se penchera de près sur ce que l’on peut appeler son dossier Robinson (cf. Futur, ancien, fugitif, p. 147 et 151), à savoir une pentalogie qui, publiée chez un éditeur en vue dans le pôle de création spécifique (P.O.L), s’étale sur dix-sept ans : Futur, ancien, fugitif, 1993 ; Le Colonel des Zouaves, 1997 ; Retour définitif et durable de l’être aimé, 2002 ; Un nid pour quoi faire, 2007 ; Un mage en été, 2010.

[…]

Mais que faire quand on arrive après les Modernes et que l’on est conscient des manques de la modernité ? Entré dans le champ en plein postmoderne, Olivier Cadiot opte pour la sortie du style : l’acte créateur n’est plus idiosyncrasique mais ludique. […]
Les fictions du cycle Robinson ressemblent fort à l’Objet Verbal Non Identifié (OVNI) décrit dans le premier numéro de la Revue de Littérature Générale (P.O.L, 1995) : agencement d’affects sensibles, intellectuels et formels, patchwork où se télescopent réel et imaginaire, rêves et souvenirs, matériaux textuels et iconographiques… À sa façon, Cadiot nous offre en cinq volumes La Vie (de Robinson) mode d’emploi : un manuel de (sur)vie.

20 juin 2017

[Création] Daniel Cabanis, Enchaînement logique des alibis 1/5

Où l’on va voir si vous avez suivi le dernier feuilleton de Daniel Cabanis… (Indice : un car peut en cacher un autre…). [Dernier post : Suivi d’un car de touristes 6/6]

Primo

 

Avouer ne m’intéresse pas. Je préfère nier, c’est plus excitant pour l’imagination.

 

Le mardi 12 février, vers onze heures, je veux dire vingt-trois, j’étais couché. Je ne dis pas que je dormais, j’ai lu. D’habitude je n’aime pas beaucoup lire au lit (surtout des romans contemporains), et cependant cette nuit-là j’en ai lu un : Le Polyglotte de Lascaux de Paul Vican. Je n’en ai lu que le début (soixante pages, après ça m’a rasé) et la fin qui n’est pas mal non plus. Bon roman, dans l’ensemble. Rien ne se passe comme prévu. Un type, dans sa salle de bain, se coupe tranquillement les ongles des pieds, puis s’en va travailler. On imagine qu’il s’agit du guide polyglotte de la Grotte de Lascaux, mais ce n’est pas ça : le type est en fait un touriste lambda solitaire et dépressif qui se morfond dans le département du Lot et se dit Tiens, pendant que j’y suis je vais aller visiter le fameux Gouffre de Padirac, ça me changera les idées. Il y va. Malheureusement il glisse, fait une chute d’une dizaine de mètres et se casse les jambes et le coccyx. Brancard, ambulance, etc. À l’hôpital, il attrape un staphylocoque doré ; ça se termine de façon très enlevée par une double amputation des jambes sans qu’on sache en définitive si le cul-de-jatte est polyglotte ou non. De la Grotte de Lascaux, il n’est pas non plus question. Étrange roman, dirais-je, et douloureux, sur la perte progressive de l’intégrité physique : ongles d’abord, jambes ensuite, et après, quoi ? J’étais secoué quand j’ai eu fini de lire. Il était une heure. J’ai posé le livre. Je me suis levé. J’ai fait un peu de bruit. Liz a ouvert un œil. Elle s’est mise à se tortiller dans le lit et a eu envie de moi, que je la dorlote un peu. Ça m’a paru incongru. J’ai dit Non Liz, il est tard, je suis HS, et ton Polyglotte de Lascaux m’a bouleversé (c’est elle qui m’en avait conseillé la lecture). Elle a dit Bon soit gentil, va promener le chien. Je me suis rhabillé et je suis sorti. Il faisait froid. J’ai lâché le chien. Il s’est fait écraser par un car de touristes. Tout ça est vérifiable.

18 juin 2017

[Chronique] Manifestons : dégageons !, par Fabrice Thumerel

En ces temps de macronite aiguë, d’hexagonale béatitude popolitique,
en ces temps d’obscurantisme idéologique et de N’importe-Quoi postdémocratique à grande échelle,
en ces temps de conformisme anti-intellectualiste et d’animation cuculturelle où les manifestes sont révolus,
quoi de mieux que le dégagisme ! Manifestez-vous, soulagez-vous : Dégage la paléopolitique ! Dégage le paléopoétique ! Dégage BHL ! Dégage Finkielkraut !…

Vite, l’effet-VICKS !

Collectif Manifestement, éditions maelstrÖm reEvolution, Bruxelles, printemps 2017 : Manifeste du dégagisme, 294 pages, 17 €, ISBN : 978-2-87505-260-5 ; Dégagisme du manifeste, 264 pages, 17 €, ISBN : 978-2-87505-361-2 ; Chronique du rattachement de la Belgique au Congo, 210 pages (grand format), 25 €, ISBN : 978-2-87505-262-9.

Sans esprit de sérieux – et avec un humour décapant -, l’actipoétisme ou le canulartisme (l’artivisme) du collectif Manifestement, qui se situe dans le prolongement du surréalisme belge et des mouvements libertaires (notamment proche des Anonymous, pour ne citer qu’une mouvance actuelle), se veut "un acte artistique et politique expérimental", "un acte subversif" (Chronique…, p. 123). Au commencement, en 2007, des happenings et manifestations diverses en faveur du rattachement de la Belgique au Congo : "une blague surréaliste" ? "une farce belge" ? "une provocation ludique" ? Non, bien évidemment, ce serait bien trop "proprement indécent"… Avec ce rattachisme transgressif qui s’appuie sur bon nombre de détournements, il s’agit bel et bien de renverser les rapports dominant/dominé : "Non, aucun néocolonialisme n’est possible, puisque le colonialisme lui-même a toujours cours. En outre, avec le Rattachement, c’est la Belgique elle-même qui se constitue prisonnière, le Blanc qui devient exotique, le Belge qui se revendique nègre en écriture, en âme et en inconscience" (66).

Acte II : en 2011, la foule tunisienne crie "Ben Ali, dégage !" Le succès du slogan ne s’est pas démenti depuis, avec notamment un "Sarkozy, dégage !" Théorisant et explorant les tenants et les aboutissants du dégagisme tunisien, le Manifeste dégagiste, qui est "un exercice politique de gymnastique mentale", un "essai philosophico-politique à la gloire du dégagement arabo-printanier" (p. 16-17), passe en revue la plupart des principaux manifestes de l’Histoire contemporaine : manifeste des plébéiens (1795), du Parti communiste (1848), de l’Anarchie (1850), des 60 ouvriers de la Seine (1864), du futurisme (1909), du surréalisme (1924), des Mutants (2001), du retour au bercail (2006), du Comité invisible (2007)… les manifestes Dada (1916), fonctionnaliste (1923), situationniste (1957), zapatiste (1994-96)… Et comme tout bon manifeste, il ne recule pas devant la définition abstraite : "Le dégagisme, c’est l’irruption de la puissance intrinsèque d’une force émancipatrice dans une époque qui en nie ou en conteste la possibilité, la légitimité et la poésie" (p. 259). Au temps de la politique s’est substitué celui de la postpolitique : contrairement  au progressisme révolutionnaire qui entend remplacer un pouvoir par un autre conformément à une utopie ou une illusion lyrique, le dégagisme est consubstantiel à une éthique et une esthétique du vide. L’évacuation du pouvoir inaugure la protodémocratie, qui préconise la vigilance citoyenne vis-à-vis de toute forme de pouvoir : "tout leader, fût-il démocratiquement élu, est à tout moment dégageable" (p. 54)… On passera rapidement sur l’emblème choisi, le dégagement footballistique, vu la connotation capitaliste attachée au foot.

Postpolitique, ce Manifeste du dégagisme ressortit à une esthétique postmoderne : celle du montage disparate, tout à la fois "théorique, mordante, jubilatoire, […] apologétique, péremptoire, […] elliptique, équivoque, boursouflée, polyphonique, universaliste, prophétique, performative, anonyme et subjective" (p. 16). Il faut d’autant moins le prendre au premier degré que, dans le second volume – plus théorique et moins éclaté -, il vise à gommer ce que pouvait avoir de positivité le premier, entamant un travail de déconstruction : "(Auto)critique de la raison dégagiste", "Les paradoxes du dégagisme"… Ainsi va la vie de l’esprit libre & critique : tout vacille, tout tourbillonne… Pour être vif et tonique, le Manifeste du dégagisme n’en doit pas moins dégager à son tour… C’est du reste la force de toute théorie de s’accompagner d’une anti-théorie.

16 juin 2017

[Chronique] Michel Ohl, La Poule pond suivi de Sonica mon lapin, par Christophe Stolowicki

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Michel Ohl, La poule pond suivi de Sonica mon lapin, La Table Ronde, printemps 2017, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-7103-7821-1.

J’ouvre La poule pond et en quelques phrases m’imprègne le soulagement de lire par temps de cuistres une France de Doisneau testimonialement, pataphysiquement bon enfant où l’on meurt juvénile avec un peu d’avance – tout compris dont Descartes (« 21 juin. Pensé, dont été »). D’un qui se brise méthodiquement les os et dans celles de la mémoire noie son chagrin en cure de désintoxication ; dont les facéties et scies grotesques et sérieuses, entonnée la chansonnette lettrée qu’un hoquet assèche, prennent à la gorge. De lire, d’ « agonie sardonique » pétaradant sec et salubre en maximes minimalistes, platitudes aiguisées en saillies, de boulisme d’aboulique pas une quille debout ; en relevailles de cuite tout en trouvailles esquif fêlé, perlé de sang pour sang un pitre du dernier soupir, funambule de l’en deçà, grimacier marionnettiste de la camarde oser le « psychopompon » de charrier l’Achéron en prosimètre de mirliton – tenir son journal de bar et de bord du néant, de la mort vache, où posthume se hume à se faire la bouche à tord-boyau. Son poids (46) dit en passant, l’on imagine par quelle maladie l’éthylisme de sa jeunesse l’a rattrapé. Sous les auspices, à l’hospice, à l’enseigne du cartésien « On pensotte, Michel et moi, on devrait être un peu, eh bien pas du tout », du cartésien « Mon cocoricogito : je pense donc je suis français », un qui panse donc essuie par avance les plâtres de sa mort se dédouble pour être encore que n’étant pas.

Michel Ohl, 1946 – 2014. À la suite La Table Ronde a réédité son premier livre paru chez Millas-Martin en 1972, Sonica mon lapin. Concis, non lapidaire. Desserré collé. De vieux nœuds pendent, sabrés doux. « Il ne m’arrive jamais rien. J’arrive avant », constate inabusé Toto. L’aphorisme foré au plus articulé d’une langue en ronde bosse à bosse, suicide mode d’emploi à l’usage timide d’un alcoolique – tortueuse, achiléenne, une preuve par l’absurde sourd de source, amuit le poème. En fautes de temps, de genre, d’accord à corps et écrit une syntaxe ramassée dans le ruisseau voire le fleuve céans, « le ululement de l’hibou » aspire la langue à la hache. En redondances à paliers, préceptes plus détourés que détournés, variations infimes du tout au tout ou rien, l’irréfutable impayable quand claudiquent les tables de l’aloi – le rêve est dans le rêve qui est dans le rêve tout plat comme le désert à dos de poney ; l’être est dans l’être de n’être pas.

15 juin 2017

[News] Libr-news

Vos derniers RV de juin, en direct ou en images, de lectures publiques en lectures privées : autour des poétiques de l’excès (Amandine André et AC. Hello), de Christian Prigent… d’Yves Charnet, d’auteures publiées chez Lanskine… d’auteurs surprises lors de la clôture des États généraux de la poésie à Paris…

â–º Pour revenir en images sur la soirée du 10 mai dernier, proposée par Remue.net à la Maison de la poésie Paris : "Poétiques de l’excès", avec Amandine André et A.C. Hello : voir.

â–º En librairie, la somme issue du Colloque international de Cerisy sur l’œuvre d’un contemporain majeur : Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel dir., Christian Prigent : trou(v)er sa langue (Hermann, 550 pages et une bonne vingtaine de reproductions).

Premier bilan sur les recherches déjà engagées, surtout à partir des années 1985-1990, et portant sur quarante-cinq ans d’écriture, que la réflexion ait concerné Christian Prigent en tant qu’auteur d’une œuvre personnelle protéiforme expérimentant tous les domaines (poésie, essai, roman, théâtre, entretien, traduction, chronique journalistique, lecture de ses textes) et dont il a su déplacer les frontières, mais aussi en tant que revuiste passionnée, lié à un grand nombre de livraisons poétiques, théoriques, artistiques, et ayant lui-même co-fondé la revue d’avant-garde TXT (1969-1993), avec la volonté de démarquer un espace éditorial différentiel par rapport à Tel Quel. Le fil conducteur de la langue, tant ouvertement réfléchie par l’écrivain dans ses essais ou ses fictions, récits et poèmes, s’imposait.

La présentation complète sur le blog Prigent : ici.

â–º Les 17 et 18 juin à Montreuil : Prigent, Pennequin, Espitallier… La Cie Ça Va Sans Dire vous invite à découvrir LANGUES et autres poésies contemporaines…

Mise en scène : Trelohan Thomas – Direction d’acteur : Laura Flahaut
Avec : Thomas Trelohan (Comédien), Louis Fatus (Violoncelliste)

Partir d’une envie, une envie de partager des textes, de partager la découverte de la poésie contemporaine pour parler de l’homme éclaté, dans un monde en éclatement, rempli de petites histoires, de petits trous. Voilà, avec la poésie, faire un portait de lacunes dans des langues subjectives, dans un voyage avec les poètes d’aujourd’hui. Oui, des poètes qui habitent leurs langues, ne la subissent plus, sortent de la communication pour nous parler, nous partager leurs révolutions intérieures.

Corpus de textes :
Jean Pierre Siméon « À l’impossible on est tenu »
Christian Prigent « Commencement » (extrait)
Charles Pennequin « L’armée Noir Vol n° 1 » et « La ville est un trou »
Ritta Baddoura « Parler étrangement » (extrait)
Jean Michel Espitalier « En Guerre » (extrait)
Rémi Checchetto « Là où l’âme qui se déchire un peu mais pas toute » (extrait)
Élodie Petit « Va t faire baiser ailleurs »

Le Samedi 17 Juin à 20h30
Le Dimanche 18 Juin à 19h
Studio Albatros
52 Rue du Sergent Bobillot, 93100 Montreuil
Metro: Ligne 9 Croix de chavaux
PLAN ET SITUATION
Renseignements et Contacts :
Tél. 06.58.41.15.31
trelohan.thomas@gmail.com

Lien du site de la compagnie:
https://cavasansdiresite.wordpress.com/

â–º Jeudi 22 juin de 18h30 à 20h00 Yves Charnet entre prose & poésie : l’autofiction comme geste lyrique ? En dialogue avec Dominique Rabaté.
De "Proses du fils" à "Dans son regard aux lèvres rouges", Yves Charnet n’a cessé de mettre en mots une autobiographie lacunaire, hantée par l’absence du père, dont chaque livre assemble les bribes. Cette autofiction de soi s’écrit en prose, faute de mieux, dans le parrainage de la poésie dont elle porte la nostalgie, dans le sillage d’un blues jazzé où le Je cherche son échappée lyrique. C’est sur ce désir de poésie et ce qu’il transforme de l’écriture autofictionnelle d’impudeur et d’aveu que portera l’entretien.
Dominique Rabaté
Ancien élève de l’ENS (1983), Yves Charnet est agrégé de Lettres Modernes, il a soutenu, en 1995, une thèse dirigée par Jean Delabroy et intitulée "Figurer l’énergie, Baudelaire écrivain du visuel". Il vit & travaille à Toulouse depuis 1996 où il a fondé le module d’Arts & cultures à l’ISAE/SUPAERO.
Après avoir beaucoup écrit & colloqué sur la littérature extrême-contemporaine à partir de ses principaux prosateurs & poètes, il se consacre, depuis 2010, au chantier lyrique de son "autofiction sans fin" inauguré en 1993 par la parution remarquée de "Proses du fils". Amateur de jazz & de tauromachie, sa passion pour la chanson française dans tous ses états s’est particulièrement illustrée par des amitiés considérables avec Claude Nougaro & Serge Lama.
François Rannou va consacrer, dans le second numéro de la revue "Babel heureuse" (à paraitre à l’automne 2017) un important dossier à son travail d’écrivain de l’intime entre prose & poésie.
Derniers livres parus : "La tristesse durera toujours" (La Table Ronde, 2013) ; "Le divorce", Belin, coll. "L’Extrême Contemporain", 2013 ; "Quatre boules de jazz, Nougasongs", Alter Ego, coll. "Jazz Impressions", 2014 ; "Dans son regard aux lèvres rouges", Le Bateau Ivre, 2017.
à la Mel – 67, bd. de Montmorency – Paris 16
Entrée libre et gratuite – réservation obligatoire au 01 55 74 60 91
// la Mel – t. 01 55 74 60 90 –

â–º Jeudi 22 juin à 19H30 : rencontre avec trois auteurs de Lanskine à la Librairie Texture (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris).

Organisé par les éditions Lanskine :
Trois autrices, Sereine Berlottier, Séverine Daucourt-Fridriksson et Lucie Taïeb, lisent à la librairie Texture leurs textes ou traductions fraîchement parus chez Lanskine, en présence du poète Pierre Drogi qui conduira l’ensemble grâce à ses sensibles-simples-et-précieuses-impressions.
Il s’agira de ruptures, de montagnes, de perte, de désir, d’Islande, de voix… d’un équipage entier qui vous attend, l’impatience à son comble.

â–º Jeudi 29 juin à 19H : clôture des États généraux de la poésie à la Sorbonne avec les Invisibles, amphi Descartes (75005).

Lecture de Claude Ber, Geneviève Huttin, Vannina Maestri, Roxana Paez, Véronique Pittolo et Anne Talvaz ainsi que de textes de leurs invitées invisibles…

14 juin 2017

[Texte] Mathias Richard, Prenssée #e

Suite des "prenssées" de Mathias Richard, l’auteur du Manifeste mutantiste : patch 1.2 et de syn-t. ext [sur LC]. [Lire "prenssée #d"]. Photo : © Khalid EL Morabethi.

C’est très difficile de réussir à ne rien dire. | Je couvre de noir uni les mots et toutes leurs significations. | En combinant tous les discours du monde, on aboutit à une voix qui articule quelque chose.

 

Notre service est indisponible tous les jours de 00:00 à 24:00.

Nous vous invitons à nous contacter ultérieurement.

À très bientôt.

 

La Terre est un gibet. | animhomm | pur vide | 1 million d’années pour se rendre à la planète habitable la plus proche. | La seule vérité à laquelle on accède par une conscience aiguë, c’est l’urgence et la nécessité du suicide. | Il n’y a pas de lumière. | Il y a toujours pire que pire. | Le héros finit sa vie seul, constamment couché, en regardant des vidéos de Laurel et Hardy. | Le monde pullule de sous-merdes et petites raclures protégées par la civilisation. | Il n’est pas possible d’être un héros quand il n’y a personne qui vaille la peine d’être sauvé. | Conçu et né dans des films X : un corps étranger à son propre corps : sort de son propre corps

 

Un homme se penche, haut d’un kilomètre. Il force à lire des livres traitant de l’évolution des espèces, de sociologie et d’anthropologie, de mythologie et de biologie. | Il y a des morceaux qui s’ajoutent. Je ne suis pas fini. Je veux un livre sur le genre d’animal que je suis, une fois qu’il est terminé. | Dans une revue, on dit que la prochaine étape de l’évolution chez l’homme est psychique plutôt que physique. | Être capable d’extraire ses rêves et les mécaniser.

 

Les services secrets, les agents de surveillance, eh ben moi je prends ça comme un public. 

Les services secrets, les agents de surveillance, tu sais ceux qui écoutent les conversations téléphoniques, qui lisent les mails et regardent ton ordinateur, eh ben moi j’aime bien, je me dis que ça me fait un public (un public captif, même).

 

Je me méfie un peu des gens qui veulent avoir des rapports sexuels politiquement corrects. | On a une belle manière de pas être ensemble. | Ici, je suis un sous-sous-locataire. | Toi qui dit ne pas m’aimer, tu m’aimes mieux que celles qui disent m’aimer. | Je voudrais que mes amis soient comme le soleil, la mer, ou la montagne : des certitudes, des choses solides. | maman me lavait les oreilles avec sa langue parfois | papa léchait mes blessures aux genoux parfois | Des corps dans les rues. Des corps sur les marches d’escalier. Des corps dans les photographies de journaux. | 48 décapitations à 13. Le vainqueur est… | Est-ce que je peux être plus en vie que ça svp ? | Je suis né quelque part et j’ai poussé comme de la mauvaise herbe, comme j’ai pu, en regardant ailleurs. | On confond sa tumeur avec une pensée. | Une sensation d’intimité avec les chiens m’envahit, quand le vent porte l’odeur d’une merde à mes narines. | Déjà fait, de dire : « déjà fait ». | Il articule "Quand est-ce qu’on baise ?", puis meurt.

10 juin 2017

[Chronique] Babil de Jacques Brou : un livre politique, par Guillaume Basquin

Jacques Brou, Babil, éditions Tituli, mars 2017, 152 pages, 16 €, ISBN : 978-2-37365-065-5. [Écouter]

 

Il faut un peu de temps pour s’acclimater à l’écriture de Jacques Brou, quand on ne la connaît pas (ce qui est mon cas). Ce n’est que rendu au milieu de son dernier livre en date, Babil, qu’on « comprend » ses « tics » d’écriture (simplification de l’écriture (« Moins le homme en fait, + a du espace, + se agite, + étouffe ») ; omission de nombreux articles (« Si ne y a désir, homme ne peut même respirer. Désire chaque bouffée d’air. Majorité étouffe ») ; refus de la plupart des apostrophes : « c’est » devient « ce est », « l’apaise » mute en « le apaise », « lui-même » en « il-même », etc.) : sa langue très particulière (qui fait un peu penser à celle de Pierre Guyotat) est née de son besoin de se défaire de la langue de la mère qui est aussi celle du pouvoir et de la nation. Page 68, on lit : « Homme tète discours au sein de mère. Mère le abreuve de phrases. Homme ne vit que empêtré dans parole de mère puis dans celle de nation. Faut à homme toute une vie pour se défaire de langue de mère. » On comprend, un peu plus loin, page 70, qu’il s’agit de « tomber hors d’emprise de mère-matrie » pour que « phrases montent en il & que pensées passent ». Être comme un étranger dans sa propre langue. Inventer une langue « mineure ». En cela, Babil est un livre hautement politique (et deleuzien) : Jacques Brou refuse tout autant le babil maternel que le sabir technocratique du pouvoir ; il établit des lignes de fuite, en se mettant « à la écoute » de son corps ; et son corps pense comme « ça » : « Ruines sur lesquelles urine furtivement : voilà à peu près désormais état humain. »

On a touché à la syntaxe ! Oui, mais c’est pour essayer de mieux rythmer la phrase (Guyotat ne disait-il pas : « la poésie, c’est le rythme » ?) : « Pensée […] ne se embarrasse pas de méthode, ne se préoccupe que de rythme. Pensée ne se soucie que de rythmer son flux. ». Rater encore : « Êtres naissent & meurent comme peuvent, le + souvent dans débâcle. » Rater mieux : « Premier arrivé nulle part a gagné ! »

Babil est tout entier un livre du refus : refus de la belle langue, de la norme, de l’homme unidimensionnel et étriqué (« Homme écrasé. À peine individu »), de la communauté (« Communauté affreuse en vérité, comme sont à peu près toutes communautés & appartenances »), de l’école (cet espace pour « garer enfants », ce « dernier sas avant le enfermement dans monde »), de la patrie dite ici « nation » : « moyenne de monde ». Brou would prefer not to

Un livre sur le souffle (« Ne respire pas qui veut. […] Ne parvient à respirer que à terme de apprentissage exigeant. Faut, de toute urgence, ouvrir écoles de respiration. » Sur la marche : « Rien de autre à faire pour home que de marcher & rêver vie. » En marchant, l’homme apprend à penser (autre pensée commune avec Guyotat) : « Homme qui marche peut loger dans homme qui pense. » En marchant, il fait circuler sang, air et idées – c’est un « mouvement de houle dans corps », un « phénomène ondulatoire dans cerveau ». Tout sauf l’homme-automobile : « vie » ne peut « consister qu’à marcher » : « Vies + entravées, + barricadées, se dénouent en marche. »

Un livre qui dit que la « nation », c’est-à-dire la France, ne va pas bien : « Nation produit encore. Produit icelle souffrance. En produit telles quantités que doit en exporter ¾. Alors que désormais ne exporte presque plus rien. […] Presque tout ce qui sort de nation ne sort que piteux, que pantois, que reconduit à frontière. » Avait-on déjà résumé, en si peu de mots, tous les problèmes de la France : son manque d’audace, de créativité, de confiance en soi ? Français ! encore un effort si vous voulez apprendre à marcher/penser…

Je n’ai pas encore dit que, comme tout bon livre, Babil est aussi une « prophétie » ; comme les paroles des prophètes, il a probablement été écrit dans une grande tension nerveuse : « Temps a été privatisé. Grands groupes se le sont partagé. […] Ce est finalement à complète colonisation du être que homme a affaire. » Hommes ! marchez ! « Fuyez vies nouées ! » N’attendez par, pour lire Babil, « que le autre temps », « + favorable à vie que premier », « vienne ».

5 juin 2017

[News] Libr-poésie

Sans vous y perdre et sans être exhaustif, faites votre Marché de la poésie : avec Anne Savelli, Suzanne Doppelt, Philippe Jaffeux, Guillaume Basquin, Daniel Pozner, Juliette Mezinc, Frank Smith… les éditions Al dante, de l’Attente, Castor Astral… Et n’oubliez pas la Nuit remue #11 !

 

â–º Jeudi 8 juin à 19H, Bibliothèques de Montreuil (14, Bd Rouget de Lisle – 93) : Anne Savelli, Décor Daguerre

Paris, les années 70, la vie quotidienne et la vie d’artiste… Bienvenue à la bibliothèque Robert Desnos pour découvrir Décor Daguerre d’Anne Savelli, livre inspiré en partie par le documentaire d’Agnès Varda Daguerréoypes, dont nous verrons quelques extraits, ainsi qu’un passage de Stella, film de Sylvie Verheyde.

 

â–º Samedi 10 juin, rencontre avec Suzanne DOPPELT :

â–º Du 7 au 11 juin, Marché de la poésie, place St Sulpice à Paris : mercredi 7 juin de 14h à 21h30 ; jeudi 8, vendredi 9 et samedi 10 juin, de 11H30 à 21H30 ; dimanche 11 juin de 11h30 à 20h.

Éditions Al dante, de l’Attente, Nous : stand 110/112

Éditions du Castor Astral : stand 400

Éditions L’Atelier de l’Agneau (et revue L’Intranquille) : stand 614. La Passe du vent : stand 423 (Katia Bouchoueva, Laurent Fourcaut..) ; association Entrevues : stand 700 (avec la présence de François Rannou pour sa revue Babel heureuse).

â–º Vendredi 9 juin, de 16 à 18H stand 202 : Philippe Jaffeux signera et dédicacera à 16 heures son dernier ouvrage de théâtre expérimental, DEUX, qui sort le 10 juin chez Tinbad.
A 17 heures, au même endroit (stand 202, celui des éditions de Corlevour), Guillaume Basquin signera son (L)IVRE DE PAPIER, paru l’an dernier.

â–º À l’occasion de la parution de son dernier livre, À la lurelure, rencontre avec Daniel Pozner pour une séance de signatures au Stand de Propos 2 Éditions (508-512) : samedi 10 juin 2017 à 16h au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice, Paris.

â–º Samedi 10 juin, de 18 à 20H : RV avec Juliette Mezenc pour une séance de signatures (Laissez-passer)…

â–º  La Nuit Remue #11, samedi 10 juin à 18h30,

Bibliothèque Marguerite Audoux, 10 rue Portefoin, Paris 75003 
Accès : Métro : Temple, République, Arts et Métiers  [
La Nuit remue 11 a été imaginée par Emmanuèle Jawad et Marie de Quatrebarbes, avec l’aide amicale de Mathieu Brosseau.]

Programme

18h30 Accueil du public

19h00 Premier round :

Stéphane Bouquet
Frédérique Iledefonse 
Emmanuel Laugier
Vannina Maestri
Jennifer k Dick
Franck Leibovici

20h00 – 20h30 Pause

 

20h30 Deuxième round :

Philippe Jaffeux
Emilie Notéris
Olivier Quintyn
Hortense Gauthier
Florence Pazzottu
Benoit Casas

21h30 Fin des réjouissances.

â–º Samedi 10 juin à Pantin, 15H30 : Frank Smith, Le Film des visages

ÉCRANS LIBRES
Les Écrans Libres donnent la parole à des cinéastes lors d’une séance qui leur est intégralement dédiée. Frank Smith est écrivain/poète, réalisateur et vidéaste. Il a publié une douzaine de livres, dont Guantanamo, sacré meilleur livre de poésie de l’année par The Huffington Post aux États-Unis. Il réalise également des « films-poésies ». Il est représenté par la Galerie Analix Forever à Genève.

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LE FILM DES VISAGES
Frank Smith – France, 2016, 50’
En s’appuyant sur une manifestation qui s’est tenue
à Alexandrie en juin 2010 pour protester contre le
régime du président Moubarak et la mort du jeune
militant Khaled Saeed, Frank Smith mène une réflexion
sur les visages de la révolte. En dépassant la dualité
entre foule et individu, Le Film des visages traque les
gestes d’un nouveau peuple en mouvement, et sonde
le visage comme surface sensible insurrectionnelle.
Une expérience dédiée à Chantal Akerman.

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PLUS D’INFOS : bit.ly/2rGwcyr
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INFOS PRATIQUES
Ciné 104
104 avenue Jean Lolive
93500 Pantin

Métro ligne 5 – Église de Pantin
Bus lignes 249, 170, 61
Station Vélib’ devant le cinéma

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TARIFS
Entrée : 5 €
Tarif réduit : 3,5 €
Pass festival : 15 €

4 juin 2017

[Création] Emmanuèle Jawad, Poésie brutale (extrait des Carnets de murs)

En lien avec son dernier livre, En vigilance extérieure (Lanskine, 2017) – que nous présenterons bientôt -, Emmanuèle Jawad nous a donné cet extrait de ses Carnets de murs : "Ce travail en cours prolonge En vigilance extérieure paru il y a quelques mois chez Lanskine. Il y est donc questions des frontières, des murs, des contrôles et  de la question du rapport texte/image photographique. Ce répertoire de photographies blanches a été écrit à partir de photographies (quasi blanches) de Bruno Boudjelal".

à mesure des formes neuves l’endroit politique des écritures la question pose y aurait-il une distance où s’équivaut l’onde de choc initiale d’un point l’autre ligne d’un corps l’autre où la distance permet à mesure que les écritures rendent à distance égale toutes politiques y aurait-il qu’un point ligne ouvre à forme neuve ou qu’à mesure signale  comme neuf à mesure la table des auteurs un manifeste une contre-anthologie

la poésie brutale dure à mesure l’endroit des écritures plus politique

                            un plan fixe la durée au fur clair de l’ouverture l’image sonorisée un paysage sous hautes températures un désert la mer remonte les morts la distance à l’image mesure la distance du texte à l’image au texte remonte l’image sans un  paysage sans image les ajustements optiques règlent les écarts du texte une condensation visuelle un agencement de mesures les réglages écartent encore les distances ils ne sont pas là-bas ni ici

                            par la loi la mission de contrôle tous les flux par le mandat conféré par la loi le contrôle à l’entrée par des points non autorisés le contrôle de manière réglementée en des points autorisés la frontière est un demi-cercle 4 ports frontaliers terrestres on doit entrer par les points prévus il est interdit d’entrer irrégulièrement par des points non autorisés

                            la pâle empêche de se serrer contre car elle se rabat le système est anti-intrusion le contrôle s’effectue à l’entrée par des points non autorisés le contrôle s’effectue de manière réglementée en des points autorisés     

 

 

                répertoire de photographies blanches

 

 1.

 

1 écran d’où l’image rupture

 

 

: un brûlis blanc

 

 

des Harragas brûlent leurs papiers dans la zone intermédiaire

 

 

que tient pour défait on cherche le fond de l’image

 

 

La Harga = brûle des frontières

 

 

=

enfonce par excès très blanc (des paysages)

 

 

 

grille le Visa

 

 

               8. / 9.

 

une forme photographique  =  une situation sécuritaire il est impossible de filmer à l’arrêt on photographie en marchant on ne peut pas s’arrêter THE HARD WAY, THE ONLY WAY il faut marcher ne jamais s’arrêter un espace public compliqué la mer le désert : 2 barrières THE HARD WAY, THE ONLY WAY on voit du mastic sur l’embarcation la cartographie les tracés un carnet de route l’injonction des gardes côtes il faut s’arrêter il faut continuer à marcher il est impossible c’est flou le mouvement s’est décadré tout est blanc deux dispositifs *photographies au boitier **photographies au téléphone portable transférer le fuel photographier des captures de vidéos sur des territoires de transit transférer le fuel dans les bases 12 000 kilomètres 4 mois 132 jours les murs de ceuta et melilla les hélicoptères survolent loin la ville et répandent le parfum comme une pluie de parfum à Paris de là de Kaboul un parfum une pluie au matin chaque matin une croyance si fuel si parfum petit boitier petite caméra une lumière rouge à l’enregistrement le pouce dessus pour ne pas être repérés  remis sans moteur dans la mer Egée

1 juin 2017

[News] Colloque international Emmanuel Hocquard : la poésie mode d’emploi

Jusque samedi 3 juin, un véritable événement se tiendra à la Maison de la recherche de Paris-Sorbonne : un colloque international sur l’œuvre d’un des grands poètes actuels, Emmanuel Hocquard.

Colloque international, 1er-3 juin 2017
Maison de la recherche de Paris-Sorbonne
28 rue Serpente, Paris 6ème

En 1978, la collection P.O.L. des éditions Hachette s’ouvre avec deux livres : Je me souviens de Georges Perec et Album d’images de la villa Harris d’Emmanuel Hocquard. Si le premier de ces auteurs fait aujourd’hui figure de classique du XXe siècle, le second a joué un rôle de premier plan dans la poésie française depuis les années 1970, et sa présence est aujourd’hui attestée par la réédition en poche des Elégies à l’occasion des cinquante ans de la collection Poésie/Gallimard, suivant de peu la reprise d’Un privé à Tanger dans la collection Points/Seuil. Au moment où l’œuvre poétique et théorique de Hocquard acquiert une visibilité éditoriale, ce colloque en se donnant pour objet l’ensemble des activités du poète, entend en faire valoir l’importance et le situer dans une histoire dont il fut l’un des principaux acteurs.

Hocquard est auteur d’une écriture poétique où se manifeste l’ambition d’une redéfinition radicale, doublée d’une écriture en prose qui déjoue les catégories de genre autant qu’elle joue avec elles (et qui donc a peu à voir avec ce que les avant-gardes contemporaines appelaient « texte »). Poèmes, propositions critiques, fictions théoriques, fictions d’apparence romanesque, apparaissent dans une multiplicité de formats que détermine le mouvement de l’invention. Élaborer pour soi une écriture à laquelle on donnerait ses propres règles, a été l’enjeu majeur de son travail ; le titre d’un des livres de poésie, Un test de solitude, donne la mesure du risque encouru. L’œuvre d’Emmanuel Hocquard, souvent réduite à une idée ou saisie par à travers des rapprochements hâtifs, appelle une lecture ouverte et attentive : c’est la visée principale du colloque.

Cependant, la solitude n’a pas été la condition du poète au cours des années où s’est développé son travail. Hocquard apparaît au contraire comme une figure caractéristique du poète contemporain, intervenant dans un monde ouvert et décentré. Ses livres ont paru dans une maison emblématique de la modernité, P.O.L., dont il a contribué à construire l’image en même temps qu’il bénéficiait de cette image. Reprenant un usage des avant-gardes américaines, il a lui-même créé et animé une maison d’édition artisanale, Orange export Ltd. (1969-1986), où il a publié les poètes de la « modernité négative ». Il a été créateur de la première série de lectures publiques de poésie à l’A.R.C., institution liée au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (1977-1991) ; organisateur de séminaires de traduction collective à la fondation Royaumont (1985-2000) ; traducteur ; anthologiste ; fondateur de l’association « Un Bureau sur l’Atlantique » qui depuis 1989 contribue à la diffusion de la poésie américaine contemporaine en langue française. Il a souvent travaillé en collaboration (avec Raquel Lévy, Claude-Royet Journoud, Olivier Cadiot, Alexandre Delay, Juliette Valéry…) et beaucoup œuvré à créer un contexte de travail favorable pour toute une communauté.

C’est à la fois ce travail de poète et ce travail de manifestation de la poésie, des années 1970 à nos jours, qui portent le nom d’Emmanuel Hocquard, et que ce colloque se propose de donner à voir.

Organisateurs : Michel Murat (université Paris-Sorbonne), Abigail Lang (université Paris-Diderot), Jean-François Puff (université Jean Monnet – Saint-Étienne), Nathalie Koble (ENS).

PROGRAMME

Jeudi 1er juin
Matinée : présidence Michel Murat
(Vues d’ensemble)
9h30 Stéphane Baquey (Université Aix-Marseille) : La table d’Emmanuel Hocquard
10h15 : Gilles Tiberghien (Université Paris-I) : Planque et filature en poésie
10h45 : discussion et pause
11h15 : David Lespiau : « Les Cours de PISE » : Emmanuel Hocquard à l’Ecole des Beaux-Arts Bordeaux
11h45 : Philippe Charron : La pratique idiote d’Emmanuel Hocquard

Après-midi : présidence Dominique Rabaté
(Aspects du collectif)
14h00 : Élodie Bouygues (Université de Franche-Comté) : Orange Export Ltd : Hocquard éditeur
14h30 : Abigail Lang (Université Paris Diderot) : Les communautés poétiques
15h00 : discussion et pause
15h30 : Pascal Poyet : Un terrain qui n’appartient pas. Sur la traduction.
16h00 : Pascalle Monnier : Emmanuel Hocquard, une histoire impassible
16h30 : discussion et pause
17h00 : Anne Portugal : Les deux côtés de ma virgule
17h30 : Olivier Cadiot : Travailler avec Hocquard

Vendredi 2 juin
Matinée : présidence Jean-François Puff
(Lieux et espaces de l’œuvre)
9h30 : Jean-Marie Gleize : À propos du Commanditaire
10h00 : Jean-Charles Depaule (CNRS) : Hocquard, à propos d’espace
10h30 : discussion et pause
11h00 : Emmanuel Rubio (Université Paris-X) : Littérature, architecture
11h30 : Yasser Elhariry (Dartmouth University) : Hocquard et la Méditerranée. Sur l’idée de « détroit »
12h00 : Flora Isidore (Paris-Diderot) : Habiter l’inhabituel : construction d’une solitude

Après-midi : présidence Nathalie Koble
(Lumière et arts)
14h00 : Xavier Person : Vertige de la transparence
14h30 : Damien Blanchard (Université Paris Diderot) : La luminosité des surfaces
15h00 : discussion et pause
15h30 : Luigi Magno (Université Roma-III) : Le dispositif photographique
16h00 : Zsofia Szatmari (Paris-VIII et Université Eötvös Loránd) : Une poétique du film ?
16h30 : discussion et pause
17h00 : Pierre Alferi : Mon anthologie personnelle
17h30 : Cole Swensen et Nathalie Koble : Lire, traduire

Samedi 3 juin
Matinée : présidence Abigail Lang
(Usages, formes, matériaux)
9h30 : Michel Murat (Université Paris-Sorbonne) : L’usage des formes
10h00 : Marie-Jeanne Zenetti (Université Lyon-II) : Le travail du document
10h30 : discussion et pause
11h00 : Benoît Auclerc (Université Jean Moulin – Lyon-III) : Politiques du littéral
11h30 : Jean-François Puff (Université Jean Monnet – Saint-Étienne) : « Cave canem ». L’œuvre et son dehors
12h00 : discussion et conclusion du colloque

Michel Murat (mmurat@wanadoo.fr)
Abigail Lang (abigail.lang@wanadoo.fr)
Jean-François Puff (jean-francois.puff@wanadoo.fr )
Nathalie Koble (nathalie.koble@ens.fr)

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