Libr-critique

30 septembre 2007

[émission vidéo live] News de la blogosphère

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 9:07

newsblogo.jpg Après une interruption d’une semaine due à un problème de hotspot sur Nancy. Nous reprenons aujourd’hui le fil.

Sommaire de l’émission :
[1] News du web littéraire — retors.net — Dim O’Gauble [flash site] — la librairie litote en tête — c-box de Marc Veyrat
[2] Les livres reçus — Sombre Ducasse de Lucien Suel /ed. Le mort qui trompe/ — Etre touché de Bernard Andrieu /ed. La maison close/ — Un bâton de Pascal Leclercq/Jac Vitali /ed. La Dragonne/ — Esteria de François Richard /ed. Le grand souffle/

[3] Dossier — touch[er/é] et littérature — A partir d’une ouverture problématique que nous ferons en liaison au livre de Bernard Andrieu qui pose parfaitement la question des déplacements du touch[er/é] dus aux médiations technologiques, nous nous interrogerons sur la manière dont le sens du monde [cf. Jean-Luc Nancy] est touché, ou bien touche. Quelles sont les rapports entre le geste poétique et littéraire en tant qu’il tente de mettre le doigt sur des aspects de notre monde et ce monde lui-même ?

[Interview vidéo] William Guyot des éditions Hermaphrodite

bandguyot.jpg Cet interview aurait du avoir lieu lors de l’émission News de la Blogosphère n°4, en direct de Nancy. Faute de hotspot, nous diffusons cet entretien ce dimanche [30-09-07], en parallèle de l’émission que nous faisons.

Nous parlons avec William Guyot tout d’abord de la création de la maison d’éditions en rapport avec leur revue, puis sur l’économie alternative possibe pour rendre viable économiquement un tel projet. C’est en ce sens que William Guyot présente Le Cartel diffusion (cartel.eu) structure qui relie quatre maisons d’éditions : La maison close, Le mort qui trompe, Maelström et Hermaphrodite.

Download Link

28 septembre 2007

[Essai] Etre touché, sur l’haptophobie contemporaine, Bernard Andrieu

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 8:30

bandandrieu1.jpg Bernard Andrieu, Être touché, sur l’haptophobie contemporaine, collection NOO essai, ed. La Maison Close, 102 p.
ISBN : 978-2-915060-04-1. Prix :12 €
4ème de couverture :
Nous avons peur de toucher et d’être touché par les autres. Notre anesthésie interdit à notre corps toute sensation : tact, caresse, attouchement, effleurement, contact, proximité… Pourtant si intouchable, chacun se précipite dans une perte de contrôle de soi, une prise de risque inconsidérée, et un défoulement violent. D’autres pratiques corporelles avec les autres nous réapprennent à toucher…
Philosophe du corps et historien du cerveau psychologique, Bernard Andrieu est Maître de conférence habilité, en épistémologie, à l’IUFM de Lorraine et chercheur aux archives Poincarré, CNRS/Université de Nancy 2.

andrieu.jpgNotes de lecture :
Il paraît étrange de parler de ce petit essai sur Libr-critique.com, même s’il est vrai que nous sommes habitués à chroniquer aussi bien des essais d’esthétique, que de littérature ou bien de sociologie de la littérature. Cet essai sort de ces trois champs, au sens où il est une réflexion tout à la fois biologique, historique, sociologique et philosophique de notre rapport actuel au touch[é/er], au fait d’être touché.
Toutefois pour commencer à dépasser cette étrangeté nous pouvons faire un premier constat : la question du touch[é/er], de la peau, de la surface, non seulement n’est pas absente de la littérature et de l’art mais, elle peut même être un axe d’articulation problématique d’un certain nombre de recherches. Que cela soit exemplairement chez Paul Valéry, explicitant que « la peau » est ce qu’il y a de « plus profond dans l’homme » ceci entrant en résonance avec ce qu’écrivait déjà Nietzsche, ou bien l’art contemporain qui s’est appropriée de mille façons la peau et son contact d’Yves Klein et ses morphotypes à Grégory Chatonsky réinterrogeant le contact du touché dans l’oeuvre se toucher toi dans une reprise problématique de Godard/Heidegger [voir à ce propos son article sur la peau sur son blog].
En ce sens, le livre de Bernard Andrieu, s’il interroge la question des modalités du touch[é/er] dans la société contemporaine, en explorant la question des médiations visuelles et virtuelles, il peut être mis en parallèle des questions qui animent l’esthétique ou bien la littérature. En quel sens ?
Bernard Andrieu met en lumière, au cours de sa recherche les déplacements intentionnels qui caractérisent notre rapport au touch[é/er]. Ainsi, il montre que si pour une part, nous pouvons observer un retrait du touché physique corporel, et ceci à partir aussi bien d’éléments juridiques, sociologiques, le contact devenant atteinte, altération, violence/viol exercé sur le corps, d’autre part, selon les médiations technologiques actuelles permises aussi bien par la vidéo que par internet, nous voyons une forme de volonté de toucher autrui dans ce qu’il a de plus intime. En effet, par le biais d’internet entre autres, il est possible de voir, de toucher dans l’infinie distance qu’ouvre l’écran ce auparavant qu’il n’était pas permis d’observer, de toucher. Que se passe-t-il alors dans un tel processus ?

Ce qu’analyse Andrieu c’est le renversement de la logique du touch[é/er] et les paradoxes qui y sont reliés. Le corps, et sa surface n’ont jamais été autant protégés, autant sanctifiés. Il n’y a qu’à regarder le souci constant qui apparaît médiatiquement pour la peau, à travers la logique du temps. La société contemporaine quant à son rapport au corps prône le désir de l’intouchabilité de la peau, comme expression de notre être, et ceci ontologiquement à commencer par le temps.
Toutefois, à l’encontre de cela, certaines logiques de toucher se généralisent. Si Andrieu énonce parfaitement la question du toucher solitaire et des modalités contemporaines qui lui sont reliées (comme l’usage des sexe toys), toutefois, là où son analyse devient la plus intéressante, c’est lorsqu’il montre le renversement intentionnel de cette haptophobie au niveau des dimensions « virtuelles ». Loin de s’abstraire du toucher, l’individu peut s’élancer violemment, peut venir à toucher et être touché avec la plus grande violence : que cela soit par les images sexuelles qu’il peut voir, ou bien que cela soit dans la spectacularisation active et ludique du jeu [violence faite au corps]. Un tel renversement bien évidemment ne laisse pas indemne l’intentionnalité et son rapport à autrui. Ainsi, il explicite parfaitement que cette sur-exposition virtuelle au touché, vient renforcer justement l’haptophobie corporelle. En se sur-exposant à des formes de toucher extrême, au lieu d’un processus d’incarnation, de tangibilité du touché, ce que cela produit, c’est aussi bien une désincarnation du tactile (saturation de l’imaginaire : par exemple si on considère les vidéos pornographiques scatologique ou bien zoophile), que la mise en lumière de la propre limite au touché.
Cependant ses analyses ne sont aucunement dénonciatrices, comme a pu l’être dernièrement celles, peu pertinentes et réactionnaires de Michela Marzano dans La mort spectacle [ed. Gallimard], mais elles tentent de montrer comment ce processus de renforcement est corrélatif des médiations technologiques au touché, et ouvrent de nouvelles possibilités à l’ordre du tangible:
« Nous pensons (…) que le rapport introduit par les nouvelles technologies sensorielles vient renouveler et déplacer les modes de satisfaction. Plutôt que de construire une sociologie du risque pour dénoncer trop de toucher, comme le fait Patrick Baudry, il faut apercevoir dans les pratiques extrêmes la contrepartie sensible de la société du spectacle. L’éloignement et l’abandon du corps ne sont pas seulement ces modalités des technologies tangibles qui touchent à soi et aux autres : l’intermédiare technologique redéfinit la sensibilité corporelle et incorpore de nouvelles coordonnées aussi respectables que les apologies de marche, du corps à corps et l’érotisme conventionnel ».[p.26]

Sa réflexion critique n’est pas là pour dénoncer, mais pour exposer des typologies intentionnelles, et comment la conscience (s’)élabore le toucher. Petit essai remarquable bien souvent en ses analyses.

[site de Bernard Andrieu]

27 septembre 2007

[Revue-chronique] Fusées, n° 12

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:18

fusee-ban.jpg Fusées, n° 12, Carte Blanche [29, rue Gachet 95430 Auvers-sur-Oise], septembre 2007, 120 pages, 15 € ISBN : 978-2-905045-48-5
[Site]

fusees12.jpgLe dernier numéro de Fusées arbore un pavillon vélocipédique : la photo de Paul Pouvreau est à l’image de la revue, décalée – pour ne pas dire déjantée.
Le vélo, qui, pour Jarry, est « un prolongement minéral de notre système osseux », c’est bien comme littérature, non ?
Au reste, le projet fustérien est éminemment jarryque : refusant de « ne tenir compte que de l’activité d’un organe arbitrairement choisi entre tous les organes, le cerveau », il entend nous plonger dans un capharnaüm un peu kitch qui fait un sacré barnum ! Fusées se devait donc de mirlitonner un peu : les dessins de Jean-Marc Chevallier, Daniel Dezeuze, Serge Lunal et Jean-Louis Vila accompagnent les vers mirlitonesques de Christian Prigent.

☛ Rétropédalage : Fusées, c’est la revue qui refuse « l’usiné usé » (1)…

fusees-invit.jpg☛ Mathias Pérez, son directeur, pédale dur : peu après le dossier que la revue Il particolare lui a consacré (voir ma chronique du 14/09), il organise à l’Atelier-Véritable (7, rue du Marché Popincourt 75011 Paris) une soirée pétaradante le 26 octobre (avec présentation de ce numéro 12, précédée des lectures de Jacques Demarq et de Christian Prigent), qui sera suivie de l’exposition de ses dernières oeuvres (27 octobre-3 novembre). Bon coup d’accélérateur pour lancer le changement de vitesse : Fusées devient bi-annuel !

☛ Sport, morale,etc.

« Imaginez donc la rencontre d’une boîte de conserve et d’un crustacé, tous deux rivalisant de vitesse dans une course de côte, puis pariez quant à la longévité qu’indique pour chacun la date de péremption. Moralité : quel que soit son emballage tout finit par se gâter sauf si les mots viennent manger le temps dans la main du sujet
en se moquant de l’identité comme de la spécialité. Conséquence : mieux vaut s’investir dans une revue que dépenser son énergie dans la compétition et la rentabilité » (Préface de Bernard Noël).
À bon entendeur salut !

De cette livraison plus bigarrée que d’habitude, on retiendra encore et surtout
le dossier sur Oskar Pastior (1927-2006), dans le travail duquel Christian Prigent voit une tension entre oulipisme et carnavalesque et dont on lira avec intérêt les poèmes traduits, ainsi que la flamboyante BD de L. L. de Mars, « Quelques prières d’urgence à réciter en cas de fin des temps »…

(1) On pourra lire mon article « Fusées, une revue moderne », La Revue des revues, n° 34, 2004, pp. 99-106.

23 septembre 2007

[Revue-chronique] Europe, Dossier Blanchot/Volodine

europe_revue.jpgEurope, n° 940-941 : « Maurice Blanchot/Antoine Volodine », août-septembre 2007, 384 pages, 18,50 € ISBN : 978-2-351-50009-5

euro.jpgOn ne peut que saluer le dernier numéro d’Europe, que l’on peut placer à l’enseigne du déshumain (Pierre Fédida) : les planètes Blanchot, Volodine et Kafka nous invitent en effet à sortir de l’humain pour en explorer l’être-autre. Les trois figures marquantes qui jalonnent cet itinéraire anthropoclaste constituent les principales entrées d’une livraison avoisinant les quatre cents pages : le Dossier Maurice Blanchot, le plus important (quelque 190 pages encadrées par Evelyne Grossman), précède celui sur Antoine Volodine (52 pages coordonnées par Frédérik Detue et Anne Roche) et la longue étude de Marc Weinstein, intitulée « Le Monde et l’Immonde. La dém(arist)ocratie de l’être selon Franz Kafka » (50 p.), qui vient clore logiquement le diptyque puisque les deux premiers auteurs s’inscrivent en droite ligne de Kafka.

L’une des tâches de la critique étant de reconsidérer périodiquement une oeuvre en fonction des mutations que connaissent les champs de production et de réception littéraires, la réouverture du dossier Blanchot (1907-2003) est la bienvenue, quatre ans après sa mort. Indépendamment des « ferventes célébrations » ou du « retour d’anciennes polémiques » (p. 3) suscitées par le centenaire de sa naissance, il s’agit d’abord ici de mettre en pratique l’aphorisme derridien, « C’est grâce à la mort que l’amitié peut se déclarer » : loin de toute complaisance, la perspective choisie consiste à tendre vers un être-avec la part inventive, étrange et étrangère propre à l’écrivain et critique. D’où le recours à une démarche endogène, empathique ; ainsi, contrairement à l’approche poéticienne qui fait du texte un objet de savoir, Christophe Bident invoque-t-il une lecture subjective qui fait prévaloir « la qualité d’une expérience » (102).

Pour ce qui est de la réévaluation, il se pourrait que Thomas Régnier ait raison : « Il se pourrait pourtant que l’inactualité de Blanchot aille de pair avec un autre mode de présence qui, s’il n’est pas visible, n’en est pas moins réel » (18). Ce qui est certain, c’est l’importance de Blanchot pour Leslie Kaplan, auteure de L’Excès-L’Usine (P.O.L, 1987), ou encore les échos de cette oeuvre chez quatre écrivains d’Amérique latine, Juan Villoro, Macedonio Fernandez, Salvador Elizondo et Mario Bellatin. Au fil des articles, cette oeuvre est du reste mise en relation avec celles de Mallarmé, Kafka, Bataille, Paulhan, Malraux, Beckett… Plus précisément, ressort des études sur l’érotisme (Karl Pollin) et l’écriture fragmentaire (Leslie Hill, Annelise Schulte Nordholt), des analyses comparatives ou portant sur des textes particuliers (Evelyne Grossman, Christophe Bident, Jonathan Degenève, Jean-Louis Jeannelle, Curt G. Willits, Ayelet Lilti), l’entre-deux qui régit l’ écriture blanchotienne : entre vie et mort, lumière et obscurité, puissance et impuissance, sensibilité et abstraction, masculin et féminin, possible et impossible, oeuvrement et désoeuvrement, pensée et travail de la langue, discours et écriture, liaison et déliaison…

Quant au dossier sur Volodine (né en 1950), qui paraît peu après, non seulement son seizième livre (Songes de Mevlido, Seuil, août 2007), mais encore le volume collectif dirigé par Anne Roche et Dominique Viart (Écritures romanesques : Antoine Volodine. Fictions du politique, Caen, Lettres Modernes Minard, vol. 8, 2006), la première monographie (Lionel Ruffel, Volodine post-exotique, Nantes, éditions Cécile Defaut, 2007) et le premier colloque international (Frédérik Detue et Katia Dmitrieva, « Le Post-exotisme d’Antoine Volodine », Moscou, avril 2006), il se concentre sur la littérature post-exotique, qui, selon Pierre Ouellet, « est la géopolitique imaginaire de cette claustration généralisée, de cette incarcération universelle même à ciel ouvert, de cette séquestration totalitaire même à l’air libre, bref, de cet emprisonnement à la fois réel, onirique et mnésique de l’homme et de la femme dans un monde et une histoire en apparence sans issue » (214). Dans un entretien de 1999, l’écrivain lui-même donnait cette définition : « le post-exotisme, c’est concrètement, écrire des livres qui surgissent comme d’une langue étrangère, mais sans référence à une terre situable sur la carte » (L’Humanité, 7 octobre 1999). La puissance d’attraction de l’univers volodinien est due à son étrange familiarité : s’il a pour horizons l’Histoire récente et la littérature de genre (la science-fiction en particulier), en revanche il met en place un inquiétant « système d’humanité-animalité » (242) qui fait penser à Novarina ou Desportes. Reste à s’interroger sur la portée d’une telle oeuvre : l’inventivité onomastique et la virtuosité narrative suffisent-elles à rendre la langue étrangère, à la faire délirer, pour le dire en termes deleuziens ? – plus radicalement : peut-il y avoir littérature étrangère dans une langue classique ?

22 septembre 2007

[E-Poetry] Interview de Gérard Giacchi

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:46

bgiacchi.jpgGérard Giacchi est un artiste numérique et un programmeur de génie, qui vit à Marseille, il travaille depuis plus de 10 ans avec les outils numériques afin de créer des oeuvres « pour une vision globale ». Il fait partie des premier à avoir crée en 2001 et 2003 des oeuvres de Google Art.

puits04.jpgEn voulant créer un puits d’images traversant la Terre de Marseille à la Nouvelle-Zélande, Giacchi crée en 2001 un dispositf « le puits » qui permet de communiquer d’une part et d’autre du globe grâce au réseau, de Marseille en se penchant dans le puit, les participants pouvaient y voir des Néo-Zélandais les observer réciproquement. Le projet à évolué pour devenir un puits constitué de téléviseurs sur lesquels on pouvait voir des images alétoires, prises sur internet par des webcams, retransmettant en temps réel des images du monde entier. Un programme aléatoire sélectionnait ces images, les installait sur les écrans, et lorsque de nouvelles images entraient dans le programme, le programme évoluait, jusqu’à exclure et remplacer les images au fur et à mesure.

expo05.jpgEn 2003, à la galerie Claude Dorval à Paris, il a crée un programme aléatoire qui construisait des mosaïques d’images piochées sur le net, selon les mots-clés qui était entrés dans le programme.

L’oeuvre qu’il a présenté à E-Poetry est normalement une installation : Giacchi a crée un avatar qui fonctionne comme une interface de chat, les participants à l’oeuvre, qui l’activent et donc ne sont pas seulement des utilisateurs mais des créateurs, peuvent discuter via le personnage qui prononce ce qu’ils écrivent. En arrière-fond et sur le visage de cet avatar, qui est une sorte d’être humain métisse pouvait tout aussi bien être un Européen, qui Africain, un Asiatique ou un Indien, se succèdent des images de cartographies du monde et des cinq continents, ainsi qu’une cartographie numérique. L’oeuvre relie des images de l’espace mondial à celui du réseau afin de développer « une vision globale » permettant de communiquer au-delà des frontières.

La vidéo ci-dessous montre des images de ce dispositif présenté lors de la soirée de E-Poetry au Cube à Issy-les-Moulineaux, il est présenté comme une projection, des participants du festival avaient leur ordinateur portable à partir duquel ils faisaient parler le personnage.

Download Link


On peut avoir un exemple de ce travail
ici mais il vous faut la dernière version de Flash.

2ème vidéo : interview de Gérard Giacchi

Pour voir d’autres vidéos du festival E-Poetry, allez sur le site de Luc Dall’Armellina

Download Link

20 septembre 2007

[livre-chronique] éc’rire, au moment où, de Franck Doyen

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 17:07

fdoyen.jpgFranck Doyen, éc’rire, au moment où, éditions Atelier de l’Agneau, 96 p., ISBN 978-2-930188-36-2, 13 euros. Site des éditions : http://at-agneau.fr/

Un deuxième livre de Franck Doyen, poète « travailleur du lalangues » comme il se définit lui-même, animateur de la revue 22(Montée) des Poètes, édité par l’Atelier de l’Agneau dans un format original, à l’italienne, avec des spirales en guise de reliure, un deuxième livre, une suite, un développement de sa Lettre à ma première bosse au éditions PROPOS/2.

C’est un texte poétique, bien plus dense et profond que le précédent qu’il nous livre ici, une sorte de théorie pratique de l’écriture, divisé en quatres « moments » dont le dernier se veut « définitif« , qui développe dans un rire grinçant et affolé la question de l’écriture, de son inutilité et de sa dérisoire nécessité, de la joie et l’excitation qu’elle procure, tout comme de l’effondrement et la faille qu’elle ouvre en soi irrémédiablement en permanence. Mais loin d’être une réflexion autotélique et narcissique sur le travail d’écriture, loin d’être un texte qui se referme sur lui-même, comme le sont de nombreux textes qui parlent avec complaisance et prétention de cette fâcheuse manie de « tripoter la virgule », Franck Doyen se livre à une réflexion poétique furieusement drôle sur la langue, de cette furie du langage qui s’empare du crâne et du corps, transforme la vie et rend plutôt fou. Mais le rire présent dans ce texte est constamment renversé par l’autre face de Janus, au rictus angoissé, et l’on est pris en même temps dans des oscillations joyeuses et désespérées, d’un désespoir tenace, vaillant et acéré. Le rire étant aussi ce qui permet de ne pas tomber dans un pathos, il est ce qui vrille et fait rebondir, ce qui empêche l’épanchement.
« au moment d’écriture le sentier se rappelle à vous comme une vieille douleur longtemps oubliée qui revient maintenant que voulez-vous c’est l’âge mon bon ami et l’écrire n’arrange pas vraiment si vous empêche d’y penser sérieusement malgré tout vous pourriez éviter aux autres vos petites histoires vous lassez l’auditoire vous trafiquerez votre écriture au gré de la stabilité des plaques »

C’est un livre physique, un livre de combat, qui rend compte du combat que l’on mène contre soi-même dans l’écriture, et surtout comment l’on se débat, avec soi-même et avec le langage. Que faire avec tous ces mots, comment en faire quelque chose qui ne soit pas seulement la trace de notre propre désastre, comment ne pas se vautrer dans le déversement de soi-même ? Car une des questions du livre est bien de savoir ce qui permet de se tenir dans l’écriture, d’aller jusqu’à l’os, de se débrasser de sa couenne …
Et c’est par une langue orale et sonore que Franck Doyen répond à cette question, une langue sans ponctuation, rythmée par des ellipses, des sauts, de côté, en avant, des trépignements, des balbutiements, des accélérations … ; langue aussi trés visuelle, dont le traitement graphique marque la multiplicité des voix, leurs intensités et leurs tonalités, l’auteur se dédoublant, se regardant à distance, du coin de l’oeil, et riant de lui-même, de sa psychologie, se moquant de l’état dans lequel le met l’écriture, de l’état dans lequel il doit se mettre pour écrire, …
Cette exploration des méandres de l’écriture, de la spirale dans laquelle elle enferme le sujet, le dépossède de lui-même et du monde, n’est pas une plongée dans les affres de l’écrivain maudit, posture moquée joyeusement, mais au contraire une tentative de se sortir de l’écriture, par l’écriture elle-même pourtant, qui est à la fois désacralisée tout en possédant une importance vitale. L’auteur sait bien que l’écriture ne le sauvera de rien, « au moment d’écrire mettre à plat que l’écrire rend l’écriture inutile et feriez mieux de vous laver les mains de tout cela aucun secours ». « au moment de l’écrire chercher déséspérement l’accroche la prise pas trop friable qui supportera votre poids et son balancement votre mauvaise humeur chronique et dominicale votre goût pour les gâteaux détiétiques au sésame au moment se tenir éveillé plutôt se dire cela oui plutôt se dire cela que se répéter que chercher ce qui vous tient ainsi vous retient dans cet état à croire que »
Alors pourquoi persister ? Parce que l’acte d’écrire, « l’écrire », est à la fois ce qui permet de se tenir debout, dans le monde et les choses, et ce qui crée le désordre, l’instable, la pourriture, et donc la vie.
« Ã©crire jusqu’à écrire pour ne pas trahir ce que vous savez indénaiblement de vous »/ « croire éternellement avoir des choses à dire et qui plus est des mots pour cela alors qu’au fond on pourrait laisser les chaussettes sécher même de l’archi-duchesse écrire jusqu’au moment de rupture d’avec soi-même jusqu’au moment extrême d’incompréhension »

Cependant, chez Franck Doyen, la poésie ne vaut pas plus qu’un bon concert, ou que le jardinage , « n’est pas plus confiture que l’abricot la pêche le melon ou la framboise ». L’écriture est constamment prise au coeur de la vie, recouverte et déterrée par elle, emmêlée dans toutes sortes de faits et gestes quotidiens, et en même temps c’est elle qui semble aussi couper la vie d’elle-même, la séparer en son milieu, elle en est un versant, sur lequel l’auteur ne sait pas s’il doit se laisser tomber, car qui sait s’il pourra ensuite remonter pour repasser sur celui de la vie. La grande question se pose alors : comment être dans l’écriture et dans la vie ?
En étant dans l’instant, et dans le faire, « Ã©crire, ce « moment où ». En effet, il s’agit plutôt dans ce livre de l’acte d’écrire que l’écriture en tant que telle, comme le dit le titre, et comme il est répété tout le long du livre (« au moment d’écrire » est la phrase qui ouvre presque un paragraphe sur deux), dans quel état est-on lorsqu’on écrit, quel est ce geste, qu’est-ce que cela engage-t-il physiquement, dans le corps, dans l’être ? Comment écrire transforme le corps, la chair, les os ? comment cela transforme-t-il notre position dans le monde ?
« au moment d’écriture gratter la surface de la tête enlever délicatement le dessus de la peau du charnier si peu sous vos pieds soulever des pans entiers d’endémies et d’arbres couchés sur l’écriture c’est pour cela que vous continuez »
« au moment d’écriture tout arrêter se dire que le jour succède au jour et que chaque centimètre d’os le sait que chaque centimètre de peau se ressere déjà se replie comme au froid »
L’écriture est ce geste qui vous fait devenir « dromadaire », « pour la bosse qui vous pousse dans le dos à force de repliure au-dessus des feuilles », c’est ce geste qui vous fend, vous altère, vous décompose en morceaux …
Cette exploration du moment de l’écriture, de ce geste constamment répété, comme un geste sportif ou comme le geste du jardinier, qui ne peut se tenir que dans un perpétuel recommencement, ouvre sur la question de l’immanence dans laquelle l’écriture peut nous faire être. L’écriture pour Franck Doyen serait donc ce moment vibrant, en déséquilibre constant, qui nous ferait nous tenir vivant, palpitant au coeur même de la décomposition qu’elle produit en nous, mais la pourriture étant aussi ferment de vie, c’est dans la destruction même que l’écriture produit que l’on survit.
« cela devrait vous suffire cela devrait si l’écrire pouvait apaiser quoique ce soit se saurait écriture et pourriture donc revenir à cela sans détour mais traverser le propos avec des effets de crépi et petits mouchetés verts et petits mouchetés jaunes et petits mouchetés d’un autre vert vous enfoncer dans la perte ».

19 septembre 2007

[LIVRE] Grégory Haleux, Troublant trou noir

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:40

haleux-noir.jpg Grégory haleux, Troublant trou noir, éditions Cynthia 3000, 64 p.
ISBN : 978-2-916779-02-7.
Prix :7 €.
[site].

4ème de couverture :
haleux.jpg Toute clôture de caractère interne et circulaire n’a pas sa place à l’intérieur d’un texte où tous les signes convergent. Cette coulée continue n’est pas extérieure ni indifférente à la forme. Le texte passe d’un ordre à un labyrinthe, trompe les esprits par sa propre absence. Son développement n’est lié à aucune conclusion. Il nous invite à nous rappeler qu’il ne saurait y avoir contradiction qu’entre deux mots. À cette page du livre, on n’a pas approché le texte; enfermé dans des textes comme celui que vous pouvez lire.
De tout cela, je ne suis pas sûr.
C’est quelque chose que je ne connais pas.

Premières impressions :
Ce petit livre de Grégory Haleux est tout à la fois une réflexion sur la nature du langage et une création poétique, ou encore, voulant parler dans la distance de l’acte d’écrire (acte de réflexivité), il le sait, il ne peut être que pris par cet acte lui-même qui fonde de fait sa propre distance critique.
Ce texte est en quelque sorte une phénoménologie du rapport de la conscience à l’écriture qui provient d’elle. Non pas phénoménologie de l’écriture qui provient de la conscience, mais de la conscience en rapport à sa propre écriture. Cette phénoménologie est immédiatement reliée à Artaud, qui ne quittera jamais le texte, qui le hantera de sa noirceur, de cette noirceur d’angoisse qui l’amenait à s’écrier : « il manque une concordance des mots avec la minute de mes états ». C’est en ce sens que Grégory Haleux explore cette distorsion entre l’être et son dire, cette différance au sens de Derrida, à savoir cette distance entre la représentation et la présence qui sans cesse tout à la fois souffle le dire dans la conscience et s’échappe de ce qui est dit : « mais la parole seule se fissure, je connais les mouvements d’un monde de folie, il y a un sacré décalage spirituel, et c’est pourquoi la conscience ne traduit peut-être pas » (p.57)./PB/

[video exposition] Santiago Roose à l’espace 29-Bordeaux

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , — Philippe Boisnard @ 11:41

santiago.jpg Mardi 18 septembre, nous étions au vernissage de l’exposition de Santiago Roose à l’Espace 29 à Bordeaux. Rutha Luna Pozzi-Escot est la commissaire de l’exposition. Cette exposition est le résultat d’une résidence de cet artiste péruvien de la nouvelle génération. L’exposition sera visible jusqu’au 14 octobre.

Download Link

Cette installation porte sur le thème ordre/désordre. Le travail de Santiago Roose est une composition de collages qui forme en volume un ensemble architectural inédit. La ville qui apparaît, composée de photographies de façades de Bordeaux, portes, fenêtres, façades, macro-de pierre, qui sont photocopiées et accumulées, stratifiées, fait partie des villes impossibles, dont l’espace en déséquilibre total pourrait s’effondrer sur lui-même. Cela peut rappeler les bidonvilles, et de là faire écho à un questionnement sur l’espace social et politique. Cet horizon politique est renforcé par la présence de personnages, colonels, sorte d’aborigènes, de mendiants ou de visages éparses qui sont mêlés à l’ensemble.
L’effet de déséquilibre ne vient pourtant pas seulement du seul assemblage, mais du travail de volume qu’il a entrepris, composant son installation éphémère en effaçant la structure de la salle d’exposition (murs blancs et perspective plane), en recouvrant les murs et les sculptant à partir d’une ossature en carton (logique du rajout, du recouvrement). C’est ce qui donne cet effet très impressionnant à la ville survolée par hirondelles stylisées. [pour une analyse des potentialités ouvertes de l’espace de la galerie ou de l’espace muséal je renvoie à la très bonne synthèse de Grégory Chatonsky ici].
musique de la vidéo E_E

présentation de l’expo sur le blog de l’espace 29

17 septembre 2007

[Livre/chronique] Vincent Tholomé, The John Cage experiences

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 14:34

tholome_cage.jpg Vincent Tholomé, The John Cage experiences, 8 solos, duos ou trios (avec choses), éditions Le clou dans le fer, 54 p. ISBN : 978-2-9526347-3-1, 11 €.

4ème de couverture :
tholome.jpg Le point de départ : l’envie de tenter une expérience. Écrire un texte – un seul – où le hasard interviendra non comme thème mais comme élément structurant, nécessaire à la composition. Tout y sera tiré au sort : le nombre de phrases, ce dont elles parlent, etc. Puis : on se prendra au jeu. On écrira un autre récit. Puis un autre.
On se dira, mais oui, tout ça peut faire un ensemble. On complètera les choses. On tirera encore au sort le nombre de textes qui composeront l’ensemble. On retouchera à peine. Et puis voilà : 8 solos, duos ou trios. 8 textes à lire chez soi, pour soi, ou à porter en scène. En une fois. Par petits bouts. Seul, à deux, à trois.
Comme on voudra.

Chronique :
En 1952, lorsque John Cage,fait interpréter par David Tudor la pièce 4’33 », il lui donne trois instructions strictes à respecter, en tant que mise en jeu du silence qui permettra de faire surgir le hasard des croisements sonores de la salle. Tel qu’il le précise :  » Composer, signifie seulement suggérer à l’interprète la possibilité objectivement réelle d’une action, c’est-à-dire ouvrir un espace de jeu ». Ce qu’introduit Cage dès le début des années 1950, et ceci suite à l’ouverture au YI KING permis par Daisetz Teitaro Suzuki, c’est la possibilité d’introduire du hasard maîtrisé dans la musique, de déterminer certaines ouvertures à la contingence grâce à des possibilités d’action que doivent accomplir un ou plusieurs intervenants. C’est ce qu’il fit avec Imaginary Landscape 4, mettant en oeuvre le jeu de 24 exécutants devant faire varier le son de douze postes de radio.
Le texte de Vincent Tholomé, le deuxième qu’il publie aux éditions Le clou dans le fer, reprend le même mode de création, le croisant avec la vie de John Cage. Ainsi, chacune des 8 parties du texte a pour leïtmotiv une action que doit faire le musicien ou un équivalent. Ici on retrouve la logique même des annotations de Cage : « L’Å“uvre peut cependant être exécutée par n’importe quel instrumentiste ou combinaison d’instrumentistes et sur n’importe quelle durée. »
Toutefois, plus que cela, si on fait attention aux indications que donnent en 4ème de couverture Vincent Tholomé, il ne s’agit pas seulement d’une représentation du travail de Cage, mais il s’agit aussi de reproduire, littérairement et donc littéralement, l’expérience du hasard agencé que faisait Cage dans ses créations. Lorsque l’on lit cette suite, si on peut être pris par la rythmique du texte, il est important de voir que les agencements verbaux au niveau des phrases sont liés à une forme de composition aléatoire due au hasard :
« Joyeusement au salon. Ne remarque. Debout. Debout. À droite de merce c. L’ami fidèle. John Cage a une bouteille à la main. Et. Disons. Il marque comme un. Oui. Certains. Temps d’arrêt. Tant. Tout à coup. Quelque chose. À tout le moins. À tout le moins. Le frappe »
La combinatoire et les séries qui s’enchaînent tout au long des 8 textes obéissent à des coupures qui sont alors liées à un découpage, tirage, emboîtement, qui déterminent le processus textuel.
Cette contrainte, loin de fermer le texte, par le hasard qui opère en elle, le libère et lui donne sa nature propre, les phrases venant claquer, devenant par moment même des percussions. La musicalité réelle de cette suite en 8 mouvements de Tholomé obéit alors tout à la fois, au processus intentionnel de phrases choisies, et à la contingence des hasards.
Cette logique d’écriture permet à Vincent Tholomé d’écrire sur John Cage et plus particulièrement sur l’année 1935 en tant qu’année d’ouverture aux expériences musicales pour ce dernier. Les 8 textes sont en quelque sortes 8 stations progressives qui se succèdent dans le temps et qui font écho aux élaborations formelles et musicales du musicien et ceci à partir de son existence : le désert d’Arizona, la chambre d’hôtel avec la future mme cage, le magasin acmé, où John Cage expérimente le silence, « passant sa langue au trou noir » et inaugurant ainsi sa nature profonde, les forêts du Minnesota, et l’expérience de la radio, et d’un air de Louis Amstrong, le corset de mme cage et l’expérience du miroir dans un nouvel appartement où ils ont emménagé, une visite chez le médecin, où il découvre par la combinatoire des chaises, des patients qui attendent et des journaux disposés sur la table d’attente, « les possibilités musicales » liées à un tel dispositif, un geste déplacé, lors d’un apéritif avec merce c., trois instructions à suivre à la lettre, qui lui font expérimenter avec une camionnette les futurs dispositifs de compositions musicales, notamment les trois instructions qu’il donnera à Tudor pour 4’33 ».

Ce texte de Vincent Tholomé, une expérience littéraire originale à découvrir, permet de s’introduire d’une nouvelle manière dans la logique de création musicale de Cage.

16 septembre 2007

[News de la blogosphère #10 émission du 16 septembre]

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 9:20

blogosphere.gif En parallèle de l’émission, les news de la blogosphère vous permettent de retrouver les sites dont nous parlons pendant le direct, mais aussi les titres de livres ou des liens complémentaires.

[+] L’actualité du web littéraire :
_ Pierre Assouline et la question de la surveillance des dictionnaires [lire ici].
_ Pour en revenir, en quelque sorte à la revue Livraison#, mais indirectement, un article de François Bon, sur la question de la traduction sur internet, la question de l’authenticité des oeuvres que l’on trouve en téléchargement.
_ Christian Fauré : Pourquoi post-on ? L’arrêt de la relation d’auto-publication, comme mutilation de soi. Lire aussi mais dans un autre genre l’article de Pisani sur le suicide des avatars.
_ Babelo et son widget de livre découvert sur le site de La feuille.
_ Ce qu’il ne faut surtout pas faire comme site : scribeos.com.
_ Le site d’Anne Kawala. Un travail remarquable de création, non pas en tant que site, mais du point de vue des cartes d’invitation qu’elle élabore.
_ P. Burgaud développe une oeuvre limitée sur le web, l’oeuvre est téléchargeable à 100 exemplaires, à partir de ce matin 11H [ici].

[+] Les livres reçus cette semaine :
_ Jérôme Gontier, Continuez, ed. Léo Scheer
_ Emmanuel Tugny, Corbière le crevant, ed Léo Scheer
_ François Bon, Bob Dylan, ed. Albin Michel
_ Chloé Delaume, La nuit je suis Buffy Summers, ed. è®e
_ Emily King, Watashi Tachi, Nous au Japon, ed. e®e
_ Fusées n°12, ed. carte Blanche
_ Europe n°940-941, dossier Maurice Blanchot / Antoine Volodine
_ Res poetica n°3, ed. New al dante.

[+] Discussion de la semaine :
L' »affaire » Camille Laurens. Entre-guillemet, le mot affaire. Entre-guillemet, à savoir : à prendre avec des pincettes, celles d’une forme de suspension de la phrase, suspension du sens de cette expression, suspension de notre jugement. Car s’agit-il de prendre parti, comme cela a été fait à maintes reprises depuis maintenant une vingtaine de jour ?
Flash back : tout débute par l’annonce, le texte n’étant pas encore disponible, d’un texte de Camille Laurens portant sur le dernier livre de Marie Darrieussecq — Tom est mort — sortant chez leur éditeur commun POL. Ce texte de CL devant être publié dans La revue Littéraire n°32 des éditions Léo Scheer. La rumeur enfle au point que Léo Scheer décide de mettre en ligne, en fichier PDF le texte incriminant/incriminé. De là, les réponses fusent dans les journaux, l’affaire devenant le buzz de la rentrée littéraire, devenant plus important même, que la sortie programmée du Yasmina Reza sur Sarkozy.
Nous nous questionnerons sur les enjeux de cette affaire. Sur la manière d’appréhender aussi bien la démarche de Marie Darrieussecq que de Camille Laurens.
lire en complément :
Une réponse de Paul Otchakovsky-Laurens au texte de Camille Laurens parue dans Le monde
La chronique de Patrick Kéchichian dans Le monde des livres, qui met en perspective de très bonnes questions.
La chronique de Philippe Lançon dans Libération.
La réponse de Marie Darrieussecq dans Libération.
Lire le texte de Anne-Marie Garat sur le blog des éditions Léo Scheer.

15 septembre 2007

[Vidéo-lecture] JAVA is not dead – lecture de Jacques Sivan avec Cédric Pigot

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 10:31

sivan_pigot.jpg Troisième vidéo de la soirée JAVA is not dead – JAVA’s music qui s’est déroulée le 10 juin 2007 au Point Ephémère à Paris.

Jacques Sivan et Cédric Pigot ont travaillé pour la première fois lors du performance vidéo et sonore (dans laquelle Philippe Boisnard avait fait la vidéo) qui a eu lieu à la galerie éof en mai 2006 dans le cadre de Leurres, et autre sournoiseries (event organisé par Talkie-Walkie, LO-MOTH et le Tube Opoétique). On peut entendre ici une poursuite de cette rencontre entre l’écriture moléculaire de Sivan et les nappes sonores de Pigot, dont l’intensité poétique et vibratoire a été tout à fait remarquable, l’air était traversé matériellement par les mots et le son, le texte de Sivan résonnait de façon étonnante et neuve, à la fois immergé dans des couches finement modulées du son, et se détachant granulairement tout en éclat et résonance. Il y a vraiment eu une alliance magique entre le travail poétique de Sivan et celui de Pigot, qui se sont poussés l’un et l’autre à explorer la matérialité du langage, qu’il soit sonore ou littéraire. Et il se dégageait une noirceur dans la poésie de Sivan, une noirceur lumineuse qui a toujours été présente chez lui, mais qui a émergé de façon plus prégnante grâce à la musique.
Pour la présentation de l’ensemble de la soirée, lire ici

Download Link

14 septembre 2007

[Entretien] Léo Scheer

Filed under: entretiens,UNE — Étiquettes : , — Philippe Boisnard @ 9:30

leo_scheer.jpg [Entretien qui a été réalisé fin aout, début septembre. Cet entretien permet d’éclairer le parcours de Léo Scheer et d’apercevoir les enjeux qui sont les siens à travers les éditions qui portent son nom. Site des éditions]

1. Vous avez fait des études de sociologie (doctorat en 1972), et quand on observe votre parcours, vous vous êtes spécialisé dans la question des médias aussi bien professionnellement (groupe Havas, développement du projet canal+ et TV6 entre autres), qu’au niveau de vos propres recherches qui apparaissent dans vos essais (La démocratie virtuelle, ed Flammarion 1994, Pour en finir avec la société de l’information ed. sens & Tonka 1998 entre autres). En quel sens cet axe de recherche relié à la sociologie et aux médias ont-ils préparé, sous-tendu, initié, la création des éditions Léo Scheer (2000) ? Qu’est-ce qui a déclenché pour vous cette nécessité d’en venir à l’édition et de sortir des médias télévisuels auxquels vous avez à de nombreuses reprises participé, par exemple en produisant pendant 2 ans l’émission Haute Curiosité en collaboration avec Nathalie Rheims ?

[Léo Scheer] Pour comprendre mon entrée en édition en 2000 il faut remonter plus loin. Quand je suis nommé Directeur du développement du Groupe Havas en 81, j’ai 33 ans et je travaille déjà depuis 12 ans dans la fonction publique. Durant cette période très riche des années 70 j’ai dirigé un programme de recherche en sciences humaines qui a été le point de départ de ce qui m’a conduit à l’édition. En 69, avec ma licence de sociologie je suis entré comme chargé de mission au Commissariat Général du Plan. Une des retombée du rapide passage de Chaban Delmas à Matignon et de son projet de « Nouvelle Société » a été de dégager des fonds importants pour financer la recherche et aider les grands corps de l’état à s’adapter à l’évolution de la société. J’avais obtenu une dérogation à la Sorbonne pour que Gilles Deleuze, qui enseignait à Vincenne, soit mon directeur de thèse. Avec lui, je découvrais les activités du Cerfi animé par Felix Guattari qui regroupait une centaine de chercheurs. Durant cette dizaine d’années j’ai financé des groupes tels que le Cerfi et d’autres mouvances des penseurs qui ont marqué cette époque, Foucault, Lyotard, Baudrillard etc. Mon rôle était d’être un intermédiaire entre ces mouvements de pensée et tout ce qui pouvait leur permettre de s’encrer dans la réalité, soit par l’action de l’état (J’enseignais à l’époque à l’ENA,à Polytechnique et à l’Ecole des Ponts et chaussées, et j’animais des séminaires pour les grands corps), soit par une diffusion plus large, ce qui m’a conduit à aider l’édition de leurs ouvrages et à fréquenter des éditeurs comme Actes Sud ou Galilée.
C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à l’édition dans la mesure où mon métier consistait, d’une certaine façon à financer des à-valoir pour des publications futures. J’ai gardé de cette période des relations et des amitiés (par exemple Baudrillard ou Lyotard) qui m’ont accompagnées durant la période 80/90 ou j’étais dans des fonctions d’entreprise. J’ai toujours continué à animer des groupes de réflexion qui débouchaient souvent sur des publications. (Par exemple ce séminaire à la Maison Européenne de la Photographie avec Pierre Klossowski autour de la Monnaie Vivante et avec Baudrillard sur L’échange impossible.)
D’autre part mes activités chez Havas ne sont connues que pour l’audiovisuel (cf. Canal+) alors qu’en fait j’avais élaboré un plan de développement qui concernait bien d’autres domaines comme la CEP, qui pendant cette période a racheté Nathan et Larousse, point de départ de ce qui deviendra le groupe d’édition Vivendi. Mais il me faudrait trop de place pour expliquer tout ça, mais pour résumer, c’est plutôt l’audiovisuel qui est un détour dans mon itinéraire, né sous l’impulsion des recherches que je menais avec mon ami Yves Stourdzé sur la dérégulation des télécom, l’édition et la recherche étant mes axes professionnels permanents.

2. Quel constat faîtes-vous sur le monde médiatique actuel ? En quel sens sa logique de constitution (multipolaire, mais pourtant hyper-homogénéisé quant à certains de ses formats) s’oppose-t-elle aux exigences d’une certaine forme d’hétérogénéité et de singularité expérimentale liée à la littérature ? Je pense que nous avons connu une première période de la vie du monde médiatique que je qualifie de « Mcluhanienne » parce que son analyse y est opérationnelle (le médium c’est le message, média froids/média chauds etc.).

[LS] L’homogénéisation dont vous parlez est le fruit de cette relative disparition du message et de son mode de prolifération dans ce système. Les journaux, la radio, la télévision, dans leurs relations avec les productions de messages (textes, musiques, images) et des industries qui les accompagnent : édition, disque, cinéma etc., ont fonctionné pendant un siècle dans un système mcluhanien qui tendait à les vider de leur message au profit de la mise en circulation optimum.
L’arrivée d’internet bouleverse complètement ce système, puisque ce nouveau média devient l’infrastructure sur laquelle se construit la nouvelle économie, et où le message devient la matière première.
Ainsi, pour ce qui vous intéresse de près, c’est à dire les « singularité expérimentales liées à la littérature » cela change tout, car vous avez la possibilité de court-circuiter l’ensemble du dispositif de distribution et de circulation qui maintenait les anciennes avant-gardes dans un ghetto. On le voit depuis pas mal d’années dans le domaine de la musique dont la vie a été réactivée par Internet tandis que les structures anciennes de distribution étaient en train de mourir. Mais le message est plus ou moins soluble dans le Net avec, par ordre de rigidité croissante: la musique, l’image et enfin, le texte.

3. Si en effet, comme vous le précisez, le message au sens de Mc Luhan a été dissous par la structure techno-capitaliste de l’information (au sens de Lucien Sfez, à savoir par le caractère de redondance propre au dispositif informatif qui ne cherche pas d’abord à diffuser un contenu, mais à se constituer comme sa propre forme diffusée ), en quel sens avez-vous initié les Éditions Léo Scheer ? Quelle en est la visée, du point de vue justement du « message », face à un monde éditorial qui est en voie d’ultra-polarisation capitaliste (comme nous le voyons par le rachat des maisons d’éditions par 3 acteurs majeurs) ?

[LS] En 1993 j’ai participé à la Mission des Autoroutes de l’Information avec Gérard Théry au terme de laquelle nous avons remis un rapport au Premier Ministre de l’époque, pour lui proposer une politique ambitieuse dans ce domaine. Nous n’avons pas été suivis, et je me suis rendu compte au moment de la publication de « La Démocratie Virtuelle », l’année d’après, à quel point cet enjeu n’était pas compris. Durant les six années qui ont suivi, ça ne s’est pas arrangé, car je travaillais avec l’Aérospatiale, sur les nouveaux services Internet à haut débit par satellite. Là, il s’agissait d’imaginer ce que seraient les industries du disque, du cinéma, de la télévision etc. à l’horizon 2020/2030. C’est durant cette période que je me suis penché sur la prospective du secteur de l’édition et de la distribution du livre. Le livre m’est apparu comme un refuge, un îlot de civilisation, dans l’océan numérique.
En même temps j’avais l’intuition que l’Internet -nouvelle génération- devait créer une véritable opportunité pour la distribution du livre tel qu’il nous intéresse. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai eu envie de passer aux travaux pratiques et de créer ma propre maison d’édition. Je pense que votre vision de l’ultra-polarisation capitaliste qui lamine les « messages » est un peu simpliste. Mettre sur le compte du capitalisme triomphant l’appauvrissement de la pensée ou de la création me semble être un bon prétexte cache misère. Tout ce que je connais de grand, dans ce domaine, s’est fait en dehors ou malgré des lois du marché.
Ce sont souvent les médiocres qui se réfugient derrière cette excuse, en essayant de se persuader et de convaincre les autres que le marché les empêche de penser ou de créer. Un grand livre peut sortir à 100 exemplaires, il finira toujours par s’imposer, même si la concentration capitaliste a produit 3 groupes d’édition dominant. C’est justement cette porosité du système dans laquelle vient s’insinuer le réseau numérique. Créer une maison d’édition est un acte souverain, peut-être un des derniers possibles. Je ne vois pas en quoi les groupes Hachette ou Editis peuvent être un obstacle. Que les libraires aient besoin de gagner leur vie en vendant des best-sellers ne les empêche pas, s’ils se passionnent pour d’autres livres, de les aider à se vendre aussi. C’est le rôle des éditeurs de leur transmettre cette passion. Les années 70 n’étaient pas moins capitalistes que la période actuelle et l’édition n’était pas moins concentrée, si Deleuze, Foucault, Derrida, Lyotard, Baudrillard etc…ont écrit, à cette époque là, des livres importants, si les vingt années qui ont suivi ressemblent à une traversée du désert pour la pensée en France, c’est certainement pour d’autres raisons qu’une soi-disant dictature du marché.
J’ai créé ma maison d’édition en 2000 parce que j’ai eu le sentiment qu’il y avait une véritable régénération de la création et de la pensée.

4. Consécutivement, comment avez-vous créé La Fédération et la Fédération-Diffusion et comment avez-vous choisi les éditions qui y ont été liées, celles-ci témoignant quand on es observe de parcours singuliers, que cela soit Al dante, Lignes, Farrago, Comp’act, Via Valeriano (si je me trompe sur certaines maisons d’éditions, rectifiez surtout) ? Etait-ce dans une logique de résistance et de création d’un plan parallèle de création-diffusion ?

[LS] Non. Ce n’était pas une logique de résistance. Les Éditions de Minuit ont été lancées dans une logique de résistance qui avait un sens à l’époque.
En 2000 ce n’était pas l’enjeu, je parlerais plutôt d’une logique de renaissance. L’enjeu, pour moi, ce n’est pas la Fédération, qui n’est qu’une métaphore de la résistance, l’enjeu, pour moi, ce sont les Éditions Léo Scheer comme signe d’une nouvelle dynamique. Ceux qui m’ont accompagné durant cette première période sont les héritiers de divers courants intellectuels et artistiques du passé. Ce que nous avons réalisé avec Michel Surya, Jean-Paul Curnier, Laurent Cauwet etc… est, me semble-t-il, remarquable, il suffit de regarder le catalogue de prés de 500 titres publiés en six ans, pour mesurer le phénomène surprenant qui s’est produit là. J’ai créé la Fédération-Diffusion pour permettre à ces titres d’exister dans les librairies. Aucun réseau de diffusion existant ne pouvait réaliser ce miracle, il a fallu le créer. Mais à partir du moment où cette première phase avait réussi, il fallait passer à la seconde, sortir de la transition, passer à de nouvelles générations d’auteurs, de créateurs, d’éditeurs, renforcer le dispositif de vente, affiner la pointe. C’est ce que nous sommes en train de faire avec Florent Georgesco, Laure Limongi, Mathieu Terence, Catherine Malabou, Mark Alizart etc… Pour moi, « Fresh Théorie » a plus de sens aujourd’hui que « Lignes » qui me semble d’arrière garde, empêtré dans la glue idéologique, « LaureLi » est plus pertinent pour l’avenir que « Al Dante » qui tourne en rond, bref, en tournant la page, j’ai le sentiment d’aller dans le sens de ma recherche de renaissance. Je pense qu’entre les années 70 et aujourd’hui, il y a une génération sacrifiée, qui n’a pas su rebondir.

5. Comment jugez-vous rétrospectivement cette expérience ? Pensez- vous que cela était possible au vue de la transformation (saturation et hégémonie capitalistique des circuits de diffusion) du monde littéraire ?

[LS] Votre question relève du contre-sens. D’abord, ce n’est pas une expérience, c’est une étape concrète obligatoire. Je n’ai rien expérimenté. J’ai juste doté un ensemble éditorial d’une force de vente dédiée pour faire vivre une marque. Ce n’est pas de la révolution culturelle, c’est du management et de la gestion commerciale. Pour moi, ça a marché (cf notre catalogue.) et si vous regardez notre structure actuelle et ce que nous publions, vous découvrirez que nous n’avons rien abandonné de nos objectifs. Il faut une vingtaine d’années pour construire une maison d’édition.

6. Si vous précisez, avec justesse il me semble, qu’internet est la possibilité d’une forme de surgissement d’une hétérogénéité de plus en plus effacée dans les circuits commerciaux traditionnels, est-ce que ce que vous aviez imaginé ne devrait pas rencontré de plus en plus ce type de dimension et de développement ?

[LS] C’est pour moi une évidence et notre site va dans cette direction. Si je m’étais entouré de gens plus jeunes, la Fédération, aujourd’hui, fonctionnerait sur le Net, mais essayez d’expliquer ça à Claude Galli. J’ai créé notre site en 2000, mais cela ne les a pas intéressé, en fait, ils ne comprenaient pas, et ceux, comme Chloé Delaume, qui comprenaient un peu, n’y voyaient qu’un outil de pouvoir personnel et de règlement de compte. Mais aujourd’hui, la question ne se pose même plus, notre développement se confond avec celui d’Internet, mais aussi avec le renforcement des librairies de premier niveau. C’est la nouvelle équation que nous devons résoudre.

7. Résoudre cette équation, dont vous parlez, cela passe-t-il — entre autres — par la création de LéoscheerTV ? Qu’envisagez-vous à travers cette initiative et comment pensez-vous développer ce projet ? Corrélativement, pourriez vous précisé, quel est – selon vous – l’impact de l’image et e la vidéo par rapport à la littérature, sachant que si certains par exemples y son très réfractaires (comme sitaudis de Pierre Lepillouer qui ne supporte pas le format vidéo) d’autres comme nous sur libr-critique avons toujours associé la textualité et la vidéo ?

[LS] Le projet de “leoscheerTV” peut, en effet, nous aider à résoudre l’équation. Le milieu de l’édition fait actuellement le constat de la perte d’influence du media télévision sur la vente des livres. Depuis la disparition des “grandes messes” comme “Bouillon de culture” de Bernard Pivot, rien ne va plus de ce côté là. Il existe une opportunité de “faire de la télé” autrement sur le web pour les livres. Je vais prendre un exemple concret pour que ce soit compréhensible. Vous avez retransmis, ce matin, 2 septembre 2007 à 11h un “live” d’une heure avec Hortense Gauthier. L’idée de leoscheerTV est de reprendre en “syndication” un direct comme celui ci. Je vous propose d’ailleurs de le faire concrètement pour votre prochain “live”. Dans ce concept, il y aurait d’autres sites qui participeraient à la discussion, chacun étant l’équivalent d’une caméra dans les émissions en direct de la télévision. C’est cette nouvelle forme de syndication que j’aimerais développer.

[Revue-chronique] Il particolare, numéro 15 & 16

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 8:00

il_particolar.jpg Il particolare, numéro 15 & 16, 2007, 26 € ISBN : 2-87-720266-6

ipmp.jpgLancée en 1999 par le lacanien Hervé Castanet, la revue Il particolare (en italien, « la singularité d’un détail ») s’attache à la singularité d’une oeuvre littéraire ou picturale. Aussi n’est-il pas étonnant que la dernière livraison – dont la couverture vert-orange fait penser, entre autres, à Alechinsky – consacre un dossier à Mathias Pérez, lui dont la peinture, parce que dure, « ne fait pas dans le détail ». Et Jacques Demarcq de préciser : « Les tableaux de Pérez sont des natures mortes abstractisées à l’extrême, des vanités nettoyées de la vanité qu’éprouvait la peinture d’antan à raffiner ses figurations » (209). D’où le qualificatif de « primitive » qui revient sous la plume de Daniel Dezeuze et de Rémi Froger pour rendre compte d’une peinture surfaciale dans laquelle Christian Prigent voit miroiter une profondeur certaine. Car, selon le poète-essayiste, le défi de cette oeuvre est de montrer l’inmontrable, de donner à voir le corps in-figurable. C’est dans cette perspective que Rémi Froger parle de « peinture en colère » : colère « contre la représentation, contre l’image » (212).

cliquer sur le lienLes toiles de Mathias Pérez, par ailleurs responsable des éditions Carte Blanche et de la revue Fusées (1), sont ainsi habitées par l’obsession du corps sans tomber dans la « complaisance érotique » (Jacques Demarcq). Après Bernard Noël dans Mathias Pérez ou le Roman des corps (in Mathias Pérez, La Différence, 1988), plusieurs collaborateurs de ce « Cahier » mettent l’accent sur le matériau d’une oeuvre (Christian Prigent, « Corps en gloire » ; Cécile Wajsbrot, « La poursuite du corps ») qui a évolué de figures phalliques à des formes féminines – soit du temps de la montée en couille à celui des « mamelons de Mathias » (Jean-Pierre Verheggen). Ces formes, les nom et surnoms mêmes du peintre les font parler en propre : celui que Verheggen appelait Animalthias est docteur clitoris causa, mais également « gros Mathou » (Hubert Lucot), « mathias le peint-peint » (Charles Pennequin)…

Au reste, une bonne partie de ce numéro 15 & 16 porte sur la peinture. On retiendra surtout les articles de Dino Commetti, qui fait remonter à Manet et Cézanne la rupture avec la notion de chef-d’oeuvre et la naissance de l’art moderne, et de Jean-Pierre Cometti, qui souligne qu’avec la vidéo et les arts numériques on assiste à une mutation artistique selon laquelle l’antinomie figuration/abstraction cède la place à l’opposition entre horizontalité et verticalité, à savoir entre fonction référentielle et fonction différentielle de l’oeuvre (la latéralité de la référence fait s’inscrire les oeuvres dans un système de relations esthétiques) ; quant à Jean-Luc Nancy, il insiste sur la circularité qui affranchit du temps l’oeuvre musicale. Signalons enfin le poème de Pierre Le Pillouër, qui offre tout à la fois une parodie de Du Bouchet et un clin d’oeil à Prigent.

(1) On pourra se reporter à mon étude intitulée « Fusées, une revue moderne », parue dans La Revue des revues (n° 34, 2004, pp. 99-106), ainsi que, ici même, à ma présentation du dernier numéro (12).

13 septembre 2007

[chronique] L’IDIEU de Christophe Manon

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 8:31

manon-idieu2.jpg Tout commence par l’exergue, de Giordano Bruno, connu pour avoir été brûlé sur le Campo Di Fiori suite à sa condamnation pour hérésie et son emprisonnement de 10 ans. Giordano Bruno, qui dans ses textes, énonçait que l’homme non seulement n’était pas sur une terre centrale dans l’Univers, mais que dans l’Univers, il y avait aussi d’autres terres, lointaines, avec d’autres créatures, elles-mêmes regardant vers l’infini, en direction des autres planètes, et dès lors vers notre terre.

Tout commence par cela, l’Univers peuplé, généreux, qui se donne dans la joie de la matière et de son infini :
« C’est donc vers l’air que je déploie mes ailes confiantes
Ne craignant nul obstacle, ni de cristal, ni de verre,
Je fends les cieux et m’érige à l’infini,
Et tandis que de ce globe je m’élève vers d’autres globes
Et pénètre au-delà par le champ éthéré,
Je laisse derrière moi ce que d’autres voient de loin. » (Giordano Bruno, épitaphe que l’on peut retrouver dans sa lettre de 1597 à son éditeur)

Christophe Manon pose son texte à partir de cette présence de l’homme sur terre, « solitude : noir au-dessus : des fonds : sans fin. » Phrase qui ouvre et clôt aussi le livre, dans un mouvement en spirale, tout comme le texte se déroule, toute en répétitions circulaires qui enflent et se referment pour repartir dans une ouverture infinie. On retrouve ici la langue de Christophe Manon, celle de Totems intérieurs de Ruminations (publiés tous les deux aux éditions Ateliers de l’Agneau). Cette langue haletante, emportée, dans un bégaiement qui recrée une nouvelle syntaxe, à la musicalité morcelée, et nous fait entendre les mots de façon différente, ne se compose non pas d’abord linguistiquement, mais à partir d’une conception ontologique de l’Univers très spécifique. En effet, cette situation de solitude, quasi existentielle, que pose Manon dés les premières pages de son livre, s’ouvre immédiatement par une explosion et une fusion de matières, par une multiplication des sens et des sensations.

D’emblée, on retrouve une ontologie proche de la mystique, chaque être, chaque élément du monde s’interpénètre, et l’homme dans son immense solitude est aussi grand que l’Univers et l’Univers est à sa taille, mesure et démesure . Croisant ainsi Pascal ou encore Angélus Silésius, l’ontologie de Manon, héritée en quelque sorte de PlotinDans ses Ennéades, Plotin montre que la voie du Simple n’est pas celle privilégiée de la réflexion et de l’intellect, mais qu’au contraire, c’est bien la sensation de co-appartenance qui permet de vibrer à l’unisson de l’Un. C’est pourquoi, la plante touche et est touchée immédiatement, et non pas médiatement comme par l’esprit, par le Simple. On retrouvera cette voie mystique chez Porphyre et son Hymne à Dieu., s’ouvre comme la co-appartenance de chaque chose au même, au simple.
La poésie de Christophe Manon ainsi ne s’inscrit ni dans une forme de réflexion sur la langue communicationnelle, ni à partir d’un fond anthropologique, mais elle se donne comme un hymne à l’être, au-delà du jugement humain. La grandeur du sujet qui s’exprime dans le poème est de toucher les propriétés de l’Univers, en étant touché par elles, que cela soit sa beauté absolue, son éternité autant que sa dévastation. Sa grandeur est de se laisser traverser par les forces de vie et les forces d’altérations, et de savoir écouter et ressentir aussi bien la force de son corps irrigué de tous « les flux des passions » que les « petites pulsations du possible » qui sont « des trous de vers » « dans la toile du temps », ou la mort, présence permanente, au coeur même de la vie, elle est une énergie aussi forte que celle-ci, car la décomposition, la pourriture, est aussi le ferment de la vie, ce qui ouvre au recommencement.
Manon développe donc un au-delà du nihilisme afin de montrer comment se constitue un regard de l’homme sur le monde, en quel sens ce sentiment de co-appartenance de l’homme à l’Univers, est une force, celle de la vie qui déborde, du « coeur [qui] cogne et [qui] veut: s’envoler« . Ce regard de l’homme, s’il est celui du guerrier, est aussi un regard empli d’amour : on comprend dès lors la nature de cette langue lyrique de Manon, une langue de l’emportement, du débordement, et de la déclaration, pour dire le bonheur ravageur que lui procure la vie. Cet amour et ce bonheur ne sont pas, bien évidemment, dans ce contexte, psychologiques, mais sont insufflés par l’Univers lui-même. Toutefois, même si c’est l’amour qui irrigue chaque mot, si le sujet est pris dans une illumination, il ne peut être aveugle face au monde, face à sa poussée et ses dévastations : l’assombrissement de la terre. Et le rythme qui s’exprime au coeur du poème est aussi celui de la décomposition des choses et des êtres, pour en arriver à leur disparition dans le noir « des fonds ».
« La terre s’aplatit pour être : moins visible. La nuit aux yeux nombreux jette : ses premiers feux. (…) La mer n’existe plus. La ruine a envahi : la Terre : c’est fait. Un poisson crevé plane : jusqu’au centre du globe ».
« un sac noir l’univers et la lune devient comme: du sang et les étoiles du ciel tombent sur: la Terre ainsi: des fruits trop murs »
C’est par ces traits que se révèle la signification de l’idieu. « Idieu / idieu je suis un: idieu positivement : idieu. Je suis issu du croisement d’un: idiot et d’un dieu ».
L’idiot c’est celui qui justement, en propre, est singulier, vit singulièrement son sentiment d’être au monde. C’est celui qui s’étonne et qui s’élance, qui sait recevoir l’immédiateté des choses, c’est celui qui n’est pas dans la duplicité, trop simple pour être double, tête de Janus. L’idiot est en ce sens archaïque : proche des fonds. Et l’idiot est aussi un dieu, car le monde est à sa mesure, il en est le maître et le serviteur. « je suis: un petit animal apprivoisé » + « je suis sur: toute la surface de mes vêtements et bien au-delà et je sais que: c’est encore moi tout autour de moi ».
A la croisée des mystiques de cette histoire parallèle de l’Occident, mais aussi d’Antonin Artaud dont on peut entendre les échos glossolaliques, ce texte de Christophe Manon, hymne à la béatitude d’être, est véritablement d’une beauté exceptionnelle.

12 septembre 2007

[Entretien écrit] Eric Arlix à propos des éditions è®e

Filed under: entretiens,UNE — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 7:20

arlix.gif Eric Arlix est écrivainil a publié [Et Hop] en 2002 et [Mise à jour] en 2003 aux éditions aldante et [le monde jou]en 2005 aux éditions verticales , il dirige les éditions è®e qu’il a créées et la collection Et hop aux éditions IMHO.

[HG] De quoi est né ton désir d’édition, ton désir d’éditeur ? Quelle envie, quel impératif, quelle nécessité t’a poussé à te lancer dans cette aventure ?
[EA] C’est juste contextuel, une sorte d’occasion, une envie et un désir aussi évidemment de voir en librairie les bons livres et pas que les mauvais. Je n’ai pas une vision professionnelle et carriéristes du métier d’auteur ou d’éditeur que j’exerce en ce moment, je suis avant tout artiste, un chercheur qui utilise des outils d’agencements de symboles pour lire, critiquer, découvrir le monde.

[HG] Qu’entends-tu par ce tire ère ? une réflexion sur l’époque, une manière de positionner dans le contemporain et en même temps dans un temps long ?
[EA] Oui c’est ça.

[HG] Le r entouré, est-ce une façon de créer non seulement un titre, mais un label, une marque ? Mais c’est aussi une façon de souligner l‘importance de la question économique, en faisant un clin d’œil à la logique marchande qui est censée fonder toute entreprise commerciale, et éditoriale ?
[EA] Trouver un titre ce n’est pas simple, oui c’est une marque, un label, une entité intellectuelle et commerciale, une manière d’assumer l’aspect commercial mais avec une certaine éthique.

[HG] Comment envisages-tu ce rapport entre l’économie et le littéraire dans le contexte actuel de l’édition, mais aussi de façon plus générale ? Il me semble que tu as trouvé une formule intéressante au niveau des supports de publication, à la fois papier et numérique, à la fois sur CD et DVD, mais aussi sur le net, avec bientôt des podcasts et des mp3 à télécharger sur le site, que représente pour toi ce rapport à l’économie matérielle de la création et des supports de diffusion ?
[EA] La marchandisation de la culture entamée au début des années 1980 est maintenant totalement opérationnelle. Seule l’activité hyper rentable et commerciale est tolérée dans l’édition aujourd’hui. Les gros éditeurs ne font de « l’expé » ou de la « littérature contemporaine critique » que s’ils ont des financements du CNL ou si ces livres ne dépassent pas 1% de leur catalogue. Pour internet ou d’autres supports (matériels ou immatériels) l’édition française est carrément moyen-âgeuse et totalement réactionnaire, les grands éditeurs ne peuvent tolérer plus de 3 lignes d’extraits de leurs livres sur leur site alors des fichiers numériques gratuits ça les faits bondir. Un grand éditeur de « gauche » (d’une certaine gauche) me disait récemment qu’un papier dans Elle est un pur bonheur pour un éditeur, ça en dit long sur le niveau de désenchantement d’une profession qui est passé d’Intellectuel à Épicier. S’intéresser à l’art c’est forcément partager des idées, d’une manière ou d’une autre, et le « payant » et le « gratuit » ne s’oppose pas, ils sont hyper complémentaires, peu de personnes le comprennent actuellement, qu’elles soient grosses ou petites, les communautés artistiques restent sectaires, corporatistes et prétentieuses.

[HG] La question du numérique semble en effet incontournable, quelles en sont les implications, les enjeux à la fois économiques, littéraires et politiques ?
[EA] Sans même parler des enjeux économiques, littéraires et politiques, je dirais qu’il s’agit juste de bon sens, d’une cascade d’évidences, partager des données quoi de plus évident ?

[HG] Comment pourrais-tu définir la ligne éditoriale de è®e ? Tu publies à la fois des écrivains, des universitaires, des chercheurs, des artistes… croiser, confronter des disciplines, des horizons de réflexions hétérogènes, c’est pour toi une façon de s’attaquer au réel par tous ses côtés ?
[EA] Oui. La ligne éditoriale est généraliste mais chaque projet est sélectionné pour son aspect critique ou inattendu ou décalé. Nous nous intéressons par exemple aux révoltes ouvrières mais il n’y avait aucun intérêt à publier le 48eme livre sur les Canuts, par contre il n’existait aucun livre en français sur les Luddites il semblait donc indispensable d’en publier un. Oui è®e à pour ambition d’être un outil au croisement de plusieurs disciplines, d’horizons de réflexions hétérogènes. Outil parce que nous attendons des auteurs qui travaillent avec nous qu’il s’appuie sur è®e pour travailler et non qu’ils attendent de nous une simple commercialisation de leurs projets. C’est pour cela que certaines collaborations s’arrêtent vite alors que d’autres continuent.

[HG] Mais c’est aussi une façon de décloisonner la pensée, et de créer un espace de réflexion ouvert, qui ne se situe pas dans les arènes officielles, médiatiques, universitaires, etc… ?
[EA] Oui.

[HG] Tu as crée une collection « chercheurs d’ère » de recherche en philosophie et en sciences sociales, animée par Vincent BOURDEAU, François JARRIGE et Julien VINCENT, que signifie pour toi le fait de s’emparer de ce champ, ou de pénétrer dans ce champ de la recherche, bien trop confinée à des spécialistes, à des cénacles ? Pourrais-tu nous présenter ces trois animateurs ?
[EA] Des milliers de livres passionnant en sciences humaines et sociales sont publiés chaque année à travers le monde et la France est un pays totalement à la ramasse incapable de traduire ce flux, juste les quelques stars incontournables. Ces trois jeunes chercheurs (histoire et philosophie politique) lisent ces livres, voyagent, collaborent et vont « profiter de l’outil è®e » pour publier de 2 à 4 livres par an et une bulletin numérique assurant un travail de veille en sciences humaines et sociales.

[HG] Les genres et les formats sont variés, fictions, essais, narration collective, revue, projets multimédias, et cinématographiques, DVD, créations sonores, è®e est à la fois dans une dynamique transdisciplinaire, tout en étant très pointue dans ses choix, comment parviens-tu à être dans cette ouverture en même temps que dans cette exigence ? Comment sélectionnes-tu les travaux ? Qu’est-ce qui fait le lien pour toi entre tous les créateurs, penseurs, écrivains que tu soutiens ?
[EA] Il n’y a pas de « casting » ou de plan précis mais une situation générale de la marchandisation de la culture qui exclue les projets les plus critiques ou atypiques des circuits de diffusion et de commercialisation. Dans ce contexte improbable et « totalitaire » ou les « marques » dictent leurs lois mieux vaut savoir ce que l’on fait vraiment. Pour è®e il n’y a pas pour l’instant de « manifeste », de lignes clairement définies, juste l’envie de maintenir un outil critique en état de marche au milieu des ruines (de l’art, du monde). Un outil qui se perfectionne et dont les utilisateurs amènent de nouveaux schémas à redéployer.

[HG] Une œuvre d’art, un texte littéraire, un texte philosophique ou de sciences humaines sont tous au même titre des vecteurs d’investigation du réel qu’il faut rassembler, confronter pour pouvoir être vraiment en prise avec l’époque ?
[EA] Oui

Older Posts »

Powered by WordPress