Libr-critique

31 mai 2017

[Chronique] L’honneur perdu de Wagner, par Jean-Paul gavard-Perret

Fritz Busch, Une vie de Musicien, Notes de Nuit, Paris, mai 2017, 224 pages, 20 € ; Fritz Busch, L’exil : 1933-1951, présentation de Fabian Gastellier, Notes de Nuit, 300 pages, 20 €.

Mélomane plus que pointue, éditrice engagée et écrivain trop discrète Fabien Gastellier « double » le livre de Fritz Busch d’une biographie aussi précise qu’incisive. Elle suit les années d’exil d’un des plus grands chefs d’orchestre allemand  (et diariste non négligeable) de la première moitié du XXème siècle.

 

Pour écrire la vie de l’exilé, Fabian Gastellier fait siens les mots de Celan : «un œil siffla comme une comète vers/ de l’étroit/ il trouva à dire l’arrachement de l’aveugle». Les mots de la biographe font plonger dans ceux de Busch dont l’œuvre reste inachevée et la vie tronquée.

 

Elle donne voix à  travers les mots du Wagnérien à ce que Celan nomme « die Unfergesenen : à savoir « les inoubliés » qui sont autant le musicien lui-même que les compositeurs qu’il a servis, mais tout ceux aussi qui furent les victimes de la barbarie nazie.

 

Dans ces deux ouvrages, l’histoire personnelle de l’être, celle de la musique comme celle des juifs allemands entrent en nous et nous projettent dans un vertige. La musique devient parfois écluse des deuils, destruction des idoles de la peste brune, la recherche d’un mot clé que l’auteur cherche et qui le cherchait.

 

Sauvé du massacre, Fritz Busch n’en sort pas pour autant indemne. Et se retrouve dans son travail d’artiste comme dans sa vie au cœur de la pensée juive du passage, du Schibboleth que Fabian Gastellier remet à jour.

 

Elle sait que la musique enregistrée et jouée par le chef n’était que l’autre face du silence assourdissant qui le suivait. Sans le dire si ce n’est en filigrane, Fritz Busch a rattaché son travail musical à la mort des juifs de la Shoah. Il a su aussi –  ce qui apparemment pouvait tenir à une gageure, voire un scandale – sauver l’idéal wagnérien au nez et à la barbe de ceux qui s’en servirent comme pare-fumée dans leurs jeux de massacre.

26 mai 2017

[News] Libr-news

En ce dernier mois de printemps, deux RV importants à la Maison de la poésie Paris : États généraux de la poésie et l’Hommage à Serge Doubrovsky. À Paris toujours, lectures de Suzanne Doppelt et Jim Dine, d’Amandine André – juste avant la performance de Mylène Benoît et de Frank Smith… Et en prime, on découvrira le dernier livre de Suzanne DOPPELT, Vak spectra : un régal, comme toujours !

â–º Lundi 29 mai 2017 à 19H30, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) :

États Généraux de la Poésie #01 : 2017, Ouvertures

« De nouvelles écritures »
Avec Michaël Batalla, Sereine Berlottier, Sophie Loizeau, François Matton, Sandra Moussempès & Cécile Portier
Rencontre animée par Éric Dussert

Soirée thématique des États Généraux de la Poésie sur les nouvelles écritures, invités d’honneur de la 35e édition du Marché de la Poésie.

« La poésie se manifeste… La poésie hausse le ton. Elle sort du silence où elle est tenue. Réclame droit de cité. S’insurge contre le manque de visibilité et de moyens qui la relègue dans l’ombre et l’oubli. […] La poésie se manifeste aujourd’hui. Les éditeurs répondent présents. Les enseignants répondent présents. La presse, les revues, les libraires, les bibliothécaires, les maisons des écrivains et de la poésie, les internautes et les festivals répondent présents. Les poètes répondent présents. Le public répond présent. Nous convoquons les États Généraux de la Poésie. Nous déclarons la poésie ouverte. »
Le Comité des États Généraux de la Poésie
Dans le cadre de la Périphérie du 35e Marché de la Poésie.

â–º Mercredi 31 mai à 19H : Lectures de Suzanne Doppelt et Jim Dine
Galerie éof (15, rue Saint Fiacre, 75002 Paris). Entrée libre

Jim Dine écrit, publie et lit en public de la poésie depuis aussi longtemps qu’il réalise des œuvres d’art. L’utilisation du texte dans la peinture de ce pionnier du Pop Art est une extension de sa pratique d’écriture. Ses poèmes ont été recueillis sous le titre de Poems to Work On (Cuneiform Press, 2015). Parmi les textes de Jim Dine, on trouvera Âne dans la mer, face à nous : Pinocchio et poèmes (traduction : Elsa Boyer, Steidl, 2013). Une édition de ses poèmes sera publiée en français par Joca Seria. Nantes est un concentré de la poésie tout entière de Jim Dine, il est traduit par Vincent Broqua et vient d’être publié dans la collection américaine des éditions Joca Seria.

♦ Suzanne Doppelt, Vak spectra, P.O.L, mai 2017, 80 pages non numérotées, 13 €, ISBN : 978-2-8180-4198-7.

La Boîte d’optique avec des vues intérieures d’une maison néerlandaise (vers 1655-1660), ingénieusement créée par Samuel Van Hoogstraten (1627-1678), est pour Suzanne Doppelt l’occasion de nous emmener dans son domaine des spectres : "Pareille au trouble produit dans la chambre où s’ébauche une belle décomposition, les murs disparaissent, le plafond se retourne et la mouche avec, le sol offre à peine un chemin, de jolis miroirs si habilement placés et des lignes qui vont, elle est un vrai mirage, tout se défait et se refait. Pour mieux revenir entre deux étages dans l’escalier profond, dans cette boîte à ancêtres où on dort, au pied de la table, sur le tapis feutré comme une toile et en sautillant près des armoires, l’esprit des lieux remue la matière, rien ne s’élance autant qu’une maison"…

Dans la mesure où c’est la perspective qui crée le monde, pour que le monde devienne vertigineux il suffit de choisir des points de vue privilégiés et de mettre en branle la machinerie optique. Des perspektiven au perpetuum mobile… Dans l’univers cosmopoétique de Suzanne Doppelt – de Lazy Suzie à Vak spectra, en passant par La Plus Grande Aberration et Amusements de mécanique -, poétique et optique vont de pair, animées par "une mécanique admirable" : "tout bouge autant que le décor d’un théâtre bien équipé, une belle féerie optique, les yeux levés vers le monde là où s’exerce de gauche à droite et l’inverse la ruse d’un regard oblique"… /Fabrice Thumerel/

â–º Mercredi 31 mai à 19H, Maisons de Victor Hugo (6, place des Vosges 75004 Paris) : soirée à ne pas manquer…

Lecture de Amandine André (20′)

suivie de

COALITION
Une performance dansée (30′)
par Mylène Benoit et Frank Smith

Que peut un corps ? Que peut le monde dans les corps ?
Comment dire les mouvements du monde dans les articulations des corps ?
Comment entrer entre le corps et le monde, entre les corps du monde et les pensées du corps ?
Qu’est-ce qu’une combinaison danse / écriture ?
Qu’est-ce qu’une combinaison matières de corps / mouvements ?
Mylène Benoit et Frank Smith se rencontrent, croisent leurs pratiques et relient leurs préoccupations.
Cet essai chorégraphique, textuel et musical soulève une série de questionnements afin de concilier le corps de la danse et le corps de l’écriture.

Soirée présentée dans le cadre des Périphériques du Marché de la poésie et du festival Concordan(s)e

Entrée libre
http://www.concordanse.com/Mylene-Benoit-choregraphe-Frank-Smith-ecrivain

â–º Samedi 10 juin à 19H, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) :

Hommage à Serge Doubrovsky (1928-2017)

Avec Camille Laurens, Tom Bishop, Dominique Emmanuel Blanchard, Yves Charnet, Yannick Kujawa, Laurent Herrou, Olivier Steiner, Mathieu Simonet, Christine de Camy & Isabelle Grell

24 mai 2017

[Chronique] Jean Yves Cousseau, Intempéries, par Tristan Hordé

Jean Yves Cousseau, Intempéries (photographies), textes de Éric Audinet, Tom Raworth et Sarah Clément, éditions Isabelle Sauvage, hiver 2016-2017, 96 pages, 25 €, ISBN : 978-2-917751-70-1.

 

   Le livre associe étroitement photographies et textes, comme d’autres déjà parus dans la belle collection "Ligatures" des éditions Isabelle Sauvage. Une note précise qu’il a été initié par le photographe au début des années 1990 sans avoir pu alors être publié.

   Dans ses proses, Éric Audinet invente à partir des photographies un voyage, celui des sentiments, mais il faut entendre ici une signification particulière du mot : les sentiments, dans le vocabulaire de la chasse, ce sont les traces que laisse le gibier. Sera donc conservé ce qui demeure d’une saison, l’hiver, dans divers lieux (le parc Meiji à Tokyo, Anchorage), avec dans un aéroport une mise en scène du froid (un ours, une forêt au-delà des baies vitrées) telle qu’elle est parfois reconstituée dans les livres. D’autres traces sont suivies et leur ensemble donne à parcourir des thèmes qui se rattachent à la vie d’aujourd’hui. Dans le square se dépose quelque chose d’indéfinissable né de la présence des enfants et des vieillards, et Audinet associe ce « résidu » à un propos de Flaubert. Quand, sur les photographies, les draps volent au vent ou qu’une femme termine son strip-tease devant un drap, sont évoqués films, livres, lieux liés plus ou moins directement aux draps de lit (la morgue, les films de Cassavetes, un roman de Mauriac, etc.). On connaît aussi la fin de la nuit (Bordeaux, les abattoirs à l’aube), l’arrivée sur la plage, le désert de l’amour, à Londres — une rupture, le souvenir du Mystère de la chambre jaune —, le « monde pas encore commencé (au cinéma) ». Le voyage, dans la ville d’Évora, résume peut-être tout ce que l’on peut lire dans les images — ou dans la vie ? —, puisqu’il est « sous le signe du faux-semblant, du trompe-l’œil, de la carte postale et de l’illusion ». La ville rassemblerait à la fois des éléments du Désert des Tartares, des films de Sergio Leone, de John Ford, et le narrateur, après avoir vu les milliers d’ossements fixés sur les murs d’une chapelle, conclut : « la vie est un film ». Dernière prose autour d’images de la nature, dont on sait qu’elles entrent dans des cadres, comme celui du "paysage" (ce que confirme la littérature), alors que la géographie apprend que « le modelé de la nature » peut avoir d’autres usages, notamment « soulever, ici ou là, le sentiment de la bête ou de l’ennemi, sur le point de s’évanouir. »

   Tom Raworth, dans les poèmes de "Pense un titre" (traduits par Jacques Roubaud et Marie Borel), interprète — comme on interprète une partition — de façon bien différente les photographies. Pour chacune, les personnages d’une très brève fiction sont différents, on passe d’un "ils" à  un "il" sans qu’il y ait de rapport entre ces pronoms. De spectateurs devant des films ou des fragments de films, on passe à une variation non à partir de ce que représentent les images, mais en retenant l’opposition entre couleurs et noir et blanc — opposition qui, par ailleurs, pourrait être celle des films. L’unité des poèmes vient peut-être de ce qu’ils traduisent un sentiment d’inquiétude, comme s’il fallait toujours s’attendre à être en danger, ce qu’exprime l’image du feu, « le moment de panique » ou les « sales trucs » rencontrés. Le trouble, l’absence de sérénité sont fortement présents dans un poème autour de l’image d’une femme nue qui court dans un pré ; ce n’est pas sa nudité qui importe dans ce qui est retenu d’elle :

            grand vase noir

            agitant ses bras

            toujours mécontente de tout

            tous les ans les mêmes tourments

Petit tableau auquel est ajouté un personnage : « sans crier quand il est tombé / par-dessus les escaliers » ; chute conclue au vers suivant, le dernier du poème : « elle répandait son cerveau ». Les photographies ne peuvent apparaître comme des moments fixés de la vie et des choses mais, illusions, elles sont ici des prétextes à « cré[er] une [autre] illusion » par les mots.

     À partir de photographies peuvent donc se construire des textes de genres différents, qui ont cependant pour point commun de mettre en scène un/des personnage(s). Sarah Clément construit une histoire ("Bluff") autour de ce qui se passe après une rupture amoureuse, mais le lecteur ne sera jamais sûr que les deux personnages, il et elle, sont les acteurs de cette rupture. De nombreux éléments contribuent aux effets de réel : des indications sur le lieu — un port, des bateaux,  le nom de Marseille —, la transcription d’une conversation dans un café, le récit de faits par le truchement d’un Journal, d’où des précisions sur la durée — d’avril à décembre, sans pourtant que l’on sache si l’histoire se déroule sur une seule année —, la présence dans le texte d’un bulletin de la météo marine. On pourrait ajouter l’introduction d’un capitaine irlandais et de la strophe d’une chanson classique de marins en anglais. On peut aussi relever les décalages entre telle photographie et le texte qui la suit : l’image de la stripteaseuse brune, nue, est suivie d’une rêverie sur une femme blonde : « Parle la Blonde, même si tes mots sont comme une langue étrangère que nous ne comprendrons plus demain. Brille la Blonde tes yeux comme des néons. (etc.) » On relève également un pastiche du « beau comme » de Lautréamont avec « …c’est beau comme des talons qui claquent sur un trottoir, comme un bruit de hanches qui roulent et de mains dans les poches, comme un décolleté plongeant (etc.) », pastiche d’autant plus marqué qu’il est dans le Journal de elle, précédé  de « J’aurais voulu faire collection de toi. » Avant tout, c’est bien le récit d’une rupture, avec la tentative d’oublier ce qui fut — ou celle de se souvenir.

   Trois écrivains regardent les photographies de Jean Yves Cousseau et trois fictions sont écrites : peut-être trouvera-t-on un fil conducteur commun, celui du malaise à vivre dans le monde d’aujourd’hui, dû en partie aux images retenues, majoritairement images de la nuit. En tout cas, longue vie à la collection "ligatures", ouverte en 2014 avec Versailles Chantiers de Christine Veschambre et des photographies de Juliette Agnel.

20 mai 2017

[Texte] Sébastien Ecorce, Saute

"Voix prises et dé-prises, entre les fixités et les modifications orientatrices, les impossibilités du Saut"… Nous remercions Sébastien Ecorce pour son nouveau travail, qui explore dans un agencement répétitif séquencé l’espace des interactions entre voix, bandes et sauts. [© iconographie : Joan Mitchell, Twombly et Adrian Gehnie]

  

Saute je te dis saute / la bande passante par / allèle adaptative à l’approximation de / papier la même bande / tu la vois / vivante plongée / diversement dans / vivante plongée / il y a un point subtil / un archaïque dans l’environnement /

 

On utilise plusieurs bandes / la même voix / qui n’est pas la même car elle n’est pas / égale /saute je te / dis la bande courbe par /un rajout tu peux / compléter les bords pas les pentes les couleurs / à la volée saute je te porte /à la volée / est égale à l’aire de la / chute abstraite je te /dis saute par les / saute /

 

Les yeux un nœud de / trèfle prendre à la / bande une forme nouée / c’est même bande vue en elle / même c’est mêmes yeux si les yeux / se referment / ne préservent les relations entre / les points si ça continue / saute son bord est un seul / morceau dans ta voix / saute la face opposée est dans ta / voix la bande interne /

 

Suivre le nombre de / tours le nœud à choisir / les yeux / diversement / plongés / on oublie la partie / rigide ou interne / on oublie la tombée de proche en / proche la règle des feuillets / saute je te dis / sans jamais passer par-dessus le / bord la bande coloriée / la forme un rectangle sans ployer / la longueur de son bord /

 

Tu le regardes trop /en ne regardant que son /regard qui noue / c’est ce manque de rigidité / cette pâte dans la longueur / des courbes tracées / saute / te dis / est une propriété / des bords / ce qui reflète cette relation / te saute dans la bande / on tourne ta voix / de face en demi plan on continue /

 

Une nuit par les bords / ta voix /au silence n’est pas située / mène la bande à la forme de / ses bases si l’orientation changée / n’est pas un sommet des aires / pourvu que chaque arête / chaque voix / apparaisse / une fois parcouru la nuit / dans chaque voix / la somme des départs / des arrivées la somme/ un départ en volume / le parcours d’un segment / nous allons supposer que toutes les / faces

 

Saute / je te / dis / saute / je te / dis / passe en chaque / point / un cercle / passe / en chaque / voix / saute / en chaque cercle de / voix / le problème vient / de l’emploi automatique / une infinité animée / un trou à vitesse / constante / saute / je te / dis / ça nous mémorise la voix / une mesure de volume /

 

Les faces qui se recoupent dans la / couleur la voix / une mesure de luminosité avec signe / dans le plan oriente le / saute / je te dis / saute / un segment dans l’espace / doué de raison / le problème vient / de ce qui précède / quelque chose se place / ne passe pas par le / point / saute / je te / dis / augmente la dimension du / saute / je te / dis /

 

Et tu visualises les tranches / le passé / le futur / le mouvement de ce qui se / déplace / deux faces / saute / je te / dis / n’est autre que le poids des masses / d’appeler des /

 

Faces / saute / je te / dis / la voix des masses de / ce qui sépare l’espace / détecte / l’orientable de la / courte distance / saute / je te / dis / saute / je te dis /

 

Saute / je te dis / rajoute les bases latérales / un point supplémentaire / la cohérence du signe au / volume / ta voix / de telle façon /

 

Un tour complet / sans que le chemin suivi / ne perce aucune des faces de tes voix/ inverse l’orientation de départ / saute je te dis /

 

Cette surface on peut la peindre / entièrement dans la voix / sans traverser cette frontière /

 

Saute / je te dis _

 

18 mai 2017

[Chronique] Ecritures du vide : 2. Jérôme Bertin, Un homme pend, par Fabrice Thumerel

Trois textes récents, qui se présentent sous des formes variées, font du vide le noyau de l’écriture : après celui de Maud Basan, et avant celui de Patrick Varetz, penchons-nous sur celui de Jérôme Bertin, dont c’est le douzième livre. En route pour le vide : psychique, métaphysique, social, scriptural…

Jérôme Bertin, Un homme pend, éditions Le Feu sacré, janvier 2017, 48 pages, 9 €, ISBN : 979-10-96602-00-1.

"Je dirai le cancer de l’être-sans, de l’être-larve.
Je dirai la misère. J’écrirai avec mon sang s’il le faut, la certitude que l’on doit
se réveiller avant la nuit totale qui engendrera le chaos. J’écris pour tuer,
et pour que ces meurtres à l’encre sauvent ce qu’il y a encore de sauvable" (p. 41).

Non pas un homme qui dort… Un homme pend, dans le vide. Celui d’"une société où l’enseignement de l’ignorance forge des esprits soumis à la consommation à outrance et à l’égoïsme le plus lâche" : "Le lèche-vitrines devient art d’état. La pornographie une institution. L’individualisme fait de nous ces atomes parfaitement inconséquents et inoffensifs". D’où la révolte : "Je veux venger ma race écrivait Annie Ernaux. C’est effectivement tout un peuple qui a besoin des livres pour se libérer du joug de la bêtise ambiante, de la soumission" (40). Mais comment échapper à la pose de l’artiste rebelle ?

Un homme pend, dans le vide de la page – le vide de la poésie. Toute posture n’est-elle pas imposture ? "Poète maudit", "poète rebelle", homo absurdus… En un temps de saturation (de l’espace comme de l’espace social et culturel), le postpoète met en scène le vide auquel plus que jamais est confronté tout écrivain authentique. Si son éditeur a le feu sacré, Jérôme Bertin, lui, a un sacré foutre, un sacré foudre. Le bâtard du vide n’a en effet de cesse de compisser les "artistes du vide postmoderne" (15), les "petits rebelles de l’art" (46), la Beauté académique, les Parnassiens, les Muses… Sans illusions sur le rôle de l’écrivain aujourd’hui : "Qu’y a-t-il derrière l’habit de l’écrivain. Plus grand chose. Une machine à écrire et c’est tout. Que reste-t-il une fois éludé le masque. Un marasme infernal de solitude et de dégoût" (25). Mais dans le même temps, il met en scène son propre ratage : le "suicidé raté de la société" (11) est "un imposteur" (19), un "bouffe-varices" (8) qui fait partie des "fous de l’étron" (38)… Cette autobiographie du vide qui accumule les baisades – les cons et les fions – fait ainsi la nique au genre dominant de l’autofiction.

À défaut d’excéder le vide, le postpoète choisit la fuite en avant, optant pour l’excès. D’où une punch poésie dont le moteur à explosions repose sur un phrasé tonique et divers jeux sur le signifié et le signifiant (anadiploses, détournements, échos sonores, calembours et à-peu-près, paronomases…) : "Jouer carte sur étable" (19), "camarade de crasse" (21), "J’ai dépassé mille fois le mur du fion" (21), "contre la montre. Contre la mort" (26), "Vers d’autres corps. Vers d’autres forts à prendre encore" (26), "en avant la muse. Le museau dans le foutre, aveugle, j’écris la foudre" (30), "Les physiques de la marge font des barges au pieu" (32)…

16 mai 2017

[News] Libr-news

Les agendas sont bien remplis en ce mois de mai : RV à Nantes autour des éditions de l’Attente ; avec Aden Ellias pour son dernier roman ; avec Marie-José Mondzain à Aix-en-Provence ; à Bordeaux pour la soirée série Discrète / revue Muscle ; à Paris autour de Perec et pour la fameuse Nuit remue (#11 !)…

 

â–º Jeudi 18 mai 2017 à 19H30, Le Lieu unique à Nantes (Quai Ferdinand Favre) : les 25 ans de l’Attente, avec Juliette Mézenc et Stéphane Gantelet.

Nourris de la rencontre avec la littérature et la micro-édition américaine des années 90, Franck Pruja et Françoise Valéry fondent en 1992 les éditions de l’Attente. Attentifs à déverrouiller les a priori, voilà 25 ans qu’ils œuvrent à publier des livres à la limite de la poésie, de la philosophie, des écrits d’artistes, des essais, des traductions. Installée à Bordeaux, la maison produit avec grand soin divers formats (livres, livrets, plaquettes dépliantes, livres audio) traduisant la passion des éditeurs.

Entretien avec l’éditeur animé par Alain Girard-Daudon, suivi de Journal du brise-lames, jeu vidéo littéraire avec Juliette Mézenc (poète) et Stéphane Gantelet (sculpteur numérique)

Juliette Mézenc est une auteure en mouvement, son moteur étant à la fois son paysage, ses ressentis, ses vibrations, et aussi les ressorts qu’offre le numérique en matière de publication évolutive et d’écriture multi-média. L’écriture immersive de Juliette Mézenc s’apparente souvent à une géographie intime, un voyage à l’intérieur. Le lecteur visite, découvre, au fil des mots tantôt sautillants, flottants ou pointus et graves. Elle a publié aux éditions de l’Attente « Elles en chambre » (2014) et « Laissez-passer » (2016).
Stéphane Gantelet est un artiste qui explore la modélisation 3D. Ses réalisations sont souvent inspirées de motifs naturels, végétaux, organiques, et prennent corps dans des matériaux comme le papier, le bronze ou les résines, ou virtuellement dans ses réalisations numériques comme les jeux vidéos.

â–º Jeudi 18 mai à 20H, Librairie L’Éternel Retour (77, rue de Lamarck 75018 Paris) : rencontre avec Aden Ellias pour son roman Hyperrectangle.

Soirée cuboïde avec Albert Camus, alias Aden Ellias, l’auteur d’un roman qui parodie les procédés de l’"autofiction" : invention formelle et comédie sociale eu rendez-vous…

Plus d’infos : http://www.editions-mf.com/livres/hyperrectangle/

â–ºMardi 30 mai à 18H, Institut de l’image d’Aix-en-Provence : rencontre avec Marie-Josée Mondzain.

En 2015, Alphabetville, l’Ina Méditerranée et l’Institut de l’Image invitaient la philosophe Marie-José Mondzain à partager un temps de travail, fait de réflexions et d’échanges, autour du thème « L’image entre guerre et paix » : face au choc et aux questions que nous posèrent les premiers attentats de Paris en janvier de cette année-là, et qui furent suivis de plus terribles en novembre. Puis d’autres, en France, en Europe, dans le monde…

 

 

A l’occasion de la publication de son livre « Confiscation des mots, des images et du temps. Pour une autre radicalité » (Les liens qui libèrent, 2017), Marie-José Mondzain donnera une conférence, suivie de la projection du film L’anabase de Eric Baudelaire.

 

Nous vous remercions de votre attention et de bien vouloir informer votre public :

Le 30 mai à l’Institut de l’Image d’Aix-en-Provence

 

18h00

Conférence à partir de son livre Confiscation des mots, des images et du temps. Pour une autre radicalité, éditions Les liens qui libèrent, 2017

20h00

Projection de L’anabase de Eric Baudelaire

 

â–º Dimanche 21 mai, 14H-20H : La séance d’écoute #1 Georges Perec lit La Vie mode d’emploi.

 

Le 7 décembre 1977, Georges Perec (1936-1982) est venu lire au Centre Pompidou, avant publication, des extraits de La Vie mode d’emploi. Œuvre majeure dans l’histoire de la littérature, ce roman-puzzle qui se déroule dans un immeuble parisien et raconte les aventures de ses divers occupants, sera publié l’année suivante, en 1978, chez Hachette. Ce document exceptionnel est issu du fonds d’archives sonores du Centre Pompidou.

La durée de sa lecture est de 48 minutes.
Diffusion de l’archive sonore, en continu de 14h à 20h, dans Petite salle du Centre Pompidou, Forum -1

Contact : Aurélie Olivier / aurelie.olivier@centrepompidou.fr

 

â–º Dimanche 21 mai, 18H : soirée série Discrète / revue Muscle à Bordeaux.

â–º  La Nuit Remue #11, samedi 10 juin à 18h30,

Bibliothèque Marguerite Audoux, 10 rue Portefoin, Paris 75003 
Accès : Métro : Temple, République, Arts et Métiers  [
La Nuit remue 11 a été imaginée par Emmanuèle Jawad et Marie de Quatrebarbes, avec l’aide amicale de Mathieu Brosseau.]

Programme

18h30 Accueil du public

19h00 Premier round :

Stéphane Bouquet
Frédérique Iledefonse 
Emmanuel Laugier
Vannina Maestri
Jennifer k Dick
Franck Leibovici

20h00 - 20h30 Pause

 

20h30 Deuxième round :

Philippe Jaffeux
Emilie Notéris
Olivier Quintyn
Hortense Gauthier
Florence Pazzottu
Benoit Casas

21h30 Fin des réjouissances.

 

13 mai 2017

[Livre – chronique] Georges Perec, Å’uvres (Pléiade), par Jean-Paul Gavard-Perret

Georges Perec, Œuvres, édition publiée sous la direction de Christelle Reggiani, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", en librairie depuis le 11 mai 2017, tome I, 1184 pages, 54 €, ISBN : 978-2-07-011964-6 ; tome II, 1280 pages, 66 €, 978-2-07-271910-3. [« Album Pérec » par Claude Burgelin, Album de la Pléiade]. Coffret : 110 € jusqu’au 31/12/2017.

Présentation éditoriale

Notre « contemporain capital posthume » : ainsi a-t-on qualifié Perec vingt ans après sa mort. La formule n’est pas une simple boutade, elle dit quelque chose de la fortune de l’œuvre. Celle-ci a laissé sa marque dans la culture populaire, ce qui n’est pas banal. « Mode d’emploi » est utilisé à tout propos, et « Je me souviens » est devenu une scie. Mais de tels stéréotypes ne présagent pas toujours la présence réelle des livres. De cette présence, la multiplication des publications posthumes, qui rivalisent, du moins en notoriété, avec les ouvrages que Perec publia lui-même, est un indice plus convaincant. Plus significatif encore, le nombre des écrivains, des artistes, des architectes, etc., qui se revendiquent de l’auteur d’Espèces d’espaces. Perec serait-il déjà devenu un classique ? La relative intemporalité que cela suppose ferait alors écho au désir qu’exprimait le titre rimbaldien de son dernier poème, L’Éternité, et qui se lisait déjà dans Les Revenentes : « Je cherche en même temps l’éternel et l’éphémère. »
Perec, pour sa part, se décrivait comme « un paysan qui cultiverait plusieurs champs » : sociologique, autobiographique, ludique, romanesque – ce dernier, tributaire de l’envie (bien naturelle chez un lecteur de Jules Verne) « d’écrire des livres qui se dévorent à plat ventre sur son lit ». Mais on tenterait en vain de ranger ses ouvrages dans quatre cases distinctes. Les quatre perspectives ne s’excluent pas les unes les autres ; elles sont autant de modes de lecture possibles, et compatibles. « Je cherche en même temps l’éternel et l’éphémère » est certes, comme Les Revenentes tout entier, un lipogramme monovocalique (la seule voyelle employée est e) qui inverse l’époustouflant lipogramme en e de La Disparition (où cette voyelle n’est jamais employée) : nous voici au royaume des contraintes, des prouesses, de l’Oulipo. Mais cette phrase envoûtante est aussi, et avant tout peut-être, un mode d’emploi de la vie.
Chez Perec, les contraintes formelles miment en quelque sorte celles, tragiques, de l’histoire, « la grande, l’Histoire avec sa grande hache ». La disparition d’une voyelle dit celle de l’univers familial. La place centrale qu’occupe dans l’œuvre le chiffre 11 est à rapprocher de la date de la déportation, le 11 février 1943, de la mère de l’écrivain. Une vie commence alors qui s’écrira à l’irréel du passé : « Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. » Pas de temps retrouvé euphorique pour Perec. La mémoire demeure lacunaire, et Je me souviens souligne sa fragilité. Aucun palindrome, aucun Voyage d’hiver ne saurait inverser le fleuve du temps. Du moins la fiction peut-elle en suspendre le cours, et donner au monde une forme conquise sur le désordre du réel. C’est à cette ambition que La Vie mode d’emploi et l’œuvre tout entière de Perec doivent leur intensité.

Chronique (Jean-Paul Gavard-Perret)

Perec, pour chaque livre, part en campagne selon des stratégies qui réactivent la littérature. Ses occurrences contrecarrent la masse langagière à coups de sécantes et séquençages. Néanmoins, l’auteur crée des textes où l’aspect contrainte s’oublie facilement : qui ignore la règle du jeu de La Disparition peut le lire comme un livre « normal » sans avoir à pâtir de la béance alphabétique dont le texte est partie prenante.

Les règles qui régissent les « jeux » oulipiens sont donc à la fois importantissimes sans pour autant gêner le lecteur. Perec possède le génie de les faire oublier tout en s’y pliant. Il n’agit jamais en bête de somme fier de montrer ses effets de muscles. Chaque option semble dictée par le désir de dire mieux en des narrations affinées de leurs prémisses et observances. Celles d’un moine laïque, contemporain voire postmoderne, même si Perec nous a quitté trop tôt.

Portant sur l’enveloppement, son œuvre est déjà classique, comme le prouve son intronisation dans La Pléiade – un peu plus importante (euphémisme) que l’onction offerte de manière presque grotesque au brave Jean d’Ormesson. Loin de la simple performance, chaque livre de Perec crée des accès à une valeur haute et autre de la littérature là où plus que jamais forme et fond ne font qu’un.

Retirant la littérature de ses bassins, il la décante. Elle s’ébroue pour des déjeuners sur l’herbe selon des suites de variations qui n’ont rien de pastorales. Ce qu’il retire aux logos par jeu, Perec le restitue au centuple. Etrangère au flot admis par ces parcours gymniques, la fiction devient plus souple. Elle appartient à une élévation rarement atteinte sans pour autant plonger dans la métaphysique. En s’exfoliant, elle fait frémir par son altérité confondante. Chaque texte devient l’aire d’alimentations qui transforment tout récit – et quel qu’en soit l’objet – en courants d’air. Ils ne sont jamais des fabriques du vent. Sinon celui où dans de tels moulins la littérature avance en terre de sarcasmes aussi graves et légers que probants.

7 mai 2017

[News] News du dimanche

En cette soirée de non-événement électoral, si vous voulez changer votre monde de façon originale, faites-le avec de véritables novateurs… Vos RV de mai, donc : exposition à DATABAZ (Angoulême) ; soirée littéraire à Paris autour de Laure Gauthier ; rencontre à Paris avec Suzanne Doppelt ; Benoît Toqué et Antoine Boute à Bruxelles ; exposition Thomas Déjeammes à Tarbes…

 

â–º DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême), exposition du 10 mai au 15 juin 2017 : PARTIES DE L’OPERA, une création d’Olivier Crépin – avec les étudiants de l’ÉESI Antoine Arrinda, Etienne Baron, Mado Chadebec, Marlene C.Kim, Anais Combreau, Roman Lacassagne, Gabriel Louf, Dalia Mansier, Leo Magrangeas, Kane Mooney, Xéni Morgun, Emilie Rolquin, André Valente, Calvin Vigneau, Yunman Zhang

Vernissage le 10 mai 2017 à 18h à DATABAZ

Création transmedia réalisée avec les étudiants de l’EESI dans le cadre d’une résidence partagée EESI / DATABAZ.



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Dans le cadre de sa résidence à l’EESI et à DATABAZ, Olivier Crepin a réalisé deux pièces spécifiques. Elles se situent dans la prolongation de la réflexion qu’il mène sur les formes contemporaines de la bande dessinée – aussi bien en tant que jeune chercheur au sein du Laboratoire d’excellence en Arts (Labex Arts H2H) que dans sa pratique d’auteur et d’éditeur au sein des éditions Rutabaga.

“L’œuvre proposée revisite l’univers des échecs, et trouve des points d’ancrages forts notamment dans la célèbre partie en 17 coups dite « partie de l’Opéra » mais également dans La vie, mode d’emploi de Georges Perec, récit sous contrainte mimant le déplacement de la pièce du cavalier aux échecs ainsi que dans les récits explorant le courant de conscience tels que Ulysse de James Joyce, ou encore Le bruit et la fureur de William Faulkner. L’une de ces pièces, exploitant le support papier de grand format, interroge l’implication du lecteur et les modalités de la bande dessinée exposée. L’autre pièce, au format numérique, lui répond et étend l’univers proposé par la première en nécessitant l’action du spectateur. Il s’agit donc d’une œuvre transmédiatique dont chacune des pièces peut être également perçue comme une œuvre autonome.

L’attention du lecteur-spectateur, ou plus exactement la réflexion sur les degrés d’attention et d’implication dans l’œuvre est au centre de cette création. Thématiquement d’abord , puisque le récit ne se créé vraiment que lorsque l’attention des deux joueurs – personnages principaux du récit – quitte la partie et se reporte tant sur leurs mondes intérieurs que sur leur environnement. Dans le dispositif de l’exposition ensuite, puisqu’il est possible pour chacune des deux pièces d’être survolée, et de n’être le résultat que d’une lecture fragmentaire – le dispositif, morcelé, est spécifiquement conçu pour ça – comme d’être l’objet d’une lecture approfondie des multiples couches attentionnelles qui composent le récit. La lecture numérique proposée ici est d’ailleurs d’emblée présentée comme réceptive si le lecteur-spectateur n’emprunte pas les chemins de traverse mais reste sur la piste principale. Cette réflexion sur l’attention est en effet essentielle car elle est au cœur des deux dispositifs constituants l’oeuvre : le dispositif transmédiatique qui est un dispositif né comme système de captation de l’attention dans un contexte de surproduction et le dispositif de la bande dessinée conçue spécifiquement comme bande dessinée exposée , et non pour être lue au format livre.

Les conditions spécifiques de la résidence et l’implication forte dans l’oeuvre d’un petit groupe d’étudiants très motivés ont permis par ailleurs de faire évoluer le projet dans une seconde direction qui me paraissait fondamentale lorsque l’on parle de récit transmédiatique, ou de coordination d’univers : la notion de dilution de l’auctorialité. Ainsi à partir d’une trame scénaristique construite préalablement s’est noué un véritable dialogue narratif et graphique avec les étudiants impliqués, modifiant en profondeur certains aspects du récit. Ce questionnement crucial est visible d’emblée, puisque l’oeuvre fait le choix d’une polygraphie forte, et de ruptures narratives importantes , renforçant ainsi l’ambiguité entre œuvre unique et récits multiples.” /Olivier Crépin/

â–º Jeudi 11 mai à 20H, centre tchèque de Paris (18, rue Bonaparte 75006) : Recherches, fantaisies et gloses : mouvements dans la pensée musicale. Concert soirée littéraire / organisée en collaboration avec le festival aCROSS.
Programme:

Jean Dussek : La mort de Marie-Antoinette
avec Christophe d’Alessandro, clavicorde

Laure Gauthier : Kas­par de pierre
par Olivier Besson et Benjamin Guillot, comédiens, et
Martin Laliberté, dispositif électronique

François Couperin : 6 pièces de clavecin (La Mont­flambert, Les ombres errantes, l’adolescente, l’âme en peine, le rossignol en amour, la régente)

Interprètes :

Olivier Innocenti, bandonéon
Josquin des Prés : Ave Maria
Diego Ortiz : Ricercari
Jean-Luc Tamby, luth
Christophe d’Alessandro, cla­vicorde

â–º Vendredi 12 mai à 19H RENCONTRE AVEC SUZANNE DOPPELT à l’occasion de la parution de Vak spectra (P.O.L, 11 mai en librairie) – encore un grand Doppelt !

À LA LIBRAIRIE MICHELE IGNAZI

17, RUE DE JOUY

75004 PARIS

01 42 71 17 00


â–º Vendredi 19 mai à 18H30, ISELP Bruxelles (31, Bd de Waterloo)

Performance ENTARTÊTE par Benoît Toqué +
"Lecture Extracosmique, no stress" d’Antoine Boute

>>>>> ENTARTÊTE par Benoît Toqué

" La première fois que je lis l’expression « art dégénéré » écrite en allemand, c’est dans Europeana. Une brève histoire du XXe siècle, de l’écrivain tchèque Patrik OuÅ™edník. En allemand, ça s’écrit entartete kunst. Dans entartete, je lis entarter et tête, ce qui est logique : entarter quelqu’un, c’est lui envoyer une tarte à la crème en pleine tête, la lui étaler sur la face. Je pense à Noël Godin. Je pense à son double fictionnel André Petrescu, l’entarteur du Cosmopolis de Don DeLillo, et à l’adaptation qu’en a faite David Cronenberg pour le cinéma. Je pense à La bataille du siècle, un film de Clyde Bruckman avec Laurel et Hardy. À l’enfritage du premier ministre belge Charles Michel par les Liliths. À l’attaque aux confettis du directeur de la banque centrale européenne Mario Draghi par Josephine Witt. Laurel et Hardy me renvoient quant à eux au duo d’artistes EVA & ADELE , je trouve qu’ils ont comme un air de famille avec les jumelles allemandes. J’achète quelques choux de Bruxelles, je les dispose méthodiquement sur une table, ça forme une histoire. Un enfant débarque, il porte une toge, avec son bâton il dévaste mon château de sable."

Dans le cadre de SYNC! Part 2 HANNAH HOFFMANN par Clovis XV

– Vendredi 19 mai 18h30 > 21h
– L’entrée à un événement (rencontre, projection,…) ou à l’exposition donne accès à toutes les activités liées à SYNC!
– 1,25 €* / 2 €** / 5 € (* Article 27, ** Étudiants)
– Gratuité : Membres, demandeurs d’emploi, < 18 ans, ICOM, IKT

â–º Du 19 au 25 mai, exposition à ne pas manquer de Thomas Déjeammes, l’auteur de la série "DREAMDRUM" sur Libr-critique :



4 mai 2017

[News] Poétiques de l’excès : rencontre avec Amandine André et AC. Hello

Remue.net et Libr-critique vous invitent le mercredi 10 mai à la Maison de la poésie Paris (20H, 157 rue Saint-Martin 75003 – réserver ) : rencontre avec Amandine André et AC. Hello animée par Fabrice Thumerel.

Ce 10 mai, nous aurons l’occasion de nous interroger sur les poétiques de l’excès.
Il y a dix ans déjà, un colloque universitaire s’interrogeait sur l’excès en ces termes : « signe ou poncif de la modernité ? » La modernité – notamment avant-gardiste – nous a en effet habitués à un excès consubstantiel à la jouissance et/ou la violence : songeons aux débordements poétiques et politiques des dadaïstes, à l’intensité métaphorique et hyperbolique des surréalistes, à l’éthique/l’esthétique du cri chez Artaud, à la saturation du sens propre aux formalistes (trop-plein ludique et théorique  dû aux pratiques autoréférentielles et intertextuelles)… Ou encore, plus près de nous, aux tourbillons onomastiques de Novarina, à sa carnavalesque inventivité verbale ; à la langtourloupe de Prigent ; à l’écriture tératologique de Desportes, qui fait déboucher l’excès sur l’extase ; à la punch poésie de Bertin, dynamisée par son moteur à explosions…  

Pour Amandine André, « aucun thème n’est en soi intense et cru, tous les thèmes doivent devenir intenses, c’est la tâche, le travail de l’artiste, travailler sur les sensations, les perceptions, avec comme matériau, pour l’écrivain, la langue.. L’intensité oui. Ces mots de Charles Baudelaire : "Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or" » (on lira du reste avec beaucoup d’intérêt l’intégralité de cet entretien qu’a donné Amandine André à Nantes).
De quels excès deux poètes remarquables comme Amandine André et A.C. Hello, qui ne manquent pas de chien, sont-elles capables ? Pour quels effets subversifs ? Quel vide, quel manque recouvrent leurs excès thématiques, formels, voire politiques ? Le fait que ce soient des voix féminines est-il significatif ? Quels sont leurs rapports à la modernité avant-gardiste ? /FT/

 

Amandine André, De la destruction : « Écrire, c’est détruire l’appartenance : à soi, à son corps, au monde comme à la langue. Ecrire, c’est avoir "tête dans la gueule du mot" (p. 22). La tête, ce lieu non dialectique où se neutralisent l’en-chien et le hors-chien, le sens et le non-sens. Les Agencements Répétitifs Littéralistes ("Chien ordonne la rémission de la métaphore") d’Amandine André (ARL) font se télescoper les signifiés : la langue sait se faire archaïque pour dire le combat entre chien et non-chien. » (suite sur LC : ici)

AC. Hello, Naissance de la gueule : « La gueule, c’est une langue abâtardie, une langue coupée, une langue claque-tête, une langue idiolectale qui fait parfois penser à celle de Guyotat. La langue dérape pour dire le nauséeux, le vertigineux. Une langue dont la forme poétique éclate dans la dernière partie ("Claque-tête"), qui donne des coups d’R dans le Réel » (suite sur LC : ici).

2 mai 2017

[Chronique] Bernard Desportes, La criminelle alliance des populistes

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 20:21

Populiste, démagogique, marquée par le nationalisme, l’anti-élitisme et l’anti-intellectualisme, s’autoproclamant la voix du Peuple, souvent et de plus en plus ouvertement antisémite, après avoir semé la confusion programmatique dans les thèmes autant que dans les cibles avec le Front National, la campagne conquérante de Mélenchon arrive à son terme logique : servir de passerelle ou de marchepied à son double confondant : le Front National.

Se positionnant comme le Chef (le Duce), l’homme providentiel au pied duquel le Peuple va pouvoir se réfugier comme au pied d’un Père, Mélenchon aura repris toute la symbolique des dictateurs sud-américains, toutes les promesses impossibles et les illusions des bonimenteurs populistes avec qui toutes les clartés programmatiques sombrent dans un flou calculé insaisissable au profit des prétendus intérêts d’un Peuple parfaitement désincarné… Cibles :

      la finance, représentée par les juifs (Macron n’était pas seulement banquier, il fut surtout pour Mélenchon comme pour Marine Le Pen banquier de la banque Rothschild, famille tout à la fois juive et européenne, extra-nationale donc, emblème séculaire de la haine de tous les antisémites) ;

      l’élite, traditionnellement représentée par les juifs et la social-démocratie, lesquels symbolisent l’extra-nationalisme, l’ouverture, la mesure, la tolérance et les réformes réfléchies contre les extrêmes. De Léon Blum à Laurent Fabius, ces intellectuels brillants qui représentent tout ce que les populistes haïssent au plus haut point dans leur peur et le rejet d’un monde nouveau – Rothschild étant pour eux le symbole même de ce qui les rassemble dans la haine des juifs sans nation et sans racine.

 

Comme on sait, c’est le refus par les communistes d’une alliance avec les sociaux-démocrates, c’est-à-dire la haine de la social-démocratie par les communistes qui a permis l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne.

A quoi assiste-t-on aujourd’hui ?

En refusant d’appeler à voter pour Macron (ancien ministe d’un gouvernement socialiste et ancien banquier de la banque Rothschild), Mélenchon et une grande partie des mélenchonistes sont prêts à œuvrer à l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir plutôt que de se “salir les mains” en appelant à voter Macron. C’est une responsabilité historique : un crime contre la démocratie, un crime contre  la pensée libre.

Mais qui paiera le tribut le plus lourd en cas d’arrivée au pouvoir du Front National ? le peuple, bien sûr, ce peuple dont les populistes se gargarisent mais qu’ils méprisent ainsi profondément.

Question (pour aider le leader grec de la gauche Yanis Varoufakis qui ne comprend pas l’attitude de Mélenchon pour ce second tour) : pourquoi Mélenchon a-t-il appelé à voter Chirac contre Jean-Marie Le Pen (quand le Front National ne représentait que 18 % contre 40 % aujourd’hui) ? C’est que Chirac ne représentait pas les deux haines fondamentales des populistes : la social-démocratie et les juifs… C’est aussi que depuis 2002 les programmes de Mélenchon et de Marine Le Pen n’ont cessé de se rapprocher jusqu’à se confondre…

Comme on le sait, un certain nombre d’intellectuels ou d’artistes (l’élite donc, et des nantis quoi qu’ils disent), généralement proches du Parti communiste, refusent de se “salir les mains” et appellent à s’abstenir plutôt que d’appeler à voter Macron – alors qu’ils savent parfaitement que l’abstention favorise Marine le Pen… Leur argument fallacieux ne tient pas : voter pour Macron ne signifie pas adhérer à son programme, mais faire le seul geste possible contre l’arrivée au pouvoir du fascisme.

Cette lâcheté intellectuelle qui consiste à ne pas prendre parti dans une situation aussi grave les déhonore historiquement.

1 mai 2017

[News] Libr-News

En ce 1er Mai, accordons-nous un temps de Libr-réflexion… Et notons des RV stimulants : à Bruxelles autour de la pop culture ; à Paris, avec P. Bouvet et S. Bourmeau ; à Apt, avec J.-M. Gleize ; à la Maison de la poésie Paris, avec F. Matton ; à Caen pour le festival Ici poésie…

Libr-carnet critique /Fabrice Thumerel/

♦ En ce 1er mai, on méditera l’article de Nicolas Roméas, "Bref résumé de la situation (contagion de la maladie psychosociale)".

♦ Larmes des Marie en ce jour de Muguet
                Demos gratos
Fi des grigris républicains
des flonflons et des clochettes
fini de conter fleurette à Marianne
À bas bandeaux et bandits !

♦ En ces temps d’eaux troubles, l’avenir est aux malins ! (1) Rien d’étonnant, donc, à ce que tous les candidats à la présidentielle s’autoproclament anti-système

♦ Que penser d’une République dans laquelle les journalistes qualifient de "battles" aussi bien les matchs de foot que les débats politiques ? D’une République dans laquelle des escrocs peuvent être plébiscités par des citoyens qui confondent cécité et nécessité ? D’une République dans laquelle ces citoyens ont le choix entre la dictature économique et la dictature totale (autoritariste, moraliste… et économique !) ? Car le lepénisme père & fille est à la fois un capitalisme et un nationalisme extrêmes et réactionnaires.
Comme souvent, le désarroi peut pousser un troupeau à se jeter dans la gueule du loup…

♦ Le moralisme anti-FN n’est pas de mise : seules la réflexion et l’action d’un NOUS à refonder sont de nature à endiguer les racines du mal social.

♦ La violence anti-FN n’est pas de mise : elle ne fait que renforcer la violence de l’ordre dominant.

♦ Si le choix du candidat le moins extrême s’impose, il ne permet pas pour autant de faire l’économie d’une réflexion et d’une action cruciales.

♦ Le capitalisme étant entré dans la phase critique de la crise systémique, il ne faut pas compter sur la classe politique pour y remédier. Soit les peuples pèsent de tout leur poids et inventent d’ingénieux moyens d’action, soit l’Ordre néolibéral – celui de la Goldman Sachs et consorts – trouvera comme issue un pouvoir extrême-droitiste.
Sans vertu, il n’y a pas de démocratie, affirmait déjà Montesquieu.

(1) Clin d’œil à Bel-Ami de Maupassant.

Libr-événements

â–º  SYNC! Part 2
➨ HANNAH HOFFMAN par Clovis XV
Du 2.05 au 22.05
Activation Vendredi 5.05 / 18h30-21h
+ Performance Clément Delhomme

➨ Pour la deuxième partie de SYNC!, Clovis XV propose un univers lié au monde de la pop culture. Fiction Pop est à l’origine une édition réalisée par Anastasia Bay et Clément Delhomme. Ces deux artistes ont invité des plasticiens, écrivains ou performeurs à imaginer un univers de papier commun mais purement fictif autour de la figure d’Hannah Hoffman. Un moyen de montrer ce qu’incarne pour le collectif, la notion d’idole. Concept où chacun projette ses envies comme ses névroses. Cette invitation à un imaginaire collectif fera surgir des thèmes qui gravitent autour de la culture pop : la musique, le fanatisme, le féminisme ou encore les psychotropes,…

➨ Cette édition servira de point de départ à la mise en espace d’une exposition activée lors de 3 soirées performatives prenant corps hors de la publication. De plus, une invitation sera faite à d’autres types de communautés rassemblées autour d’une passion commune (archers, joueurs,…) d’amener des indices de leur présence, voire de leur effervescence, au sein des espaces de l’ISELP transformés pour l’occasion en lendemain de meeting ou de messe évangéliste…. à suivre donc !

➨ Clovis XV est un espace dédié à l’art contemporain, ouvert en novembre 2014 à Bruxelles par Anastasia Bay et Julien Saudubray, issus du collectif IDIOM, sur un modèle de galerie non-profit. Ce lieu donne carte blanche à des artistes et commissaires d’expositions afin de découvrir la jeune création actuelle dans des expositions individuelles ou collectives.

➨ Vendredi 12 mai / 18h30: Performance 这是中国 de aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii

➨Vendredi 19 mai / 18h30: Performances Antoine Boute et Benoît Toqué

Plus d’infos:
➨ http://bit.ly/2qimmPE
➨ iselp.be
➨ clovisXV.com

â–º Vendredi 5 mai à 19H, Maison de la poésie Paris : Archéologie des médias, Patrick Bouvet & Sylvain Bourmeau ; musique : Térence Meunier.

Avec sa Petite histoire du spectacle industriel, Patrick Bouvet immerge le lecteur au cœur d’une expérience sensorielle singulière : emprunter un roller coaster littéraire pour vivre à vive allure l’implacable avancée des techniques médiatico-politiques, de l’invention de la guillotine aux expositions de Jeff Koons, en passant par la rencontre entre Disney et l’inventeur des V2.

Avec son Bâtonnage, Sylvain Bourmeau tente de faire advenir la poésie à travers ce que Mallarmé considérait comme son envers : « l’universel reportage ». Geste littéraire mais aussi regard critique porté sur l’évolution d’un l’espace public désormais saturé d’informations. L’un comme l’autre procèdent d’une forme poétique d’archéologie des médias.

À lire – Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel, éd. de l’Olivier, 2017 – Sylvain Bourmeau, Bâtonnage, Stock, 2017.

 

â–º Ve 5 mai, de 20H à 23H, Apt : Soirée Cris poétiques, avec Sacha Steurer & Jean-Marie Gleize.

Lectures de Sacha Steurer et de Jean-Marie Gleize, avec une video-projection conçue et réalisée par Giney Ayme. Soirée présentée par Jean de Breyne et Florence Pazzottu. Un partenariat Vélo-Théâtre, l’Ollave et Alt(r)a Voce. Tarif unique 5 euros. Restauration sur place. Réservations au 04 90 04 85 25 ou velos@velotheatre.com. Le Vélo Théâtre Pépinière d’entreprises Route de Buoux 84400 Apt

Ci-dessous le visuel de Giney Aymé, extrait de L’Histoire de la poussière, livre d’artiste constitué uniquement d’originaux et de manuscrits. Ce vendredi, Giney Aymé va projeter une vidéo à l’aveugle, découvrant en même temps que le public la voix de Jean-Marie Gleize.

 â–º Jeudi 18 mai à 19H, François Matton à la Maison de la poésie Paris
François Matton – Exercices de poésie pratique
Rencontre avec l’auteur & lecture par Pierre Baux

« Votre existence manque cruellement de poésie. Ce n’est plus tenable, il est urgent de vous ressaisir. Pour cela, suivez le guide. » Avec ses délicieux Exercices de poésie pratique, François Matton déconcerte en proposant au lecteur de se prêter à de véritables expériences, minimes mais bouleversantes : par exemple retourner le sens ordinaire de la perception, se désidentifier de son corps, disparaître un instant, ronronner d’aise sans plus penser à rien, revenir à notre béatitude première, prendre un bain de présence et devenir l’océan. Avec la même distance amusée que dans ses précédents livres dessinés, il nous invite à « devenir le maître du monde, sa source enchantée, le poète des poètes ».
Le comédien Pierre Baux se fera pour l’occasion professeur-gourou et lira plusieurs de ces exercices de poésie pratique, que François Matton commentera en les reliant à sa pratique si singulière de l’observation et du dessin. Ne vous laissez pas faire : « il est plus que temps de reprendre place dans une vie poétique digne de votre excellence » !

À lire – François Matton, Exercices de poésie pratique, Editions POL, 2017.
À voir – Des aquarelles de François Matton réalisées durant une résidence à Québec seront exposées pendant le mois de mai à la Maison de la Poésie – Scène littéraire.

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

â–º Les samedi 13 et dimanche 14 mai, Festival Ici poésie à Caen

 

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