Libr-critique

30 août 2017

[Création] Corinne Lovera Vitali, Autant-autant (C’est la valise #3)

Au commencement, une valise pleine de notes devenues illisibles – et donc poétiques… Et une série : "C’est la valise".

Après l’épisode #2 de la série "C’est la valise", ”voudrais savoir”, nous continuons le dialogue avec Corinne Lovera Vitali pour cet épisode #3, en double bande : "Autant-autant" ou comment transcrire une lecture de Thomas Hardy en français-fautif…

29 août 2017

[Livres] Libr-vacance (2)

On profite de la fin de l’été pour prendre le temps de faire le point : qu’a-t-on pu manquer ces derniers temps comme lectures importantes ?… Une Libr-sélection de 5 livres vous est d’abord présentée, puis 30 titres vous sont recommandés. [Libr-vacance 1]

Libr-sélection /FT/

â–º Jacques BARBAUT, H ! Hache ! Hasch !, Nous, Caen, 2016, 112 pages, 16 €.

On connaît l’attrait des Lettristes et des Oulipiens pour les lettres de l’alphabet. Dans cet opus plein de fantaisie, qui ressortit à la fois à l’ouvroir poétique, au dictionnaire de littérature, des formes et des symboles, l’auteur alterne divagations, graphismes et citations passionnantes et érudites.

â–º Guy BENNETT, Ce livre, traduit de l’américain par Frédéric Forte et l’auteur, éditions de l’Attente, 2017, 96 pages, 11 €.

À la suite des Poèmes évidents, Ce livre fonctionne de façon ironique, dévoilant les stratégies scripturales / éditoriales. N’est pas épargné « le monde de l’édition en ligne, où l’écriture se dit simplement "contenu", les écrivains "fournisseurs de contenu" et les plateformes d’édition en ligne […] "systèmes de gestion de contenu" » (35)… Vous y attend tout l’outillage moderne et contemporain : réflexivité, autoréflexivité, post-littérature, édition post-matérielle

â–º Jérôme BERTIN, Lettre à Nina, Atelier de l’Agneau, St-Quentin-de-Caplong (33), été 2017, 20 pages, 9 €.

Moins légère que les rimbaldiennes "Réparties de Nina", cette Lettre à Nina – Nina, "garçonne à cheveux corbeau" – qui commence par "Cher Amour" constitue un oasis azuré dans l’œuvre de Jérôme Bertin : le romantisme noir se fait bleu-rose et l’écriture tire un peu du côté du symbolisme, voire du surréalisme :

"que je vertige en ré mi
sol tranché par
ta pro-

messe masse noire
de tes che-
veux fous" (14).

â–º Paul de BRANCION, L’Ogre du Vaterland, éditions Bruno Doucey, été 2017, 120 pages, 14,50 €.

Où il est question d’un père "retors jusqu’à la fellation du monde", de "Ich" que ne peut supporter Léon Jacques S., d’une configuration familiale digne du conte – d’un récit qui dialogue avec des extraits des contes de Perrault. Un bonheur de lecture vous attend avec cette autofiction fantaisiste en double bande.

"Ich aimais Platon et Socrate car ces deux pédérastes-là ne trouvaient pas grâce aux yeux de Léon Jacques" (43).

â–º Laurent GRISEL, Climats, Publie.net, hiver 2015-2016, 88 pages, 9,50 €.

Voici "une épopée" du climat, avec chiffres, histoires et Histoire… Et ce type d’agencement répétitif pour mettre en évidence les mécanismes implacables : "la lutte entraîne la répression / qui entraîne la lutte / qui entraîne la répression / qui entraîne la lutte" (p. 13) ; "moins d’eau donc moins d’arbres / donc moins d’eau des nuages accrochée par les arbres / donc moins d’arbres / donc, de saison en saison / de moins en moins / d’eau" (27)…

Libr-critique a reçu, a lu et recommande

♦ Nadine AGOSTINI, Ariane, éditions Contre-Pied, coll. "Autres & Pareils", Martigues, automne 2015, 28 pages, 4 €.

♦ Jean-Luc BAYARD, P.O.L nid d’espions, P.O.L, été 2015, 222 pages, 16 €.

♦ Sereine BERLOTTIER, Louis sous la terre, Argol, 104 pages, 18 €.

♦ Jean-Pierre BOBILLOT et Sylvie NÈVE, Vers de l’âme-hors, Plaine page, Barjols, automne 2016, 54 pages, 10 €.

♦ Nicolas BOUYSSI, Décembre, P.O.L, printemps 2016, 496 pages, 22 €.

♦ Mircea CARTARESCU, La Nostalgie, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, P.O.L, février 2017, 496 pages, 29,90 €.

♦ Angela CARTER, Les Machines à désir infernales du Dr. Hoffman, éditions de l’Ogre, hiver 2015-2016, 356 pages, 23 €.

♦ Franck DOYEN, Collines, ratures, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2016, 58 pages, 14 €.

♦ Virginie GAUTIER, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, Publie.net [version papier + numérique], 2014, 84 pages, 12 €.

♦ Liliane GIRAUDON, L’Amour est plus froid que le lac, P.O.L, décembre 2016, 106 pages, 13 €.

♦ Rada IVEKOVIC, Réfugié-e-s. Les Jetables, Al dante, Marseille, été 2016, 88 pages, 13 €.

♦ Gabriel JOSIPOVICI, Infini. L’histoire d’un moment, traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2015-2016, 158 pages, 18 €.

♦ Anne KAWALA, Le Déficit indispensable, Al dante, 2016, 152 pages, 17 €.

♦ Claudie LENZI, Elle t’enceinte, Plaine page, 32 pages, 5 €.

♦ Cédric LERIBLE, Giratoires, Plaine page, Barjols, printemps 2015, 70 pages, 5 €.

♦ Cécile MAINARDI, L’Histoire très véridique et très émouvante de ma voix de ma naissance à ma dernière chose prononcée, éditions Contre-Pied, hiver 2016-2017, 36 pages, 4 €.

♦ NATYOT, Je suis d’accord, Plaine page, "Les Oublies", été 2017, 28 pages, 5 €.

♦ Leopoldo María PANERO, Ainsi fut fondée Carnaby street, Le Grand Os, Toulouse, automne 2015, 88 pages, 12 €.

♦ Anne PORTUGAL, Et comment nous voilà moins épais, P.O.L, mai 2017, 124 pages, 13 €.

♦ Dominique QUÉLEN, Éléments de langage, Publie.net, coll. "L’Inadvertance" dirigée par François Rannou, automne 2016, 272 pages, 20,50 €.

♦ Jacques REBOTIER, Black is black, Plaine page, coll. "Les Oublies", 14 pages ([petit coffret original], 5 €.

♦ Jean Louis SCHEFER, Squelettes et autres fantaisies, Main courante 5, P.O.L, printemps 2016, 160 pages, 14 € ; L’Image et l’Occident. Sur la notion d’image en Europe latine, ibid., printemps 2017, 142 pages, 13 €.

♦ Patrick SIROT, Procès verbal, Plaine page, 110 pages, 10 €.

♦ Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, La Lettre volée, Bruxelles, hiver 2015-2016, 80 pages, 15 €.

♦ Juliana SPAHR et David BUUCK, Une armée d’amants, traduit de l’anglais (USA) par Philippe Aigrain, Publie.net, 2016, 150 pages, 15 €.

♦ Anne de STAËL, Le Cahier océanique, La Lettre volée, hiver 2015-2016, 160 pages, 19 €.

♦ Rudolf di STEFANO, Vive le cinématographe !, Al dante, hiver 2014-2015, 200 pages, 17 €.

♦ Jean-Jacques VITON, Cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra, P.O.L, hiver 2016-2017, 80 pages, 13 €.

♦ Julie WOLKENSTEIN, Le Mystère du tapis d’Ardabil, P.O.L, hiver 2015-2016, 384 pages, 23 €.

24 août 2017

[News] Libr-news

En cette reprise, quelques Libr-événements pour finir l’été comme il se doit : RV à la GAD de Marseille, avec notamment Liliane Giraudon ; à la Librairie Charybde, avec Antoine Mouton ; au Centre Pompidou pour le festival Extra !…

â–º Du 24 au 27 août 2017 :

â–º Jeudi 31 août à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : rencontre avec Antoine Mouton pour son dernier livre Imitation de la vie (Christian Bourgois).

â–º Du 6 au 10 septembre 2017, FESTIVAL DES LITTÉRATURES HORS DU LIVRE / 6 septembre, en ouverture du festival, remise du PRIX LITTÉRAIRE 
BERNARD HEIDSIECK – CENTRE POMPIDOU


Le Centre Pompidou crée le festival Extra !, festival des littératures hors du livre, ainsi qu’un prix littéraire inédit. Avec ce nouveau rendez-vous, le Centre Pompidou souhaite mettre en lumière les formes variées que prend aujourd’hui la littérature affranchie du livre.

Au 20e siècle, du mouvement Dada au poète Bernard Heidsieck, les avant-gardes littéraires ont voulu échapper aux contraintes du livre et ont promu de nouvelles formes de poésie ; sonore, visuelle, bruitiste…
 Dès 1977, le Centre Pompidou a été un lieu d’accueil et de soutien à la « poésie debout » et au « hors-livre » comme disait Bernard Heidsieck. Extra ! célèbre ces autres formes de la littérature à travers plusieurs événements.

Au programme : des performances d’écrivains (Emmanuelle Pireyre, Laura Vazquez et Arno Calleja, Hugues Jallon),  des spectacles avec le comédien Laurent Poitrenaux et la maîtresse de cérémonie Catherine Robbe-Grillet, un showcase avec le rappeur Elom 20ce, des conversations théoriques proposées par l’universitaire Lionel Ruffel à l’initiative de Radio Brouhaha (avec Elitza Gueorguieva, Roger Chartier, François Bon) pour explorer, en trois temps, la turbulente histoire de la littérature récente. L’art contemporain est présent avec Martine Aballéa qui réalise la scénographie d’ Extra !, au Forum -1, transformé en un espace de rencontres littéraires, verdoyant, intitulé « Le Salon dans la Vallée ». L’artiste Laure Prouvost inaugure le festival avec une performance narrative, et Julien Bismuth vient chaque jour écrire une page de texte, projetée au mur. Des projections de films documentaires et de films d’artistes font écho à l’histoire et au présent des littératures hors du livre.

Extra ! imagine pour les enfants une programmation hors livres, à mi-chemin entre lecture d’albums, karaoké et jeu vidéo, en partenariat avec le Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.
En lien avec la Librairie Flammarion du Centre Pompidou, Extra ! s’inscrit également dans la rentrée littéraire en invitant des écrivains : Celia Houdart, Antoine Boute, Yannick Haenel, impliqués dans les formes du hors-livre. Un club de lecteurs ouvert au public se réunit pour commenter les livres de la rentrée littéraire, le temps d’un « Apostrophe dans ma cuisine » en référence à l’émission de Bernard Pivot.

Equipe de programmation : Jean-Max Colard, Aurélie Olivier, William Chamay, Aurélie Djian, Magali Nachtergael

21 août 2017

[Chronique] Spéciale Philippe Jaffeux, par Christophe Stolowicki

En cet été 2017, trois publications  de Philippe Jaffeux : Deux, éditions Tinbad, 236 pages, 21 €, ISBN : 979-10-96415-04-5 ; Glissements, éditions Lanskine, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-54-0 ; 26 tours, éditions Plaine page, Barjols, 60 pages, 10 €, ISBN : 979-10-96646-05-0.

Trois livres parus à peu d’intervalle : un épais volume, une plaquette haute, un livre-objet. De « IL » en « nous » deux personnages en quête d’auteur croisent décroisent un écrivain prolifique, « protéiforme », happant l’émulation de ses lecteurs. « Les inachèvements inacceptables de son inaction inavouables inaugurent l’inamovibilité » d’un, apophatique qui démontre sinon l’existence de Dieu celle de son suppôt, sautant l’obstacle de l’automaticité de la négation de clocher en clocher d’un steeple-chase alternatif, d’antiphrase en paraphrase, de triple à quintuple dérobade. Son nuancier de l’être épris de glissements, pris de convulsions, une colossale performance le laboure en boustrophe. À preuve par neuf fois 26 tours une somme de soustractions épouse épuise la matière critique d’une prodigalité nerveuse. Nul commentaire ne l’épaississant assez pour défaire le nœud gordien dont nous nargue la tranche, son exhaustivité devançant les objections en y abondant, au gré de la dissociation libre, de la contrainte assistée par ordinateur – nous nous le rappelons et il voyage, rimbaldien Génie qui abolit, surmultiplie le mallarméen « hazart ».

 

Deux. Un très fort joueur de whist, d’échecs, de bridge à pont d’aplomb du Pantalon d’une commedia dell’arte s’installant dans la petite ville de notre microcosme, une passion du jeu s’empare des piliers de fumoir qui ne mangent ni ne boivent à son instar – rajoutée aux Diaboliques de Barbey d’Aurevilly cette hypertrophie de l’intelligence, cette « mise en abyme d’un vide tautologique » dont l’auteur est le critique et la plaie, la victime et le dérouleur d’un supplice savant. Aux contraintes de temps et de lieu, à la déclamation cornélienne un classique contemporain substitue celles de l’abstrait récurrent. « Les mots qui ouvrent sa bouche savent pourquoi nous sommes enfermés dans une langue qui nous ignore », le pasticheur allonge d’une rasade d’eau claire un vin de grande garde.

 

Un tireur de cartes numériques traque une suite de métathèses imprononçables. Plutôt que Bételgeuse ou Altaïr un appoint à la ligne suscite Becrux,  Hadar, Zubra, chaque fin de vers semant en décrochage alphabétique la dent de lait de géant du vers suivant. Par glissements un poète sériel déplace lacunaire de proie en proie aux commissures priseuses de la langue le curseur de son déboîtement. Muet à tire d’ailes « un gentil cul prend le pouls d’un outil avec le fusil d’un fils saoul. »

 

Quand ellipse, hyperbole, parabole, les trois sections coniques ont leur répondant littéraire, la spirale manque à l’appel, laissant pendre dans le vide de métaphore ses anneaux rouillés – Jaffeux en 26 tours de son trope favori, 26 coups de cachet tournant sur les parois d’une grotte platonicienne en trompe-l’œil magrittéen, piégeant du non-sens en ses volutes répare une lacune.

 

La poésie expérimentale relevant non du laboratoire de la langue mais de la vie à vie à mort en mots, prendre Jaffeux au sérieux discursif non au tragique serait le trahir.    

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