Libr-critique

30 juin 2014

[Création] Thomas Déjeammes/Antoine Simon [Dreamdrum – 16]

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Cette seizième contribution au projet initié par Thomas Déjeammes propose un drôle de dialogue entre texte et image, écrivain et photographe. [Lire/voir Dreamdrum 15]

 

 

Oui, bon ben, voilà, là je sens que ça va pas te plaire. Peut-être vaudrait mieux que tu fasses ton sudoku (qui porte bien son nom), ou alors que tu regardes TF1 (prononcer Tfun). Y en a qui disent qu’ils regardent Tfun pour se vider la tête. C’est faux : pour regarder Tfun il faut déjà avoir la tête vide.

Bon ben, tu vois, je fais des phrases avec des machins remâchés, des sujets, des verbes, tout le fourbi de création du monde, et alors, au lieu de rester dans l’indistinction primordiale, de macérer dans l’inconnaissance, voilà que ça prend forme. C’est drôle…

Et puis si t’es encore là, tant pis pour toi, ou tant mieux. Je ne sais pas. Je ne suis pas expert en savoir. Ce serait plutôt l’inverse En tout cas ce que je peux te dire c’est que la photo de Thomas Déjeammes me projette dans ce que la majorité verront comme un poncif : les vers de Rimbaud, tu sais Elle est retrouvée… et justement là il s’est produit un changement soudain dans ma compréhension du poème: ça fait environ cinquante-cinq ans que je le connais et j’ai toujours vu Rimbaud debout, le regard fixé sur l’horizon. Soudain j’ai vu le mec allongé sur la plage et saisi par ce qu’on peut appeler un sentiment océanique, que d’autres nommeraient satori, éveil (partiel), état de jivan mukta, ou que sais-je.

Un sentiment qui est sans doute le plus profond que l’on puisse espérer expérimenter – toute religiosité mise de côté. Sentiment peut-être bien plus partagé qu’il paraît. Mais la plupart n’ont simplement pas les mots pour le faire exister à posteriori et se contentent du j’étais bien qui fait perdre l’expérience. Une expérience que j’ai éprouvée de rares fois, et dont je me garde de garder la nostalgie, ce serait idiot. Curieusement c’est toujours pour moi à travers la nourriture et pas devant de grandioses paysages : en mordant dans une carcasse de poulet à Tolède en 1967, dans un sandwich au poisson mazouté à Istambul en 1988. Je l’ai évoqué dans Contre-Chant (Gros Textes).

J’ai aussi établi ce parallèle : Un orgasme parfois / te révèle le réel / te donne le goût / de ce que pourrait être / ta vie. Imagine que toute ta vie se passe à ce niveau de ressenti… La différence : l’orgasme n’est qu’une émotion, la plus noble sans doute, et pas un sentiment, tout comme le sous-officier ne sera jamais officier (oui, d’accord, la comparaison…). Bon, je t’avais prévenu…

26 juin 2014

[Libr-relecture] Chorus d’enfer : Duprey, Tarnaud, Rodanski, par Jean-Nicolas Clamanges

Patrice Beray, Pour chorus seul, Éditions Les Hauts-Fonds, Brest, automne 2013, 70 pages, 14 €, ISBN : 978-2919171-02-6.

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« Le sang monte quelquefois à la tête, lorsqu’on s’applique à tirer du néant une dernière comète, avec une nouvelle race d’esprits. »

Lautréamont

 

Dans cet élégant petit livre donné comme un « essai poétique » plus particulièrement dédié aux poètes Jean-Pierre Duprey et Claude Tarnaud, Patrice Beray présente une approche incisive des enjeux dramatiques partagés par la jeune génération surréaliste d’après-guerre, déchirée entre ce que Char appelle « un héritage sans testament » sur le plan de l’Histoire et la difficulté du mouvement surréaliste à accueillir durablement certains météores porteurs d’intensités comme celle-ci : « Notre nuit inhumaine nous a roulés ensemble jusqu’aux profondes profondeurs, et ce qui nous anime s’appelle la joie du gouffre » (Duprey, Derrière son double, rédaction en 1949).

 

Jean-Pierre Duprey

 

Dans ces parages où l’humour est un dieu noir, P. Beray a raison de souligner qu’on rencontre souvent chez Duprey « l’effroyable à lire », au sens de ce qui s’y reflète de la souffrance mentale endurée : « il ne fait pas de la poésie : il essaie de décrire ce qui se passe – ce qui est en train de se passer » (B. Noël) ; mais on peut regretter, à mon sens, que l’essai néglige ce que cet effet de « direct » bouleversant signe d’une poétique : Duprey cherche en effet à formuler une expérience pour laquelle aucune langue ne sera jamais prête, sauf à la forcer en recomposant, dans une sorte de désagrégation (re)créatrice, ce qu’elle a de plus intrinsèque : ses automatismes associatifs, ses locutions figées, ses clichés et ses stéréotypes, ses constructions basiques ; j’avais essayé, naguère, d’en esquisser l’approche ici. Mais pour autant, l’écriture n’est pas son seul mode d’expression : dans les longs intervalles où il s’en absente (deux tiers de son œuvre sont écrits dans l’année 1949, il n’y revient qu’en 1955-59, avant de disparaître), il se consacre à l’élaboration de sculptures de métal et de ciment toutes griffes dedans autour du vide (quatre reproductions photographiques en sont offertes) qu’il faut sans doute regarder comme la face de silence et de nuit de ces envers du corps qu’il hante mentalement : « C’est ici, disait une voix, c’est ici que j’apprends à défaire mon corps… J’ai déchiré mon corps, cette mâchoire autour d’un creux. Et mon geste, c’est l’espace cerné, le moule, en griffes radiées, réversible à l’image d’un gant de nuit cloutée… Et je préfère m’ouvrir les mains. » (« Les États-réunis du métal aux chutes communes du feu », in La Fin et la manière, rédaction en 1959).

 

– Quant à ce qu’il lui fallut affronter d’épouvantable, lisez donc ce rêve :

 

                « C’est ainsi que je descends l’escalier d’une maison inconnue,

     un soir, sans tenir la rampe, car l’escalier

est large et les marches faciles. Et puis tout

                          de même, la rampe, la rampe est si lisse, d’un éclat si soyeux

                             que je suis tenté d’y porter la main. Dès que je

                     l’ai effleurée, je sens en contrepoint le toucher

                 imperceptible d’une présence derrière moi. Avec

                             un peu d’effroi, je continue à descendre et cela descend

                                   avec moi. Je me hâte et cela se hâte derrière moi.

                                       Je me retourne et vois une femme grande et mince

     qui me suit, sans faire le moindre bruit. Son

vague sourire me rassure et je la regarde mieux pour

                 être tout à fait délivré de mon épouvante. C’est

                            alors que son sourire se déforme, tout en douceur

            vers plus de douceur et qu’elle semble descendre,

              toujours sans bruit, imperceptiblement plus vite,

                       gagner sur moi, réduire la distance qui nous sépare.

                           Son sourire, attentif à fixer mon regard se fige

         et c’est alors que je vois ses dents.

 

Durant ces périodes, la sculpture est en sommeil. Je dois attendre, apprivoiser mon rêve, le rendre docile, me familiariser avec Cela qui veut éclater, jusqu’à la nuit où je rêve que je laisse Cela descendre jusqu’à moi malgré son sourire épouvantable, que Cela se fige et devient statue.

 

Alors la statue me tend une pierre blanche, trop blanche, trop lisse et je sais que c’est la matrice du vide » (Extrait de Réincrudations, fin 1958-début 1959).

 

Chorus par temps opaque : la décennie d’après-guerre

 

C’est dans l’aventure de la revue NÉON (1948-1950) et celle des éditions du Soleil noir animées par François Di Dio, que se sont condensées et consumées les puissantes affinités électives qui ont attiré au surréalisme, avec le retour de Breton en France, les trois comètes qui font le sujet de l’essai, auxquelles se lie également, mais plus tard, la grande figure de Ghérasim Luca (Héros-Limite, 1953). C’est Rodanski qui trouve le nom de la revue : « N’être Rien Être tout Ouvrir l’être (Néant Oubli Être)… », quant à Duprey, il participera au dernier numéro en 1950, avec la « Lettre du sieur H qu’il envoya à lui-même », avant que Le Soleil noir ne publie l’édition originale de Derrière son double, tandis que Breton insère un extrait de La forêt sacrilège dans la seconde édition de l’Anthologie de l’humour noir, en présentant ainsi son auteur : « il ne dépend ni de lui ni de moi que dans la composition de l’humour noir, aujourd’hui par rapport à il y a dix ans, il faille forcer la dose du noir pur. Le génie de Duprey est de nous offrir de ce noir un spectre qui ne le cède pas en diversité au spectre solaire ». Au reste, l’opacité dont l’époque était porteuse infiltrait le groupe surréaliste lui-même : lorsque deux ans auparavant, les dissensions de Breton avec le peintre Matta provoquèrent l’exclusion de Tarnaud, Rodanski, Jouffroy et Alexandrian, en compagnie du peintre Victor Brauner, leur situation sera bien résumée par cette phrase de Rodanski : « sortis de là, nous nous trouvons libres – mais seuls éperdument ». S’éclaire ainsi le titre de l’essai, Pour chorus seul : rien moins que d’affronter en solo la liberté grande de l’expérience poétique entendue comme « réel absolu » (Novalis) où l’écriture double comme son ombre l’errance de la quête, quand elle n’est pas l’expérience même.

 

Cela dans un contexte historico-culturel marqué par un « retour au réel » tout autrement entendu on le sait, avec l’hégémonie de la problématique de l’engagement issue de la Résistance, tant sous l’égide d’Aragon et des Lettres françaises, que dans l’aura de la revue Les Temps modernes et du Sartre de Qu’est-ce que la littérature ? (1947-48) ; quant au champ propre de la création poétique, Ponge promeut un Parti pris des choses (1942) qu’on peut lire comme un retour à Lucrèce, et Bonnefoy découvre l’ontologie de la Présence qui sera désormais l’axe de son œuvre (Du Mouvement et de l’immobilité de Douve, 1953), rompant ainsi ses liens avec une mouvance au sein de laquelle il avait créé avec Tarnaud, en 1946, l’éphémère revue La révolution la Nuit. Cela dit, le paysage artistique est plus complexe, et P. Beray fait bien de rappeler, contre la tendance de l’histoire littéraire actuelle à enterrer le surréalisme de l’après-guerre, ce qui persiste de Haut lyrisme en cette « basse époque » (Duprey) de l’imagination fabuleuse, chez des écrivains comme Malcolm de Chazal, Mandiargues, Schéhadé, Gracq, Guy Cabanel chez qui Breton sentait crépiter « la voie d’étincelles » (À l’animal noir, 1958), ou encore  Joyce Mansour (Carré blanc paraît au Soleil noir en 1966); avec surtout la bouleversante présence d’Artaud dont l’œuvre et la personnalité ont tellement influencé Rodanski et Duprey (la conférence du Vieux-Colombier et la lecture radiophonique de Pour en finir avec le jugement de Dieu se déroulent en 1947-1948). Ainsi leurs chorus si radicalement singuliers participent-ils d’une micro-communauté jouant au revers de l’époque une sorte de choral aussi intense que dispersé ; quant à ce qu’ils ont inscrit, en passant, « au tableau noir de ce temps opaque » (Rodanski), il ne nous reste que des textes laissés in extremis (le dernier manuscrit de Duprey, juste avant son suicide à ving-neuf ans, s’intitule La Fin et la Manière), ou des pages abandonnées au fil des dérives en diverses mains et divers lieux (c’est le cas des récits et poèmes de Rodanski datant de 1948-1952, récemment publiés aux éditions Des cendres et chez Gallimard par F.-R. Simon). Sachant enfin, last but not least, que l’un et l’autre vivaient dans la plus grande insécurité matérielle : ce n’est que deux ans avant sa mort que Duprey peut louer un atelier rue du Maine, quand à Rodanski, il alterne l’hospitalité de rares amis avec la solitude des chambres d’hôtel, jusqu’à son enfermement définitif en no man’s land.

 

Pour autant qu’on le sache, et si étrange que cela soit, ces deux passagers de la Nef sans retour ne se sont pas connus.

 

Claude Tarnaud

 

Cette quête de soi au royaume des doubles « où nous étions personne et où l’absent était nous-même au fond de moi » (Duprey, Derrière son double), et ces rendez-vous avec l’invisible où l’on « joue l’existence pour d’autres comme en rêve » (Rodanski, Lancelo et la chimère), P. Beray montre bien qu’ils sous-tendent également l’œuvre de Claude Tarnaud, dont l’alphabet est pour ainsi dire constitué des existences réinventées de tous ceux qui ont croisé son destin, à partir de la certitude (partagée avec Rodanski en amitié indéfectible) « qu’un nouveau méta-romanesque (mythique-vécu) est à venir ». C’est ce qu’il affirme dans sa note liminaire à L’Aventure de la Marie-Jeanne ou Le Journal indien (réédité par les Hauts-Fonds en 2013), en donnant ce récit comme « composé à plusieurs ». Grand amateur de jazz (Miles Davis, Max Roach, Thelonious Monk), lecteur passionné de Lowry (Under the Volcano) et de LeRoi Jones, Tarnaud monte en journal des pages de vie improvisées au long d’une existence aventureuse et fertile en rencontres, dont bonne part se déroule en Somalie, où il s’est envolé en 1953, en y traquant les signes cryptés d’un destin commun – celui d’un naufrage lyriquement épique – déchiffré par delà les catégories de l’espace et du temps, à travers toute une série de coïncidences énigmatiques fomentées par le jeu des apparences, des contacts et des événements :

 

« En présentant cette aventure sous la forme classique du journal, je lance au-dessus de l’abîme que l’on a délibérément creusé entre le « vécu » et l’imaginaire un pont de lianes luxuriantes en aval de ceux qui ont déjà permis à d’autres de passer ».

 

S’y conjuguent amours, haines et amitiés – artistiques ou non, avec y compris les aléas du métier (il est traducteur auprès d’organismes internationaux), de la vie courante, voire de l’histoire politique, dans un entrelacs où tel fait divers rapportant de curieux événements concernant tel navire, tels éléments d’un manuscrit de jeunesse réinterprétés dans l’hallucination du « déjà vu », tel combat sanglant avec une murène noire, tel essai raté de communication poétique à distance avec Luca entre Mogadiscio et Paris, telle grille d’interprétation alchimique ou astrologique, tel poème ou telle lettre, tel objet trouvé, tel tableau de Béatrice de la Sablière, tel rite indigène pour faire tomber la pluie, etc. se répondent comme des rimes disposées par la souveraine logique poétique des coïncidences, ou encore comme une table d’orientation en reconfiguration permanente, dans la quête incessante du lieu et de la formule.

 

P. Beray est ici bien fondé à penser qu’« il ne s’agit d’autre chose que de se donner les moyens (jusqu’aux plus irréalisables) de l’invention de sa propre vie »; c’est d’ailleurs aussi ce qu’a tenté Rodanski dans ses propres récits depuis Substance 13 (rédaction 1950-51), et c’est là ce qui rapproche l’équipée rimbaldienne de Tarnaud, quittant à vingt-huit ans Paris et son petit monde artistico-littéraire pour dériver dans la vie toutes amarres larguées, et le destin nervalien de son ami enfermé à vingt-sept ans avec statut d’égaré définitif, pour avoir incarné « le prix qu’il faut trop souvent payer à la poésie, le détachement absolu » (Tarnaud).

 

 

Extrait de Claude Tarnaud : L’Aventure de la Marie-Jeanne ou Le Journal indien

 

Jeudi 4 septembre

Je reçois de Stromboli une lettre de Ghérasim Luca qui me décrit les moments de terreur-douleur-passion qu’il vient de vivre dans l’île lorsqu’il a essayé de gravir seul une haute falaise de laves noires et friables et que, pris au piège, il n’avait échappé à une mort certaine qu’en se repliant dans un état d’hypnotisme noir, lui aussi. Suspendu entre deux abîmes, à mi-pente de la falaise où chacun de ses pas s’entourait du fracas terrible des pierres qui s’écroulaient sous lui, il n’était parvenu – après avoir franchi à quatre pattes toutes les sédimentations de l’angoisse – à atteindre le sommet que pour se livrer devant une forêt de bambous, à une danse totémique endiablée, motivée par la douleur que lui causaient les épines des chardons séchés et durcis au soleil qui pénétraient la plante de ses pieds nus. Il avait dû abandonner ses sandales pendant l’ascension et il ne lui restait que son sac de plage d’où il parvint à extraire, sans cesser de danser et de hurler, deux serviettes avec lesquelles il s’efforça vainement de se confectionner une paire de chaussures approximatives. S’il put finalement franchir le fleuve aride aux vagues acidulaires, ce fut en construisant une sorte de gué mobile avec des cahiers de notes et une copie du livre Le Gouffre de la Lune, qu’il plaçait devant lui avant d’y poser les pieds.

Le Gouffre de la Lune de A. Merritt, est un assez beau roman d’anticipation scientifique dont Ghérasim Luca m’avait donné un exemplaire lors de notre visite de 1957. L’utiliser comme marche pied ne saurait évidemment être considéré que comme un acte d’humour noir hypnotique !

Quelques instants après avoir pris connaissance de la lettre de Ghérasim Luca, je rencontre Serge S., de retour d’un voyage éclair au Kenya et au Tanganyka à bord de la minuscule Fiat que lui a prêtée Jacques B. L’admirateur du livre de Malcolm Lowry m’explique que la plus belle journée de son périple fut celle qu’il passa dans le cratère immense d’un volcan éteint, le N’gorongoro, cratère empli d’une végétation luxuriante et peuplé d’animaux sauvages – la nuit, les feux de brousse, qui semblaient diriger leur front vers le chalet où il habitait, composèrent pour lui un spectacle inoubliable à grande mise en scène.

(Édition citée, p. 137-138)

 

 

Bibliographies disponibles

 

Jean-Pierre Duprey (1930-1959)

Œuvres complètes, Christian Bourgois, 1990. Derrière son double. Œuvres complètes, « Poésie », Gallimard, 1999. Un bruit de baiser ferme le monde, poèmes inédits, Le Cherche midi, 2001.

 

Claude Tarnaud (1922-1991)

Rééditions récentes de la Tétralogie :

The Whiteclad Gambler (Le Joueur Blancvêtu ou Les Écrits et les gestes de H. de Salignac – poème épique (1952), L’Arachnoïde, 2011. La Forme réfléchie, (Le Soleil noir, 1954), L’Écart absolu, 2000. L’Aventure de la Marie-Jeanne ou le Journal indien (L’Écart absolu, 2000), Les Hauts-Fonds, 2013. De (Le Bout du monde), L’Écart absolu, 2003.

D’autres proses et de nombreux recueils de poèmes ont été (re)publiés entre 1947 et 1974, consulter le site (http://claudetarnaud.com).

 

Stanislas Rodanski (1927-1981)

Écrits, Christian Bourgois, 1999 (deux proses narratives : La Victoire à l’ombre des ailes, Lancelo et la chimère, deux recueils de poèmes : Des proies aux chimères, Le rosaire des voluptés épineuses, deux réponses à des enquêtes : Lettre au soleil noir et Le sanglant symbole). Autres proses narratives : Requiem for me, Des cendres, 2009, Substance 13, Des cendres, 2013 ; poèmes inédits : Je suis parfois cet homme, Gallimard, 2013.

Pour une information complète, se reporter au site de l’Association Stanislas Rodanski (http://stanislas-rodanski.blogspot.fr/)

22 juin 2014

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche estival, en UNE : Nathalie Quintane. Suivent nos Libr-événements : autour de Christian Prigent ; VOIX D’INSURGÉS (RANO, RANO), de Raharimanana.

UNE : Nathalie Quintane

 â–º Nathalie Quintane, Descente de médiums, P.O.L, printemps 2014, 192 pages, 14,50 €, ISBN : 978-2-8180-2026-5.

"L’attention involontaire est le propre de la poésie" (p. 115).

C’est à une descente que, cette fois, nous invite la facétieuse Nathalie Quintane : vers ses rêves, ses méditations…

Et si l’on pouvait photographier les contenus de pensée, que gagnerait-on ? La littérature atteindrait-elle sa fin (son accomplissement ou sa disparition) ?

Poursuivant son interrogation sur le visible comme sur le lisible, l’auteure regrette la survalorisation du lecteur qui a succédé à celle de l’auteur ; repose le principe du dispositif/montage postmoderne : "- Je n’ai rien créé, rien composé / – Mais, à la rigueur, on mêle des matières, et cela fait un tout quelconque" (90)…

â–º Bénédicte Gorrillot et Alain Lescart, L’Illisibilité en questions, Actes du colloque de San Diego, avec Michel Deguy, Jean-Marie Gleize, Christian Prigent, Nathalie Quintane, Presses Universitaires du Septentrion, Université de Lille III, mai 2014, 316 pages, 28 €, ISBN : 978-2-7574-0741-7. [Nathalie Quintane, "Un présent de lectures troublées (plus que de textes illisibles)", p. 49-58 ; chap. 4, "Nathalie Quintane : poudre de succession", p. 175-207]

Fait notable, Nathalie Quintane fait partie des quatre figures majeures de l’espace poétique actuel retenues par cette somme importante : celle qui, entrée dans le champ en fin de siècle, est pour Christian Prigent une représentante de la poésie surfaciale entretient de passionnants dialogues avec Alain Farah, puis deux de ses aînés (Prigent et Gleize), sur son "désamorçage des avant-gardes", ses rapports à la langue, aux frontières génériques, à l’histoire… Ce qui ne l’empêche pas, dans "Un présent de lectures troublées", de dresser une mise au point critique sur les pratiques postmodernes : La post-modernité "ne vaudra pas, du moins, tant que ceux qui y souscriront avec plus ou moins de fracas ne le feront que pour passer leur contrebande conservatrice" (p. 51) ; « Certains "dispositifs" actuels changeraient de paradigme en mimant l’inclusion (mais mimer n’est pas miner), et même une hyper-inclusion – présence trop appuyée de la langue dominante, présence gênante d’une langue qui avoue si l’on veut bien se souvenir que gêner vient de gehir (avouer) » (53). La sortie du style et du sens demeurant toutefois cruciale à ses yeux, elle se penche ensuite sur les "mondes poétiques" d’Anne Parian.

On terminera sur "les paradoxes de la transparence" propres à Nathalie Quintane selon Agnès Disson : caractérisés par une écriture plane, ses dispositifs critiques – qui suivent ces trois opérations : prélever/relever/éponger – sont animés par la tension entre lisible et illisible, (re)connu et inattendu.

Libr-événements

â–º Du lundi 30 juin au lundi 7 juillet 2014 / Christian Prigent : trou(v)er sa langue, colloque international de Cerisy sous la direction de Bénédicte Gorrillot, Sylvain Santi et Fabrice Thumerel

♦ Modification du programme : Nous avons le regret d’enregistrer les forfaits de Tristan Hordé, de Vincent Vivès et de Daniel Dezeuze ; le mardi 1er juillet après-midi, c’est donc Dominique Brancher qui intervient ("Dégeler Rabelais. Mouches à viande et mouches à langue dans l’œuvre de Christian Prigent") et le vendredi 4 juillet après-midi Typhaine Garnier, " L’écrivain aux archives ou le souci des traces : « c’est quoi qu’on a été, qu’on est, qu’on sera ? » (Commencement, POL, 1989, p. 27). "
♦ Il reste des forfaits à la journée : 35 €/jour déjeuner compris ou 54 € déjeuner et dîner compris.
Pour une participation uniquement aux séances il est demandé 16 €/jour (soit 8 € par matinée ou après-midi).
A cela il convient d’ajouter la cotisation associative obligatoire ramenée au tarif étudiant de 10 € pour les personnes de région.
S’inscrire au préalable en renvoyant le bulletin qui se trouve à la page suivante du site internet : http://www.ccic-cerisy.asso.fr/bulletininscription.html, en réglant les frais de cotisation et de séance(s) ainsi qu’en précisant ses dates de venues.

CCIC – Tél : 02 33 46 91 66 / Fax : 02 33 46 11 39

Blog Autour de Christian Prigent : après la mise en ligne du premier recueil de l’auteur, La Belle Journée (1969), l’article de Typhaine Garnier ("La Trouvaille de la langue") et des actualités diverses, sont prévus dans la quinzaine à venir une Bibliographie générale (work in progress), un after-Cerisy, la publication d’un Carnet inédit sur La Météo des plages, la mise en ligne d’un entretien sur Bataille d’abord paru dans Les Temps Modernes

â–º DU 24 JUIN AU 28 JUIN 2014, Le Tarmac (75020 Paris) : VOIX D’INSURGÉS (RANO, RANO). Madagascar 1947, un lieu et une date qui ne sont guère présents dans les manuels scolaires.

Madagascar 1947. Une révolte, une répression, des dizaines de milliers de morts et un énorme silence suivi de polémiques sur les chiffres, de controverses et d’implications politiques qui survivent encore aujourd’hui. Oubli des uns, silence des autres, amnésie savamment entretenue et souvenirs souvent tus… une chape de douleurs et d’amertume est venue plomber le passé raturé et la mémoire blessée… Une faille dans l’histoire et la géographie de la Grande île.

Pourtant certains de ces rebelles qui ont osé défier l’ordre colonial sont encore vivants, et c’est à leur rencontre que sont allés Pierrot Men, le photographe, Tao Ravao le musicien et Raharimanana l’écrivain. Artistes jusqu’au bout des mots, des images et des notes, les trois créateurs malgaches ne prétendent pas à l’histoire mais à l’écoute des témoignages de ces hommes qui ont vécu cette date qui fait tache.

Ils ont conjugué leurs talents pour inscrire l’Histoire dans le présent, réhabiliter la parole perdue, vaincre le déni, enseigner aux générations suivantes, partager la fièvre des derniers survivants, montrer leurs visages, faire entendre leurs voix. Rano, rano… une formule magique utilisée hier par les insurgés. Rano, rano… une formule qui entend aujourd’hui garder la mémoire.

Représentations à 20h00 sauf le 28 juin à 18h00
Mercredi 25 juin, à l’issue de la représentation, rencontre En Echo animée par Bernard Magnier avec Raharimanana

DISTRIBUTION
texte, voix et mise en scène Raharimanana
musique Tao Ravao
photographie PierrotMen
conseil artistique Thierry Bedard

BIOGRAPHIE(S)
LES LIVRES DE RAHARIMANANA SONT ÉDITÉS AUX ÉDITIONS VENTS D’AILLEURS
Les livres de Raharimanana sont édités aux éditions Vents d’ailleurs

Réservations sur le site du Tarmac : http://www.letarmac.fr/la-saison/spectacles/p_s-rano-rano/spectacle-63/calendrier/

20 juin 2014

[Création] Mathias Richard, Amatemp30 [This is the end]

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Dans la remarquable série "Amatemp", voici un nouveau syntexte de Mathias Richard, qui vient d’achever la suite du Manifeste mutantiste. [blog Mutantisme ; lire/voir le précédent syntexte de la série]

 

 




17 juin 2014

[Livre] Eric Chevillard, Dans la zone d’activité, par Jean-Paul Gavard-Perret

Eric Chevillard, Dans la zone d’activité, dessins en couleur de Philippe Favier, Fata Morgana, Fonfroide le Haut, 2014, 88 pages, 10 €. [Première publication : 2008, Publie.net]

 

A chaque métier (28 au total), la langue d’Eric Chevillard glisse, dérape vers l’humour, mais de manière à trouver le mot juste qui permet de tirer une ligne de démarcation entre l’apparence et le réel. Elle possède une liberté, crée des syncopes qui déteignent mutuellement les unes sur les autres, s’entrelacent, se prêtent à des états d’âme, tissent des liens, des pauses dans une sorte d’opéra figuratif. Chaque portrait devient une danseuse qu’anime Chevillard travesti en Dora l’exploratrice. La richesse de ses nuances qu’il accorde au réel permet au lecteur d’ajouter ses propres couleurs mentales à un tel jeu de société.

Entre mémoire et imaginaire, une hybridation plus fantomale que spectaculaire a lieu dans cet assemblage d’activités professionnelles. Chacune est happée par le vertige, mais Chevillard remet les choses à leur place, sort l’être de sa réserve d’orgueil et de pompe comparable à celle du maître-nageur qui ne fait que tourner  « autour de la piscine en faisant claquer ses sandalettes de bois sur les dalles. Semblable au morse ou à l’hippopotame, prétendument aquatiques, plus souvent vautrés sur les berges ou les banquises ». Manière pour lui d’assoir l’autorité de son anti-savoir.  En ce sens la littérature touche à l’organique face aux impostures qui assurent des aliments à l’inconscient collectif.

Chevillard traque ceux qui nous terrorisent en feignant l’absurde. Par ce biais il offre des liaisons inattendues dans le point de fuite du visible et de l’énoncé « officiels » en créant des dérives entre le fantastique et un expressionniste littéraire. Bien des impostures ( et les postures qu’elles produisent) sont mises à nue voire abattues par une distance critique là où chaque métier dégagé de ses illusions d’optique ou mentales est sur le point de s’étaler comme une porte sortie de ses gonds.

15 juin 2014

[News] News du dimanche

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Jusqu’au prochain week-end et l’arrivée de l’été, LC vous invite à quatre événements : RV au Centre Pompidou avec les revues d’ici là, Gruppen et Parislike ; à Texture Librairie (75019) avec le collectif Z ; à Lille avec le slameur Capitaine Alexandre ; à la Bibliothèque Marguerite Audoux pour la fameuse Nuit remue 8 (avec nos amis de Remue.net) – sans oublier celui avec David Christoffel.

 

â–º Dans le cadre de la Périphérie XVI du Marché de la poésie, lundi 16 juin 2014, 19h

BPI – Centre Pompidou, Petite Salle (niveau -1)

Trois revues invitées : Revue d’ici là, Gruppen, Parislike

Un événement multiforme : lectures, performances, musique, projection

De l’écrit à l’écran, du papier à la scène, les revues actuelles aiment à multiplier les formes et les genres, tandis que la poésie contemporaine se mêle d’images comme de musique.

Quand l’une rencontre les autres, c’est la promesse d’un métissage fécond. Trois revues Gruppen, d’ici là et Parislike conjuguent leurs différences pour faire entendre la poésie telle qu’elles la voient dans une soirée multiforme.

 

â–º Mardi 17 juin 2014 à 19H30, Texture Librairie (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris), lecture de Marie Cosnay, Christophe Manon, Martin Richet et Caroline Sagot Duvauroux, pour le lancement de série z : 2 !

z : est un collectif.
z : produit des livres.
z : a des oreilles.
z : produit des textes.
z : suggère des temps.
z : a des mains.
z : prend son temps.
z : circule à pieds.
z : a un bec.
z : a du ventre.
z : mange avec ses doigts.

â–º JEUDI 19 JUIN, de 19h à 20h30 : Cabaret Littéraire à la Baracca ZEM (38 rue d’Anvers, LILLE)

En prélude poétique à la Fête de la Musique, Capitaine Alexandre présente son Livre en Live :
Le Chant des possibles

Au programme : Apéro Slam, écoute de l’album tiré du livre, et dédicaces.

 

â–º Nuit remue 8 le samedi 21 juin à 18H30, avec nos amis de Remue.net, bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris)

18h 30 : Dorothée Volut  : « A la surface » (Eric Pesty Editeur, 2013)

18h 40 : Sarah Kéryna  : « Quadrature »

18h 50 : Pierre Drogi  : « anémodromes (alias chemins des vents) »

19h 00 : Michaël Batalla  : « Possibilités éternelles »

19h 10 : José Morel Cinq Mars  : « Sauvage »

19h 20 : Yun Sun Limet  : Chanson

19h 30 / 20h 00 : PAUSE

20h 00 : Sébastien Ménard  : « Routes » (sur diafragm.net)

20h 10 : Joachim Séné  : « Je ne me souviens pas »

20h 20 : Laurence Werner David  : « En même temps » (revue La sœur de l’Ange, Hermann éditeur) et Les Archives de la Meuse (livre d’artiste, publié par la galerie Evelyne Schumm-Braunstein)

20h 30 : Cyrille Martinez  : « Texte inédit »

20h40 : Eric Pessan et Nicole Caligaris  : « Mieux rater deux »

21h00 / 21h 30 : PAUSE

21h30 : Marie Cosnay  : « Lear » (inédit)

21h 40 : Isabelle Damotte  : « Même les doigts retournés » (inédit)

21h50 : Anne Savelli  : « Décor Daguerre »

22h 00 : Olivier Hodasava  : « Éclats d’Éclats »

22h10 : Hélène Frédérick  : « Un point, une piqûre » (revue NRF, avril 2014)

22h20 : Anne Terral  : « 60 x 49 cm »

 

â–º David Christoffel vous invite à l’une des projections sonores de la pièce radiophonique La Voix de Foucault à l’IRCAM à Paris, le samedi 21 juin (à 18h30 ou 19h30) dans le cadre du festival ManiFeste :
L’entrée est gratuite.

En attendant, le volume 2 de "Radio Toutlemonde" vient de paraître.

13 juin 2014

[Texte] Romain le GéoGrave, Elle

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Cette fois, Romain le GéoGrave nous propose un portrait de femme singulier / une étude sociale à l’acide satirique. [Dernier texte de Romain le GéoGrave]

 

Elle n’est pas une femme comme les autres. Elle est d’une autre trempe. La mettre dans une catégorie, c’est l’inclure, et elle, elle se sent tout à fait hors de tout. Hors de son corps-carapace, hors de sa tête vermoulue, hors d’elle-même face aux autres. Capacité d’exclusion puissance mille. Elle entre, aussitôt elle ressort. Elle est trop pour tout et tous. Son pas assez est de trop. La figure même de la louve, qui aurait en plus bouffé ses petits tellement elle crevait la dalle.

Plusieurs années d’errance, une errance dure de la rue à la rue, de la rue au squat, du squat au Samu, et belote et rebelote. Une errance de mec. Dure et dingue. Une errance qui fout des gnons, une errance qui casse des dents et des culs. Une errance de seringues dans le bras, une errance de sourire édenté, de pipes vite torchées derrière les poubelles, une errance de baise à plusieurs sur un matelas puant la pisse. C’est errance qui a construit son corps, à la fortune du pot. Jour après jour après nuit, la défonce a tout durcit. Son corps, son sexe, ses nerfs, son regard. On ne quitte pas errance, même à reculons et sur la pointe des pieds. Errance s’appelle errance, mais c’est vie, juste un nom donné par les autres.

Elle est une dure, une vraie, pas une faille, pas une seule, même pas comme dans les films ‘ricains, pour faire chialer, faut comprendre, son père, le viol, sa mère, l’alcool, et tout ça quoi. Non, pas un moment elle n’ouvre une faille. Elle est faille. Il faut y entrer, y grimper, s’y esquinter la pulpe des doigts, et chuter car trop lisse, trop haut, trop compliqué. Trop tout encore. C’est lisse de douleur, de fièvre, de mal qui exsude de chaque pore de sa peau vérolée par endroits. Un char d’assaut. Le nec plus ultra. De la femme hors-tech. En tous cas, c’est le cas dans le monde, dans la rue, dans la vie, aux yeux des yeux des cons. Le soir, seule, c’est une autre histoire, n’en parlons pas parce qu’elle ne veut pas et elle n’en mène pas large du tout. La petite chienne sait quoi.

Depuis le début, c’était quand ? on cherche à l’inclure dans. Tu seras bien quand tu seras in. Tu seras mieux c’est sûr, à être comme les autres. Tu seras forcément mieux car comme nous. Tu seras par nous, avec nous et en nous. Amen. Tu pourras devenir un loyer, un salaire, un bulletin de chiotte, un ce que tu veux, même incluante aussi, toi à ton tour. Un appart’, une piaule, de la bouffe dans un frigo acheté à moitié prix, une douche matin et soir, et avec de l’eau chaude en plus pas comme au Samu bordel. Le consortium des assistants est même prêt à te laisser choisir ton frigo !! Alors ?! A priori, pourquoi être contre ? Un frigo, c’est bien, rempli. Si seulement cela lui avait facilité la vie. A priori, c’est normal tout ça, mais elle veut pas être normale, elle sait pas de toutes façons. Sait pas et ne saurait pas. La normalitude, si t’es pas née dedans, si t’as pas fait tes preuves pendant dix piges d’adolescence morne de club de sport et de sortie dominicale, l’école et toutes copines qui t’aiment pas t’es grosse-rousse-ou-autre, les examens les échecs les résultats, la honte, si t’es pas entrée dans les ordres du mariage, si t’as pas essayé la recette du bonheur à base d’une pincée de mioches et un zest d’adultère, si t’as pas fait tout ça, fuck off le normal. Personne ne voit ça. Personne de l’autre côté de la vie.

Parmi tous les connards qui voulaient son bien, dès le départ se sont plantés, pas un ne lui demandait ce qu’elle voulait, elle dans son putain de crâne, elle entre quat’z’yeux. Entendu, après la misère de la rue, ils ont réussi à la stabiliser dans un à peu près de merde. Sortie de sa fange cradingue pour ce qu’on appelle une maison d’accueil. Maison, galvaudé. C’est quatre murs, un toit. Sans compter les fuites. Pas plus, pas moins, et plutôt moins d’ailleurs. Elle se trouvait aussi bien dans une maison occupée, inconnue, entourée de bâtards à quatre pattes, de cannettes, de pédés et de putes en tous genres. Z’étaient un peu chaleureux ceux-là, même merde, même chaleur humerde, au moins, au moins ça. D’accueil, d’intégration par le vide. Le vide entre les deux oreilles des assistants à chier. Le vide dans leurs yeux d’abrutis. Comprenaient rien au système ces andouilles. A son système. Elle sortait de la rue. On lui promettait un appartement. On ment, évidemment. Avant ça, c’est le processus infernal. S’échapper de l’asile Samu c’est déjà une belle affaire. Faut avoir du blaire pour se tailler de là, être plus malin, même si pas difficile vu le niveau. Et malgré son cerveau en ébullition permanente, elle s’est quand même laissé piéger. Parfois, la louve finit dans un piège, pour son malheur. Les pattes brisées. Et hop, direction l’infernal parcours. Les barreaux d’une échelle cassée, un à un. Deux par deux, trop rapide, ça donne du pain à bouffer à des travailleurs, à des politricards, des rats porteurs en tous genres. La maison d’accueil n’était pas assez accueillante, ni la première, ni la deuxième, ni la dixième. Elle a pu épuiser tout l’assistanat urbain, et plus personne ne voulait d’elle. Son projet, lequel ? volait en éclats, parce que pas un soupçon de début d’envie de projet dans ses yeux. Si, dormir. C’est tout. Scène, synthèse de dix piges de sévice social : « Bonjour S., (tutoyée, dégueulasse, déjà), bon, ça fait maintenant quinze jours que tu es avec nous (plutôt contre, c’est pas grave), on va parler un peu de ton projet (le vôtre bande de …) ». Et ainsi de suite. C’est quoi un projet après l’errance, avec la rue qui colle au fion comme la merde qui sèche à celui des chiards ? C’est du vide, juste une envie de sombrer, quel que soit le moyen. File-moi un pieu et ferme ta gueule le pédagogo !

Face à face. Me regarde pas comme une bête curieuse, tu veux me baiser, pourquoi pas, tu m’auras d’une façon ou d’une autre, tant que tu me laisses dormir.

L’aventure ne s’arrête pas là, elle entre dans le lieu qui réinsère. Magie. Visite. Premier sentiment, hôpital psy, bordel, pris pour des tarés. Elle voit un éduc derrière le cul d’une bonne femme, il faut manger tout son repas, tutoiement, une ferme avec des bestiaux, cochonnes. C’était il y a dix ans, c’était en 1950, en 1890, la charité socialiste ou chrétienne, dame patronnesses pas encore crevées salopes, on ne change pas les systèmes qui déraillent, les sévices internes qui dérapent. On A-ME-LIO-RE ! Elle a cru, un petit peu, trouver vie et repos. Que dalle. Conflits perpétuels. Clopes, pas toujours, défonce, oublie, bouffe, tu payes, erreur tu dégages. Z’ont tenté ces têtards. Elle a vu des bonnes femmes comme elles finir comme les autres, à assister les assistés. Elle a refusé. Car elle savait que les assistés étaient vicieux, anar, refusants, hors du soin, hors sujet, hors thème, pas prêts à recevoir, prêts à bousiller et se bousiller. Tout comme elle. Elle s’est mise en échec, alors, refusant l’échiquier. Désespoir des A.S. Elle est repartie en rue, puis un jour, les allers-retours, stop, il faut bien se fixer un jour. Construire son pas-chez-soi, un lieu identifié.

Elle a fixé une tente. Ce jour-là, l’énergie l’a abandonnée, pas tout à fait définitivement. La tente, sur une place, sur un square, plus bouger, pas bouger, gentil chien-chien. Plus la force de mordre, mais encore capable d’emmerder, un peu, les voisins, les fli-flics, les éboueurs, les gardiens de ceci-cela, surtout les professionnels du care. Elle s’est enlaidie, dents perdues, gueule ravagée, mais elle est seule, elle croit qu’elle se sent bien, personne ne la juge le mercredi 12 à 16h30 quand elle a loupé un rendez-vous crucial pour sa survie, elle veut plus rien si ce n’est être peinarde. Peut-être un peu plus de verdure, bah voilà, insérée, comme tous les propriétaires, veut un plus grand jardin ! La société a accompli sa mission, pour une fois, un but atteint. La société va la compter, la dénombrer, la classer, étude genrée, population en souffrance, victime, chiffrage, on publiera un rapport, classique, rien d’évident mais rien d’inventé, politique emparée, objectifs fixés, la prochaine sera la bonne.

10 juin 2014

[Livres] Libr-kaléidoscope (4), par Fabrice Thumerel et Périne Pichon

Selon le principe de cette rubrique, revenons sur quatre intéressants livres reçus : Yannick Torlini, Nous avons marché ; Stéphane Nowak Papantoniou, GLÔÔSSE ; Bruno Edmond, Mahu ; Anne Versailles, Viola.

 

â–º Yannick TORLINI, Nous avons marché, Al dante, printemps 2014, 152 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84761-775-7.

En leur temps, déjà : Baudelaire, Rimbaud, Michaux…

En ces temps d’assignation et de résignation, l’important est d’être ailleurs. Là-bas.
(Toute fuite n’est pas une échappée, et toute échappée n’est pas une fuite).

Hors de ses fameuses racines, de sa soi-disant identité. Hors de soi, de sa langue. Hors de son quotidien.

Être hors de soi pour aller vers. Et pour cela, faire sortir la langue de ses gonds : être dans la langue pour être en devenir.

Voici un exemple d’agencement répétitif, de bégaiement qui ouvre l’espace :

"Nous avons fui nous avons couru, lorsqu’il s’agissait de s’échapper échapper lorsqu’il s’agissait : quelque chose s’était bloqué s’était : désagrégé à la nuit s’était. Bien trop longtemps bien trop silence, dans l’os et la chair ces murs ces : jours bloqués passés à. Dans les barreaux les barbelés, les grilles les portes le métal et nos existences si bien cloisonnées" (p. 139). /FT/

 

â–º Stéphane NOWAK PAPANTONIOU, GLÔÔSSE, éditions Al dante, Marseille, printemps 2014, 88 pages, 13 €, ISBN : 978-2-84761-768-9.

Quand les puissances d’argent viennent ruiner plus qu’un pays, une civilisation,
quand l’hostilité vient remplacer l’hospitalité,
quand le discours dominant vient contaminer la langue maternelle,
tout est-il perdu ? Que reste-t-il au poète ? La poésie comme puissance de déconditionnement, libération de la langue… Contre la glose économo-politico-médiatique, "la glossolalie langue coupante", une "langue dégelant la gelée", le coup de glotte de la résistance…

Mêlant narratif et discursif, visualité et oralité, document objectif et inventivité verbale, cette glôôsse qui cligne aussi bien du côté de Prigent que de Rabelais est une hurmouvante descente dans le labyrinthe grec et mondial qu’il faut découvrir de toute nécessité. /FT/

 

â–º Bruno EDMOND, Mahu, éditions DIABASE, La Riche (37), printemps 2014, 112 pages, 11 €, ISBN : 978-2-911438-96-7.

« Quand Mahu parle, Mahu crie. »

Mahu. Deux syllabes, presque deux onomatopées séparées par un souffle coupé: ce « h » entre deux voyelles. Des sons qui s’expulsent, comme un cri. « Mahu, c’est. » Un cri sans mots, oublieux du langage.

Le titre fait penser au diptyque de Robert Pinget : Mahu ou le matériau / Mahu reparle. Ici, le cri se substitue à la parole, malgré la reprise du « matériau ». Crier peut être l’expression d’un paroxysme autant que d’une perte ou du langage.

Chez Edmond Bruno, Mahu est un personnage frontière, un monstre dans sa marginalité. C’est pourquoi ses actes semblent suivre une loi déviante de la loi générale. Suivre Mahu, au-delà de la ville, dans la campagne, c’est considérer le monde à contre-courant. La langue et le langage deviennent alors un objet étranger, insolite, voire monstrueux :

« Ainsi, cachés, courbés, accrochés comme sangsues aux parois de nos gorges, des monstres habitent nos bouches.

Ainsi c’est donc avec et par un monstre que je parle, que tu parles. Parlons. » /PP/

 

â–º Anne VERSAILLES, Viola, éditions L’Arbre à paroles, Maison de la poésie d’Amay (Belgique), 2014, 10 €, ISBN : 9 782874 06774.

Dans Viola, la violence de la nature concurrence les hommes. Les paysages regardés sont principalement de sable et d’eau, la mer et la plage encerclant une maison vidée de son occupante. Impossible de marcher sur la mer, difficile d’avancer en un rythme constant sur le sable : ces deux forces sont instables, prêtes à envahir, à étouffer. Le plus effroyable étant que pas une ride ne défigure l’eau après l’engloutissement d’un cadavre, et que le sable d’une tempête retombe paisiblement en enfouissant ses victimes après le massacre.

Sur ce paysage, la narratrice se débat avec un fantôme, celui de sa sœur, la disparue de la maison face à la mer. Elle la raconte en l’interpellant, en la questionnant, et invoque une enfance pleine d’histoires aussi terribles que merveilleuses. Une relation sororale tempétueuse se reflète dans ce « tu » raconté par « je ». Pour ne pas se laisser engloutir par ses fantômes, la narratrice dit marcher par besoin. Marcher pour retrouver sa stabilité dans le sol, pour rythmer les phrases énoncées face au mot qui fait perdre pied :

« Je me souviens, j’avais besoin de marcher. Je suis sortie. Le jardin était trop petit, je suis allée dans la rue. Il n’y avait personne. J’ai ouvert l’enveloppe, déplié le papier. Il n’y avait qu’un mot. Un seul mot. Il m’a fait perdre pied. » /PP/

8 juin 2014

[News] News du dimanche]

Dans les NEWS de ce soir, spécial Christian PRIGENT et un RV exceptionnel avec Claude FAVRE. Enfin, LC vous guide dans l’espace gigogne de ce qui, hélas, s’appelle toujours "Marché de la poésie"…

 

Autour de Christian Prigent

â–º AGENDA estival de Christian PRIGENT

15 juin. Marché de la poésie, Place Saint-Sulpice, Paris. Christian Prigent sera de 14 h 30 à 16 h 30 sur le stand des éditions FICELLES (STAND 503).

17 juin | Rencontre, débat
Christian Prigent. «Une soirée d’amour martial» à Paris 14e

Christian Prigent. «Une soirée d’amour martial» (DCL épigrammes de Martial, chez POL). Lecture/discussion à la Librairie «À Balzac à Rodin», 14 bis, rue de la Grande Chaumière, Paris 14e, M° Vavin. Le jeudi 17 juin à 18 h 30

18 juin | Lecture
Christian Prigent à Pantin

Christian Prigent à Pantin
Mercredi 18 juin 2014 à 20 heures, dans le cadre du festival « Côté court » : projection de Variation Chino, film de Sol Suffern et Rudolf Di Stefano (2014, 15 minutes) et lecture de Christian Prigent : Visions de Chino. Au Ciné 104, 104 avenue Jean Lolive, 93500 Pantin, métro : Eglise de Pantin (ligne 5).

Du lundi 30 juin au lundi 7 juillet : participation au premier colloque international de Cerisy consacré à son œuvre, "Christian Prigent : trou(v)er la langue" (dir. : B. Gorrillot, S. Santi et F. Thumerel). [Il reste quelques places pour les curieux]

Toute l’actualité de Christian Prigent, des textes et documents inédits, des articles de recherche, des chroniques sur le blog Autour de Christian Prigent : vous y trouverez le programme complet du colloque, la réédition de son premier recueil La Belle Journée – devenu quasiment introuvable -, une synthèse sur l’aventure TXT, un article de Typhaine Garnier sur "la trouvaille d’une langue"… et bientôt, l’entretien de l’auteur paru dans Les Temps Modernes sur Bataille, une Bibliographie générale complète…..

â–º L’ensemble d’essais et d’entretiens de Christian Prigent, intitulé SILO, consultable et téléchargeable sur le site de pol éditeur vient d’être enrichi de trois textes : [ http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=feuilletons&numauteur=160&numfeuilleton=13&numpage=21&numrub=12]
1— "Aux grands Anamorphoseurs" (essai)
La mode des anamorphoses (vers 1560) comme trace d’une crise dans les modes de représentation. La torsion anamorphosée comme «structure de fiction». Une difficulté de la psychanalyse : Freud et la peinture. L’écriture moderne au delà du principe d’anamorphose.
Exposé au colloque « De l’art les bords », Milan, 1978. Paru dans La Langue et ses monstres, Cadex, 1989. Revu et corrigé en avril 2014.
2— "Du Sens de l’absence de sens" (essai)
La question de l’illisibilité en littérature. Qu’est-ce qu’un texte illisible ? Ecriture et sens du « présent ». L’écriture comme expérience du sens de l’absence de sens.
Exposé au colloque « Liberté, licence, illisibilité poétique », San Diego, USA, 2008 (direction Bénédicte Gorrillot et Alain Lescart. Une version légèrement différente figure dans les actes de ce colloque (L’illisibilité en questions, Presses du Septentrion, avril 2014).
3— "Du Droit à l’obscurité" (entretien)
La littérature et la fatalité de l’obscur. Aux origines de la revue TXT. De Commencement à Demain je meurs : vers une plus grande lisibilité ? Pour qui écrire ? Fiction et pédagogie critique. La peinture comme médiation. Le rapport aux « maîtres ». Narration et voix. Pourquoi et comment des « lectures publiques ». Le style comme puissance de distinction.
Entretien avec Bénédicte Gorrillot. Colloque « Liberté, licence, illisibilité poétique », USA, 2008. Une version abrégée figure dans les actes de ce colloque (L’illisibilité en questions, Presses du Septentrion, avril 2014).

 

Spécial Libr-événement

Les rencontres avec Claude FAVRE étant rares, on ne manquera pas celle-ci, organisée par notre ami libre & critique Sébastien Écorce :

Claude Favre,

 

« VOYOUS »

 

LECTURE-PERFORMANCE

avec Dominique Pifarely (violon).

 

 

samedi 14 juin 2014 à 20h

 

Atelier Natalie Lamotte

10 – 12 rue Louis Marchandise

94400 Vitry sur Seine, Brooklyn

 

un mot j’ai commencé d’étourdissements il arrive que ça, démange un mot mon amour il arrive qu’à parler, ça donne sur la mort, n’est pas rien commencer, pas trop de culbutes, et totems je me joue certains jours à l’envers si vous saviez la langue, la langue et le corps, le corps étrange de l’intérieur qu’interpréter, ça qu’à moitié mais d’alertes je me joue je brouille, les cartes à l’orée de la langue de l’effroi je suis née et protéiforme, arrachée me raconte d’alertes c’est pas dit, c’est pas dit

 

Claude Favre, autour d’A.R.N. et inédits

(Ed. revue des ressources 2014)

© Nathalie Lamotte, série acrylique

 

32e Marché de la poésie Paris, du mercredi 11 au dimanche 15 juin 2014 (place St Sulpice)

 Notons l’hommage à Pierre Garnier jeudi 12 à 17H30 ; les stands de la revue GRUPPEN (501), des éditions de l’Attente (110-112), des éditions Le Grand Os (stand 205), Arbre à paroles et Maelström (209)…

â–º LES ÉDITIONS AL DANTE SERONT PRÉSENTS AU MARCHÉ DE LA POÉSIE, STAND 506.

Programme des événements, signatures et interventions :
– Jeudi 12 juin à partir de 17h, en présence de Julien Blaine & Stéphanie Éligert, présentation du livre "DOC(K)S MORCEAUX CHOISIS (1979-1989).
– Jeudi 12 juin à 19h, STÉPHANE NOWAK PAPANTONIOU lira des extraits de son dernier livre : GLÔÔSSE. + présentation & signature.
– Vendredi 13 juin à partir de 18h, apéro & présentation des nouveautés aldantiennes en présence des auteurs :
AGENDA ROUGE DE LA RÉSISTANCE CHILIENNE de SERGE PEY
VORONEJ – CHOIX de Ossip Mandelstam, traduit par HENRI DELUY
– Samedi 14 juin à partir de 18h, apéro & présentation du livre AVAVA-OVAVA, publié avec La Voix des rroms. En présence des auteurs PIERRE CHOPINAUD, ANINA CIUCIU, LISE FOISNEAU, VALENTIN MERLIN ET SAIMIR MILE.

Sur la scène centrale, le dimanche 15 juin à 17h : "L’Édition de l’oralité", table ronde proposée par l’association Poema, avec Sébastien Lespinasse, Laurent Cauwet, Franck Puja. Modérateur : Jean-Michel Espitallier.

Autres nouveautés :
Poésie/littérature
– "Du bitume avec une plume" de Skalpel
– "Nous avons marché" de Yannick Torlini
– "Consume rouge" de Sylvain Courtoux
– "La sphinge mange cru" de Liliane Giraudon
– "Première ligne" de Jérôme Bertin
– "Le projet Wolfli" de Jérôme Bertin
– "Edie. La danse d’Icare" de Véronique Bergen
Politique
– "Procès d’une homme exemplaire" de Éric Toussaint
– "La démocratie" de Alain Brossat
Gastronomie
– "Cuisine action" de Henri Deluy

Samedi 14 juin
11h Rimbaudmobile, organisée par Poètes dans la Ville, parcours dans différents points de la capitale avec des poètes invités accompagnés du collectif Poésie is not dead (poètes : Vincent Tholomé, Laurence Vielle et Peter Holvoet Hanssen).*
Ouverture au public à 11h30.
14h 30 ans des éditions Bernard Dumerchez avec les poètes Hervé Carn, Zéno Bianu, Thomas Compère-Morel, Anne Mulpas, Jean-Dominique Rey, Yves Jouan, Valérie Schlée, Werner Lambersy, Dominique Dou.
15h Quelle place pour la poésie dans le “marché” de la littérature ? l’exemple de la Grande Bretagne, table ronde organisé par l’Union des Poètes & Cie
Anime par Paul de Brancion, poète et président de l’Union des poètes & Cie
Avec Lachlan Mackinnon, poète et critique littéraire, Jacques Darras, poète et président de Circé, et Brigitte Gyr, poète et vice-présidente de l’Union des Poètes & Cie.
Intervention : Mathias Lair, poète et secrétaire général de l’Union des poètes & Cie
16h Poésie Bassin du Congo : rencontre avec les poètes : Lopito Feijó (Angola), Éric Joël Békalé (Gabon), Michaella Rugwizangoga (Rwanda). Modérateur : Gabriel Mwènè Okoundji
17h Lectures : Poésie chinoise avec Han Bo, Jiang Hao, Jiāng Tāo, Ming Di, Tai E et Zhang Er, lecture organisée par le Festival franco-anglais

18h30 4e Nuit du Marché

Poésie Bassin du Congo

Présentation : Marie Alfred Ngoma
Lectures avec les poètes : Alexandrine Lao (Centrafrique), Thierry Manirambona (Burundi), Jean-Claude Awono (Cameroun)
Concert Bassin du Congo
20h Odette’s Tip (Afrobeat, Groove, Trance, Psychedelic Lounge, Cameroun)
21h Royaume Zipompa Pompa (Rumba- World music, Congo RDC)
Fermeture à 22h30

* Rimbaudmobile III : L’épopée Belge
Samedi 14 juin 2014
Dans une grange à Roche, le collectif Poésie is not dead a retrouvé il y a deux ans la voiture que la famille Rimbaud utilisait pour aller travailler aux champs.
Arthur et Vitalie la subtilisaient régulièrement, sous le nez et la barbe de leur mother, pour aller aux bals des villages alentours et pour leurs virées en Belgique et aux Pays-Bas.
Cet hiver, contre toute attente, elle a quitté sa grange ardennaise pour aller se promener en Belgique sur les pas d’Arthur et de Paul.
Heureusement, nos cousins poètes belges l’ont retrouvé à Bruxelles au n°1 de la rue des Brasseurs, devant l’ancien hôtel nommé A la Ville de Courtrai où se déroula le "drame de Bruxelles".
Cette année, les poètes belges Laurence Vielle, Vincent Tholomé et Peter Holvoet-Hanssen accompagnés par le créateur sonore en direct et en différé Michel Bertier et les vidéastes Anne-Sophie Terrillon et Christophe Acker ont décidé de faire revivre l’aventure abracadabrantesque de la Rimbaudmobile sur le bitume parisien.
Site de la Rimbaudmobile : http://rimbaudmobile.blogspot.fr/

Lectures-Performances dans les espaces publics suivants :
Avec le soutien de Wallonie Bruxelles International et du Fonds Flamand des Lettres
11h00 : Parvis Eglise Saint Eustache, rue Rambuteau près de la sculpture « L’Ecoute » d’Henri de Miller, avec Laurence Vielle et Michel Bertier
14h30 : Place de Furstenberg (près du Musée Delacroix) avec Vincent Tholomé et Michel Bertier
16h30 : Place Stalingrad avec Peter Holvoet-Hanssen et Michel Bertier
Captation vidéo : Anne-Sophie Terrillon et Christophe Acker
Conception et coordination : François Massut pour le collectif Poésie is not dead et l’association Poètes dans la Ville

Dimanche 15 juin
Ouverture au public à 11h30
14h30 Prix Coups de cœur/parole enregistrée de l’Académie Charles Cros
15h45 : Poésie du Bassin du Congo, rencontre avec tous les poètes venus pour l’occasion : Alexandrine Lao (Centrafrique), Thierry Manirambona (Burundi), Jean-Claude Awono (Cameroun), Madina Alima (Congo Brazzaville), Nocky Djedanoum (Tchad), Toussaint Kafarhire (Congo Kinshasa), Lopito Feijó (Angola), Éric Joël Békalé (Gabon), Michaella Rugwizangoga (Rwanda). Modératrice : Dominique Loubao
17h L’édition de l’oralité, table ronde organisée par POEMA. Avec Laurent Cauwet (éditions Al Dante), Sébastien Lespinasse (poète) et Franck Pruja (éditions de L’Attente). Modérateur : Jean-Michel Espitallier
17h45 Performances, de clôture : Patrick Dubost, Lili Frikh, Sébastien Lespinasse
20h Clôture du 32e Marché

7 juin 2014

[Texte] Mathieu Brosseau, Si on met une fleur sur le cercueil…

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 12:25

C’est avec plaisir que nous retrouvons la voix sans pareille de Mathieu Brosseau : drôle de machin, drôle de machine ici…

 

SI ON MET UNE FLEUR SUR LE CERCUEIL, CE N’EST PAS POUR COUVRIR L’HORREUR MAIS PLUTÔT POUR COUVRIR LE SENS DE L’ENTRETEMPS QUI NE PEUT AVOIR DE FIN ATTENDUE.

 

L’attente, bien sûr l’entente, c’est-à-dire pas de heurt dans le discours, des oiseaux dans les bouches qui parlent aux bouches, si ça couine, si ça claque sec, c’est pas du tout cuit, si ça crie longtemps, c’est du chant, c’est bon, l’eau roule ou coule, comme on veut, on comprendra. Si pas tout à fait, les sens rejoindront toujours toutes les directions de la boule. Qui se suffit à elle-même jusqu’à (?). Tu verras si tu tombes dans les pommes, si tu ne t’en souviens pas, inquiète-toi.

Dans la tête-boule, pas tout à fait ronde, l’homme pas tout à fait, l’attente, surtout vite pour pas d’ouverture, vite, le décor flou, les œillères servent à cela, vite, vite, pas d’ennui mais de l’étonnement, juste un filet maigre et rapide de salive, jeté d’entre les lèvres de l’agonisant, celui dont ce souvenir ému revient : il a côtoyé son mort quand il était très jeune.

 

Il y a un mort qu’on possède, comme pensent les enfants, à peu près.

 

Surtout vite, dénivelé de caniveau, pas haut, la jambe prise ou brisée dedans, les rotules et les pommes articulent, la langue coupée, j’ai un trou dans ma tête pas ronde, je ne sais plus ce que je voulais dire, attendez, l’adresse me forge, je vois de travers avec cette tête pas ronde, un œil à droite, un œil à gauche, que font-ils là, ces yeux collés ? Comme collés, les membres ont ce quelque chose d’insupportablement artificiel, comme collés, pas étonnant qu’il y ait machin, machine. Pour faire comme, c’est-à-dire tout rond à la perfection.

 

Le sanglier moulé dans le moteur, et rien ne sert de croire à l’arrêt du cœur, la colère de l’impatience, il a manqué son rendez-vous, il doit continuer à attendre, il fait bien chaud, l’attente est forcément ce qui crame quelques nerfs de conscience, continuer à attendre. C’est ce qui est cru, donc c’est nécessairement faux. Les entretemps deviennent répits, ceux-là même qu’on rejetait loin de nos rêves de nuit. Ils tremblent la conscience crue. De la fumée sort du crâne, la tête du veilleur a la tête machin, machine de l’horloge très XIXe.

 

Tu as du vernis sur les ongles, te dis-je. Et des ongles sur une peau. Fine, très fine et rouge. Un nuage arc-en-ciel gravite au dessus du puits gris. Un fantasme s’y croit, l’invention du vernis, comme pour faire reculer le moment où nous attendrons vraiment. Ce moment où nous n’y songerons plus. Il est bon, finalement de respirer, sans vernis pour suppléer. L’attente se donne parfois le visage de l’émotion. Alors que l’entretemps n’a qu’un seul visage. Musique métronome !

 

Entre chaque temps, quand tout est bon pour attendre bel et bien, l’heure ou pas l’heure, entre chaque aiguille, la question arrive parfois. Quand c’est la grande qu’on attend, au fil avançant du boucher, l’instant ou le lieu (c’est pareil, vous le savez) peut apparaître, la coupée est franche et entraîne le moment suivant (les images sont des bulles), mais entre les temps c’est nerfs-crispés-sur-absence qu’on pose vite vite travestie, vite vite, couvrez ce sein que je ne saurais voir. Seule l’absence est cruelle pour ceux qui. On, c’est irresponsable.

 

Sur une durée, n’importe !, pourvu que la porte soit fermée, la chose est close, dans le livre (début, fin et pensée de l’ensemble), par dessus rien à dire. Pourtant demeure la communauté des morts… Immense communauté des morts, ces catalogues sans nom de livres sans attention. Ce n’est pas la mort qui prend mais eux, ces inventaires ! Aura vécu 46 ans, 5 mois, 12 jours, 4 heures, 7 minutes, 59 secondes. Entretemps non calculés par le machin, machine, géant des vivants affairés. Seuls les éléphants savent mourir, en rond et respectueux des on.

 

Va dans la mousse à côté, juste à côté de la boîte. C’est presque une boîte à musique mais n’y va pas, l’herbe est douce ici et entre les temps, ce coussin de temps déclos, pas né, si serein. Si parfaits, ils n’auront pas à mourir. Ne va pas dans la grande boîte machin, machine. La collection des affaires classées, attentes terminées, circulez selon le mouvement autorisé, consultez, réalisez l’Histoire ! Allez, va, cours dans l’herbe, oui, va dans la mousse, pieds nus, pense à voir ! Pour mieux s’endormir sur les histoires qui ne commencent pas. Sans récit, tout passera vite, animal. La question remonte des entretemps refoulés. Ça purule. Te raconte pas d’histoire, tout ira très vite dans l’interdit vécu. Les vies non classées sont nécessairement fertiles. Et font des bulles de savon.

 

Le rythme hallucinatoire des humeurs, il nous faudrait une philosophie des humeurs ; philosophes, qu’attendez-vous ?!, rythme haletant des variations, c’est puissamment jouissif, le relief est jouissif, l’effort dans la côte fait monter le sang dans la tête-boule érectile, la course en montagne est jouissive, les nerfs (couvercles des absences, vous l’aurez compris) sont mis à l’épreuve par la douleur, on préfère la douleur à l’indiscutable crudité des entretemps, il ne s’agit pourtant que d’être seul ! Qui préfère sortir ? Couvrez-moi ce sein, je préfère l’aimer seul et aveuglé, plein d’arrêts dans la tête ovale. La stratégie du désir est ma seule maîtrise. Je mourrai maître de mon fuseau horaire, j’exècre les pays cannibales, se gargarise-t-il (morale comme territoire).

 

L’attente du final, bouquet nocturne, ça éclate, artificiel moment collectif pour les retrouvailles des vivants dont la communauté pile de la poussière d’os déjà poussière (il faut bien une architecture au corps) à saupoudrer sur le sang, même vieux, des morts déjà morts, n’a pas d’âge ; le meurtre, la faute, toujours la poussière sur la main crasseuse, la main communautaire, l’allumette enflamme ce bouquet d’artifice et l’artisan dira que ses objets rassurent ses morts. Les siens propres ! Tous casés entre les temps que l’attente nappe.

 

LA COMMUNAUTÉ N’EST PAS PRÊTE À PORTER LES AIGUILLES DE SES MORTS CAR ELLE NE SAIT CE QUI SE NICHE ENTRE LES AIGUILLES DE CHACUN DE SES VIVANTS. LA COMPLÉTUDE N’EST PAS POUR DEMAIN, FAUDRA QUAND MÊME L’INVOQUER, AU MOINS POUR NOTRE TÊTE, PLUS OU MOINS RONDE, COMME PENSENT LES ENFANTS À PEU PRÈS IRRESPONSABLES.

4 juin 2014

[Chronique] Thomas Chapelon, La demeure du vaste, par Périne Pichon

La Demeure du vaste, de Thomas Chapelon, est une suite de poèmes en vers libres, sans titre apparent. On entre donc brusquement dans une phrase cadencée, et on se questionne, ballotté entre les lignes inégales des vers libres.

Thomas Chapelon, La Demeure du vaste, éditions Dernier Télégramme, Limoges, printemps 2014, 128 pages, 14 €, ISBN : 978-2-917136-72.

 

 

Choisir la forme du vers libre annonce déjà une recherche d’équilibre, entre l’exercice de la forme et la chute dans l’informel, voire le hasard. La tentation de la rime, ou de la reprise d’un rythme semble toutefois représentée comme ici :

 

 

« Je disais ce ne peut un suicide négligé

À Rim ma alors »

 

 

« Elle

Rim

A brûlé une de ses dernières ampoules »

 

La rime, ici absente, apparaît tout de même malicieusement comme une entité féminine personnifiée par la majuscule : « Rim », une sorte de nom propre ou de surnom. Sur le point de s’évanouir, elle se réinvente cependant et offre une interrogation éventuelle sur la forme poétique.

Mais « Rim » peut aussi rapporter à Rimbaud, poète de l’absolu qui finit par brûler ses écrits. Là peut se lire l’attraction du vide, de la chute dans le néant symbolisé par ces espaces blancs entre les mots. S’ajoute une allusion aux « escaliers infinis de Nerval », une obsession des labyrinthes, qui l’une comme l’autre, annonce comme un désir de vertige. Pire peut-être, un désir et une peur de se perdre sans issue dans un labyrinthe de discours… Pourtant, le labyrinthe justement est une dangereuse prouesse d’architecte dont on admire la structure. Les escaliers sans fin, comme ceux d’Escher, sont également un bel exercice de forme et de vertige et de perte dans la forme. Or, le vers de Thomas Chapelon, en sculptant un espace dans la page, se présente visuellement comme un labyrinthe verbal :

 

 

Les arbres emplis de lumières

L’escalier infini de Nerval

Les allures de la cataracte

Les chutes d’eau des hautes falaises

Le yoga

Le cosmos les millions d’années lumières.

 

 

Mieux, ce vers donne une ossature à la langue. Le blanc qui brusquement surgit et stoppe le flux du langage rompt d’abord la continuité de la lecture. Il y a un déséquilibre, un début de chute aussitôt suivi d’un nouvel élan, nécessaire pour poursuivre le déchiffrage de la lecture. Une chorégraphie de la langue est ainsi mise en place, avec ses tombées, ses équilibres et ses pirouettes. Toutefois, ce blanc est encore source d’un désir : celui de trouver le mot, d’éviter la lacune, bref de combler le vide :

 

Des airs de ses écrits le vent dans les bronches

Du ne décéder de sa

Ne capitule pas

Roule la barrique

 

Finalement, l’espace laissé vide provoque le lecteur, fait agir la perception visuelle d’une autre manière. Le blanc engendre le mot, qu’il soit écrit sur la page dans le poème, ou qu’il soit pensé par le lecteur selon sa propre logique. En l’absence de mot précis, ce peut être aussi l’émotion : le rire, le sourire… ou l’impression qui occupe la place laissée vacante.

Voilà qui participe au mouvement du texte, à cette danse de l’écriture – chorégraphie renversée – qu’est le poème. Or, la langue poétique devient langue organique, par la présence du souffle entre les mots et dans les mots, la respiration coupée ou accélérée par les blancs, par la marche imaginaire des mots : « les pas sont si dans les mots ». Le « pas », simple mouvement des jambes permettant d’avancer, met en jeu une mécanique d’ajustement du poids sur l’axe d’une jambe plutôt qu’une autre. C’est un jeu d’équilibre finalement qu’une suite de pas, tout comme les vers de La demeure du vaste.

 

Ainsi perçue comme vitale, la langue s’interroge sur la manière d’habiter l’espace. Mais cette habitation ne doit pas être statique ; elle entre dans la logique d’un mouvement universel et éternel, celui qui associerait le temps, le cosmos, la lumière aussi bien que le corps et la parole. L’écriture, lorsqu’elle est versifiée et travaillée par Thomas Chapelon, semble alors devenir un instrument de mesure de la distance et du temps ; donc une manière d’appréhender l’espace. L’espace comme milieu physique mais également l’espace du langage. L’espace est un des fondamentaux de la danse, aussi toute mise en mouvement structurée d’un corps ne peut se faire sans prendre en compte l’espace. Celui-ci participe à la visibilité autant qu’à la lisibilité des vers. Il leur donne également une durée, une forme de temporalité en forçant la lecture à s’accélérer ou à se ralentir. Le blanc laissé par la page s’apparente alors à la lumière, souvent évoquée. La lumière, sous diverses formes, rend visible, mesure, traverse le temps, est mouvement et surtout participe à la création, en faisant apparaître les mots sur la page comme sur un écran :

 

Les écrans ont envahi le réceptacle

Le réceptacle est plein

Et la voix

 

Dans le réceptacle

Résonne

 

 

Enfin, mesurer l’espace par la parole poétique permet d’interroger encore une fois le positionnement du moi poète par rapport à autrui et à la langue. La Demeure du vaste apparaît alors comme une tentative de créer sa propre demeure poétique, ouverte et vivante.

3 juin 2014

[Création] Corinne Lovera Vitali, Hase

On appréciera cet agencement répétitif de Corinne Lovera Vitali (audio + texte), dont nous avions déjà publié un Objet Poétique en Français Fautif (OPFF) – et dont on pourra découvrir le site.

 

 

je suis souple j’ai attendu longtemps avant d’entendre ce que le corps de moi savait avant de naître même j’ai entendu le corps me dire aujourd’hui seule seulement je suis souple

 

c’est étendu je suis souple c’est une difficulté très étendue j’ai la souplesse trop étendue n’autorise pas détente la nuit n’autorise pas d’éteindre la nuit n’autorise pas l’étreinte simple permet le pliage le ploiement le plantage le plombement après l’arc-boutement accorde le désert la steppe et le dépeuplement la perte de vue de trop de vue

 

et porte les coups les donne te fait le coup le contre-coup du lapin te donne rigidité de lapin mort de frayeur provoquée pauvre lapin parqué freiné choqué rigidifié en hoquets seule réplique épuisée met court à la trop souple souplesse étirant ligaments pour atteindre beauté qui ne s’atteint jamais

 

renoncer à atteindre beauté qui ne s’atteint jamais est folie lapin je continue lièvre je suis souple en continu je continuerai j’étire les cordes des ligaments je hisse je pousse je tire je tracte je tords je continue de tordre le cou mordre la poussière corde de fer je continue de tordre au sang le torchon de cerveau inessorable éternité

 

je ne me torche pas avec mon torchon c’est mon unique torchon je ne suis pas devenue folle j’ai fait je ne peux faire qu’avec mon torchon propre c’est moi lapin que je torche de vivre avec ce vieux torchon de sang tenu immaculé

 

je veux torcher les têtes raides je veux torcher les culs serrés du balai qu’enfants malchanceux ils ont pris dans le cul et dans la bouche d’un seul geste qui leur a d’un seul spasme définitivement obturés les deux pôles les a colonisés les a bouchés enculés colonnés de bambou à l’éternité

 

a tenu droits leurs possibles coulements leur désirable affaissement leur souhaitable ratatinement a tenu lieu de colonne bionique a fait ordre a fait autorité a tout enfilé du bois de bienséance au lieu d’aisance

 

je veux ôter le tronc de la bouche au cul de beauté la désenculer de la bouche du bois entravant sa descente occupant sa remontée le lieu parfait de sa circulation je veux cette expulsion je suis souple étendue et pliée devant l’impassible raideur qui obture beauté tient closes ses portes tient hors de vue ta muqueuse ton tube ton organe beauté éteint ton souffle tient position armée de l’axe anal cervical par l’imputrescible bambou d’un manche à balayer tout le temps si court que dure la vie cette raideur mesure de mes jours souple étendue hase empêchée à jamais de beauté

1 juin 2014

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de juin, avant de vous donner RV au Marché de la Poésie de Paris, Jean-Paul Gavard-Perret et Périne Pichon vous proposent nos Livres reçus (correspondance de Beckett ; Éric Pessan, Le Syndrome Shéhérazade ; Elsa Boyer, Mister) ; et ne manquez pas nos Libr-événements (Sandra Moussempès à Paris ; projet CAVALCADE de Vincent Tholomé ; expo photo à Libourne avec Thomas Déjeammes).

 

Livres reçus (Jean-Paul Gavard-Perret et Périne Pichon)

Samuel Beckett, Lettres, 1929-1940, trad. de l’anglais (Irlande) par André Topia. Édition de George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck, Gallimard, en librairie depuis le 20 mai 2014, 800 pages, 55 €.

 

Reprenant l’édition anglaise des lettres de Beckett, cette publication peut sembler déroger à la demande de l’auteur. Il avait accordé à son éditeur et exécuteur testamentaire Jérôme Lindon un avis restrictif à la publication de ses lettres. Seules celles ayant rapport à l’œuvre pourraient être publiées. L’édition anglaise ne respecte pas cette demande. Néanmoins cet ensemble est un pur régal qui ne met à mal ni le génie, ni l’intégrité de l’auteur.

Cette première partie de correspondance (1929-1940) mêle anglais, français, allemand et parfois italien, latin et grec. Le tome dit toutes les difficultés d’un écrivain en devenir qui n’arrive pas à faire publier Murphy (son premier roman) et semble prêt à renoncer au métier d’écrivain : « Je ne me sens pas de passer ma vie à écrire des livres que personne ne lira. Je ne sais même pas d’ailleurs si j’ai envie de les écrire. ».

Au sérieux se mêle souvent la fantaisie. Et celui qui n’est pas encore l’auteur reconnu élabore par sauts et gambades son art poétique. Dans une lettre de 1937 écrite en allemand où l’auteur exprime son insatisfaction à l’égard de la langue : « De plus en plus ma propre langue m’apparaît comme un voile qu’il faut déchirer afin d’atteindre les choses (ou le néant) qui se trouvent au-delà. Étant donné que nous ne pouvons éliminer le langage d’un seul coup, il ne faut rien négliger de ce qui peut contribuer à le discréditer ». Et l’auteur d’ajouter : "Y aurait-il dans la nature vicieuse (viciée) du mot une sainteté paralysante que l’on ne trouve pas dans le langage des autres arts ? ".

Beckett, le plus étonnant des minimalistes, va donc en iconoclaste s’attaquer à la sainteté du vocable et jusqu’à l’épuisement. Les lettres en deviennent l’écho : souvent drôles, elles donnent à la gravité de l’œuvre venue d’un tréfonds inconnu une coloration atypique. /JPGP/

 

â–º Éric Pessan, Le Syndrome Shéhérazade, éditions de l’Attente, avril 2014, 248 pages, 19 €, ISBN : 978-2-36242-046-7.

On raconte des histoires.

On se raconte des histoires.

Le Syndrome Shéhérazade, de Eric Pessan, raconte comment on se raconte et on raconte des histoires. Ces textes brefs qui constituent chacun une petite histoire sont disposés en une suite à première vue aléatoire. Pour la forme, on peut penser à Nouons-nous, d’Emmanuelle Pagano. Quant au fond, il est variable, entre scène de couple, préoccupations pubères, anecdotes, bruits de rues et collages de citations. Notons qu’entre chaque fragment le narrateur diffère. Pourtant, il arrive qu’au détour d’une page on rencontre à nouveau tel sujet énonçant telle histoire. Pas de fin dans ces petits récits, mais une instance : juste raconter pour survivre…

 

On raconte des histoires pour ne pas mourir.

Tant qu’on écrit, tant qu’on parle, tant qu’on écoute, on est en vie, on peut espérer connaître l’amour. C’est le syndrome de Shéhérazade, on s’invente 1001 histoires par peur du silence définitif. /PP/

 

â–º Elsa Boyer, Mister, P.O.L, mai 2014, 144 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-2100-2.

Mister est une créature ambivalente, pas vraiment humaine. Mister est un anonyme, sans regard, portant toujours des lunettes noires. On ne sait pas bien si « Mister » est un surnom ou une appellation donnée par le staff et son équipe de football à cet entraîneur mystérieux. Son humanité, il semble l’avoir bradée pour atteindre son ambition : créer une équipe de champions. Tous les moyens sont bons, et les rumeurs recouvrent l’entraînement singulier de Mister. Le problème, c’est le staff, pas toujours d’accord avec ses pratiques presque magiques, c’est l’argent, incontestable moyen de pression et d’accélération dans le monde du sport, c’est l’image des joueurs, à donner à boire aux supporteurs fétichistes. Mais avec Mister et contre eux se battent aussi des forces ancestrales, des divinités primitives, animales. Elles violentent cet être sans regard tout en lui donnant assez de force pour élever son équipe, et avec elle, un chant du cygne, violent et efficace. Car, avec l’étrange histoire de « Mister » et de ses joueurs de football, une partition s’invente, où se percutent des rythmes primitifs avec les grandes puissances de l’argent et de la publicité.

C’est cette équipe qu’il veut, des nerfs en vrac, des muscles comme des plantes, tronc, tige, liane, et l’argent qui entre en réaction violente avec les corps. /PP/

 

 Libr-événements

â–º Le 5 juin à la librairie Texture, 19h30 : autour de Sandra MOUSSEMPÈS (94, Avenue Jean Jaurès 75019 Paris).

Dans le cadre de sa résidence à la librairie, Sandra Moussempès interrogera pour cette troisième soirée le lien poésie/oralité plus particulièrement autour du livre CD Acrobaties dessinées, en compagnie d’Antoine Dufeu (écrivain) et de Valentina Traïanova (performeuse, plasticienne).

Comment donner à entendre autrement ses propres écrits…

Elle présentera quatre extraits du livre et du CD Beauty Sitcom qui l’accompagne, parus aux éditions de l’Attente (dont un duo "virtuel" avec la poète K.Prevallet) + d’infos ici
Présentation du livre par les éditeurs :
"Une place singulière est faite au monde de l’imaginaire et du féerique à travers l’écran où s’entremêlent poésie, prose, fiction et enquête. Sandra Moussempès nomme ce qui échappe au genre, esquisse le portrait malléable d’un récit en mutation continue dans l’élasticité brumeuse du temps qui passe. Avec le CD Beauty Sitcom, dans une ambiance post-punk liquide elle révèle d’une voix idyllique les abysses bleutés d’une pièce de vers performative."

Antoine Dufeu et Valentina Traianova présenteront une double performance "surprise" en réponse à sa proposition.

â–º Projet CAVALCADE
Un film expérimental réalisé par Gaetan Saint-Remy adapté du livre Cavalcade, poème anthropophage, de Vincent Tholomé et des performances Cavalcade de Vincent Tholomé et Maja Jantar.
LIBR-CRITIQUE soutient ce projet original : merci de les aider à produire ce film via la plateforme de financement participative : www.kisskissbankbank.com/cavalcade

â–º Stéphane Klein, directeur artistique du Printemps Photographique de Pomerol, et l’association Images et lumière seront très heureux de vous accueillir le vendredi 13 juin 2014 à partir de 18 heures pour l’inauguration de l’exposition Écritures photographiques qui aura lieu dans les locaux de l’imprimerie GIP à Libourne au 3 rue Firmin Didot.

En présence des photographes : Alain Bèguerie, Jean-Luc Chapin,Thomas Déjeammes (celui-là même qui a initié le projet DREAMDRUM sur LC !), Frédéric Desmesure, Claude Pitot, Mélanie Gribinski, Stéphane Klein, Frédéric Lallemand et Loïc Le Loë.

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